Deux ou trois bonnes raisons d’arrêter la photo de concerts en 2013.

mathieu-boogaerts-au-vauban-2003-par-herve-le-gallPutain ! Dix ans. C’est long, dix ans, mine de rien. Dix ans à arpenter les salles de concerts, à croiser des ombres, à user mes fonds de culotte dans les fosses. Dix ans à crapahuter par tous les temps (et souvent les sales temps) dans tous les festivals du coin et d’ailleurs. J’en ai vu des vertes et des pas mûres (et souvent des pas mûres), des groupes inconnus qui le sont restés, certains qui auraient dû le rester, d’autres enfin qui promettaient et qui sont devenus des calibres. Des artistes qui, malgré le succès, sont demeurés des gens simples, humains et abordables, d’autres qui ont pris le melon, le boulard comme on dit et qui sont devenus aussi insupportables dans la vie qu’inécoutables en live. J’ai croisé des producteurs, j’ai cotoyé des tourneurs, des gens que je respecte, ouais, j’ai rencontré des tas de gens biens dans ce milieu très cloisonné, très fermé mais je suis resté au fond ce passager qu’évoquait les Stooges, qui traverse la nuit (la cinquième, évidemment), sans trop s’arrêter, sans trop se faire remarquer, plutôt discret. Dans ce milieu du spectacle, je n’ai pas d’amis, à quelques très rares et très notables exceptions.

C’est plus comme avant, en dix ans le monde en général a changé et le monde de la musique en particulier n’a pas échappé à l’effroyable rouleau compresseur. La crise du disque est passée par là, comme une espèce de conjonction avec comme dénominateur commun le numérique. La musique et les images se sont mises au diapason du binaire et se sont diluées, désagrégées et par voie de conséquence diffusées allègrement et gratuitement sur le média internet. Les chiffres de vente de l’industrie musicale se sont littéralement effondrés, entraînant des réactions en chaîne cataclysmiques. Les groupes et les artistes qui le pouvaient ont fait du live, espérant glaner dans les salles de concerts les subsides qui ne tombaient plus dans la vente de disques. Parce qu’un disque ça se copie mais une sensation en live, c’est inimitable. Alors le prix des concerts a commencé à flamber et pour les festivals, la vie n’avait plus rien d’un long fleuve tranquille. Du côté des photographes, le développement du numérique a engendré toute une génération spontanée et difficilement identifiable de nouveaux photographes, avec comme conséquence un afflux de demandes d’accréditations conséquent. La réaction des prods, devant cette pléthore d’offres, a été de devenir de plus en plus exigeante : limitation du nombre de titres (les sinistres trois premiers titres sans flash), signature de contrats, conditions de prises de vues drastiques et bien sûr limitation du nombre de photographes ou accréditations payantes, ce dernier point suscitant des dégâts collatéraux parmi les professionnels, furieux à l’idée de devoir payer pour bosser. Ah ! On était bien avant, hein Tintin ?! Au début des années 2000, tout seul avec son petit boîtier argentique, quand on venait taper des clichés pépère au Vauban. Mais ça, c’était avant.

Plus de photographes, ça veut aussi dire plus d’offre, plus de clichés sur le marché et une presse dont les ventes dégringolent à un rythme soutenu. Plus de clichés, souvent refilés gratos par des photographes amateurs tout heureux d’avoir obtenu une entrée, qui peuvent même parfois accéder au backstage et, bonheur ultime, côtoyer les vedettes, gratter un autographe, offrir des photos pour la promo du groupe en échange d’une citation au mérite, d’une mention de copyright accordée comme l’ultime récompense (alors que cette mention est légalement obligatoire) et une petite flatterie à l’égo qui ne fait jamais de mal par où que ça passe. Le lendemain, ces photographes d’un soir retourneront paisiblement à leurs occupations professionnelles sans trop se soucier, finalement, d’une profession qui elle se meurt lentement. Le numérique, la crise du disque ont mis à mal un paquet de gens dans cette profession et pas seulement des photographes. L’angoisse de la salle vide, je connais. Je l’ai partagée avec des producteurs, contraints d’annuler un concert faute de résas, la mort dans l’âme. Et je ne parle même pas de concerts qui se sont joués devant une poignée de spectateurs. Il faut, dans ces cas-là, avoir un singulier sens de l’humour, quand on est producteur ou tourneur ou être fataliste et se dire que demain sera un autre jour. Les tourneurs que j’ai croisés ont souvent ces deux qualités. Moi, je me connais, je n’aurais pas pu. Bref, plus de photographes ça te tue le photographe. Sans parler des conditions de prise de vue où on se retrouve tassés les uns sur les autres dans des fosses minuscules, quand on n’est pas cantonnés à un endroit précis pour ne pas gêner sa Sainteté l’artiste qui exige d’être photographié uniquement en noir et blanc et sur son profil droit. Bosser dans ces conditions là ? Non, sans façon, merci. C’est plus comme avant, d’ailleurs rien n’est plus comme avant, je le dis sans amertume aucune. Et puis, à un moment donné, il faut bien parler de gwennegs, de sous, de monnaie. Ça ne rapporte plus un rond d’aller faire des photos jusqu’à pas d’heure et pour le photographe pro qui souhaite s’équiper d’un matos de bon aloi ça coûte de plus en plus cher, ce matériel numérique dont la pérennité ne va guère au delà de deux à trois ans. Amortir un investissement matériel de cinq à dix mille euro, sur un délai de trois à cinq ans, en vendant des clichés à 18€ HT la pièce, je ne vous fais pas un dessin. Ite missa est.

Voilà. Pour moi, la photo de concerts, c’est fini, je tire ma révérence. J’ai fait le tour du sujet, si je puis dire. J’ai ramené quelques clichés, travaillé sur pas mal de scènes, croisé des gens uniques et pas seulement sur scène mais aussi au cœur de tout ce petit monde qui fait du spectacle vivant ce qu’il est. Des producteurs, des tourneurs, des managers, des ingés-son, des lighteux, des roadies, des backliners. Je n’ai jamais fait le pied de grue devant une loge, jamais profité de mon job pour gratter un autographe ou un petit privilège, et j’espère ne jamais avoir emmerdé le public. Ouais, j’ai fait le tour des tronches, des visages, des figures et à l’exception notable de quelques gueules dont je ne me lasserai définitivement jamais, je dois à la vérité de dire que les concerts, ça va, j’ai déjà suffisamment donné. C’est fini, je rends mon tablier. D’abord et surtout parce que ça ne m’amuse plus et chez un épicurien comme moi, le plaisir est un élément prépondérant, un paramètre vital. D’ailleurs je ne pense pas qu’on puisse faire des photos en faisant la gueule, en étant aigri, mal dans ses pompes. Les photos ressemblent à leur auteur, elles sont le reflet d’une âme, alors si c’est aller faire des photos en trainant des godasses autant rester à la maison boire une tisane avec maman. Est-ce pour autant qu’on ne me verra plus jamais dans une salle de concerts ou dans le pit d’un festival, évidemment non. Je vais continuer à fréquenter les endroits où la musique est bonne et me porte avec ce plaisir indicible de l’œil et de l’oreille réunis. Je vais continuer à faire des clichés de jazz à Vauban et de temps en temps je n’oublierai pas d’aller taper la bise à mes potes du Run ar Puñs de Chateaulin où les filles sur le dance floor sont belles et chaudes comme des baraques à frites. Et puis deux ou trois festivals avec mes potes, les Vieilles Charrues en juillet, la Fête du Bruit dans Landerneau en août, Atlantique jazz festival en octobre. Et un concert ici et là, de temps en temps, pour le plaisir. Du plaisir. C’est la seule bonne raison qui me poussera désormais vers une salle de concerts ou vers un festival. Et puis merde, il y a une vie après les concerts et dix ans, c’est long. Des projets, j’en ai plein ma besace. Tant que je vivrai, j’aurai d’autres éternités de l’instant à capturer et d’autres mots à écrire.

• photo : Mathieu Boogaerts au Cabaret Vauban, il y a dix ans, en janvier 2003.

Atlantique jazz festival. Exposition photos Jazz par Hervé LE GALL au Cabaret Vauban

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Jazz. Genre de musique issue du croisement du blues, du ragtime et de la musique européenne. Un métissage qui réunit cultures africaines et occidentales. Comment cette musique pouvait-elle me séduire, moi l’enfant du rock, biberonné depuis mon plus jeune âge à la pop anglaise ? J’en sais trop rien.

J’ai d’abord commencé par photographier du jazz à Vauban, pour faire plaisir au taulier. Archie Shepp, qui commençait son set dans la loge, c’était quelque chose. Au Cabaret Vauban mon chemin a croisé des cadors, des pointures king size, capables de faire durer la note bleue à l’infini. La classe d’un Roy Haynes, la main baguée posée sur la cymbale. Ari Hoenig, l’enfant prodige, furieux derrière ses fûts. La fougue de Hamid Drake, le clin d’œil de Louis Sclavis, le rire de François Corneloup, le regard pétri d’humanité de Charles Gayle. La douceur sexy de Nicole Mitchell, l’incandescence irréelle de Matana Roberts… Et puis Daisy Palmer qui caresse ses fûts. Tous différents, tous unis autour d’une note. Finalement le jazz a donné au mot métissage ses lettres de noblesse. Et à moi dans tout ça ? Des images. Et pour tout dire, une partie de ma vie qui tient en un mot. Jazz.

• Jazz. Exposition photos signées Hervé LE GALL au Cabaret Vauban Brest et au Run ar Puñs Chateaulin pendant tout le mois d’octobre 2012 à l’occasion de Atlantique Jazz Festival.

• les clichés composant l’exposition sont disponibles à la vente en tirage limité Digigraphie™. Pour plus d’informations, consultez le site Cinquième Jour.

La demoiselle et le dinosaure. Photographe est-il encore un métier d’avenir ?

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Elle s’appelle Juliane. Elle a quoi ? Une (toute) petite vingtaine. Je croise de temps à autre sa petite silhouette gracile au Run ar Puñs, une salle de concerts que je ne vous présente plus, à vous lecteurs assidus de Shots (en clair, les nouveaux, démerdez-vous hein !). Bref, hier soir, prenant son courage à deux mains mon cousin, la petite blondinette est venue vers moi d’un pas nonchalant mais néanmoins décidé à aborder le massif central. Il faut vous dire qu’avant un concert, je ne suis pas du genre très causant. Avant un concert, je rentre dans ma bulle, je me transforme, je deviens autiste, je suis ailleurs, dans un autre monde. Je n’entends plus, je ne capte plus l’entourage et c’est comme ça depuis toujours. Alors évidemment, m’approcher dans ces conditions n’est pas toujours aisé et si on ajoute à cela que je supporte très difficilement la présence de photographes dans mon premier cercle, le tableau est complet. À ce propos, je n’ai vraiment pas de bol. Quelque soit l’endroit où je pose mon sac, dans une salle, comme dans un pit, je peux être sûr que dans les cinq minutes qui suivent j’ai un ou deux photographes à mes basques. Il paraît que c’est ça la rançon de la gloire. Bref, la petite Juliane est venue taper la causette et je m’en vais vous en dresser le portrait.

Je ne connais pas la demoiselle, je ne connaissais pas son travail avant cette rencontre, je sais seulement qu’elle a choisi ce métier, comme d’autres choisissent d’être coiffeur, chirurgien, avocat, instituteur, puéricultrice, boulanger, camionneur, informaticien, infirmière, agriculteur, … Non. Elle, Juliane donc, elle a choisi d’être photographe. Un choix éminemment casse-gueule de nos jours, mais comme dirait Evelyne, c’est son choix. Et franchement, comment ne pas être touché, quand on est un vieux dinosaure en fin de cycle comme moi, quand on voit un jeune s’élancer dans la carrière quand ses aînés n’y seront bientôt plus ? D’autant qu’ici on a affaire à de l’authentique, à un vrai choix, un sacerdoce. Juliane, qui me semble avoir un caractère bien trempé, a fait les choses proprement, elle sera auteure-photographe, indépendante, comme Diego, libre dans sa tête et ça sera comme ça et rien d’autre. Pas évident comme choix et finalement assez couillu, comme quoi hein ? J’ai évoqué avec elle les difficultés de ce métier, l’indispensable nécessité de diversification. Aujourd’hui, être photographe de concerts ne nourrit pas son homme et encore moins sa femme et je sais de quoi je parle. Mais au fond, Juliane en est consciente et puis quand on sait shooter un mec qui bouge en tout sens dans un endroit où les lumières sont rares, on est finalement à bonne école. Si je vous parle de cette jeune fille qui a choisi ce métier magnifique, c’est parce qu’elle est confrontée aujourd’hui à une difficulté liée au nombre de prétendants à l’obtention du précieux sésame, de cette accréditation de plus en plus difficile à obtenir et pour cause… Et le nombre de prétendants est d’autant plus élevé qu’aujourd’hui tout le monde est plus ou moins photographe. Un petit reflex numérique (voire un gros) et en avant Guingamp !

Alors bien sûr, vous allez me dire, chacun est libre de vivre sa passion comme il l’entend. Après tout, pourquoi un boulanger, un camionneur, une institutrice, une puéricultrice, un avocat, une infirmière, … n’auraient pas le droit de faire des photos, simplement parce que ça lui plaît ? On est d’accord. Le problème c’est que tous ces braves gens pervertissent le système, occupent la place, squattent les spots, dilapident les accréditations et que les jeunes photographes professionnels, eux, ont de plus en plus de mal à obtenir une place pour simplement faire leur job, pour simplement croûter. Eh ouais ! Ajoutez à cela le paramètre financier qui permet à des gens ayant déjà des revenus réguliers de s’offrir le must des matériels et la boucle est bouclée. On est alors dans le paradoxe définitif. D’un côté des pros qui ne peuvent pas bosser et donc dans l’incapacité d’investir dans des matériels de plus en plus coûteux, de l’autre des amateurs jeunes cadres dynamiques qui s’offrent le gratin des matériels. Oui, parce que, accessoirement, quoiqu’on en dise, le matériel compte dans tous les sens du terme. Vous ne ferez pas une meilleure photo parce que vous avez l’élite du matériel entre vos mains, en revanche vous accèderez à certains types d’images avec les matériels qui vont bien. Essayez donc un Nikkor 14-24mm f2,8, un Canon EF 135mm f2 voire le nouveau Canon EF 8-15mm f4, montez ces cailloux sur des matos d’envergure comme un D3s ou un EOS 1D Mark IV et on va se comprendre… Alors comprenez aussi le désarroi des jeunes photographes professionnels. Non seulement ils en bavent des ronds de chapeaux pour investir dans du matos professionnel qui coûte cher (c’est rien de le dire) et en plus ils sont concurrencés par des gens dont ce n’est pas le métier et qui squattent les spots dans les salles de concerts et ailleurs et ce n’est pas le serrurier suisse, celui qui arrondit ses fins de mois et casse les prix du marché en tapant des photos de mariage à des prix ridiculement faibles, qui osera me dire le contraire. Il y a un gros malaise et il est palpable. Et je ne parle même pas de ce que deviennent les clichés. Pour reprendre une jolie expression lue ici, il suffit parfois d’une « petite gratouille à l’ego » pour que les photos faites par des amateurs d’images soient diffusées, relayées par des médias peu regardant sur l’origine des matériels, surtout lorsque ces médias peuvent toucher des clichés à titre gratuit. On ne me la fera pas. Autant je suis tout à fait disposé à donner un coup de main à un jeune qui démarre, autant il est définitivement hors de question pour moi de soutenir un jeune photographe dont ce n’est pas le métier. Que les choses soient claires. Je n’ai rien contre les boulangers, les avocats, les chirurgiens, les camionneurs, les institutrices, les puéricultrices et consorts qui pratiquent au jour le jour la photographie, mais je vous le dis clairement. Ce n’est pas votre job, ce n’est pas ce qui vous fait manger, quand vous squattez un spot ou obtenez une accréditation, vous occupez le terrain d’un professionnel et ça, c’est mal. Et encore s’agit-il là de court terme. Parce que si cette situation perdure et que l’on n’y prend pas garde, cette profession qui souffre est appelée à disparaître progressivement. Comme les dinosaures.

crédit photo : The Dø – Juliane Lancou

voir le site internet de Juliane Lancou

Nikon et le Festival des Vieilles Charrues ouvrent les portes du possible à la nouvelle génération.

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L’idée est venue de fil en aiguille. Comme naissent les idées, surtout les bonnes. À ma gauche, le leader de la photographie numérique professionnelle, à l’aise sur tous les terrains, à la réussite insolente, aimée de tous les photographes qui en sont équipés et fantasmée par tous les autres, accusant le meilleur autofocus du marché, une gamme d’optiques qui n’a plus rien à envier à la crèmerie d’en face, la marque jaune, plus lumineuse que jamais, voici Nikon ! À ma droite, le plus grand, le plus beau, le plus breton des festivals européens, porté à bout de bras par ses milliers de bénévoles, sa programmation dantesque, son bar numéro 4, ses patates au lard et son ambiance aux p’tits oignons, sa plus belle plaine du monde et son esprit farouchement indépendant, voici le Festival des Vieilles Charrues de Carhaix gast ! Au centre, le plus bougon des photographes de concerts, aussi énergique qu’un tonnerre de Brest, pilier du Cabaret Vauban et du Run ar Puñs réunis, indécrottable breton jusqu’au bout des ongles, caractère trempé dans le gwin dru et rincé au Breizh cola, accusant désormais un léger quintal, voici Hervé Le Gall, photographe officiel des Vieilles Charrues et officiellement équipé en Nikon, expert en sillon bien tracé, grand pote des frères Morvan et adepte du verbe haut devant l’éternel. Et là vous m’dites ? Ces trois-là n’étaient-ils pas fait pour se rencontrer, un jour ou l’autre ? Un peu mon neveu !

Au détour d’une discussion avec le premier, Nikon France, puis avec le second, les Vieilles Charrues, et à force de se dire que décidément ces deux-là étaient fait pour se rencontrer, j’évoquais avec l’un puis avec l’autre la façon de se rapprocher. Je dois à la vérité de dire qu’il n’a pas fallu très longtemps pour que les idées fusent de part et d’autre, avec une volonté clairement affichée de la part de la marque jaune de rejoindre le sillon et de pousser sur la charrue, mais sans en faire des caisses, avec beaucoup d’élégance. En face les Vieilles Charrues, c’est une équipe, d’abord, c’est une éthique aussi, les choses devaient se faire avec naturel. C’est comme ça que l’idée de proposer d’ouvrir le festival à une bande de jeunes photographes est née, relayée par le slogan de Nikon, habillée Vieilles Charrues pour l’occasion : « Je suis un festivalier. » J’ai su immédiatement que ça allait fonctionner. Il restait à trouver la team, à la recruter ce qui fut fait par le biais du concours relayé sur le site Nikon Deezer. Une semaine avant les festivités, on avait notre équipe et ils semblaient tous salement motivés. J’attendais, quant à moi, de les voir à l’œuvre sur le terrain. Et honnêtement, je n’ai pas été déçu du voyage.

Le club des 5 à Kerampuilh
Louise, Marjorie, Mathieu, William, Christophe. Quand je les ai vus, le premier jour aux Vieilles Charrues, ils étaient attablés autour d’un Breizh cola au bar VIP, bienvenue à CharruesLand. Équipés de pied en cape par Nikon, qui avait même fourni les seyants t-shirts jaune canari I am Nikon (thanks God ! Il n’y avait pas de XXL), nos reporters en herbe étaient tous parés pour aller à la quête de l’image, avec sous le bras ou à l’épaule l’excellent reflex Nikon D7000 et une tripotée d’optiques, mazette ! Que n’aurait pas renié le plus exigeant des photographes professionnels. Aucun doute, Nikon France sait recevoir. Il y avait là , entre autres optiques Nikkor, un fisheye, du 14-24 f2,8, du 24-70 f2,8, du 50 f1,4, du 85 f1,4, etc… Le rêve quoi ! Mais le matos ne fait pas le photographe, pour reprendre un bon vieux poncif de derrière les fagots, certes. C’est aussi con que de dire que l’argent ne fait pas le bonheur. Comme disait ma grand-mère, non, mais il y contribue. C’est donc avec du matos d’exception qu’on a lâché la team sur la prairie. J’étais angoissé pour eux, à l’idée surtout qu’ils reviennent bredouilles de leur chasse aux papillons. Au terme des quatre jours de festival, j’étais invité au débriefing et à donner mon avis, un exercice que je goûte assez peu. Mais, compte tenu des circonstances, je décidais de faire contre mauvaise fortune bon cœur et je m’attablais pour regarder les images récoltées par l’équipe. J’ai d’abord eu un bref aperçu, repérant plusieurs clichés. Et puis finalement, j’ai regardé une grosse sélection d’images et là wouah ! Séquence émotion. Tous les membres ont ramenés du bon matériel, voire du très bon ou de l’excellent matériel ! J’étais soulagé. Dès lors l’échange a été intense et l’émotion avec.

louise-nikon-charrues-2011Louise

La benjamine de l’équipe. Elle, elle m’a scotché compte tenu de son très jeune âge. Quinze piges, autant dire une enfant ? Une enfant avec un regard déjà percutant et la volonté d’aller chercher de l’image, d’interpeller, de diriger, un œil étonnant et déjà plein de maturité.

Je la verrai bien un jour photographe de studio, à mettre en place des lumières, à chiader des décors, à peaufiner son truc pendant des heures pour simplement obtenir l’image qu’elle veut.

marjorie-nikon-charrues-2011Marjorie

Une jeune fille discrète mais sur le terrain elle n’a pas hésité à aller au charbon, avec une thématique, un fil rouge : la passion. Beaucoup de réserve et de timidité, mais une fois sur le terrain, l’œil rivé à son D7000, Marjorie s’est éclaté. Elle nous a livré des images live, vivantes, pleines d’enthousiasme et de créativité.

Je suis sûr qu’elle n’oubliera jamais cette expérience.

william-nikon-charrues-2011William

Son cliché du public est radicalement, définitivement tout ce qui me plait.

J’ai choisi son cliché de foule des Charrues pour illustrer mon article. Voilà. C’est ce genre de cliché qui rend les autres photographes verts de jalousie, parce qu’il y a tout dans cette image, le mouvement, la dynamique, le plaisir, l’enthousiasme.

William a la foi, la niaque et surtout, il a un œil.

mathieu-nikon-charrues-2011Mathieu

Lui, c’est un passionné, photographe dans l’âme, il a ça dans la peau le bougre ! Je l’ai un peu secoué parce que je déteste l’utilisation systématique de presets Lightroom qui font que chaque image se ressemble plus ou moins, mais… Au delà de la lecture lightroomesque, il demeure l’image et les images de Mathieu m’interpellent. Mathieu veut y aller, faire du portrait, du reportage, des clichés, il a cette foi magnifique qu’on ne trouve que chez les jeunes photographes, avec une pointe de talent en plus.

christophe-nikon-charrues-2011Christophe

Il y a Christophe d’un côté et son handicap de l’autre. Mon premier conseil (et le seul) a été de dire à Christophe de faire de son handicap et de sa mobilité réduite son atout maître. J’étais fier que Nikon ait suivi mon idée d’ouvrir sa team à une personne handicapée, quand j’ai vu les clichés de Christophe, emplis de sourires et d’une infinie bonté, d’une rare humanité, je me suis dit que sur ce coup-là Nikon et moi n’avions pas loupé le coche. Comme les quatre autres, Christophe a quelque chose dans le regard que les autres n’ont pas…

Finalement c’était une putain de bonne idée qu’on a eu là, hein ? Semblaient se dire, dimanche soir, à la toute fin du festival des Vieilles Charrues, tous les membres de la joyeuse équipe Nikon. En ouvrant les portes du possible à de jeunes reporters photographes en devenir, la marque jaune, qui compte dans ses rangs de nombreux photographes professionnels talentueux, fait à la fois preuve d’intelligence et de bon sens. C’est aussi un pari sur l’avenir, car finalement, Louise, Marjorie, William, Mathieu, Christophe, sont la prochaine génération de photographes et ils sont au moins tous déjà sûrs d’une chose. Ils sont Nikon.

voir les clichés des reporters officiels Nikon aux Vieilles Charrues 2011

Histoires de photographe. Entre rires et larmes.

nettoyage-du-capteur-numerique-shots-2011Vendredi, 11:00. Je reçois un paquet par Chronopost. Je respire un grand coup, parce que je sais qu’à l’intérieur il y a le chaînon manquant, celui qui va effacer mon angoisse de ne pas pouvoir aller chercher le spot assez loin. Dans le carton il y a un doubleur de focale, le fameux Extender Nikon TC20EIII qui, monté sur mon Nikon D3s va transformer mon zoom 70-200 f2,8 en zoom 140-400 f5,6. Je suis impatient de voir si tout le bien que j’ai entendu de cet accessoire est fondé, ou pas. Je monte le doubleur sur mon D3s et le 70-200 sur l’extender. Dans le viseur l’image est un poil moins lumineuse sans finalement être sombre. Le traitement des lentilles asphériques du doubleur permet d’obtenir une image quasi identique dans le viseur. Côté focale, mama mia ! 400mm c’est carrément un pont plus loin. Je réprime un éclat de rire la première fois que mon regard croise l’image dans le viseur, en imaginant déjà tout le profit qu’un photographe peut tirer d’un tel accessoire, non seulement en concert (la semaine prochaine aux Vieilles Charrues, yeah !) mais aussi en photo animalière, en photo sportive, quand on est un peu court en focale. Voilà un accessoire aussi discret qu’essentiel qui trouvera sa place dans le sac de tous les photographes. Pour quelques centaines de grammes, la focale est doublée, mais attention uniquement sur les optiques compatibles. Côté investissement, c’est pas franchement une tuerie. Chez Digit Photo on le trouve à moins de 500€.

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Safari dans mon salon
Armé de mon D3s, de mon extender et de mon 70-200, pour tester le doubleur j’ai choisi d’aller en safari traquer la bête pas vraiment sauvage, shootant un Momo par ici (le chat le plus momo de tous les momos) en pleine crise de roupillon et Satori, mon terrier Yorkshire poussé dans ses ultimes retranchements, appâté par un morceau de gâteau breton maison. Et puis j’ai descendu les escaliers quatre à quatre, direction l’atelier pour dérusher. Le résultat me semble parfait. Finalement, un 70-200 équipé d’un doubleur, c’est comme un excellent 400 avec pour seule limitation c’est de perdre deux diaphs. On passe donc de f2,8 à f5,6 mais franchement, comme dirait Emmett Brown, on s’en balance ! Les deux diaphs sont largement compensés par la capacité du boîtier à monter en iso, donc la vie est belle. Sinon l’image est au poil, si j’ose dire. Ça pique, les détails sont là avec un joli bokeh en arrière-plan. Ce chaînon manquant est désormais le chaînon indispensable.

Petit coup de fil à Nikon France pour parler de l’extender et partager avec mon interlocuteur l’impatience que j’ai à aller au taff avec mon reflex D3s sur les Vieilles Charrues. C’est une première à plus d’un titre, pour moi comme pour mon festival. D’abord parce que je shoote en Nikon pour la première fois aux Charrues, avec ce reflex auquel je n’ai toujours trouvé aucun défaut (oui, désolé pour les pisses-vinaigres, mais c’est comme ça, hein ? D3s est le reflex parfait), ensuite parce que cette année le festival des Vieilles Charrues et Nikon sont partenaires et que rien que ça, évidemment, ça me touche énormément. Mais, comme disait Marie-Thérèse… La vie n’est pas un long fleuve tranquille, en tout cas pas pour moi et la suite va me prouver que j’ai raison de me méfier.

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Le cauchemar du capteur
J’ai récemment fait une séance de prise de vues en extérieur et j’avais découvert, horrifié, la présence de taches immondes sur mes images. Ni une, ni deux, j’achète un kit de nettoyage à l’épicerie Phox du coin, bien décidé à éradiquer ces points noirs disgrâcieux. Début d’après midi, je sors avec mon D3s équipé de mon 50mm, direction le ciel bleu à f16. Clic clac, je reviens au bureau, je regarde l’image dans LR et là je frôle l’arrêt cardiaque. J’ai des taches de graisse sur le capteur, des taches massives sur la partie droite de l’image. Pire encore, l’image présente des traînées dégueulasses sur la partie inférieure du cliché, comme un ruissellement de traces graisseuses et là, franchement, je suis abasourdi. Je n’arrive pas à m’expliquer la présence de taches aussi nombreuses et aussi lourdes sur le capteur de ce boîtier qui a à peine six mois de fonctionnement. Et comme je fais partie des maniaques du matos, on ne peut même pas se dire que je ne sais pas changer un caillou avec les précautions d’usage. Je suis dans la merde, à moins d’une semaine du plus gros morceau de l’année, les Vieilles Charrues.

Nettoyage du capteur : attention ! Casse-geule !
Je déballe le kit de nettoyage capteur de chez VisibleDust. Un peu de produit en haut, un peu en bas, mais pas trop. Ouverture du miroir. J’essaie de respirer par le nez, je passe sur la capteur d’un trait, mouais. Je remets mon 50, direction le ciel. Pas de bol, le ciel bleu a disparu, ici c’est Brest. Rebelotte, je reviens sur LR. Les traces ont disparu dans la partie inférieure mais d’autres traces apparaissent ailleurs. Voilà. Bienvenue dans la diagonale du fou. Je vais essayer de nettoyer à plusieurs reprises, en changeant le sticker, rien n’y fait, les traces sont encore là. Fin de la journée, je renonce, je suis furieux, déjà prêt à tout bazarder, le D3s, les optiques, à tout plaquer, à arrêter la photo (vieux refrain) pour aller élever des chèvres dans le fin fond de l’Afghanistan, un chapeau grotesque sur la tête, comme le héros du film de Jeunet. Je suis passé du rire aux larmes, en moins de deux. Finalement la décision est prise. Demain j’amène mon D3s chez Phox qui va se démerder pour me nettoyer ce satané capteur…

Pourquoi des tâches sur le capteur du D3s ?
D’abord, balayons d’un revers de main l’hypothèse selon laquelle D3s mangerait plus de poussières qu’un autre boîtier. Tous les appareils photos numérique sont concernés, tous sans exception. La bonne question n’est pas de se demander pourquoi D3s mange de la poussière et des particules graisseuses mais bien pourquoi mon D3s se comporte de cette manière. D’ailleurs d’autres photographes équipés en D3 ou D3s m’ont confié qu’ils n’ont pour leur part que peu de problèmes. Alors pourquoi le mien ? D’abord, je change d’optiques fréquemment, alternant du 24-120 au 70-200 et désormais un 50. Chaque fois qu’on enlève une optique, le potentiel d’entrée de particules est élevé. Lorsque le miroir s’actionne, c’est la rumba des poussières, à l’intérieur. Un technicien de Nikon France, que j’ai contacté, m’expliquait qu’il peut se produire un phénomène d’aspiration de particules de poussières microscopiques, même à travers une optique en place. La micro-poussière est invisible à grande ouverture, en revanche à partir de f16 et au delà elle se révèle dans toute son infecte splendeur. Autre paramètre, je fréquente des salles de concerts qui sentent la bière et l’animal et dont l’air est saturé de poussières en tout genre, comme le Vauban ou le Run ar Puñs, et ceci explique largement cela.

En conclusion.
D’abord, non, je ne vends pas mon D3s. Inutile donc de me faire parvenir vos propositions vénales. Ensuite, le conseil c’est de vérifier régulièrement l’état de votre capteur numérique. La technique, très simple. Vous photographiez un objet lumineux , un fond blanc, un ciel bleu à la plus petite ouverture possible (par ex. f16 ou une valeur supérieure) en désactivant l’autofocus et en réglant l’objectif sur l’infini. Si des auréoles, des tâches, des trainées apparaissent, votre capteur a des poussières ou des taches de graisse. Pour les poussières, un délicat coup de soufflette sur le capteur ou l’utilisation d’un pinceau anti-statique feront l’affaire. Évitez absolument les bombes de gaz qui pourraient projeter des substances liquides sur votre capteur (parce que là, c’est sayonara !). Pour les taches graisseuses, deux options. Le kit de nettoyage permettant nettoyer son capteur soi-même ou l’envoi du reflex chez un pro qui vous garantira un capteur vierge et propre. Si vous êtes sur Paris, que vous êtes pro et équipé en Nikon, le staff de techniciens du NPS (Nikon Pro Service) saura vous être utile et vous évitera de plonger, comme moi, le temps d’un soir, dans la plus profonde des déprimes…

Laboratoire argentique. De la théorie à la pratique, un seul mot d’ordre : DIY.

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Je viens de développer coup sur coup deux pellicules Kodak TriX. Difficile de traduire l’émotion et le plaisir que cet acte procure. C’est comme un témoignage, une gratitude au passé. Et disons-le clairement, un passage quasi-obligatoire si l’envie vous prend de tâter un peu des cristaux d’argent. D’abord parce que le développement de la pellicule c’est le prolongement naturel de l’acte photographique. C’est un ressenti, comme une osmose chimique avec ses clichés, c’est prolonger la naissance d’une image, aller au terme, au bout du rêve. L’image que vous avez conçue dans votre viseur, vous allez contribuer à la révéler, que rêver de mieux ? Ensuite parce que techniquement c’est à la portée de tout le monde. Il faut juste un peu de patience et de technique que vous apprendrez à maîtriser. Enfin et surtout ! Parce que faire soi-même, ça a deux avantages majeurs. D’une, vous savez ce que vous faites. Si vous avez bien fait, vous pouvez le reproduire et si ça ne vous plaît pas, vous pouvez toujours améliorer. De deux, quand on fait soi-même ça coûte toujours moins cher que lorsqu’on le fait faire par un autre ! Mieux et moins cher. De vous à moi, je m’étais renseigné sur les tarifs de développement des laboratoires « professionnels ». Pour développer une pellicule TriX 400, l’addition était plutôt salée. Entre le prix du développement lui-même et la réalisation de clichés basses déf livrés sur CD (14,50€), les frais de port aller-retour (12€) j’arrivais à un ticket de 26,50€. Pas donné le prix du rêve, hein ? Alors qu’à y regarder de plus près, il faut à tout casser une demi-heure pour développer une pelloche avec un coût de revient carrément rikiki. Le calcul est vite fait et tient en trois lettres chères au coeur de nos amis anglo-saxons. DIY. Do it yourself ! Non seulement c’est amusant, c’est de surcroît gratifiant et ça coûte vraiment pas grand chose. Juste le temps que vous allez y passer. Et au risque de me répéter, la grande vertu de l’argentique c’est justement ça. Le temps. Alors, vous êtes prêts ? Suivez le guide !

De la méthode !
Comme disait ce cher René (Descartes hein ? Pas le mari de la Céline), le secret réside dans la méthode. Soyez bien organisé et vous verrez, ça va être tout de suite beaucoup plus facile ! En gros pour développer une pellicule argentique, vous avez besoin de quoi ? Une cuve, des produits de traitement (révélateur, bain d’arrêt, fixateur, lavage et rinçage), quelques bidons, un thermomètre et un point d’eau. Pas franchement sorcier, donc. C’est souvent la cuisine qui sert de laboratoire provisoire, le temps du développement. Prenez soin d’éloigner les produits alimentaires, il s’agirait de ne pas confondre Nesquick et Lavaquick. Utilisez du matériel dédié au développement : entonnoir, torchons, éponge, histoire d’éviter que votre yaourt n’ait un goût de révélateur. J’ai une grande mallette en alu dans laquelle je stocke tout mon matériel qui est ainsi à l’abri de l’air, de la lumière et des prédateurs (mes chats). En gros, vous allez avoir besoin de certains produits que vous n’utiliserez qu’une fois, c’est ce qu’on appelle le bain perdu, c’est le cas du révélateur Kodak D76, du produit de lavage Lavaquick (Tetenal) et du produit de rinçage Photo Flo (Kodak). En revanche d’autres produits sont réutilisables plusieurs fois, comme le bain d’arrêt Tetenal Indicet ou le fixateur Kodak Fixer. L’idéal est de positionner vos produits de traitement sur la table de travail, de gauche à droite, prêts à être utilisés :

le révélateur (à gauche, pastille verte), dont vous allez préparer une dose dans un broc gradué. Si votre cuve fait 500ml, il suffit de mélanger 250ml de révélateur D76 à 250ml d’eau, de bien mélanger et de veiller à ce que le tout soit à une température de 20° c. Au besoin vous utiliserez un bain-marie : une grande bassine, de l’eau à bonne température et vos bouteilles ou bidons dans la bassine.

le bain d’arrêt (pastille orange) est prêt dans sa bouteille accordéon. Devant lui une bassine en plastique vide est disponible pour récupérer le liquide après le traitement.

le fixateur (pastille rouge) est aussi en attente. Après utilisation, il sera aussi récupéré dans sa bassine.

le produit de lavage Lavaquick est un produit qui se jette après chaque utilisation. Une bouteille de jus de fruits en PVC de récupération permet de faire la préparation (20ml de Lavaquick pour 430ml d’eau à 20° c).

le produit de rinçage Photo-Flo est également un bain perdu. J’utilise une éprouvette graduée et un compte-gouttes pour le préparer à raison de 10 gouttes pour 500ml d’eau à 20° c. Un conseil évitez de trop remuer, Photo-Flo a tendance à mousser !

Voilà. Vos produits n’attendent que vous. Comme le processus de développement se fait d’une traite, le fait d’avoir tous les éléments sous la main, de savoir où se trouve chaque produit, dans l’ordre logique, va vous faciliter grandement la tâche dans l’application des quatre traitements successifs. Et encore une fois, soyez zen et prenez votre temps. Vous avez logé votre film est dans votre cuve de développement dans le noir complet ou bien comme moi vous utilisez une cuve Jobo Daylight, lorsque le film est à l’abri dans la cuve, vous êtes prêt.

Le développement du film négatif en cinq étapes.

1- Le révélateur
C’est la première phase du développement et autant le dire clairement, c’est là où tout se joue. Vous devez faire tremper votre film négatif pendant la durée indiquée par le fabriquant du révélateur pour le film que vous utilisez. Dans mon cas, j’utilise le révélateur Kodak D76 pour une pellicule Kodak TriX 400 poussée à 1600iso. Le temps de développement conseillé par Kodak est de 13 minutes trente dans un révélateur à 20° c. Le fait d’utiliser un révélateur à bain perdu est une excellente méthode qui permet d’avoir une constance dans les résultats obtenus, pour un prix de revient modique (environ 0,48€ par film).

Ôtez le gros bouchon orange de votre cuve. Versez la dose de révélateur dans la cuve, d’une traite, remettez le bouchon. Déclenchez le chronomètre (celui de iPhone est parfait) et agitez votre cuve en la retournant pendant trente secondes. Attention. Vous ne préparez pas un cocktail, inutile de secouer la cuve comme si vous étiez en train de préparer un punch coco ! Reposez la cuve en la tapant légèrement sur la table (ou sur un tasseau en bois disposé sur votre table), ce qui a pour effet de dégager les bulles d’air s’il y en a. Ensuite, toutes les trente secondes, effectuez six ou sept retournements de la cuve rapidement, pendant cinq secondes. Vous verrez, vous allez rapidement trouver le rythme ! En n’oubliant pas de taper le cul de la cuve après chaque séance de retournements. Le temps passe. Vous pouvez mettre à profit les tranches de repos de la cuve pour préparer votre bouteille de bain d’arrêt.

Treize minutes trente, pas plus. Enlevez le bouchon de la cuve et videz la dans l’évier. La vidange ne dure guère plus de cinq à six secondes, c’est étudié pour ! Il est temps de passer au bain d’arrêt.

2- Le bain d’arrêt
Dans votre cuve vidée de son révélateur, remplissez avec du bain d’arrêt et remettez le bouchon. C’est le bain d’arrêt qui siffle la fin du jeu au révélateur, qui interrompt son processus. À partir de maintenant tout est plus calme. Pendant une vingtaine de secondes, tournez la cuve haut-bas à raison d’un retournement toutes les deux secondes. Quand c’est fait, enlevez le bouchon de la cuve et récupérez le bain d’arrêt dans la bassine prévue à cet effet.

3- Le fixateur
Le fixateur va dissoudre les cristaux d’argent non-développés. Le négatif devient transparent sur les zones non exposées et prend son aspect définitif. Lorsque vous avez rempli la cuve de fixateur et mis le bouchon en place, déclenchez le chronomètre. Kodak indique une durée de fixation de cinq à dix minutes, pour ma part je fixe pendant sept minutes environ. Du côté agitation, c’est le même tempo que pour le révélateur, le stress en moins. On agite pendant les trente première secondes, une petite tape sur le cul pour les bulles d’air, puis six ou sept retournements toutes les trente secondes pendant cinq secondes, avec la petite tape au bout des cinq secondes. Facile. Quand c’est fait, on récupère le produit dans sa bassine et on est content parce que c’est presque fini.

4- Le lavage
Il faut laver le film soigneusement et le rincer abondamment à l’eau claire, toujours à température de 20° c. Posez la cuve (toujours fermée) dans l’évier, faites couler l’eau dans la cuve par le trou central pendant deux minutes. Quand c’est fait, videz la cuve de l’excédent d’eau et remplissez avec la préparation Lavaquick. Ce produit est sensé amélioré la qualité du lavage du film et réduire le temps de traitement. Lorsque votre cuve est remplie, remettez le bouchon et agitez la cuve pendant deux minutes sans interruption. Puis, purgez la préparation Lavaquick et faites à nouveau couler de l’eau claire dans la cuve. Si vous disposez d’une cuve Jobo et du système Cascade, c’est le moment de l’utiliser, le lavage du film (pendant cinq bonnes minutes) n’en sera que meilleur.

5- Le rinçage
Versez votre préparation Photo-Flo dans votre cuve. Fermez avec le bouchon et tournez tranquillement la cuve haut et bas pendant trente secondes. Un conseil, ne secouez pas trop fortement la cuve car Photo-Flo a tendance à mousser. Voilà, pour le développement c’est fini. Vous voyez c’était pas sorcier. D’autant que l’instant magique, le vrai, c’est maintenant.

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Un soupçon de magie.
Fébrilement, vous ouvrez la cuve et là, il se montre enfin à vos yeux. En négatif les images que vous avez créées apparaissent sur le film. Même si le procédé chimique est connu, on ne peut s’empêcher d’être émerveillé. Vite, vous le secouez délicatement, vous attachez deux pinces lestées à chaque extrémité du film et vous le suspendez à l’abri de la poussière, au calme. Vous le laissez ainsi sécher tranquillement pendant quelques heures et puis, finalement, vous le découpez délicatement bandes de six vues que vous rangez soigneusement dans des pochettes de papier cristal. Maintenant, deux chemins s’offrent à vous. Quelques uns d’entre vous vont poursuivre le chemin et continuer l’aventure vers les joies de l’agrandisseur et les papiers barytés. D’autres (c’est mon cas), vont numériser les négatifs en utilisant un scanner à film. Qu’importe. Le moment où vous découvrez l’image, enfin, ce moment là n’appartient qu’à vous. Le négatif vous dévoile alors tous ses secrets. Il est intemporel. Mieux encore, il demeure contemporain et il est incroyablement moderne.

• cliché : Fredrika Stahl au Run ar Puñs en avril 2011. Canon New F1, Canon FD 55mm f1,2 SSC, Kodak TriX 400.

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Programmation du festival des Vieilles Charrues 2011. United colors of Kerampuilh.


Aux toutes première notes de « Walk on the wild side » impossible pour moi de réprimer un petit « Oh ! » qui fait sourire mon pote Hugues qui présente la prog de la vingtième édition des Vieilles Charrues cru 2011. Lou Reed, c’est l’excellente et totale surprise de cette édition. C’est celui que je n’imaginais pas, plus précisément que je n’espérais plus. T’en veux d’la légende bébé ? En v’là et pas du petit calibre. On y reviendra. Mais avant de vous parler plus en détail de mes coups de cœur de cette édition 2011, un petit préambule. Le meilleur moyen de ne pas être déçu par une programmation, c’est de n’en n’attendre rien de particulier. J’avais entendu Francis Cabrel dire qu’aux Vieilles Charrues, le truc important c’est pas les artistes, non, le truc important c’est les Vieilles Charrues. Il avait tout pigé, le Francis. Il avait capté l’esprit de ce festival. Finalement, pour schématiser, il y a deux sortes de festivaliers aux Charrues. D’un côté il y a les festivaliers qui viennent pour la programmation, ceux-là peuplent les forums, supputent à donfe, croient à la fois au Père Noël ET aux poissons d’avril. Ils fantasment grave toute la Sainte journée sur la venue, en vrac, de U2, de AC/DC ou des Who. Ils font la gueule à l’annonce de la prog mais pour une grande majorité d’entre eux ils viendront quand même. Parce que nombre d’entre eux fait partie des festivaliers qui viennent pour le festival, pour les Charrues, pour boire un godet de Coreff (ou un pichet d’un litre si tu t’appelles Jean Floc’h) ou un Breizh Cola au bar numéro 4 et savourer cette inimitable ambiance qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Les Vieilles Charrues existent d’abord grâce aux bénévoles et aux festivaliers et ce n’est pas un hasard si la thématique retenue pour les vingt ans des Charrues c’est justement les gens, tous ces gens qui font vivre et vibrer la plaine de Kerampuilh pendant quatre jours. « On fournit le son, vous apportez les couleurs ! » Voilà. Tout est dit. United colors of Kerampuilh, vingtième du nom. Top départ.

Et là vous me dites, et cette année alors ? Voici mes coups de cœur, en vrac. Pas nécessairement des têtes d’affiches, même si je place Lou Reed tout en haut des concerts absolument et définitivement inratables. Lou Reed, découvert il y a un bail par hasard à la sortie de « Coney Island baby« . La claque, la révélation du rock dans toute sa grandiose splendeur. Le Velvet underground, un nom mythique, une définitive légende du rock et de la pop. J’avais pris dans la gueule, coup sur coup « Transformer« , « Rock’n roll animal » et le sublissime « Berlin » qui fait partie de mon top ten personnel des dix meilleurs albums pop rock de tous les temps, on ne plaisante pas. J’ai vu Lou Reed en live en 1975 et ce concert est resté profondément ancré dans ma mémoire. Voir Lou Reed encore une fois, ça va être un magnifique privilège de la vie. Et pouvoir le croiser dans le collimateur de mon reflex, ça va être unique et intense. Dans un autre registre, je vais enfin voir Kaiser Chiefs qui devait passer aux Charrues il y a trois ans ou quatre je ne sais plus, leur son pop rock (comme on dit sur la FM) me parle, ça va pogotter maousse et rendre le public heureux. Pareil pour Pulp, le combo porte-étendard de la pop british avec un Jarvis Cocker qu’on espère remonté à bloc. Je vais en épater plus d’un mais j’attends aussi David Guetta, je veux bien parier une Coreff avec Jean Floc’h que le set va être monstrueux, même si ça ne tape pas vraiment dans mon registre (doux euphémisme), mais après tout un peu d’easy listening ça ne fait pas de mal, comme dirait Maïté. Dans la série deux pour le prix d’un, j’ai vraiment hâte de voir ce que les p’tits gars de The Octopus nous auront préparé en ouverture du festival, scène Kerouac le vendredi. Les gagnants du tremplin des Jeunes Charrues sont aussi de véritables bêtes de scène, il faut le savoir. Un conseil, vendredi 15 juillet, soyez à l’heure, The Octopus, ça va envoyer le pâté, Hénaff ça va sans dire ! Si vous avez faim de rock, de gros son, de sueur, de bière et d’animal, avec The Octopus, vous allez être servi. Vous ne raterez pas non plus The Bellrays et la sublime Lisa Kekaula, à mi-chemin entre Aretha (Franklin) et Tina (Turner), qui avait foutu un feu d’enfer en d’autres temps à mon respectable et mythique Cabaret Vauban, avec les rescapés du MC5. Dans la série beau temps, mer calme, j’ai promis à mon pote Hugues de ne pas zapper Jack Johnson le vendredi, qui va nous ramener du soleil de sa Californie natale, ainsi que Angus & Julia Stone, dans un registre pop folkeux australien de bon aloi. Dans le genre OMNI (objet musical non identifié), j’irai décalaminer mes esgourdes sur DJ Zebra feat. le Bagad de Carhaix, gast ! Du côté du cabaret breton, rebaptisé scène Youenn Gwernig, pendant les quatres jours il y aura quelques pépites succulentes, j’ai noté Titi Robin trio ou Ibrahim Maalouf (tous les deux découverts au festival du Bout du Monde), Olli & Mood, Marchand vs Burger (salut Rodolphe ça gaze ou quoi ?), Duoud (un duo de ouds), pour ne citer qu’eux. Et dans le rôle des potes de Brest, j’irai jeter quelques unes de mes forces, s’il m’en reste, dans le set de Electric Bazar Cie et je poserai mon sac pour Siam, le groupe composé par Fanny Labiau et Bruno Leroux dont je vous recommande au passage d’écouter l’excellent premier opus intitulé « L’amour à trois« , en vente partout. What else ? Plein de bonnes choses. Difficile d’ignorer les sets d’Adam Kesher (vu à Art rock et à la Route du rock), des Hyènes qui reprennent des standards du rock pour le fun mais pas en yaourt (même s’il y a deux vrais morceaux d’ex Noir Désir dedans) ou des allumés de The Inspector Cluzo que j’avais raté au Run ar Puñs récemment. Idem pour Cold war kids ou Stromae (qu’on verra aussi à la Fête du Bruit dans Landerneau en août). En partenariat avec le Sziget festival, il y aura du (beau) monde aux Balkans avec des joyeux déjantés dont Goran Bregovic, Balkan beat box, excusez du peu. Et maintenant, on range les cannes et on passe au calibre supérieur, pour la pêche au gros.

Pas de Vieilles Charrues sans des noms capables de faire venir la foule des grands jours. Yannick Noah fait partie de ceux-là, il vient de bourrer Penfeld en attirant 10.000 spectateurs à lui tout seul. Jeu, set et match. Le samedi, ça va être chaud, d’autant que c’est aussi le jour de Supertramp et de Cypress Hill ! Idem le dimanche, puisqu’en dehors de mon cher Lou Reed, sur la même scène on va savourer PJ Harvey que j’aime beaucoup et pas seulement parce qu’elle m’a emprunté mon prénom anglais et qu’elle est vachement sexy. Non, j’aime bien son côté hardcore déjanté, son style pop rock un peu crème au beurre, limite indigeste, mais c’est tellement bon de se baffrer comme ça sans retenue, non ? Écoutez « This is love » en poussant le potar vers le haut, vous comprendrez ce que je veux dire. Le jeudi, aussi, du lourd. D’abord du rock teuton avec Scorpions, dont on nous assure qu’il s’agira là de leur dernière prestation live (celui qui a dit « bonne nouvelle ! » sort immédiatement de ce blog !). Si la femme de ma vie est dans les parages quand le groupe entonnera « Still loving you« , je lui promets un slow de derrière les fagots estampillé seventies. Bon, coup sur coup on aura aussi le même jour Kaiser Chiefs (i say yeah !), Snoop dog qui paraît-il se fait désormais surnommer « Doggy style », amis du club des poètes bonsoir, le retour de Pulp qui va vous la décoller du bulbe la pulpe, et les frenchies de service qui vont rameuter la foule des grands jours. D’un côté M’sieur Aubert (celui qui en 77 gueulait dans l’hygiaphone) et Mademoiselle Olivia « just sing » Ruiz, qu’on ne présente plus. Et pendant que j’y suis, le lendemain, M’sieur Eddy pour une dernière séance ouakenole. J’ai oublié personne ? Ah ben si ! D’abord Ben l’oncle soul, vu au Cabaret Vauban. Un garçon plein d’énergie positive, vous allez adorer et mouiller la liquette. Et Pierre Perret, aussi connu pour son zizi légendaire (celui qui amidonne la main de sa soeur) que pour des registres plus graves comme le sublime « Lili ». Je l’avais vu, l’ami Pierrot, au festival du Bout du monde, c’était somptueux, j’en connais même un qui avait pleuré.

Allez, ça c’est fait. Je vous donne rendez-vous dans trois mois et un jour sur le site des Vieilles Charrues pour faire la fête. Si vous me croisez sur le festival, vêtu de mon élégant polo brodé Shots (Hervé Le Gall est habillé par Minipop), n’hésitez pas à vous manifester (même si tu t’appelles Jean Floch et que tu es déjà à bloc), on fera une petite photo souvenir. Les annonces de la conférence de presse d’hier, à Carhaix, étaient ponctuées par un lancer de boule de bowling d’un des membres de l’équipe des Vieilles Charrues. La dernière boule fut lancée par Jean-Jacques Toux, programmateur des Vieilles Charrues. Il s’est avancé sur la piste, fébrile, sous le regard un brin goguenard des journalistes présents. D’une main assurée, la boule a glissé sur la piste… Strike ! Jean-Jacques s’est retourné, est tombé à genoux les deux poings levés, large sourire. Belle image, je trouve. Finalement l’esprit de ce festival, on y revient toujours, c’est un peu ça. Les Vieilles Charrues, c’est d’abord l’histoire d’une bande de potes qui sont là pour se marrer. Alors ? Vous êtes prêts ou quoi ? N’oubliez pas. Cet été à Carhaix il y aura du gros son. Je compte sur vous pour nous en faire voir de toutes les couleurs !

Nikon D3s. C’est pas parce qu’on n’a rien à dire…

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Dingue. Dix jours que j’ai pas écrit un mot. Dix jours que, finalement, je n’ai RIEN à dire. Je reçois des emails de protestation de lecteurs de Shots. Ben alors ? Depuis que tu as un D3s t’as plus rien à dire, Harvey ? Eh bien t’es pas tombé loin mon ami… Bon, bien sûr, je pourrais faire comme un paquet de blogueurs, avec la vieille recette du pompage de billets. Savez-vous que d’après machin, Canon s’apprêterait à sortir un boîtier de 42 millions de pixels avec génération automatique de flux vidéos en format RAW natif ? Si, si, c’est ma belle-sœur qui lit régulièrement un site de rumeurs qui me l’a dit. Non franchement, pomper du flux pour soigner mon ego et enrichir mon flux RSS ? Pas pour moi. De toutes façons, mon ego, aussi rikiki soit-il, se porte bien sans relayer toutes les conneries du net. De vous à moi, je lis très peu les blogs, surtout les blogs de photographes. Un photographe c’est là pour faire des photos, pas pour écrire du bla-bla, à quelques très rares exceptions prêts, suivez mon regard. À l’affirmation « j’aime beaucoup ce que vous faites, Monsieur Le Gall ! » toujours éviter de répondre « oui j’aime aussi beaucoup ce que je fais » ça ne passe pas. Bon, où en étais-je ? Ah oui c’est ça. Vous avez raison, chers lecteurs et lectrices assidûs de Shots, ça fait une petite dizaine de jours que je n’ai pas écrit le moindre mot, enfin ici je veux dire. Ici, parce que ma vie ne se résume pas à Shots, quand même. J’ai aussi une vie en dehors de ce blog et même une vie sociale. Je ne suis pas un geek enfoui dans sa tanière devant son iMac à traquer la moindre émotion nouvelle et technologique. D’ailleurs entre nous, côté émotions et technologies photographiques, c’est plutôt demi-molle comme on dit du côté du Vauban, à Brest même. Beau temps, mer belle et calme, l’electro-encéphalogramme de l’actualité photographique est proche de zéro. On attendait un petit signe du côté de Canon ou de Nikon au CES et finalement rien, nibbe, niante. Donc on fera comme tous les ans, hein ? On attendra sagement la prochaine manif’ planétaire, je crois que c’est en février. Les sites de rumeurs feront du flux et seront relayés par des blogueurs qui n’ont toujours rien à dire. Et ne vous en faites pas. Si en février il n’y a rien, on vous donnera rendez-vous en juin puis en septembre à la Photokina. Vous voulez mon avis ? Pas vraiment sûr que quiconque annonce quoique ce soit avant l’été. Et je vais vous dire franchement. Personnellement, je m’en tamponne.

Dix jours et pas un mot. Je vous ai dit que j’ai acheté un Nikon D3s ? Oui, bien sûr que je vous l’ai dit. Je l’ai reçu il y a dix jours. Un D3s avec un 70-200 2,8 VRII et ce fameux Nikkor 24-120 f4. Et justement ce matin j’ai reçu mon flash SB 900. Bon, le flash pour un photographe de concert, c’est comme le parapluie au Sahara, pas vraiment le genre d’accessoire très utile et même carrément honni, interdit, dont l’utilisation est prohibée. Mais en dehors de la scène, pour « déboucher les ombres » comme disait je ne sais plus quel photographe qui avait sans doute envie de se la péter, en éclairage d’appoint, un flash c’est quand même drôlement utile. Je vais beaucoup bosser là-dessus, dans les mois qui viennent. La gestion de la lumière, ça me fascine. Les photographes de concerts et d’une manière générale de spectacles, de reportages, utilisent souvent la lumière qu’on leur sert, avec plus ou moins de bonheur. Avec le flash, un ou plusieurs asservis et déportés, il y a des zones d’ombres à explorer, si j’ose dire. Bref, dix jours avec D3s et je n’ai rien à dire. RIEN. Je suis apaisé, en fait. Ce boîtier, je l’ai en main, je le sens bien. Chaque fois que j’ai shooté avec D3s en concert (Eiffel en décembre 2009 puis -M- en concert privé en décembre dernier) je pensais à une scène de l’excellent dessin animé « Kuzco » de Disney, lorsque Isma la vilaine interpelle Kronk le serviteur un peu décoiffé du bulbe en lui disant : « Tu sens la puissance Kronk ? » Voilà ça fait ça, en fait, d’avoir un D3s en main. C’est sentir la puissance au bout de son bras. On oublie vite le seul défaut du D3s, son poids, surtout quand il héberge le fabuleux Nikkor 70-200. Ministère de l’homme. Vous en avez, nous aussi. Que dire de D3s ? J’entends par là, est-ce que je pourrais balancer une saleté sur ce boîtier reflex numérique ? Est-ce qu’à un moment donné je l’ai pris en défaut ? Je pourrais peut-être évoquer que 12mp c’est pas terrible par rapport à 16 (et encore moins par rapport à 21 ou à 24), qu’avec ça je peux pas faire un agrandissement au delà de 30 par 40 ? C’est une blague tout ça. À un moment donné, il faut savoir se taire, accepter les évidences. Ce boîtier est au dessus du lot. Je ne connais pas un photographe professionnel sérieux, je veux dire un photographe de terrain, qui prétendra le contraire.
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Non il n’y a rien à dire sur D3s ou plus précisément, il n’y a rien à redire sur ce boîtier. Comptez sur moi. Si je trouve le moindre truc qui m’agace, je ne serai pas le dernier à en parler, mais pour le moment, la vue est dégagée, comme le soleil qui darde sur Brest ces jours-ci. D’ailleurs, dès que l’occasion se présente, j’embarque mon boîtier avec moi, histoire de lui faire prendre l’air et découvrir la Bretagne (que les japonais adorent, par ailleurs). En concert, sa capacité (que j’ai largement évoquée ici-même) à accrocher le point dans des conditions de lumière désastreuses ne finit pas de m’étonner. C’est net même quand il n’y a pas de lumière. Bizarrement, j’évite de monter au delà de 6400iso, je ne sais pas pourquoi ou plutôt si, je sais. C’est une forme de pudeur en fait, comme si une petite voix me disait qu’à 12800iso l’aventure est trop facile. Bon, soyons honnête. À 6400iso, il y aura toujours plus de grain qu’à 1600, voire 800iso. Et là j’entends des voix interloquées « Quoi ? Il y a du grain à 6400iso sur un D3s ? » Il y a un léger grain, oui, mais vraiment léger, comparé au grain de malade sur certains autres boîtiers, pas la peine de vous faire un dessin. Bon, sinon le reste, tout le reste est du même calibre. Les optiques quant à elles sont solides, rien à dire sur le 70-200 f2,8 qui suit le boîtier dans toutes les conditions, une mention spéciale (je ne me lasse pas de le répéter) au 24-120 f4. Cette optique trans-standard est aussi lumineuse qu’un caillou qui ouvre à f2,8 grâce au traitement nanocristal appliqué à chaque lentille. Une optique légère, pas trop chère, une plage focale idéale grand angle, petit zoom. Seul léger travers constaté (ah ! Quand même !), un léger vignettage à 24mm et à pleine ouverture, même si pour ma part j’aime bien cet effet un peu vintage, old style sur des clichés en noir et blanc. Il faudra quand même que je teste le Nikkor 14-24 f2,8 un de ces jours, mais j’attends d’abord d’avoir vraiment fait le tour complet du propriétaire et rien qu’avec le D3s il y a de quoi explorer.

C’est pas parce qu’on n’a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule, disait ce cher Michel Audiard avec la pointe d’ironie qui caractérisait son style inimitable. Dix jours sans rien écrire sur Shots et pendant ce temps, j’ai fait mentir Audiard. J’ai shooté quelques sets, dont Nolwenn Korbell Trio au Vauban, qui m’a bien scotché. Des concerts magnifiques se profilent dans les semaines qui viennent. Je vais être de retour sur le terrain, des contrées sauvages et splendides comme le Cabaret Vauban ou le Run ar Puñs, où les lumières se captent avec parcimonie et délicatesse ou encore à la Carène et son plan de feux dantesque. Dans tous les cas je sens que mon nouvel ami va se sentir à l’aise et qu’ensemble nous allons aller chercher de l’image, tout au bout de la nuit.

• photos : Nolwenn Korbell, Jean-Christophe Boccou (Nolwenn Korbell Trio). Cabaret Vauban, Brest janvier 2011 (Nikon D3s + Nikkor 70-200 2,8 VRII, 6400iso f3,2 1/250e).

I am a Nikon fellow. Ma campagne leur a pas plu, n’en parlons plus.

nikon_userNon mais, franchement, de vous à moi, là je ne comprends pas. La photo est chouette (un cliché pris au Run ar Puñs, un cadeau de mon ami Guy Chuiton, photographe de jazz), j’ai respecté la charte graphique pile-poil, j’ai tout fait comme il faut et pourtant ma campagne n’a pas été retenue. Décidément, vous conviendrez avec moi que les voies de la pub et du marketing sont impénétrables…

Wankin’ noodles + Skip the use. Au Run ar Puns deux putains de concerts pour le prix d’un !

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Putains de concerts ! Ça faisait bien longtemps que ça ne m’était pas arrivé, d’être suffisamment scotché après un concert (voire deux) pour prendre mon clavier et gueuler mon enthousiasme sur tous les toits. Bon, c’est vrai, il faut dire que ça faisait quelques mois que je n’étais pas allé au Run ar Puñs, mais parfois la tête dit oui et le corps dit non. Bref, samedi soir, session de rattrapage, j’ai vu deux groupes qui m’ont carrément subjugué !

D’abord les rennais de Wankin’ noodles. Un chanteur king size, totalement déjanté, un poil insolent mais juste ce qu’il faut pour tendre l’oreille. Une prestation scénique de très (très) haut niveau, une dégaine rock british très seventies au look très étudié, un groupe bien en place et un rythme d’enfer pendant tout le set. Le genre de concert où quand ça s’arrête tu te dis « merde alors ! C’est déjà fini ? » Le public, extatique, chauffé à blanc, a pogotté dans tous les sens et a rappelé le groupe. Énorme ! Et un putain de concert, un !

Ensuite Skip the use. J’avais déjà fait le précédent concert, pied au plancher, sans jamais décrocher de la cinquième (nuit) mais je ne savais pas qu’on pouvait aussi passer la sixième et lâcher la bride à ce point-là. Comment dire ? Sur scène j’ai déjà vécu la furia, j’en ai déjà vu des allumés, des fadas du gros son, des racks de Marshmal calibrés proches de l’implosion, des climats de guerre civile dans la fosse,je pense à des gens comme Aqme, Lack, Those legendary shack shakers, les Béru (au Vauban) ou Mass Hysteria mais franchement ! Mouss et ses potes (d’avance pardon Mouss pour ce que je vais dire…) c’est des enfants de choeur à côté du bois qu’envoit un groupe comme Skip the use. Ici c’est du rock énergique (doux euphémisme), c’est furieux mais ça reste très mélodique, c’est aussi méchant dehors que tendre dedans, le tout étant structuré autour de la prestation scénique monstrueuse du chanteur qui répond au doux patronyme de Mat Bastard. Une reprise de Blur meilleure que l’originale (Song 2), le groupe est rappelé, encore et encore. Seul bémol de la soirée, une petite blondinette (qui aurait dû préférer le Breizh cola au rhum planteur) qui n’a cessé de proférer au chanteur des insanités que la décence m’interdit de retranscrire ici (lol) et qui, mine de rien nous a un peu pourri le groove, mais bon ! Ambiance ouakenole. Et un deuxième putain de concert, un !

Des soirées comme celle-là, je veux bien en signer deux par mois (au delà, je me connais, je tiendrai pas). Le dimanche matin, j’avais un peu la gueule en vrac, la pulpe encore fraîchement secouée par la soirée de la veille. N’empêche. J’étais vraiment heureux de retrouver le Run ar Puñs dont on ne répètera jamais assez que cette salle est parmi ce qui se fait de mieux en matière de musique actuelle. D’ailleurs, quitte à être un peu radical (salut Doudou ça gaze ou quoi ?), je vais vous dire. C’est simple. Si vous n’avez jamais vécu une soirée comme celle-là au Run ar Puñs, il manque un chapitre définitivement essentiel à votre manuel de la Rock academy. Alors ? Vous venez quand au Run ar Puñs ?

cliché : Skip the use au Run ar Puñs

bientôt en ligne sur Cinquième nuit les photos de Wankin’ noodles et Skip the use.

voir le site du Run ar Puñs