
S’il y a bien un mot qu’il ne faut pas prononcer devant un membre de Canon France c’est bien 1D Mark III. Un peu comme le mot Alesia provoquait la colère des irréductibles gaulois. Celui par qui le scandale est arrivé s’appelle Rob Galbraith. Il est photographe sportif aux Etats-Unis, pas le moins connu et pas le plus mauvais non plus. C’est lui qui a détecté les problèmes d’autofocus en mode AI servo sur 1D Mark III, qui les a signalés, quitte à passer pour un benêt incapable de tenir un appareil photo entre ses mains. Canon a d’abord nié en bloc et puis finalement des séries entières de boîtiers ont été repris direction le SAV avec des issues plus ou moins heureuses. Bref, le scénario cauchemar, pour reprendre l’expression d’un membre de Canon France. Lorsque 1D Mark IV est sorti, fin décembre 2009, toute la communauté avait les yeux rivés sur la parole de Rob. Et là, patatra ! Saint Galbraith balance en substance que Canon n’a nullement réglé ses problèmes d’autofocus et à en croire le photographe US ça serait presque pire. Bonjour l’ambiance ! Le 15 février 2010, c’est Chasseur d’images qui s’y colle et en remet une couche, pointant du doigt des problèmes sur l’AF en mode AI servo. Comme j’avais testé Nikon D3s en décembre, je me suis dit à ce moment-là que la cause était entendue. Seulement voilà. Ici c’est Brest. Au début du monde, on ne se laisse pas dicter la leçon par des photographes, fussent-ils américains.
• Modalités du test autofocus en mode AI servo
Dès que j’ai eu EOS 1D Mark IV en mains, je me suis promis de tester l’autofocus dans de nombreuses conditions de prises de vue. Le mode autofocus AI servo consistant à prédire la mise au point d’un objet en mouvement, il me fallait trouver un objet en mouvement à photographier. Et tant qu’à faire, choisir une cible mouvante salement rapide. J’ai rejoint la piste de karting de mes amis de la Récré des 3 Curés, où, avec la complicité de Patrice (le kart manager), j’ai pu tester librement la capacité de EOS 1D Mark IV à gérer l’autofocus en mode AI servo pendant tout un après-midi en me positionnant à différents endroits de la piste (boucle, ligne droite). Et puis comme j’étais dans un parc d’attractions, j’ai aussi shooté le train de la mine sur la boucle du grand huit et j’ai terminé ma session, le lendemain par quelques clichés sur un match de football américain, avec une spéciale dédicace à Rob Galbraith…

• le karting et le grand huit en mode AI servo
J’ai réglé EOS 1D Mark IV sur AI servo, mode priorité vitesse (1/500e), 400iso, format Raw. J’ai d’abord tapé quelques clichés dans une boucle en accrochant au collimateur central un karting, en le suivant dans son déplacement et en shootant en rafale. J’avais repéré plusieurs pilotes sur la piste qui drivaient avec une certaine dextérité et qui bourrinaient bien, comprendre le pied au plancher. Shoots dans la boucle en suivi AI servo. Ensuite je me suis installé un peu au delà du milieu de la ligne droite, avec là encore un test simple. Dès que le karting sort de la boucle et attaque la ligne droite, j’accroche au collimateur central et en conservant la focale sur 80mm je shoote en rafale le karting qui vient vers moi. Histoire de compliquer la chose, j’ai choisi de shooter deux kartings, l’un piloté par le père, le second par le fils qui se tiraient la bourre dans la ligne droite. Et là vous me dites… et alors ? Et alors rien ! Je veux dire par là que je suis très embêté de contredire ce cher Galbraith et Chasseur d’images réunis, mais je dois à la vérité de dire que je n’ai tapé aucun fichier flou dans aucune de mes séries karting. En clair, aucun fichier flou ça veut dire que la première photo est nette, la seconde aussi, la troisième pareille et ça sur une série de quinze. Et pour mémoire je shootais en Raw, je n’ai pas eu l’ombre d’un problème. J’ai passé deux heures sur la piste, en réalisant des prises de vue à différents angles, je n’ai jamais pu mettre l’autofocus mode AI servo en défaut. En clair, toutes les séries karting sont bonnes, en matière de netteté et de piqué de l’image. Et certains clichés sont vraiment épatants ! En quittant le karting et en passant devant le train fou sur le grand huit, j’en ai profité pour réaliser quelques clichés du train dévalant le rail à pleine vitesse, avec le secret espoir de prendre 1D IV en défaut. J’ai tapé des séries de 15 clichés en rafale, focus sur le nez du train et shoot. J’ai remis le couvert en réalisant une seconde série de 10 clichés, toujours dans les mêmes conditions (1/500e f/4,5) et toujours le même résultat, une image nette et piquée de la une à la 10.
• le foot US en mode AI servo
Le lendemain, après avoir visualisé les séries réalisées la veille au parc de loisirs, j’étais consterné, vraiment, mais dans l’enthousiasme ! Je n’avais qu’une envie, repartir au taff pour réaliser de l’image. J’ai rejoint le stade, à deux pas de mon bureau, pour faire quelques clichés de football américain avec l’équipe locale, le Tonnerre (de Brest). Exercice totalement inédit pour moi, une expérience à vivre le jour où vous avez un 1D Mark IV entre les mains. J’ai conservé mes réglages, 400iso, AI servo, en pointant le collimateur central sur l’action à suivre. j’ai shooté les joueurs à 10 images par seconde à des vitesses de 1/1000ème et 1/1250ème. Sur ce shooting, je n’ai qu’un seul regret, c’est d’être arrivé à dix minutes de la fin du match ! Le foot US est un sport vraiment photogénique autant dans le look des joueurs que dans celui des arbitres, ainsi que dans le format. Les actions sont courtes, très violentes. Au départ j’étais surpris de voir des types se faire sécher de manière assez brutale, en revanche, au niveau de l’image, quel pied ! Surtout qu’une fois encore, à aucun moment, EOS 1D Mark IV n’a pu être pris en défaut. Oui, les images produites sont littéralement bluffantes, oui ça pique, oui c’est net, même et surtout sur un crop à 100% dans Photoshop CS4. Et enfin oui TOUTES les images tapées en rafale à 10fps sont nettes. Quand je suis revenu au bureau et que j’ai regardé les images sur l’écran de mon iMac j’étais épaté, enthousiaste et perplexe…

• Canon botte le cul de ses vieux démons !
Le constat est simple. Le tandem EOS 1D Mark IV + EF 70-200 2,8L IS II est capable de produire de l’image au top de la qualité et à aucun moment je n’ai pu mettre le mode AI servo en défaut. Sur les séries d’images réalisées en rafale avec ce boîtier, je confirme que j’obtiens 100% d’image nettes. On dirait bien que Canon a réussi son pari et par la même occasion fait oublier avec ce Mark IV les galères et les cauchemars du Mark III. Là où je suis perplexe, c’est que je n’ai pas réussi à reproduire les schémas délétères décrits par Rob Galbraith, encore moins celui de Chasseur d’images. Mais, car il y a un mais, il faut souligner que les tests AF réalisés par CI l’ont été avec un 70-200 2,8L IS série I alors que j’ai pour ma part utilisé le série II, ceci explique peut-être celà. D’autre part, tous les tests que j’ai réalisé l’ont été dans des conditions de lumière du jour. Ceci étant posé, il ne faut pas non plus tergiverser. Les résultats sont excellents, EOS 1D Mark IV a produit des images piquées, bien nettes, bien contrastées et son mode AI servo est définitivement efficace en mode rafale. Voilà, c’est dit.
• 1D Mark IV en mode action, j’ai aimé
Le mode AI servo permettant de shooter en rafale 10 images nettes à la suite et ma foi, ça suffit à mon bonheur. Les photographes de sport et d’une manière générale tout ceux qui cherchent un boîtier performant dans l’action (photographie animalière) vont trouver chaussure à leur pied avec ce nouvel EOS 1D Mark IV. À boîtier haut de gamme, optiques haut de gamme. Donc, sur cet EOS il convient de monter des cailloux qui soient dignes de lui, en clair des optiques Canon de gamme L. J’ignore si le 70-200 qui m’a été livré par Canon a été micro-ajusté pour ce boîtier, en tout cas le duo a véritablement fait un carton dans les images produites.
• 1D Mark IV en mode action, j’ai moins aimé
A dire vrai, il n’y a rien que j’ai moins aimé ! Quand je vois les images tapées en dix minutes montre en main sur du foot US, je me dis que posséder un boîtier de ce calibre, quand on est un photographe de sport, ça doit être un véritable privilège.
• prochaine étape, phase 3 : le comparatif hautes sensibilités Canon EOS 1D Mark IV vs Nikon D3s

Vendredi 9 avril 2010, festival Yakayalé, premier jour. J’ai rendez-vous avec Eiffel, Iggy and the Stooges, Gaëtan Roussel, No one is innocent. Un plateau garni avec tout ce qu’il faut pour bien bosser. Dans la fosse, un rapide coup d’oeil. Côté matos, sur la dizaine de photographes présents, on est deux photographes équipés en Canon, tous les autres sont en jaune. Petit moment de solitude, mais au fond sans grande importance. En ouverture c’est Mike Guerrand qui s’y colle. Les lights sont un peu molles, le sujet est fixe, guitare acoustique. Mais ça ne va pas durer. Gaëtan Roussel (ex Louise Attaque) prend la suite. Pas de folie côté réglages. Mode manuel, one shot, collimateur central avec option gauche/droite en mode paysage, haut/droit en mode portrait. Si le collimateur central n’accroche pas le focus, 1D Mark IV utilise un automatiquement un autre spot dans les environs proches. Premier constat, l’autofocus accroche bien, il est très rapide pour ne pas dire instantané. De ce côté-là, les efforts de Canon semblent payants. J’utilise assez peu la prise de vues en rafale, d’autant que sur EOS 1D Mark IV la rafale ça balance 10 images par seconde. J’ai paramétré le boîtier à 4 fps pour le mode L et 7fps pour le mode H, ce qui évite un engloutissement d’images, d’autant que le déclencheur est très sensible (mais je pense que ce très léger défaut vient de ce boîtier qui a peut-être été testé par un utilisateur quelque peu bourrin). J’utilise une carte Sandisk Extreme III 16Go qui étale bien et j’ai shooté en Raw sur l’ensemble de la session. À propos de format de carte, 1D Mark IV propose deux slots, une carte CF et une carte SD, je préfère nettement l’option choisie par Nikon sur le D3s avec deux formats de cartes identiques (CF). Du côté de la prise en main et du ressenti, rien que du très bon. Je me suis senti immédiatement à l’aise, il ne m’a guère fallu plus de quelques dizaines de clichés pour me sentir bien, serein. EOS 1D Mark IV est merveilleusement ergonomique, le viseur est clair, les commandes sont très intuitives et encore une fois paramétrables à l’envi. L’affectation de la touche Set aux changements d’iso permet d’évoluer rapido en sensibilité sans quitter l’oeil du viseur et puisque j’en suis à parler d’iso, je ne suis pas monté au delà de 3200iso pendant ce festival.





Rob compare 1D Mark IV et D3s et son avis n’est pas aussi tranché qu’il y paraît. Selon les disciplines sportives, 1D IV s’en sort mieux que D3s alors qu’en basket par exemple ou en patinage le boîtier pro de Nikon s’avère le meilleur. En foot, même s’il se comporte bien globalement des problèmes de frontfocus sont signalés. Et c’est bien ce qui est troublant dans les tests du photographe sportif : aucun des deux boîtiers ne semble trouver grâce à ses yeux. Peut-être convient-il donc donner un peu de temps au temps, avant de juger de manière catégorique ?








