The Octopus au Vauban. Kick out the jam motherfucker !

the-octopus-shots-2013-par-herve-le-gallHier soir, j’avais la tête dans le cul. Et pas que. J’avais mal partout, dans les cuisses, dans le dos, à force de génuflexions, debout, accroupi, un genou à terre à chaque coup de sifflet du commissaire de course pendant le tour de Bretagne (c’est du vélo) sur le contre la montre à Huelgoat. Bref, hier 1er mai, c’était rideau. Alors la perspective d’aller taper un concert, concert de rock de surcroît, c’était pas vraiment joyeux. Seulement voilà. C’était pas n’importe quel groupe, c’était pas n’importe où. C’était the Octopus au Cabaret Vauban, deux excellentes raisons de se bouger le cul, aux alentours de huit heures du soir, de renoncer à la petite tisane du soir espoir, d’enfiler son kabig, route pêche destination l’avenue Clemenceau.

Il faut dire que les gars de the Octopus c’est pas une destination inconnue. Les petits gars de Douarnenez, vainqueurs du trophée des Jeunes Charrues en 2010, servent un rock authentique comme on l’aime ici, ce genre de rock bien poisseux qui colle sous les aisselles, celui qui, pour paraphraser une énième fois Saint Miossec (priez pour moi) sent la bière et la bonne chaleur de l’animal, dans la lignée des grands groupes US comme les Fleshtones. D’ailleurs, invariablement on ne peut s’empêcher de penser au combo de Peter Zaremba quand on voit the Octopus en live. Avec ce genre de groupe, on sait que tout peut arriver. On sent comme une tension, un climat de guerre civile bien palpable. C’est ce que j’ai vécu hier soir au Vauban, devant un noyau de public passablement excité, les Octopus déployant les grands moyens n’y sont pas allé de main morte, nous servant en rappel un bon Kick out the jam (motherfucker) des familles, une reprise qui avait de quoi défriser les moustaches des membres de feu MC5 s’ils n’avaient pas tous eu, plus ou moins, la mauvaise idée de casser leur pipe entre temps. C’était bon, bien gras comme un kouign amann de Douarn’, c’était épais, huileux et poisseux comme on aime. C’était du rock, c’était à Brest, hier soir. Vous avez raté un concert d’anthologie parce que vous avez préféré rester à la maison en slip kangourou à boire la tisane et à regarder la télé avec maman ? La prochaine fois, vous saurez. Retenez simplement leur nom. The Octopus. C’est du rock, de la musique de voyous et ça vous décalamine les esgourdes, en profondeur. Ça vous fait oublier une sale journée, le mal aux cuisses comme le mal de dos. C’est bon pour ce que vous avez. Mais surtout cette musique vous réveille, vous fait du bien et vous fait réaliser un truc essentiel. Vous êtes vivant.

photo : fin du concert de The Octopus au milieu du public (crédit photo Hervé LE GALL. Nikon D3s, Nikkor 24-120 f4, 12800iso)

Programmation des Vieilles Charrues 2013. Comme un marronnier de printemps.

naive-new-beaters-vieilles-charrues-2013-shotsEt de dix. Pour moi, c’est ma dixième édition. Dix ans de Vieilles Charrues, putain ! Dix ans. Comme toujours, la programmation va enthousiasmer une partie du public et en décevoir une autre, mais finalement Kerampuilh sera ras la couenne pendant quatre jours pour une raison toute simple. Un ticket d’entrée à quarante euro et des brouettes pour voir le même jour – allez ! Le samedi, au hasard ! – Neil Young, Asaf Avidan, Biolay, Oxmo Puccino, Interzone, pour ne citer qu’eux, aller manger une crêpe et boire un Breizh Cola, danser la gavotte, draguer les copines au bar numéro 5, tout cela dans une ambiance absolument, définitivement inimitable, moi je vous le dis comme je le pense, allez chercher ça dans le civil. C’est simple, ça n’existe pas. L’annonce de la programmation des Vieilles Charrues, pour moi, c’est beau comme les primevères dans les ribinoù, les jonquilles dans mon jardin. C’est un signe qui ne trompe pas, qui dit qu’on va vers les beaux jours; cette programmation, c’est mon marronnier de printemps. Je sais que dans trois mois, on va tous se retrouver pour s’adjuger et partager ensemble le plus beau festival d’Europe. Alors bien sûr, vous trouverez toujours un pisse-vinaigre qui viendra pleurer parce qu’on n’a pas pensé à programmer AC/DC ou Daft Punk. Celui-là ne voit pas plus loin que le bout de son nez, ignorant au passage qu’aux Charrues on voit généralement tout ce qui doit être vu dans le cru de l’année.

Au millésime 2013, en vrac et sans présager un instant de la qualité d’untel ou d’un autre (et je m’excuse par avance pour ceux que je vais oublier), on pourra écouter Lescop, Doillon, Mesparrow, the Vaccines, Lillywood & the Prick, la Femme, Marie Pierre Arthur. Et Benjamin Biolay. Et puis on remettra le couvert avec quelques artistes qui ont marqué de leur empreinte leur passage aux Charrues, je pense à Raphaël, à Asaf Avidan, Oxmo Puccino, aux Naïve New beaters (qui vont mettre le feu à Graal, garantie sur facture, d’ailleurs ils ont commencé dès ce matin à la conf de presse), à Keny Arkana, à Two door cinema club, Interzone, Phoenix, sans oublier The Hives ou la délicieuse Rokia Traoré. Last, but not least, dans la catégorie king size, Neil Young et le Crazy Horse (non, non, pas les filles du cabaret du même nom, désolé), Sir Elton John et son orchestre, Carlos Santana (qui ne viendra pas accompagné de Maria Caracolès et vous m’en voyez navré) et pour les ménagères de plus de cinquante ans notre cher Marc Lavoine national et ses yeux revolver. Bien sûr on aura un set de -M- qui fait un peu partie de la famille, d’ailleurs que seraient les Vieilles Charrues sans Mathieu « mo-mo-mo-Jo » Chédid je vous l’demande ? Et le jeudi, on aura le bon goût teuton, façon hardcore, avec Rammstein zwei, drei et son plan de feux titanesque, à ce qu’on dit. Si ça ne vous plaît pas, vous pourrez toujours y griller vos saucisses, de Frankfort natürlich. Et j’en oublie. À commencer par l’inénarrable Charles Bradley, prince héritier de la soul, qui a pris la place laissée vacante depuis la disparition du parrain, James Brown. Si vous cherchez bien, vous dénicherez aussi de véritables pépites comme Teyssot-Gay (Interzone) qui viendra accompagné de Médéric Collignon qui navigue plutôt habituellement dans la scène jazz, comme Jacky Molard featuring la talentueuse Hélène Labarière. Dans le registre Breizh for ever, les amateurs vont savourer la reformation du mythique Barzaz (Yann-Fañch Kemener, Jean-Michel Veillon, …). J’ai gardé pour la fin, si j’ose dire, les cogneurs de fonds de court, les Vitalic, Kalkbrenner, Busy P et consorts qui, à n’en pas douter, tiendront en haleine, via leur beat monumental, les plus irréductibles gaulois de la plaine, puisqu’il ne vous aura pas échappé que le thème 2013 c’est les gaulois, par Bélénos.

Dix ans. Cette année, pour moi, le grand moment sera le concert de Neil Young. Parce que cet immense artiste, songwriter de référence dans le monde de la musique contemporaine, a jalonné avec ses potes Crosby, Stills et Nash une bonne partie de ma vie musicale. Et aussi parce faire venir cet artiste aux Charrues c’était le rêve de notre ami Jean-Philippe Quignon. Aux premiers accords de Hey, hey, my, my, de Out of the weekend ou de Harvest, je ne doute pas que les pensées de tous ses amis s’envoleront vers lui et qu’il sera à nos côtés pour savourer ce qui s’annonce déjà comme un moment d’anthologie. Dans trois mois on y sera. La billeterie est ouverte et il ne fait aucun doute que les forfaits trois ou quatre jours vont partir très vite, alors un conseil, n’attendez pas. Quant aux afficionados, ils comptent les jours qui nous séparent des retrouvailles.

• photo : Naïve new beaters pendant la conférence de presse des Vieilles Charrues 2013 (crédit photo Hervé LE GALL)

Photographie. Je dis M.

m-vieilles-charrues-benevoles-par-herve-le-gall-shots-2010La scène se passe il y a quelques années, dans le pit des Vieilles Charrues, avant un set. Je demande innocemment à cette jeune photographe dans quel mode elle travaille, elle me répond goguenarde : « En mode M tiens ! » Avant d’ajouter immédiatement, dans un éclat de rire : « Si je ramène des clichés à la maison autrement qu’en mode M, c’est l’engueulade assuré avec mon chef ! » Petite précision utile, non content d’être son chef, c’était aussi son père, un photographe professionnel. Deux excellentes raisons, donc, de ne pas contrarier le taulier. En écrivant ce billet, ce matin, j’ai bien conscience que je ne vais pas améliorer mon score auprès d’une frange de mon lectorat. Mais qu’importe, je n’écris pas pour les obtus, encore moins pour les indécrottables, mais pour ceux qui veulent avancer et surtout comprendre. Posez-moi les bonnes questions, je vous donnerai les bonnes réponses ! Demandez-moi pourquoi je travaille en mode manuel et quasi exclusivement dans ce mode. Vous avez noté le mot « quasi », ce qui signifie que si je bosse en mode M la plupart du temps, il peut m’arriver d’utiliser d’autres modes. Comme le disait mon ami Géronimi (un autre adepte de la lettre M), la seule règle en photographie c’est qu’il n’y a pas de règles. Rien n’est imposé et surtout rien n’est figé, d’autant que les appareils photo numériques apportent aujourd’hui une grande souplesse de travail. Vous rendez-vous compte du pas franchi en matière de technologie ? Allez, je sens que ça vous tente, petit retour en arrière.

Back to seventies. À l’époque les deux marques, rendez-vous compte, rouge et jaune, sont déjà là. Les reflex sont déjà très évolués, ils sont équipés d’une cellule qui mesure l’exposition TTL, through the lens, alors qu’avant, il fallait analyser la lumière avec un posemètre et les erreurs dramatiques que ça pouvait entraîner. Parce que la lumière, ça voyage vite, c’est très changeant, ça peut évoluer de manière radicale d’un point A à un point B. Alors une cellule capable de mesurer l’exposition d’un lieu éloigné, rien que ça c’était un immense pas en avant. En revanche, pour la mise au point, il fallait faire confiance à son œil et pour le reste c’était à la main. En clair, si on n’avait pas pigé l’adéquation entre l’ouverture du diaphragme et la vitesse à laquelle le rideau s’ouvre et se ferme pour exposer la pellicule, on était aux fraises ! La pellicule, quant à elle en ces temps reculés, affichait sa sensibilité à la lumière en ASA (American Standards Association), avant d’être remplacé à la fin des années 80 par la norme ISO. Bref, ASA ou ISO, c’était pareil. Quand on avait choisi de commencer à une certaine valeur, on était condamné à finir. Cela dit, avec des pellicules standards de 36 poses, on arrivait rapidement au bout. C’était comme ça avant, mais ça, c’était le avant. T’avais pas franchement le choix, ou tu comprenais comment ce bouzin fonctionnait et tu sortais du matos potable ou tu étais à côté de tes pompes. Comprenons-nous bien, je n’ai aucune nostalgie de cette époque. Je suis le premier à trouver pratique le mode autofocus (quand il fonctionne) et à savourer le fait de pouvoir commencer un travail à 100iso et de pouvoir faire évoluer la sensibilité selon le besoin. En revanche, le truc sur lequel je ne transige pas, vieille réminiscence de mon passé, c’est le mode manuel. Caprice de diva ?

Non. Pour moi, je l’ai dit et répété, quand j’ai mon Nikon D4 entre les mains, le capitaine, celui qui dit où on va et comment on y va, c’est moi. Ici pas question de ghost in the shell. Si mon viseur indique que je suis sous-ex et que je déclenche, c’est mon problème. Si je décide de bosser à f7 plutôt qu’à f2 c’est parce que je l’ai décidé en conscience. Je ne supporte pas l’idée de travailler autrement, mais encore une fois, chacun voit midi à sa porte. Je me souviens d’avoir croisé un photographe de renom qui avait, à l’époque, acheté un reflex Nikon haut de gamme et quelques optiques sublimes (toute la collection f1,4 excusez du peu). Alors que je lui demandais innocemment dans quel mode il travaillait, il avait lâché, brut de décoffrage : « en mode programme. Maintenant les appareils sont assez évolués pour se démerder à produire une image correcte alors je vois pas pourquoi je continuerais de m’emmerder avec tous ces réglages ! » Et pourtant ce gars venait de l’argentique, mais il avait fait son choix et je ne lui jette pas la pierre. Encore une fois il n’y a pas de règle et l’aristocratie du mode M est une foutaise, ça n’existe pas. On n’a pas à se sentir meilleur parce qu’on utilise le mode manuel, de la même manière qu’on n’a pas à se sentir inférieur ou à développer un complexe d’infériorité parce qu’on utilise un mode semi-automatique. Récemment un photographe m’a demandé si j’utilisais le mode iso automatique. J’ai d’abord cru à une blague ou une ironie de second degré, mais non, la question était sérieuse. Mon interlocuteur ne comprenait pas comment il est possible de réaliser un cliché en mode manuel dans des conditions de lumière changeante comme le concert. En fait je pourrais volontiers retourner la question, tant pour moi (j’insiste sur le moi), il n’est pas possible de réaliser un bon cliché en concert en étant en priorité ouverture (ou vitesse). Est-ce pour autant que je conseillerais à un photographe débutant d’utiliser le mode M ? Sûrement pas.

Vous êtes débutant photographe et vous voulez un conseil ? Pas de complexe, utilisez le mode programme et la sensibilité automatique. Tous les reflex numériques d’aujourd’hui savent faire ça. En revanche, appliquez-vous au cadrage, prenez votre temps. Comme le disait François Truffaut dans « La nuit américaine » attachez-vous d’abord à rendre beau ce qui apparait à l’écran. N’hésitez pas à essayer, à tester des cadrages audacieux, à exercer votre regard, votre esthétisme, et surtout n’ayez pas peur des autres. Personne n’ira mettre le nez dans vos données EXIFS pour savoir dans quel mode ou avec quels réglages vous avez shooté. Le seul truc important, au risque de me répéter, c’est que l’image soit jolie et qu’elle vous plaise, à vous. Le reste suivra naturellement. Un jour ou l’autre vous ferez la gueule en regardant un cliché, vous vous direz que vous auriez bien aimé, tout compte fait, que le sujet d’arrière-plan soit aussi net que celui du premier plan, vous réaliserez que le mode priorité ouverture à f2 n’était, finalement, pas une si bonne idée. Vous essayerez de tout débrayer, de passer en roue libre. Libre. Le mot est lâché. Le mode M c’est exactement ça, un sentiment de liberté. Et quand vous y aurez goûté, à cette liberté, je veux bien parier que vous ne pourrez plus jamais vous en passer.

• photo : Mathieu Chédid aka -M- au concert des bénévoles des Vieilles Charrues en novembre 2010. Nikon D3s, 1600iso, f2,8 1/125e, 200mm, mode manuel. Crédit photo : Hervé « harvey » LE GALL photographe.

• cet article est dédié à une jeune photographe qui depuis est devenue une grande. Et à son père, qui lui a tant appris.

Je hais les photographes, surtout les bons. Chapitre 3. Mathieu Ezan photographe de live, de mariage et de gens heureux.

mathieu-ezan-photographe-shots-2013J’ai découvert le travail de Mathieu Ezan un peu par hasard, à dire vrai, alors que je cherchais à constituer une équipe de photographes de live (celle qui fut baptisée team109) pour mon cher festival des Vieilles Charrues l’an passé. J’ai déjà beaucoup de mal à supporter les photographes, d’une manière générale, alors pensez-donc ! En recruter plusieurs sur la thématique qui est la mienne au quotidien, je me disais que ça n’allait pas être de la tarte. D’autant que j’en ai vu passer, des images, des tonnes d’images de live qui ne me parlaient pas, qui ne me racontaient rien, aucune histoire, la platitude incarnée, l’électroencéphalogramme plat et surtout, surtout, des images totalement dénuées de musicalité. Eh ouais, c’est ça le truc quand tu photographies du live, il faut entendre la musique, il faut la sentir transpirer, qu’elle suinte, qu’elle te pète à la gueule comme un gros riff de Gibson SG mothefucker ! Mais je m’égare. Donc j’en étais là, à voir défiler des images pauvres et bancales, prêt à renoncer, à tout plaquer et à filer tout droit, direction Kaboul ou le Larzac pour y élever des chèvres, quand tout à coup un de mes indics lâcha un nom : « Ezan. Tu connais ? Mathieu Ezan. C’est un photographe de la nouvelle génération mais je crois qu’il va te plaire ! »
iggy-pop-par-mathieu-ezan-shots-2013
Nouvelle génération ? Décidément j’étais gâté. Je m’attendais au pire, j’imaginais le petit gars arrogant, perclus d’ego pour avoir chié un ou deux clichés potables, victime du syndrome plume dans l’cul qui touche bon nombre de photographes. Je suis donc allé voir les clichés de Mathieu Ezan sur son site internet. Vous dire que j’ai su tout de suite serait mentir, non au contraire, j’étais plus bougon que jamais, j’ai regardé les images passer sur l’écran, une voix intérieure me murmurant « Ah ! Faut avouer que c’est pas mal quand même, on dirait qu’il en a sous le pied le p’tit gars, hein ? » ce à quoi je lui répondais « Ta gueule ! » car je déteste être dérangé quand je travaille, voix intérieure ou pas. Il y avait des clichés de métal, des ambiances un peu hardcore, autant dire un genre beaucoup plus difficile qu’il n’y paraît. Dans les concerts de métal, sur des gros festivals comme le Hellfest par exemple, les plans de feux sont souvent aussi éclectiques que monstrueux et il faut faire avec. Ce qui m’a épaté, c’est la technique de prise de vue, reflex et grand-angle qui condamne le photographe à aller au charbon, comprendre devant la scène. Choisir de shooter Iggy (Pop) en bord de scène par exemple, ça peut te permettre de ramener de la bonne image mais la contrepartie c’est que tu peux aussi te prendre un coup de tatane collection US Rangers bout métal dans la gueule et là, sayonara ! Mathieu Ezan, c’est son truc d’aller au charbon, son EOS 5D Mark III et son EF 16-35 f2,8L II (putain de caillou) en mains, mais attention, pas pour shooter bras tendu comme un benêt (d’ailleurs chacun sait que ça ne fonctionne pas comme ça) non, lui son truc c’est de patienter, d’attendre le moment. Plus tard il me confiera : « Je suis capable d’attendre LE moment pendant tout un concert. Je préfère ramener deux ou trois bonnes images que de mitrailler à tout va… » Bref. J’ai regardé ses images et pas que de concerts. Et là j’ai décroché mon téléphone.
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La voix, c’est comme la bonne image, ça ne ment pas. Ce qui frappe, tout de suite avec Mathieu Ezan, c’est sa simplicité, son calme, son humilité, comme une paix apparente que rien ne semble pouvoir perturber. Mais dès qu’on parle d’images, dès qu’on prononce le mot magique « photographie » alors là on sent la passion qui s’exacerbe, cette envie pressante d’aller en découdre. Mathieu ne m’a pas fait le coup du « la photo, tu vois coco, je suis tombé dedans quand j’étais tout petit, c’est ma vie quoi ! » Non. Son approche a été plus raisonnée, presque un coup du hasard. D’abord étudiant en arts graphiques, virtuose photoshopesque, il est presque venu à la photo comme ça, histoire d’avoir de la matière à travailler. Et puis l’image, le cadrage, le regard, la révélation. « La photo ? C’est venu tout seul, je ne m’en suis même pas aperçu ! » Eh ouais, en général c’est même à ça qu’on reconnaît les photographes, les bons je veux dire. Les images de live ramenées par Mathieu ne se contentent pas d’être belles, il y a un regard plein d’ironie et d’amusement qui transpire. J’ai proposé à Mathieu de venir aux Charrues, de rejoindre la team109 et il a dit oui tout de suite. La suite de l’histoire, on la connait. Il nous a ramené des images king size, mes deux favorites étant celles de Triggerfinger et Dope D.O.D. entre autres, le tout avec une désinvolture sans nom et ceux qui ont eu le privilège de le voir dérsuher en direct live pendant les Charrues ne me contrediront pas. Le tout sans jamais que son sourire et son enthousiasme ne quittent son visage, pendant quatre jours, ce qui ne gâche rien.

photo-de-mariage-par-mathieu-ezan-sur-shots-2013Ouais. Je hais les photographes, surtout les bons. Mathieu Ezan a largement sa place dans mon top ten et pas que pour ses images capturées en live. Il est aussi un excellent portraitiste et collabore avec de nombreux groupes. Il y a quelques images que j’aurais aimé faire comme le portrait de The Kills, celui de Jospeh Arthur, merveilleux black and white, John Five dans son canapé bleu. Et là on se surprend à imaginer des sessions longues comme le bras et non. The Kills c’est tapé sur un parking après un concert, vite fait à la lueur d’un lampadaire. Idem pour Jospeh Arthur ou John Five, du one shot. Le reste c’est une question d’œil, de regard, de captation de l’instant. Oui, de talent aussi. Parfois Mathieu prend son temps, met en scène et là encore le résultat est dans la boîte. On regarde la photo de Merge immobile, entouré d’une foule qui ondule et on reste subjugué. On chercherait bien à savoir comment il s’y est pris pour obtenir un cliché de ce calibre mais finalement on se dit qu’on se fout du flacon tant qu’on a l’ivresse. Je regarde ce cliché et je prends l’insolence du talent de Mathieu Ezan en pleine gueule. J’ai poussé la curiosité encore plus loin et j’ai regardé ses photos de mariage. Oui, parce que Mathieu fait aussi des photos de mariage. Étrange pour un photographe de rock, non ? « Au début, quand j’ai commencé la photo de mariage, je montrais mes photos de live aux futurs mariés ! » me disait Mathieu. Plutôt étonnant, non ? « En fait, c’était d’abord une façon de leur montrer que je savais gérer les conditions de lumières difficiles… » avoue-t-il en souriant. C’est dingue, on retrouve la même dynamique dans certains clichés de mariage que dans tes clichés de live ! « Oui. Le truc qui me dérange le plus, c’est quand je vois dans le regard des mariés qu’ils sentent la présence du photographe… » Il y a la même impertinence, la même fougue, la même passion, dans les clichés de mariage signés Ezan. Le regard empli d’amour du futur marié à sa future moitié, la bande de potes aux chaussettes roses, les prises de vue close-up à très grand-angle, des images aux nuances parfois vintage et toujours cet indubitable talent pour capter l’instant. Et puis, évidemment, un post-traitement soigné mais ça, ça coule de source et ça en devient presque accessoire.

Aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années. Mathieu Ezan illustre parfaitement l’adage. J’ai plein de beaux souvenirs avec ce photographe dans ma besace, des sourires, oui beaucoup de sourires, une petite fierté aussi quand je vois ce que Mathieu nous a ramené des Vieilles Charrues cuvée 2012. Je garde l’image d’un photographe heureux, sur la scène Kerouac, pendant le concert de Bloc Party, son EOS à la main, le regard scrutant la scène à la recherche de cet instant précieux. Je repense à ma grand-mère qui me répétait souvent que les gens heureux n’ont pas d’histoire. Elle se trompait. Les gens heureux ont une histoire, ils ont même des histoires. Sur scène, à la sortie d’un concert sous un lampadaire, dans une petite église, sur un canapé bleu, à la gare Saint Lazare ou sur la plaine de Kerampuilh. Et en dénominateur commun, ce photographe discret et élégant auquel aucun moment heureux n’échappe.

• clichés : Dope D.O.D, Iggy Pop, Merge, photo de mariage, crédit photos Mathieu EZAN

voir le site de Mathieu Ezan

voir la page Facebook de Mathieu Ezan et le suivre sur Twitter

voir les réponses de Mathieu Ezan au questionnaire de Shots

Deux ou trois bonnes raisons d’arrêter la photo de concerts en 2013.

mathieu-boogaerts-au-vauban-2003-par-herve-le-gallPutain ! Dix ans. C’est long, dix ans, mine de rien. Dix ans à arpenter les salles de concerts, à croiser des ombres, à user mes fonds de culotte dans les fosses. Dix ans à crapahuter par tous les temps (et souvent les sales temps) dans tous les festivals du coin et d’ailleurs. J’en ai vu des vertes et des pas mûres (et souvent des pas mûres), des groupes inconnus qui le sont restés, certains qui auraient dû le rester, d’autres enfin qui promettaient et qui sont devenus des calibres. Des artistes qui, malgré le succès, sont demeurés des gens simples, humains et abordables, d’autres qui ont pris le melon, le boulard comme on dit et qui sont devenus aussi insupportables dans la vie qu’inécoutables en live. J’ai croisé des producteurs, j’ai cotoyé des tourneurs, des gens que je respecte, ouais, j’ai rencontré des tas de gens biens dans ce milieu très cloisonné, très fermé mais je suis resté au fond ce passager qu’évoquait les Stooges, qui traverse la nuit (la cinquième, évidemment), sans trop s’arrêter, sans trop se faire remarquer, plutôt discret. Dans ce milieu du spectacle, je n’ai pas d’amis, à quelques très rares et très notables exceptions.

C’est plus comme avant, en dix ans le monde en général a changé et le monde de la musique en particulier n’a pas échappé à l’effroyable rouleau compresseur. La crise du disque est passée par là, comme une espèce de conjonction avec comme dénominateur commun le numérique. La musique et les images se sont mises au diapason du binaire et se sont diluées, désagrégées et par voie de conséquence diffusées allègrement et gratuitement sur le média internet. Les chiffres de vente de l’industrie musicale se sont littéralement effondrés, entraînant des réactions en chaîne cataclysmiques. Les groupes et les artistes qui le pouvaient ont fait du live, espérant glaner dans les salles de concerts les subsides qui ne tombaient plus dans la vente de disques. Parce qu’un disque ça se copie mais une sensation en live, c’est inimitable. Alors le prix des concerts a commencé à flamber et pour les festivals, la vie n’avait plus rien d’un long fleuve tranquille. Du côté des photographes, le développement du numérique a engendré toute une génération spontanée et difficilement identifiable de nouveaux photographes, avec comme conséquence un afflux de demandes d’accréditations conséquent. La réaction des prods, devant cette pléthore d’offres, a été de devenir de plus en plus exigeante : limitation du nombre de titres (les sinistres trois premiers titres sans flash), signature de contrats, conditions de prises de vues drastiques et bien sûr limitation du nombre de photographes ou accréditations payantes, ce dernier point suscitant des dégâts collatéraux parmi les professionnels, furieux à l’idée de devoir payer pour bosser. Ah ! On était bien avant, hein Tintin ?! Au début des années 2000, tout seul avec son petit boîtier argentique, quand on venait taper des clichés pépère au Vauban. Mais ça, c’était avant.

Plus de photographes, ça veut aussi dire plus d’offre, plus de clichés sur le marché et une presse dont les ventes dégringolent à un rythme soutenu. Plus de clichés, souvent refilés gratos par des photographes amateurs tout heureux d’avoir obtenu une entrée, qui peuvent même parfois accéder au backstage et, bonheur ultime, côtoyer les vedettes, gratter un autographe, offrir des photos pour la promo du groupe en échange d’une citation au mérite, d’une mention de copyright accordée comme l’ultime récompense (alors que cette mention est légalement obligatoire) et une petite flatterie à l’égo qui ne fait jamais de mal par où que ça passe. Le lendemain, ces photographes d’un soir retourneront paisiblement à leurs occupations professionnelles sans trop se soucier, finalement, d’une profession qui elle se meurt lentement. Le numérique, la crise du disque ont mis à mal un paquet de gens dans cette profession et pas seulement des photographes. L’angoisse de la salle vide, je connais. Je l’ai partagée avec des producteurs, contraints d’annuler un concert faute de résas, la mort dans l’âme. Et je ne parle même pas de concerts qui se sont joués devant une poignée de spectateurs. Il faut, dans ces cas-là, avoir un singulier sens de l’humour, quand on est producteur ou tourneur ou être fataliste et se dire que demain sera un autre jour. Les tourneurs que j’ai croisés ont souvent ces deux qualités. Moi, je me connais, je n’aurais pas pu. Bref, plus de photographes ça te tue le photographe. Sans parler des conditions de prise de vue où on se retrouve tassés les uns sur les autres dans des fosses minuscules, quand on n’est pas cantonnés à un endroit précis pour ne pas gêner sa Sainteté l’artiste qui exige d’être photographié uniquement en noir et blanc et sur son profil droit. Bosser dans ces conditions là ? Non, sans façon, merci. C’est plus comme avant, d’ailleurs rien n’est plus comme avant, je le dis sans amertume aucune. Et puis, à un moment donné, il faut bien parler de gwennegs, de sous, de monnaie. Ça ne rapporte plus un rond d’aller faire des photos jusqu’à pas d’heure et pour le photographe pro qui souhaite s’équiper d’un matos de bon aloi ça coûte de plus en plus cher, ce matériel numérique dont la pérennité ne va guère au delà de deux à trois ans. Amortir un investissement matériel de cinq à dix mille euro, sur un délai de trois à cinq ans, en vendant des clichés à 18€ HT la pièce, je ne vous fais pas un dessin. Ite missa est.

Voilà. Pour moi, la photo de concerts, c’est fini, je tire ma révérence. J’ai fait le tour du sujet, si je puis dire. J’ai ramené quelques clichés, travaillé sur pas mal de scènes, croisé des gens uniques et pas seulement sur scène mais aussi au cœur de tout ce petit monde qui fait du spectacle vivant ce qu’il est. Des producteurs, des tourneurs, des managers, des ingés-son, des lighteux, des roadies, des backliners. Je n’ai jamais fait le pied de grue devant une loge, jamais profité de mon job pour gratter un autographe ou un petit privilège, et j’espère ne jamais avoir emmerdé le public. Ouais, j’ai fait le tour des tronches, des visages, des figures et à l’exception notable de quelques gueules dont je ne me lasserai définitivement jamais, je dois à la vérité de dire que les concerts, ça va, j’ai déjà suffisamment donné. C’est fini, je rends mon tablier. D’abord et surtout parce que ça ne m’amuse plus et chez un épicurien comme moi, le plaisir est un élément prépondérant, un paramètre vital. D’ailleurs je ne pense pas qu’on puisse faire des photos en faisant la gueule, en étant aigri, mal dans ses pompes. Les photos ressemblent à leur auteur, elles sont le reflet d’une âme, alors si c’est aller faire des photos en trainant des godasses autant rester à la maison boire une tisane avec maman. Est-ce pour autant qu’on ne me verra plus jamais dans une salle de concerts ou dans le pit d’un festival, évidemment non. Je vais continuer à fréquenter les endroits où la musique est bonne et me porte avec ce plaisir indicible de l’œil et de l’oreille réunis. Je vais continuer à faire des clichés de jazz à Vauban et de temps en temps je n’oublierai pas d’aller taper la bise à mes potes du Run ar Puñs de Chateaulin où les filles sur le dance floor sont belles et chaudes comme des baraques à frites. Et puis deux ou trois festivals avec mes potes, les Vieilles Charrues en juillet, la Fête du Bruit dans Landerneau en août, Atlantique jazz festival en octobre. Et un concert ici et là, de temps en temps, pour le plaisir. Du plaisir. C’est la seule bonne raison qui me poussera désormais vers une salle de concerts ou vers un festival. Et puis merde, il y a une vie après les concerts et dix ans, c’est long. Des projets, j’en ai plein ma besace. Tant que je vivrai, j’aurai d’autres éternités de l’instant à capturer et d’autres mots à écrire.

• photo : Mathieu Boogaerts au Cabaret Vauban, il y a dix ans, en janvier 2003.

Tristan Nihouarn, Alain Bashung et Jean Fauque. Petits mensonges entre amis.

nihouarn-fauque-bashung-au-vauban-2012On m’a vu dans le Vercors, sauter à l’élastique, voleur d’amphores au fond des criques. Il y a des mots comme ça, qui restent à jamais gravés dans ma mémoire. Finalement je crois que ce qui aura fondamentalement influencé de manière radicale ma vie, c’est la délicatesse des mots et la douceur des images. Délicat et doux, c’est le souvenir que je garde pour toujours d’Alain Bashung, oui je dis bien Alain Bashung, en prenant le soin de poser ce prénom devant son nom désormais inscrit pour toujours et à jamais au panthéon de la chanson française. Ma première rencontre, en 2004. Le choc visuel. Ce qui n’était qu’une vague image télévisuelle prenait subitement une réalité, du relief, au festival Art Rock où j’avais embarqué un peu par la grâce du hasard, voyageur sans bagages, passager clandestin, voleur d’images. Bashung. La gifle, sèche, sans préavis. De celle que tu n’oublies pas. On s’était revus, moins de deux mois plus tard, à Kerouac, une scène au nom prédestiné pour un voyageur, non ? C’était l’époque où on mettait des pellicules dans le reflex et où chaque déclenchement était compté. J’avais signé ce cliché d’un Bashung accompagné d’une lueur étrange qui ressemblait bizarrement à un lézard vert qui avait donné son nom à cette photo. Voilà. Un jour j’ai appris que tu étais malade, de ce genre de voyage dont on ne revient pas. On a dansé une dernière valse au bout du monde, j’ai fait quelques clichés et j’ai quitté le pit parce que j’avais de la flotte plein les yeux. Je suis parti, j’ai marché dans la nuit et j’ai entendu ta voix qui me poursuivait, jusqu’à s’éteindre doucement. Plus tard, alors que j’étais à Carhaix avec mes potes des Charrues, un mec est entré dans la salle de concerts où on faisait les balances. Il avait les yeux mouillés. Il a simplement dit : « Bashung est mort. » Tous les mecs qui étaient là se sont figés, l’ingé son a éteint sa console, le lighteux a débranché ses automatiques et on s’est tous retrouvés comme des cons, sans trop savoir que dire. Alors on a décidé de faire une pause, on a bu un godet et même deux en parlant de toi.

Je ne t’ai pas oublié, d’ailleurs comment pourrais-je ? Mais je n’avais plus jamais parlé de toi depuis ce jour-là. Jusqu’à ce soir de novembre, froid et sec comme un coup de trique, mais sans pluie. Pour l’anniversaire du Vauban, pour se souvenir des belles choses et des jolis moments, du petit bal de la Redoute où le voyage au bout de la nuit se terminait invariablement par « la nuit je mens », le titre préféré du taulier, Tristan Nihouarn avait concocté une reprise de ton titre et avait eu l’idée et la suprême élégance d’inviter Jean Fauque, ton parolier, ton frère d’armes, ton ami, celui qui a suivi la même route que toi, avec qui tu as partagé des joies et sans doute pas mal de galères aussi. Je crois pouvoir te dire sans me tromper que ça t’aurait vachement plu, tellement que c’était beau, tellement que c’était fort et intense. Un très grand moment, une bien jolie surprise pour Charles, tapi dans la pénombre, en larmes. Moi, j’ai pas pleuré, j’avais déjà donné. Après ça, même les silences qui ont suivi, les regards échangés, sourires élégants et polis, témoignaient encore de ta présence. Tu avais envahi cette salle mythique et par la grâce de quelques potes (Tristan, Jean, Scholl, Manu, Julien, Marc, …) tu étais venu écrire ton nom dans le livre d’or de la maison, entre Ferré et Mistinguett, entre Dominique A. et Miossec. Ouais, je veux bien parier que ça t’aurait plu. Quant à moi, après ça, plus rien n’avait vraiment de sens. Je suis reparti avec mes images, j’ai traversé cette putain de ville dans la nuit noire, comme un voleur, un contrebandier. Comme un passager qui roule à travers les bas-fonds, avec dans les oreilles ces quelques mots de Jean, ton ami. Plus rien ne s’oppose à la nuit.

• photo : Tristan Nihouarn et Jean Fauque, cover de « La nuit je mens » de Alain Bashung, 50 ans du Cabaret Vauban (4 novembre 2012), crédit photo Hervé Le Gall www.cinquiemenuit.com

Tristan Nihouarn sera en concert au Cabaret Vauban le vendredi 23 novembre à 20h30. Plus d’infos sur le site du Cabaret Vauban.

Projet 109 aux Vieilles Charrues. Carte blanche pour chambre noire.

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Le matériel ne fait pas le photographe. Ah ! Les vieux poncifs ont la vie dure, n’est-ce pas ? Mon père me répétait à l’envi : « mieux vaut être riche et bien portant que pauvre et malade », ce à quoi j’aimais lui rappeler, en bon baba cool seventies que j’étais alors, que l’argent ne fait pas le bonheur. Ce à quoi mon vieux s’empressait de rétorquer que certes, mais il y contribue. Si je prends la plume en ce joli matin d’été finissant, après avoir passé quatre jours absolument éreintants mais néanmoins toujours inoubliables à mon plus beau festival des Vieilles Charrues, ce n’est certes pas pour vous narrer mes duels dialectiques de comptoir du commerce avec mon géniteur à qui je dois ce caractère entier, définitif et radical, que certaines mauvaises langues qualifient volontiers d’irascible, que nenni. Mais pour livrer une réflexion, justement, sur cette adéquation entre matériel et photographe, cet équilibre si délicat et tellement difficile à établir, ce pont entre l’outil, l’œil et le cœur pour vous citer une énième fois, mon cher Henri.

triggerfinger-vieilles-charrues-mathieu-ezan-2012-shotsCette année donc, pour les Vieilles Charrues, j’ai entrepris de proposer à mon festival préféré d’ouvrir les portes toutes grandes à une bande de jeunes photographes et de les inviter à venir pousser avec nous sur la charrue, histoire de voir. Le projet 109 était né, il portait bien son nom et germait dans ma tête depuis longtemps. Créer une team de photographes pour arpenter la plaine en tous sens, capturer des images avec un autre regard, un regard neuf. Comme une carte blanche pour chambre noire. Et puis à quoi on servirait, nous, les vieux photographes jurassiques, bougons et caractériels (ouais bon, ça va) si on n’était pas là pour passer la main, lâcher le bout* et passer la barre à des jeunes, je vous le demande. C’est dans cet état d’esprit, assez inédit pour moi qui fait plutôt dans le genre vieux loup autiste et solitaire, que je me suis mis en quête de ces trois ou quatre perles rares et me connaissant, je me suis dit que la mission risquait de s’avérer impossible, tant mon niveau d’exigence était élevé, tant j’avais placé la barre à franchir à une hauteur qui interdisait son accès à une foule de photographes dont je scrutais les clichés d’une banalité navrante à longueur de temps sur le média internet. Je désespérais que ce projet 109 arrivât jamais à maturation quand un jour je découvrais le travail de David, que je connaissais un peu pour l’avoir croisé de temps à autre au Run ar Puñs. Là, à l’instar du commissaire Bourrel, je frappais mes mains en maugréant « bon sang ! Mais c’est bien sûr ! » David, un passionné de musique, un photographe heureux, souriant et enthousiaste, que demander de mieux ? J’écrivais son nom sur ma feuille blanche avec la satisfaction de l’explorateur. Et d’un ! Puis j’ai trouvé Juliane que je connaissais déjà pour l’avoir déjà repérée et qui m’avait déjà inspiré un billet ici-même. Et puis Mathieu, un photographe au style punchy, passionné d’images, fondu de musique et d’un enthousiasme aussi débridé que sa bonne humeur légendaire. J’en tenais trois qui avaient les mêmes sourires, un sincère enthousiasme, l’envie d’y aller, d’envahir la plaine, de s’éclater. Et puis cette team avait un autre secret, c’est que chaque membre avait coopté les deux autres. La cohésion, l’esprit d’équipe, le sourire, l’énergie, j’y étais presque. Il manquait une pièce à ce puzzle pour que le dîner soit presque parfait. J’ai fait appel à Olivier, qui n’est pas photographe pro mais qui est au moins aussi bien que ça. Un pur fondu des Vieilles Charrues, passionné depuis toujours par le festival, la musique et les images. Le quatrième c’était lui, il serait notre candide, notre regard, notre diamant d’innocence. J’étais heureux comme feu Pascal Sevran avant une chance aux chansons. Aucun doute. Ah ! On était bien Tintin. On était prêt. Le projet 109 avait de la gueule. Y’avait plus qu’à…

(*terme de marin, prononcez boutte)

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Il restait à équiper la team de pied en cape et pour ça, je savais que je pouvais compter sur Nikon France, partenaire du festival des Vieilles Charrues et sur la team king size du Nikon Pro Services, qui a soutenu le projet sans l’ombre d’une hésitation. Que le nom de Nikon soit béni entre tous, tant la marque jaune a été une pierre de soutien indispensable à l’ensemble de cet édifice et à son équilibre, en mettant à notre disposition la crème des boîtiers reflex et le must des objectifs de la gamme Nikkor. Nikon D4, Nikon D3s, Nikon D800, D700, D7000 et même un hybride Nikon V1. À l’ouverture des boîtes, la veille du festival, c’était Noël avant l’heure. Quant aux cailloux, la team 109 touchait ce que Nikon fait de meilleur en matière d’optiques : Nikkor 24-70 f2,8 ou 70-200 f2,8 VRII ou des bijoux comme le 200mm f2, le 300mm f2,8 ou le dantesque 200-400mm f4, avec, cerise sur la gâteau, les téléconvertisseurs TC14 et TC20-EIII, histoire de pousser la focale dans ses ultimes retranchements. Bref, Nikon dans ce que la marque jaune a de meilleur, a de plus pro, autant dire pour une bande de jeunes le bout du rêve, le must, le satori. Et puis comme un bonheur n’arrive jamais seul, Sony France est venu prolonger le rêve en dotant les deux Nikon D4 de cartes XQD serie S, pour ajouter encore à la performance et à la vélocité du haut de gamme Nikon (voir l’article consacré aux cartes XQD ici-même).

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Seulement voilà. Le matériel ne fait pas le photographe. Donnez le meilleur matériel qui soit (et à ce niveau-là je suis bien placé pour dire que Nikon assure parfaitement son rôle de leader sur ce segment) à un quidam totalement dénué de regard, autant donner de la confiture ananas, banane, rhum de ma douce Hélène à des cochons. Certes, indubitablement, le matériel aussi bon soit-il ne relèvera jamais le niveau d’un mauvais photographe, en revanche, prenez un bon photographe et équipez-le du must des matériels Nikon et là il se produit une osmose qui réserve bien des surprises. C’était ça, mon pari. C’est ce qui s’est passé avec les photographes de la team 109. Je scrutais Juliane, qui timidement avait d’abord opté pour un D700 et qui finalement s’est laissée tenter par un trio d’enfer, Nikon D3s, Nikkor 24-70 f2,8, Nikkor 70-200 f2,8 VRII. J’ai su, dès que j’ai vu les premiers clichés, que mon pari était gagnant. J’ai vu des clichés de live comme je les aime, de ceux qui vous permettent de revivre l’instant, d’entendre la musique. De la photo de live vivante, en quelque sorte. Mon vieux avait raison, les moyens contribuent au bonheur. Est-ce à dire qu’on ne peut réussir un cliché avec un matériel modeste ? Certes non. Mais vous ne ferez sans doute jamais avec reflex d’entrée de gamme et un caillou lambda ce qu’un reflex pro et un objectif d’exception vous permettent d’obtenir et ce n’est pas Juliane qui me contredira. L’inverse est également vrai. Si vous n’avez ni œil ni regard, vous pourrez vous blinder de matériel haut de gamme que vous n’y arriverez guère mieux… C’est la vie. Le regard, tu l’as ou tu l’as pas.

Voilà. C’est fini. Fini ? Non, sans blague, c’est pas fini, c’est que le début (d’accord, d’accord). La team 109 aura été un des plus jolis moments de mon parcours de photographe, avec des instants inoubliables, la découverte du regard des autres, des équipiers. Du sang neuf, des regards échangés, une grande complicité, beaucoup de rires, de pure déconne et de private jokes, de joie et ce véritable enthousiasme, ce plaisir d’entrer dans la fosse avec le sourire, de découvrir le backstage, l’accès scène, de vivre ce festival de l’intérieur, au cœur des bénévoles, avec eux et pour eux. En se quittant, après le dernier concert, on n’avait pas le cœur à se laisser envahir par le blues, en se disant que c’était pas la fin, juste le début d’une histoire. Est-ce qu’il y aurait une saison 2 de la team 109 ? On a décidé entre nous de ne pas répondre à cette question, sans doute pour préserver cette part d’incertitude qui rend la vie si belle. D’ailleurs, entre nous, la photographie n’est-elle pas finalement faite de doutes, d’instants capturés au hasard des rencontres, de regards échangés, de partages ? Une dernière chose. Si vous croisez les membres de la team 109, saluez-les de ma part. Vous ne pouvez pas les louper. Ils ont dans le regard cette petite lueur indéfinissable et cette sincérité qui font les bons photographes. Et dans leurs veines coule un sang neuf.

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• merci aux membres du projet 109. David Rivoal, Juliane Lancou, Mathieu Ezan, Olivier Ehouarne. Vous pouvez voir des clichés de l’équipe sur le Facebook des Vieilles Charrues.

• merci pour leur soutien à Nikon France et Nikon Pro Services, à Sony France, au Festival des Vieilles Charrues et à ses bénévoles.

Back from CharruesLand. Retour sur quatre jours de folie de magie et d’humanité aux Vieilles Charrues.

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Vous avez vu « La Grande vadrouille » avec un Louis de Funès au sommet de son art ? Dans une scène désormais culte, Stanislas Lefort, chef d’orchestre à l’opéra de Paris dirige une répétition de Berlioz. À l’issue de la répétition, il complimente ses musiciens d’un « Merci Messieurs. C’était très bien ! » avant de s’en prendre à un musicien qu’il qualifie de moyen, puis de très moyen avant de conclure que finalement c’était mauvais, très mauvais. De Funès et Bourvil me font toujours beaucoup rire dans cette comédie populaire à la française. Et puis cette propension à se dire qu’on a fait du bon travail mais qu’on aurait pu faire mieux pour finalement en arriver à la conclusion qu’on a sans doute chié son taff et qu’on va finir sa vie dans le fin fond de l’Afghanistan avec un chapeau grotesque sur la tête à élever des chèvres, ça, je vais vous dire, c’est tout à fait mon truc. C’était d’ailleurs un peu mon état d’esprit arrivé à mi-chemin du festival des Vieilles Charrues qui dure, je vous le rappelle, quatre jours. À la fin du premier jour tu es déjà fatigué et tu te demandes ce que tu es venu foutre dans cette galère pour la neuvième année consécutive et le vendredi soir tu n’as déjà tellement plus de pieds que tu es prêt à rendre les armes. Chaque matin tu vides tes cartes sur tes disques durs et à midi tu repars au combat. Et puis tu prends le rythme et ton corps s’habitue. Finalement, tu arrives le dimanche soir, l’angoisse nouée au ventre parce que tu te dis que merde, fait chier, c’est déjà fini. Petit retour nostalgique sur quatre jours de pure magie.

CharruesLand. J’aurais tant à dire sur ce festival, les zicos, les bénévoles, l’organisation, le public. Cette année, j’avais pris comme postulat de privilégier l’humain et franchement, j’ai été gâté. Les Charrues, c’est un concentré d’humanité. Ici tu croises des festivaliers qui sont venus faire la fête pendant quatre jours entre potes, la prog, les artistes, pour eux c’est du bla bla, d’ailleurs ils achètent leur pass 4 jours à Noël, comme disait le Francis, avé son accent d’Astafort « aux Charrues, l’important c’est pas les artistes c’est les Charrues ». Ils sont incroyables ces festivaliers. Tu leur dis « super héros » et ça leur suffit. J’ai vu de tout, des costumes chiadés au grand portnawak mais c’est pas grave, l’important c’est l’esprit. J’ai vu deux adorables demoiselles dans leur fauteuil (Super roulettes), j’ai passé du temps sur la plateforme H où j’ai partagé des moments délicieux avec mes potes bénévoles, ma copine R’née et mon pote Mathieu dans sa jolie joëlette carénée de course, et rien que son sourire, ça valait le détour. Et puis il y a eu les concerts.

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Finalement, la photo comme disait Forrest, c’est comme la vie et une boîte de chocolats, tu ne sais jamais sur quoi tu vas tomber. Tu te promènes pépère sur la plaine, tu entends de la musique, tu t’approches, scène des Jeunes Charrues, c’est un groupe du coin qui joue, tu montres ton pass, tu entres dans le pit, clic-clac c’est dans la boîte et tu tapes là un de tes meilleurs clichés du festival. Idem sur Grall où je photographie mes potes de Im Takt. En live, tu ne décides pas de l’image, c’est l’instant qui décide pour toi. Je croise Baxter Dury, je suis dans la foule avec un Nikkor 300mm f2,8 (putain d’optique) monté sur mon Nikon D4 (putain de reflex) et je touche du doigt la perfection définitive. Bon, bien sûr, ça ne marche pas à tous les coups. Parfois tu te demandes même ce que tu es venu foutre là et je ne dis pas ça pour les deux Brigitte, qui sont à la chanson française ce que Marc Lévy est à la littérature. Enfin, les Charrues c’est comme le Sushi bar, t’es pas non plus obligé de tout manger. Il y a les plats que tu attends, comme Sallie Ford, Keziah Jones ou Kasabian où tu te dis que ça va être un régal. Pendant Gossip je suis à la fin de mon parcours, épuisé, mes avants-bras ont du mal à tenir le D4 et son modeste 70-200, je demande à mes potes de la fosse la direction de Kaboul tellement que je préfèrerais aller élever des chèvres, que j’ai l’impression d’avoir tout chié et d’être le dernier des mauvais et la suite va me prouver que finalement, non. Il y a aussi de divines surprises comme l’Ensemble Matheus dirigé par un digne héritier de Wolfgang « fucking » Mozart, un Spinosi fada, un allumé de la corde raide, un motherfucker de l’adagio qui va flamber Kerampuilh avec son alto et son regard de killer. Une cantatrice dont la voix envahit la plaine un dimanche en début d’après-midi moi je vous le dis, il fallait être singulièrement couillu pour oser un truc pareil. Et ça a fonctionné, à merveille. Oui c’est ça, Monsieur Spinosi. Vous fûtes merveilleux et on se plait à penser qu’il en faudrait plein, des barjots comme vous, pour amener la musique « classique » partout et de préférence là où on ne l’attend pas. Matheus ? C’était le concert le plus baroque and roll de cette édition 2012.

Et là vous me dites et Bob ? Bob l’éponge fut libéré et il vole désormais vers de nouvelles aventures. Quant à Bob Dylan, le sujet est clos. Ça restera pour moi un grand souvenir que ce concert de Dylan, à plus d’un titre. D’abord parce que j’ai shooté dans des conditions assez cocasses, un Nikkor 200-400 monté sur mon D4 et un monopode Manfrotto, assis sur une chaise de la plateforme H avec mon gang de copines, une couverture de laine sur la tête pour éviter le soleil qui frappait pile-poil dans mon œil gauche (celui qui vise). Bref. Je devais ramener des images, il était hors de question de zapper un moment pareil, je l’ai fait, merci R’née, merci Dan et Ronan et toute l’équipe, on s’est marrés comme des baleines et on a vécu un moment inoubliable. Après, qu’on ait mis deux minutes à reconnaître Highway 61 revisited, que Bob chantait avec une voix de bluesman fatigué, qu’il n’ait pas trop soigné son entrée en scène ou sa sortie et que ceci-celà, franchement… On s’en balance. On a vu Dylan comme d’autres ont vu le loup ou le messie et je dois encore me pincer, aujourd’hui, pour réaliser que Monsieur Bob Dylan fait partie de mon tableau de chasse, entre Peter Gabriel et Bruce Springsteen. Excusez du peu.

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Magique. Il n’y a pas d’autres mots. Magique et humain, c’est ça les Vieilles Charrues. L’occasion de retrouver mes potes, chaque année, de se dire que c’est dur, que c’est la dernière fois et puis de regarder les images, de se dire que non, finalement c’est pas si mauvais que ça, que j’ai bien fait de venir, que j’aurais certes pu faire mieux, que je pourrai toujours faire mieux et que ça sera pour la prochaine fois. Alors je me botte le cul, je me donne rendez-vous l’année prochaine, pour une dixième édition qui sera sans doute encore plus belle que la précédente. Et comme chaque année, alors que l’été se déroule paisiblement, j’attends que revienne septembre. Et dès l’automne venu, je compterai les jours qui me séparent des retrouvailles avec ma bande de frères et de cousins à la mode de Bretagne. Et de la nouvelle édition des Vieilles Charrues. Encore.

note de l’auteur : ce texte a été écrit quelques jours après les Vieilles Charrues et avant le décès de Jean-Philippe QUIGNON, co-Président du festival des Vieilles Charrues à qui je dédie l’ensemble de mes clichés de l’édition 2012, en particulier ceux de l’Ensemble Matheus, un concert qu’il portait tout spécialement dans son cœur.

• merci spécial à Nikon Pro services et à Nikon France pour leur soutien indéfectible.

voir les photos des concerts des Vieilles Charrues 2012 sur Cinquième nuit

Hommage à Jean-Philippe Quignon. Comme un gentleman, quelque part entre Glenmor et Kerouac.

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On est samedi. Je lève la tête, je regarde par la fenêtre, il y a ce joli ciel bleu sur Brest. J’entends la merlette qui squatte mon jardin chanter sur un arbre, des enfants qui braillent et qui s’amusent, dans l’insouciance de l’âge. C’est une belle journée, mais le cœur n’y est pas. Parce qu’hier soir, la nouvelle est tombée, sèche et violente comme une gifle, j’ai vu passer l’annonce de ton décès sur Twitter. Un résumé de ton départ en cent quarante caractères. L’émotion m’a envahi et je suis resté là, prostré, incapable de bouger, de dire un mot. Ma première réaction a été d’appeler mon ami Jérôme, histoire de ne pas plonger, juste pour partager avec lui des silences, mon incompréhension et quelques bribes de souvenirs.

Ton nom, Jean-Philippe Quignon, restera à jamais indissociable du festival des Vieilles Charrues. Tu étais aussi humain qu’humaniste, j’aimais ton regard, ta simplicité, ta bonté d’âme et par dessus tout j’admirais, je dois te l’avouer aujourd’hui, ta suprême élégance. C’est ça. Tu étais un mec élégant, il y avait ce je ne sais quoi dans ta démarche, un ton posé, une allure à la fois discrète, presque réservée et en même temps assurée. Chaque année, comme un rituel, on te retrouvait à l’annonce de la programmation et on comptait les jours, avec l’impatience des gamins devant le sapin de Noël, qui nous séparaient des retrouvailles sur la plaine de Kerampuilh.

Je t’ai croisé le dernier jour de cette édition, tu remontais le petit chemin qui mène de Glenmor à Kerouac, bras-dessus bras-dessous avec Cécile, ta femme. Tu semblais tranquille, apaisé et visiblement heureux, parce que les Vieilles Charrues c’était ta dose de bonheur, ton oxygène, ta part de lumière, comme le bénévole que tu n’as jamais cessé d’être. Bien sûr, tu t’es arrêté, parce que bien sûr tu voulais savoir si tout se passait bien pour nous, si on était heureux, si on avait vu de belles choses. C’était dimanche, le soleil avait dardé sur la plaine. Je t’avais parlé de Spinosi et Hélène, ma femme, t’avait dit son enthousiasme, le bonheur du public, le partage, l’hymne à la joie baroque and roll et j’avais ajouté : « Je ne sais pas qui est le fada qui a eu cette idée complètement dingue de programmer l’Ensemble Matheus sur Glenmor, mais en tout cas le gars ne s’est pas planté ! C’était énorme ! » Alors le regard de Cécile s’était enflammé, elle s’était tournée vers toi, te montrant du doigt et s’était exclamé : « C’est lui ! » On avait bien ri et comme le gars humble que tu étais, tu avais relativisé mais finalement ça te faisait tellement plaisir de partager. On avait parlé d’alchimie, de la magie des Vieilles Charrues. Ce festival, ton festival pouvait bien se résumer en un mot. Partage.

Tu vas me manquer Monsieur Quignon. Tu vas nous manquer à tous, nous les bénévoles. Alors à défaut de faire sans toi, on va continuer de faire pour toi, même si ton absence va salement nous peser. Aujourd’hui, en ce samedi de septembre, c’est toute la famille des Vieilles Charrues qui est en deuil. Les bénévoles, les festivaliers, les artistes, celles et ceux qui ont partagé, qui ont vibré, qui se sont aimés, qui ont levé les bras bien haut, bref, qui ont vécu cette indescriptible folie que sont les Vielles Charrues, tous les super héros de Kerampuilh ont senti une immense tristesse les envahir, en ce jour de septembre.

Dimanche. Même le ciel s’est assombri. Sur la plaine de Kerampuilh, aujourd’hui, le silence est pesant. Les roadies ont fermé les flightcases, le régisseur a éteint les lumières. L’ingé-son a coupé la console et dans la fosse les photographes ont posé leur boîtier. Que les artistes se souviennent de celui que tu étais, élégant et sobre et surtout, qu’ils nous reviennent, l’année prochaine, pour faire vibrer le public, encore. Parce que c’est ce que tu aurais voulu, n’est-ce pas ? Que la fête continue et qu’elle soit belle. Que la magie ne cesse jamais. Tu seras là. Tu seras toujours là, promenant ta silhouette longiligne d’élégant gentleman, quelque part entre Glenmor et Kerouac, fredonnant les mots du grand Neil, celui que tu espérais tant voir un jour à Glenmor. Hey, hey, my, my. Rock’n roll can never die.

Hervé LE GALL
photographe des Vieilles Charrues
9 septembre 2012

photo : Tiré de Charrues en juillet 2006 avec Jean-Philippe QUIGNON et les Frères MORVAN.

De l’art de bien se comporter dans une fosse photographes : les sept règles élémentaires à respecter.

photographes-team-109-vieilles-charrues-2012Règle #1
Tu respecteras les photographes présents. Tu veilleras à ne pas les gêner, à ne pas les bousculer, à ne pas te planter devant eux et dans leur ligne de mire.

Règle #2
Tu respecteras le public derrière toi et l’artiste devant toi, sur la scène. Même (et surtout) si tu es seul dans la fosse.

Règle #3
Tu respecteras les consignes de la prod sur le nombre de titres autorisés, tu sortiras de la fosse au bon moment sans prendre la tête de l’abruti qui ne sait pas compter jusqu’à trois.

Règle #4
Tu n’amèneras pas ta bière ou ton casse-croûte dans le pit.

Règle #5
Tu n’inviteras pas ta copine à t’accompagner dans la fosse, même si elle est blonde et jolie et qu’elle a un iPhone et Instagram.

Règle #6
Tu ne te vautreras pas sur la scène. Et tu te souviendras des règles numéro 1 et 2.

Règle #7
Enfin et surtout, tu n’essayeras pas d’engager la conversation avec moi sur des sujets aussi fondamentaux que le mode d’exposition ou le nouveau boîtier à venir chez machin. De toutes façons, peine perdue, quand j’entre dans une fosse je deviens autiste.

photo d’illustration : les photographes dans la fosse Kerouac, festival des Vieilles Charrues 2012