Mansfield Tya. Dans les bras de Nyx, déesse de la nuit.

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Je suis sorti secoué, lessivé, éreinté, essoré, subjugué du set de Mansfield Tya. Depuis, j’essaie (vainement) de reprendre mes esprits, en écoutant notamment NYX, le nouvel opus des deux damoiselles du duo nantais. Un signe qui ne trompe point. Bon, déjà il y a quelques mois, j’avais eu l’occasion d’approcher l’univers musical de ce groupe totalement atypique, d’effleurer la beauté, la douceur vénéneuse et la violence de leurs compositions. J’avais écrit un billet pour le site du Vauban sur la venue du groupe en octobre à l’invitation des filles de CoNNe AcTioN et là j’avais pris, coup sur coup, deux titres en pleine gueule. Animal, d’abord, une composition étrange, un univers étrangement fascinant, mélange de voix baroques et de pizzicatos violonesques assumés avec une assurance parfaitement maîtrisée et là je m’étais dit, en me parlant à moi-même, mais putain, what the fuck, on ne m’avait donc rien dit ? Et puis par dessus, il y avait eu un autre titre qui a tourné en boucle, à la fois sur le site du Vauban et dans ma tête pendant des mois et il ne fut pas rare que l’envie me prenne de fredonner “il n’y a pas d’étoiles sur le plafond…” régulièrement dans la journée, ce qui agaçait considérablement mon entourage. Bref. J’étais accro. Mansfield Tya était entré dans ma tête, par la grande porte, sans effraction, avec douceur et volupté, instillé dans mes veines comme un divin poison. Comme j’aime, en somme.

Et puis il y a eu le set du Vauban. Sur scène, deux synthés, une batterie et deux filles, Julia et Carla. L’une vocalise pendant que l’autre s’applique, désinvolte mais consciencieuse sur son violon et là, dès la première note, Ô mes petits frères et sœurs ! Un frisson qui m’envahit le cortex, me secoue la carlingue de haut en bas, quelque chose d’indéfinissable, de doux et en même temps de violent, comme une passion, un feu, une petite mort, un ange exterminateur. Mansfield Tya c’est une tornade, un truc qui te prend, te soulève et qui ne te lâche plus. Ça passe ou ça casse. Soit on aime, radicalement, soit on déteste définitivement, mais avec elles, pas de juste milieu, pas de peut-être, de oui pourquoi pas ? Ça n’évoque rien, c’est à la fois de la pop, mâtinée de son baroque qu’on croirait tout droit venu de temps lointains, à voir ces deux filles faire tout avec brio on pense au son rock minimaliste des White stripes et puis non, ça repart un peu plus loin, je ferme les yeux et la complainte des voix me rappelle la douceur des filles du trio Au revoir Simone, mais pas pour très longtemps parce que Julia est déjà à la batterie et cogne sur ses fûts comme une furie, mais toujours avec élégance. Totalement désinvolte, cette Julia, c’est marrant elle me rappelle vaguement quelqu’un, croisé aux Vieilles Charrues, dans un univers parallèle, sans doute. Mansfield Tya me tient et ne me lâchera plus. Une petite heure à peine et l’oiseau s’est (déjà) envolé. C’est d’ailleurs le seul (petit) reproche qu’on pourra faire au duo, on ressort un peu frustré tellement c’était bien, tellement c’était bon, tellement qu’on a envie d’en reprendre encore un peu, comme quand on a envie de lécher le fond de la casserole avec ses doigts, avec gourmandise, mais non, enough is too much, c’est fini et putain ! C’était vraiment bon…

Finalement on ne pouvait imaginer meilleure ouverture que Mansfield Tya pour cette première édition d’Astropolis collection Hiver. J’ai rencontré Julia, après le set, elle et son regard bleu azur. Je lui ai dit que j’avais cru croiser son chemin par le passé et elle m’a regardé en souriant avant d’ajouter : “Ah ! Je vois que vous avez rencontré ma sœur…” Je n’ai pas insisté et puis j’ai balancé un hasardeux “j’aime beaucoup ce que vous faites” avant d’essayer de ma rattraper maladroitement sur un truc aussi convenu (en deux mots). Julia, aussi lumineuse à la ville qu’à la scène, pas la peine d’en rajouter. Putain de concert. Mansfield Tya est entré dans mon Panthéon musical, en douceur, avec l’élégance définitive qui est la marque de fabrique de ce duo intemporel. Entre Miossec et Bashung, entre Gainsbourg et Daho, Florent Marchet et François Audrain, Romain Humeau et Eiffel, entre Mozart et Au revoir Simone, il y a désormais Mansfield Tya, regard bleuté, mélange sublime de voix et délicieuses bidouilles sonores qui m’emportent ailleurs, loin d’ici, dans les bras de Nyx, déesse de la nuit…

voir le site internet de Mansfield Tya

voir l’article et des vidéos sur le site du Cabaret Vauban

Vieilles Charrues 2011. Quand on aime, on a toujours vingt ans.

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Entre ce festival et moi, comme dirait Miossec, notre histoire ne date pas d’hier. C’est toujours pareil, chaque année. Un mois avant, je commence à traîner des pieds, une semaine avant je me dis que je suis trop fatigué, trop vieux, que le matériel est désormais trop lourd. L’avant veille je suis prêt à rendre les armes, à laisser ma place. La veille, je ne veux plus qu’on me parle des Vieilles Charrues. Je veux plaquer, partir reporter de guerre en première ligne en Afghanistan ou n’importe où sur la planète mais en tout cas loin de Carhaix. Et puis le jeudi matin j’entends la voix douce et sexy de Kerampuilh qui me susurre à l’oreille : “bon alors ? On se voit cet après-midi hein ?” Et me voilà à CharruesLand, pour la énième fois, mon pass Accès scène autour du cou, fier comme un p’tit banc, comme un écolier qui rentre au CP. Je foule la prairie, je me charge d’émotions, je regarde les gens, putain ! C’est ce lieu qui est magique ou bien les festivaliers, les bénévoles, l’organisation ? C’est un mix de tout ça, c’est ça les Vieilles Charrues. Je regarde le ciel. Il fait beau, mais c’est presque accessoire, finalement. J’entame ma longue marche, backstage, qui va me mener pendant quatre jours de scène en scène. De Glenmor à Kerouac, jusqu’à Graal et le Cabaret breton désormais appelé Gwernig. Je commence avec Mademoiselle Ruiz et ses crêpes aux champignons. Olivia ne change pas, la tigresse ibérique n’a rien perdu de son mordant et de son regard infiniment sexy. Trois titres. Je redescends le chemin quatre à quatre pour aller dérusher et donner des images pour la webcover. C’est la première année où j’accepte de bosser comme ça, à contre-cœur d’ailleurs. cette façon de travailler dans l’urgence ne me convient pas, elle ne correspond pas à ma façon d’être, encore moins à ma culture. Je reste un photographe old style, école argentique où l’on a besoin de laisser du temps au temps. D’ailleurs, dès le surlendemain le Macbook Pro restera à la maison.

Les Charrues, c’est d’abord des rencontres, et moi, photographe, je suis là pour prendre des instants, pour qu’on jour on puisse se souvenir des belles choses. Et des belles choses, gast ! J’en ai vécues. Plein. D’abord sur scène, avec quelques concerts d’artistes vibrillonants, au premier rang desquels, cette année, Asaf Avidan and the Mojos, LE concert de cette édition 2011. Après les trois premiers titres, je fonce backstage, instinctivement, parce que j’en veux encore, j’en veux plus, je ne veux pas me contenter de l’image lambda, non, non. Il y a autre chose à faire avec un mec comme ça. Je me retrouve donc backstage, médusé. Une voix me dit à l’oreille : “Je suis sûr que ça te plait, hein ?” Je me retourne. Jean-Jacques Toux, le programmateur des Charrues me sourit. On évoque cette pépite, véritable OVNI de la prog 2011. Et puis j’attends. Asaf Avidan tend son micro au public, une main sur l’oreille. Pas d’hésitation, j’engrange l’image dans mon Nikon D3s. Voilà c’est fait, j’ai mon image. Les anges volent au dessus de ma tête et l’un d’entre eux me conseille de rester, parce que l’histoire n’est pas encore complètement écrite. Fin du set. Asaf tombe genoux à terre et rend les armes et tout le reste devant le public magnifique de Kerampuilh, extatique. Un ange me dit “C’est maintenant“. C’est dans le collimateur, l’index droit que Cartier-Bresson qualifiait de masturbateur titille l’obturateur jusqu’à l’orgasme visuel. Allez, ça c’est fait. Un rapide coup d’œil, dans ce plaisir solitaire, j’étais vraiment seul, tout seul. Cet image n’existera donc que par la grâce de l’ange qui m’a guidé jusqu’au backstage de Glenmor. Idem pour Siam. Je suis arrivé à Gwernig essoufflé, le temps d’embrasser mon pote Charles du Cabaret Vauban. Sur la scène, le set de Siam a déjà commencé, mais on ne peut pas être à la fois sur Kerouac à taper de l’image des excellents The Octopus (vainqueur du tremplin Jeunes Charrues 2010) qui exécutent une reprise du MC5 en compagnie de ce cher Dominic Sonic et ailleurs. Sur scène Fanny Labiau et Bruno Leroux (accompagnés de Benoît “Scholl” Fournier ex-Matmatah à la batterie et de Christophe Le Bris ex-Miossec à la basse) sont déjà à l’œuvre. Lumières ravissantes, rideau rouge, je retrouve ce qui fait la grâce du duo brestois qui joue coup sur coup “la nuit je tais nos cris” et “mercure” mes deux titres préférés de l’album. Siam, c’est un de mes coups de cœur de ces Charrues 2011 avec Ibrahim Maalouf, dans un tout autre genre. Je suis arrivé sur son set pour le titre “Beyrouth”. Pure et définitive émotion, grâce infinie. Mon Dieu et tous tes anges, de grâce ! Préserve ces pépites et fait qu’ils ne deviennent jamais des vieux cons aigris par la vie, le pognon, la coke et les putains, comme dirait Miossec, encore lui. Et je ne dis pas ça pour Lou Reed, en tout cas pas que pour lui. Que reste-t-il des mes amours de velours ? Vingt cinq minutes de shooting interminables, un coït interrompu, un truc pathos où la fille te regarde et te lâche un définitif : “non, mais t’inquiète, c’était bien hein ?” Dieu que j’étais triste. J’ai repensé à Coney island baby, à Berlin. Caroline says that I’m just a toy… Ben ouais, Lou, when the music’s over, comme disait ce cher Jim qui a dû se marrer autant que moi sur l’énorme presta de DJ Zebra accompagné du Bagad Carhaix. C’est aussi à Zebra qu’on doit le mix final joué sur le feu d’artifice. Ah ! Zebra ! Le Chevalier Jedi du mix, petit prince de Kerampuilh, éternel sourire, capable de réveiller un public en deux accords. Total respect. Il paraît que David Guetta a mis le feu, aussi. Je ne peux pas vous dire, au moment de ses exploits, j’étais dans les bras de Morphée. En revanche j’étais là pour shooter le classieux Jarvis Cocker de Pulp. J’ai ramené dans ma besace quelques clichés qui devraient ravir les amateurs de pop savoureuse à la mode british

Difficile de résumer une édition des Vieilles Charrues en quarante lignes. Bien sûr cette édition était spéciale aussi pour moi puisqu’elle scellait le partenariat entre les Vieilles Charrues et Nikon France et que, photographe officiel des Vieilles Charrues équipé par Nikon j’étais bien placé pour favoriser le rapprochement de ces deux entités. C’est une petite fierté, un peu comme lorsque deux de tes amis qui ne se connaissent pas deviennent eux-mêmes des amis. Nikon qui rejoint ma bande de frères et qui ouvre le festival à cinq jeunes photographes, ça ne pouvait que me plaire. Louise, Marjorie, Mathieu, William, Christophe, équipés de leur reflex Nikon D7000 (excusez du peu) et d’une flopée d’optiques, ont arpentés la plaine pendant quatre jours et franchement, pour avoir débriefé leur travail avec eux et Nikon le dernier jour, je peux vous dire que j’étais médusé par la qualité de leur travail. Chaque membre de l’équipe a ramené des clichés de qualité professionnelle, tous dans un style et un regard qui leur sont propres. Je suis vachement fier d’avoir initié cette idée. La candeur de l’œil de Louise, quinze ans, mais déjà une maturité visuelle remarquable. Le côté funky style de William, qui a ramené des images enthousiastes comme son regard. Marjorie, la romantique de l’équipe qui a shooté, le regard empli de tendresse, des clichés de festivaliers heureux. Mathieu qui a cadré au cordeau a ramené des shoots remarquables. Enfin Christophe qui nous a prouvé qu’un fauteuil et une mobilité réduite ne sont pas un obstacle et peuvent au contraire devenir une force, un atout et montrer le festival sous un autre angle, vu de sa fenêtre. Ouaip ! Au risque de me répéter, les gars et les filles de la team Nikon, je suis fier de vous ! Un petit clin d’œil aussi à l’équipe H. qui drive la plateforme handicapés, avec Ronan, Dan, Fred, Gaël et Gaëlle et toute une équipe de bénévoles qui ouvrent le festival aux personnes à mobilité réduite. Chapeau bas, M’sieurs Dames, ainsi qu’aux artistes qui se sont déplacés, au premier rang desquels Pierre Perret. Ah ! Pierrot chantant “Les jolies colonies de vacances” avec les bénévoles, ça valait son pesant de cacahuètes et je me devais d’être là afin d’immortaliser le moment. Respect aussi à Ben l’oncle soul et Snoop Dogg qui sont venus faire des bises et signer des tonnes d’autographe.

C’est pas fini. Les Vieilles Charrues, ça ne sera jamais fini tant que les bénévoles retrousseront leurs manches pour aller servir des frites, faire la vaisselle, ramasser des papiers gras, accueillir les artistes, gérer les états d’âme de certains photographes, suivez mon regard. Jérôme Tréhorel est resté le dandy classieux que j’aime jusqu’au dernier moment et mon cher Tangui Le Cras, finalement, n’a eu aucun problème et ne s’est pas séparé une seconde, ni de son regard malicieux, ni de son ineffable enthousiasme. Idem pour mes potes de la fosse Team, sans qui on serait volontiers restés plus de trois titres sans flash sur certains artistes ou pas, hein Lou ? J’ai salement kiffé “Never miss a beat” de Kaiser Chiefs mais je n’ai pas dansé sur “Still loving you” de Scorpions. Lisa Kekaula et the Bellrays sont toujours aussi sublimes, idem pour PJ Harvey, noir ultra. Côté cœur, M’sieur Eddy, côté balcon Yannick Noah toujours aussi impeccable, surtout sur les passing shots ! Il reste maintenant à dérusher tout ce bordel et à montrer le best of sur Cinquième nuit. Et puis, déjà, on va commencer à compter les jours qui nous séparent des retrouvailles avec ce festival au goût unique. On se souviendra longtemps de l’attachement sincère qu’on avait, cette année-là en 2011, pour la vingtième édition des Vieilles Charrues. On se souviendra longtemps des visages, des figures. Et, surtout, on n’oubliera jamais nos vingt ans… Happy birthday, Vieilles Charrues. Et à l’année prochaine, évidemment.

Vieilles Charrues, à la moitié du sillon.

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Voilà quelques nouvelles de moi. Deux jours déjà aux Vieilles Charrues à traîner des pieds sur ma jolie plaine de Kerampuilh, sautant de Kerouac à Glenmor (les deux scènes principales) avec l’enthousiasme d’une abeille sur un bouquet de pâquerettes. J’ai engrangé une quinzaine de concerts, en essayant d’abord de faire de la bonne image. Certains groupes sont clients, en font parfois des tonnes comme les teutons de Scorpions. Dans le désordre, parmi les claques, j’ai adoré Kaiser Chiefs (sur Never miss a beat j’étais comme un gamin dans la fosse entouré de photographes très sérieux), Lisa Kekaula de The Bellrays irradiant une énergie électrique dantesque comme d’hab. Comme prévu The Octopus a envoyé le bois, le vainqueur des Jeunes Charrues a donné un set très pro, avec Dominic Sonic en guest. Idem pour Siam, scène Gwernig, avec de très chouettes lumières. Quelques gouttes de pluie, mais on a vu pire. Pour le moment dans les coups de cœur (ça va en étonner plus d’un) il y a le concert de Yelle sur la scène Graal. Un show millimétré, tracé au cordeau, pas de fausses notes, une perfection scénique qui m’a bluffé. Croisé François Hollande, souriant, en campagne (bretonne), très souriant avec François Cuillandre, Jean-Yves Le Drian et Christian Troadec. Ah oui ! J’oubliais. Très joli set de Pulp, j’ai fait quelques stage portraits de Jarvis Cocker, vous m’en direz des nouvelles. Tout cela bientôt sur Cinquième nuit. Idem pour Monsieur Eddy (Mitchell) dont c’était paraît-il une des dernières séances. Voilà pour l’essentiel. C’est les Vieilles Charrues, un truc unique, un peu hors du temps et du monde. Aujourd’hui troisième jour, sept ou huit concerts sur ma feuille de route et ce soir la vingtième édition aura déjà presque vécu.

Siam. L’amour à trois. Comme une désespérance heureuse.

siam bruno leroux fany labiau en novembre 2010 au cabaret vauban brest
Comment reconnaît-on un bon album, je ne dis pas un pur album, non, ça, c’est pour plus tard, mais comment décèle-t-on qu’un album a franchi la limite, passé la barrière comme disait cette vieille fripouille de Schopenhauer, pour s’installer de manière durable dans le gotha des albums de musique qui vous font du bien ? On y revient sans cesse, mué par une force irrépressible, un truc qui vous attire sans vraiment trop savoir pourquoi, comme un junkie qui demande sa dose, comme un alcoolo en fin de parcours, au petit matin Boulevard Clemenceau mécontent de constater qu’à six heures du mat’ le bar du Vauban n’est même pas encore ouvert. Ouais, c’est ça un bon album. Un truc dont tu as envie et qui te fait du bien. Parfois, c’est insidieux, un peu comme la passion, comme l’amour qui te tombe sur le coin d’la gueule sans que tu t’en aperçoives. Un jour, ça arrive et tu ne l’as pas vu venir. J’aurais pu vous dire tout le bien que je ne pensais pas de “L’amour à trois“, premier opus de Siam, duo brestois, comme certains sans même l’avoir vraiment écouté. Ça aurait facile, finalement, d’écrire une review tout en complaisance pour ces deux lascars que je connais depuis des lustres et qui font partie de mon deuxième cercle, mais non justement. Je ne voulais pas me mentir et encore moins mentir à mes potes. Alors, un soir, au Vauban, j’ai embarqué l’album avec moi, pour voir. Tout en douceur, sans violence, les titres se sont installés sur mon iTunes, calés entre une improbable Shania Twain dont je me demande toujours par quel prodige cette blonde peroxydée made in US a pu s’immiscer dans ma play list et l’estimable Steve Hillage, souvenirs de vieux baba chevelu et de pop made in Albion de bon aloi. Mais, encore une fois je m’égare, revenons à l’album de Siam

Un soir qu’au Vauban je traînais mes baskets pas très loin des water-closets, tiens ! Voilà que je me sers de la rime façon Gainsbourg pas tout à fait par hasard (et pas rasé) et puisque je vous parle de Serge, je m’étais entretenu avec Bruno (Leroux qui forme Siam avec Fanny Labiau. NDLR) au comptoir du bar du Vauban, entre limonade et café-cognac de l’éventuelle filiation entre les textes de Siam et les mots du grand Serge. J’avais reçu une fin de non-recevoir aussi sèche que définitive. Bruno, semble-t-il lassé qu’on lui rebattes sans cesse les oreilles d’une éventuelle inspiration gainsbourienne dans son écriture, m’avait ramené brutalement dans les cordes, m’assénant : “Et merde ! Je n’ai rien en commun avec Gainsbourg. Je n’ai pas été imprégné des ses textes, la seule chose que je connaisse vraiment de ce mec c’est l’image médiatique que le bonhomme renvoyait à la télé.” Dont acte. Je n’avais pas trop insisté sur le sujet qui semblait agacer mon interlocuteur. Pas plus de chance non plus sur une possible filiation avec Miossec. Aïe ! Sujet sensible mais inévitable. Là encore, le réveil fut brutal. Je décidais donc de mettre un terme à un exercice finalement assez casse-gueule et j’invitais Bruno à une séance pose-express sur le canapé du hall de l’hôtel Vauban, invitation qu’il s’empressa de décliner, évidemment.

Je devais donc chercher ailleurs, puiser dans d’autres sources, essayer de trouver une influence. Ou pas. Exit Gainsbourg. Quant à Miossec, le fait que Bruno Leroux ait fait partie du trio (avec Guillaume Jouan et Christophe Miossec) qui avait commis le définitif et somptueux premier album “Boire” n’était pas non plus un indice. Alors ? D’où vient cette pertinence, ce son, cette fluidité, cette beauté des mots ? Un ton, un son très french touch, une dégaine scénique qui n’est pas sans rappeler un Bashung voire un Daho période “Mythomane”, et des mots, des putains de mots que n’auraient sans aucun doute pas renié Lucien Ginzburg. “Comme un homme et sa maîtresse, comme deux amants en détresse, rien d’autre que l’amour, mais la foule nous entraîne et déjà la foule gronde, cours, mon amour, le temps change et je t’emmène, loin des peurs et loin des peines. Je meurs d’envie d’en finir dans ton lit, la nuit je tais nos cris…” Échec, certes, mais pas mat. Il m’en fallait plus. Finalement, le premier titre “Le club des caniches”, signé Miossec, m’apparaissait désormais en complet décalage avec le reste de l’album. Non, il me fallait chercher ailleurs. Peut-être dans le somptueux “Mercure” qui glisse entre les doigts sans qu’on puisse y faire quoique ce soit. C’est donc ça la signature de Siam, cette forme de désespérance heureuse, cette fuite en avant mâtinée de cynisme opportun, ce pied de nez à la vie. Je venais de comprendre et j’avais mis du temps (on ne se refait pas). Dès lors, Siam m’ouvrait les bras et chaque titre claquait à mes oreilles comme une évidence. Un phrasé de bandonéon, des envolées lyriques séchées par quelques riffs méchamment assénés, je n’avais désormais plus qu’une envie. Fermer les yeux et monter le son, encore, et encore. Comme à l’image du final de “Mercure”, entre pop et rock. Splendide. L’album se termine sur “Lionel” quelques mots touchants, graves, posés avec une douce délicatesse, le souvenir d’un ami, d’un frère. Un texte magnifique, soutenu par une ligne mélodique discrète qui exprime le sentiment avec pudeur et élégance. Non. On ne sort pas intact de l’écoute attentive du premier album de Siam.

Avec “L’amour à trois” Siam franchit avec allégresse et désinvolture cette barrière si chère au cœur d’Arthur Schopenhauer. Le duo signe un album qui restera, qui marquera l’histoire de la pop française, comme d’autres avant eux, en d’autres temps. Siam a la noblesse d’une lignée, héritier qu’il est de ce que la french touch a commis de meilleur avec une gouaille, un coup de gueule d’amour qui n’est pas sans rappeler la chanson réaliste à la Fréhel, celle-là même qui offrait des diabolos menthes au petit Lulu. La boucle est bouclée. Siam, c’est une osmose, quelque part au bout de cette rue qui mène à l’océan, c’est un peu tout ça en même temps, les mots, les sons qui mis bout à bout, me touchent, m’émeuvent et font que je reviens aux chansons de ‘L’amour à trois” avec ce petit plaisir sans cesse renouvelé. C’est à ça qu’on reconnaît un bon album. Au fond, Bruno avait raison. Les choses sont toujours beaucoup plus simples qu’elles n’y paraissent…

photo : SIAM au Cabaret Vauban en novembre 2010

voir le clip de SIAM “la nuit je tais nos cris”

Iggy and the Stooges. Un rider entré dans la légende.

iggy pop and the stooges un rider de légendeJ’ai eu un jour entre les mains le rider (la feuille de route) des Stooges et franchement ça vaut le détour. Rédigé par Jos Grain (qui bosse pour le groupe), le document décrivait les desideratas du groupe, en matière de technique et aussi les petites choses à faire et à éviter. Quand on connaît le niveau de professionnalisme d’un calibre comme Iggy Pop sur scène on comprend. Le document ouvrait sur cette phrase : “Nous avons besoin d’un ingénieur du son qui parle bien anglais et qui n’a pas peur de la mort.” Voilà pour l’ambiance. Iggy et les Stooges avaient des demandes bizarres, dont pour ma part j’ai longtemps cru que c’était de la légende avant de réaliser que non, c’était vrai. Comme la présence dans la loge d’une poubelle avec un brocolis ou un chou-fleur dedans. Voilà qui contribue un peu plus à la légende du rock’n roll. Et puis il y avait ce paragraphe entier dédié aux vidéastes et aux photographes et franchement, c’est tellement drôle, si bien écrit et si proche de la réalité que je ne résiste pas au plaisir de vous en servir une tranche, que je vais essayer de vous traduire dans la langue de Molière, du mieux que je peux.

“Ne vous méprenez pas. J’ai beaucoup de respect pour les gens de l’industrie des communications, en fait mes ancêtres ont un fort lien historique avec le service postal (…). Cependant, ces dernières années et je suis sûr que vous serez d’accord avec moi sur ce point, il y a eu une explosion de, disons de personnes bénies du Bon Dieu avec une totale absence de talent, essayant à tout prix de se frayer un chemin à travers le public. Petit à petit on a constaté une augmentation massive de sociétés de production disposées à encourager les egos de ces malheureux et de leur accorder une attention. On est arrivé à un point où il y a des sociétés qui associent toute personne sur une scène à un crétin désespéré qui ne recherche que de l’attention et qui ne recherchent qu’à faire de l’image à tout prix. Les Stooges ne sont pas ces mecs-là ! Porter de l’attention aux médias, D’ACCORD ! Interférer avec le concert PAS D’ACCORD ! (…) Le fait est que, dès que vous mettez une caméra ou un appareil photo dans la tronche d’un artiste, vous changez complètement la nature de sa performance. Les Stooges essayent de donner la meilleure performance au public mais je pense qu’il n’y a rien de plus démoralisant que de voir un groupe sur scène entouré d’un cameraman et de ses assistants, comme une bande de hobbits armés de bazookas. (…) Ah oui ! Iggy adore casser les appareils photos. Est-ce que j’ai parlé de ça ? Alors vraiment, il est préférable de ne s’approcher trop de lui, surtout s’il te regarde d’une drôle de façon. S’il se dirige vers toi comme s’il s’apprêtait à saisir ton appareil photo, c’est probablement parce qu’il va le faire ! C’est comme un signe, un indice. Bien sûr, je suis sur place pour essayer de l’empêcher de détruire ton équipement. Malheureusement, il n’y a qu’une personne qui aime autant casser les caméras que Iggy et c’est moi. Merci de votre aimable attention. De toutes façons quoiqu’il arrive, vous ferez de l’image, croyez-moi.

Par ailleurs, je me demande si dans les médias on sait pourquoi certains cameraman pensent qu’il est innovant ou stimulant de bouger sans arrêt, de courir de gauche à droite, de faire des plans zoom avant zoom arrière dans une pathétique tentative de garder le tempo avec la musique ? Aucun de leurs collègues ne leur ont jamais dit qu’ils faisaient de la merde ? Est-ce que je suis le seul à vouloir les assommer à coups de trépieds ? Bordel de merde ! Quelqu’un doit avoir une explication ! Ça m’emmerdait déjà en 1980 et aujourd’hui c’est pareil. Si vraiment ils ne sont pas foutus de stabiliser leur appareil quelques secondes, il est peut être temps pour eux d’appeler les alcooliques anonymes… C’est juste une idée.”

Voilà. C’est tellement bon qu’on croirait lire un scénario des Monty Pythons. Ce texte me fait marrer mais au fond sa trame est tout ce qu’il y a de sérieux. Des mecs comme ça j’en ai vu des tonnes et malheureusement ça va crescendo, parce qu’aujourd’hui le moindre pékin qui a un reflex et un lightroom piraté sur Piratebay s’autoproclame photographe de concerts. Ça me saoûle, d’ailleurs c’est pas pour rien que j’ai déserté les pits et les salles de concerts, pour me consacrer à d’autres projets d’images. En attendant, le texte de Jos Grain me fait bien marrer. Et puis, il y a un point sur lequel il a raison. Avec des groupes du calibre de Iggy and the Stooges, il y aura toujours de la bonne image. Je confirme.

voir le site de Jos Grain

Programmation du festival des Vieilles Charrues 2011. United colors of Kerampuilh.


Aux toutes première notes de “Walk on the wild side” impossible pour moi de réprimer un petit “Oh !” qui fait sourire mon pote Hugues qui présente la prog de la vingtième édition des Vieilles Charrues cru 2011. Lou Reed, c’est l’excellente et totale surprise de cette édition. C’est celui que je n’imaginais pas, plus précisément que je n’espérais plus. T’en veux d’la légende bébé ? En v’là et pas du petit calibre. On y reviendra. Mais avant de vous parler plus en détail de mes coups de cœur de cette édition 2011, un petit préambule. Le meilleur moyen de ne pas être déçu par une programmation, c’est de n’en n’attendre rien de particulier. J’avais entendu Francis Cabrel dire qu’aux Vieilles Charrues, le truc important c’est pas les artistes, non, le truc important c’est les Vieilles Charrues. Il avait tout pigé, le Francis. Il avait capté l’esprit de ce festival. Finalement, pour schématiser, il y a deux sortes de festivaliers aux Charrues. D’un côté il y a les festivaliers qui viennent pour la programmation, ceux-là peuplent les forums, supputent à donfe, croient à la fois au Père Noël ET aux poissons d’avril. Ils fantasment grave toute la Sainte journée sur la venue, en vrac, de U2, de AC/DC ou des Who. Ils font la gueule à l’annonce de la prog mais pour une grande majorité d’entre eux ils viendront quand même. Parce que nombre d’entre eux fait partie des festivaliers qui viennent pour le festival, pour les Charrues, pour boire un godet de Coreff (ou un pichet d’un litre si tu t’appelles Jean Floc’h) ou un Breizh Cola au bar numéro 4 et savourer cette inimitable ambiance qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Les Vieilles Charrues existent d’abord grâce aux bénévoles et aux festivaliers et ce n’est pas un hasard si la thématique retenue pour les vingt ans des Charrues c’est justement les gens, tous ces gens qui font vivre et vibrer la plaine de Kerampuilh pendant quatre jours. “On fournit le son, vous apportez les couleurs !” Voilà. Tout est dit. United colors of Kerampuilh, vingtième du nom. Top départ.

Et là vous me dites, et cette année alors ? Voici mes coups de cœur, en vrac. Pas nécessairement des têtes d’affiches, même si je place Lou Reed tout en haut des concerts absolument et définitivement inratables. Lou Reed, découvert il y a un bail par hasard à la sortie de “Coney Island baby“. La claque, la révélation du rock dans toute sa grandiose splendeur. Le Velvet underground, un nom mythique, une définitive légende du rock et de la pop. J’avais pris dans la gueule, coup sur coup “Transformer“, “Rock’n roll animal” et le sublissime “Berlin” qui fait partie de mon top ten personnel des dix meilleurs albums pop rock de tous les temps, on ne plaisante pas. J’ai vu Lou Reed en live en 1975 et ce concert est resté profondément ancré dans ma mémoire. Voir Lou Reed encore une fois, ça va être un magnifique privilège de la vie. Et pouvoir le croiser dans le collimateur de mon reflex, ça va être unique et intense. Dans un autre registre, je vais enfin voir Kaiser Chiefs qui devait passer aux Charrues il y a trois ans ou quatre je ne sais plus, leur son pop rock (comme on dit sur la FM) me parle, ça va pogotter maousse et rendre le public heureux. Pareil pour Pulp, le combo porte-étendard de la pop british avec un Jarvis Cocker qu’on espère remonté à bloc. Je vais en épater plus d’un mais j’attends aussi David Guetta, je veux bien parier une Coreff avec Jean Floc’h que le set va être monstrueux, même si ça ne tape pas vraiment dans mon registre (doux euphémisme), mais après tout un peu d’easy listening ça ne fait pas de mal, comme dirait Maïté. Dans la série deux pour le prix d’un, j’ai vraiment hâte de voir ce que les p’tits gars de The Octopus nous auront préparé en ouverture du festival, scène Kerouac le vendredi. Les gagnants du tremplin des Jeunes Charrues sont aussi de véritables bêtes de scène, il faut le savoir. Un conseil, vendredi 15 juillet, soyez à l’heure, The Octopus, ça va envoyer le pâté, Hénaff ça va sans dire ! Si vous avez faim de rock, de gros son, de sueur, de bière et d’animal, avec The Octopus, vous allez être servi. Vous ne raterez pas non plus The Bellrays et la sublime Lisa Kekaula, à mi-chemin entre Aretha (Franklin) et Tina (Turner), qui avait foutu un feu d’enfer en d’autres temps à mon respectable et mythique Cabaret Vauban, avec les rescapés du MC5. Dans la série beau temps, mer calme, j’ai promis à mon pote Hugues de ne pas zapper Jack Johnson le vendredi, qui va nous ramener du soleil de sa Californie natale, ainsi que Angus & Julia Stone, dans un registre pop folkeux australien de bon aloi. Dans le genre OMNI (objet musical non identifié), j’irai décalaminer mes esgourdes sur DJ Zebra feat. le Bagad de Carhaix, gast ! Du côté du cabaret breton, rebaptisé scène Youenn Gwernig, pendant les quatres jours il y aura quelques pépites succulentes, j’ai noté Titi Robin trio ou Ibrahim Maalouf (tous les deux découverts au festival du Bout du Monde), Olli & Mood, Marchand vs Burger (salut Rodolphe ça gaze ou quoi ?), Duoud (un duo de ouds), pour ne citer qu’eux. Et dans le rôle des potes de Brest, j’irai jeter quelques unes de mes forces, s’il m’en reste, dans le set de Electric Bazar Cie et je poserai mon sac pour Siam, le groupe composé par Fanny Labiau et Bruno Leroux dont je vous recommande au passage d’écouter l’excellent premier opus intitulé “L’amour à trois“, en vente partout. What else ? Plein de bonnes choses. Difficile d’ignorer les sets d’Adam Kesher (vu à Art rock et à la Route du rock), des Hyènes qui reprennent des standards du rock pour le fun mais pas en yaourt (même s’il y a deux vrais morceaux d’ex Noir Désir dedans) ou des allumés de The Inspector Cluzo que j’avais raté au Run ar Puñs récemment. Idem pour Cold war kids ou Stromae (qu’on verra aussi à la Fête du Bruit dans Landerneau en août). En partenariat avec le Sziget festival, il y aura du (beau) monde aux Balkans avec des joyeux déjantés dont Goran Bregovic, Balkan beat box, excusez du peu. Et maintenant, on range les cannes et on passe au calibre supérieur, pour la pêche au gros.

Pas de Vieilles Charrues sans des noms capables de faire venir la foule des grands jours. Yannick Noah fait partie de ceux-là, il vient de bourrer Penfeld en attirant 10.000 spectateurs à lui tout seul. Jeu, set et match. Le samedi, ça va être chaud, d’autant que c’est aussi le jour de Supertramp et de Cypress Hill ! Idem le dimanche, puisqu’en dehors de mon cher Lou Reed, sur la même scène on va savourer PJ Harvey que j’aime beaucoup et pas seulement parce qu’elle m’a emprunté mon prénom anglais et qu’elle est vachement sexy. Non, j’aime bien son côté hardcore déjanté, son style pop rock un peu crème au beurre, limite indigeste, mais c’est tellement bon de se baffrer comme ça sans retenue, non ? Écoutez “This is love” en poussant le potar vers le haut, vous comprendrez ce que je veux dire. Le jeudi, aussi, du lourd. D’abord du rock teuton avec Scorpions, dont on nous assure qu’il s’agira là de leur dernière prestation live (celui qui a dit “bonne nouvelle !” sort immédiatement de ce blog !). Si la femme de ma vie est dans les parages quand le groupe entonnera “Still loving you“, je lui promets un slow de derrière les fagots estampillé seventies. Bon, coup sur coup on aura aussi le même jour Kaiser Chiefs (i say yeah !), Snoop dog qui paraît-il se fait désormais surnommer “Doggy style”, amis du club des poètes bonsoir, le retour de Pulp qui va vous la décoller du bulbe la pulpe, et les frenchies de service qui vont rameuter la foule des grands jours. D’un côté M’sieur Aubert (celui qui en 77 gueulait dans l’hygiaphone) et Mademoiselle Olivia “just sing” Ruiz, qu’on ne présente plus. Et pendant que j’y suis, le lendemain, M’sieur Eddy pour une dernière séance ouakenole. J’ai oublié personne ? Ah ben si ! D’abord Ben l’oncle soul, vu au Cabaret Vauban. Un garçon plein d’énergie positive, vous allez adorer et mouiller la liquette. Et Pierre Perret, aussi connu pour son zizi légendaire (celui qui amidonne la main de sa soeur) que pour des registres plus graves comme le sublime “Lili”. Je l’avais vu, l’ami Pierrot, au festival du Bout du monde, c’était somptueux, j’en connais même un qui avait pleuré.

Allez, ça c’est fait. Je vous donne rendez-vous dans trois mois et un jour sur le site des Vieilles Charrues pour faire la fête. Si vous me croisez sur le festival, vêtu de mon élégant polo brodé Shots (Hervé Le Gall est habillé par Minipop), n’hésitez pas à vous manifester (même si tu t’appelles Jean Floch et que tu es déjà à bloc), on fera une petite photo souvenir. Les annonces de la conférence de presse d’hier, à Carhaix, étaient ponctuées par un lancer de boule de bowling d’un des membres de l’équipe des Vieilles Charrues. La dernière boule fut lancée par Jean-Jacques Toux, programmateur des Vieilles Charrues. Il s’est avancé sur la piste, fébrile, sous le regard un brin goguenard des journalistes présents. D’une main assurée, la boule a glissé sur la piste… Strike ! Jean-Jacques s’est retourné, est tombé à genoux les deux poings levés, large sourire. Belle image, je trouve. Finalement l’esprit de ce festival, on y revient toujours, c’est un peu ça. Les Vieilles Charrues, c’est d’abord l’histoire d’une bande de potes qui sont là pour se marrer. Alors ? Vous êtes prêts ou quoi ? N’oubliez pas. Cet été à Carhaix il y aura du gros son. Je compte sur vous pour nous en faire voir de toutes les couleurs !

Courchevel. J’ai mille raisons de détester Florent Marchet.

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Au moment où je commence à poser mes mots, avec l’ambition démesurée d’écrire une review sur le nouvel album de Florent Marchet, alors que dehors le soleil darde sur Brest (dans ta gueule Barbara) et que j’en aurais presque honte pour mes amis parisiens qui sont sous la neige (comme ceux de Courchevel où par ailleurs je dois noter que je n’ai aucun ami), même si on se pèle le bout du nez, alors que mon Nabaztag, programmé par mes soins pour débiter des inepties de manière totalement aléatoire me rappelle à l’instant “qu’une tartiflette ça ne se refuse pas“, je réalise que ça fait un bail que je n’ai pas écrit une review bien sentie sur un album de musique. Bon, d’accord. À ma décharge, je dois à la vérité de dire que je n’ai rien vu passer de bien folichon cette année, si je compte bien. Sur mon iPod, le top est toujours squatté par le même gang de frenchies, Miossec, Daho, François Audrain, Eiffel et quelques vieilleries old fucking style, de Creedence aux Who en passant par Muse ou un revival pop autour du Floyd. Et puis il y a le cas Florent Marchet et ses deux premiers albums inusables, j’allais dire inoxydables. J’avais pris “Gargilesse” comme une magistrale claque dans la gueule, déjà, à l’époque. J’avais été subjugué par la qualité des textes et j’avais immédiatement détesté ce garçon, qui, non content d’avoir une qualité d’écriture et de mélodies éblouissante, avait en plus la gueule de l’emploi, comprendre cette gueule d’ange qui fait fondre les filles et énerve les garçons. J’avais écouté “Le terrain de sport”, je m’y étais salement retrouvé, trait pour trait. C’était décidé. Florent Marchet ne serait jamais mon ami. Comme Miossec ou François Audrain ? Oui, si vous voulez, mais ne nous éloignons pas du sujet initial, le nouvel album de Florent Marchet : “Courchevel“.

À vrai dire, j’ai découvert Florent Marchet un peu par hasard, grâce à la femme de ma vie, grande découvreuse de raretés devant l’éternel. J’avais donc écouté “Gargilesse”, j’avais suivi la bouche ouverte de béatitude le parcours du petit Florent, j’avais été éberlué par le cynisme des mots. Des titres comme “Levallois”, “Je n’ai pensé qu’à moi”, “Je m’en tire pas mal” (avec Mio en brestois deluxe) m’avaient singulièrement titillé le tympan, sans parler du “terrain de sport” qui m’avait définitivement convaincu que j’avais découvert, grâce à ma moitié, une grande plume de la chanson française comme on dit dans Telerama. Alors, quand le second opus est arrivé dans les bacs, j’ai vraiment eu peur, pas tellement pour moi, non plutôt pour lui. Peur qu’il se soit vautré, peur d’un second album facile qui ne confirmerait pas tout le bien que je pensais de ce garçon et qui m’aurait permis de le ranger aux oubliettes, que c’en serait fini de Florent Marchet, bon débarras, à qui le tour ? Et vint donc “Rio Baril” qui raconte comme une genèse l’histoire du petit Florent qui tuerait volontiers son père, qui admire sa mère autant qu’elle l’insupporte, qui croise des femmes sans trop les voir. La litanie de la vie quoi, comme cette audacieuse et inoubliable lecture de la posologie d’un médicament dans “Les cachets” mon titre préféré allez savoir pourquoi. J’avais pris “Gargilesse” comme une gifle aller-simple, “Rio Baril” était un retour bien appuyé. Saleté !

Comment Florent Marchet pouvait-il prétendre remettre le couvert, pour un troisième album, après tout ça ? J’ai logé les titres de Courchevel sur mon iPod et j’ai écouté l’album dans les pires conditions qui soient. En travaillant. Dès le début on est pris dans le petit monde de Florent Marchet qui nous raconte ses petites histoires. J’ai posé le stylo, je me suis avachi dans mon fauteuil, captivé, prisonnier du sort, en n’ayant pas le moindre doute. La voix, le tempo, les mélodies, les arrangements avec ces cuivres qui viennent de loin, aucun doute possible c’est du Marchet cent pour cent pur Cru bourgeois et dès les premiers titres, je sens que le gars Florent va me la jouer sur l’air du revenez-y sans qu’à aucun moment ça ne sente le déjà vu. Il y va de ses anecdotes qui ressemblent parfois à du Néry comme dans “L’idole” et rebondit sur des morceaux dont on sait qu’ils vont devenir des standards, comme le joyeux “Benjamin” ou “L’eau de rose” qui reprend des thèmes chers au coeur de Marchet, la trentaine et le temps qui passe, les portes qui se ferment plus qu’elles ne s’ouvrent. Et pour ce qui est du featuring classieux, dans cet album c’est Jane Birkin qui vient poser sa voix bouleversante, pleine de fêlures, de grâce et de fragilité sur “Roissy”, un duo beau, dramatique et lyrique, presque surréaliste. On est à peine à la moitié de l’album et je sais déjà que j’ai de bonnes raisons de détester Florent Marchet encore un peu plus. Le reste, tout le reste est à l’avenant. Ce garçon n’est jamais où on l’attend, capable d’écrire sur la solitude de la vie dans une bluette sautillante (“La charette”) avant d’asséner une mélodie définitive et des mots d’une poésie implacable sur le, comment dire ? Sublime, oui c’est ça, sur le sublime “Narbonne plage” qui me percute la tête comme l’avait fait “Le terrain de sport” en d’autre temps. Une suite de polaroids, une chanson comme un film, des images qui défilent et finalement un dénouement dramatique, une conclusion cynique à souhait. Voilà, c’est presque fini. Florent Marchet conclut par un “Qui je suis” où on espère des réponses et dans une ultime pirouette, à laquelle le gars nous a habitué, on obtient seulement un sibyllin “qui je suis ? Dis moi qui je suis ?” Bitch !

Je suis sorti de mon écoute bouleversé, chamboulé, une fois de plus Florent Marchet réussit l’exploit rare de me livrer un troisième pur album, vous savez ? De ces albums dont on se dit que finalement il n’y a rien à jeter. Il y a quelques années, j’avais croisé Florent et je lui avais dit à quel point j’étais client de sa petite entreprise. Je n’aurais pas dû. Il n’y a rien de bon, au fond, à les encourager. Non, il vaut bien mieux regarder passer Florent Marchet et accessoirement, chaque fois que l’occasion se présente, acheter ses albums. En vérité je vous le dis. Il faut acheter la musique de Florent Marchet. Si vous ne le faites pas pour vous, faites-le pour moi. Parce que j’aime bien ses petites histoires, sa façon de les raconter, la qualité de ses mots, sans même évoquer la mise en musique qui me happe. C’est ça. J’ai mille raisons de détester Florent Marchet et au moins une bonne raison de l’aimer. Ce mec me fait du bien.

cliché (inédit) : Florent Marchet aux Vieilles Charrues en 2005.

Nikon 24-120 f4. Une optique indispensable. Même à 24.

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Il est comment à 24 ?” Je dois à la vérité de dire que je n’ai pas compris tout de suite la question parce que je ne suis pas un habitué de la gamme et de l’historique de Nikon, mais il se trouve qu’avant que Nikon n’ait la brillante idée de nous pondre ce zoom trans standard, la marque jaune avait commis un 24-85 qui ne donna pas en son temps, si j’ai bien compris l’histoire, toute la satisfaction qu’on est en droit d’attendre d’une optique signée Nikon. D’où cette question émanant d’un utilisateur de la marque, il est comment à 24mm ? Le bon feeling que j’avais sur cette optique, dès son lancement, était un peu comme un coup de poker. Dès l’annonce du 24-120, ma première réaction a été de me dire que Nikon est allé au bout du rêve, c’est à dire de pousser le bouchon jusqu’à 120, là où Canon avait prudemment choisi de s’arrêter à 105. Et ça, ce choix là de monter un poil de plus en focale (oui, je confirme, quinze millimètres ç’est énorme), c’est le coup de génie qui confère à cette optique une qualité qui n’a aucun équivalent sur le marché.

Donc, après m’être fait interpeller ici-même par un lecteur de Shots, j’ai tendu l’oreille (enfin l’œil je veux dire) et je suis allé taper quelques clichés, en concert, à focale 24, quasi pleine ouverture (entre f4 et f5), sur le Nikon D700 (putain de boîtier !), histoire de vérifier si un quelconque défaut apparaît à l’image, ou pas. À l’occasion du set de Dominic Sonic et des virulents détenteurs du tremplin des Jeunes Charrues 2010 The Octopus, chez moi au Cabaret Vauban, j’ai eu l’occasion de remettre le couvert avec ces putains de concerts qui sentent la bière, le vieux Rexona usagé, le t-shirt humide et l’animal, collé à la scène pour taper quelques images 100% ouakenole dans des positions acrobatiques qui ne sont plus de mon âge ma bonne dame et tout ce joyeux bordel, la poignée dans le coin, plein pot à 24mm et en fullframe s’il vous plaît. Et là, mes aïeux, croyez-le ou pas, mais j’ai vécu un bonheur, une sensation de plaisir, une ouache pas possible. Un truc, une vision, un champ d’ouverture monstrueux, le feeling retrouvé comme au bon vieux temps du F1 avec une optique FD 24. Seule différence, ici l’ouverture est à f4, ce qui ne manquera pas de faire hurler mon ami David Grimbert (entre autres) pour qui une optique au delà de f1,4 c’est une hérésie… Ici je vous parle bien de f4 et l’image renvoyée par le viseur du D700, un viseur qui n’est pas à 100% se plairont à rappeler quelques pisse-vinaigres, mais on ne peut pas tout avoir dans la vie hein ? Un viseur à 100% ET un flash intégré… Or donc, cette image-là est simplement lumineuse à souhait. Mais comment les ingénieurs de Nikon réussissent-ils à obtenir une image aussi limpide et lumineuse à f4 ? Simple. C’est le traitement des lentilles et un savoir-faire singulièrement agaçant. Et puis on ne répétera jamais assez que deux diaphs au dessus (comprendre au dessus de f2,8) c’est pas franchement gênant quand on dispose d’un reflex capable de cracher une image propre et sans grain à 6400iso, suivez mon regard embrumé de larmes. Et encore, je ne parle même pas d’une optique comme le 24-120 monté sur le D3s et son 12800iso nickel, et là, franchement, vous pouvez sortir les kleenex.

Persiste et signe. Si je devais acheter une optique chez Nikon (ce qui n’est pas actuellement le cas parce que jusqu’à preuve du contraire on ne peut pas monter du Nikkor sur un EOS), j’opterais sans l’ombre d’une hésitation pour ce petit 24-120 discret, maousse costaud et pas d’un prix rédhibitoire comme c’est parfois le cas chez Nikon, qui entre nous n’a pas la réputation de donner ses optiques à vil prix, mais en même temps c’est le prix de la qualité. Bon, bien sûr, c’est sur un reflex fullframe comme le D700 que s’exprime à la perfection tout le potentiel de ce zoom, même s’il conviendra aussi à merveille à votre D300s ou votre D7000 ou n’importe quel boîtier reflex de la gamme Nikon. Mais sa plus grande qualité sur laquelle j’insiste vraiment, c’est sa polyvalence, du grand angle au petit télé. Ce 24-120 f4 saura tout faire, il vous accompagnera partout et grâce à lui votre capteur restera à l’abri des poussières, vu que vous ne changerez jamais d’optique ! En ce moment c’est ce que je vis, au quotidien. J’embarque D700 et le 24-120 sous le bras, une carte Sandisk Extreme 32Go histoire de voir venir, je n’ai même plus besoin de sac. Le bonheur. Un dernier argument, si tant est que cette optique en ait encore vraiment besoin. En novembre, pour le banc d’essai Shots, Nikon France m’a prêté un D700 et un 24-120 f4 et vous savez quoi ? J’ai refusé de le rendre. Et ça, de vous à moi, c’est un signe qui ne trompe pas…

[EDIT] du 7 décembre 2010
Mais comment les ingénieurs de Nikon réussissent-ils à obtenir une image aussi limpide et lumineuse à f4 ?

Quelques heures après la publication de cet article dans Shots, le hasard a voulu que j’ai un responsable technique de Nikon France au téléphone. J’ai évoqué avec lui la brillance de l’optique Nikon 24-120 en lui demandant par quel prodige Nikon avait réussi à obtenir une luminosité aussi accrue sur une optique ouvrant à f4 comparable à la luminosté d’une optique à f2,8. Réponse de Nikon France in extenso :

En fait, depuis un peu moins d’un mois que cette nouvelle optique Nikon 24-120 f4 est disponible sur le marché, nous obtenons un retour de satisfaction très élevé de la part des photographes qui l’utilisent et beaucoup d’enthousiasme par rapport à l’aspect lumineux dont tu me parles. Il faut savoir que sur cette nouvelle gamme d’optiques à f4, qui inclut non seulement le 24-120mm mais aussi le 16-35mm, nos ingénieurs ont conçu un traitement nano cristal particulièrement élaboré sur chaque lentille qui constitue l’objectif. Il en résulte moins de pertes de lumière. C’est vrai que tous les photographes qui ont utilisé ce 24-120 sont enthousiasmés par son côté très lumineux. Et on obtient des résultats similaires avec le 16-34 f4. Finalement, le diaph de différence avec une optique f2,8 se compense avec la capacité de nos boîtiers comme le Nikon D3s à réaliser une image propre et sans grain à un nombre iso élévé.

Précision sur le nombre d’iso élevé, j’ai testé D3s à 12800iso sans un poil de grain. Mais sans aller aussi loin, à 8 ou 10000 iso, D3s est capable de produire une image parfaite, alors le diaph de différence devient véritablement anecdotique. Demeure alors, pour les optiques à f2,8 (et supérieures) une qualité et une finesse d’arrière plan (bokeh) souvent incomparables.

Vieilles Charrues et Fête du Bruit. Comme un rêve de gosse…

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Putain d’été, qui ne finit pas d’en finir. Grisaille et temps de merde entrecoupé d’éclaircies néanmoins somptueuses. Cette année j’ai respecté la feuille de route conseillée par mon doc qui prend soin de ma santé et préserve le kilométrage de mon moteur Ford Thunderbird millésime 1957, un petit bijou à ce qu’on dit mais nettement capricieux, avec le temps. Cet été, un festival. No more, no less. Exit mon cher Art Rock à Saint Brieuc, adios la Route du rock, bye bye le Bout du monde. Pour paraphraser Coluche, parfois la tête dit oui et le corps dit non. Enfin ! Cette saison 2010 a eu de beaux restes, mine de rien, avec une édition des Vieilles Charrues à classer au rayon Cru bourgeois, en attendant un vingtième anniversaire qui s’annonce comme un brillantissime Grand Cru Classé. Je garderai pour toujours et à jamais dans ma mémoire visuelle le concert de Muse à Glenmor, la nouvelle structure de scène avec cette avancée qui permet aux musiciens qui le souhaitent de venir au contact du public et aux photographes d’évoluer librement. Certains sont restés en retrait, bien à l’abri sur leur scène, d’autres sont venus au combat et ont largement profité de l’aubaine. Je pense à NTM, des furieux avec une bonne dose d’humanisme, une touche de fraternité entre eux qui fait plaisir à voir, je pense à -M- qui s’est offert une course folle à travers le public histoire d’aller taper un solo au centre du monde, à Jamiroquai, à Mika… Et puis à Matthew Bellamy, somptueusement classieux dans son joli K-way transparent très mode, seyant à merveille avec les pluies, comment dire ? Diluviennes, dantesques, des pluies telles que Forrest Gump a dû en rencontrer lors de son périple dans les rizières du Viet “fucking” Nam. C’est ça. Glenmor, ce jeudi 15 juillet 2010 à 23 heures et des brouettes, c’était le Vietnam mais sans les balles traçantes. En attendant Muse, j’ai observé les photographes avec un soupçon de compassion, trempés comme des souches, protégeant comme ils le pouvaient leur boîtier. Sous ma veste de mer Jeantex, EOS 1D Mark IV piaffait d’impatience d’aller au contact et je dois à la vérité de dire que sur ce coup-là, le boîtier pro de Canon m’aura vraiment épaté, engrangeant les clichés RAW avec une régularité métronomique, littéralement aussi trempé que si je l’avais amené avec moi sous la douche. Je confirme. EOS 1D Mark IV est parfaitement tropicalisé et on ne peut pas en dire autant de tout le monde. Après le concert, c’était le mur des lamentations et la valse des sèche-cheveux. De mon côté, un kleenex aura suffi pour assécher la bête et j’ai eu une pensée émue pour le mec, chez Canon, qui a pondu la tropicalisation de ce boîtier ! Le lendemain, la plaine de Kerampuilh avait retrouvé son ciel azuréen et le festival nous a offert trois jours de concerts dont quelques pièces d’anthologie.

Le temps de dérusher les quelques quatre milles clichés réalisés à Carhaix, j’étais prêt pour mon second rendez-vous de l’été, à deux pas de chez moi cette fois, pour la Fête du bruit dans Landerneau, l’occasion encore une fois de retrouver des potes et de taper pendant deux jours une grosse douzaine de concerts dans une ambiance festive, quasi intimiste. Accueillir plus de vingt cinq mille festivaliers sur la plaine de la Petite Palud, en plein coeur de Landerneau, le pari était vraiment gonflé. Réunir des pointures comme Placebo, Morcheeba, Steel Pulse, la Rue Kétanou avec un dose de jeune scène (BB brunes, Zaz, …) mâtiné d’électro bon teint (Wax Tailor, 2 many DJ’s), c’était bien vu. Et puis, évidemment, la grosse cerise sur le gâteau, c’était la venue de Status Quo et ses deux inoxydables et inusables frontmen, Rick Parfitt et Francis Rossi. Car la divine surprise de cette Fête du bruit, c’était bien eux. Ah ! Depuis le temps que j’attendais le moment de taper les deux anciens sur scène, il fallait bien que ça finisse par arriver un jour. Je savais exactement le cliché que je voulais, Parfitt et Rossi, guitares parallèles et riffs de bon aloi, scandant les paroles de “Caroline” ou de “Softer ride”. I ain’t gonna work I ain’t gonna work no more. Francis Rossi avait repéré en un coup d’oeil ma tronche visiblement réjouie dans le pit et m’a offert quelques pitreries dont il a le secret. Bref, ces images-là je ne suis pas prêt de les oublier, ce concert non plus d’ailleurs, classé dans mon top 10 des plus beaux concerts de tous les temps. Un été en demi-teintes, avec quelques coups de blues et le privilège d’avoir traversé cet été au bras d’une diva. À la rentrée, je vous reparlerai en long et en large de mes aventures avec EOS 1D Mark IV, le boîtier haut de gamme signé Canon dont il y a tant à dire. Pour en avoir déjà un aperçu, il suffit de regarder les images produites aux Vieilles Charrues et à la Fête du Bruit. Avec Nikon aussi, il y a eu de bons moments, entre mes aventures sur le hub en temps que rédac’ chef invité et les photos (très chouettes) fournies par mes quatre photographes officiels des Vieilles Charrues équipés et soutenus par Nikon France, comme je l’ai été moi-même par Canon France. Mon petit doigt me dit que de belles surprises se profilent à l’horizon par les deux constructeurs, à un mois de la Photokina. De ça aussi, on va bientôt en reparler, plutôt deux fois qu’une. En attendant, les riffs de Matthew Bellamy et de Francis Rossi résonnent encore dans ma tête. Je savoure mes derniers instants d’été et quelques rayons de soleil, quand il y en a. Je vais faire quelques tirages papiers et nul doute que le cliché de Parfitt & Rossi rejoindra le mur de mon bureau. Entre Archie Shepp et Blonde Redhead. Cette photo, c’est comme un rêve de gosse, un clin d’oeil au passé. Take my hand, together we can rock’n roll.

• cliché inédit : Francis Rossi et Rick Parfitt (Status Quo, Fête du Bruit dans Landerneau 2010)

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Rotor Jambreks University. Mes devoirs de vacances à la Rock Academy.

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L’idée est aussi simple que lumineuse, comme toutes les bonnes idées. La Rotor Jambreks University propose en un après-midi, de revisiter l’histoire du rock’n roll, de sa naissance à nos jours. Ça a l’air de rien, dit comme ça, j’y suis allé en me disant que j’étais incollable sur le sujet et finalement, j’ai appris plein de trucs. Par exemple que le p’tit gars Elvis Aaron Presley avait honteusement pompé certains répertoires du blues afro-américain, à commencer par le cultissime “That’s alright Mama” (excusez du peu), en 1954, alors que cette chanson avait été signée par Arthur Crudup huit ans plus tôt. Crudup n’a jamais réussi à faire reconnaître son bon droit et a fini sa vie dans la gnole. Rotor Jambreks embarque son public, alternant cours magistral et travaux pratiques. De chaque côté de l’écran, à gauche la petite scène façon Rotor, à droite un bureau sur lequel trône une mappemonde, le manuel de la Rock Academy et bien sûr une figurine d’Elvis Presley. L’histoire commence aux racines du rock’n roll et tout y passe, de l’analyse étymologique du terme rock and roll aux composants de cette musique, dont les tenants de le droite américaine la plus jusqu’au boutiste pensaient qu’elle venait directement de l’enfer. De vous à moi, cinquante balais plus tard, le credo des jusqu’aux Boutin n’a guère évolué. Chaque étape du parcours est ponctuée de reprises de standards parfaitement envoyés, balancés avec la maestria et la pêche qu’on connaît au gars Jambreks. Entre stand-up, mini-concert et approche sociologique de l’histoire de la musique contemporaine, Rotor Jambreks réussit son coup. On ne s’emmerde pas une seconde, on se marre beaucoup, on participe, on apprend plein de choses et quand c’est fini on se dit “ah ben merde alors ! C’est déjà fini ?” Le format est parfait, convient à tous les publics et nul doute qu’on va en entendre parler.

Concert et action sociale.
Tous les publics, justement, parlons-en. Ce concert-spectacle, qui s’est déroulé au Family, en préambule de la Fête du bruit dans Landerneau, était 100% gratuit. L’idée, qu’on doit à Régie Scène association, est on ne peut plus simple. Attirer un public qui ne vient pas aux concerts et leur proposer un spectacle de qualité, le temps d’un après-midi. Une idée réalisée en partenariat avec l’épicerie sociale et qui pourrait bien faire son chemin. Carol Consola de Régie Scène Association résume en deux mots le concept : “Notre objectif est d’établir des partenariats avec des entreprises motivées pour financer ce type de projet. Un mécénat permettant d’associer le nom d’une entreprise à une action sociale.” À y regarder de plus près, il est possible aujourd’hui, pour un budget raisonnable, de monter une affiche, sachant que l’asso (qui est en prise directe avec Régie Scène, l’un des acteurs majeurs en matière de production de spectacles en Bretagne) fournit l’ensemble du package, incluant la salle, le son, les lumières. D’ailleurs c’est ce qui m’a épaté dans ce projet. L’accueil du public avec de vrais billets de concerts, le confort de la salle (places assises), la qualité du spectacle offert et, cerise sur le gâteau (si j’ose dire), un goûter offert par l’épicerie sociale à l’issue du concert. Bon, si je résume… Une belle salle, une organisation motivée, un artiste généreux et enthousiaste, un public souriant et multi-générationnel, des lumières et du rock’n roll. Une certaine idée du bonheur, en somme.

écouter la version originelle de “that’s all right mama” par Arthur Crudup

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