Un an avec Nikon D3s. Deux ou trois choses que je sais de lui.

florent-marchet-au-vauban-23-novembre-2011Un an. C’est court dans la vie d’un photographe mais c’est largement suffisant pour savoir. D’ailleurs, avec lui, j’ai su tout de suite, dès que je l’ai tenu en mains, j’ai su. C’était il y a un an, pile poil. Malgré son poids d’éléphant (on y reviendra), j’ai senti que j’avais entre les mains LE reflex numérique que je cherchais depuis tant d’années. Un genre d’alliance ultime entre l’aboutissement d’années de recherches de Nikon corp. visant à créer un DSLR capable d’aller capter une image nette dans des conditions de lumières limites d’un côté. Et de l’autre un photographe tor penn*, éternel insatisfait, infatigable explorateur du plus grand mystère de sa vie, la lumière. Au salon de la photo, alors que je sortais d’une séparation houleuse, voire chaotique d’avec Canon, nos chemins s’étaient croisés chez Nikon France. Ah ! Nikon. C’était franchement pas ma tasse thé, Nikon. De toutes façons, j’étais tellement accro aux optiques Canon, au fameux “velouté”, à cette façon irrésistible de transcrire les couleurs, que je ne me voyais pas un instant quitter la maison rouge. Et puis voilà, il y eut l’ours de Vincent (Munier), la présentation en catimini, la litanie des experts marketing cravatés et puis, enfin, la rencontre, la découverte, la première prise en main de ce boîtier dont je pensais à l’époque (et j’en reste convaincu) qu’il marquerait un tournant dans l’histoire de la photographie numérique. Le premier boîtier à avoir franchi la barre symbolique des 100.000 iso, un truc de fou, un concept renversant. Finalement, avec le recul, j’ai réalisé que cet argument choc, cette astuce marketing était surtout là pour marquer les esprits, de manière durable. Et entre nous, ça a plutôt bien fonctionné… Mais la puissance de de ce reflex numérique comme sa pertinence sont ailleurs. Dans la continuité de ce qui a fait le succès de la marque jaune sur le marché du reflex numérique depuis l’avènement du D1 en 1999. Dans cette volonté de pointer vers un seul objectif. Apporter aux photographes l’outil parfait. Une réponse de Nikon qui tient en deux lettres et un chiffre. D3s.
(*casse-tête en breton)

Un bon reflex fait ce qu’on lui dit de faire.
Mais revenons à moi, parce que, entre nous, même si c’est d’une banalité navrante, il faut bien le redire : aussi vrai que l’argent ne fait pas le bonheur, ce n’est pas le reflex qui fait le photographe, certes non. L’argent ne fait pas le bonheur, mais comme disait feu mon grand-père mieux vaut être riche et bien portant que pauvre et malade. En photo, c’est pareil. Sauf que vous aurez beau avoir le boîtier super énième mode, si vous avez un regard de merde votre boîtier ne vous sera d’aucun secours. Banalité navrante, je vous dis. Bref. Mon truc à moi, c’est la photo de scène, j’ai même envie de dire de petite scène, l’un des genres photographiques techniquement les plus emmerdants qui soient, les plus contraignants aussi. Je fais aussi du packshot et je peux photographier à peu près tout et n’importe quoi du moment que ça paye les factures. Mais à chaque fois, les contraintes sont les mêmes. D’abord, je veux que mon reflex me suive. Conditions de lumières difficiles, il doit me suivre là où je vais. C’est en particulier vrai pour l’autofocus qui doit réagir au quart de poil, accrocher un point de netteté avec un zeste de lumière. Je bosse toujours en mode manuel, c’est comme ça, je ne sais pas faire autrement. J’ai besoin d’avoir le contrôle, de sentir que c’est moi qui décide. Idem pour l’autofocus. Je n’utilise jamais le mode suivi, je sélectionne manuellement mon collimateur, c’est contraignant mais c’est comme ça. À grande ouverture, quand la chaussure gauche est nette, la chaussure droite est dans le bokeh. Ça, c’est pour la prise de vue en concert. En packshot, c’est différent, moins de contrainte de lumière mais le placement des produits, la mise en scène sont autant de paramètres délicats. Mais quelque soient les conditions de prise de vue, il y a un chapitre où je ne veux pas, plus exactement où je ne peux pas me permettre de passer des heures de taff, c’est le post-traitement. Finalement, c’est pas à la prise de vue qu’on sait si on a en mains un bon reflex. C’est après. Et c’est là où Nikon D3s révèle toute sa pertinence, où il déploie toute sa puissance.

Nikon D3s. L’image est bonne. Tout de suite.
Parce qu’avec D3s, l’image est bonne et elle est bonne tout de suite. C’est quoi le bonheur avec D3s ? C’est de pouvoir cliquer dans le bouton exporter de Lightroom et rien d’autre. Pour moi, ça c’est du bon boulot. Et là vous me dites ? Dans ce cas là, pourquoi ne pas travailler directement au format jpeg plutôt qu’en RAW ? En fait le format RAW c’est une drogue dure, quand on y a touché, quand on sait à quel point ce format peut éventuellement vous sauver la mise, on n’envisage plus de shooter autrement. Mais vous avez raison ! D’ailleurs de nombreux photographes de presse qui utilisent Nikon D3s (comme les photographes de l’AFP par exemple) travaillent pour beaucoup directement en jpeg. C’est d’ailleurs ce qui me plait avec D3s, ce sentiment de confiance, d’adéquation, d’harmonie entre un boîtier, un bras, un œil et un cœur, comme disait ce cher Henri. Le bras, parlons-en. Car c’est le seul sujet qui fâche, avec D3s : son poids de mammouth ! Ah ! Mazette ! Qu’il est lourd à porter, le bougre. J’ai adapté une sangle Optech en lieu et place de la courroie d’origine, une sangle qui présente l’avantage d’être au besoin déclipsable, pratique quand je fais du produit. D’autant que côté optiques, à part le petit Nikkor 50mm f1,4 (que j’utilise rarement), j’embarque Nikkor 24-120mm f4, magnifiquement polyvalent, lumineux et réactif comme un f2,8, une optique qui sait tout faire avec une plage focale de rêve et bien sûr le définitif zoom trans-standard Nikkor 70-200mm f2,8 VRII qui a réussi l’exploit hallucinant de me faire oublier mon cher EF 70-200 2,8L IS et c’est pas peu dire. Nikon D3s et 70-200 accusent à la pesée 3134 grammes (avec deux cartes CF et une sangle Optech) et je vous garantis qu’à l’issue d’une séance mes bras en conservent le souvenir pendant un petit moment. C’est le prix à payer pour avoir le privilège de travailler avec un tandem d’exception.

D3s. Rien à déclarer, à part du plaisir.
Car finalement, le résultat est là. Si je mets de côté son poids, inhérent aux matériaux et aux technologies engagés dans la conception de ce boîtier, il n’y a rien, je dis bien RIEN que je puisse reprocher à Nikon D3s. Il est puissant et surtout il est polyvalent, capable de travailler dans toutes les conditions, il assure, il est capable de générer des images d’une pureté et d’un piqué irréprochables. Il y a un an, j’embarquais avec moi un D3s autant que j’embarquais à bord de la machine Nikon. On a fait un bout de route ensemble et il a toujours été là chaque fois que j’ai eu besoin de lui et il ne m’a jamais trahi. Je n’ai jamais réussi à le mettre en défaut et pourtant c’est pas faute d’avoir essayé ! Je l’ai trimballé partout dans toutes les conditions de terrain, devant des plans de feux monstrueux comme dans des conditions d’éclairage modestes, sous le soleil, dans la poussière et sous la pluie. J’ai parfois shooté en rafale à 10fps, pour voir et j’ai vu. Dans des ambiances jazzy j’ai tapé en mode Q et personne ne m’a entendu. Nikon D3s, un an après. Chaque fois que je shoote avec ce boîtier, l’émotion est intacte et le plaisir toujours renouvelé. Voilà, on y revient encore, finalement, à la notion de plaisir. Le truc vraiment important, c’est de se sentir bien, d’être en phase avec son matériel, ça n’est pas seulement vrai pour le photographe mais pour tous les corps de métiers, un musicien avec son violon, un menuisier avec ses outils, … “Il ne doit pas y avoir de confrontation entre l’homme et la machine.” Ce postulat n’est pas de moi mais je vous garantis que le gars qui m’a dit ça sait de quoi il cause. D’ailleurs, comme c’est un aussi un lecteur de Shots et l’un de ceux par la grâce de qui cette rencontre avec Nikon D3s est arrivée, j’ai une pensée pour lui, il se reconnaîtra. C’est l’occasion aussi de saluer l’équipe de Nikon Pro, toujours là quand il faut. On dit que c’est dans l’adversité qu’on reconnaît ses amis. Je confirme.

D3s. La bonne main.
Avec D3s j’ai enfin réussi à satisfaire et à caler mon éternelle quête d’exigence. Grâce à lui, le doute ne m’habite plus. Au moins, avec un D3s, quand je chie une photo, je sais que je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. Et puis, au delà de tout, j’ai trouvé un compagnon de route en qui j’ai confiance. J’ai le sentiment que la route sera longue et pleine de belles rencontres. Alors bien sûr, il y aura d’autres boîtiers, bientôt, avec des specs qui vont faire vibrer les photographes. Mais j’ai l’impression d’être comme un joueur de poker, d’être servi et d’avoir vraiment une bonne main. Je regarderai passer les annonces, bien sûr, avec beaucoup d’intérêt, peut-être et même sans doute aurai-je envie de les tester ? Mais mon boîtier de référence demeure Nikon D3s, pour quelques années au moins. Parce que, finalement, quand on a le privilège d’avoir en mains un boîtier de ce calibre, il faut savoir savourer…

Post-scriptum
Un an. Pour ce premier anniversaire, j’ai choisi de vous montrer quelques clichés réalisés avec Nikon D3s. Ici un stage portrait de Charles Gayle marquant la pose à son piano au Cabaret Vauban, là la fougue de Ari Hoenig, batteur magnifique et instinctif dans le même lieu ou Napoleon Maddox, concentré sur sa machine à sons. PJ Harvey, Yelle, The Chemical brothers au festival des Vieilles Charrues. Une même constance, la complicité avec ce putain de boîtier. Toujours prêt, toujours au rendez-vous. Franchement, entre nous, avec lui, je me suis bien marré et comme dit le Francis, c’est que le début d’accord d’accord. Voilà. On y revient toujours. Du plaisir.

Test Nikkor 200-400mm f4 VR. Pour enfin atteindre l’inaccessible étoile.

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Sur le bon de livraison en provenance de Nikon France il y a écrit “Nikkor 200-400 f4 VR“. Petit frémissement. Je regarde le prix pour l’assurance. Ah ouais, quand même… Il s’agira donc de ne pas le perdre ou de le laisser tomber. De toutes façons, un engin pareil monté sur mon D3s ça accuse plus de cinq kilos à la pesée, alors pour le shooting à main levée, on oublie. Non. Là, c’est direction Digit Photo au rayon Manfrotto. J’ai investi dans un monopode pas trop cher (autour de 45€) qui supporte un poids de dix kilos. Un investissement indispensable, de toutes façons et puis comme j’ai déjà eu la bonne idée d’investir dans un trépied de la même marque, l’excellente rotule du trépied s’adapte à merveille sur le monopode, c’est ce qui s’appelle péréniser ses investissements. Me voilà paré. Pour le test sur le terrain j’ai choisi deux grandes salles. D’abord le Quartz, scène nationale et son grand auditorium avec Miossec pour la soirée Georges Perros. Ensuite la Carène, la grande salle qui accueille le concert sold out de Selah Sue. Deux salles, deux configurations idéales pour un shooting live et un test grandeur nature d’une optique d’exception, un zoom capable d’étaler de 200 à 400mm à f4 constant, équipé d’un VR, et plus si affinités avec un téléconverstisseur TCF14 capable de faire monter l’engin à une focale de 560mm à f5,6 constant. N’en jetez plus !

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Évidemment, le premier paramètre de ce monstrueux zoom Nikkor 200-400 mm, c’est justement son aspect énorme. Et puis quand le prend en main, comme disait Izma, tu sens la puissance Kronk ? (Oh oui ! On la sent bien). Habituellement, on attache une optique à son boîtier, ici c’est l’inverse. Il est conseillé de fixer solidement l’attache de la rotule sur le zoom, puis de fixer le zoom sur le monopode et d’amener le DSLR à la rencontre de l’optique. Pas d’ambiguïté, dans cette configuration c’est l’optique qui supporte le D3s qui semble bien rikiki quand il est fixé au 200-400. Un peu flippant au début, je m’assure que tout est solidaire et c’est parti. Premier constat. Je suis tout au fond du Quartz et à 200 je n’ai déjà pas assez de recul pour shooter tout le groupe. En revanche à 400mm c’est la fête. L’image dans le viseur est d’une luminosité sans nom, d’une clarté impeccable. Le zoom est très réactif, capable d’aller chercher un point de netteté dans des conditions borderline, tout ce que j’aime. On s’habitue très vite, finalement, à cette focale qui semble vraiment naturelle. Précision, il s’agit d’une émission qui passe en direct sur France Culture, donc on n’a pas affaire à un plan de feux phénoménal, d’une part et le tintamarre du déclencheur est totalement proscrit. Avec mon D3s je vais donc bosser en mode Q (le mode silencieux) et à 6400iso. Dans ces conditions, l’image présente un poil de grain mais c’est toujours moins pire que pas d’image du tout. Mais revenons à Nikkor 200-400. Si l’on excepte son poids, sensiblement plus élevé que la moyenne (doux euphémisme), au niveau du comportement, c’est un zoom de la famille Nikkor (j’allais dire comme un autre) avec toutes les qualités qu’on leur connaît, une grande souplesse d’utilisation, une fluidité parfaite de la bague de zoom, sauf que dans le cas présent on peut la tourner avec le plat entier de la main et pas du bout des doigts ! Dans le viseur, on s’habitue très vite à l’image, à sa clarté, à sa netteté, le plus troublant bien sûr demeure le ratio d’agrandissement à 400mm. En fait, en étant au fond de la salle, j’avais l’impression d’être au premier rang. C’est d’ailleurs ce qui m’a le plus gêné dans ce test, ce genre de matos lourd et encombrant, monté sur monopode ou trépied ne permet évidemment a priori pas la même souplesse qu’avec un 70-200, par exemple. Les contraintes sont plus sévères mais le champ d’action est immense. J’imagine aisément tout le profit qu’un photographe de sports ou un photographe animalier peuvent tirer d’une optique pareille, avec des fonctionnalités d’AF en continu, entre autres.

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Quelques jours plus tard, j’ai rendez-vous à la Carène, pour un concert cette fois et un plan de feux qui a fait la réputation de cette salle. C’est Selah Sue qui sera mon sujet d’expérimentation, il y a pire. Comme au Quartz je suis en fond de salle, sur le balcon, une perspective très inhabituelle pour moi qui suis plutôt habitué aux fosses. Bizarrement, ce soir, je me sens beaucoup plus à l’aise avec le 200-400, la rotule Manfrotto permet une grande latitude et le monopode se règle en un clin d’œil, se déployant ou se rétractant très facilement. D’ailleurs, avec un peu d’habitude on peut se permettre quelques fantaisies de positionnement avec le monopode qui n’est pas condamné à reposer à terre, il peut aussi être en soutien ailleurs, sur le bout de ma chaussure par exemple, avec la rotule l’exercice est un peu sportif mais convaincant. Cette grande stabilité du monopode permet de shooter à des vitesses basses et le moteur VR fait des petits miracles. Tranquille à 1/60e, la capacité de Nikon D3s à monter tranquillement en iso permet de shooter à 1/125e f4,5 et au delà. Comme toujours, D3s fait preuve de son insolente domination dans sa capacité à accrocher le focus même dans des conditions de lumière délicates, pour peu qu’il trouve un point de contraste.

Le verdict. Que voulez-vous que je vous dise ?
Caillou d’exception, ça vous va ? Focale de rêve, f4 constant, optique ultra-lumineuse, dotée d’un VR des plus efficaces. Monté sur un calibre comme Nikon D3s on joue sur du velours, l’AF est extrêmement réactif. Le tandem produit des images d’un piqué remarquable. Comme d’habitude, j’ai poussé le bouchon en plaçant un téléconvertisseur Nikkor TC14 entre le boîtier et le zoom, en perdant certes un diaph (f5,6) mais en montant la focale à 560mm, excusez du peu, sans réelle perte de lisibilité, tout en préservant une image bien nette. Voilà le verdict. Nikkor 200-400 est à classer dans les must-have, les optiques de rêve qui permettent d’aller loin, plus loin pour enfin atteindre, comme le disait si joliment le grand Jacques, l’inaccessible étoile. Et puis quelle focale, mazette ! Quelle latitude, de 200 à 400, une focale qui ravira les photographes animaliers, sportifs, événementiels et people, cette optique monumentale, capable d’aller voir ce que les autres ne voient pas tout en se payant le luxe de produire une image nette et piquée, le tout à f4 constant, encore une fois excusez du peu. On lui adjoindra évidemment un boîtier fullframe d’exception, comme Nikon D3s (what else ?) voire un excellent D700. Et, surtout, avant d’investir dans cette optique, on prendra une profonde inspiration par le nez avant de signer, en apnée, d’une traite et avec le sourire un chèque de l’ordre de 7500€ TTC. Mais c’est bien connu. Quand on aime, on ne compte pas. C’est le prix du ticket pour un voyage vers les étoiles.

La demoiselle et le dinosaure. Photographe est-il encore un métier d’avenir ?

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Elle s’appelle Juliane. Elle a quoi ? Une (toute) petite vingtaine. Je croise de temps à autre sa petite silhouette gracile au Run ar Puñs, une salle de concerts que je ne vous présente plus, à vous lecteurs assidus de Shots (en clair, les nouveaux, démerdez-vous hein !). Bref, hier soir, prenant son courage à deux mains mon cousin, la petite blondinette est venue vers moi d’un pas nonchalant mais néanmoins décidé à aborder le massif central. Il faut vous dire qu’avant un concert, je ne suis pas du genre très causant. Avant un concert, je rentre dans ma bulle, je me transforme, je deviens autiste, je suis ailleurs, dans un autre monde. Je n’entends plus, je ne capte plus l’entourage et c’est comme ça depuis toujours. Alors évidemment, m’approcher dans ces conditions n’est pas toujours aisé et si on ajoute à cela que je supporte très difficilement la présence de photographes dans mon premier cercle, le tableau est complet. À ce propos, je n’ai vraiment pas de bol. Quelque soit l’endroit où je pose mon sac, dans une salle, comme dans un pit, je peux être sûr que dans les cinq minutes qui suivent j’ai un ou deux photographes à mes basques. Il paraît que c’est ça la rançon de la gloire. Bref, la petite Juliane est venue taper la causette et je m’en vais vous en dresser le portrait.

Je ne connais pas la demoiselle, je ne connaissais pas son travail avant cette rencontre, je sais seulement qu’elle a choisi ce métier, comme d’autres choisissent d’être coiffeur, chirurgien, avocat, instituteur, puéricultrice, boulanger, camionneur, informaticien, infirmière, agriculteur, … Non. Elle, Juliane donc, elle a choisi d’être photographe. Un choix éminemment casse-gueule de nos jours, mais comme dirait Evelyne, c’est son choix. Et franchement, comment ne pas être touché, quand on est un vieux dinosaure en fin de cycle comme moi, quand on voit un jeune s’élancer dans la carrière quand ses aînés n’y seront bientôt plus ? D’autant qu’ici on a affaire à de l’authentique, à un vrai choix, un sacerdoce. Juliane, qui me semble avoir un caractère bien trempé, a fait les choses proprement, elle sera auteure-photographe, indépendante, comme Diego, libre dans sa tête et ça sera comme ça et rien d’autre. Pas évident comme choix et finalement assez couillu, comme quoi hein ? J’ai évoqué avec elle les difficultés de ce métier, l’indispensable nécessité de diversification. Aujourd’hui, être photographe de concerts ne nourrit pas son homme et encore moins sa femme et je sais de quoi je parle. Mais au fond, Juliane en est consciente et puis quand on sait shooter un mec qui bouge en tout sens dans un endroit où les lumières sont rares, on est finalement à bonne école. Si je vous parle de cette jeune fille qui a choisi ce métier magnifique, c’est parce qu’elle est confrontée aujourd’hui à une difficulté liée au nombre de prétendants à l’obtention du précieux sésame, de cette accréditation de plus en plus difficile à obtenir et pour cause… Et le nombre de prétendants est d’autant plus élevé qu’aujourd’hui tout le monde est plus ou moins photographe. Un petit reflex numérique (voire un gros) et en avant Guingamp !

Alors bien sûr, vous allez me dire, chacun est libre de vivre sa passion comme il l’entend. Après tout, pourquoi un boulanger, un camionneur, une institutrice, une puéricultrice, un avocat, une infirmière, … n’auraient pas le droit de faire des photos, simplement parce que ça lui plaît ? On est d’accord. Le problème c’est que tous ces braves gens pervertissent le système, occupent la place, squattent les spots, dilapident les accréditations et que les jeunes photographes professionnels, eux, ont de plus en plus de mal à obtenir une place pour simplement faire leur job, pour simplement croûter. Eh ouais ! Ajoutez à cela le paramètre financier qui permet à des gens ayant déjà des revenus réguliers de s’offrir le must des matériels et la boucle est bouclée. On est alors dans le paradoxe définitif. D’un côté des pros qui ne peuvent pas bosser et donc dans l’incapacité d’investir dans des matériels de plus en plus coûteux, de l’autre des amateurs jeunes cadres dynamiques qui s’offrent le gratin des matériels. Oui, parce que, accessoirement, quoiqu’on en dise, le matériel compte dans tous les sens du terme. Vous ne ferez pas une meilleure photo parce que vous avez l’élite du matériel entre vos mains, en revanche vous accèderez à certains types d’images avec les matériels qui vont bien. Essayez donc un Nikkor 14-24mm f2,8, un Canon EF 135mm f2 voire le nouveau Canon EF 8-15mm f4, montez ces cailloux sur des matos d’envergure comme un D3s ou un EOS 1D Mark IV et on va se comprendre… Alors comprenez aussi le désarroi des jeunes photographes professionnels. Non seulement ils en bavent des ronds de chapeaux pour investir dans du matos professionnel qui coûte cher (c’est rien de le dire) et en plus ils sont concurrencés par des gens dont ce n’est pas le métier et qui squattent les spots dans les salles de concerts et ailleurs et ce n’est pas le serrurier suisse, celui qui arrondit ses fins de mois et casse les prix du marché en tapant des photos de mariage à des prix ridiculement faibles, qui osera me dire le contraire. Il y a un gros malaise et il est palpable. Et je ne parle même pas de ce que deviennent les clichés. Pour reprendre une jolie expression lue ici, il suffit parfois d’une “petite gratouille à l’ego” pour que les photos faites par des amateurs d’images soient diffusées, relayées par des médias peu regardant sur l’origine des matériels, surtout lorsque ces médias peuvent toucher des clichés à titre gratuit. On ne me la fera pas. Autant je suis tout à fait disposé à donner un coup de main à un jeune qui démarre, autant il est définitivement hors de question pour moi de soutenir un jeune photographe dont ce n’est pas le métier. Que les choses soient claires. Je n’ai rien contre les boulangers, les avocats, les chirurgiens, les camionneurs, les institutrices, les puéricultrices et consorts qui pratiquent au jour le jour la photographie, mais je vous le dis clairement. Ce n’est pas votre job, ce n’est pas ce qui vous fait manger, quand vous squattez un spot ou obtenez une accréditation, vous occupez le terrain d’un professionnel et ça, c’est mal. Et encore s’agit-il là de court terme. Parce que si cette situation perdure et que l’on n’y prend pas garde, cette profession qui souffre est appelée à disparaître progressivement. Comme les dinosaures.

crédit photo : The Dø – Juliane Lancou

voir le site internet de Juliane Lancou

Vieilles Charrues 2011. Quand on aime, on a toujours vingt ans.

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Entre ce festival et moi, comme dirait Miossec, notre histoire ne date pas d’hier. C’est toujours pareil, chaque année. Un mois avant, je commence à traîner des pieds, une semaine avant je me dis que je suis trop fatigué, trop vieux, que le matériel est désormais trop lourd. L’avant veille je suis prêt à rendre les armes, à laisser ma place. La veille, je ne veux plus qu’on me parle des Vieilles Charrues. Je veux plaquer, partir reporter de guerre en première ligne en Afghanistan ou n’importe où sur la planète mais en tout cas loin de Carhaix. Et puis le jeudi matin j’entends la voix douce et sexy de Kerampuilh qui me susurre à l’oreille : “bon alors ? On se voit cet après-midi hein ?” Et me voilà à CharruesLand, pour la énième fois, mon pass Accès scène autour du cou, fier comme un p’tit banc, comme un écolier qui rentre au CP. Je foule la prairie, je me charge d’émotions, je regarde les gens, putain ! C’est ce lieu qui est magique ou bien les festivaliers, les bénévoles, l’organisation ? C’est un mix de tout ça, c’est ça les Vieilles Charrues. Je regarde le ciel. Il fait beau, mais c’est presque accessoire, finalement. J’entame ma longue marche, backstage, qui va me mener pendant quatre jours de scène en scène. De Glenmor à Kerouac, jusqu’à Graal et le Cabaret breton désormais appelé Gwernig. Je commence avec Mademoiselle Ruiz et ses crêpes aux champignons. Olivia ne change pas, la tigresse ibérique n’a rien perdu de son mordant et de son regard infiniment sexy. Trois titres. Je redescends le chemin quatre à quatre pour aller dérusher et donner des images pour la webcover. C’est la première année où j’accepte de bosser comme ça, à contre-cœur d’ailleurs. cette façon de travailler dans l’urgence ne me convient pas, elle ne correspond pas à ma façon d’être, encore moins à ma culture. Je reste un photographe old style, école argentique où l’on a besoin de laisser du temps au temps. D’ailleurs, dès le surlendemain le Macbook Pro restera à la maison.

Les Charrues, c’est d’abord des rencontres, et moi, photographe, je suis là pour prendre des instants, pour qu’on jour on puisse se souvenir des belles choses. Et des belles choses, gast ! J’en ai vécues. Plein. D’abord sur scène, avec quelques concerts d’artistes vibrillonants, au premier rang desquels, cette année, Asaf Avidan and the Mojos, LE concert de cette édition 2011. Après les trois premiers titres, je fonce backstage, instinctivement, parce que j’en veux encore, j’en veux plus, je ne veux pas me contenter de l’image lambda, non, non. Il y a autre chose à faire avec un mec comme ça. Je me retrouve donc backstage, médusé. Une voix me dit à l’oreille : “Je suis sûr que ça te plait, hein ?” Je me retourne. Jean-Jacques Toux, le programmateur des Charrues me sourit. On évoque cette pépite, véritable OVNI de la prog 2011. Et puis j’attends. Asaf Avidan tend son micro au public, une main sur l’oreille. Pas d’hésitation, j’engrange l’image dans mon Nikon D3s. Voilà c’est fait, j’ai mon image. Les anges volent au dessus de ma tête et l’un d’entre eux me conseille de rester, parce que l’histoire n’est pas encore complètement écrite. Fin du set. Asaf tombe genoux à terre et rend les armes et tout le reste devant le public magnifique de Kerampuilh, extatique. Un ange me dit “C’est maintenant“. C’est dans le collimateur, l’index droit que Cartier-Bresson qualifiait de masturbateur titille l’obturateur jusqu’à l’orgasme visuel. Allez, ça c’est fait. Un rapide coup d’œil, dans ce plaisir solitaire, j’étais vraiment seul, tout seul. Cet image n’existera donc que par la grâce de l’ange qui m’a guidé jusqu’au backstage de Glenmor. Idem pour Siam. Je suis arrivé à Gwernig essoufflé, le temps d’embrasser mon pote Charles du Cabaret Vauban. Sur la scène, le set de Siam a déjà commencé, mais on ne peut pas être à la fois sur Kerouac à taper de l’image des excellents The Octopus (vainqueur du tremplin Jeunes Charrues 2010) qui exécutent une reprise du MC5 en compagnie de ce cher Dominic Sonic et ailleurs. Sur scène Fanny Labiau et Bruno Leroux (accompagnés de Benoît “Scholl” Fournier ex-Matmatah à la batterie et de Christophe Le Bris ex-Miossec à la basse) sont déjà à l’œuvre. Lumières ravissantes, rideau rouge, je retrouve ce qui fait la grâce du duo brestois qui joue coup sur coup “la nuit je tais nos cris” et “mercure” mes deux titres préférés de l’album. Siam, c’est un de mes coups de cœur de ces Charrues 2011 avec Ibrahim Maalouf, dans un tout autre genre. Je suis arrivé sur son set pour le titre “Beyrouth”. Pure et définitive émotion, grâce infinie. Mon Dieu et tous tes anges, de grâce ! Préserve ces pépites et fait qu’ils ne deviennent jamais des vieux cons aigris par la vie, le pognon, la coke et les putains, comme dirait Miossec, encore lui. Et je ne dis pas ça pour Lou Reed, en tout cas pas que pour lui. Que reste-t-il des mes amours de velours ? Vingt cinq minutes de shooting interminables, un coït interrompu, un truc pathos où la fille te regarde et te lâche un définitif : “non, mais t’inquiète, c’était bien hein ?” Dieu que j’étais triste. J’ai repensé à Coney island baby, à Berlin. Caroline says that I’m just a toy… Ben ouais, Lou, when the music’s over, comme disait ce cher Jim qui a dû se marrer autant que moi sur l’énorme presta de DJ Zebra accompagné du Bagad Carhaix. C’est aussi à Zebra qu’on doit le mix final joué sur le feu d’artifice. Ah ! Zebra ! Le Chevalier Jedi du mix, petit prince de Kerampuilh, éternel sourire, capable de réveiller un public en deux accords. Total respect. Il paraît que David Guetta a mis le feu, aussi. Je ne peux pas vous dire, au moment de ses exploits, j’étais dans les bras de Morphée. En revanche j’étais là pour shooter le classieux Jarvis Cocker de Pulp. J’ai ramené dans ma besace quelques clichés qui devraient ravir les amateurs de pop savoureuse à la mode british

Difficile de résumer une édition des Vieilles Charrues en quarante lignes. Bien sûr cette édition était spéciale aussi pour moi puisqu’elle scellait le partenariat entre les Vieilles Charrues et Nikon France et que, photographe officiel des Vieilles Charrues équipé par Nikon j’étais bien placé pour favoriser le rapprochement de ces deux entités. C’est une petite fierté, un peu comme lorsque deux de tes amis qui ne se connaissent pas deviennent eux-mêmes des amis. Nikon qui rejoint ma bande de frères et qui ouvre le festival à cinq jeunes photographes, ça ne pouvait que me plaire. Louise, Marjorie, Mathieu, William, Christophe, équipés de leur reflex Nikon D7000 (excusez du peu) et d’une flopée d’optiques, ont arpentés la plaine pendant quatre jours et franchement, pour avoir débriefé leur travail avec eux et Nikon le dernier jour, je peux vous dire que j’étais médusé par la qualité de leur travail. Chaque membre de l’équipe a ramené des clichés de qualité professionnelle, tous dans un style et un regard qui leur sont propres. Je suis vachement fier d’avoir initié cette idée. La candeur de l’œil de Louise, quinze ans, mais déjà une maturité visuelle remarquable. Le côté funky style de William, qui a ramené des images enthousiastes comme son regard. Marjorie, la romantique de l’équipe qui a shooté, le regard empli de tendresse, des clichés de festivaliers heureux. Mathieu qui a cadré au cordeau a ramené des shoots remarquables. Enfin Christophe qui nous a prouvé qu’un fauteuil et une mobilité réduite ne sont pas un obstacle et peuvent au contraire devenir une force, un atout et montrer le festival sous un autre angle, vu de sa fenêtre. Ouaip ! Au risque de me répéter, les gars et les filles de la team Nikon, je suis fier de vous ! Un petit clin d’œil aussi à l’équipe H. qui drive la plateforme handicapés, avec Ronan, Dan, Fred, Gaël et Gaëlle et toute une équipe de bénévoles qui ouvrent le festival aux personnes à mobilité réduite. Chapeau bas, M’sieurs Dames, ainsi qu’aux artistes qui se sont déplacés, au premier rang desquels Pierre Perret. Ah ! Pierrot chantant “Les jolies colonies de vacances” avec les bénévoles, ça valait son pesant de cacahuètes et je me devais d’être là afin d’immortaliser le moment. Respect aussi à Ben l’oncle soul et Snoop Dogg qui sont venus faire des bises et signer des tonnes d’autographe.

C’est pas fini. Les Vieilles Charrues, ça ne sera jamais fini tant que les bénévoles retrousseront leurs manches pour aller servir des frites, faire la vaisselle, ramasser des papiers gras, accueillir les artistes, gérer les états d’âme de certains photographes, suivez mon regard. Jérôme Tréhorel est resté le dandy classieux que j’aime jusqu’au dernier moment et mon cher Tangui Le Cras, finalement, n’a eu aucun problème et ne s’est pas séparé une seconde, ni de son regard malicieux, ni de son ineffable enthousiasme. Idem pour mes potes de la fosse Team, sans qui on serait volontiers restés plus de trois titres sans flash sur certains artistes ou pas, hein Lou ? J’ai salement kiffé “Never miss a beat” de Kaiser Chiefs mais je n’ai pas dansé sur “Still loving you” de Scorpions. Lisa Kekaula et the Bellrays sont toujours aussi sublimes, idem pour PJ Harvey, noir ultra. Côté cœur, M’sieur Eddy, côté balcon Yannick Noah toujours aussi impeccable, surtout sur les passing shots ! Il reste maintenant à dérusher tout ce bordel et à montrer le best of sur Cinquième nuit. Et puis, déjà, on va commencer à compter les jours qui nous séparent des retrouvailles avec ce festival au goût unique. On se souviendra longtemps de l’attachement sincère qu’on avait, cette année-là en 2011, pour la vingtième édition des Vieilles Charrues. On se souviendra longtemps des visages, des figures. Et, surtout, on n’oubliera jamais nos vingt ans… Happy birthday, Vieilles Charrues. Et à l’année prochaine, évidemment.

Vieilles Charrues, à la moitié du sillon.

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Voilà quelques nouvelles de moi. Deux jours déjà aux Vieilles Charrues à traîner des pieds sur ma jolie plaine de Kerampuilh, sautant de Kerouac à Glenmor (les deux scènes principales) avec l’enthousiasme d’une abeille sur un bouquet de pâquerettes. J’ai engrangé une quinzaine de concerts, en essayant d’abord de faire de la bonne image. Certains groupes sont clients, en font parfois des tonnes comme les teutons de Scorpions. Dans le désordre, parmi les claques, j’ai adoré Kaiser Chiefs (sur Never miss a beat j’étais comme un gamin dans la fosse entouré de photographes très sérieux), Lisa Kekaula de The Bellrays irradiant une énergie électrique dantesque comme d’hab. Comme prévu The Octopus a envoyé le bois, le vainqueur des Jeunes Charrues a donné un set très pro, avec Dominic Sonic en guest. Idem pour Siam, scène Gwernig, avec de très chouettes lumières. Quelques gouttes de pluie, mais on a vu pire. Pour le moment dans les coups de cœur (ça va en étonner plus d’un) il y a le concert de Yelle sur la scène Graal. Un show millimétré, tracé au cordeau, pas de fausses notes, une perfection scénique qui m’a bluffé. Croisé François Hollande, souriant, en campagne (bretonne), très souriant avec François Cuillandre, Jean-Yves Le Drian et Christian Troadec. Ah oui ! J’oubliais. Très joli set de Pulp, j’ai fait quelques stage portraits de Jarvis Cocker, vous m’en direz des nouvelles. Tout cela bientôt sur Cinquième nuit. Idem pour Monsieur Eddy (Mitchell) dont c’était paraît-il une des dernières séances. Voilà pour l’essentiel. C’est les Vieilles Charrues, un truc unique, un peu hors du temps et du monde. Aujourd’hui troisième jour, sept ou huit concerts sur ma feuille de route et ce soir la vingtième édition aura déjà presque vécu.

Festival les Vieilles Charrues 2011. Kerampuilh, c’était demain.

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On attend ce moment toute l’année et arrivé comme aujourd’hui à la veille du festival, il y a comme une douce quiétude qui a fait place à l’angoisse des semaines précédentes. Voilà. On y est. Demain je signe pour le Festival des Vieilles Charrues 2011, vingtième édition, la huitième pour moi en temps que photographe officiel. Ça, des photographes, dans les jours qui viennent, c’est pas ça qui va manquer, on va en voir partout, surtout dans le pit de la grande scène à Glenmor. Si vous voulez voir du matos, du gros, du lourd, du tatoué, c’est là qu’il faut être. Aucun doute possible, pour voir du matos photo, la fosse de Glenmor à Carhaix en juillet, c’est vachement mieux que le Salon de la Photo Porte de Versailles à Paris en octobre. À l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai pas encore ma feuille de route. Comme chaque année j’ai listé mes concerts probables et comme chaque année il me faudra réduire la toile et les ambitions qui vont avec. Les timings seront serrés, comme toujours. Par exemple, le vendredi où l’un de mes groupes chouchous, The Octopus (vainqueurs du tremplin des Jeunes Charrues l’an passé) ouvriront à Kerouac alors que mes potes brestois de Siam seront à Gwernig (ex-Cabaret breton) exactement au même moment. Pour shooter les deux, il va y avoir du sport.

Hier soir j’ai fait un check du sac, comme tous les ans. Cette année, je vais voyager beaucoup plus léger que l’an passé où j’embarquais deux boîtiers Canon, dont l’un (un excellent EOS 1D Mark IV) était en test en partenariat avec la marque rouge. Après avoir finalement décidé de switcher pour Nikon au début de cette année, c’est avec mon reflex Nikon D3s que je vais arpenter la plaine, amenant avec moi mes deux cailloux de prédilection. D’abord le fabuleux Nikkor 70-200 2,8 VRII, mon optique de référence, ensuite l’étonnant Nikkor 24-120 f4 qui ne cesse de m’époustoufler. Pouvoir couvrir les focales de 24 à 200 avec deux optiques, c’est le bonheur, non ? Et puis cette année, quand même, il fallait bien que je profite de l’événement que sont les Vieilles Charrues et du fait que Nikon France est partenaire du festival (oui, j’y suis un peu pour quelque chose et je n’en suis pas peu fier, de ce rapprochement entre mon festival et la marque jaune) pour solliciter un test grandeur nature. Pour Nikon je vais donc tester le discret doubleur de focale TC20-EIII. Un accessoire discret, léger, petit mais costaud. Grâce à lui, le 70-200 double sa focale (mais perd deux diaphs), je vais donc couvrir les focales de 24 à 400 avec deux optiques et demi.

Quoi d’autre d’essentiel dans mon sac Lowepro Topload cette année ? Pas grand chose à vrai dire. Nikon D3s embarque deux cartes Sandisk Extreme 32G et une carte 16G en secours, au cas où. Mais avec une capacité de plus de trois milles clichés (au format RAW) par jour, je ne risque pas la saturation, d’autant que cette année le mot d’ordre est “zen”. Ma bretelle Fnac pour mon pass, quelques pansements pour les pieds en cas d’ampoules, mes bouchons d’oreilles, ma sangle Optech, des lingettes Vu pour nettoyer mes optiques. Mon flash Nikon (SB900) que je n’utiliserai sans doute pas, quelques cartes de visite, une mini lampe torche Nitecore waterproof qui éclaire mieux qu’une énorme Maglite et qui tient dans ma poche. Last, but not least, mon médiator fétiche, qui m’accompagne à tous les concerts et qui m’avait été offert par Sammy, mon guitar hero de feu Matmatah, après un concert épique.

Zen et léger, c’est le mot d’ordre pour cette édition 2011. Je vais sans doute m’intéresser un peu plus aux festivaliers cette année, si mon planning m’en laisse le temps, profiter pour aller rencontrer des gens, parce qu’au fond, ce festival des Vieilles Charrues n’existerait pas sans son public et sans ses bénévoles non plus. J’irai voir le mythique tirer de charrue mené de main de maître par les frères Morvan, j’irai boire un verre de lait avec les jeunes agriculteurs et comme chaque année je n’aurai pas le temps de manger des patates au lard. Je sais déjà que les quatre jours qui viennent vont filer comme l’ombre et que lundi on aura tous le blues. On comptera alors les jours qui nous sépareront de la vingt et unième édition des Vieilles Charrues… Mais ça, gast ! On n’y est pas encore ! Demain c’est le début de la fête. Si vous me croisez, sur la plaine, faites-moi plaisir ! Venez me voir. Je ne vous garantis pas qu’on aura le temps de boire une Coreff ou un Breizh Cola, mais on aura sûrement le temps de faire une petite photo souvenir…

Histoires de photographe. Entre rires et larmes.

nettoyage-du-capteur-numerique-shots-2011Vendredi, 11:00. Je reçois un paquet par Chronopost. Je respire un grand coup, parce que je sais qu’à l’intérieur il y a le chaînon manquant, celui qui va effacer mon angoisse de ne pas pouvoir aller chercher le spot assez loin. Dans le carton il y a un doubleur de focale, le fameux Extender Nikon TC20EIII qui, monté sur mon Nikon D3s va transformer mon zoom 70-200 f2,8 en zoom 140-400 f5,6. Je suis impatient de voir si tout le bien que j’ai entendu de cet accessoire est fondé, ou pas. Je monte le doubleur sur mon D3s et le 70-200 sur l’extender. Dans le viseur l’image est un poil moins lumineuse sans finalement être sombre. Le traitement des lentilles asphériques du doubleur permet d’obtenir une image quasi identique dans le viseur. Côté focale, mama mia ! 400mm c’est carrément un pont plus loin. Je réprime un éclat de rire la première fois que mon regard croise l’image dans le viseur, en imaginant déjà tout le profit qu’un photographe peut tirer d’un tel accessoire, non seulement en concert (la semaine prochaine aux Vieilles Charrues, yeah !) mais aussi en photo animalière, en photo sportive, quand on est un peu court en focale. Voilà un accessoire aussi discret qu’essentiel qui trouvera sa place dans le sac de tous les photographes. Pour quelques centaines de grammes, la focale est doublée, mais attention uniquement sur les optiques compatibles. Côté investissement, c’est pas franchement une tuerie. Chez Digit Photo on le trouve à moins de 500€.

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Safari dans mon salon
Armé de mon D3s, de mon extender et de mon 70-200, pour tester le doubleur j’ai choisi d’aller en safari traquer la bête pas vraiment sauvage, shootant un Momo par ici (le chat le plus momo de tous les momos) en pleine crise de roupillon et Satori, mon terrier Yorkshire poussé dans ses ultimes retranchements, appâté par un morceau de gâteau breton maison. Et puis j’ai descendu les escaliers quatre à quatre, direction l’atelier pour dérusher. Le résultat me semble parfait. Finalement, un 70-200 équipé d’un doubleur, c’est comme un excellent 400 avec pour seule limitation c’est de perdre deux diaphs. On passe donc de f2,8 à f5,6 mais franchement, comme dirait Emmett Brown, on s’en balance ! Les deux diaphs sont largement compensés par la capacité du boîtier à monter en iso, donc la vie est belle. Sinon l’image est au poil, si j’ose dire. Ça pique, les détails sont là avec un joli bokeh en arrière-plan. Ce chaînon manquant est désormais le chaînon indispensable.

Petit coup de fil à Nikon France pour parler de l’extender et partager avec mon interlocuteur l’impatience que j’ai à aller au taff avec mon reflex D3s sur les Vieilles Charrues. C’est une première à plus d’un titre, pour moi comme pour mon festival. D’abord parce que je shoote en Nikon pour la première fois aux Charrues, avec ce reflex auquel je n’ai toujours trouvé aucun défaut (oui, désolé pour les pisses-vinaigres, mais c’est comme ça, hein ? D3s est le reflex parfait), ensuite parce que cette année le festival des Vieilles Charrues et Nikon sont partenaires et que rien que ça, évidemment, ça me touche énormément. Mais, comme disait Marie-Thérèse… La vie n’est pas un long fleuve tranquille, en tout cas pas pour moi et la suite va me prouver que j’ai raison de me méfier.

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Le cauchemar du capteur
J’ai récemment fait une séance de prise de vues en extérieur et j’avais découvert, horrifié, la présence de taches immondes sur mes images. Ni une, ni deux, j’achète un kit de nettoyage à l’épicerie Phox du coin, bien décidé à éradiquer ces points noirs disgrâcieux. Début d’après midi, je sors avec mon D3s équipé de mon 50mm, direction le ciel bleu à f16. Clic clac, je reviens au bureau, je regarde l’image dans LR et là je frôle l’arrêt cardiaque. J’ai des taches de graisse sur le capteur, des taches massives sur la partie droite de l’image. Pire encore, l’image présente des traînées dégueulasses sur la partie inférieure du cliché, comme un ruissellement de traces graisseuses et là, franchement, je suis abasourdi. Je n’arrive pas à m’expliquer la présence de taches aussi nombreuses et aussi lourdes sur le capteur de ce boîtier qui a à peine six mois de fonctionnement. Et comme je fais partie des maniaques du matos, on ne peut même pas se dire que je ne sais pas changer un caillou avec les précautions d’usage. Je suis dans la merde, à moins d’une semaine du plus gros morceau de l’année, les Vieilles Charrues.

Nettoyage du capteur : attention ! Casse-geule !
Je déballe le kit de nettoyage capteur de chez VisibleDust. Un peu de produit en haut, un peu en bas, mais pas trop. Ouverture du miroir. J’essaie de respirer par le nez, je passe sur la capteur d’un trait, mouais. Je remets mon 50, direction le ciel. Pas de bol, le ciel bleu a disparu, ici c’est Brest. Rebelotte, je reviens sur LR. Les traces ont disparu dans la partie inférieure mais d’autres traces apparaissent ailleurs. Voilà. Bienvenue dans la diagonale du fou. Je vais essayer de nettoyer à plusieurs reprises, en changeant le sticker, rien n’y fait, les traces sont encore là. Fin de la journée, je renonce, je suis furieux, déjà prêt à tout bazarder, le D3s, les optiques, à tout plaquer, à arrêter la photo (vieux refrain) pour aller élever des chèvres dans le fin fond de l’Afghanistan, un chapeau grotesque sur la tête, comme le héros du film de Jeunet. Je suis passé du rire aux larmes, en moins de deux. Finalement la décision est prise. Demain j’amène mon D3s chez Phox qui va se démerder pour me nettoyer ce satané capteur…

Pourquoi des tâches sur le capteur du D3s ?
D’abord, balayons d’un revers de main l’hypothèse selon laquelle D3s mangerait plus de poussières qu’un autre boîtier. Tous les appareils photos numérique sont concernés, tous sans exception. La bonne question n’est pas de se demander pourquoi D3s mange de la poussière et des particules graisseuses mais bien pourquoi mon D3s se comporte de cette manière. D’ailleurs d’autres photographes équipés en D3 ou D3s m’ont confié qu’ils n’ont pour leur part que peu de problèmes. Alors pourquoi le mien ? D’abord, je change d’optiques fréquemment, alternant du 24-120 au 70-200 et désormais un 50. Chaque fois qu’on enlève une optique, le potentiel d’entrée de particules est élevé. Lorsque le miroir s’actionne, c’est la rumba des poussières, à l’intérieur. Un technicien de Nikon France, que j’ai contacté, m’expliquait qu’il peut se produire un phénomène d’aspiration de particules de poussières microscopiques, même à travers une optique en place. La micro-poussière est invisible à grande ouverture, en revanche à partir de f16 et au delà elle se révèle dans toute son infecte splendeur. Autre paramètre, je fréquente des salles de concerts qui sentent la bière et l’animal et dont l’air est saturé de poussières en tout genre, comme le Vauban ou le Run ar Puñs, et ceci explique largement cela.

En conclusion.
D’abord, non, je ne vends pas mon D3s. Inutile donc de me faire parvenir vos propositions vénales. Ensuite, le conseil c’est de vérifier régulièrement l’état de votre capteur numérique. La technique, très simple. Vous photographiez un objet lumineux , un fond blanc, un ciel bleu à la plus petite ouverture possible (par ex. f16 ou une valeur supérieure) en désactivant l’autofocus et en réglant l’objectif sur l’infini. Si des auréoles, des tâches, des trainées apparaissent, votre capteur a des poussières ou des taches de graisse. Pour les poussières, un délicat coup de soufflette sur le capteur ou l’utilisation d’un pinceau anti-statique feront l’affaire. Évitez absolument les bombes de gaz qui pourraient projeter des substances liquides sur votre capteur (parce que là, c’est sayonara !). Pour les taches graisseuses, deux options. Le kit de nettoyage permettant nettoyer son capteur soi-même ou l’envoi du reflex chez un pro qui vous garantira un capteur vierge et propre. Si vous êtes sur Paris, que vous êtes pro et équipé en Nikon, le staff de techniciens du NPS (Nikon Pro Service) saura vous être utile et vous évitera de plonger, comme moi, le temps d’un soir, dans la plus profonde des déprimes…

Iggy and the Stooges. Un rider entré dans la légende.

iggy pop and the stooges un rider de légendeJ’ai eu un jour entre les mains le rider (la feuille de route) des Stooges et franchement ça vaut le détour. Rédigé par Jos Grain (qui bosse pour le groupe), le document décrivait les desideratas du groupe, en matière de technique et aussi les petites choses à faire et à éviter. Quand on connaît le niveau de professionnalisme d’un calibre comme Iggy Pop sur scène on comprend. Le document ouvrait sur cette phrase : “Nous avons besoin d’un ingénieur du son qui parle bien anglais et qui n’a pas peur de la mort.” Voilà pour l’ambiance. Iggy et les Stooges avaient des demandes bizarres, dont pour ma part j’ai longtemps cru que c’était de la légende avant de réaliser que non, c’était vrai. Comme la présence dans la loge d’une poubelle avec un brocolis ou un chou-fleur dedans. Voilà qui contribue un peu plus à la légende du rock’n roll. Et puis il y avait ce paragraphe entier dédié aux vidéastes et aux photographes et franchement, c’est tellement drôle, si bien écrit et si proche de la réalité que je ne résiste pas au plaisir de vous en servir une tranche, que je vais essayer de vous traduire dans la langue de Molière, du mieux que je peux.

“Ne vous méprenez pas. J’ai beaucoup de respect pour les gens de l’industrie des communications, en fait mes ancêtres ont un fort lien historique avec le service postal (…). Cependant, ces dernières années et je suis sûr que vous serez d’accord avec moi sur ce point, il y a eu une explosion de, disons de personnes bénies du Bon Dieu avec une totale absence de talent, essayant à tout prix de se frayer un chemin à travers le public. Petit à petit on a constaté une augmentation massive de sociétés de production disposées à encourager les egos de ces malheureux et de leur accorder une attention. On est arrivé à un point où il y a des sociétés qui associent toute personne sur une scène à un crétin désespéré qui ne recherche que de l’attention et qui ne recherchent qu’à faire de l’image à tout prix. Les Stooges ne sont pas ces mecs-là ! Porter de l’attention aux médias, D’ACCORD ! Interférer avec le concert PAS D’ACCORD ! (…) Le fait est que, dès que vous mettez une caméra ou un appareil photo dans la tronche d’un artiste, vous changez complètement la nature de sa performance. Les Stooges essayent de donner la meilleure performance au public mais je pense qu’il n’y a rien de plus démoralisant que de voir un groupe sur scène entouré d’un cameraman et de ses assistants, comme une bande de hobbits armés de bazookas. (…) Ah oui ! Iggy adore casser les appareils photos. Est-ce que j’ai parlé de ça ? Alors vraiment, il est préférable de ne s’approcher trop de lui, surtout s’il te regarde d’une drôle de façon. S’il se dirige vers toi comme s’il s’apprêtait à saisir ton appareil photo, c’est probablement parce qu’il va le faire ! C’est comme un signe, un indice. Bien sûr, je suis sur place pour essayer de l’empêcher de détruire ton équipement. Malheureusement, il n’y a qu’une personne qui aime autant casser les caméras que Iggy et c’est moi. Merci de votre aimable attention. De toutes façons quoiqu’il arrive, vous ferez de l’image, croyez-moi.

Par ailleurs, je me demande si dans les médias on sait pourquoi certains cameraman pensent qu’il est innovant ou stimulant de bouger sans arrêt, de courir de gauche à droite, de faire des plans zoom avant zoom arrière dans une pathétique tentative de garder le tempo avec la musique ? Aucun de leurs collègues ne leur ont jamais dit qu’ils faisaient de la merde ? Est-ce que je suis le seul à vouloir les assommer à coups de trépieds ? Bordel de merde ! Quelqu’un doit avoir une explication ! Ça m’emmerdait déjà en 1980 et aujourd’hui c’est pareil. Si vraiment ils ne sont pas foutus de stabiliser leur appareil quelques secondes, il est peut être temps pour eux d’appeler les alcooliques anonymes… C’est juste une idée.”

Voilà. C’est tellement bon qu’on croirait lire un scénario des Monty Pythons. Ce texte me fait marrer mais au fond sa trame est tout ce qu’il y a de sérieux. Des mecs comme ça j’en ai vu des tonnes et malheureusement ça va crescendo, parce qu’aujourd’hui le moindre pékin qui a un reflex et un lightroom piraté sur Piratebay s’autoproclame photographe de concerts. Ça me saoûle, d’ailleurs c’est pas pour rien que j’ai déserté les pits et les salles de concerts, pour me consacrer à d’autres projets d’images. En attendant, le texte de Jos Grain me fait bien marrer. Et puis, il y a un point sur lequel il a raison. Avec des groupes du calibre de Iggy and the Stooges, il y aura toujours de la bonne image. Je confirme.

voir le site de Jos Grain

Laboratoire argentique. De la théorie à la pratique, un seul mot d’ordre : DIY.

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Je viens de développer coup sur coup deux pellicules Kodak TriX. Difficile de traduire l’émotion et le plaisir que cet acte procure. C’est comme un témoignage, une gratitude au passé. Et disons-le clairement, un passage quasi-obligatoire si l’envie vous prend de tâter un peu des cristaux d’argent. D’abord parce que le développement de la pellicule c’est le prolongement naturel de l’acte photographique. C’est un ressenti, comme une osmose chimique avec ses clichés, c’est prolonger la naissance d’une image, aller au terme, au bout du rêve. L’image que vous avez conçue dans votre viseur, vous allez contribuer à la révéler, que rêver de mieux ? Ensuite parce que techniquement c’est à la portée de tout le monde. Il faut juste un peu de patience et de technique que vous apprendrez à maîtriser. Enfin et surtout ! Parce que faire soi-même, ça a deux avantages majeurs. D’une, vous savez ce que vous faites. Si vous avez bien fait, vous pouvez le reproduire et si ça ne vous plaît pas, vous pouvez toujours améliorer. De deux, quand on fait soi-même ça coûte toujours moins cher que lorsqu’on le fait faire par un autre ! Mieux et moins cher. De vous à moi, je m’étais renseigné sur les tarifs de développement des laboratoires “professionnels”. Pour développer une pellicule TriX 400, l’addition était plutôt salée. Entre le prix du développement lui-même et la réalisation de clichés basses déf livrés sur CD (14,50€), les frais de port aller-retour (12€) j’arrivais à un ticket de 26,50€. Pas donné le prix du rêve, hein ? Alors qu’à y regarder de plus près, il faut à tout casser une demi-heure pour développer une pelloche avec un coût de revient carrément rikiki. Le calcul est vite fait et tient en trois lettres chères au coeur de nos amis anglo-saxons. DIY. Do it yourself ! Non seulement c’est amusant, c’est de surcroît gratifiant et ça coûte vraiment pas grand chose. Juste le temps que vous allez y passer. Et au risque de me répéter, la grande vertu de l’argentique c’est justement ça. Le temps. Alors, vous êtes prêts ? Suivez le guide !

De la méthode !
Comme disait ce cher René (Descartes hein ? Pas le mari de la Céline), le secret réside dans la méthode. Soyez bien organisé et vous verrez, ça va être tout de suite beaucoup plus facile ! En gros pour développer une pellicule argentique, vous avez besoin de quoi ? Une cuve, des produits de traitement (révélateur, bain d’arrêt, fixateur, lavage et rinçage), quelques bidons, un thermomètre et un point d’eau. Pas franchement sorcier, donc. C’est souvent la cuisine qui sert de laboratoire provisoire, le temps du développement. Prenez soin d’éloigner les produits alimentaires, il s’agirait de ne pas confondre Nesquick et Lavaquick. Utilisez du matériel dédié au développement : entonnoir, torchons, éponge, histoire d’éviter que votre yaourt n’ait un goût de révélateur. J’ai une grande mallette en alu dans laquelle je stocke tout mon matériel qui est ainsi à l’abri de l’air, de la lumière et des prédateurs (mes chats). En gros, vous allez avoir besoin de certains produits que vous n’utiliserez qu’une fois, c’est ce qu’on appelle le bain perdu, c’est le cas du révélateur Kodak D76, du produit de lavage Lavaquick (Tetenal) et du produit de rinçage Photo Flo (Kodak). En revanche d’autres produits sont réutilisables plusieurs fois, comme le bain d’arrêt Tetenal Indicet ou le fixateur Kodak Fixer. L’idéal est de positionner vos produits de traitement sur la table de travail, de gauche à droite, prêts à être utilisés :

le révélateur (à gauche, pastille verte), dont vous allez préparer une dose dans un broc gradué. Si votre cuve fait 500ml, il suffit de mélanger 250ml de révélateur D76 à 250ml d’eau, de bien mélanger et de veiller à ce que le tout soit à une température de 20° c. Au besoin vous utiliserez un bain-marie : une grande bassine, de l’eau à bonne température et vos bouteilles ou bidons dans la bassine.

le bain d’arrêt (pastille orange) est prêt dans sa bouteille accordéon. Devant lui une bassine en plastique vide est disponible pour récupérer le liquide après le traitement.

le fixateur (pastille rouge) est aussi en attente. Après utilisation, il sera aussi récupéré dans sa bassine.

le produit de lavage Lavaquick est un produit qui se jette après chaque utilisation. Une bouteille de jus de fruits en PVC de récupération permet de faire la préparation (20ml de Lavaquick pour 430ml d’eau à 20° c).

le produit de rinçage Photo-Flo est également un bain perdu. J’utilise une éprouvette graduée et un compte-gouttes pour le préparer à raison de 10 gouttes pour 500ml d’eau à 20° c. Un conseil évitez de trop remuer, Photo-Flo a tendance à mousser !

Voilà. Vos produits n’attendent que vous. Comme le processus de développement se fait d’une traite, le fait d’avoir tous les éléments sous la main, de savoir où se trouve chaque produit, dans l’ordre logique, va vous faciliter grandement la tâche dans l’application des quatre traitements successifs. Et encore une fois, soyez zen et prenez votre temps. Vous avez logé votre film est dans votre cuve de développement dans le noir complet ou bien comme moi vous utilisez une cuve Jobo Daylight, lorsque le film est à l’abri dans la cuve, vous êtes prêt.

Le développement du film négatif en cinq étapes.

1- Le révélateur
C’est la première phase du développement et autant le dire clairement, c’est là où tout se joue. Vous devez faire tremper votre film négatif pendant la durée indiquée par le fabriquant du révélateur pour le film que vous utilisez. Dans mon cas, j’utilise le révélateur Kodak D76 pour une pellicule Kodak TriX 400 poussée à 1600iso. Le temps de développement conseillé par Kodak est de 13 minutes trente dans un révélateur à 20° c. Le fait d’utiliser un révélateur à bain perdu est une excellente méthode qui permet d’avoir une constance dans les résultats obtenus, pour un prix de revient modique (environ 0,48€ par film).

Ôtez le gros bouchon orange de votre cuve. Versez la dose de révélateur dans la cuve, d’une traite, remettez le bouchon. Déclenchez le chronomètre (celui de iPhone est parfait) et agitez votre cuve en la retournant pendant trente secondes. Attention. Vous ne préparez pas un cocktail, inutile de secouer la cuve comme si vous étiez en train de préparer un punch coco ! Reposez la cuve en la tapant légèrement sur la table (ou sur un tasseau en bois disposé sur votre table), ce qui a pour effet de dégager les bulles d’air s’il y en a. Ensuite, toutes les trente secondes, effectuez six ou sept retournements de la cuve rapidement, pendant cinq secondes. Vous verrez, vous allez rapidement trouver le rythme ! En n’oubliant pas de taper le cul de la cuve après chaque séance de retournements. Le temps passe. Vous pouvez mettre à profit les tranches de repos de la cuve pour préparer votre bouteille de bain d’arrêt.

Treize minutes trente, pas plus. Enlevez le bouchon de la cuve et videz la dans l’évier. La vidange ne dure guère plus de cinq à six secondes, c’est étudié pour ! Il est temps de passer au bain d’arrêt.

2- Le bain d’arrêt
Dans votre cuve vidée de son révélateur, remplissez avec du bain d’arrêt et remettez le bouchon. C’est le bain d’arrêt qui siffle la fin du jeu au révélateur, qui interrompt son processus. À partir de maintenant tout est plus calme. Pendant une vingtaine de secondes, tournez la cuve haut-bas à raison d’un retournement toutes les deux secondes. Quand c’est fait, enlevez le bouchon de la cuve et récupérez le bain d’arrêt dans la bassine prévue à cet effet.

3- Le fixateur
Le fixateur va dissoudre les cristaux d’argent non-développés. Le négatif devient transparent sur les zones non exposées et prend son aspect définitif. Lorsque vous avez rempli la cuve de fixateur et mis le bouchon en place, déclenchez le chronomètre. Kodak indique une durée de fixation de cinq à dix minutes, pour ma part je fixe pendant sept minutes environ. Du côté agitation, c’est le même tempo que pour le révélateur, le stress en moins. On agite pendant les trente première secondes, une petite tape sur le cul pour les bulles d’air, puis six ou sept retournements toutes les trente secondes pendant cinq secondes, avec la petite tape au bout des cinq secondes. Facile. Quand c’est fait, on récupère le produit dans sa bassine et on est content parce que c’est presque fini.

4- Le lavage
Il faut laver le film soigneusement et le rincer abondamment à l’eau claire, toujours à température de 20° c. Posez la cuve (toujours fermée) dans l’évier, faites couler l’eau dans la cuve par le trou central pendant deux minutes. Quand c’est fait, videz la cuve de l’excédent d’eau et remplissez avec la préparation Lavaquick. Ce produit est sensé amélioré la qualité du lavage du film et réduire le temps de traitement. Lorsque votre cuve est remplie, remettez le bouchon et agitez la cuve pendant deux minutes sans interruption. Puis, purgez la préparation Lavaquick et faites à nouveau couler de l’eau claire dans la cuve. Si vous disposez d’une cuve Jobo et du système Cascade, c’est le moment de l’utiliser, le lavage du film (pendant cinq bonnes minutes) n’en sera que meilleur.

5- Le rinçage
Versez votre préparation Photo-Flo dans votre cuve. Fermez avec le bouchon et tournez tranquillement la cuve haut et bas pendant trente secondes. Un conseil, ne secouez pas trop fortement la cuve car Photo-Flo a tendance à mousser. Voilà, pour le développement c’est fini. Vous voyez c’était pas sorcier. D’autant que l’instant magique, le vrai, c’est maintenant.

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Un soupçon de magie.
Fébrilement, vous ouvrez la cuve et là, il se montre enfin à vos yeux. En négatif les images que vous avez créées apparaissent sur le film. Même si le procédé chimique est connu, on ne peut s’empêcher d’être émerveillé. Vite, vous le secouez délicatement, vous attachez deux pinces lestées à chaque extrémité du film et vous le suspendez à l’abri de la poussière, au calme. Vous le laissez ainsi sécher tranquillement pendant quelques heures et puis, finalement, vous le découpez délicatement bandes de six vues que vous rangez soigneusement dans des pochettes de papier cristal. Maintenant, deux chemins s’offrent à vous. Quelques uns d’entre vous vont poursuivre le chemin et continuer l’aventure vers les joies de l’agrandisseur et les papiers barytés. D’autres (c’est mon cas), vont numériser les négatifs en utilisant un scanner à film. Qu’importe. Le moment où vous découvrez l’image, enfin, ce moment là n’appartient qu’à vous. Le négatif vous dévoile alors tous ses secrets. Il est intemporel. Mieux encore, il demeure contemporain et il est incroyablement moderne.

• cliché : Fredrika Stahl au Run ar Puñs en avril 2011. Canon New F1, Canon FD 55mm f1,2 SSC, Kodak TriX 400.

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Lightroom, Capture NX2. La quadrature du cercle.

lightroom shots 2011
C’est dimanche. Il fait beau, et même très beau. C’est souvent comme ça, à Brest, n’en déplaise à Barbara. Que faire ? D’un côté la raison qui me pousse vers quelques centaines de clichés à dérusher, de l’autre le plaisir qui m’appelle au jardin où m’attendent mes fraisiers. J’opte pour la raison, grossière erreur. Je dérushe mes clichés de jazz, sur mon iMac calibré. Et là, je tombe sur un cliché bizarre. J’ai l’impression que Lightroom traduit mon fichier NEF de manière totalement erratique. Est-ce que ça m’est déjà arrivé avant ? Certes oui, mais jamais dans des proportions aussi dramatiques. Les zones d’ombres sont remplacées par un bleu absolument hideux qui tue le cliché. Je poursuis plus avant, c’est idem. Je ne le sais pas encore, mais cet incident va me pourrir la vie. Car finalement, la conclusion de ce joyeux bordel c’est que Lightroom (version 3.3) traduit mes fichiers NEF un peu comme il peut, avec les moyens du bord. Pourquoi ? Simple. Parce que Adobe ne dispose pas de toutes les informations pour décrypter correctement et complètement le RAW natif de Nikon. Je pense d’ailleurs que c’est la même chose pour les fichiers d’origine Canon. D’ailleurs s’il y a bien une constante entre les deux marques, c’est dans le discours. D’un côté Nikon vous assure qu’il n’y a rien de mieux, pour développer un fichier NEF que Capture NX2. De l’autre c’est un peu le même discours dans l’épicerie d’en face. Chez Canon on vous dira et on vous répétera à l’envi qu’il n’y a rien de mieux pour développer un fichier RAW Canon que DPP, le logiciel maison.

À ma gauche, accusant 149€ prix net vendeur, Capture NX2. À ma droite, livré en standard avec chaque reflex Canon voici DPP. Et au milieu il y a nous, les photographes et un choix qui n’est guère plus cornélien. C’est, pour une grande majorité d’entre nous Adobe Lightroom, un espèce de couteau suisse qui a supplanté Aperture, la tentative logicielle développée par Apple. À un moment donné, il m’a fallu faire un choix. J’ai testé les deux, Aperture et Lightroom et franchement, il n’y avait pas photo, si j’ose dire. J’ai choisi Lightroom, justement pour son aspect couteau suisse. Voilà un logiciel capable d’organiser des catalogues, d’appliquer des mots-clés, d’effectuer des recherches, même si finalement, de vous à moi, mon organisation interne (qui passe par une base de données maison) me permet de retrouver facilement un cliché. Non, j’avais été séduit par Lightroom pour sa capacité fantastique dans la maîtrise du flux de travail, notamment en matière de dérushage. Les mains sur le clavier, Lightroom me permet de dérusher, de classer, de trier, de noter deux cents fichiers RAW dans un délai extrêmement court. Quand c’est fait, je peux supprimer de mon disque, en une seule manipulation, les fichiers indésirables. Grâce à Lightroom, j’ai à ma disposition un outil de production, sans parler des outils d’optimisation de l’image que j’utilise pour ma part avec la plus grande parcimonie et aussi la plus grande méfiance, mais ça c’est une autre histoire…

Alors bien sûr, je comprends que Canon comme Nikon engagent leurs utilisateurs à choisir l’option dérawtiseur maison. Le truc, c’est que lorsqu’on a mis les pieds et les mains aux commandes d’un Cessna, on n’a guère envie de se retrouver le cul vissé à un siège de vieux Tupolev. Parce que je ne sais pas si vous avez regardé Capture NX2 de plus près, mais c’est quand même relativement spartiate, autant en confort d’utilisation qu’en termes d’ergonomie. Sans vouloir être mesquin, ils ont recruté un ancien ingénieur du bloc soviétique période Brejnev, pour avoir pondu une interface aussi imbittable ? Alors vous allez me dire que certes, Capture NX2 c’est pas super ergonomique mais que jusqu’à preuve du contraire “on n’a rien trouvé de mieux pour développer correctement un fichier NEF“. On est d’accord. Sauf que moi et la plupart de mes camarades photographes, on ne va pas se taper double ration de boulot. Dérusher dans Capture NX2 (ou DPP) puis, quand c’est fait remettre le couvert dans Lightroom. Et pourtant, c’est qu’il conviendrait de faire. Mais entre nous, qui le fait ?

J’ai donc décidé de regarder de plus près cette problématique de conversion de colorimétrie dans Lightroom. J’ai pris un fichier NEF test que j’ai développé dans Capture NX2. Comme sur cette série de clichés, j’avais paramétré D3s pour générer un fichier NEF et sur la seconde carte un fichier JPEG, j’ai pu comparer le JPEG exporté par Capture NX2 et le JPEG d’origine. Puis j’ai comparé mon JPEG obtenu à partir de Capture NX2 à ma prévisualisation dans Lightroom. En modifiant dans LR mon profil d’étalonnage de l’appareil photo, dans le module développement, en remplaçant le profil Adobe Standard par le profil Camera D2X Mode 1, j’ai obtenu une prévisualisation nettement plus conforme à ce que je prévisualisais dans Capture NX2. J’ai terminé mon dérushage avec plus de sérénité et une fois fait, j’ai éteint mon Mac et je suis retourné à la quiétude de mon jardin et de mes fraisiers.

Finalement, pour conclure, je suis assez troublé par cette succession d’incidents. Le fait de savoir que Lightroom ne dispose pas de tous les paramètres nécessaires pour tirer pleinement parti de mes fichiers NEF et donc d’en extraire pleinement la quintessence est une problématique qui pour ma part m’interpelle. D’un autre côté, je serais curieux de savoir combien de photographes n’utilisent que Capture NX2 pour développer leur production et encore mieux combien utilisent conjointement Capture NX2 et Lightroom. Et accessoirement combien de photographes shootent directement en format JPEG ? À ce propos, je me souviens d’une discussion avec un membre du staff Nikon qui m’avait dit que beaucoup de photographes sportifs utilisant des boîtiers de type D3 travaillaient directement en format JPEG. D’abord parce que techniquement ils n’avaient pas le temps de dérusher du RAW et que, de toutes façons, ils étaient tellement sûrs de la qualité des clichés produits par la gamme D3 qu’ils n’avaient pas besoin de générer un fichier NEF pleinement éditable. Oui, c’était dit avec le sourire et une petite pointe d’ironie. À l’époque, j’étais équipé en Canon, ceci explique sans doute cela. En tout cas ce problème de colorimétrie dans Lightroom a attiré mon attention sur la nécessité d’une bonne session de formation sur un logiciel aux capacités aussi étendues. Je vais programmer très prochainement sur mon agenda une formation Adobe Lightroom à la Nikon School. Histoire de maîtriser toutes les arcanes de ce logiciel et d’évaluer les possibilités de traitement avec Capture NX2. Car, par la porte ou par la fenêtre, qu’on le veuille ou non, il n’y a effectivement rien de mieux qu’un logiciel propriétaire pour développer un fichier propriétaire.

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