Iggy and the Stooges. Un rider entré dans la légende.

iggy pop and the stooges un rider de légendeJ’ai eu un jour entre les mains le rider (la feuille de route) des Stooges et franchement ça vaut le détour. Rédigé par Jos Grain (qui bosse pour le groupe), le document décrivait les desideratas du groupe, en matière de technique et aussi les petites choses à faire et à éviter. Quand on connaît le niveau de professionnalisme d’un calibre comme Iggy Pop sur scène on comprend. Le document ouvrait sur cette phrase : “Nous avons besoin d’un ingénieur du son qui parle bien anglais et qui n’a pas peur de la mort.” Voilà pour l’ambiance. Iggy et les Stooges avaient des demandes bizarres, dont pour ma part j’ai longtemps cru que c’était de la légende avant de réaliser que non, c’était vrai. Comme la présence dans la loge d’une poubelle avec un brocolis ou un chou-fleur dedans. Voilà qui contribue un peu plus à la légende du rock’n roll. Et puis il y avait ce paragraphe entier dédié aux vidéastes et aux photographes et franchement, c’est tellement drôle, si bien écrit et si proche de la réalité que je ne résiste pas au plaisir de vous en servir une tranche, que je vais essayer de vous traduire dans la langue de Molière, du mieux que je peux.

“Ne vous méprenez pas. J’ai beaucoup de respect pour les gens de l’industrie des communications, en fait mes ancêtres ont un fort lien historique avec le service postal (…). Cependant, ces dernières années et je suis sûr que vous serez d’accord avec moi sur ce point, il y a eu une explosion de, disons de personnes bénies du Bon Dieu avec une totale absence de talent, essayant à tout prix de se frayer un chemin à travers le public. Petit à petit on a constaté une augmentation massive de sociétés de production disposées à encourager les egos de ces malheureux et de leur accorder une attention. On est arrivé à un point où il y a des sociétés qui associent toute personne sur une scène à un crétin désespéré qui ne recherche que de l’attention et qui ne recherchent qu’à faire de l’image à tout prix. Les Stooges ne sont pas ces mecs-là ! Porter de l’attention aux médias, D’ACCORD ! Interférer avec le concert PAS D’ACCORD ! (…) Le fait est que, dès que vous mettez une caméra ou un appareil photo dans la tronche d’un artiste, vous changez complètement la nature de sa performance. Les Stooges essayent de donner la meilleure performance au public mais je pense qu’il n’y a rien de plus démoralisant que de voir un groupe sur scène entouré d’un cameraman et de ses assistants, comme une bande de hobbits armés de bazookas. (…) Ah oui ! Iggy adore casser les appareils photos. Est-ce que j’ai parlé de ça ? Alors vraiment, il est préférable de ne s’approcher trop de lui, surtout s’il te regarde d’une drôle de façon. S’il se dirige vers toi comme s’il s’apprêtait à saisir ton appareil photo, c’est probablement parce qu’il va le faire ! C’est comme un signe, un indice. Bien sûr, je suis sur place pour essayer de l’empêcher de détruire ton équipement. Malheureusement, il n’y a qu’une personne qui aime autant casser les caméras que Iggy et c’est moi. Merci de votre aimable attention. De toutes façons quoiqu’il arrive, vous ferez de l’image, croyez-moi.

Par ailleurs, je me demande si dans les médias on sait pourquoi certains cameraman pensent qu’il est innovant ou stimulant de bouger sans arrêt, de courir de gauche à droite, de faire des plans zoom avant zoom arrière dans une pathétique tentative de garder le tempo avec la musique ? Aucun de leurs collègues ne leur ont jamais dit qu’ils faisaient de la merde ? Est-ce que je suis le seul à vouloir les assommer à coups de trépieds ? Bordel de merde ! Quelqu’un doit avoir une explication ! Ça m’emmerdait déjà en 1980 et aujourd’hui c’est pareil. Si vraiment ils ne sont pas foutus de stabiliser leur appareil quelques secondes, il est peut être temps pour eux d’appeler les alcooliques anonymes… C’est juste une idée.”

Voilà. C’est tellement bon qu’on croirait lire un scénario des Monty Pythons. Ce texte me fait marrer mais au fond sa trame est tout ce qu’il y a de sérieux. Des mecs comme ça j’en ai vu des tonnes et malheureusement ça va crescendo, parce qu’aujourd’hui le moindre pékin qui a un reflex et un lightroom piraté sur Piratebay s’autoproclame photographe de concerts. Ça me saoûle, d’ailleurs c’est pas pour rien que j’ai déserté les pits et les salles de concerts, pour me consacrer à d’autres projets d’images. En attendant, le texte de Jos Grain me fait bien marrer. Et puis, il y a un point sur lequel il a raison. Avec des groupes du calibre de Iggy and the Stooges, il y aura toujours de la bonne image. Je confirme.

voir le site de Jos Grain

Voilà l’été. Une sélection de festivals qui vous ressemblent.

les festivals en bretagne
Vous sentez ? Non ? Comment ça… Non ? Ne me dites pas que vous ne sentez rien, diantre ! Ne me dites pas que tout votre corps ne sent pas frétiller ce petit truc incroyablement sexy à l’aube de l’été qui approche à grands pas, aux boules de glaces qui fondent sur les doigts, aux jolies demoiselles court vêtues qui exhibent leurs jolies gambettes (et pas que) à tout va (à ce propos, la mode été 2011 est très courte ou c’est mon regard de old fucking bastard qui veut ça ?), bref vous sentez que c’est l’été et avec l’été s’annonce la période des festivals. Aussi sûrement que vous ne mangerez pas d’huîtres dans les mois sans air, de mai à août, en Bretagne vous allez comme chaque année vous goinfrer de bons sons, déguster des concerts jusqu’à plus soif. Comme chaque année, la Bretagne est en première ligne pour faire la fête et croyez-moi sur parole, cet été vous allez en voir de toutes les couleurs (et moi avec). Et comme toujours, il faudra faire des choix, alors ne reculant devant rien, je vous ai préparé une sélection de fêtes et de festivals inratables pour cet été qui s’annonce fruité et savoureux. Mais comme ici, à Shots, on ne fait jamais rien comme les autres, je vous propose de découvrir des festivals à votre image. Parce que finalement, dans le mot festival il y a le mot fête et dans une fête, l’important c’est d’abord de se sentir bien. Alors autant choisir un festival qui vous ressemble !

Vous aimez la fête, boire des coups avec vos potes et écouter une programmation variée.

vieillescharrues2011Alors là, aucune hésitation possible. Direction le Festival des Vieilles Charrues à Carhaix, une fête ininterrompue de quatre jours, sur la plus jolie plaine du centre-Bretagne, Kerampuilh. Bienvenue à CharruesLand. Vous laissez vos emmerdes à la porte, vous oubliez les tracas de la vie. Vous êtes accueillis par des bénévoles souriants, il y a un camping à proximité et le matin les jeunes agriculteurs vous offrent un verre de lait. Quand le soleil darde (et c’est souvent le cas à la mi-juillet en Breizh Land), les Charrues prennent des airs de kermesse géante, un immense lieu de fête jusqu’au bout de la nuit. On y croise un ou deux Jean Floc’h, à bloc donc dès le milieu de l’après-midi, mais l’ambiance demeure toujours festive et un peu potache. On se ballade, on découvre. Ici un concert des Jeunes Charrues, là sur la scène Gwernig c’est plutôt régional. Une pause au champignon rouge pour retrouver ses potes, déguster une Coreff ou un Breizh Cola dans l’un des nombreux bars. Uniques. Les Vieilles Charrues sont définitivement uniques. Côté zique, la prog est toujours très éclectique, parce que les Charrues c’est ça, c’est comme au resto. On passe de Kaiser Chiefs à Pierre Perret, de Yannick Noah à Goran Bregovic, de David Guetta à Lou Reed. On ne vous oblige pas à tout écouter mais on vous conseille de goûter à tout, sans exclusive. D’ailleurs c’est ça qui me plaît aux Charrues. On n’est obligés de rien, gast ! Pour moi, c’est LE festival de l’été, comme une grande bouffe musicale qu’on fait avec ses amis. Et le dimanche soir, cette année, il y aura un feu d’artifice et pendant un moment on va tous redevenir des gamins émerveillés. Que vive la fête et mes potes. Et longue vie aux Vieilles Charrues !

Vous aimez ce qui vous interpelle, vous êtes curieux et vous appréciez la découverte d’une programmation musicale raffinée.

routedurock2011La Route du rock de Saint Malo est faite pour vous. Vous êtes un esthète de la musique, abonné aux Inrocks vous êtes incollable tant sur la nouvelle scène indie electro pop alternative norvégienne que sur le revival du folk rock made in USA. Ou alors plus simplement vous ne connaissez aucun des noms de la programmation 2011, même pas les têtes d’affiche, mais c’est pas pour autant que vous vous sentez l’âme d’un blaireau. Car il faut au moins reconnaître à la Route du rock ce petit prodige. Réussir chaque année à réunir le temps du festival une programmation raffinée, un genre de best of de tout ce que la fine fleur pop, rock, folk ou electro compte de meilleur. La Route, c’est la haute couture des festivals d’été en Bretagne, d’ailleurs ce n’est pas un hasard si on désigne la version estivale de “collection été”, car il y a aussi une “collection hiver”. Donc, cette année entre le Fort Saint Père, les fauteuils profonds du Palais du Grand large ou la plage, vous allez pouvoir savourer quelques perles au premier rang desquelles le duo The Kills, qui a fait du chemin depuis cette année 2004 où je les avais découverts et vous ne raterez sous aucun prétexte le set des adorables et punchy demoiselles de Electrelane, qui ont décidé finalement de reformer ce groupe où à quatre elles sont tellement meilleurs qu’une par une. Pour l’heure toute la programmation n’est pas encore dévoilée mais il se murmure déjà que les sémillants Blonde redhead seraient de la fête. Qu’importe. Vous pouvez faire confiance aux programmateurs de la Route du rock. La fête sera belle au mois d’août à Saint Malo.

Vous aimez les musiques, toutes les musiques du monde, le métissage, le soleil et la fête.

boutdumonde2011Aucun doute possible, faites vite tamponner votre passeport pour le Festival du Bout du monde. D’ailleurs, ici à Crozon, au début du monde, dans l’un des coins les plus magiques qui soit en Bretagne, l’un des plus beaux aussi, pas besoin de visa. L’équipe du festival vous accueille avec le sourire. ici l’ambiance est vraiment familiale et la qualité de l’organisation est pour beaucoup dans le succès de ce rendez-vous estival dédié à la musique, non dédié à toutes les musiques. Chaque année, le plaisir est renouvelé et l’affiche donne toujours envie. Et cette année, mazette ! Il y a encore quelques pépites dénichées aux quatre coins de la planète. On y croise Marcio Faraco ou Gaëtan Roussel, Catherine Ringer ou Ben l’oncle soul, les allumés de Gogol Bordello ou Lavilliers. Et puis Louis Chédid et Jehro et puis Susheela Raman et puis… des rencontres inouïes (au sens littéral du terme) entre I Muvrini et le Bagad de Plomodiern et ça, ça promet un énorme moment d’émotion. Ah ! Le Bout du monde… La plaine de Landaoudec où on peut se ballader pépère parce que les organisateurs ne poussent pas à la roue et veillent à ce que la jauge public demeure raisonnable, la scène Kermarrec (salut Fanch !), le buffet bio, Jacques qui file comme Buzz l’éclair backstage sur son scooter, des visages, des figures et des sourires, encore et toujours. Le Festival du Bout du monde est sans aucun doute le festival le plus attachant et aussi l’un des plus humains qui soit. Allez-y cette année, vous allez adorer !

Vous aimez les valeurs sûres, un festival à taille humaine et faire la fête.

fetedubruit2011On dit de lui qu’il est le petit festival qui monte. L’an passé j’y suis allé et j’y ai vécu des émotions musicales absolument incroyables avec, pendant deux jours, sur une scène unique, le gratin de la scène internationale, un genre de best of pop, folk, rock, reggae, le tout servi au cœur d’une ville. Cette année la bien nommée Fête du bruit dans Landerneau remet le couvert avec une affiche éclectique où les gros noms comme Simple minds, The Hives, Moby, Arno, les Ogres de Barback… (excusez du peu) côtoient des activistes qui vont foutre un feu de tous les diables, je pense à The Flogging Molly ou aux incroyables Skip the use qu’il faut absolument voir en live. Et puis côté programmation, je note aussi quelques instants de grâce comme Stromae, Asa ou Lilly Wood and the Pricks. Même les amateurs de reggae et de cigarettes qui font rire (non je plaisante les enfants ! La drogue c’est mal, comme le pastis) vont vibrer cette année avec Patrice comme l’an passé avec Steel Pulse. Bref, vous l’avez compris, la Fête du Bruit c’est mon petit chouchou et j’y serai encore cette année avec grand plaisir. Une seule scène, c’est l’assurance de voir une brochette de concerts top qualité dans une ambiance super détendue. Et une organisation aux petits soins et à l’écoute de son public. Oui, il y aura plus de toilettes cette année et oui, Jean Floc’h, on veillera au prix du demi. Des concerts de qualité, des gens heureux et un petit festival qui n’arrête pas de monter. On signe où ?

Vous êtes curieux, vous aimez la découverte, la musique, les arts numériques.

artrock2011Depuis que le Festival Art rock existe, au cœur de la ville de Saint Brieuc, il propose la découverte d’un melting pot artistique, entre arts numériques, découvertes parfois loufoques (j’ai gardé le souvenir mémorable de trous qui fument exposés dans une chapelle) et concerts magnifiques au forum de la Passerelle, au Grand ou au petit Théâtre, sur la Place Poulain Corbion et dans tous les p’tits bars de la ville. Du théâtre aussi, des happenings, les huîtres et le p’tit blanc du dimanche matin, les rencontres avec des artistes qui se baladent dans les rues. J’ai tant de souvenirs heureux à Art rock, non, mieux, je n’ai que de bons souvenirs, en fait. Que du bonheur ! Comme disait un animateur lobotomisé de la télé poubelle, mais ici, avec ce festival-là on est dans le qualitatif, le fin du fin et quand je regarde l’affiche 2011, j’ai envie de faire le mur et d’aller tirer le portrait de Bryan Ferry à Poulain Corbion ou de friser la moustache de Florent Marchet au Grand Théâtre. D’aller me promener dans les rues, découvrir les inénarrables expositions d’art numérique, désormais un grand classique du festival. Art Rock me manque. J’y ai vécu de belles émotions scéniques et c’est ici que j’ai tapé quelques clichés que je ne suis pas prêt d’oublier. Art Rock. Le festival vivant par excellence, un must, une exception culturelle. Et vous qui me lisez, allez vivre au rythme de la programmation délicate de ce festival hors-normes, au cœur d’une ville.

Voilà. Bien sûr, la liste n’est pas exhaustive et il y a plein d’autres festivals à découvrir un peu partout en Bretagne durant l’été, mais ces cinq là me sont particulièrement chers. Les Vieilles Charrues à Carhaix. La Route du rock à Saint Malo. Le Bout du monde à Crozon. La Fête du Bruit dans Landerneau. Art rock à Saint Brieuc. Tous différents et tous pareils finalement, parce qu’ils n’ont qu’un but. Faire la fête et vous rendre heureux. Bons festivals à toutes et à tous !

cliquez ici pour voir le site officiel du Festival des Vieilles Charrues.
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et cliquez ici pour voir le site non-officiel de la Route du Rock.
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Programmation du festival des Vieilles Charrues 2011. United colors of Kerampuilh.


Aux toutes première notes de “Walk on the wild side” impossible pour moi de réprimer un petit “Oh !” qui fait sourire mon pote Hugues qui présente la prog de la vingtième édition des Vieilles Charrues cru 2011. Lou Reed, c’est l’excellente et totale surprise de cette édition. C’est celui que je n’imaginais pas, plus précisément que je n’espérais plus. T’en veux d’la légende bébé ? En v’là et pas du petit calibre. On y reviendra. Mais avant de vous parler plus en détail de mes coups de cœur de cette édition 2011, un petit préambule. Le meilleur moyen de ne pas être déçu par une programmation, c’est de n’en n’attendre rien de particulier. J’avais entendu Francis Cabrel dire qu’aux Vieilles Charrues, le truc important c’est pas les artistes, non, le truc important c’est les Vieilles Charrues. Il avait tout pigé, le Francis. Il avait capté l’esprit de ce festival. Finalement, pour schématiser, il y a deux sortes de festivaliers aux Charrues. D’un côté il y a les festivaliers qui viennent pour la programmation, ceux-là peuplent les forums, supputent à donfe, croient à la fois au Père Noël ET aux poissons d’avril. Ils fantasment grave toute la Sainte journée sur la venue, en vrac, de U2, de AC/DC ou des Who. Ils font la gueule à l’annonce de la prog mais pour une grande majorité d’entre eux ils viendront quand même. Parce que nombre d’entre eux fait partie des festivaliers qui viennent pour le festival, pour les Charrues, pour boire un godet de Coreff (ou un pichet d’un litre si tu t’appelles Jean Floc’h) ou un Breizh Cola au bar numéro 4 et savourer cette inimitable ambiance qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Les Vieilles Charrues existent d’abord grâce aux bénévoles et aux festivaliers et ce n’est pas un hasard si la thématique retenue pour les vingt ans des Charrues c’est justement les gens, tous ces gens qui font vivre et vibrer la plaine de Kerampuilh pendant quatre jours. “On fournit le son, vous apportez les couleurs !” Voilà. Tout est dit. United colors of Kerampuilh, vingtième du nom. Top départ.

Et là vous me dites, et cette année alors ? Voici mes coups de cœur, en vrac. Pas nécessairement des têtes d’affiches, même si je place Lou Reed tout en haut des concerts absolument et définitivement inratables. Lou Reed, découvert il y a un bail par hasard à la sortie de “Coney Island baby“. La claque, la révélation du rock dans toute sa grandiose splendeur. Le Velvet underground, un nom mythique, une définitive légende du rock et de la pop. J’avais pris dans la gueule, coup sur coup “Transformer“, “Rock’n roll animal” et le sublissime “Berlin” qui fait partie de mon top ten personnel des dix meilleurs albums pop rock de tous les temps, on ne plaisante pas. J’ai vu Lou Reed en live en 1975 et ce concert est resté profondément ancré dans ma mémoire. Voir Lou Reed encore une fois, ça va être un magnifique privilège de la vie. Et pouvoir le croiser dans le collimateur de mon reflex, ça va être unique et intense. Dans un autre registre, je vais enfin voir Kaiser Chiefs qui devait passer aux Charrues il y a trois ans ou quatre je ne sais plus, leur son pop rock (comme on dit sur la FM) me parle, ça va pogotter maousse et rendre le public heureux. Pareil pour Pulp, le combo porte-étendard de la pop british avec un Jarvis Cocker qu’on espère remonté à bloc. Je vais en épater plus d’un mais j’attends aussi David Guetta, je veux bien parier une Coreff avec Jean Floc’h que le set va être monstrueux, même si ça ne tape pas vraiment dans mon registre (doux euphémisme), mais après tout un peu d’easy listening ça ne fait pas de mal, comme dirait Maïté. Dans la série deux pour le prix d’un, j’ai vraiment hâte de voir ce que les p’tits gars de The Octopus nous auront préparé en ouverture du festival, scène Kerouac le vendredi. Les gagnants du tremplin des Jeunes Charrues sont aussi de véritables bêtes de scène, il faut le savoir. Un conseil, vendredi 15 juillet, soyez à l’heure, The Octopus, ça va envoyer le pâté, Hénaff ça va sans dire ! Si vous avez faim de rock, de gros son, de sueur, de bière et d’animal, avec The Octopus, vous allez être servi. Vous ne raterez pas non plus The Bellrays et la sublime Lisa Kekaula, à mi-chemin entre Aretha (Franklin) et Tina (Turner), qui avait foutu un feu d’enfer en d’autres temps à mon respectable et mythique Cabaret Vauban, avec les rescapés du MC5. Dans la série beau temps, mer calme, j’ai promis à mon pote Hugues de ne pas zapper Jack Johnson le vendredi, qui va nous ramener du soleil de sa Californie natale, ainsi que Angus & Julia Stone, dans un registre pop folkeux australien de bon aloi. Dans le genre OMNI (objet musical non identifié), j’irai décalaminer mes esgourdes sur DJ Zebra feat. le Bagad de Carhaix, gast ! Du côté du cabaret breton, rebaptisé scène Youenn Gwernig, pendant les quatres jours il y aura quelques pépites succulentes, j’ai noté Titi Robin trio ou Ibrahim Maalouf (tous les deux découverts au festival du Bout du Monde), Olli & Mood, Marchand vs Burger (salut Rodolphe ça gaze ou quoi ?), Duoud (un duo de ouds), pour ne citer qu’eux. Et dans le rôle des potes de Brest, j’irai jeter quelques unes de mes forces, s’il m’en reste, dans le set de Electric Bazar Cie et je poserai mon sac pour Siam, le groupe composé par Fanny Labiau et Bruno Leroux dont je vous recommande au passage d’écouter l’excellent premier opus intitulé “L’amour à trois“, en vente partout. What else ? Plein de bonnes choses. Difficile d’ignorer les sets d’Adam Kesher (vu à Art rock et à la Route du rock), des Hyènes qui reprennent des standards du rock pour le fun mais pas en yaourt (même s’il y a deux vrais morceaux d’ex Noir Désir dedans) ou des allumés de The Inspector Cluzo que j’avais raté au Run ar Puñs récemment. Idem pour Cold war kids ou Stromae (qu’on verra aussi à la Fête du Bruit dans Landerneau en août). En partenariat avec le Sziget festival, il y aura du (beau) monde aux Balkans avec des joyeux déjantés dont Goran Bregovic, Balkan beat box, excusez du peu. Et maintenant, on range les cannes et on passe au calibre supérieur, pour la pêche au gros.

Pas de Vieilles Charrues sans des noms capables de faire venir la foule des grands jours. Yannick Noah fait partie de ceux-là, il vient de bourrer Penfeld en attirant 10.000 spectateurs à lui tout seul. Jeu, set et match. Le samedi, ça va être chaud, d’autant que c’est aussi le jour de Supertramp et de Cypress Hill ! Idem le dimanche, puisqu’en dehors de mon cher Lou Reed, sur la même scène on va savourer PJ Harvey que j’aime beaucoup et pas seulement parce qu’elle m’a emprunté mon prénom anglais et qu’elle est vachement sexy. Non, j’aime bien son côté hardcore déjanté, son style pop rock un peu crème au beurre, limite indigeste, mais c’est tellement bon de se baffrer comme ça sans retenue, non ? Écoutez “This is love” en poussant le potar vers le haut, vous comprendrez ce que je veux dire. Le jeudi, aussi, du lourd. D’abord du rock teuton avec Scorpions, dont on nous assure qu’il s’agira là de leur dernière prestation live (celui qui a dit “bonne nouvelle !” sort immédiatement de ce blog !). Si la femme de ma vie est dans les parages quand le groupe entonnera “Still loving you“, je lui promets un slow de derrière les fagots estampillé seventies. Bon, coup sur coup on aura aussi le même jour Kaiser Chiefs (i say yeah !), Snoop dog qui paraît-il se fait désormais surnommer “Doggy style”, amis du club des poètes bonsoir, le retour de Pulp qui va vous la décoller du bulbe la pulpe, et les frenchies de service qui vont rameuter la foule des grands jours. D’un côté M’sieur Aubert (celui qui en 77 gueulait dans l’hygiaphone) et Mademoiselle Olivia “just sing” Ruiz, qu’on ne présente plus. Et pendant que j’y suis, le lendemain, M’sieur Eddy pour une dernière séance ouakenole. J’ai oublié personne ? Ah ben si ! D’abord Ben l’oncle soul, vu au Cabaret Vauban. Un garçon plein d’énergie positive, vous allez adorer et mouiller la liquette. Et Pierre Perret, aussi connu pour son zizi légendaire (celui qui amidonne la main de sa soeur) que pour des registres plus graves comme le sublime “Lili”. Je l’avais vu, l’ami Pierrot, au festival du Bout du monde, c’était somptueux, j’en connais même un qui avait pleuré.

Allez, ça c’est fait. Je vous donne rendez-vous dans trois mois et un jour sur le site des Vieilles Charrues pour faire la fête. Si vous me croisez sur le festival, vêtu de mon élégant polo brodé Shots (Hervé Le Gall est habillé par Minipop), n’hésitez pas à vous manifester (même si tu t’appelles Jean Floch et que tu es déjà à bloc), on fera une petite photo souvenir. Les annonces de la conférence de presse d’hier, à Carhaix, étaient ponctuées par un lancer de boule de bowling d’un des membres de l’équipe des Vieilles Charrues. La dernière boule fut lancée par Jean-Jacques Toux, programmateur des Vieilles Charrues. Il s’est avancé sur la piste, fébrile, sous le regard un brin goguenard des journalistes présents. D’une main assurée, la boule a glissé sur la piste… Strike ! Jean-Jacques s’est retourné, est tombé à genoux les deux poings levés, large sourire. Belle image, je trouve. Finalement l’esprit de ce festival, on y revient toujours, c’est un peu ça. Les Vieilles Charrues, c’est d’abord l’histoire d’une bande de potes qui sont là pour se marrer. Alors ? Vous êtes prêts ou quoi ? N’oubliez pas. Cet été à Carhaix il y aura du gros son. Je compte sur vous pour nous en faire voir de toutes les couleurs !

Rumeurs Vieilles Charrues 2011. Buffalo Springfield à Kerampuilh, gast !

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Qui ça ? Buffalo Springfield. C’est qui ces mecs d’abord ? Vous avez tous eu, un jour ou l’autre, entre les oreilles, un titre de Buffalo Springfield, à commencer par le cultissime “For What It’s Worth” et son intro inimitable. D’ailleurs, si vous avez vu le film Forrest Gump, vous devez vous en souvenir, le titre symbolise à lui tout seul l’amérique de la fin des sixties, de la guerre du Viet “fucking” Nam, aussi sûrement que California dreamin’ des Mamas and Papas marque l’insouciance de ces années soixante où l’on croyait encore au rêve américain. Côté lyrics, c’est pas dégueu non plus. I think it’s time we stop, children, what’s that sound everybody look what’s going down. Et puis le line up du groupe, excusez du peu, rien que du lourd. Formé en 1966 par quelques mecs qui allaient compter parmi les pointures king size du son pop folk rock made in USA, le combo s’est séparé après deux ans et trois albums culte et avoir inscrits leurs noms au Panthéon de la zique US. Le premier s’appelle Stephen Stills. Il crée le groupe avec un dénommé Richie Furay. On raconte qu’un jour où les deux compères étaient bloqués dans un embouteillage à LA, ils ont aperçu un corbillard immatriculé dans l’Ontario. Le gars au volant avait choisi ce mode de transport pour passer la frontière incognito avec son bassiste, Bruce Palmer et son batteur Dewey Martin. Le gars en question ne se contente pas de conduire, il écrit aussi avec un talent certain. Il se nomme Neil Young. De lui, David Crosby (oui, celui de Crosby, Stills, Nash & Young) a dit “ce mec était capable d’écrire cinq chansons par semaine. De sa part, rien ne m’étonne“. Ce sont à peu près ses mots quand il a su que l’un des combos mythiques des années soixante se reformait. D’ailleurs, je me suis laissé dire que David Crosby aurait volontiers reformé The Byrds, autre groupe US majeur de ces années glorieuses, mais c’était sans compter sur la tête de bourrique de Roger McGuinn qui refuse d’en entendre parler, dommage… Mais revenons à Buffalo Springfield, séparé en 1968, reformé fin 2010, en tournée en 2011, si vous voyez ce que je veux dire.

J’ai donc activé mes réseaux, histoire de démêler le vrai du faux. Non, parce que là, on parle d’un truc largement aussi balaize que le boss venant taper son Born in the USA à Carhaix city. Là, on parle de légendes aussi absolues que définitives. Neil Young. Stephen Stills. Richie Furay. Trois légendes sur la scène de Glenmor, ça aurait une putain de gueule, excusez du peu ! J’ai donc commencé à gratter la terre de la plaine de mes petites mains fébriles et rapidement j’ai trouvé un faisceau d’éléments concordants. D’abord, Buffalo Springfield est vraiment en tournée. On avait dit que le groupe se contenterait d’un one shot, mais non. Ils sont annoncés au Bonnaroo festival, en juin prochain à Manchester. Pas la seconde patrie du King Eric “ouh ah” Cantona, non plutôt un bled dans le trou du cul du Tenessee profond, un grand terrain agricole qui ressemble à s’y méprendre à la plaine de Kerampuilh, gast, mais en moins bien. Donc les p’tits gars Stills, Young et Richie ne seront point dépaysés, même notre bière (la légendaire Coreff) est meilleure qu’une Bud de bon aloi. Donc c’est jouable. Mais il en fallait plus. Je suis allé jeter un œil sur le site web de Neil Young et là, tenez-vous bien (tenez-vous mieux !) deux choses. D’abord le site confirme que Buffalo Springfield est bel et bien en tournée. La date de juin du Bonnaroo festival est bien bookée. Mais il y a mieux… Un concert du Buffalo Springfield est bien prévu le 15 juillet. De là à imaginer que nos amis cow-boys viennent faire un tour chez nous sur la plaine, il n’y a qu’un pas que j’ai décidé de franchir allègrement.

Avouez quand même que ça aurait de la gueule, non ? D’autant que dans l’état d’esprit, Buffalo Springfield et les Vieilles Charrues, c’est un peu la même chose. Des p’tits gars de la campagne, engagés, qui croient dans leur aventure. Alors ? Buffalo Springfield pour la vingtième des Vieilles Charrues, ça vous tente ? Moi j’ai envie d’y croire. For what it’s worth. Pour ce que ça vaut…

• illustration : Crosby, Stills, Nash & Young par Guy Peellaert.
• la programmation des Vieilles Charrues 2011 sera annoncé le 12 avril.
voir le site du Festival des Vieilles Charrues

Les dix commandements du photographe de concerts


1- En mode manuel tu travailleras
La photographie est un art subtil, un équilibre délicat entre une dose de lumière, un cadrage, une vitesse de prise de vue. Pour la photo de concerts, c’est encore plus vrai, encore plus complexe, parce que tout va vite, parce que le sujet bouge, parfois avec violence, dans une ambiance lumineuse souvent drastique. Il n’y a pas d’autre alternative que le mode manuel. Ceux qui te diront le contraire sont à côté de leurs pompes ou alors ils ont choisi la voie de la facilité, voire les deux. Parce que les modes priorités (ouverture ou vitesse) sont des modes automatiques qui ne disent pas leur nom et qu’en plus c’est très casse-gueule. D’ailleurs, quand je shoote en concert, il m’arrive parfois d’observer les photographes, quand il y en a. Si le pouce et l’index ne travaillent pas ensemble, l’un pour régler le diaph, l’autre pour la vitesse, c’est que le gazier est en mode semi-auto. Facile, on régle sur la plus grande ouverture et roulez jeunesse ! Sauf que la photo de concert, ça ne marche pas comme ça. Il faut savoir anticiper, observer les lumières, prévoir leur état à venir. Maintenant, à l’instant T tu es à 1/80ème et tu es sous-ex, dans deux secondes tu seras équilibré, une seconde plus tard tu seras sur-ex. Pas facile hein ? Non, pas facile. Mais quand c’est dans la boîte, tu sais ce que tu as fait ton taff.

2- En format RAW tu shooteras
En numérique, le format RAW permet tellement de choses fantastiques. Le RAW c’est un peu comme une machine à voyager dans le temps, la possibilité de corriger des erreurs ou de changer d’avis, sur la balance des blancs par exemple. Le RAW c’est aussi la possibilité de sauver un cliché. En fait, le format RAW n’est pas une option, c’est pour le coup un vrai commandement. Tu shooteras en RAW, tu ne discuteras pas et pis c’est tout. Si ton boîtier le permet, tu auras deux cartes. Sur mon D3s par exemple, j’ai une Sandisk Extreme 32Go qui stocke mes fichiers RAW et une 16Go qui stocke mes fichiers jpeg, dont je ne me sers d’ailleurs quasiment jamais. C’est une sécurité, comme un backup, au cas où l’enregistrement sur la carte dédiée au RAW merderait, ce qui ne m’est jamais arrivé.

3- En focale variable tu travailleras
Dans les petites salles il existe rarement des fosses réservées aux photographes. Alors tu choisis ton camp, jardin ou cour et tu n’en bouges plus. Les focales fixes offrent d’être généralement plus lumineuses mais les focales variables permettent de faire varier le cadrage sans bouger de l’endroit où on s’est planté. Pour moi c’est la meilleure option et c’est celle que je conseille. Dans une petite salle, un calibre 16-35 convient bien, sur une salle moyenne on opte plutôt pour un trans-standard comme le 24-120 (ou le 24-105) alors qu’en festival ou sur des salles vastes on tape plutôt au 70-200. Côté sac, fourre-tout, pas vraiment de solution idéale. La chestvest de Newswear, la ceinture Light belt de Lowepro équipée d’étuis Sliplock, sont de bonnes alternatives pour avoir son matos sur soi sans trop d’encombrement.

4- Les conditions difficiles tu privilégieras
La vie d’un photographe de concerts n’est pas un fleuve tranquille. J’aime particulièrement les petites salles, celles dont je dis souvent qu’elles sentent la bière et l’animal, pour paraphraser Miossec. Ambiance moite, lights difficiles, évolution compliquée dans le public, ça bouge dans tous les sens, parfois ça pogotte. En fait j’adore quand ça pogotte, j’ai vraiment le sentiment d’être dedans, il y a autant d’images à shooter sur scène que dans le public. J’ai comme ça quelques souvenirs de concerts épiques, porté par la foule. Les Bérus, Mass Hysteria, Aqme, au Vauban, c’était dantesque. Plus c’est difficile, plus la barre est haute, plus le plaisir de ramener de la belle image est intense.

5- En couleurs tu travailleras
Le concert, c’est la vie et la vie c’est la couleur. Il n’y a rien de plus beau qu’une belle image de concert pleine de couleurs. Et là tu me dis : “et le noir et blanc alors ?” Tu feras du noir et blanc quand le noir et blanc t’appelleras. Un jour, tu verras une image et tu sauras qu’elle s’impose en noir et blanc, mais attention ! Si tu crois que passer un cliché de la couleur au black and white va te permettre de rattraper le coup d’un cliché pourri, ce que tu te goures mon jeune ami ! Un cliché pourri en couleurs sera pourri en noir et blanc, mais rassure-toi. L’inverse est vrai. Et puis passer une photo couleurs en noir et blanc juste pour faire style (prononcez staïle), ça ne trompe personne.

6- Ton niveau d’exigence sans cesse tu relèveras
Il est long le chemin et les pièges nombreux, comme disait ce cher Étienne (Daho). C’est peut-être le côté le plus passionnant du parcours photographique, ce sentiment de toujours pouvoir progresser. Sois exigent. Tout le temps. Dans tes réglages, dans le choix de ton matériel, dans tes cadrages. Ne laisse rien passer. Et, surtout, ne compte pas trop sur le post-traitement pour rattraper les coups foireux. Un bon cliché, c’est brut de capteur. Zéro bidouille. De toutes façons une image moulinée à l’excès dans Lightroom et consorts, elle se reconnaît de loin et encore une fois ce genre d’image ne trompe personne, aucun pro de l’image en tout cas. En plus, le côté pervers de ce genre de moulinette, c’est qu’au final toutes tes images, à terme, se ressemblent. Et comme nombre de photographes utilisent les mêmes ficelles, tes images ressemblent aussi à celles du voisin.

7- Le meilleur seulement tu montreras
Tu as un privilège. Tu es à la fois metteur en scène, cadreur, directeur de la photo et en plus tu es ton premier spectateur. Quand tu dérushes, tu dois savoir immédiatement ce qui te fait vibrer, tu dois voir l’image qui fait wouah ! Sur de nombreux sites internet, on peut voir des galeries de photos de concerts avec vingt ou trente photos, c’est un signe qui ne trompe pas. Bien souvent d’ailleurs, plusieurs photos se ressemblent, l’hésitation à choisir entre tel ou tel cliché est palpable, on sent bien que le photographe n’a pas su se décider. Si tu n’as pas d’œil pour choisir le meilleur du meilleur, si tu ne sais pas et que tu optes pour la solution de facilité, c’est à dire de montrer tout et en vrac, tu mets à côté. Un conseil. Relis le sixième commandement.

8- Jamais tes clichés gratuitement tu ne donneras
Premier constat. Si tu fais de la photo de concert en espérant approcher des artistes au plus près et soigner ton égo, tu risques d’être vachement déçu. J’ai couvert beaucoup de concerts et à deux ou trois rares exceptions je ne compte pas d’ami dans ce milieu. Je fais très peu de tirages papier et par voie de conséquence il ne circule que très peu de tirages originaux. Je ne transmets jamais de fichiers haute déf. La photographie c’est mon travail et je ne travaille pas gratuitement. Donner ses photos c’est pervertir le système. Si tu veux être crédible, ne joue pas à ça.

9- Les artistes, le public, la prod tu respecteras
En règle générale, les photographes ont ce privilège d’obtenir une accréditation gratuite, ce qui est somme toute normale. Personne ne paye pour travailler. En revanche, une fois dans la place, je mets un point d’honneur à respecter les gens, simplement. D’abord les artistes, sans qui, naturellement, rien de toute cette magie n’existerait. Il est des artistes qui ne sont pas gênés par la présence de photographes, il en est même qui en jouent, qui s’en amusent. J’ai en mémoire des concerts épiques (avec Bryan Ferry par exemple), où la complicité était vraiment palpable et les photos sont à la hauteur de ce choc émotionnel. D’autres peuvent être gênés, voire angoissés par la présence d’un photographe. Il faut sentir le truc et s’adapter. Dans le pire des cas, il faut s’en aller, quitter la salle. Ensuite le public, qui paye sa place, lui. Si j’occupe une chaise, qu’il ne reste aucune place disponible, je laisse ma place. J’évite de bousculer le public, je ne fais pas le forcing pour accéder au premier rang. Et le respect c’est aussi d’applaudir l’artiste, avec le public. Enfin, la production, toute cette équipe, du producteur en passant par les ingés son, les lighteux, les roadies, bref, toutes celles et tout ceux qui font du spectacle vivant une réalité, qui prennent des risques financiers, humains. Du respect, de la discrétion vis à vis des gens, de tous ces gens grâce à qui nous, photographes, nous avons le privilège de travailler dans de bonnes conditions.

10- Ton chemin seul tu traceras
C’est le dixième commandement, c’est le dernier et c’est aussi le premier. Et il vaut pour vous toutes et tous qui lisez ces lignes. Vous serez seuls. Vous ne pourrez compter que sur vous-même et dans votre enfer personne ne vous entendra crier. Le photographe est un être solitaire par définition. Même très entouré, quand l’œil se rive au viseur, quand la scène se cadre dans l’attente de l’instant, plus rien n’existe, on est comme un autiste, seul et isolé dans son monde. Tout va très vite, la photo de scène c’est difficile, c’est complexe, on essaie de se souvenir des conseils et finalement on s’aperçoit qu’on n’en n’a gardé que quelques trucs basiques. Parce que finalement, on trace sa route tout seul, le boîtier en mains, on croise des gens qui au fil du temps vous reconnaissent. Quand vous arrivez dans un lieu et que le patron de lieux vous dit “Tiens, voilà le photographe“, quand un artiste vous offre un regard, un sourire, l’air de rien, comme s’il vous disait “Allez ! Prends ça et fais toi plaisir !” et quand quelques temps plus tard ce même artiste vous dit, en confidence “Vous me montrez beaucoup plus beau que je ne le suis dans la réalité !”, quand des gens du public vous sourient, quand une gamine vous dit “J’adore vos photos de Brian Molko !” ou qu’un barman vous offre une limonade (ah ! J’allais oublier ! Jamais d’alcool avant un concert… Pendant non plus d’ailleurs !) alors vous savez que vous êtes accepté, intégré, assimilé. Voilà. La route est dégagée et ton aventure peut commencer. Long is the road.

Nikon D3s. Le premier jour du reste de ma vie.

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Bien sûr, à tout prendre, je préfèrerais éviter de tomber dans le lyrisme. Mais, pour un photographe, toucher un boîtier comme le Nikon D3s, on dira ce qu’on veut, ça n’a rien d’anecdotique. C’est un signe, fort. D’abord parce que ce reflex n’est carrément pas un boîtier comme les autres. Ensuite, parce que finalement changer de marque, après trente cinq années passées à shooter en Canon, fut finalement beaucoup moins douloureux que je ne l’avais imaginé. Il faut dire que l’ambiance, l’escapade à Paris (sous la pluie), les sourires de part et d’autre, ont largement contribué à faire de ce changement un passage en douceur. Retour sur un voyage à Paris, comme un road trip, ponctué de visages, de sons et d’ambiances.

Espace Pro Nikon. 100% Nikon. 100% professionnel.
Jeudi matin. J’arrive à l’Espace Pro Nikon, Boulevard Beaumarchais. J’ai repéré le logo jaune, de loin. J’entre dans la boutique, le gars me demande si j’ai une carte NPS, je lui répondrais bien que pour ça, il faudrait d’abord que j’ai du matos Nikon, mais non. La pluie incessante qui tombe sur Paris a refroidi mes ardeurs de comique troupier. En plus, on me fait remarquer que l’Espace Pro, c’est juste à côté. Une porte sans poignée, qui donne sur un petit couloir. Un client, déjà à l’intérieur active l’ouverture, c’est pas Nikon, c’est une agence de la Banque de France ! Une fois à l’intérieur, c’est un peu exigu. On devine l’atelier derrière et un technicien qui s’active à nettoyer les capteurs où à dépanner un boîtier, à calibrer une optique. On ne peut qu’applaudir à deux mains l’initiative de Nikon qui, avec cet espace 100% dédié aux professionnels, affiche et confirme ses ambitions de leader sur le segment pro. Rien de plus rassurant, finalement, de savoir qu’un espace est à votre disposition pour une intervention rapide, un prêt de matos. Il en est de la photo comme du spectacle : the show must go on. Dans l’espace pro, deux photographes papotent sur les vertus du D3s et un ange passe. Gestion des hautes sensibilités, il paraît que… J’ai juste envie de leur dire que non, il ne paraît pas, que c’est une réalité et finalement non. J’attends sagement mon tour. Je rencontre le responsable du lieu, qui n’est autre que Guillaume Cuvillier (ex “Le Photographe”) . Je viens restituer le D3s et le 70-200 prêtés par Nikon France pour la réalisation de clichés tests sur le concert de -M- aux bénévoles des Vieilles Charrues. “Alors ?” me glisse Guillaume, l’œil visiblement aussi enthousiaste que moi sur ce boîtier hors norme. Alors, il n’y a rien de plus à dire, je me dis seulement que dans moins d’une heure j’en aurai un bien à moi, alors à quoi bon répéter que D3s est selon moi le meilleur reflex pro numérique du marché ? Acheter un boîtier en ayant l’assurance absolue qu’il est LE boîtier qu’il vous faut est un luxe que je souhaite à tous les photographes professionnels. Je quitte donc l’Espace Pro Nikon le sac vide et le cœur léger. Dehors, extérieur pluie, une pluie drue et sale, rien à voir avec la pluie brestoise, délicate et légèrement iodée.

La boutique Nikon vaut vraiment le détour.
C’est une petite boutique rue de Courcelles. Ici, chaque mètre carré est optimisé. Un comptoir, une vitrine et du matos Nikon, partout. C’est Jean, le patron de l’endroit qui m’accueille. On sent le gars avenant, souriant, enthousiaste et surtout, surtout, compétent. Très compétent. Il sait que je viens chercher ma commande, on papote un peu, j’évoque les optiques et je sens bien que le gars n’a pas fait que lire les fiches techniques, il connaît Nikon sur le bout des doigts. Sur le D3s on ne dira rien, aussi convaincus l’un que l’autre que la quasi perfection ne se commente pas. Jean s’éclipse un instant pour aller chercher mon matos. Derrière moi, il y a la vitrine du matériel d’occasion, je vois un Canon EF 400mm f2,8 à moins de 3000€, des boîtiers argentiques, numériques Pentax, Nikon, Canon, pour tous les goûts et à tous les prix. Si vous cherchez du materiel photo d’occasion, un conseil judicieux ou un vrai pro sur Paris, la Boutique Nikon c’est une adresse que je vous recommande ! Jean déballe le D3s, je découvre le boîtier qui va m’accompagner dans les quelques années qui viennent. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, la batterie est en place et Jean checke le paramétrage de la version française, met en place le 70-200 et me tend la bête, histoire de valider l’autofocus. Premier contact avec mon nouveau compagnon de route et premier constat : les D3s sont tous aussi lourds ! Le poids c’est le prix à payer pour embarquer cette machine, c’est aussi un argument rédhibitoire qui en interdit l’accès aux fillettes : trois kilos à bout de bras minimum. Pour moi, pas de souci. D3s ou 1D Mark IV, c’est du pareil au même, du moins en terme de poids. Je quitte la Boutique Nikon, il ne pleut plus. Lumière fade, ça ne donne pas envie de faire des photos. De toutes façons, la batterie est à son minimum et la première charge durera plusieurs heures…

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Acheter une Chestvest de Newswear. Ou pas.
Vendredi matin. Direction Bastille et l’objectif du même nom. Je connaissais Objectif Bastille de (bonne) réputation mais je n’avais jamais mis les pieds dans la boutique. Un long couloir, des photos exposées sur les murs et on accède à un grand show room. Ambiance studieuse. Un vendeur s’approche, sympa, très cordial. Je lui dis que viens voir et essayer si possible une chestvest de la marque Newswear. Voilà quelques années que j’entends parler de ce harnais made in USA équipé de poches ventrales qui permet de transporter et d’accéder aisément à son boîtiers et optiques. Je tombe ma veste Carhartt et j’enfile non sans peine le harnais qui est réglable en largeur et en hauteur, permettant à chacun de positionner son matos à la hauteur qui lui convient. L’accès aux poches ne me semble pas ultra-pratique, je me sens un peu engoncé dans le système et finalement assez peu libre de mes mouvements, paradoxalement ! Mais le pire est à venir. En fait le D3s n’entre pas, carrément pas dans la pochette prévue à cet effet. En forçant un peu, on peut finir par réussir à le glisser mais je me dis que sur le terrain, si je dois mettre deux plombes avant de dégainer mon boîtier, c’est mort ! Parce que, évidemment, les pochettes permettent de loger le matériel démonté, il faut donc sortir le boîtier, puis sortir un caillou, puis procéder au montage. Pas bon feeling, d’ailleurs le vendeur acquiesce, ça ne colle pas. Il me montre un étui holster de chez Think Tank qui se porte à la ceinture, au ceinturon plutôt d’ailleurs ou en utilisant une ceinture adaptée, qui me semble assez pratique mais finalement assez proche de mon étui Toploader de chez Lowepro. Bon, ce n’est pas aujourd’hui que je vais trouver le produit idéal. Je suis déçu par la chestvest, d’autant qu’elle n’apporte aucune protection pour le matériel. En clair, si le photographe fait une chute, c’est le matos qui est en première ligne et qui déguste, sans compter les dommages collatéraux sur le photographe lui-même. Je continuerai donc à porter mon matos sur le dos dans des sacs Lowepro matelassés et protecteurs, ou des pochettes de ceinturons sécurisées pour mes cailloux. Deux leçons à retenir. 1- Ne jamais acheter un système de ce genre sans l’avoir essayé. 2- Toujours faire confiance à des vendeurs qualifiés comme deux d’Objectif Bastille.

2011. L’année du plaisir.
En quittant le service presse de Nikon, on évoquait l’année 2011 et je leur disais que pour ma part j’ai placé cette année sous le signe du plaisir. Essayez, vous verrez, ça donne vraiment le sourire. J’ai mis du temps avant de trouver un boîtier numérique avec lequel je sois en phase. Voilà deux mois que je travaille avec du matériel Nikon, un mois passé avec un D3s, un 70-200 2,8 VRII et un excellent 24-120 f4. On me pose souvent cette question qui revient comme un leitmotiv. Est-ce que la matériel c’est important ? Non ! Ce qui est important, dans la mesure où votre boîtier est censé être le prolongement de votre œil et de vos envies, ce qui est vraiment important c’est vous. Si je peux vous donner un bon conseil, c’est de toujours essayer votre matériel avant de l’acheter, soit en vous faisant prêter du matériel par votre revendeur, soit en le louant. Il y a tant de paramètres, il y a autant de boîtiers potentiels que de besoins. Si vous faites de la photo animalière vous n’avez pas les mêmes besoins que si vous faites de la photo architecturale. Si vous voulez faire du portrait en studio, vous n’avez pas le même cahier des charges qu’un photographe de concert. En photographie numérique, il n’y a rien de définitif. Et c’est même ce qui en fait son charme. Faites de bonnes photos, prenez du plaisir.

Et bonne année 2011 !

voir le site de la Boutique Nikon
voir le site Objectif Bastille

Un bout de chemin avec Nikon.

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Voilà. Tout est dans le titre. Après mûre réflexion (doux euphémisme), une réflexion entamée sur un échec, le premier en plus de trente années passées à shooter avec du matériel Canon, j’ai décidé d’aller voir, pour reprendre une expression courante, si l’herbe est plus verte dans le pré d’en face. Ceux qui me connaissent bien savent que cette décision a été extrêmement difficile à prendre tant le lien, les habitudes culturelles, le feeling entretenu avec Canon sont profondément ancrés en moi. Mais il arrive un moment où il faut regarder la vérité en face, mettre de côté l’affectif qui nous trouble la vue et fausse nos jugements. Il arrive un moment où on ne se sent plus à l’aise dans son travail au quotidien, un moment où le matériel ne vous suit plus. Et au fond, que demande un photographe à son matériel ? Que demande-t-on à son boîtier ? C’est simple. Qu’il fasse ce qu’on lui demande de faire. Qu’il me suive, jusqu’au bout de mes envies, même si mes envies sont incohérentes. Quand j’ai un reflex en main, je suis comme un patron pêcheur du Guilvinec, comme le gars du Conquet qui part le matin pêcher du bar du côté des déferlantes de la pointe du Raz. C’est moi le patron à bord, le seul maître après Dieu. Si je décide d’être sous-ex, d’aller chercher de l’image là où il y a zéro lumière, c’est comme taper une vague de face. J’en prendrai peut-être plein la gueule mais c’est parce que je l’aurai choisi. Ce que je demande à mon outil, c’est qu’il me suive. C’est pour ça que je ne bosse qu’en mode manuel et que, lorsque les lumières sont quasi nulles je déverrouille l’autofocus. Mais nom de Dieu, je veux que mon matos me suive. Est-ce que je suis une exception ? Pensez-vous ! Depuis que Shots existe, si j’ai reçu quelques messages d’insultes (oui, c’est fou comme la passion de certains amateurs peut aller jusqu’à la déraison), j’ai aussi croisé des photographes professionnels qui étaient en phase avec ma façon de voir, pour une raison toute simple. Parce que notre préoccupation est la même. Quand je couvre un concert, quand un reporter couvre un drame humain, quand un photographe de mariage réalise des photos d’un couple, quand un photographe sportif shoote une rencontre de foot, quand un photographe underwater croise une murène, quand un photographe couvre le défilé du 14 juillet sous la pluie, … Le paramètre de l’erreur technique n’est pas admis et plus que jamais le boîtier reflex porte bien son nom. Muse en concert, le match de foot, le mariage, les crocs de la murène, le défilé du 14 juillet sous la pluie, ces instants-là sont uniques. De deux choses l’une. C’est dans la boîte. Ou pas.

Pourquoi j’ai choisi Nikon D3s ?
À question simple, réponse simple. Parce que Nikon D3s est le meilleur boîtier reflex professionnel numérique du marché. Pour être un peu radical, faire taire ceux qui seraient tenter de contester cet état de fait, j’ai envie de leur dire que si vous ne pensez pas que D3s est ce qu’il est, en clair le meilleur reflex actuellement disponible, c’est que vous ne l’avez jamais eu en main, tout simplement. J’ai testé Nikon D3s à deux reprises. D’abord fin 2009, à sa sortie. Au salon de la photo, j’avais approché le boîtier et déjà j’avais été impressionné par son design, son ergonomie, à tel point que j’avais lancé en blaguant que ce boîtier avait été conçu par Nikon pour un mec comme moi et que tiens, à Noël, je testerai bien l’engin, sur mon terrain. Et le staff Nikon avait répondu “Chiche !” C’est comme ça que j’en suis arrivé à tester D3s, sa capacité à monter haut, très haut, en iso. D’ailleurs, souvenez-vous du comparatif sur la gestion des hautes sensibilités de D3s et du 1D Mark IV, publié ici-même sur Shots… Avec le recul, je me dis que finalement je n’aurais jamais dû mettre en avant la supériorité de D3s sur ce point précis. Simplement parce que la gestion des hauts iso était un argument décisif souhaité par la direction de Nikon alors que ça n’était pas du tout une priorité pour Canon. Un an a passé. Un an durant lequel j’ai pu tester l’excellent 1D Mark IV, dont j’ai écrit ici qu’il est capable de flamboyance, surtout avec de la lumière. J’avais été agacé par les propos tenus par Rob Galbraith, quand il disait que Canon n’en n’avait pas fini de ses vieux démons, faisant référence aux problèmes d’autofocus. Je n’avais pas réussi à reproduire ou à stigmatiser ces problèmes, pour une raison toute simple. Mes tests étaient réalisés en plein jour ou avec des plans de feux monstrueux (comme aux Vieilles Charrues). Dès que la lumière décline, les problèmes se révèlent. Avec D3s, c’est l’inverse. Plus la lumière décline, plus le boîtier Nikon se transforme en oiseau de nuit, plus sa capacité à transformer le moindre indice de lumière se transcende. D’ailleurs je garderai pour toujours en mémoire la photo de l’ours shooté en pleine nuit, avec pour seule source de lumière le clair de lune, un exploit signé Vincent Munier avec un D3s. Le genre de photo qui vous scotche autant qu’elle vous donne l’envie. L’envie d’y aller.

À la rentrée, j’ai repris contact avec Nikon. Pas pour remettre le couvert avec D3s, non juste pour tester une nouvelle optique qui m’intriguait beaucoup. Un 24-120 f4, une optique dont le lancement était entouré d’un concert de louanges. Je pensais ma demande restée lettre morte mais finalement j’ai reçu en novembre un D700 et un 24-120 f4. L’occasion de persister et de signer, non seulement sur la qualité du traitement nano-cristal appliqué à ce 24-120, le rendant aussi lumineux qu’une optique standard à f2,8 mais aussi de pouvoir tester, enfin ! Ce boîtier D700 que j’avais été à deux doigts d’acheter à l’époque du 5D Mark II. Petit aparté sur Nikon D700 qui est vraiment un excellent boîtier, compact, léger, performant. Quand Nikon va annoncer son successeur (le probable D800), il y aura d’excellentes affaires à réaliser en achetant un D700 neuf, car les prix ne manqueront pas de dégringoler. Mais revenons à D3s. En décembre dernier, j’ai reçu (pour mon anniversaire, mais c’était un hasard de calendrier) un D3s et un 70-200 2,8 VRII, histoire d’être équipé comme il faut pour aller shooter l’ami -M- (et les kids de The Octopus, vainqueur du tremplin des Jeunes Charrues), sur le concert privé donné aux bénévoles des Vieilles Charrues. Je crois que c’est ce soir-là que s’est produit le déclic.

Dans la fosse, j’ai shooté Matthieu Chédid. Zéro stress. En cinq minutes à peine, j’étais dedans. J’ai fait assez peu de clichés et j’ai très peu checké mon écran de contrôle, parce que je savais que c’était dans la boîte. Ce soir-là, j’ai fait des clichés vraiment borderline, en matière de lumière, mais je sentais intuitivement que c’était bon. J’ai été éberlué par la capacité de l’autofocus de D3s à aller chercher le point, à l’accrocher, même dans des conditions vraiment limites. Je voyais la pastille s’allumer dans mon viseur et je me disais “mais comment il fait, bordel ?” J’étais tout à mes cadrages, je ne me prenais plus le chou de savoir si l’image serait nette, je savais que mes images seraient nettes, propres, piquées. Le reste c’est du bla-bla. J’ai dérushé mes images sur place, pour une validation immédiate par la prod. J’étais emmerdé parce que j’avais vraiment beaucoup de matos, il a fallu faire un gros tri. Finalement, j’ai gardé un gros paquet de clichés classés cinq étoiles dans Lightroom. Plus tard j’ai envoyé trois ou quatre images à Nikon France pour illustrer l’article que j’avais écrit pour le Nikon Hub. Un membre du staff Nikon, avec qui j’évoquais mon concert couvert avec le D3s me dit : “J’ai le sentiment, en voyant tes photos de -M- que le photographe n’a pas trop souffert !” Avant d’ajouter cette précision définitive : “Un sentiment d’unité entre l’homme et la machine.” Fuck me twice on sunday ! Tout était dit. Et si, au fond, la photographie se résumait à cela, hein ? Une unité entre le photographe et son reflex. Après le concert de -M- je savais déjà que j’allais choisir Nikon D3s.

Choisir ses optiques.
Quitter Canon, c’est une chose. C’est aussi quitter une gamme d’optiques remarquable, même si Nikon a fait un travail important dans ce domaine et finalement, à y regarder de près, je retrouve mes focales de prédilection chez Nikon, à commencer par le 70-200 2,8 VR II qui, lorsqu’il est monté sur un D3s est capable de produire des images d’un raffinement absolu. Je vais aussi embarquer le 24-120 f4, une optique lumineuse qui produit de belles images nettes et piquées dès f4 avec une longueur de focale qui pour moi frise la perfection, en particulier dans des salles de tailles réduites. Pouvoir tabler sur un vrai grand angle jusqu’au petit télé-objectif, le tout sans changer de caillou, c’est cool non ? Ah oui, bien sûr, certains puristes vous diront qu’on est à f4. Et alors ? Shooter à f4 quand vous disposez d’un boîtier capable de générer une image à 12800iso sans grain, what else ? D’ailleurs, dans un second temps, j’aimerais assez disposer d’une plage de focale encore plus large. Nikon propose un excellent 16-35mm f4 qui partage deux atouts avec le 24-120mm : son ouverture à f4 (et le traitement nano-cristal qui réduit aberration et distorsion) et… son prix, relativement attractif. En parlant de prix, avec un coût de 600€ supplémentaire, j’opterai peut-être pour le Nikkor 14-24mm f2,8. Tous les photographes qui possèdent cette optique en parlent avec un soupçon de lyrisme dans la voix en la qualifiant d’optique d’exception. Je pense que ce qualificatif est largement mérité.

Quitter Canon, ses optiques et son velouté du même nom.
On n’arrête pas une histoire qui a duré trente cinq ans sans état d’âme. Je connais bien Canon. Je connais bien les matériels, leurs qualités et aussi leurs défauts. Avec l’épisode 1D Mark III, Canon a trébuché, entraînant dans sa chute beaucoup de photographes professionnels. Une erreur est toujours pardonnable. Ce qui le fut moins, c’est la façon dont Canon a géré la crise, en commettant des erreurs de communication, impliquant une stratégie de l’autruche singulièrement casse-gueule. En clair, Canon a répondu à ces photographes que si l’autofocus de leur EOS 1D Mark III ne fonctionnait pas correctement, c’est qu’ils ne savaient pas s’en servir correctement. Le genre d’argument qui passe mal auprès de photographes pointure king size comme Galbraith. L’air est connu. Les mauvais photographes blâment toujours leurs matériels. Et puis il y a eu 5D Mark II et le coup de génie marketing de Canon, consistant à détourner un boîtier reflex photo de sa fonction première, pour en faire un succédané de caméra vidéo. L’enthousiasme latent a couvert les coups de gueule des photographes pestant contre un autofocus erratique ou une capacité à cramer de l’image en sur-exposant de manière systématique, suivez mon regard. Je crois vraiment, aujourd’hui, que Canon est largué par Nikon, sur le segment photo numérique professionnelle. D’ailleurs, si je n’en n’étais pas convaincu, je n’aurais pas signé mon bon de commande chez Nikon. Il reste à Canon un glorieux passé, une gamme d’optiques sublimes, une gestion des couleurs qui lui est propre et de l’espoir pour croire en l’avenir. Ceux qui pensent que Canon est mort sont des crétins ! Canon a su montrer par le passé sa capacité à rebondir. Je veux bien parier que Canon ne restera pas les bras ballants devant Nikon. Rendez-vous dans les mois qui viennent pour l’annonce du successeur du 5D Mark II.

Le seul dénominateur commun tient en un mot : du plaisir.
Voilà, c’est fait. Le bon de commande est signé, dans quelques jours j’aurai mon D3s et mes optiques dans les mains. Je suis content parce que j’ai le sentiment d’avoir fait le bon choix, mais le paramètre décisif tient en mot. Le plaisir. Je ne sais pas vous, mais moi, je ne peux pas faire de photo si je ne suis pas heureux. Bien sûr, je peux photographier des gens que je n’apprécie pas le moins du monde. Mais dès que je sens qu’il se passe un truc, même avec des gens que je ne connais pas, alors là, ça devient magique. C’est pour ça que sur scène certains artistes me bouleversent, c’est là que la photographie prend vraiment tout son sens, sa pertinence, qu’elle devient le témoin d’un petit moment d’éternité. J’ai retrouvé avec Nikon le plaisir perdu avec Canon. Oui, je sais. C’est aussi radical que définitif, et pourtant si vous me demandez pourquoi je suis désormais équipé en jaune plutôt qu’en rouge, la seule vraie putain de raison, elle est là. Du plaisir. Ce reflex qui devient le prolongement de mon œil, de mes sensibilités, un sentiment d’harmonie, d’unité, une symbiose homme-machine. J’entame un bout de chemin avec Nikon mais je continue ma route. Ma façon de travailler ne va pas changer. Tout au plus je me sens mieux, plus confiant. Et la confiance, dans mon job, c’est important. La confiance c’est une forme de plaisir, un chemin vers la sérénité. Serein et zen, à l’image de ce chat, curieux, qui était venu m’observer pendant une session de travail. Il m’observait, assis sur son mur et se laissant photographier, il semblait me murmurer : “vas-y, fais toi plaisir.”

Courchevel. J’ai mille raisons de détester Florent Marchet.

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Au moment où je commence à poser mes mots, avec l’ambition démesurée d’écrire une review sur le nouvel album de Florent Marchet, alors que dehors le soleil darde sur Brest (dans ta gueule Barbara) et que j’en aurais presque honte pour mes amis parisiens qui sont sous la neige (comme ceux de Courchevel où par ailleurs je dois noter que je n’ai aucun ami), même si on se pèle le bout du nez, alors que mon Nabaztag, programmé par mes soins pour débiter des inepties de manière totalement aléatoire me rappelle à l’instant “qu’une tartiflette ça ne se refuse pas“, je réalise que ça fait un bail que je n’ai pas écrit une review bien sentie sur un album de musique. Bon, d’accord. À ma décharge, je dois à la vérité de dire que je n’ai rien vu passer de bien folichon cette année, si je compte bien. Sur mon iPod, le top est toujours squatté par le même gang de frenchies, Miossec, Daho, François Audrain, Eiffel et quelques vieilleries old fucking style, de Creedence aux Who en passant par Muse ou un revival pop autour du Floyd. Et puis il y a le cas Florent Marchet et ses deux premiers albums inusables, j’allais dire inoxydables. J’avais pris “Gargilesse” comme une magistrale claque dans la gueule, déjà, à l’époque. J’avais été subjugué par la qualité des textes et j’avais immédiatement détesté ce garçon, qui, non content d’avoir une qualité d’écriture et de mélodies éblouissante, avait en plus la gueule de l’emploi, comprendre cette gueule d’ange qui fait fondre les filles et énerve les garçons. J’avais écouté “Le terrain de sport”, je m’y étais salement retrouvé, trait pour trait. C’était décidé. Florent Marchet ne serait jamais mon ami. Comme Miossec ou François Audrain ? Oui, si vous voulez, mais ne nous éloignons pas du sujet initial, le nouvel album de Florent Marchet : “Courchevel“.

À vrai dire, j’ai découvert Florent Marchet un peu par hasard, grâce à la femme de ma vie, grande découvreuse de raretés devant l’éternel. J’avais donc écouté “Gargilesse”, j’avais suivi la bouche ouverte de béatitude le parcours du petit Florent, j’avais été éberlué par le cynisme des mots. Des titres comme “Levallois”, “Je n’ai pensé qu’à moi”, “Je m’en tire pas mal” (avec Mio en brestois deluxe) m’avaient singulièrement titillé le tympan, sans parler du “terrain de sport” qui m’avait définitivement convaincu que j’avais découvert, grâce à ma moitié, une grande plume de la chanson française comme on dit dans Telerama. Alors, quand le second opus est arrivé dans les bacs, j’ai vraiment eu peur, pas tellement pour moi, non plutôt pour lui. Peur qu’il se soit vautré, peur d’un second album facile qui ne confirmerait pas tout le bien que je pensais de ce garçon et qui m’aurait permis de le ranger aux oubliettes, que c’en serait fini de Florent Marchet, bon débarras, à qui le tour ? Et vint donc “Rio Baril” qui raconte comme une genèse l’histoire du petit Florent qui tuerait volontiers son père, qui admire sa mère autant qu’elle l’insupporte, qui croise des femmes sans trop les voir. La litanie de la vie quoi, comme cette audacieuse et inoubliable lecture de la posologie d’un médicament dans “Les cachets” mon titre préféré allez savoir pourquoi. J’avais pris “Gargilesse” comme une gifle aller-simple, “Rio Baril” était un retour bien appuyé. Saleté !

Comment Florent Marchet pouvait-il prétendre remettre le couvert, pour un troisième album, après tout ça ? J’ai logé les titres de Courchevel sur mon iPod et j’ai écouté l’album dans les pires conditions qui soient. En travaillant. Dès le début on est pris dans le petit monde de Florent Marchet qui nous raconte ses petites histoires. J’ai posé le stylo, je me suis avachi dans mon fauteuil, captivé, prisonnier du sort, en n’ayant pas le moindre doute. La voix, le tempo, les mélodies, les arrangements avec ces cuivres qui viennent de loin, aucun doute possible c’est du Marchet cent pour cent pur Cru bourgeois et dès les premiers titres, je sens que le gars Florent va me la jouer sur l’air du revenez-y sans qu’à aucun moment ça ne sente le déjà vu. Il y va de ses anecdotes qui ressemblent parfois à du Néry comme dans “L’idole” et rebondit sur des morceaux dont on sait qu’ils vont devenir des standards, comme le joyeux “Benjamin” ou “L’eau de rose” qui reprend des thèmes chers au coeur de Marchet, la trentaine et le temps qui passe, les portes qui se ferment plus qu’elles ne s’ouvrent. Et pour ce qui est du featuring classieux, dans cet album c’est Jane Birkin qui vient poser sa voix bouleversante, pleine de fêlures, de grâce et de fragilité sur “Roissy”, un duo beau, dramatique et lyrique, presque surréaliste. On est à peine à la moitié de l’album et je sais déjà que j’ai de bonnes raisons de détester Florent Marchet encore un peu plus. Le reste, tout le reste est à l’avenant. Ce garçon n’est jamais où on l’attend, capable d’écrire sur la solitude de la vie dans une bluette sautillante (“La charette”) avant d’asséner une mélodie définitive et des mots d’une poésie implacable sur le, comment dire ? Sublime, oui c’est ça, sur le sublime “Narbonne plage” qui me percute la tête comme l’avait fait “Le terrain de sport” en d’autre temps. Une suite de polaroids, une chanson comme un film, des images qui défilent et finalement un dénouement dramatique, une conclusion cynique à souhait. Voilà, c’est presque fini. Florent Marchet conclut par un “Qui je suis” où on espère des réponses et dans une ultime pirouette, à laquelle le gars nous a habitué, on obtient seulement un sibyllin “qui je suis ? Dis moi qui je suis ?” Bitch !

Je suis sorti de mon écoute bouleversé, chamboulé, une fois de plus Florent Marchet réussit l’exploit rare de me livrer un troisième pur album, vous savez ? De ces albums dont on se dit que finalement il n’y a rien à jeter. Il y a quelques années, j’avais croisé Florent et je lui avais dit à quel point j’étais client de sa petite entreprise. Je n’aurais pas dû. Il n’y a rien de bon, au fond, à les encourager. Non, il vaut bien mieux regarder passer Florent Marchet et accessoirement, chaque fois que l’occasion se présente, acheter ses albums. En vérité je vous le dis. Il faut acheter la musique de Florent Marchet. Si vous ne le faites pas pour vous, faites-le pour moi. Parce que j’aime bien ses petites histoires, sa façon de les raconter, la qualité de ses mots, sans même évoquer la mise en musique qui me happe. C’est ça. J’ai mille raisons de détester Florent Marchet et au moins une bonne raison de l’aimer. Ce mec me fait du bien.

cliché (inédit) : Florent Marchet aux Vieilles Charrues en 2005.

Tests reflex pro Nikon D3s. Effleurer enfin l’inaccessible étoile.

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Je m’en souviens parfaitement, de cette image. Jacques Rosay, pilote de chasse, pilote de ligne et surtout pilote d’essai du projet A3XX qui est devenu, plus tard, Airbus A380. Je me souviens bien de son regard, du pétillant de ses yeux, après le premier essai en vol du prototype A380, nouveau gros porteur d’Airbus industries. Le vieux briscard avait retrouvé son enthousiasme de jeune pilote et sans doute des sensations oubliées. Piloter, maîtriser un engin pareil, au doigt et à l’œil, de vous à moi c’est pas donné à tout le monde. Jacques Rosay fait partie de ces pilotes mythiques, de l’étoffe des héros si chère au cœur de Chuck Yeager, grand baroudeur du ciel devant l’éternel, de ces mecs sévèrement burnés qui sont allés, un jour, chatouiller les étoiles. Mais je m’égare, si je vous parle de Jacques Rosay et de son regard d’enfant retrouvé, c’est parce que j’ai vécu hier soir une expérience similaire, toutes proportions gardées, en embarquant avec moi un Nikon D3s pour un nouveau vol d’essai, pour calibrer l’engin, maîtriser la bête avant le concert privé de -M- samedi soir à Carhaix avec mes potes du festival des Vieilles Charrues. Avec le soutien de Nikon France qui a joint l’utile à l’agréable en livrant un Nikkor 70-200 2,8 VRII sur D3s, je suis allé au Cabaret Vauban et son plan de feux intimiste taper quelques clichés dans l’ambiance cosy des concerts de mes amis de Penn ar jazz. En arrivant sur place, j’ai décidé de ne pas faire dans la dentelle, en montant la molette des sensibilités à 10000iso. Pendant le set, j’ai croisé mon ami Guy Chuiton (mon photographe officiel) qui faisait des clichés argentiques avec son boîtier Contax. Rencontre de deux mondes. J’ai allumé l’écran de contrôle arrière et je lui ai montré la mention “10000″. Il a souri. J’avais l’impression que Jacques Rosay montrait le joystick de pilotage du A380 à Chuck Yeager. Et puis chacun est reparti dans sa bulle…

Nikon D3s. Putain de reflex.
Je vais essayer de me réfréner, de ne pas paraître trop dithyrambique, sinon on va encore me suspecter de publi-reportage pour le compte de Nikon. Tiens, à ce propos, comme le soulignait avec malice un ami photographe, si Shots mangeait dans ce genre de gamelles, je ne serais pas contraint, à l’issue de mes tests, de rendre les boîtiers. Quel dommage ! J’aurais le privilège d’avoir sur mon étagère quelques boîtiers légendaires… Difficile de ne pas sortir extatique d’un shooting avec D3s, tant ce boîtier surclasse de trois têtes, à l’aise, tout ses concurrents. Tous ? Oui, tous sans exception. Nikon D3s est définitivement, à l’heure actuelle, le meilleur reflex professionnel du marché. En combinant une réactivité sans égale, je pense à cet autofocus 51 points redoutablement efficace, la qualité d’optique Nikkor (le piqué du 70-200 2,8 VRII est splendide à f2,8, sublime à f4), un paramétrage personnalisé d’une grande finesse, la capacité de shooter en mode rafale et en suivi autofocus 3D, ce boîtier sait absolument tout faire. Et puis, il y a le coup de génie de Nikon…

Hautes sensibilités. Nikon voyage au bout de la nuit.
Le coup de génie absolu de Nikon c’est d’avoir poussé le bouchon au maximum des possibilités actuelles en matière de gestion des hauts iso. Bien sûr, des gens bien intentionnés vous diront qu’on n’aura jamais besoin de faire des photos à 102400iso. Depuis que la photographie existe, les techniciens n’ont eu de cesse que d’améliorer le confort des photographes, de leur apporter des possibilités sans cesse plus étendues et ce n’est pas Monsieur Leitz et son ingénieur en chef Oskar Barnack, génial concepteur du Leica, qui me contrediraient. Donc, une fois cet argument d’une absurdité sans nom écarté, ce qui m’intéresse c’est que cette fonctionnalité proposée par Nikon sur D3s permet d’aller capturer des images là où on ne pouvait pas techniquement le faire avant D3s. J’ai en mémoire la photo de l’ours réalisée par Vincent Munier, à 12800iso, de nuit, sans un poil de grain, avec pour seule source de lumière les lueurs de la pleine lune. Hier soir, n’ayant ni pleine lune, ni ours sous la main, je me suis contenté de Louis, qui officiait (avec le brio qu’on lui connaît) à la console son du Cabaret Vauban, avec pour seul éclairage celui de la console et les diodes qui la faisaient ressembler à un cockpit d’Airbus A380. J’ai tapé deux clichés, à 16000iso, focale 140mm, 1/50e à f2,8. Un cinquantième, les puristes apprécieront ! Un cinquantième de seconde à 2,8 avec quasiment zéro lumière. Deux ou trois constats sur la netteté, sur le grain et enfin sur la lumière.

La netteté d’abord. Par quel sortilège D3s est-il capable d’accrocher un point de focus dans la quasi obscurité ? Comment l’autofocus de D3s réalise cet exploit, là où la plupart de ses concurrent patinent comme un francilien sur une plaque de verglas en décembre ? On ne le répétera jamais assez. En matière d’AF Nikon est devant, loin devant. Est-ce que l’image présente du grain ? Oui, un peu, mais pas trop. Elle est parfaitement acceptable, comprendre publiable pour un photo reporter, le reste c’est du bla bla… Enfin, D3s est un animal de nuit, capable de sublimer une once de lumière. Une truffe d’ours sous la lune comme les diodes d’une console son au Vauban. Et puis à bien y réfléchir, je me dis que la grande qualité de ce reflex, c’est qu’il apporte au photographe ce sentiment de confort et d’absolue confiance, comme une petite voix qui murmure “vas-y, je te suis et je ne te laisserai jamais tomber“. Voilà, la qualité de Nikon D3s elle est là et tout le reste est singulièrement accessoire. Au moment où j’écris ces lignes, je sais que Nikon ne peut pas fournir de D3s et par avance je m’excuse auprès d’eux d’en avoir ajouté une couche, car j’en connais plus d’un (suivez mon regard embrumé) qui vont craquer à la lecture de ces lignes. Il n’est pas de hasard. Si aujourd’hui on constate une ruée vers D3s c’est que ce boîtier numérique est capable de permettre au photographe pro de réaliser des clichés là où tous les autres sont à la ramasse. Toutes spécialités confondues ! Car D3s est aussi un reflex polyvalent, en clair il sait tout faire, en étant aussi à l’aise en studio que sur le terrain en reportage.
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Points faibles du D3s.
Il y a quelques années, un journaliste qui écrivait un article sur un logiciel que j’avais testé me demandait d’évoquer ses points faibles. Comme je n’en trouvais pas, il m’avait expliqué que dans un banc d’essai il faut toujours trouver un ou deux points faibles, sinon on n’est pas crédible. Alors deux choses. D’abord je ne suis pas journaliste, je suis photographe et je n’ai pas besoin de trouver des points faibles à D3s pour être crédible, sans blague. Ensuite, clairement, je ne trouve pas de faiblesse à ce boîtier. Étonnamment je l’avais trouvé lourd lors de mes premiers galops d’essai il y a un an, hier soir ça ne m’a pas frappé (mais j’ai repris le sport il y a six mois). Clairement, avec un D3s en main, surtout avec son 70-200, comme aurait dit feu ma grand mère il y a de quoi remplir la main d’un honnête homme. Le seul bémol de D3s c’est la taille de son capteur (12mp). Je ne suis pas un adepte du recadrage, pour moi le cadrage est un paramètre essentiel de la photographie, j’ai hérité ça de ma culture argentique, de mes glorieux ancêtres et héros, de Lartigue à Cartier-Bresson en passant par mon cher Larry Burrows. Et puis 12mp c’est largement suffisant pour réaliser des tirages de tailles honorables.

Non, il n’y a rien à dire sur l’évidence et Nikon D3s c’est, à l’évidence, la perfection photographique. Avec ce boîtier pro, Nikon frôle les étoiles, permet d’aller toujours plus haut, plus loin. Avec D3s le photographe pro retrouve ce sentiment de puissance, de performance, de sécurité et surtout, surtout d’absolue confiance. De repousser toujours un peu plus les limites du possible. Un peu comme lorsque Chuck Yeager, au manche de son Bell X1A, tapait le mur du son en octobre 1947 et effleurait, ce jour-là, l’inaccessible étoile…

• illustration photos : Louis, ingénieur du son au Cabaret Vauban (Brest, décembre 2010). La lampe du bar du Vauban (détail) à 16000iso.

Nikon 24-120 f4. Une optique indispensable. Même à 24.

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Il est comment à 24 ?” Je dois à la vérité de dire que je n’ai pas compris tout de suite la question parce que je ne suis pas un habitué de la gamme et de l’historique de Nikon, mais il se trouve qu’avant que Nikon n’ait la brillante idée de nous pondre ce zoom trans standard, la marque jaune avait commis un 24-85 qui ne donna pas en son temps, si j’ai bien compris l’histoire, toute la satisfaction qu’on est en droit d’attendre d’une optique signée Nikon. D’où cette question émanant d’un utilisateur de la marque, il est comment à 24mm ? Le bon feeling que j’avais sur cette optique, dès son lancement, était un peu comme un coup de poker. Dès l’annonce du 24-120, ma première réaction a été de me dire que Nikon est allé au bout du rêve, c’est à dire de pousser le bouchon jusqu’à 120, là où Canon avait prudemment choisi de s’arrêter à 105. Et ça, ce choix là de monter un poil de plus en focale (oui, je confirme, quinze millimètres ç’est énorme), c’est le coup de génie qui confère à cette optique une qualité qui n’a aucun équivalent sur le marché.

Donc, après m’être fait interpeller ici-même par un lecteur de Shots, j’ai tendu l’oreille (enfin l’œil je veux dire) et je suis allé taper quelques clichés, en concert, à focale 24, quasi pleine ouverture (entre f4 et f5), sur le Nikon D700 (putain de boîtier !), histoire de vérifier si un quelconque défaut apparaît à l’image, ou pas. À l’occasion du set de Dominic Sonic et des virulents détenteurs du tremplin des Jeunes Charrues 2010 The Octopus, chez moi au Cabaret Vauban, j’ai eu l’occasion de remettre le couvert avec ces putains de concerts qui sentent la bière, le vieux Rexona usagé, le t-shirt humide et l’animal, collé à la scène pour taper quelques images 100% ouakenole dans des positions acrobatiques qui ne sont plus de mon âge ma bonne dame et tout ce joyeux bordel, la poignée dans le coin, plein pot à 24mm et en fullframe s’il vous plaît. Et là, mes aïeux, croyez-le ou pas, mais j’ai vécu un bonheur, une sensation de plaisir, une ouache pas possible. Un truc, une vision, un champ d’ouverture monstrueux, le feeling retrouvé comme au bon vieux temps du F1 avec une optique FD 24. Seule différence, ici l’ouverture est à f4, ce qui ne manquera pas de faire hurler mon ami David Grimbert (entre autres) pour qui une optique au delà de f1,4 c’est une hérésie… Ici je vous parle bien de f4 et l’image renvoyée par le viseur du D700, un viseur qui n’est pas à 100% se plairont à rappeler quelques pisse-vinaigres, mais on ne peut pas tout avoir dans la vie hein ? Un viseur à 100% ET un flash intégré… Or donc, cette image-là est simplement lumineuse à souhait. Mais comment les ingénieurs de Nikon réussissent-ils à obtenir une image aussi limpide et lumineuse à f4 ? Simple. C’est le traitement des lentilles et un savoir-faire singulièrement agaçant. Et puis on ne répétera jamais assez que deux diaphs au dessus (comprendre au dessus de f2,8) c’est pas franchement gênant quand on dispose d’un reflex capable de cracher une image propre et sans grain à 6400iso, suivez mon regard embrumé de larmes. Et encore, je ne parle même pas d’une optique comme le 24-120 monté sur le D3s et son 12800iso nickel, et là, franchement, vous pouvez sortir les kleenex.

Persiste et signe. Si je devais acheter une optique chez Nikon (ce qui n’est pas actuellement le cas parce que jusqu’à preuve du contraire on ne peut pas monter du Nikkor sur un EOS), j’opterais sans l’ombre d’une hésitation pour ce petit 24-120 discret, maousse costaud et pas d’un prix rédhibitoire comme c’est parfois le cas chez Nikon, qui entre nous n’a pas la réputation de donner ses optiques à vil prix, mais en même temps c’est le prix de la qualité. Bon, bien sûr, c’est sur un reflex fullframe comme le D700 que s’exprime à la perfection tout le potentiel de ce zoom, même s’il conviendra aussi à merveille à votre D300s ou votre D7000 ou n’importe quel boîtier reflex de la gamme Nikon. Mais sa plus grande qualité sur laquelle j’insiste vraiment, c’est sa polyvalence, du grand angle au petit télé. Ce 24-120 f4 saura tout faire, il vous accompagnera partout et grâce à lui votre capteur restera à l’abri des poussières, vu que vous ne changerez jamais d’optique ! En ce moment c’est ce que je vis, au quotidien. J’embarque D700 et le 24-120 sous le bras, une carte Sandisk Extreme 32Go histoire de voir venir, je n’ai même plus besoin de sac. Le bonheur. Un dernier argument, si tant est que cette optique en ait encore vraiment besoin. En novembre, pour le banc d’essai Shots, Nikon France m’a prêté un D700 et un 24-120 f4 et vous savez quoi ? J’ai refusé de le rendre. Et ça, de vous à moi, c’est un signe qui ne trompe pas…

[EDIT] du 7 décembre 2010
Mais comment les ingénieurs de Nikon réussissent-ils à obtenir une image aussi limpide et lumineuse à f4 ?

Quelques heures après la publication de cet article dans Shots, le hasard a voulu que j’ai un responsable technique de Nikon France au téléphone. J’ai évoqué avec lui la brillance de l’optique Nikon 24-120 en lui demandant par quel prodige Nikon avait réussi à obtenir une luminosité aussi accrue sur une optique ouvrant à f4 comparable à la luminosté d’une optique à f2,8. Réponse de Nikon France in extenso :

En fait, depuis un peu moins d’un mois que cette nouvelle optique Nikon 24-120 f4 est disponible sur le marché, nous obtenons un retour de satisfaction très élevé de la part des photographes qui l’utilisent et beaucoup d’enthousiasme par rapport à l’aspect lumineux dont tu me parles. Il faut savoir que sur cette nouvelle gamme d’optiques à f4, qui inclut non seulement le 24-120mm mais aussi le 16-35mm, nos ingénieurs ont conçu un traitement nano cristal particulièrement élaboré sur chaque lentille qui constitue l’objectif. Il en résulte moins de pertes de lumière. C’est vrai que tous les photographes qui ont utilisé ce 24-120 sont enthousiasmés par son côté très lumineux. Et on obtient des résultats similaires avec le 16-34 f4. Finalement, le diaph de différence avec une optique f2,8 se compense avec la capacité de nos boîtiers comme le Nikon D3s à réaliser une image propre et sans grain à un nombre iso élévé.

Précision sur le nombre d’iso élevé, j’ai testé D3s à 12800iso sans un poil de grain. Mais sans aller aussi loin, à 8 ou 10000 iso, D3s est capable de produire une image parfaite, alors le diaph de différence devient véritablement anecdotique. Demeure alors, pour les optiques à f2,8 (et supérieures) une qualité et une finesse d’arrière plan (bokeh) souvent incomparables.

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