
“Il est comment à 24 ?” Je dois à la vérité de dire que je n’ai pas compris tout de suite la question parce que je ne suis pas un habitué de la gamme et de l’historique de Nikon, mais il se trouve qu’avant que Nikon n’ait la brillante idée de nous pondre ce zoom trans standard, la marque jaune avait commis un 24-85 qui ne donna pas en son temps, si j’ai bien compris l’histoire, toute la satisfaction qu’on est en droit d’attendre d’une optique signée Nikon. D’où cette question émanant d’un utilisateur de la marque, il est comment à 24mm ? Le bon feeling que j’avais sur cette optique, dès son lancement, était un peu comme un coup de poker. Dès l’annonce du 24-120, ma première réaction a été de me dire que Nikon est allé au bout du rêve, c’est à dire de pousser le bouchon jusqu’à 120, là où Canon avait prudemment choisi de s’arrêter à 105. Et ça, ce choix là de monter un poil de plus en focale (oui, je confirme, quinze millimètres ç’est énorme), c’est le coup de génie qui confère à cette optique une qualité qui n’a aucun équivalent sur le marché.
Donc, après m’être fait interpeller ici-même par un lecteur de Shots, j’ai tendu l’oreille (enfin l’œil je veux dire) et je suis allé taper quelques clichés, en concert, à focale 24, quasi pleine ouverture (entre f4 et f5), sur le Nikon D700 (putain de boîtier !), histoire de vérifier si un quelconque défaut apparaît à l’image, ou pas. À l’occasion du set de Dominic Sonic et des virulents détenteurs du tremplin des Jeunes Charrues 2010 The Octopus, chez moi au Cabaret Vauban, j’ai eu l’occasion de remettre le couvert avec ces putains de concerts qui sentent la bière, le vieux Rexona usagé, le t-shirt humide et l’animal, collé à la scène pour taper quelques images 100% ouakenole dans des positions acrobatiques qui ne sont plus de mon âge ma bonne dame et tout ce joyeux bordel, la poignée dans le coin, plein pot à 24mm et en fullframe s’il vous plaît. Et là, mes aïeux, croyez-le ou pas, mais j’ai vécu un bonheur, une sensation de plaisir, une ouache pas possible. Un truc, une vision, un champ d’ouverture monstrueux, le feeling retrouvé comme au bon vieux temps du F1 avec une optique FD 24. Seule différence, ici l’ouverture est à f4, ce qui ne manquera pas de faire hurler mon ami David Grimbert (entre autres) pour qui une optique au delà de f1,4 c’est une hérésie… Ici je vous parle bien de f4 et l’image renvoyée par le viseur du D700, un viseur qui n’est pas à 100% se plairont à rappeler quelques pisse-vinaigres, mais on ne peut pas tout avoir dans la vie hein ? Un viseur à 100% ET un flash intégré… Or donc, cette image-là est simplement lumineuse à souhait. Mais comment les ingénieurs de Nikon réussissent-ils à obtenir une image aussi limpide et lumineuse à f4 ? Simple. C’est le traitement des lentilles et un savoir-faire singulièrement agaçant. Et puis on ne répétera jamais assez que deux diaphs au dessus (comprendre au dessus de f2,8) c’est pas franchement gênant quand on dispose d’un reflex capable de cracher une image propre et sans grain à 6400iso, suivez mon regard embrumé de larmes. Et encore, je ne parle même pas d’une optique comme le 24-120 monté sur le D3s et son 12800iso nickel, et là, franchement, vous pouvez sortir les kleenex.
Persiste et signe. Si je devais acheter une optique chez Nikon (ce qui n’est pas actuellement le cas parce que jusqu’à preuve du contraire on ne peut pas monter du Nikkor sur un EOS), j’opterais sans l’ombre d’une hésitation pour ce petit 24-120 discret, maousse costaud et pas d’un prix rédhibitoire comme c’est parfois le cas chez Nikon, qui entre nous n’a pas la réputation de donner ses optiques à vil prix, mais en même temps c’est le prix de la qualité. Bon, bien sûr, c’est sur un reflex fullframe comme le D700 que s’exprime à la perfection tout le potentiel de ce zoom, même s’il conviendra aussi à merveille à votre D300s ou votre D7000 ou n’importe quel boîtier reflex de la gamme Nikon. Mais sa plus grande qualité sur laquelle j’insiste vraiment, c’est sa polyvalence, du grand angle au petit télé. Ce 24-120 f4 saura tout faire, il vous accompagnera partout et grâce à lui votre capteur restera à l’abri des poussières, vu que vous ne changerez jamais d’optique ! En ce moment c’est ce que je vis, au quotidien. J’embarque D700 et le 24-120 sous le bras, une carte Sandisk Extreme 32Go histoire de voir venir, je n’ai même plus besoin de sac. Le bonheur. Un dernier argument, si tant est que cette optique en ait encore vraiment besoin. En novembre, pour le banc d’essai Shots, Nikon France m’a prêté un D700 et un 24-120 f4 et vous savez quoi ? J’ai refusé de le rendre. Et ça, de vous à moi, c’est un signe qui ne trompe pas…
[EDIT] du 7 décembre 2010
• Mais comment les ingénieurs de Nikon réussissent-ils à obtenir une image aussi limpide et lumineuse à f4 ?
Quelques heures après la publication de cet article dans Shots, le hasard a voulu que j’ai un responsable technique de Nikon France au téléphone. J’ai évoqué avec lui la brillance de l’optique Nikon 24-120 en lui demandant par quel prodige Nikon avait réussi à obtenir une luminosité aussi accrue sur une optique ouvrant à f4 comparable à la luminosté d’une optique à f2,8. Réponse de Nikon France in extenso :
“En fait, depuis un peu moins d’un mois que cette nouvelle optique Nikon 24-120 f4 est disponible sur le marché, nous obtenons un retour de satisfaction très élevé de la part des photographes qui l’utilisent et beaucoup d’enthousiasme par rapport à l’aspect lumineux dont tu me parles. Il faut savoir que sur cette nouvelle gamme d’optiques à f4, qui inclut non seulement le 24-120mm mais aussi le 16-35mm, nos ingénieurs ont conçu un traitement nano cristal particulièrement élaboré sur chaque lentille qui constitue l’objectif. Il en résulte moins de pertes de lumière. C’est vrai que tous les photographes qui ont utilisé ce 24-120 sont enthousiasmés par son côté très lumineux. Et on obtient des résultats similaires avec le 16-34 f4. Finalement, le diaph de différence avec une optique f2,8 se compense avec la capacité de nos boîtiers comme le Nikon D3s à réaliser une image propre et sans grain à un nombre iso élévé.”
Précision sur le nombre d’iso élevé, j’ai testé D3s à 12800iso sans un poil de grain. Mais sans aller aussi loin, à 8 ou 10000 iso, D3s est capable de produire une image parfaite, alors le diaph de différence devient véritablement anecdotique. Demeure alors, pour les optiques à f2,8 (et supérieures) une qualité et une finesse d’arrière plan (bokeh) souvent incomparables.





200mm, ouverture maximum (f/2,8) donc profondeur de champ rikiki. Sur cette série, c’était voulu, je voulais surtout voir le rendu du détail, apprécier la qualité de l’image brute sortie capteur. Dès l’ouverture des clichés NEF brut de fonderie dans Lightroom, je suis scotché par la qualité de l’image. Visualisation à 100%, l’image est contrastée et les détails sont rendus dans les moindres détails, avec un piqué et une justesse, comment dire ? Renversantes. Le 70-200 VRII produit des images brutes de capteur d’une qualité surprenante, tant en terme de rendu que de piqué de l’image. What else ? À partir de là, la messe est dite. Le reste c’est du marketing, c’est du bla bla. Le pot de fleur renvoit toute sa splendeur jusque dans les moindres détails. Côté sensibilités, je shoote de 200 à 102400iso. Jusqu’à 6400iso pas un pet de grain, à 12800iso guère plus. Je précise “guère plus” car une trace de grain apparaît dans la zone de flou, mais vraiment léger. Vous pourrez juger par vous-même en regardant l’image que je vais joindre à ce compte rendu.












