Nikon 24-120 f4. Une optique indispensable. Même à 24.

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Il est comment à 24 ?” Je dois à la vérité de dire que je n’ai pas compris tout de suite la question parce que je ne suis pas un habitué de la gamme et de l’historique de Nikon, mais il se trouve qu’avant que Nikon n’ait la brillante idée de nous pondre ce zoom trans standard, la marque jaune avait commis un 24-85 qui ne donna pas en son temps, si j’ai bien compris l’histoire, toute la satisfaction qu’on est en droit d’attendre d’une optique signée Nikon. D’où cette question émanant d’un utilisateur de la marque, il est comment à 24mm ? Le bon feeling que j’avais sur cette optique, dès son lancement, était un peu comme un coup de poker. Dès l’annonce du 24-120, ma première réaction a été de me dire que Nikon est allé au bout du rêve, c’est à dire de pousser le bouchon jusqu’à 120, là où Canon avait prudemment choisi de s’arrêter à 105. Et ça, ce choix là de monter un poil de plus en focale (oui, je confirme, quinze millimètres ç’est énorme), c’est le coup de génie qui confère à cette optique une qualité qui n’a aucun équivalent sur le marché.

Donc, après m’être fait interpeller ici-même par un lecteur de Shots, j’ai tendu l’oreille (enfin l’œil je veux dire) et je suis allé taper quelques clichés, en concert, à focale 24, quasi pleine ouverture (entre f4 et f5), sur le Nikon D700 (putain de boîtier !), histoire de vérifier si un quelconque défaut apparaît à l’image, ou pas. À l’occasion du set de Dominic Sonic et des virulents détenteurs du tremplin des Jeunes Charrues 2010 The Octopus, chez moi au Cabaret Vauban, j’ai eu l’occasion de remettre le couvert avec ces putains de concerts qui sentent la bière, le vieux Rexona usagé, le t-shirt humide et l’animal, collé à la scène pour taper quelques images 100% ouakenole dans des positions acrobatiques qui ne sont plus de mon âge ma bonne dame et tout ce joyeux bordel, la poignée dans le coin, plein pot à 24mm et en fullframe s’il vous plaît. Et là, mes aïeux, croyez-le ou pas, mais j’ai vécu un bonheur, une sensation de plaisir, une ouache pas possible. Un truc, une vision, un champ d’ouverture monstrueux, le feeling retrouvé comme au bon vieux temps du F1 avec une optique FD 24. Seule différence, ici l’ouverture est à f4, ce qui ne manquera pas de faire hurler mon ami David Grimbert (entre autres) pour qui une optique au delà de f1,4 c’est une hérésie… Ici je vous parle bien de f4 et l’image renvoyée par le viseur du D700, un viseur qui n’est pas à 100% se plairont à rappeler quelques pisse-vinaigres, mais on ne peut pas tout avoir dans la vie hein ? Un viseur à 100% ET un flash intégré… Or donc, cette image-là est simplement lumineuse à souhait. Mais comment les ingénieurs de Nikon réussissent-ils à obtenir une image aussi limpide et lumineuse à f4 ? Simple. C’est le traitement des lentilles et un savoir-faire singulièrement agaçant. Et puis on ne répétera jamais assez que deux diaphs au dessus (comprendre au dessus de f2,8) c’est pas franchement gênant quand on dispose d’un reflex capable de cracher une image propre et sans grain à 6400iso, suivez mon regard embrumé de larmes. Et encore, je ne parle même pas d’une optique comme le 24-120 monté sur le D3s et son 12800iso nickel, et là, franchement, vous pouvez sortir les kleenex.

Persiste et signe. Si je devais acheter une optique chez Nikon (ce qui n’est pas actuellement le cas parce que jusqu’à preuve du contraire on ne peut pas monter du Nikkor sur un EOS), j’opterais sans l’ombre d’une hésitation pour ce petit 24-120 discret, maousse costaud et pas d’un prix rédhibitoire comme c’est parfois le cas chez Nikon, qui entre nous n’a pas la réputation de donner ses optiques à vil prix, mais en même temps c’est le prix de la qualité. Bon, bien sûr, c’est sur un reflex fullframe comme le D700 que s’exprime à la perfection tout le potentiel de ce zoom, même s’il conviendra aussi à merveille à votre D300s ou votre D7000 ou n’importe quel boîtier reflex de la gamme Nikon. Mais sa plus grande qualité sur laquelle j’insiste vraiment, c’est sa polyvalence, du grand angle au petit télé. Ce 24-120 f4 saura tout faire, il vous accompagnera partout et grâce à lui votre capteur restera à l’abri des poussières, vu que vous ne changerez jamais d’optique ! En ce moment c’est ce que je vis, au quotidien. J’embarque D700 et le 24-120 sous le bras, une carte Sandisk Extreme 32Go histoire de voir venir, je n’ai même plus besoin de sac. Le bonheur. Un dernier argument, si tant est que cette optique en ait encore vraiment besoin. En novembre, pour le banc d’essai Shots, Nikon France m’a prêté un D700 et un 24-120 f4 et vous savez quoi ? J’ai refusé de le rendre. Et ça, de vous à moi, c’est un signe qui ne trompe pas…

[EDIT] du 7 décembre 2010
Mais comment les ingénieurs de Nikon réussissent-ils à obtenir une image aussi limpide et lumineuse à f4 ?

Quelques heures après la publication de cet article dans Shots, le hasard a voulu que j’ai un responsable technique de Nikon France au téléphone. J’ai évoqué avec lui la brillance de l’optique Nikon 24-120 en lui demandant par quel prodige Nikon avait réussi à obtenir une luminosité aussi accrue sur une optique ouvrant à f4 comparable à la luminosté d’une optique à f2,8. Réponse de Nikon France in extenso :

En fait, depuis un peu moins d’un mois que cette nouvelle optique Nikon 24-120 f4 est disponible sur le marché, nous obtenons un retour de satisfaction très élevé de la part des photographes qui l’utilisent et beaucoup d’enthousiasme par rapport à l’aspect lumineux dont tu me parles. Il faut savoir que sur cette nouvelle gamme d’optiques à f4, qui inclut non seulement le 24-120mm mais aussi le 16-35mm, nos ingénieurs ont conçu un traitement nano cristal particulièrement élaboré sur chaque lentille qui constitue l’objectif. Il en résulte moins de pertes de lumière. C’est vrai que tous les photographes qui ont utilisé ce 24-120 sont enthousiasmés par son côté très lumineux. Et on obtient des résultats similaires avec le 16-34 f4. Finalement, le diaph de différence avec une optique f2,8 se compense avec la capacité de nos boîtiers comme le Nikon D3s à réaliser une image propre et sans grain à un nombre iso élévé.

Précision sur le nombre d’iso élevé, j’ai testé D3s à 12800iso sans un poil de grain. Mais sans aller aussi loin, à 8 ou 10000 iso, D3s est capable de produire une image parfaite, alors le diaph de différence devient véritablement anecdotique. Demeure alors, pour les optiques à f2,8 (et supérieures) une qualité et une finesse d’arrière plan (bokeh) souvent incomparables.

Tests Canon EOS 7D. Excellent, à tout point de vue.

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A l’issue de mes tests sur EOS 1D Mark IV, je discutais avec un membre de Canon France et je lui disais qu’au fond, après un test comme celui-là, il n’y avait plus grand chose à ajouter, tant il me semblait avoir fait le tour du sujet. Alors mon interlocuteur (bien intentionné) m’a soufflé qu’il restait encore des tas de choses passionnantes à découvrir chez Canon. “Comme le 7D par exemple ?” De vous à moi, j’étais bien tenté d’aborder ce boîter expert mais j’avais en mémoire quelques uns de mes propos sur EOS 7D, qualifié par mes soins de “Canada Dry de l’EOS 1D Mark IV“. Comme dirait Christophe Miossec, du tacle et de la mauvaise foi. Manquerait plus qu’il soit bon, ce 7D et là, pour le coup, j’aurais l’air malin. Mais la tentation était trop forte et l’envie de défricher trop tenace. Et puis 7D et 1D Mark IV, au fond, c’est un peu le syndrôme du boîtier critiqué à outrance par des gens qui ne l’ont jamais vraiment tenu en mains et encore moins utilisé. C’est d’ailleurs ce qui m’avait motivé pour tester sur le terrain, avec mes conditions, EOS 1D Mark IV et on connaît les résultats. Un boîtier capable de cracher 10 images/seconde sans un pet de flou, avec une qualité et une netteté étourdissante, surtout en bonnes conditions de lumière, même en mode AI servo. Comme EOS 7D est sorti avant son grand frère, embarquant un autofocus revu et corrigé, je me suis dit que ça valait peut être le coup de l’amener avec moi en ballade, sur le terrain. Mon intuition ne m’a pas trompé. Et même plutôt deux fois qu’une…

Le petit frère d’EOS 1D Mark IV
À le voir, comme ça, on sait tout de suite que c’est un EOS, dans la lignée 20 à 50D. Si vous avez déjà eu un EOS, vous ne serez donc pas dépaysé. La construction est propre, le boîtier n’est certes pas tropicalisé mais Canon assure avoir travaillé à l’amélioration de l’étanchéité. Face arrière, on retrouve l’ergonomie habituelle avec la grande molette, un écran 3 pouces confortable. Au chapitre grognon, le bouton on/off a changé de place, désormais logé en haut à gauche. Un bouton de démarrage rapide pour les adeptes de la vidéo (non, je n’ai toujours pas testé les fonctions vidéo). J’aime assez le positionnement des boutons, j’aime le bouton Q qui permet de visualiser et d’accéder aux paramètres du boîtier. Ou pas. Car EOS 7D intègre un menu détaillé avec des fonctions de personnalisation particulièrement élaborées pour un boîtier expert et qui ne sont pas sans rappeler le grand frère, même si évidemment ces fonctions sont moins étendues que sur le Mark IV. On peut affecter, via les menus, les boutons aux fonctions de son choix, décider par exemple d’affecter la molette avant à la vitesse et la roue arrière à l’ouverture (ou l’inverse), de décider du sens de rotation, bref c’est très complet et pour tout dire assez épatant pour les éternels insatisfaits que sont nombre de photographes (suivez mon regard). Une mention spéciale pour le viseur 100% parfaitement lumineux, le choix étendu du mode autofocus, l’illumination du viseur en rouge ou noir selon le niveau de lumière, le quadrillage virtuel, le niveau intégré et j’en passe. C’est un APS-C, un choix somme toute logique de la part de Canon. Un choix casse-gueule aussi : loger 18mp dans un capteur aussi petit ça tient presque du miracle. EOS 7D génère des RAW de 5184*3456 pixels pour un poids unitaire (à la louche) de 20Mo. Comptez 2Go d’espace disque pour la centaine de clichés, je ne vous fais pas un dessin. Vous pouvez commencer à investir chez Sandisk ou Lexar, en tapant sur des cartes 16Go minimum. Et pour le disque dur, c’est idem, 2To est désormais un standard.

Léger, discret, exigeant
EOS 7D ne vous envoit pas sur l’île aux enfants. C’est un EOS, c’est donc un boîtier exigeant. D’abord en optiques. Servez lui du L et exclusivement de la gamme L, votre boîtier vous le rendra. Pour mes tests, j’ai utilisé mes optiques L et principalement mon 70-200 2,8L IS. Mon optique de prédilection qui, par la grâce du capteur, se comporte en focale 110-320, autant dire un casse-tête dans une salle de dimension réduite où je suis collé à la scène et un vrai bonheur dans un pit de concert en festival comme aux Vieilles Charrues. Dans cette gamme d’EOS, j’aime la compacité du boîtier qui permet de voyager aussi discret que léger. Avoir un 7D en main après avoir trimballé 1D Mark IV, c’est assez savoureux. Seul bémol, la prise de vue en mode portrait, moins aisée, même si l’ajout d’un grip optionnel permet d’accéder à ce mode. Pour ma part, le grip j’en suis revenu : plus lourd c’est plus de fatigue à la fin de la journée. Puisqu’on parle de grip qui embarque deux batteries (donc un max d’autonomie), une précision sur la batterie propriétaire LP-E6 de Canon qui intègre des fonctions étendues, comme le nombre de prises de vue restantes, le niveau de charge. Comme toujours, avant de partir avec votre 7D sous le bras, LE bon conseil est de vous manger la doc. En entier ? Oui, en entier. Je l’ai fait avec 1D IV et j’en ai fait autant avec 7D. Une fois fait le tour du propriétaire, il est temps d’aller au charbon.

Sur le terrain avec EOS 7D
J’ai fait une demi douzaine de concerts avec 7D, pour le moment. D’abord au Vauban, avec Lætitia Shériff puis Nouvelle vague et bizarrement, j’ai senti que j’avais ce boîtier en main quasi immédiatement. En fait c’est comme si j’avais toujours eu un EOS 7D. Les clichés ramenés du concert de Nouvelle vague ont confirmés cette intuition. 7D génère une image douce et veloutée avec un niveau de piqué et de netteté très acceptable. Côté sensibilités, les clichés ont été réalisés sur une plage 400 à 1600iso, en mode one shot. Sur des conditions de lumières drastiques, j’ai testé le mode rafale, à 8 images par seconde autant dire que 7D tient la route ! Un mode qui devrait ravir les photographes animaliers et les photographes sportifs. Une fois ramenés à la maison les clichés et les premières sensations, j’ai travaillé sur l’affinage du paramétrage du boîtier. Rappelons encore une fois l’accès à des fonctions personnalisées, au paramétrage d’un style d’images par thématique voire par utilisateur. J’évoquais précédemment la lecture du manuel, prenez aussi le temps de tester différents paramétrages avant d’aller en prise de vues. Après avoir peaufiné mes réglages, j’étais prêt pour repartir sur le terrain.
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Seconde session, je suis au Club, la petite salle de la Carène pour le festival Sonore avec trois concerts de jazz, dont l’excellent Peter Brötzmann Tentet et le trio Tazartès, Berrocal, Fennech. Le déclenchement de 7D (lui aussi paramétrable) peut s’avérer aussi discret qu’utile, d’ailleurs j’aime assez le flap-flap du miroir qui n’est pas sans me rappeler le déclenchement du rideau en titane de mon F1n, allez savoir pourquoi. Je crois que je n’avais pas pris autant de plaisir à photographier depuis un bail, si j’exclus la période Nikon D3s et Canon 1D Mark IV. L’autofocus EOS 7D est parfaitement réactif, avec un léger poil de recul dans les zones d’ombres mais rien de dramatique. Le shoot est souple, confortable et on sent que le boîtier en a sous la godasse. En même temps, il convient de rappeler que 7D embarque un double Digic IV et une capacité surprenante à étaler de l’image en 14 bits, notamment en mode rafale, capable d’enregistrer du RAW à 8 fps, excusez du peu. Je ne le sais pas encore mais le meilleur est à venir.

Excellent à tout point de vue, brut de capteur.
J’ai choisi (sur le conseil express de Canon) de dérusher mes RAW avec DPP dans un premier temps en me disant que je pourrais toujours utiliser Adobe Lightroom au besoin pour optimiser mes images. Ce que je n’avais pas prévu, c’est que les images de la session jazz shootée à la Carène au festival Sonore, ces images sont nickels, brut de capteur. En visualisant les clichés, j’ai ressenti un frisson de plaisir, ce truc indéfinissable qui se produit lorsqu’on découvre pour la seconde fois une image qu’on a réalisée. On regarde l’image, le cadrage, la netteté, le piqué, les couleurs, les lumières, les contrastes. Et si tous les paramètres sont réunis, en une fraction de seconde on se dit seulement “wouah !” On réalise alors que celle-là et puis celle-là, et puis celle-çi, et puis pas mal d’autres… Elle sont vraiment bonnes et ça va être chaud pour faire le tri. C’est exactement ce qui m’est arrivé avec les trois séries tapées à la Carène. J’ai réalisé avec EOS 7D une série d’images d’un excellent niveau de qualité (je parle de technique). À aucun moment ou presque je n’ai été confronté avec EOS 7D à la cruelle problématique : mes réglages sont bons, mon cadrage est bon, tous les paramètres sont réunis pour que le cliché soit bon, mais… Est-ce que le boîtier va me suivre ? Oui, EOS 7D m’a suivi, j’ai l’impression d’avoir retrouvé avec lui une sérénité oubliée et même d’être revenu aux fondamentaux de la photographie. Un peu de technique, beaucoup de feeling. Et surtout du plaisir. Le plaisir de shooter. Le plaisir de montrer des images authentiques, brut de fonderie. Les clichés des trois sets de jazz n’ont en effet subi aucun post-traitement : cadrage d’origine, balance des blancs d’origine, zéro accentuation. Un simple RAW immédiatement traduit en jpeg. L’image vue par mon oeil et par le capteur de mon EOS 7D.

EOS 7D ? Putain de boîtier !
J’ai reçu ces derniers temps beaucoup d’emails de photographes propriétaires de boîtiers de série expert me demandant mon avis sur EOS 7D. Aujourd’hui, je peux me prononcer. Voilà un boîtier qui m’enthousiasme clairement et que je recommande à tous les photographes qui recherchent un reflex réactif, polyvalent, léger. Mais attention ! C’est aussi un boîtier très exigeant, ma recommandation s’accompagne d’optiques de qualité et pour cela rien de mieux à mes yeux que la gamme L de Canon. EOS 7D c’est aussi à mon avis un excellent choix pour les professionnels, autant comme boîtier principal qu’en boîtier backup, pour un prix somme toute très attractif (autour de 1000€ HT). En complément d’un fullframe comme d’un APS-H, le capteur APS-C du 7D peut s’avérer d’un grand secours, sur le terrain, avec son coeff de 1,6. Sa taille réduite lui permettra sûrement de se trouver une petite place dans votre sac et ses performances font de lui un excellent atout dans la panoplie du photographe. Last, but not least, un paramétrage fin du boîtier vous permettra de tirer la quintessence de ce reflex et de façonner EOS 7D à votre image. Pardon ! À vos images.

• clichés : Tazartès, Berrocal, Fennech Festival Sonore La Carène mai 2010 – EOS 7D + 70-200 2,8L IS 3200iso, brut de capteur.

voir la série de clichés EOS 7D brut de capteur sur Cinquième nuit

Nouvelle vague au Vauban. Let’s dance on Joy Division (again).

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Back to Vauban. So happy. Après une (trop) longue absence, je suis de retour chez moi. Le sourire de Charles (mon ami, mon frère) qui m’accueille, des têtes familières qui renvoient un clin d’oeil, c’est trop cool de revenir à la maison après un break aussi long. Je retrouve les têtes blondes de Sonics, les kids n’ont pas pris une ride, Gildas et Matt gardent un enthousiasme intact, une même jubilation, une candeur qui font que leurs concerts ont une sonic’s touch que les autres n’ont pas, une ambiance faite de décontraction et de joyeuse déconne débridée. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, c’est la délicieuse Lætitia Shériff qui ouvre le bal, toute seule en scène, comme une grande. C’est bluesy mais jamais triste, c’est une voix tendre avec une pointe de désespoir contenu, ça me touche plus que je ne saurais le dire. Le demoiselle, qui a jeté un pont entre Lille et Rennes, prépare son troisième album que j’attends avec impatience. Chaque fois que je l’ai vue sur scène, seule et parfois même accompagnée (de Piers Faccini), j’ai à chaque fois ressenti le même frisson. “J’ai encore combien de temps ?” glisse Lætitia en fin de concert en se tournant vers le backstage. “Dix minutes ! Un quart d’heure ! Le temps que tu veux !” s’exclame Gildas, hilare. Un ou deux titres et Lætitia tire sa révérence. C’était chouette. Nouvelle vague revient sur la scène écarlate du Vauban, trois ans après une prestation qui m’avait secoué et décollé la pulpe du haut comme rarement. Ce soir-là j’avais mis dans la boîte quelques clichés du combo, dont quelques images affolantes et sexy de Mademoiselle, la grande Mademoiselle, Mélanie Pain et je n’en dirais pas plus car gentleman on est, gentleman on demeure. Je sais que Mélanie n’est plus là, qu’elle a été remplacée, mais ainsi va Nouvelle vague, une formule qui revisite des standards de la new wave façon bossa nova, d’où le nom. Improbable de reprendre “God save the queen, a fascist regim” en minaudant en acoustique. Si ce genre d’exercice vous fait bondir, c’est que vous n’avez pas pigé le concept. Retournez à la case départ des eighties, foutez-vous un casque sur la tête et allez vous morfondre sur les standards de la cold wave en pleurant la mort de Ian Curtis. Pour ma part (je veux dire old fuckin’ bastard des seventies élevé en son temps au pétard et à la Picon Pelforth), la cold wave m’a toujours laissé de marbre, alors je veux bien danser sur Joy Division comme le clament les Wombats. Mais revenons à nos brebis. Pheobe Killdeer est toujours là, fidèle au poste, avec une voix, un regard et un look toujours en décalage total avec la réalité et une petite brune avec une robe de princesse (ou de fée je ne sais pas trop) qui tourne le dos au public pendant le premier titre. Et puis, avant d’enquiller la suite, la miss (lol) se retourne et dévoile son joli petit minois. Mareva Galanter a donc pris la place de Mélanie Pain et rien que pour ça, on l’applaudit. Parce que c’est salement gonflé, de prendre la place de quelqu’un d’aussi talentueux, mais encore une fois, c’est la régle. Les filles passent, Nouvelle Vague demeure. Mareva minaude un peu mais Dieu me tripotte ! Qu’est-ce qu’elle bouge bien… Et pas que, elle chante bien aussi, voix juste, bien place, et je repense à Frandol “elle ira loin la petite nouvelle…Shake and moove. Mareva apporte une touche exotique et sexy, une moiteur des îles, mais sans le yukulélé. Tout le répertoire eighties y passe, avec des reprises aussi insupportables à mes oreilles gracieuses que les Dead Kennedys et bizarrement, traité façon bossa, ça en devient presque charmant. Même Joy division, qui distilla en son temps des textes et des mélodies d’une noirceur à se pendre (…), est repris avec un soupçon de mélancolie joyeuse par un Nouvelle Vague flamboyant et un public extatique. “Love, love will tear us apart, again.” Eh ouais, comme disait ce cher François Truffette, l’amour fait mal. Certes. Mais il disait aussi que les femmes sont magiques. Et ce soir, au Vauban, un soupçon d’ultra féminité mêlée à la candeur rock’n roll m’a envahi, laissant la nouvelle vague me submerger. De plaisir. En quittant le Vauban, dans la nuit brestoise, le titre des Wombats raisonne encore dans ma tête. “Let’s dance on Joy division and celebrate the irony, everything is going wrong, but we’re so happy. Yeah we’re so happy !

So happy.

voir les clichés de Nouvelle vague sur Cinquième nuit
voir les clichés de Nouvelle vague feat. Mareva Galanter sur Cinquième nuit

Vieilles Charrues 2010. Dites à Matthew Bellamy que je serai dans la fosse.

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Sept ans. Putain ! Sept ans déjà. En 2004, je couvre ma première édition des Vieilles Charrues, juste après avoir couvert ma première édition du festival Art Rock à Saint Brieuc. Recall, recall… Cette année-là, il y a Muse, qui est déjà un gros morceau. Je suis comme un gamin à qui on a ouvert les portes de l’épicerie et à qui on a dit “prends tout ce que tu veux !” Cette année là, j’ai tapé dans le tas, égrainant les concerts jour après jour, découvrant quelques pépites, gravant quelques souvenirs inoxydables : Mademoiselle Simon, -M-, Lhasa, Bashung, Texas, pour ne citer que ceux-là. Alors quand on m’a dit que je n’étais pas accrédité pour Muse, au fond, j’étais pas vraiment amère, juste un peu déçu de passer à côté du bol de sangria. J’avais pris tout ça avec beaucoup de philosophie… Non, en fait j’étais super chonchon ce soir-là, j’avais simplement dit à Yann (le responsable fosse) que si Matthew Bellamy s’étonnait de mon absence dans la fosse, il fallait lui dire que j’avais préféré aller shooter un groupe inconnu sur la scène Xavier Graal. La suite est connue. Dix minutes avant le début du concert de Muse, Yann m’alpague et me dit en souriant : “Matthew Bellamy exige la présence d’Hervé Le Gall dans la fosse !” Voilà, dans ce souvenir il y a toutes les bonnes raisons de mon attachement sincère et quasi viscéral pour ce festival, pour mon festival.

Alors, cette année, comme tous les ans, vous allez les entendre pigner, chonchonner, geindre sur la prog qui n’est pas comme çi ou qui aurait été mieux comme ça. Que Muse c’est pas une tête d’affiche, que Dutronc… et patati et patata. Bon, si je résume, le jeudi soir, vous allez pouvoir écouter Revolver, Jacques Dutronc, Muse et Mr Oizo, plus un cinquième groupe à annoncer là, sous peu et tout ça pour 49€. Et pour la première fois, les concerts vont se répartir sur deux scènes, Kerouac et Glenmor, ce qui laisse imaginer un set énormissime de Muse (on en reparlera). Pour ma part, Dutronc et Muse, c’est déjà deux excellentes raisons d’être présent le jeudi soir. Pour la suite, je veux bien parier un fût de Coreff (non, allez, deux fûts de Coreff) que Kerampuihl va se consummer sur le set d’Indochine. Je me souviens du feu provoqué par l’Aventurier version Nada Surf (en 2003 il me semble), alors le deuxième service avec la version originale (probalement servie en rappel) made in Indo, ça va tout péter !

Bon et à part ça, on a quoi dans le paquet cadeau ? Un peu d’électro old school, Mr Oizo et surtout Etienne de Crecy qui promet un show visuel, même si l’electro boum-boum c’est pas du tout ma tasse de thé, le joyeux et bondissant Mika devrait faire tourner quelques têtes blondes, comme Phoenix, la sensation de la scène parisienne, en dehors de laquelle, c’est bien connu, on s’emmerde comme des rats morts. L’OVNI de cette annonce c’est Gojira, du lourd, du métal que mes oreilles gracieuses et fragiles avaient prudemment choisi de zapper lors de leur passage au Vauban. Et puis Diam’s, petite perle du hip hop, qui avait servi en 2006 un set éblouissant devant une foule bien trop énorme pour la taille de la scène Xavier Graal. Depuis, la petite fiancée du rap semble s’être égarée quelque part entre mur des lamentations et radicalité politique. On verra bien où elle en est, devant le public du finistère qui lui était si cher, naguère, mon p’tit frère… Last, but not least, il y aura Alain Souchon, avec la pertinence des mots, les lignes mélodiques du gars Voulzy qui vont bien et l’air de faire de la musique sans y toucher. Et ouais ! Je suis client de la petite entreprise du Souchon car en un mot, ce mec me rend heureux et rien que ça, déjà, c’est pas dégueu.

Sept ans. Septième édition, sept ans de réflexion. Et des souvenirs, rien que du bon souvenir, des rencontres, des images et puis des figures, des visages de gens, de bénévoles qui se bougent le cul, à Carhaix, centre du monde pendant quatre jours. Cette année encore on sera plus de 200.000 à fouler la plaine, à l’aise. Bon, bien sûr, vous allez me dire, on n’aura pas Crosby, Stills & Nash, avec ou sans Young. On n’aura pas AC/DC non plus, pas cette année ! N’empêche, on n’est pas passés loin, hein ? Alors qui sait, peut être l’année prochaine pour les vingt ans, on peut rêver, non ? That’s it ! Les Charrues, c’est ça. Un rêve de pote qui se réalise et se renouvelle, chaque année. Et ça fait vingt ans que ça dure !

• cliché : Muse aux Charrues en 2004 (crédit photo : Hervé Le Gall)

Tests Nikon D3s AF-S nikkor 70-200mm 2,8 VR II. One step beyond.

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Deuxième vague de tests avec le couple Nikon D3s et le 70-200 2,8 VRII et disons-le sans ambage. Le tandem D3s plus 70-200 VRII est impressionnant d’aisance et de performances. Une fois les petites frayeurs de prise en main passées (je rappelle que je n’avais jamais utilisé de matériel Nikon avant ce banc d’essai et qu’il fallait être singulièrement gonflé, comme l’a été Nikon France, pour proposer un test de prise en main de leur matériel à un photographe Canoniste jusqu’au bout de l’index), une fois dépassées les appréhensions liées à l’ergonomie du boîtier, j’ai l’impression d’avoir toujours eu un D3s en main. À dire vrai, le seul bémol de ce boîtier c’est son poids, mais ce travers est inhérent à ma tendinite chronique (bras droit, je vise de l’oeil gauche), il en serait de même avec un EOS 1D Mark IV. Hier j’avais en ligne un ami qui suit attentivement mes tests et qui me suggérait de faire une ou plusieurs séries de clichés sur un sujet fixe, avec un éclairage standard, une focale et un ouverture définie, dans l’optique de pouvoir réitérer la prise de vue avec un EOS 1D Mark IV. J’ai trouvé l’idée intéressante et j’ai donc réalisé une série de clichés avec le D3s et le 70-200 sur une faïence HB Henriot, un objet statique éclaré par un spot hallogène de plafond, inamovible donc.

Attention les doigts, ça pique terrible !
vase-henriot200mm, ouverture maximum (f/2,8) donc profondeur de champ rikiki. Sur cette série, c’était voulu, je voulais surtout voir le rendu du détail, apprécier la qualité de l’image brute sortie capteur. Dès l’ouverture des clichés NEF brut de fonderie dans Lightroom, je suis scotché par la qualité de l’image. Visualisation à 100%, l’image est contrastée et les détails sont rendus dans les moindres détails, avec un piqué et une justesse, comment dire ? Renversantes. Le 70-200 VRII produit des images brutes de capteur d’une qualité surprenante, tant en terme de rendu que de piqué de l’image. What else ? À partir de là, la messe est dite. Le reste c’est du marketing, c’est du bla bla. Le pot de fleur renvoit toute sa splendeur jusque dans les moindres détails. Côté sensibilités, je shoote de 200 à 102400iso. Jusqu’à 6400iso pas un pet de grain, à 12800iso guère plus. Je précise “guère plus” car une trace de grain apparaît dans la zone de flou, mais vraiment léger. Vous pourrez juger par vous-même en regardant l’image que je vais joindre à ce compte rendu.

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La puissance de l’autofocus
La mise au point du tandem D3s et 70-200 VRII ne souffre d’aucun défaut, puisque le focus se fait de manière instantanée. Pendant mes tests j’ai utilisé les trois modes de mesure disponibles, combinés aux trois zones d’autofocus et à chaque fois l’AF réagit en temps réel. En revanche je n’ai pas utilisé le mode continu de l’AF qui consiste à faire le point sur un sujet en déplacement (mais ça va venir). La stabilisation s’avère efficace, j’ai même envie de dire redoutable d’efficacité. On se demande jusqu’où D3s équipé d’un caillou comme le 70-200 VRII peut aller, entre la capacité du boîtier à monter haut en ISO d’une part et l’aisance du zoom à stabiliser une image en conditions de prise de vue fragile. On imagine tout le profit qu’un photographe peut tirer d’un outil comme celui-là pour aller chercher de l’image dans les zones interdites : à très hautes sensibilités, à grande ouverture, la capacité de taper une image au 1/20ème sans flou repousse encore les limites du possible. J’ai vécu moi-même un moment assez intense lors de mes premiers essais en photo de concert, le 19 décembre dernier, au Vauban avec Eiffel. Nous étions plusieurs photographes et pendant le concert je percevais autour de moi le ronronnement des déclencheurs. Lorsque la lumière s’est apaisée pour devenir quasi inexistante, tous les déclencheurs se sont tus, faute de lumière. À 3200iso, sans lumière personne ne fait de miracles. En revanche, à 12800iso on peut encore grapiller quelques parcelles de lumière et ça suffit au bonheur du D3s pour accrocher une image. Et encore, ce soir-là j’ai utilisé un Sigma 24-70 2,8, car le 70-200 était resté coincé entre Paris et Brest par la neige…

D3s, one step beyond.
Pendant mes tests, je pensais à l’anecdote de Cartier-Bresson croisant un photographe équipé d’un EOS 1 et d’un gros téléobjectif (c’était Yann Arthus-Bertrand il me semble) et le taclant d’un sévère : “avec un équipement comme le vôtre, on ne fait pas de photographie“. J’imagine les réactions que ne manquera pas de provoquer un boîtier comme le D3s qui repousse encore les frontières du possible. Je lis, ici et là, des réactions pour le moins radicales. Quel pro a vraiment besoin de 12800iso ? On a tous besoin de 12800iso propres et demain (je veux dire dans un an ou deux) on sera heureux de taper à 51200iso sans grain. Avec D3s, on ressent la même émotion que lorsqu’on a découvert le numérique. C’est en cela que D3s est une étape importante dans le monde de la photographie, un pas de plus franchi au delà des limites du possibles. Nikon D3s, c’est one step beyond.

Sandra Nkaké au Vauban. Un peu plus près des étoiles…

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D’abord un mot : triomphe. C’est quoi un triomphe au Vauban ? Simple. C’est quand le public refuse de quitter la salle, après un rappel et trois titres enquillés avec une aisance sidérante. Au Vauban ça se passe comme ça, en général. Soit le public est extatique, soit l’artiste repart les pieds devant. Hier soir, pour Sandra Nkaké, c’était la première option. Elle, elle est revenue, aussi heureuse qu’incrédule avec ce sourire qui ne trompe pas et qui lui va si bien. Elle a rythmé des sons venus de nulle part, façon Nouvelle vague avec ses mains cognant sa poitrine et jouant de ses joues, un peu comme Camille. Et finalement elle s’en est plutôt bien sorti. Carton plein, donc, devant un Vauban bien rempli. Belle performance pour une artiste qui ne bénéficie d’aucune promo sur les radios ou à la télé. Qu’importe, Jacques Guérin et l’équipe de Quai Ouest, dont le flair artistique n’est plus à prouver (pour mémoire la prog de l’excellent Festival du Bout du Monde c’est eux), ont programmé, sur un coup de coeur la demoiselle venue cette fois accompagnée d’un gang de zicos pointure king size, je ne vous dis que ça. Allez ! Je ne vais pas remettre le couvert sur ma béate admiration pour cette artiste, découverte au Run ar Puñs, il y a six mois. Cette fille a un sens du groove qui déconcerte, une capacité à transformer tout ce qu’elle touche en un instant merveilleux, unique et intense. Quand elle propose sa relecture de Brassens, elle transcende le texte, s’approprie la musique, se l’accapare sans perdre un seul instant de sa gouaille, de sa verve, de sa bonne humeur.

Sandra Nkaké est une héritière, jetant un pont, quelque part entre l’Afrique et l’Europe, elle poursuit le chemin tracé par des générations de femmes qui l’ont précédée sur le chemin du groove, dans des registres aussi différents que le jazz, la soul, le funk, le rock. En la voyant évoluer sur scène, on pense immanquablement au son jazz d’une Aretha Franklin, ou plus loin encore à Joséphine Baker et aux revues canailles qui firent les beaux jours du Paris du début du siècle dernier. On pense à Grace Jones pour le côté sexy, à Lisa Kekaula du MC5 pour le son rock et brutal. Et à Tina Turner pour l’énergie physique et la flamme dans le regard. On sent que Sandra Nkaké en a sous le pied, qu’elle peut à peu près tout se permettre mais qu’elle est encore sur le registre de la réserve. Comme si elle n’osait pas laisser libre-cours à sa frénésie, lâcher la panthère (noire) qui sommeille en elle, pas encore. Cette fille est une pépite, un diamant à l’état brut et ce qui me touche autant que ce qui m’enthousiasme, c’est justement qu’on en est encore au tout début de l’histoire, au début du parcours d’une artiste attachante, simple et sincère. Qu’on savoure le privilège de la voir, aujourd’hui, au début du chemin. C’est le public qui fait d’une artiste une diva. Et hier soir, le public du Vauban a poussé Sandra Nkaké, encore un peu plus haut. Un peu plus près des étoiles…

voir les photos du concert de Sandra Nkaké au Vauban

Carnets de route. Mes nuits sans Sophie.

Il y a quelques semaines, je donnais une interview à une journaliste d’un quotidien national qui voulait m’interroger sur la thématique “photographie et éthique”. Est-ce qu’un photographe doit se plier aux exigences d’un artiste qui refuse de se laisser photographier pendant un concert ? Pour moi, ça ne fait pas l’ombre d’un doute, la réponse est oui. De toutes façons, insister, c’est risquer au mieux la mauvaise humeur, au pire le clash pendant le concert. Je me souviens du régisseur d’une artiste (dont je tairais le nom, question d’élégance à son égard) qui, un soir au Vauban, m’avait prévenu. “Tu as beau être le photographe de la maison, si tu ne t’arrêtes pas de shooter après trente minutes de concert, tu prends un risque.” Comme je m’amusais du risque que cette frêle jeune fille pouvait faire encourir à mon quintal, il ajouta : “le risque qu’elle s’arrête de chanter et qu’elle te mette minable devant tout le public !” Ah ! D’accord. Je n’ai pas insisté et je n’ai pas shooté, du tout. Je suis allé boire une limonade au bar et je me suis barré. Hier soir, j’étais au Run (ar Puñs) pour shooter Mademoiselle Hunger, dont je ne savais que peu. Première partie, Ched Hélias. Je tape quelques portraits. Puis vient Sophie Hunger, encore toute auréolée de sa réputation, entre passage à Taratata et les clés Télérama. D’ailleurs le public (qui squatte avec gourmandise les quelques places assises du Run) fleure bon Chanel numéro 5 et le Darjeeling du dimanche après midi entre amis. Enfin ! On ne va pas faire d’ostracisme sur le public Télérama qui remplit (parfois) les salles, surtout quand le nombre de clés est est à la clé. Mademoiselle Hunger, dont l’élégance teutonne lui assure de ne jamais figurer dans le top de Girls rock ! ouvre le bal dans la pénombre, avec un long chant gutural, qui semble tout droit sorti d’un traditionnel balkanique. Lights à zéro, silence de cathédrale, je me dis que ce soir, on va se marrer. Entre deux titres, je traverse le no man’s land entre la scène et le pubic, visant mon banc finalement laissé vacant, côté cour. Je hisse ma carcasse, je me retourne, je m’apprête à viser. Sophie Hunger me fusille du regard et me lance “Please, don’t !” Pour le désir ardent, elle, elle repassera. Je soutiens son regard glacial, le temps d’un bref instant et je lui réponds en souriant : “OK.” Je fais le chemin en sens inverse, je range mon boîtier dans mon sac, je prends mon manteau et je quitte la salle. En sortant, je croise mes potes du Run, du côté du bar. “Tu as déjà fini ?” Je leur explique le topo, on se marre et puis route Brest. Sur le chemin du retour, je me dis que finalement, à l’instar de Petit Gibus (celui de la Guerre des boutons), si j’aurais su, j’aurais pas venu. Alors ? Photographie et éthique. Un artiste qui ne veut pas être photographié a le droit d’être respecté. Mais le respect, Mademoiselle Hunger, ça se lit dans les deux sens. Comme le mot “non“. Il ne restera de notre rencontre qu’un ou deux clichés qui finiront dans les archives et qu’on oubliera. Drôle de rencontre, au fond, avec une artiste en développement qui s’offre déjà le luxe d’interdire les photographes pendant ses concerts. Un luxe ? Certes. Comme disait ce cher Sacha “Le luxe est une affaire d’argent. L’élégance est une question d’éducation.” Tout était dit.

Atlantique jazz festival 2009. Archie Shepp le magnifique, au Quartz.

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Il n’a pas changé, depuis octobre 2004, quand je l’avais photographié au Vauban. Ce soir, sur la grande scène du Quartz, il a la même allure bonhomme, la démarche chaloupée, le pas prudent. On dirait qu’Archie Shepp s’économise, qu’il savoure la vie, qu’il mesure chaque note qui s’évapore de son sax ou de sa clarinette. Ils sont nombreux autour de lui pour cette Phat Jam, mélange de jazz et de slam, rien que du beau linge, dont Napoléon Maddox à la beat box ou Ronnie Lynn Patterson au Fender Rhodes. Gros son, donc, rythmé derrière les fûts par le classieux Hamid Drake croisé la veille au Vauban pour un set miraculeux. Ouaip ! Ils sont nombreux sur scène, mais moi je ne vois que lui, Archie le magnifique, point d’orgue de l’Atlantique Jazz Festival dont la bannière orne la façade du mythique Hôtel Vauban entièrement rénové, juste en face du Quartz. Un concert unique, suave et velouté, entre longues tirades au sax et chant entre root et blues, que dire d’autre que magique ? Le temps ne semble pas avoir de prise sur Archie Shepp. Et encore moins sur son pur talent.

• cliché inédit : Archie Shepp au Quartz, scène nationale de Brest
voir les clichés du concert sur Cinquième nuit

Atlantique jazz festival. Bill Carrothers illumine le Vauban.

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Il est penché sur son piano et semble cherche la note ultime qui lui échappe, il cherche la note bleue comme d’autres cherchent le Saint Graal. On se dit qu’il ne la trouvera pas parce qu’elle n’existe pas. Et pourtant… Bill Carrothers extirpe des notes avec une facilité déroutante, déconcertante même, mais jamais désinvolte. Je fais remarquer à Bill, avant le concert, qu’on s’est vu il y a pile poil cinq ans et une semaine. Il s’en souvient mais a l’impression que c’était hier. Ce soir c’est en trio, pour une session magique et débridée. Les doigts de celui que Libération désignait, en toute simplicité, comme le plus grand pianiste de jazz du 21ème siècle, ces doigts-là semblent autant s’amuser sur le clavier qu’on a de fascination à écouter la partition. Et puis, ça part en live et on a l’impression que plus rien ne peut arrêter le pianiste, juste une note finale, comme un souffle, une perfection, un plaisir.

Un sourire, un clin d’oeil, autant de simplicité que de pur talent. Géant.

plus d’infos sur Atlantique jazz festival sur le site de Penn ar Jazz



Miossec à la Carène. Brest, comme à la maison.

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La Carène, salle des musiques actuelles. Mardi 20 octobre, 19:50 heure de Brest même. J’arrive dans la place, ils sont tous là. Une queue interminable, digne d’une boulangerie polonaise à l’époque du Général Jaruzelski, des gens d’ici pour voir la vedette du coin, de chez nous quoi. Dans la queue, il me semble apercevoir quelques têtes connues, venues spécialement de Ouessant et même de Molène. Les portes s’ouvrent, la longue queue s’étire en direction de la grande Carène qui va se remplir aussi sûrement qu’un ballon de rouge au comptoir du Vauban. A l’accueil de la Carène, en me remettant mon pass, la gentille demoiselle me glisse un “trois premiers titres sans flash” de circonstance. Trois premiers titres, je crois bien que c’est la première fois qu’on m’impose une restriction sur un concert de Miossec. Pas grave, on fera avec, de toutes façons ce soir, je suis naze, alors trois titres, un suppo et au lit. Première partie. Alan Corbel, de jolies chansons en anglais un peu bluesy, un brin de désespérance, une guitare en main et une voix de tête, façon Jeff Buckley. Bon feeling, on voit que le garçon en a sous le pied et qu’il se retient. On sent le talent qui suinte et on se prend à imaginer ce que ça pourrait donner, avec des zicos king size tout autour de lui. Alan Corbel, notez ce nom, on pourrait bien en reparler un de ces jours… Une petite demie-heure de set et le public est invité à faire une pause, en attendant le concert. Noir salle. Ovation, petite musique étrange façon suspense hitchcockien. Et ça dure, ça dure. Au premier rang, une dame s’impatiente. Je lui glisse “ne vous inquiétez pas, ce sont les deux ou trois premières heures qui sont longues…” Elle se marre. Et puis les zicos se pointent et je reconnais, entre autres, ce cher Robert Johnson, le guitariste dandy aussi élégant que sautillant tout droit venu de son Albion natale. [Lire plus...]

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