L’école de la loose.

gare-de-sedan-sous-la-pluie-par-MG-shots-2012C’est d’une banalité navrante d’affirmer aujourd’hui, que, grâce au numérique (ou à cause de, c’est selon), l’acte photographique s’est totalement banalisé. D’ailleurs, entre nous, si je puis me permettre, c’est à mes yeux l’immense majorité de la production photographique qui s’étale au fil des jours sur les nombreux médias internet qui est d’une banalité navrante. Autrefois, je veux dire du temps de l’argentique, au siècle passé, quand il fallait payer pour faire une photo, quand l’acte photographique coûtait de l’argent, on y réfléchissait à deux fois avant d’appuyer sur le déclencheur. D’ailleurs, il y avait nettement moins de prétendants à la couronne, quand il fallait dépenser ses maigres économies dans l’achat des pellicules et du nécessaire développement, alors on était nettement moins pressé de prétendre à la succession de ce cher Henri. Et puis sont venus le numérique et, comme un bonheur n’arrive jamais seul, l’avènement d’internet. Songez donc. Non seulement tout le monde allait pouvoir faire des photos quasi gratuitement, sans débourser un kopeck, sauf pour acheter le matériel, mais on allait en plus pouvoir montrer au monde ébahi toute l’étendue de son talent et, accessoirement, de l’ego qui va avec. Que demande le peuple ? Et comme si ça ne suffisait pas, on allait en plus mettre à la disposition des photographes en herbe plein de beaux outils pour optimiser leurs clichés, voire pour les rendre un peu plus présentables. Et les fondamentaux de la photographie dans tout ça ? On verrait plus tard. Ou pas.

L’art du paraître
Le côté pervers, dans cette volonté de paraître avant de comprendre, c’est que ça ne mène nulle part. La meilleure illustration, si j’ose dire, est le développement ces dernières années de toute une gamme de bidouilles logicielles qui permettent de générer des images qui, a défaut d’avoir de véritables qualités photographiques intrinsèques (je parle de notions comme le cadrage, la gestion du mouvement, la lumière, …) permettent de donner à son auteur l’illusion d’une image qui ait de la gueule. Un exemple parfait selon moi est le phénomène Instagram, ce petit logiciel astucieux permettant de trafiquer les équilibres colorimétriques d’une image numérique et de générer une photographie qui sorte de l’ordinaire. Cerise sur le gâteau, Instagram est accessible à partir d’un smartphone et en plus, il est gratuit. D’ailleurs, mine de rien, les iPhone et autres Androïd ont pris aujourd’hui une part de marché non-négligeable sur le segment photographique. Internet est inondé de ces images fadasses qui, finalement, se ressemblent toutes plus ou moins. D’ailleurs le problème posé par ces traitements à la chaîne est bien là. Dans l’uniformité du résultat. Ils imaginent qu’ils vont être tous différents. Et au fond ils sont tous pareils.

Les effets pervers de la technologie
La technologie c’est bien, en abuser ça craint. Un exemple extrême se résume dans certaines techniques comme la photographie HDR, qui est, selon moi, une claque dans la gueule, une véritable insulte à l’art de la photographie, mais après tout chacun voit midi à sa porte, enfin ! Quand il sait lire l’heure. Plus proche et beaucoup plus répandue est l’utilisation massive (et souvent désastreuse, pour ne pas dire calamiteuse) de logiciels de post-traitement comme Lightroom. J’en vois déjà qui sont prêts à dégainer. Comprenons-nous bien, je dis et je répète que je n’ai évidemment rien contre Lightroom que j’utilise moi-même. Comme tout outil, Lightroom peut s’avérer aussi utile que désastreux lorsqu’il est mal employé, voire détourné et c’est malheureusement trop souvent le cas, avec un recours massif à ces procédures automatisées de traitement qu’on désigne sous le nom de presets. Résultat ? Comme on dit chez Kanabeach de Plouzané “All different but all together”. Toutes les images se ressemblent et c’est la caca, c’est la cata, c’est la catastrophe. Parce que, dans ces conditions, espérer le mimi, le rara, le miracle, se dire que Lightroom va compenser ton cadrage de merde, réparer ton expo hasardeuse, te rattraper le coup, voire faire croire que, te donner l’illusion d’un cliché réussi, ce que tu te goures fillette, ce que tu te goures ! Et finalement, le résultat c’est que TOUTES les photos produites suivant le schéma consistant à utiliser des presets Lightroom, toutes ces photos se ressemblent. Toutes différentes mais toutes pareilles. Vous me direz, quand on voit des clichés de ce cher Henri on sait immédiatement que c’est du Cartier-Bresson. Ben ouais ! Parce que HCB, il a un style, une patte, un cœur et un œil. Et on crie, à raison, au génie. En revanche, pour les photos fadasses passées au mixeur à la sauce presets, on se dit seulement tiens, en voilà encore un qui a (mal) utilisé Lightroom. Et ça, franchement, c’est la loose.

Faites des photos qui vous ressemblent !
J’ai souvent écrit et répété ici-même et ailleurs que selon moi, le bonheur, c’est d’obtenir une image qui soit bonne sortie de capteur. Propre, nette, cadrée aux petits oignons, avec l’expo qui va bien… Si je dois passer des plombes sur LR pour que mes clichés aient une gueule potable, nan trugarez* ! C’est là, aussi, où avoir un bon boîtier avec lequel on se sente bien, en phase, qu’on maîtrise pas trop mal, dans un contexte où, pour reprendre une expression désormais célèbre, il n’y ait pas conflit entre l’homme et la machine, est un paramètre essentiel. Avoir un bon boîtier, pour un photographe, c’est comme avoir un bon copain, c’est c’qu’il y a d’plus chouette au monde, comme dirait Miossec. Pour ma part, j’ai trouvé mon harmonie avec Nikon D3s et deux optiques qui couvrent l’essentiel de mes besoins, que demander de plus ? La bonne idée, à défaut de donner un conseil, c’est que si vous aimez faire des photos, mettez à profit cette passion pour montrer les choses, les gens tels que vous les voyez (tels que vous les aimez), en un mot dialoguez avec le monde et faites des photos qui vous ressemblent. N’imitez pas, ne tentez pas de reproduire et surtout gardez en mémoire que lorsque vous avez déclenché c’est fait, la messe est dite. Vous pourrez améliorer en post-prod mais ne comptez pas sur “après” pour faire d’une photo approximative un cliché de référence.
(*non merci.)

Last but not least. La photographie c’est un peu comme la passion, c’est une alchimie étrange, un compromis, un équilibre entre des forces divergentes que tout oppose et que la photographie, justement, dans une miraculeuse conciliation, une grâce ultime, réunit. La lumière, le mouvement, le cadre, l’image. C’est de la chimie aussi. Un truc fascinant, la révélation de la lumière qui tient pratiquement de la magie. Je ne saurais trop vous conseiller d’aller faire un tour dans ce monde-là, pour sentir les choses, dans tous les sens du terme. Vous comprendrez, vous assimilerez quelques clés indispensables sans lesquelles, finalement, on se sent un peu perdu.

• merci à Juliette Gréco, à Miossec et aux Inconnus. Et à Henri Cartier-Bresson, mon respect éternel.

• crédit photo : MG (Gare de Sedan. Instagram)

Nikon annonce son nouveau haut de gamme professionnel. Nikon D4. One step beyond.

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J’y suis allé à reculons. Pétri de certitudes, je me disais qu’avec D3s, au fond, je n’avais plus guère à attendre de Nikon qui avait réalisé selon moi le boîtier parfait. C’est donc dans cet état d’esprit, en touriste, que je me suis rendu à Paris, à l’invitation de Nikon France, pour y découvrir Nikon D4 et plus, si affinités. Mais encore une fois sans rien attendre de plus que le plaisir de retrouver mes amis de la marque jaune et de partager avec eux un Breizh Cola et force petits fours et macarons. Parce que, côté attente matériel, pour ma part, je me sentais un peu comme le joueur de poker, un brelan d’as en main, n’ayant quasiment rien à espérer, sauf peut-être le miracle de l’as manquant. Non. Paris, me voilà. De bonne humeur (qui a dit pour une fois ?) et servi, comme au poker.

Confortablement installé dans une petite salle de conférence aux fauteuils en cuir bleus, je remarque dans le fond de la salle que la retransmission de la conf est assurée en live et à la prise de vue s’y collent trois boîtiers que je ne connais pas. Gonflé de la part de Nikon d’utiliser des boîtiers de pré-série pour diffuser le live, il faut vraiment que la marque ait une ineffable confiance dans son matériel. Elle peut et tout ce qui va suivre va lui donner raison. Après le chapitre sur les chiffres, toujours un peu barbant mais étape obligée, on en arrive à la présentation de l’engin et une liste de specs qui, par rapport à D3s, peut se résumer en un seul mot. Plus.

Nikon D4. Plus haut, plus loin, plus fort, plus vite.
Trois slides après le début de la présentation des specs de D4 j’ai déjà envie de me lever et d’aller en prendre un en mains en disant aux gens de Nikon “ça va, j’ai compris, n’en jetez plus !” Comment résumer D4 ? Disons pour faire court que c’est comme un D3s, mais en mieux. Par où commencer ? Peut-être par des points qui peuvent sembler inutile quand on n’y a pas accès et qui vont s’avérer indispensables quand ils vont être disponibles. Un exemple, l’ergonomie. D4 a été pensé pour que la prise en mains soit confortable, quel que soit le mode de prise de vue, paysage ou portrait. La préhension du boîtier, le positionnement des commandes est identique en paysage ou en portrait. Ensuite, D4 intègre un mini joystick de sélection rapide du collimateur, comme sur EOS ? Oui, comme sur EOS. Si vous avez comme moi l’habitude de sélectionner manuellement votre collimateur, vous imaginez aisément la pertinence d’un tel outil. Pertinent aussi, c’est rien de le dire, le rétro-éclairage des boutons de la face arrière. Et comme à chaque fois qu’on est face à une excellente idée, on se gratte la tête et on se dit : “Dieu me tripotte, mais pourquoi personne n’a jamais pensé à un truc pareil avant ?” Même la molette de sélection de gauche dispose d’une petite langue qui illumine les cadences de prise de vue. Un membre de Nikon Pro me regarde, un soupçon ironique et lâche avec malice :”pour le gars qui a l’habitude de shooter dans des ambiances un peu sombres, c’est très pratique le rétro éclairage, non ?” C’est cela oui, c’est cela. Je vous passe quelques détails éminemment utiles comme les sélections des modes AF qui s’opèrent désormais dans le viseur. Plus confortable, plus rapide. Plus aussi le capteur 16mp, parce que 16 c’est mieux que 12, quoiqu’on en dise, même si 12 c’est suffisant. 16 mégapixels, c’est une taille quasi idéale pour un reflex pro, produisant des images de très haute qualité tout en conservant une taille de stockage raisonnable. Ensuite (tenez-vous bien), deux accélérations particulièrement musclées. D’abord la sensibilité qui passe le mur du son à plus de 200Kiso. Vous avez bien lu, 204800iso avec un mode natif à 100iso. Là, je tempère un peu. Mon D3s monte à plus de 100Kiso et je ne bosse que rarement au delà de 3200iso, seuil au delà duquel je commence à percevoir un poil de bruit. J’imagine qu’avec D4, le seuil de perception passerait à 6400iso sans bruit et 12800 jouable. Et puis il y a l’autofocus, éternelle problématique de la photographie moderne et là, selon Nikon, les avancées sont patentes, avec un autofocus encore plus performant dans les basses lumières. Quand on connaît D3s, sa capacité à accrocher le focus dans des conditions de lumière improbables, les avancées promises avec le D4 laissent rêveur ! Le reste peut sembler presque accessoire et ne l’est pas. Le fait de conserver 11 collimateurs actifs même au delà de f5,6 va laisser plus d’un photographe pantois. Un D4, un 200-400 f4 boosté par un TC20-EIII et en avant la musique ! On shoote à 400-800 à f8 tout en conservant le bénéfice d’un autofocus parfaitement fonctionnel. Alleluïa ! Je ne vous parle pas du nouveau système Expeed 3 embarqué qui rend toutes ces choses possibles, comme de déclencher à 10vps avec l’AF et les fonctions de traitement d’image comme le Active D-lighting. Et là vous me dites ? N’en jetez plus ! D’accord. Abordons maintenant le sujet qui fâche. La vidéo.

Nikon D4. Désormais à armes égales sur le terrain de la vidéo.
La vidéo est un axe prioritaire. Je me souviens d’avoir entendu ce propos du côté de chez Nikon dans les allées du salon de la photo il y a trois ans. Impossible pour Nikon de laisser le champ libre à son principal concurrent sur un segment de marché en plein développement. Il fallait que Nikon réagisse, ça avait déjà été fait sur la gamme expert (je pense au D7000) on n’imaginait pas Nikon ratant la marche sur sa gamme pro. Avec D4, on peut affirmer sans ambages que Nikon comble définitivement le fossé qui le séparait jusqu’à présent de la marque rouge, avec une gamme de spécifications vidéo qui vont combler les utilisateurs les plus exigeants. Prise de vue en full HD 1080p, 24, 25 ou 30 images seconde (et même à 60 en 720p), son stéréo, monitoring, … Seule contrainte, la durée d’enregistrement est limitée sur une carte à un peu moins de 30 minutes, mais avec D4 on peut aussi filmer… sans carte. Le flux vidéo full HD non compressé peut être récupéré via la sortie HDMI par un enregistreur externe avec un niveau de qualité extrêmement élevé. En plus Nikon D4 offre trois formats de capture possibles. Format FX (plein format), format DX (1,5) et un nouveau format 2,7. D4 intègre même un fonction time lapse native qui enregistre les images directement au format vidéo. Nikon avait à cœur de combler l’écart qui le séparait de la boutique d’en face. Ça c’est fait. Le film “Why ?” réalisé en D4 et montré à l’issue de la présentation illustre à la perfection les capacités du nouveau haut de gamme Nikon, qui, pour l’anecdote, pèse 60 grammes de moins que mon D3s, c’est pas grand chose mais merci quand même d’y avoir pensé.

D4 en mains. Tu sens la puissance ?
Difficile de donner un ressenti après avoir eu Nikon D4 entre les mains pendant une dizaine de minutes. La nouvelle ergonomie est une totale réussite, la prise en main de ce reflex est aisé, tous semble facile, très intuitif. Une mention spéciale au joystick des collimateurs, au rétro-éclairage du back office, aux commandes directement dans le viseur. Il n’y avait rien que je n’aimais dans mon D3s, maintenant que j’ai son successeur je me dis que décidément la perfection est toujours perfectible. Nikon pousse encore le niveau de perfection de son AF. Avec D4 on accède à encore plus d’images, dans des conditions de lumière encore plus délétères, avec un AF en suivi 3D optimisé pour les sujets de petite taille. Côté stockage, le choix du support en surprendra plus d’un, puisque D4 propose un logement CF et un second logement au nouveau format XQD, l’occasion pour Nikon de permettre aux photographes de pérenniser les investissements passés, tout en embrayant vers ce qui va probablement devenir le prochain standard. Un choix à la croisée des chemins, en quelques sorte. Surprenante aussi la technologie du nouveau module (optionnel) Wifi qui autorise le contrôle distant du reflex en http via un ordinateur, un smartphone, une tablette. Possible également le transfert des images vers un ordinateur voire un serveur FTP ou le déclenchement simultané de dix reflex embarquant le module WT5. Autre subtilité, Nikon D4 embarque une prise ethernet pour transférer les images à une vitesse subsonique ! What else ? Un reflex garanti à 400000 déclenchements et il y a même une fonction HDR intégrée pour les amateurs du genre…

Nikon D4. L’héritier.
Je suis venu à reculons, mon brelan d’as en tête. Je n’ai pas eu de Breizh Cola mais j’ai eu les macarons et l’enthousiasme de l’équipe Nikon, pas peu fière de présenter ce qui est désormais le nouveau fleuron de la marque. C’est la vie. Tu arrives à une table de poker, persuadé d’être servi, avec ton brelan d’as tu te sens quasiment invincible. Jusqu’à ce que le type d’en face, avec son petit polo noir et le logo Nikon brodé en blanc te sorte sa quinte flush, mais avec le sourire. Moment de solitude. Nikon D4 donne furieusement envie d’aller chercher de l’image, encore. Plus vite, plus faut, plus fort. On se dit que les photographes vont adorer utiliser cet outil ultime, en photographie sportive (aux J.O. de Londres 2012), en photographe animalière, entre autres. Je suis sans limite. Nikon D4 annonce la couleur, place la barre tout en haut, au sommet du monde du reflex numérique. Il est le nouveau maillon fort d’une chaîne. Il est l’as manquant. Et surtout, il est le digne héritier d’une famille. D’une marque flamboyante qui n’a décidément pas fini de m’étonner.

Nikon D4. Disponible à partir du 16 février au prix conseillé de 5799€.

Pré-commandes sur le site Nikon Pro.

photo : Guillaume Cuvillier (Nikon Espace Pro) présente Nikon D4 et le nouveau 85mm f1,8.

Un an avec Nikon D3s. Deux ou trois choses que je sais de lui.

florent-marchet-au-vauban-23-novembre-2011Un an. C’est court dans la vie d’un photographe mais c’est largement suffisant pour savoir. D’ailleurs, avec lui, j’ai su tout de suite, dès que je l’ai tenu en mains, j’ai su. C’était il y a un an, pile poil. Malgré son poids d’éléphant (on y reviendra), j’ai senti que j’avais entre les mains LE reflex numérique que je cherchais depuis tant d’années. Un genre d’alliance ultime entre l’aboutissement d’années de recherches de Nikon corp. visant à créer un DSLR capable d’aller capter une image nette dans des conditions de lumières limites d’un côté. Et de l’autre un photographe tor penn*, éternel insatisfait, infatigable explorateur du plus grand mystère de sa vie, la lumière. Au salon de la photo, alors que je sortais d’une séparation houleuse, voire chaotique d’avec Canon, nos chemins s’étaient croisés chez Nikon France. Ah ! Nikon. C’était franchement pas ma tasse thé, Nikon. De toutes façons, j’étais tellement accro aux optiques Canon, au fameux “velouté”, à cette façon irrésistible de transcrire les couleurs, que je ne me voyais pas un instant quitter la maison rouge. Et puis voilà, il y eut l’ours de Vincent (Munier), la présentation en catimini, la litanie des experts marketing cravatés et puis, enfin, la rencontre, la découverte, la première prise en main de ce boîtier dont je pensais à l’époque (et j’en reste convaincu) qu’il marquerait un tournant dans l’histoire de la photographie numérique. Le premier boîtier à avoir franchi la barre symbolique des 100.000 iso, un truc de fou, un concept renversant. Finalement, avec le recul, j’ai réalisé que cet argument choc, cette astuce marketing était surtout là pour marquer les esprits, de manière durable. Et entre nous, ça a plutôt bien fonctionné… Mais la puissance de de ce reflex numérique comme sa pertinence sont ailleurs. Dans la continuité de ce qui a fait le succès de la marque jaune sur le marché du reflex numérique depuis l’avènement du D1 en 1999. Dans cette volonté de pointer vers un seul objectif. Apporter aux photographes l’outil parfait. Une réponse de Nikon qui tient en deux lettres et un chiffre. D3s.
(*casse-tête en breton)

Un bon reflex fait ce qu’on lui dit de faire.
Mais revenons à moi, parce que, entre nous, même si c’est d’une banalité navrante, il faut bien le redire : aussi vrai que l’argent ne fait pas le bonheur, ce n’est pas le reflex qui fait le photographe, certes non. L’argent ne fait pas le bonheur, mais comme disait feu mon grand-père mieux vaut être riche et bien portant que pauvre et malade. En photo, c’est pareil. Sauf que vous aurez beau avoir le boîtier super énième mode, si vous avez un regard de merde votre boîtier ne vous sera d’aucun secours. Banalité navrante, je vous dis. Bref. Mon truc à moi, c’est la photo de scène, j’ai même envie de dire de petite scène, l’un des genres photographiques techniquement les plus emmerdants qui soient, les plus contraignants aussi. Je fais aussi du packshot et je peux photographier à peu près tout et n’importe quoi du moment que ça paye les factures. Mais à chaque fois, les contraintes sont les mêmes. D’abord, je veux que mon reflex me suive. Conditions de lumières difficiles, il doit me suivre là où je vais. C’est en particulier vrai pour l’autofocus qui doit réagir au quart de poil, accrocher un point de netteté avec un zeste de lumière. Je bosse toujours en mode manuel, c’est comme ça, je ne sais pas faire autrement. J’ai besoin d’avoir le contrôle, de sentir que c’est moi qui décide. Idem pour l’autofocus. Je n’utilise jamais le mode suivi, je sélectionne manuellement mon collimateur, c’est contraignant mais c’est comme ça. À grande ouverture, quand la chaussure gauche est nette, la chaussure droite est dans le bokeh. Ça, c’est pour la prise de vue en concert. En packshot, c’est différent, moins de contrainte de lumière mais le placement des produits, la mise en scène sont autant de paramètres délicats. Mais quelque soient les conditions de prise de vue, il y a un chapitre où je ne veux pas, plus exactement où je ne peux pas me permettre de passer des heures de taff, c’est le post-traitement. Finalement, c’est pas à la prise de vue qu’on sait si on a en mains un bon reflex. C’est après. Et c’est là où Nikon D3s révèle toute sa pertinence, où il déploie toute sa puissance.

Nikon D3s. L’image est bonne. Tout de suite.
Parce qu’avec D3s, l’image est bonne et elle est bonne tout de suite. C’est quoi le bonheur avec D3s ? C’est de pouvoir cliquer dans le bouton exporter de Lightroom et rien d’autre. Pour moi, ça c’est du bon boulot. Et là vous me dites ? Dans ce cas là, pourquoi ne pas travailler directement au format jpeg plutôt qu’en RAW ? En fait le format RAW c’est une drogue dure, quand on y a touché, quand on sait à quel point ce format peut éventuellement vous sauver la mise, on n’envisage plus de shooter autrement. Mais vous avez raison ! D’ailleurs de nombreux photographes de presse qui utilisent Nikon D3s (comme les photographes de l’AFP par exemple) travaillent pour beaucoup directement en jpeg. C’est d’ailleurs ce qui me plait avec D3s, ce sentiment de confiance, d’adéquation, d’harmonie entre un boîtier, un bras, un œil et un cœur, comme disait ce cher Henri. Le bras, parlons-en. Car c’est le seul sujet qui fâche, avec D3s : son poids de mammouth ! Ah ! Mazette ! Qu’il est lourd à porter, le bougre. J’ai adapté une sangle Optech en lieu et place de la courroie d’origine, une sangle qui présente l’avantage d’être au besoin déclipsable, pratique quand je fais du produit. D’autant que côté optiques, à part le petit Nikkor 50mm f1,4 (que j’utilise rarement), j’embarque Nikkor 24-120mm f4, magnifiquement polyvalent, lumineux et réactif comme un f2,8, une optique qui sait tout faire avec une plage focale de rêve et bien sûr le définitif zoom trans-standard Nikkor 70-200mm f2,8 VRII qui a réussi l’exploit hallucinant de me faire oublier mon cher EF 70-200 2,8L IS et c’est pas peu dire. Nikon D3s et 70-200 accusent à la pesée 3134 grammes (avec deux cartes CF et une sangle Optech) et je vous garantis qu’à l’issue d’une séance mes bras en conservent le souvenir pendant un petit moment. C’est le prix à payer pour avoir le privilège de travailler avec un tandem d’exception.

D3s. Rien à déclarer, à part du plaisir.
Car finalement, le résultat est là. Si je mets de côté son poids, inhérent aux matériaux et aux technologies engagés dans la conception de ce boîtier, il n’y a rien, je dis bien RIEN que je puisse reprocher à Nikon D3s. Il est puissant et surtout il est polyvalent, capable de travailler dans toutes les conditions, il assure, il est capable de générer des images d’une pureté et d’un piqué irréprochables. Il y a un an, j’embarquais avec moi un D3s autant que j’embarquais à bord de la machine Nikon. On a fait un bout de route ensemble et il a toujours été là chaque fois que j’ai eu besoin de lui et il ne m’a jamais trahi. Je n’ai jamais réussi à le mettre en défaut et pourtant c’est pas faute d’avoir essayé ! Je l’ai trimballé partout dans toutes les conditions de terrain, devant des plans de feux monstrueux comme dans des conditions d’éclairage modestes, sous le soleil, dans la poussière et sous la pluie. J’ai parfois shooté en rafale à 10fps, pour voir et j’ai vu. Dans des ambiances jazzy j’ai tapé en mode Q et personne ne m’a entendu. Nikon D3s, un an après. Chaque fois que je shoote avec ce boîtier, l’émotion est intacte et le plaisir toujours renouvelé. Voilà, on y revient encore, finalement, à la notion de plaisir. Le truc vraiment important, c’est de se sentir bien, d’être en phase avec son matériel, ça n’est pas seulement vrai pour le photographe mais pour tous les corps de métiers, un musicien avec son violon, un menuisier avec ses outils, … “Il ne doit pas y avoir de confrontation entre l’homme et la machine.” Ce postulat n’est pas de moi mais je vous garantis que le gars qui m’a dit ça sait de quoi il cause. D’ailleurs, comme c’est un aussi un lecteur de Shots et l’un de ceux par la grâce de qui cette rencontre avec Nikon D3s est arrivée, j’ai une pensée pour lui, il se reconnaîtra. C’est l’occasion aussi de saluer l’équipe de Nikon Pro, toujours là quand il faut. On dit que c’est dans l’adversité qu’on reconnaît ses amis. Je confirme.

D3s. La bonne main.
Avec D3s j’ai enfin réussi à satisfaire et à caler mon éternelle quête d’exigence. Grâce à lui, le doute ne m’habite plus. Au moins, avec un D3s, quand je chie une photo, je sais que je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. Et puis, au delà de tout, j’ai trouvé un compagnon de route en qui j’ai confiance. J’ai le sentiment que la route sera longue et pleine de belles rencontres. Alors bien sûr, il y aura d’autres boîtiers, bientôt, avec des specs qui vont faire vibrer les photographes. Mais j’ai l’impression d’être comme un joueur de poker, d’être servi et d’avoir vraiment une bonne main. Je regarderai passer les annonces, bien sûr, avec beaucoup d’intérêt, peut-être et même sans doute aurai-je envie de les tester ? Mais mon boîtier de référence demeure Nikon D3s, pour quelques années au moins. Parce que, finalement, quand on a le privilège d’avoir en mains un boîtier de ce calibre, il faut savoir savourer…

Post-scriptum
Un an. Pour ce premier anniversaire, j’ai choisi de vous montrer quelques clichés réalisés avec Nikon D3s. Ici un stage portrait de Charles Gayle marquant la pose à son piano au Cabaret Vauban, là la fougue de Ari Hoenig, batteur magnifique et instinctif dans le même lieu ou Napoleon Maddox, concentré sur sa machine à sons. PJ Harvey, Yelle, The Chemical brothers au festival des Vieilles Charrues. Une même constance, la complicité avec ce putain de boîtier. Toujours prêt, toujours au rendez-vous. Franchement, entre nous, avec lui, je me suis bien marré et comme dit le Francis, c’est que le début d’accord d’accord. Voilà. On y revient toujours. Du plaisir.

Tests Nikkor 14-24mm f2,8. La passion extra large.

champagne-mumm-nikkor-14-24-par-herve-le-gall-2011Je reviens de quatre jours passés à Reims, avec quelques figures libres et un exercice imposé, le test du Nikkor 14-24mm f2,8. Comme moi, vous en avez entendu parler, vous avez peut-être eu envie un jour de vous laisser aller à l’adage de cher Oscar “le seul moyen de se délivrer de la tentation c’est d’y céder” et puis finalement, vous avez résisté, largement convaincu, tant par la réputation du caillou que par son prix qui, rappelons-le, avoisine les 1800€ selon la police, les 1600€ selon les syndicats de chez Digit Photo. Pour ma part, début août, j’avais (déjà) été subjugué par la ville de Reims, sa cathédrale illuminée, sa basilique, ses halles classées monument historique, sa rue Henri IV, sa brasserie Le Boulingrin et ses profiteroles au caramel, son réseau de transports en commun, ses tramways multicolors et son architecture bourgeoise. Un cœur de ville avec une belle respiration, un bon feeling et bien sûr le parfum du Champagne et de ses bulles délicieusement pétillantes, le tout sous le regard sévèrement burné de Madame Louise Pommery, executive women avant l’heure. Donc, début août, je savais que je reviendrais à Reims et je savais exactement ce que j’avais envie d’y shooter et pour ça, j’avais besoin d’un chaînon manquant : Nikkor 14-24mm f2,8. Un objectif radicalement amazing, comme disent les anglo-saxons. Ici, on est dans l’exploit, le caillou hors-normes, le superlatif et j’ai même envie de dire dans l’étrange, le paranormal, l’hallucinant.

Une optique exceptionnelle. À tout point de vue.
Nikon a conçu un zoom sur un range relativement court, de 14mm à 24mm, tout en conservant une parfaite luminosité avec une ouverture à f2,8. D’ailleurs, c’est le premier paramètre qui accroche l’œil dès le montage sur mon D3s. Outre le fait que dans le viseur l’image est parfaitement lumineuse, quelque soit la focale, la première impression c’est la largeur de champ et, évidemment, une profondeur de champ réduite à sa plus simple expression. Le range de 14 à 24 est tellement court que dans les premiers instants d’utilisation j’ai cru que la bague de zoom (qui m’a semblée un poil dure par ailleurs) était bloquée. Du côté du look, ce caillou c’est Monstro, dans tous les sens du terme. Pas franchement discret, l’engin, avec son énorme lentille frontale bombée et son pare soleil intégré. Ici pas question d’envisager de visser quoique ce soit, un filtre ou autre évidemment. Est-ce que le schmilblick tient dans la main ? Un peu mon cousin. Un kilo à lui seul, auquel il faut ajouter le kilo cinq du D3s, quand ces deux-là jouent de concert, il est conseillé d’avoir deux bras et une charpente. No offense, mais c’est pas du caillou de fillette que ce 14-24, quant à l’idée de le monter sur un boîtier DX n’y pensez même pas, ça reviendrait à perdre ce qui fait la véritable valeur intrinsèque de cet engin d’exception, sa fabuleuse focale de 14mm. Restait à vérifier comment ce fisheye qui ne dit pas son nom se comporte sur le terrain. Je voulais voir. J’ai vu et j’ai vu grand.

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La route du Champagne en panoramique
J’ai d’abord utilisé Nikkor 14-24 pour mon projet de clichés de l’illumination de la cathédrale de Reims. Sur le parvis, face à l’édifice, vue en contreplongée, de nuit. Nikon D3s et 14-24 montés sur un trépied Manfrotto. J’avais une petite appréhension au chapitre trépied, mais finalement l’ensemble conseillé par Digit Photo et par mon ami Vincent Montibus, Manfrotto 055XPROB et sa rotule plateau 496RC2, se sont avérés incroyablement efficaces, très solides sur jambes. Une fois en place, l’ensemble est stable, la rotule peut accueillir sans vaciller une charge de six kilos et le pied monte à près d’1,80 mètre, ce qui permet de shooter en position très confortable. Un déclencheur filaire Nikon MC30 vissé au D3s pour shooter sans toucher au déclencheur et en avant Guingamp ! J’aurai sûrement l’occasion de revenir sur cette expérience photographique hors normes dans un autre billet, mais pour faire bref, disons que les images ramenées de ce shooting sont à la hauteur de mes espérances. L’habillage de la cathédrale par les illuminations, la focale utilisée (14mm), l’angle de prise de vue en contreplongée, le boîtier Nikon D3s et ses capacités nyctalopes ont fait de ce shooting un moment que je ne suis pas prêt d’oublier. Le lendemain, j’ai eu la chance d’être guidé par Bernard Ledru, un gars du cru pur jus (de raisin) qui connait le coin comme personne, et nous avons parcouru ensemble le chemin sinueux de la route du Champagne. Sur les hauteurs, au moulin de Verzenay (propriété de la Maison G.H. Mumm et de Pernod réunis) il y avait matière pour laisser s’exprimer toute la magnificence de ce caillou, sous le ciel bleu azur de cette région splendide, avec des vignes à perte de vue et la cathédrale de Reims, dans le lointain. One shot. Mazette ! C’est sublime à f7,1 et ça reste splendide à f2,8. Pour taper du panoramique hors norme, c’est LE caillou de référence. C’est d’ailleurs là une force mais aussi une faiblesse de ce genre d’objectifs. Il faut vraiment en avoir l’utilité.

Les rares sujets qui fâchent
Puisque nous en sommes au chapitre des sujets qui fâchent, faisons le point. D’abord, la lourdeur, on n’y reviendra pas. Ensuite, l’encombrement. Attention ! Ce caillou est énorme et ne rentre pas dans tous les sacs. Je passe sur l’aspect esthétique, finalement assez accessoire, mais lorsque le caillou est monté sur le reflex, vous ne passez pas inaperçu, avec cette lentille frontale complètement démesurée… Je passe aussi sur le bouchon d’objectif qui ne tient pas et n’a pas arrêté de tomber et de se barrer dans le fond de mon sac, saleté ! Le range est très court, de 14 à 24 il n’y a vraiment qu’un pas. Bon tout cela est très subjectif. En revanche, au chapitre distorsion, à 14mm, évidemment on n’y échappe pas, même si les ingénieurs de chez Nikon ont fait (très) fort, en proposant un très grand angle qui corrige au maximum la distorsion et les aberrations chromatiques. Sur les photos panoramiques de paysage, il faut l’admettre, les résultats du Nikkor 14-24mm à 14mm sont ébouriffants, avec un piqué et une netteté remarquables. En revanche sur d’autres clichés pris en intérieur et selon l’angle de vue, la distorsion peut s’avérer importante, surtout lorsqu’on s’approche des grandes ouvertures, avec des images un peu molles sur les bords.

Nikkor 14-24 est un must. What else ?
Nikkor 14-24mm f2,8 est un must, une diva, un caillou d’exception pour des projets d’exception et des prises de vues bien spécifiques sur un boîtier fullframe. Posséder un caillou comme celui-là est incontestablement un gros plus, un indéniable avantage et en même temps son utilisation peut s’avérer très casse-gueule, car cet objectif a une signature, une personnalité très personnelle. En photo de concert par exemple, il est idéal pour faire un plan de foule de la fosse où par nature on a peu de recul, voire un plan de scène. À 14mm, l’effet peut être spectaculaire, certes. En revanche, je ne me vois pas l’utiliser à focale 14 pour faire de la photo de scène, ou alors vraiment de manière très ponctuelle. La limitation de ce genre d’objectif est bien là. Soit l’image se prête à la focale et le caillou permet de transcender l’image. On utilise alors très ponctuellement la focale extra large pour accentuer le côté spectaculaire, voire dramatique. Mais attention à l’utilisation systématique de l’effet très grand angle, on risque de tomber rapidement dans la caricature, voire dans le grotesque en utilisant les vieilles ficelles des perspectives démesurées. En résumé, soit vos projets photographiques nécessitent régulièrement un très grand angle et dans ce cas, inutile de chercher ailleurs, Nikkor 14-24mm f2,8 est fait pour vous, soit vos besoins sont ponctuels et dans ce cas le prix de ce caillou est résolument rédhibitoire. D’autant que, il faut le rappeler, Nikon propose des alternatives intéressantes et nettement moins onéreuses, dans la catégorie zoom grand angle trans-standard. Je pense en particulier au Nikkor 16-35mm f4 AF-S VR G ED dont le range est nettement plus large et sur lequel, accessoirement, on peut monter des filtres. Et si pour vous la notion de grand angle peut commencer à 24mm, je ne peux que redire ici tout le bien que je pense de Nikkor 24-120mm f4 AF-S VR G ED qui est mon caillou de prédilection sur mon D3s, un objectif au range définitivement idéal et avec lequel j’ai ramené de ma ballade rémoise des images remarquablement contrastées et piquées, comme je les affectionne. Mais, bien sûr, rien de comparable avec ce qu’on peut réaliser entre 14 et 24mm, en montant ce somptueux caillou de référence de la gamme Nikkor.

voir la fiche technique Nikkor 14-24mm f2,8 sur le site Digit Photo

• merci à ceux qui ont rendu ce test terrain possible :
au staff de Nikon France pour son soutien indéfectible et son sens de l’humour.
à l’équipe de Digit Photo, définitivement LA boutique de référence.
à Bernard et Patricia Ledru et à l’Hostellerie Henry IV pour leur accueil.
Last, but not least, merci à la ville de Reims et à Adeline Hazan. I’ll be back. Girls rock.

Festival les Vieilles Charrues 2011. Kerampuilh, c’était demain.

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On attend ce moment toute l’année et arrivé comme aujourd’hui à la veille du festival, il y a comme une douce quiétude qui a fait place à l’angoisse des semaines précédentes. Voilà. On y est. Demain je signe pour le Festival des Vieilles Charrues 2011, vingtième édition, la huitième pour moi en temps que photographe officiel. Ça, des photographes, dans les jours qui viennent, c’est pas ça qui va manquer, on va en voir partout, surtout dans le pit de la grande scène à Glenmor. Si vous voulez voir du matos, du gros, du lourd, du tatoué, c’est là qu’il faut être. Aucun doute possible, pour voir du matos photo, la fosse de Glenmor à Carhaix en juillet, c’est vachement mieux que le Salon de la Photo Porte de Versailles à Paris en octobre. À l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai pas encore ma feuille de route. Comme chaque année j’ai listé mes concerts probables et comme chaque année il me faudra réduire la toile et les ambitions qui vont avec. Les timings seront serrés, comme toujours. Par exemple, le vendredi où l’un de mes groupes chouchous, The Octopus (vainqueurs du tremplin des Jeunes Charrues l’an passé) ouvriront à Kerouac alors que mes potes brestois de Siam seront à Gwernig (ex-Cabaret breton) exactement au même moment. Pour shooter les deux, il va y avoir du sport.

Hier soir j’ai fait un check du sac, comme tous les ans. Cette année, je vais voyager beaucoup plus léger que l’an passé où j’embarquais deux boîtiers Canon, dont l’un (un excellent EOS 1D Mark IV) était en test en partenariat avec la marque rouge. Après avoir finalement décidé de switcher pour Nikon au début de cette année, c’est avec mon reflex Nikon D3s que je vais arpenter la plaine, amenant avec moi mes deux cailloux de prédilection. D’abord le fabuleux Nikkor 70-200 2,8 VRII, mon optique de référence, ensuite l’étonnant Nikkor 24-120 f4 qui ne cesse de m’époustoufler. Pouvoir couvrir les focales de 24 à 200 avec deux optiques, c’est le bonheur, non ? Et puis cette année, quand même, il fallait bien que je profite de l’événement que sont les Vieilles Charrues et du fait que Nikon France est partenaire du festival (oui, j’y suis un peu pour quelque chose et je n’en suis pas peu fier, de ce rapprochement entre mon festival et la marque jaune) pour solliciter un test grandeur nature. Pour Nikon je vais donc tester le discret doubleur de focale TC20-EIII. Un accessoire discret, léger, petit mais costaud. Grâce à lui, le 70-200 double sa focale (mais perd deux diaphs), je vais donc couvrir les focales de 24 à 400 avec deux optiques et demi.

Quoi d’autre d’essentiel dans mon sac Lowepro Topload cette année ? Pas grand chose à vrai dire. Nikon D3s embarque deux cartes Sandisk Extreme 32G et une carte 16G en secours, au cas où. Mais avec une capacité de plus de trois milles clichés (au format RAW) par jour, je ne risque pas la saturation, d’autant que cette année le mot d’ordre est “zen”. Ma bretelle Fnac pour mon pass, quelques pansements pour les pieds en cas d’ampoules, mes bouchons d’oreilles, ma sangle Optech, des lingettes Vu pour nettoyer mes optiques. Mon flash Nikon (SB900) que je n’utiliserai sans doute pas, quelques cartes de visite, une mini lampe torche Nitecore waterproof qui éclaire mieux qu’une énorme Maglite et qui tient dans ma poche. Last, but not least, mon médiator fétiche, qui m’accompagne à tous les concerts et qui m’avait été offert par Sammy, mon guitar hero de feu Matmatah, après un concert épique.

Zen et léger, c’est le mot d’ordre pour cette édition 2011. Je vais sans doute m’intéresser un peu plus aux festivaliers cette année, si mon planning m’en laisse le temps, profiter pour aller rencontrer des gens, parce qu’au fond, ce festival des Vieilles Charrues n’existerait pas sans son public et sans ses bénévoles non plus. J’irai voir le mythique tirer de charrue mené de main de maître par les frères Morvan, j’irai boire un verre de lait avec les jeunes agriculteurs et comme chaque année je n’aurai pas le temps de manger des patates au lard. Je sais déjà que les quatre jours qui viennent vont filer comme l’ombre et que lundi on aura tous le blues. On comptera alors les jours qui nous sépareront de la vingt et unième édition des Vieilles Charrues… Mais ça, gast ! On n’y est pas encore ! Demain c’est le début de la fête. Si vous me croisez, sur la plaine, faites-moi plaisir ! Venez me voir. Je ne vous garantis pas qu’on aura le temps de boire une Coreff ou un Breizh Cola, mais on aura sûrement le temps de faire une petite photo souvenir…

Les photographes heureux n’ont pas d’histoire.

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Vous sentez ? Non ? Non, vous ne sentez rien, évidemment. Rien d’autre que ce vieux consensus mou comme on l’aime par ici, hein ? J’ai reçu un email il y a quelques jours, d’un lecteur de Shots qui se lamentait de n’avoir plus rien à se mettre sous la dent. C’est comme ça. Quand je n’ai rien à dire, je ne dis rien. Ah ! Bien sûr, je pourrais vous la jouer “je comble les silences en attendant l’actu.” Faire comme les petits camarades blogueurs, réutiliser du flux et de préférence le flux des autres. Et hop ! Ici une petite vidéo Nikon ! Et tac ! À moi une vidéo filmée façon tilt-shift avec un 5D Mark II (mes préférées). Ça ne coûte pas un rond, ça rapporte du lectorat et des gwennegs*. Sauf qu’ici, à Shots, c’est pas le genre de la maison. Je n’ai pas non plus envie d’attirer le chaland sur des mots-clés juteux. Catastrophe nucléaire, Fukushima, Tchernobyl, nuage radioactif. Je trouve indécent (et là je pèse mes mots) d’oser la ramener sur un sujet aussi périlleux. J’ai juste une pensée pour les gens de la région de Sendaï, ceux qui bossent du matin au soir dans les usines de Nikon pour produire des boîtiers reflex qui relayent des images sur la planète entière. Juste un peu de compassion et une bonne dose d’espoir. Mais ne comptez pas sur moi pour en parler. Devant l’ampleur d’une telle tragédie, on peut juste se taire, prier pour ceux qui y croient, attendre pour les autres.

Il ne se passe rien, côté actu photo. Le temps semble s’être figé comme un bloc de béton au dessus d’une centrale nucléaire fissurée par un tsunami. Alors que le Japon panse ses plaies tant bien que mal et compte ses morts, il serait notoirement indélicat de se demander si Nikon, Canon et consorts envisagent le lancement de telle ou telle nouveauté. J’ai l’impression qu’en ce moment tout le monde s’en fout (et moi le premier). Les consciences sont ailleurs, tournées vers le désespoir. Ceci explique peut-être celà. Je me suis réveillé ce matin avec une migraine d’enfer et un moral chancelant. Et pourtant, vu de ma fenêtre, il fait un temps sublime sur Brest (et je t’emmerde Barbara). Pas un pet de vent sur la plus belle rade du monde, juste un temps à aller se balader au petit Minou pour faire quelques shoots de longboarders et de filles en jupes de printemps. Mais non. L’humeur de chien reprend le dessus. Je me connais, il faudra du temps. Mais pour le moment, plus envie.

On vous a habitué, tous autant que vous êtes, à une certaine logique de pensée. “On” c’est les médias et en particulier la presse spécialisée. Je fais bien sûr référence à mon feedback sur Nikon D3s. Dans les écoles de journalisme, on a appris aux gratteux en herbe qu’un bon papier c’est de ne surtout pas dire que du bien ou l’inverse. Non, non, non. Un bon papier se doit d’être comme un bon petit déjeuner. Équilibré. Quitte à aller chercher le petit détail dont tout le monde se fout, mais un banc d’essai ne saurait encenser un matériel, au risque de te faire passer pour un soutien de la marque. Voilà, tout est dit. Seulement, voilà, moi, je ne suis pas journaliste, je suis photographe. La première fois que j’ai eu un Nikon D3s entre les mains, j’ai su. Quelques semaines plus tard, il était avec moi sur le terrain. Depuis, il ne me quitte plus. D3s et moi, on s’est trouvé. Un peu comme quand, il y a quelques années, j’avais rencontré Canon EOS 3. Ce merveilleux sentiment d’invincibilité, cette sensation de cohésion, d’entente parfaite, d’harmonie entre le cœur, l’œil et une machine. Le relais de l’âme. Et puis, il y a les images, le résultat, le sentiment du devoir accompli, du travail bien fait. Le reste, je le répète, c’est du bla-bla. De la rhétorique de journaliste, voire de blogueur. Il paraît qu’on n’est pas crédible quand on ne dit que du bien d’un produit ? Qu’on peut vous suspecter d’être à la solde de la marque, ce qui ne manque pas de piment, dans mon cas, après les quelques années passées à travailler avec du matériel Canon. Du bla-bla. Encore une fois, l’important c’est de trouver chaussure à son pied et accessoirement de le prendre (son pied). Le reste existe au moins aussi peu que les quelques anonymes qui pissent froid à mon sujet, au détour de forums improbables. Leur seul problème, justement, c’est d’être et de demeurer ce qu’ils sont. Anonymes. De ne pas exister. Car dans ce milieu, il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. Exister ! La belle affaire…

Bon alors ? Vous sentez ou quoi ? Non, rien de rien. Il ne se passe rien. Nikon a d’autres préoccupations, pour l’heure, que d’annoncer un successeur à D700 et comme Canon attend que l’épicerie d’en face se bouge pour annoncer à son tour un successeur à son 5D Mark II, je pense qu’on peut être patient. Malgré tout, il y a quelques veinards et figurez-vous que j’en fait partie et rien que ça, ça efface ma migraine et mon mauvais poil. Oui, il y a des gens qui profitent du soleil pour mettre le nez dehors, pour aller faire quelques petites photos, en embarquant sous leur bras un bon boîtier avec lequel ils sont en phase. Pas quoi révolutionner la Sardaigne mais suffisamment pour être heureux. Moi, j’ai ce privilège incroyable et ce coup de bol insensé d’avoir croisé le chemin du reflex parfait. Enfin, presque parfait, comme dirait un journaliste. On dit souvent que les gens heureux n’ont pas d’histoire. Pour les photographes c’est encore plus vrai.

(*gwennegs : des sous en breton)

• photo : Alain Bashung, festival les Vieilles Charrues 2004 (Canon EOS 3)

Nikon D3s. C’est pas parce qu’on n’a rien à dire…

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Dingue. Dix jours que j’ai pas écrit un mot. Dix jours que, finalement, je n’ai RIEN à dire. Je reçois des emails de protestation de lecteurs de Shots. Ben alors ? Depuis que tu as un D3s t’as plus rien à dire, Harvey ? Eh bien t’es pas tombé loin mon ami… Bon, bien sûr, je pourrais faire comme un paquet de blogueurs, avec la vieille recette du pompage de billets. Savez-vous que d’après machin, Canon s’apprêterait à sortir un boîtier de 42 millions de pixels avec génération automatique de flux vidéos en format RAW natif ? Si, si, c’est ma belle-sœur qui lit régulièrement un site de rumeurs qui me l’a dit. Non franchement, pomper du flux pour soigner mon ego et enrichir mon flux RSS ? Pas pour moi. De toutes façons, mon ego, aussi rikiki soit-il, se porte bien sans relayer toutes les conneries du net. De vous à moi, je lis très peu les blogs, surtout les blogs de photographes. Un photographe c’est là pour faire des photos, pas pour écrire du bla-bla, à quelques très rares exceptions prêts, suivez mon regard. À l’affirmation “j’aime beaucoup ce que vous faites, Monsieur Le Gall !” toujours éviter de répondre “oui j’aime aussi beaucoup ce que je fais” ça ne passe pas. Bon, où en étais-je ? Ah oui c’est ça. Vous avez raison, chers lecteurs et lectrices assidûs de Shots, ça fait une petite dizaine de jours que je n’ai pas écrit le moindre mot, enfin ici je veux dire. Ici, parce que ma vie ne se résume pas à Shots, quand même. J’ai aussi une vie en dehors de ce blog et même une vie sociale. Je ne suis pas un geek enfoui dans sa tanière devant son iMac à traquer la moindre émotion nouvelle et technologique. D’ailleurs entre nous, côté émotions et technologies photographiques, c’est plutôt demi-molle comme on dit du côté du Vauban, à Brest même. Beau temps, mer belle et calme, l’electro-encéphalogramme de l’actualité photographique est proche de zéro. On attendait un petit signe du côté de Canon ou de Nikon au CES et finalement rien, nibbe, niante. Donc on fera comme tous les ans, hein ? On attendra sagement la prochaine manif’ planétaire, je crois que c’est en février. Les sites de rumeurs feront du flux et seront relayés par des blogueurs qui n’ont toujours rien à dire. Et ne vous en faites pas. Si en février il n’y a rien, on vous donnera rendez-vous en juin puis en septembre à la Photokina. Vous voulez mon avis ? Pas vraiment sûr que quiconque annonce quoique ce soit avant l’été. Et je vais vous dire franchement. Personnellement, je m’en tamponne.

Dix jours et pas un mot. Je vous ai dit que j’ai acheté un Nikon D3s ? Oui, bien sûr que je vous l’ai dit. Je l’ai reçu il y a dix jours. Un D3s avec un 70-200 2,8 VRII et ce fameux Nikkor 24-120 f4. Et justement ce matin j’ai reçu mon flash SB 900. Bon, le flash pour un photographe de concert, c’est comme le parapluie au Sahara, pas vraiment le genre d’accessoire très utile et même carrément honni, interdit, dont l’utilisation est prohibée. Mais en dehors de la scène, pour “déboucher les ombres” comme disait je ne sais plus quel photographe qui avait sans doute envie de se la péter, en éclairage d’appoint, un flash c’est quand même drôlement utile. Je vais beaucoup bosser là-dessus, dans les mois qui viennent. La gestion de la lumière, ça me fascine. Les photographes de concerts et d’une manière générale de spectacles, de reportages, utilisent souvent la lumière qu’on leur sert, avec plus ou moins de bonheur. Avec le flash, un ou plusieurs asservis et déportés, il y a des zones d’ombres à explorer, si j’ose dire. Bref, dix jours avec D3s et je n’ai rien à dire. RIEN. Je suis apaisé, en fait. Ce boîtier, je l’ai en main, je le sens bien. Chaque fois que j’ai shooté avec D3s en concert (Eiffel en décembre 2009 puis -M- en concert privé en décembre dernier) je pensais à une scène de l’excellent dessin animé “Kuzco” de Disney, lorsque Isma la vilaine interpelle Kronk le serviteur un peu décoiffé du bulbe en lui disant : “Tu sens la puissance Kronk ?” Voilà ça fait ça, en fait, d’avoir un D3s en main. C’est sentir la puissance au bout de son bras. On oublie vite le seul défaut du D3s, son poids, surtout quand il héberge le fabuleux Nikkor 70-200. Ministère de l’homme. Vous en avez, nous aussi. Que dire de D3s ? J’entends par là, est-ce que je pourrais balancer une saleté sur ce boîtier reflex numérique ? Est-ce qu’à un moment donné je l’ai pris en défaut ? Je pourrais peut-être évoquer que 12mp c’est pas terrible par rapport à 16 (et encore moins par rapport à 21 ou à 24), qu’avec ça je peux pas faire un agrandissement au delà de 30 par 40 ? C’est une blague tout ça. À un moment donné, il faut savoir se taire, accepter les évidences. Ce boîtier est au dessus du lot. Je ne connais pas un photographe professionnel sérieux, je veux dire un photographe de terrain, qui prétendra le contraire.
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Non il n’y a rien à dire sur D3s ou plus précisément, il n’y a rien à redire sur ce boîtier. Comptez sur moi. Si je trouve le moindre truc qui m’agace, je ne serai pas le dernier à en parler, mais pour le moment, la vue est dégagée, comme le soleil qui darde sur Brest ces jours-ci. D’ailleurs, dès que l’occasion se présente, j’embarque mon boîtier avec moi, histoire de lui faire prendre l’air et découvrir la Bretagne (que les japonais adorent, par ailleurs). En concert, sa capacité (que j’ai largement évoquée ici-même) à accrocher le point dans des conditions de lumière désastreuses ne finit pas de m’étonner. C’est net même quand il n’y a pas de lumière. Bizarrement, j’évite de monter au delà de 6400iso, je ne sais pas pourquoi ou plutôt si, je sais. C’est une forme de pudeur en fait, comme si une petite voix me disait qu’à 12800iso l’aventure est trop facile. Bon, soyons honnête. À 6400iso, il y aura toujours plus de grain qu’à 1600, voire 800iso. Et là j’entends des voix interloquées “Quoi ? Il y a du grain à 6400iso sur un D3s ?” Il y a un léger grain, oui, mais vraiment léger, comparé au grain de malade sur certains autres boîtiers, pas la peine de vous faire un dessin. Bon, sinon le reste, tout le reste est du même calibre. Les optiques quant à elles sont solides, rien à dire sur le 70-200 f2,8 qui suit le boîtier dans toutes les conditions, une mention spéciale (je ne me lasse pas de le répéter) au 24-120 f4. Cette optique trans-standard est aussi lumineuse qu’un caillou qui ouvre à f2,8 grâce au traitement nanocristal appliqué à chaque lentille. Une optique légère, pas trop chère, une plage focale idéale grand angle, petit zoom. Seul léger travers constaté (ah ! Quand même !), un léger vignettage à 24mm et à pleine ouverture, même si pour ma part j’aime bien cet effet un peu vintage, old style sur des clichés en noir et blanc. Il faudra quand même que je teste le Nikkor 14-24 f2,8 un de ces jours, mais j’attends d’abord d’avoir vraiment fait le tour complet du propriétaire et rien qu’avec le D3s il y a de quoi explorer.

C’est pas parce qu’on n’a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule, disait ce cher Michel Audiard avec la pointe d’ironie qui caractérisait son style inimitable. Dix jours sans rien écrire sur Shots et pendant ce temps, j’ai fait mentir Audiard. J’ai shooté quelques sets, dont Nolwenn Korbell Trio au Vauban, qui m’a bien scotché. Des concerts magnifiques se profilent dans les semaines qui viennent. Je vais être de retour sur le terrain, des contrées sauvages et splendides comme le Cabaret Vauban ou le Run ar Puñs, où les lumières se captent avec parcimonie et délicatesse ou encore à la Carène et son plan de feux dantesque. Dans tous les cas je sens que mon nouvel ami va se sentir à l’aise et qu’ensemble nous allons aller chercher de l’image, tout au bout de la nuit.

• photos : Nolwenn Korbell, Jean-Christophe Boccou (Nolwenn Korbell Trio). Cabaret Vauban, Brest janvier 2011 (Nikon D3s + Nikkor 70-200 2,8 VRII, 6400iso f3,2 1/250e).

Un bout de chemin avec Nikon.

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Voilà. Tout est dans le titre. Après mûre réflexion (doux euphémisme), une réflexion entamée sur un échec, le premier en plus de trente années passées à shooter avec du matériel Canon, j’ai décidé d’aller voir, pour reprendre une expression courante, si l’herbe est plus verte dans le pré d’en face. Ceux qui me connaissent bien savent que cette décision a été extrêmement difficile à prendre tant le lien, les habitudes culturelles, le feeling entretenu avec Canon sont profondément ancrés en moi. Mais il arrive un moment où il faut regarder la vérité en face, mettre de côté l’affectif qui nous trouble la vue et fausse nos jugements. Il arrive un moment où on ne se sent plus à l’aise dans son travail au quotidien, un moment où le matériel ne vous suit plus. Et au fond, que demande un photographe à son matériel ? Que demande-t-on à son boîtier ? C’est simple. Qu’il fasse ce qu’on lui demande de faire. Qu’il me suive, jusqu’au bout de mes envies, même si mes envies sont incohérentes. Quand j’ai un reflex en main, je suis comme un patron pêcheur du Guilvinec, comme le gars du Conquet qui part le matin pêcher du bar du côté des déferlantes de la pointe du Raz. C’est moi le patron à bord, le seul maître après Dieu. Si je décide d’être sous-ex, d’aller chercher de l’image là où il y a zéro lumière, c’est comme taper une vague de face. J’en prendrai peut-être plein la gueule mais c’est parce que je l’aurai choisi. Ce que je demande à mon outil, c’est qu’il me suive. C’est pour ça que je ne bosse qu’en mode manuel et que, lorsque les lumières sont quasi nulles je déverrouille l’autofocus. Mais nom de Dieu, je veux que mon matos me suive. Est-ce que je suis une exception ? Pensez-vous ! Depuis que Shots existe, si j’ai reçu quelques messages d’insultes (oui, c’est fou comme la passion de certains amateurs peut aller jusqu’à la déraison), j’ai aussi croisé des photographes professionnels qui étaient en phase avec ma façon de voir, pour une raison toute simple. Parce que notre préoccupation est la même. Quand je couvre un concert, quand un reporter couvre un drame humain, quand un photographe de mariage réalise des photos d’un couple, quand un photographe sportif shoote une rencontre de foot, quand un photographe underwater croise une murène, quand un photographe couvre le défilé du 14 juillet sous la pluie, … Le paramètre de l’erreur technique n’est pas admis et plus que jamais le boîtier reflex porte bien son nom. Muse en concert, le match de foot, le mariage, les crocs de la murène, le défilé du 14 juillet sous la pluie, ces instants-là sont uniques. De deux choses l’une. C’est dans la boîte. Ou pas.

Pourquoi j’ai choisi Nikon D3s ?
À question simple, réponse simple. Parce que Nikon D3s est le meilleur boîtier reflex professionnel numérique du marché. Pour être un peu radical, faire taire ceux qui seraient tenter de contester cet état de fait, j’ai envie de leur dire que si vous ne pensez pas que D3s est ce qu’il est, en clair le meilleur reflex actuellement disponible, c’est que vous ne l’avez jamais eu en main, tout simplement. J’ai testé Nikon D3s à deux reprises. D’abord fin 2009, à sa sortie. Au salon de la photo, j’avais approché le boîtier et déjà j’avais été impressionné par son design, son ergonomie, à tel point que j’avais lancé en blaguant que ce boîtier avait été conçu par Nikon pour un mec comme moi et que tiens, à Noël, je testerai bien l’engin, sur mon terrain. Et le staff Nikon avait répondu “Chiche !” C’est comme ça que j’en suis arrivé à tester D3s, sa capacité à monter haut, très haut, en iso. D’ailleurs, souvenez-vous du comparatif sur la gestion des hautes sensibilités de D3s et du 1D Mark IV, publié ici-même sur Shots… Avec le recul, je me dis que finalement je n’aurais jamais dû mettre en avant la supériorité de D3s sur ce point précis. Simplement parce que la gestion des hauts iso était un argument décisif souhaité par la direction de Nikon alors que ça n’était pas du tout une priorité pour Canon. Un an a passé. Un an durant lequel j’ai pu tester l’excellent 1D Mark IV, dont j’ai écrit ici qu’il est capable de flamboyance, surtout avec de la lumière. J’avais été agacé par les propos tenus par Rob Galbraith, quand il disait que Canon n’en n’avait pas fini de ses vieux démons, faisant référence aux problèmes d’autofocus. Je n’avais pas réussi à reproduire ou à stigmatiser ces problèmes, pour une raison toute simple. Mes tests étaient réalisés en plein jour ou avec des plans de feux monstrueux (comme aux Vieilles Charrues). Dès que la lumière décline, les problèmes se révèlent. Avec D3s, c’est l’inverse. Plus la lumière décline, plus le boîtier Nikon se transforme en oiseau de nuit, plus sa capacité à transformer le moindre indice de lumière se transcende. D’ailleurs je garderai pour toujours en mémoire la photo de l’ours shooté en pleine nuit, avec pour seule source de lumière le clair de lune, un exploit signé Vincent Munier avec un D3s. Le genre de photo qui vous scotche autant qu’elle vous donne l’envie. L’envie d’y aller.

À la rentrée, j’ai repris contact avec Nikon. Pas pour remettre le couvert avec D3s, non juste pour tester une nouvelle optique qui m’intriguait beaucoup. Un 24-120 f4, une optique dont le lancement était entouré d’un concert de louanges. Je pensais ma demande restée lettre morte mais finalement j’ai reçu en novembre un D700 et un 24-120 f4. L’occasion de persister et de signer, non seulement sur la qualité du traitement nano-cristal appliqué à ce 24-120, le rendant aussi lumineux qu’une optique standard à f2,8 mais aussi de pouvoir tester, enfin ! Ce boîtier D700 que j’avais été à deux doigts d’acheter à l’époque du 5D Mark II. Petit aparté sur Nikon D700 qui est vraiment un excellent boîtier, compact, léger, performant. Quand Nikon va annoncer son successeur (le probable D800), il y aura d’excellentes affaires à réaliser en achetant un D700 neuf, car les prix ne manqueront pas de dégringoler. Mais revenons à D3s. En décembre dernier, j’ai reçu (pour mon anniversaire, mais c’était un hasard de calendrier) un D3s et un 70-200 2,8 VRII, histoire d’être équipé comme il faut pour aller shooter l’ami -M- (et les kids de The Octopus, vainqueur du tremplin des Jeunes Charrues), sur le concert privé donné aux bénévoles des Vieilles Charrues. Je crois que c’est ce soir-là que s’est produit le déclic.

Dans la fosse, j’ai shooté Matthieu Chédid. Zéro stress. En cinq minutes à peine, j’étais dedans. J’ai fait assez peu de clichés et j’ai très peu checké mon écran de contrôle, parce que je savais que c’était dans la boîte. Ce soir-là, j’ai fait des clichés vraiment borderline, en matière de lumière, mais je sentais intuitivement que c’était bon. J’ai été éberlué par la capacité de l’autofocus de D3s à aller chercher le point, à l’accrocher, même dans des conditions vraiment limites. Je voyais la pastille s’allumer dans mon viseur et je me disais “mais comment il fait, bordel ?” J’étais tout à mes cadrages, je ne me prenais plus le chou de savoir si l’image serait nette, je savais que mes images seraient nettes, propres, piquées. Le reste c’est du bla-bla. J’ai dérushé mes images sur place, pour une validation immédiate par la prod. J’étais emmerdé parce que j’avais vraiment beaucoup de matos, il a fallu faire un gros tri. Finalement, j’ai gardé un gros paquet de clichés classés cinq étoiles dans Lightroom. Plus tard j’ai envoyé trois ou quatre images à Nikon France pour illustrer l’article que j’avais écrit pour le Nikon Hub. Un membre du staff Nikon, avec qui j’évoquais mon concert couvert avec le D3s me dit : “J’ai le sentiment, en voyant tes photos de -M- que le photographe n’a pas trop souffert !” Avant d’ajouter cette précision définitive : “Un sentiment d’unité entre l’homme et la machine.” Fuck me twice on sunday ! Tout était dit. Et si, au fond, la photographie se résumait à cela, hein ? Une unité entre le photographe et son reflex. Après le concert de -M- je savais déjà que j’allais choisir Nikon D3s.

Choisir ses optiques.
Quitter Canon, c’est une chose. C’est aussi quitter une gamme d’optiques remarquable, même si Nikon a fait un travail important dans ce domaine et finalement, à y regarder de près, je retrouve mes focales de prédilection chez Nikon, à commencer par le 70-200 2,8 VR II qui, lorsqu’il est monté sur un D3s est capable de produire des images d’un raffinement absolu. Je vais aussi embarquer le 24-120 f4, une optique lumineuse qui produit de belles images nettes et piquées dès f4 avec une longueur de focale qui pour moi frise la perfection, en particulier dans des salles de tailles réduites. Pouvoir tabler sur un vrai grand angle jusqu’au petit télé-objectif, le tout sans changer de caillou, c’est cool non ? Ah oui, bien sûr, certains puristes vous diront qu’on est à f4. Et alors ? Shooter à f4 quand vous disposez d’un boîtier capable de générer une image à 12800iso sans grain, what else ? D’ailleurs, dans un second temps, j’aimerais assez disposer d’une plage de focale encore plus large. Nikon propose un excellent 16-35mm f4 qui partage deux atouts avec le 24-120mm : son ouverture à f4 (et le traitement nano-cristal qui réduit aberration et distorsion) et… son prix, relativement attractif. En parlant de prix, avec un coût de 600€ supplémentaire, j’opterai peut-être pour le Nikkor 14-24mm f2,8. Tous les photographes qui possèdent cette optique en parlent avec un soupçon de lyrisme dans la voix en la qualifiant d’optique d’exception. Je pense que ce qualificatif est largement mérité.

Quitter Canon, ses optiques et son velouté du même nom.
On n’arrête pas une histoire qui a duré trente cinq ans sans état d’âme. Je connais bien Canon. Je connais bien les matériels, leurs qualités et aussi leurs défauts. Avec l’épisode 1D Mark III, Canon a trébuché, entraînant dans sa chute beaucoup de photographes professionnels. Une erreur est toujours pardonnable. Ce qui le fut moins, c’est la façon dont Canon a géré la crise, en commettant des erreurs de communication, impliquant une stratégie de l’autruche singulièrement casse-gueule. En clair, Canon a répondu à ces photographes que si l’autofocus de leur EOS 1D Mark III ne fonctionnait pas correctement, c’est qu’ils ne savaient pas s’en servir correctement. Le genre d’argument qui passe mal auprès de photographes pointure king size comme Galbraith. L’air est connu. Les mauvais photographes blâment toujours leurs matériels. Et puis il y a eu 5D Mark II et le coup de génie marketing de Canon, consistant à détourner un boîtier reflex photo de sa fonction première, pour en faire un succédané de caméra vidéo. L’enthousiasme latent a couvert les coups de gueule des photographes pestant contre un autofocus erratique ou une capacité à cramer de l’image en sur-exposant de manière systématique, suivez mon regard. Je crois vraiment, aujourd’hui, que Canon est largué par Nikon, sur le segment photo numérique professionnelle. D’ailleurs, si je n’en n’étais pas convaincu, je n’aurais pas signé mon bon de commande chez Nikon. Il reste à Canon un glorieux passé, une gamme d’optiques sublimes, une gestion des couleurs qui lui est propre et de l’espoir pour croire en l’avenir. Ceux qui pensent que Canon est mort sont des crétins ! Canon a su montrer par le passé sa capacité à rebondir. Je veux bien parier que Canon ne restera pas les bras ballants devant Nikon. Rendez-vous dans les mois qui viennent pour l’annonce du successeur du 5D Mark II.

Le seul dénominateur commun tient en un mot : du plaisir.
Voilà, c’est fait. Le bon de commande est signé, dans quelques jours j’aurai mon D3s et mes optiques dans les mains. Je suis content parce que j’ai le sentiment d’avoir fait le bon choix, mais le paramètre décisif tient en mot. Le plaisir. Je ne sais pas vous, mais moi, je ne peux pas faire de photo si je ne suis pas heureux. Bien sûr, je peux photographier des gens que je n’apprécie pas le moins du monde. Mais dès que je sens qu’il se passe un truc, même avec des gens que je ne connais pas, alors là, ça devient magique. C’est pour ça que sur scène certains artistes me bouleversent, c’est là que la photographie prend vraiment tout son sens, sa pertinence, qu’elle devient le témoin d’un petit moment d’éternité. J’ai retrouvé avec Nikon le plaisir perdu avec Canon. Oui, je sais. C’est aussi radical que définitif, et pourtant si vous me demandez pourquoi je suis désormais équipé en jaune plutôt qu’en rouge, la seule vraie putain de raison, elle est là. Du plaisir. Ce reflex qui devient le prolongement de mon œil, de mes sensibilités, un sentiment d’harmonie, d’unité, une symbiose homme-machine. J’entame un bout de chemin avec Nikon mais je continue ma route. Ma façon de travailler ne va pas changer. Tout au plus je me sens mieux, plus confiant. Et la confiance, dans mon job, c’est important. La confiance c’est une forme de plaisir, un chemin vers la sérénité. Serein et zen, à l’image de ce chat, curieux, qui était venu m’observer pendant une session de travail. Il m’observait, assis sur son mur et se laissant photographier, il semblait me murmurer : “vas-y, fais toi plaisir.”

Cerné par la marque jaune. Le Père Noël est une ordure.

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Cette fois, je suis cuit, comme une dinde et ses marrons, me voilà cerné de toutes parts par des afficionados de la marque jaune. Bon, en même temps, c’est un peu de ma faute, mais que voulez-vous, c’est difficile de résister. D’abord il y a eu la plus jeune de mes filles qui voulait un boîtier reflex léger, performant, compact avec une bonne optique polyvalente, pour reprendre son argumentaire. Elle m’en avait parlé un mois avant Noël, comme ça, l’air de rien, entre deux cookies à l’heure du thé, en me demandant si, finalement, moi le photographe pro plutôt équipé en Canon je ne verrais pas d’inconvénient à ce que ma fille à moi que j’ai s’équipe avec du Nikon. Il faut dire que mes filles ont toujours été aux premières loges pour assister à mes tests et à mes réflexions à voix haute sur la qualité de l’autofocus ou de la montée en iso sans grain des boîtiers de la marque jaune, alors évidemment, quand il s’est posé la question pour elles de s’équiper, il m’était difficile de leur dire que, finalement, tout compte fait… J’ai donc en toute logique conseillé un Nikon D3100 équipé d’un zoom 18-105mm, qui s’est rapidement retrouvé propulsé en tête de la wishlist de Noël de deux de mes filles. Le piège avait commencé à se refermer sur moi. J’étais fait comme un kouign amann à une tablée de bretons…

Je n’en n’avais pas fini pour autant. Ma carte de crédit allait prendre un nouveau coup dans l’aile quand l’aînée de ce gang sororal (Dieu merci, je n’ai que trois filles), sentant la bonne opportunité de saison, s’est promptement libérée de son EOS pour suggérer à son tour un équipement en bonne et dûe forme. Compte tenu de ses années de pratique, j’ai choisi pour elle un D7000 en bundle avec cet excellent petit caillou qu’est le 18-105. J’ai eu les deux types de boîtiers en main et je dois à la vérité de dire que le D3100 comme le D7000 m’ont vraiment épatés.

Nikon D3100, léger, compact, performant.
Nikon D3100 est un petit boîtier très léger, facile d’appréhension, c’est un reflex qui convient parfaitement aux filles. Avec un 18-105mm il reste discret et peut trouver sa place dans un sac. Il est petit, certes, mais du côté des performances il est costaud le bougre ! On retrouve un paramétrage complet avec une série de menus très intuitifs. Du côté des sensibilités, on monte à 3200iso voire à 6400 tout en conservant une excellente qualité d’image. Bon c’est du Nikon, alors qualité des hauts iso et autofocus de qualité sonnent presque comme une évidence. Pour la prise de vue au déballage, on peut se la jouer tranquille avec le petit carré vert (comprendre le mode 100% automatique). D3100 se charge de tout et en avant, on fait des photos sans attendre ! Ou alors on se la fait maître du jeu en mode priorité ouverture, voire en mode manuel. C’est du numérique, c’est magique. On peut chier des photos et c’est même comme ça qu’on apprend. La carte 8Go au format SDHC (achetée avec le boîtier) étale bien et quand c’est pas bon, un peu flou, double pression sur l’icône corbeille et on n’en parle plus. Il paraît que ce D3100 se vend comme des petits pains ? Vu le prix du bundle (comptez environ 650€ pour le D3100 avec son 18-105mm VR 3,5-5,6) ça se comprend.

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D7000, le reflex expert qui a tout d’un grand.
Avec Nikon D7000 on est un cran au dessus et même deux. Ce reflex, il a tout d’un grand, avec sa dégaine de boîtier semi-pro, ses deux molettes de réglages ouverture et vitesse en vis à vis et son clapet de protection d’écran LCD. Autre excellente surprise, le double logement pour carte SDHC, qui permet, par exemple, de stocker du RAW sur une carte et du jpeg sur une autre carte. Comme sur un D3s ? Absolument ! Ou bien les photos d’un côté et les vidéos de l’autre. Le tout dans un boîtier très compact, un viseur 100%, un flash intégré, un capteur qui étale du 16mp, un reflex capable de monter jusqu’à 25600iso tout en tapant de l’image nickel à 6400, avec un autofocus toujours aussi performant (39 points, quatre modes dont le suivi 3D), une cadence à 6fps, what else ? Autre paramètre, la vidéo,avec du full HD à tous les étages et une mise au point continue pendant l’enregistrement, la possibilité de capter un son en stéréo avec un micro externe. Le boîtier tient bien en mains, le shoot est confortable et comme c’est un boîtier Nikon on peut loger toutes les optiques de la gamme et là… ça devient radicalement autre chose ! J’ai testé avec un 70-200 2,8 VR II, autant dire que le D7000 peut alors pleinement s’exprimer, en produisant des images piquées et raffinées.

Nikon met les petits plats dans les grands
Avec ces deux boîtiers, d’entrée de gamme grand public pour D3100, d’entrée de gamme expert semi-pro pour D7000, Nikon affirme clairement sa volonté d’occuper aussi le terrain sur le marché de la photographie de loisirs et pas seulement de se contenter d’être désormais le leader de la photo reflex numérique professionnelle. D’ailleurs, c’est ce segment qui tire l’offre d’entrée de gamme vers le haut. Il n’a pas fallu beaucoup de temps à Nikon pour réagir et contrer Canon en proposant une offre vidéo sur ses boîtiers. Et comme Nikon nous y a habitué, la marque jaune en a profité pour pousser le bouchon un peu plus loin que Canon, en proposant des fonctionnalités inédites et qui s’avèrent quasi indispensables, comme le mode mise au point en continu présent sur D7000.

L’année 2011 sera teintée de jaune !
Cette fois, c’est foutu, tu es cerné de toutes parts, semblent me dire mes trois grâces armées de leur boîtier Nikon. C’est clair, l’année qui s’annonce va être clairement teintée de jaune. D’ailleurs, un rapide coup d’œil dans les fosses photographes, en concert comme au stade, donne le ton. De moins en moins de blanc, de plus en plus de noir. Les pros choisissent massivement Nikon. Il reste encore un ou deux mohicans qui résistent encore et toujours à l’envahisseur (suivez mon regard). Oui, mais pour combien de temps ?

• les clichés d’illustration ont été réalisés avec Nikon D3s, à 12800iso.

Tests reflex pro Nikon D3s. Effleurer enfin l’inaccessible étoile.

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Je m’en souviens parfaitement, de cette image. Jacques Rosay, pilote de chasse, pilote de ligne et surtout pilote d’essai du projet A3XX qui est devenu, plus tard, Airbus A380. Je me souviens bien de son regard, du pétillant de ses yeux, après le premier essai en vol du prototype A380, nouveau gros porteur d’Airbus industries. Le vieux briscard avait retrouvé son enthousiasme de jeune pilote et sans doute des sensations oubliées. Piloter, maîtriser un engin pareil, au doigt et à l’œil, de vous à moi c’est pas donné à tout le monde. Jacques Rosay fait partie de ces pilotes mythiques, de l’étoffe des héros si chère au cœur de Chuck Yeager, grand baroudeur du ciel devant l’éternel, de ces mecs sévèrement burnés qui sont allés, un jour, chatouiller les étoiles. Mais je m’égare, si je vous parle de Jacques Rosay et de son regard d’enfant retrouvé, c’est parce que j’ai vécu hier soir une expérience similaire, toutes proportions gardées, en embarquant avec moi un Nikon D3s pour un nouveau vol d’essai, pour calibrer l’engin, maîtriser la bête avant le concert privé de -M- samedi soir à Carhaix avec mes potes du festival des Vieilles Charrues. Avec le soutien de Nikon France qui a joint l’utile à l’agréable en livrant un Nikkor 70-200 2,8 VRII sur D3s, je suis allé au Cabaret Vauban et son plan de feux intimiste taper quelques clichés dans l’ambiance cosy des concerts de mes amis de Penn ar jazz. En arrivant sur place, j’ai décidé de ne pas faire dans la dentelle, en montant la molette des sensibilités à 10000iso. Pendant le set, j’ai croisé mon ami Guy Chuiton (mon photographe officiel) qui faisait des clichés argentiques avec son boîtier Contax. Rencontre de deux mondes. J’ai allumé l’écran de contrôle arrière et je lui ai montré la mention “10000″. Il a souri. J’avais l’impression que Jacques Rosay montrait le joystick de pilotage du A380 à Chuck Yeager. Et puis chacun est reparti dans sa bulle…

Nikon D3s. Putain de reflex.
Je vais essayer de me réfréner, de ne pas paraître trop dithyrambique, sinon on va encore me suspecter de publi-reportage pour le compte de Nikon. Tiens, à ce propos, comme le soulignait avec malice un ami photographe, si Shots mangeait dans ce genre de gamelles, je ne serais pas contraint, à l’issue de mes tests, de rendre les boîtiers. Quel dommage ! J’aurais le privilège d’avoir sur mon étagère quelques boîtiers légendaires… Difficile de ne pas sortir extatique d’un shooting avec D3s, tant ce boîtier surclasse de trois têtes, à l’aise, tout ses concurrents. Tous ? Oui, tous sans exception. Nikon D3s est définitivement, à l’heure actuelle, le meilleur reflex professionnel du marché. En combinant une réactivité sans égale, je pense à cet autofocus 51 points redoutablement efficace, la qualité d’optique Nikkor (le piqué du 70-200 2,8 VRII est splendide à f2,8, sublime à f4), un paramétrage personnalisé d’une grande finesse, la capacité de shooter en mode rafale et en suivi autofocus 3D, ce boîtier sait absolument tout faire. Et puis, il y a le coup de génie de Nikon…

Hautes sensibilités. Nikon voyage au bout de la nuit.
Le coup de génie absolu de Nikon c’est d’avoir poussé le bouchon au maximum des possibilités actuelles en matière de gestion des hauts iso. Bien sûr, des gens bien intentionnés vous diront qu’on n’aura jamais besoin de faire des photos à 102400iso. Depuis que la photographie existe, les techniciens n’ont eu de cesse que d’améliorer le confort des photographes, de leur apporter des possibilités sans cesse plus étendues et ce n’est pas Monsieur Leitz et son ingénieur en chef Oskar Barnack, génial concepteur du Leica, qui me contrediraient. Donc, une fois cet argument d’une absurdité sans nom écarté, ce qui m’intéresse c’est que cette fonctionnalité proposée par Nikon sur D3s permet d’aller capturer des images là où on ne pouvait pas techniquement le faire avant D3s. J’ai en mémoire la photo de l’ours réalisée par Vincent Munier, à 12800iso, de nuit, sans un poil de grain, avec pour seule source de lumière les lueurs de la pleine lune. Hier soir, n’ayant ni pleine lune, ni ours sous la main, je me suis contenté de Louis, qui officiait (avec le brio qu’on lui connaît) à la console son du Cabaret Vauban, avec pour seul éclairage celui de la console et les diodes qui la faisaient ressembler à un cockpit d’Airbus A380. J’ai tapé deux clichés, à 16000iso, focale 140mm, 1/50e à f2,8. Un cinquantième, les puristes apprécieront ! Un cinquantième de seconde à 2,8 avec quasiment zéro lumière. Deux ou trois constats sur la netteté, sur le grain et enfin sur la lumière.

La netteté d’abord. Par quel sortilège D3s est-il capable d’accrocher un point de focus dans la quasi obscurité ? Comment l’autofocus de D3s réalise cet exploit, là où la plupart de ses concurrent patinent comme un francilien sur une plaque de verglas en décembre ? On ne le répétera jamais assez. En matière d’AF Nikon est devant, loin devant. Est-ce que l’image présente du grain ? Oui, un peu, mais pas trop. Elle est parfaitement acceptable, comprendre publiable pour un photo reporter, le reste c’est du bla bla… Enfin, D3s est un animal de nuit, capable de sublimer une once de lumière. Une truffe d’ours sous la lune comme les diodes d’une console son au Vauban. Et puis à bien y réfléchir, je me dis que la grande qualité de ce reflex, c’est qu’il apporte au photographe ce sentiment de confort et d’absolue confiance, comme une petite voix qui murmure “vas-y, je te suis et je ne te laisserai jamais tomber“. Voilà, la qualité de Nikon D3s elle est là et tout le reste est singulièrement accessoire. Au moment où j’écris ces lignes, je sais que Nikon ne peut pas fournir de D3s et par avance je m’excuse auprès d’eux d’en avoir ajouté une couche, car j’en connais plus d’un (suivez mon regard embrumé) qui vont craquer à la lecture de ces lignes. Il n’est pas de hasard. Si aujourd’hui on constate une ruée vers D3s c’est que ce boîtier numérique est capable de permettre au photographe pro de réaliser des clichés là où tous les autres sont à la ramasse. Toutes spécialités confondues ! Car D3s est aussi un reflex polyvalent, en clair il sait tout faire, en étant aussi à l’aise en studio que sur le terrain en reportage.
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Points faibles du D3s.
Il y a quelques années, un journaliste qui écrivait un article sur un logiciel que j’avais testé me demandait d’évoquer ses points faibles. Comme je n’en trouvais pas, il m’avait expliqué que dans un banc d’essai il faut toujours trouver un ou deux points faibles, sinon on n’est pas crédible. Alors deux choses. D’abord je ne suis pas journaliste, je suis photographe et je n’ai pas besoin de trouver des points faibles à D3s pour être crédible, sans blague. Ensuite, clairement, je ne trouve pas de faiblesse à ce boîtier. Étonnamment je l’avais trouvé lourd lors de mes premiers galops d’essai il y a un an, hier soir ça ne m’a pas frappé (mais j’ai repris le sport il y a six mois). Clairement, avec un D3s en main, surtout avec son 70-200, comme aurait dit feu ma grand mère il y a de quoi remplir la main d’un honnête homme. Le seul bémol de D3s c’est la taille de son capteur (12mp). Je ne suis pas un adepte du recadrage, pour moi le cadrage est un paramètre essentiel de la photographie, j’ai hérité ça de ma culture argentique, de mes glorieux ancêtres et héros, de Lartigue à Cartier-Bresson en passant par mon cher Larry Burrows. Et puis 12mp c’est largement suffisant pour réaliser des tirages de tailles honorables.

Non, il n’y a rien à dire sur l’évidence et Nikon D3s c’est, à l’évidence, la perfection photographique. Avec ce boîtier pro, Nikon frôle les étoiles, permet d’aller toujours plus haut, plus loin. Avec D3s le photographe pro retrouve ce sentiment de puissance, de performance, de sécurité et surtout, surtout d’absolue confiance. De repousser toujours un peu plus les limites du possible. Un peu comme lorsque Chuck Yeager, au manche de son Bell X1A, tapait le mur du son en octobre 1947 et effleurait, ce jour-là, l’inaccessible étoile…

• illustration photos : Louis, ingénieur du son au Cabaret Vauban (Brest, décembre 2010). La lampe du bar du Vauban (détail) à 16000iso.

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