Mansfield Tya. Dans les bras de Nyx, déesse de la nuit.

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Je suis sorti secoué, lessivé, éreinté, essoré, subjugué du set de Mansfield Tya. Depuis, j’essaie (vainement) de reprendre mes esprits, en écoutant notamment NYX, le nouvel opus des deux damoiselles du duo nantais. Un signe qui ne trompe point. Bon, déjà il y a quelques mois, j’avais eu l’occasion d’approcher l’univers musical de ce groupe totalement atypique, d’effleurer la beauté, la douceur vénéneuse et la violence de leurs compositions. J’avais écrit un billet pour le site du Vauban sur la venue du groupe en octobre à l’invitation des filles de CoNNe AcTioN et là j’avais pris, coup sur coup, deux titres en pleine gueule. Animal, d’abord, une composition étrange, un univers étrangement fascinant, mélange de voix baroques et de pizzicatos violonesques assumés avec une assurance parfaitement maîtrisée et là je m’étais dit, en me parlant à moi-même, mais putain, what the fuck, on ne m’avait donc rien dit ? Et puis par dessus, il y avait eu un autre titre qui a tourné en boucle, à la fois sur le site du Vauban et dans ma tête pendant des mois et il ne fut pas rare que l’envie me prenne de fredonner “il n’y a pas d’étoiles sur le plafond…” régulièrement dans la journée, ce qui agaçait considérablement mon entourage. Bref. J’étais accro. Mansfield Tya était entré dans ma tête, par la grande porte, sans effraction, avec douceur et volupté, instillé dans mes veines comme un divin poison. Comme j’aime, en somme.

Et puis il y a eu le set du Vauban. Sur scène, deux synthés, une batterie et deux filles, Julia et Carla. L’une vocalise pendant que l’autre s’applique, désinvolte mais consciencieuse sur son violon et là, dès la première note, Ô mes petits frères et sœurs ! Un frisson qui m’envahit le cortex, me secoue la carlingue de haut en bas, quelque chose d’indéfinissable, de doux et en même temps de violent, comme une passion, un feu, une petite mort, un ange exterminateur. Mansfield Tya c’est une tornade, un truc qui te prend, te soulève et qui ne te lâche plus. Ça passe ou ça casse. Soit on aime, radicalement, soit on déteste définitivement, mais avec elles, pas de juste milieu, pas de peut-être, de oui pourquoi pas ? Ça n’évoque rien, c’est à la fois de la pop, mâtinée de son baroque qu’on croirait tout droit venu de temps lointains, à voir ces deux filles faire tout avec brio on pense au son rock minimaliste des White stripes et puis non, ça repart un peu plus loin, je ferme les yeux et la complainte des voix me rappelle la douceur des filles du trio Au revoir Simone, mais pas pour très longtemps parce que Julia est déjà à la batterie et cogne sur ses fûts comme une furie, mais toujours avec élégance. Totalement désinvolte, cette Julia, c’est marrant elle me rappelle vaguement quelqu’un, croisé aux Vieilles Charrues, dans un univers parallèle, sans doute. Mansfield Tya me tient et ne me lâchera plus. Une petite heure à peine et l’oiseau s’est (déjà) envolé. C’est d’ailleurs le seul (petit) reproche qu’on pourra faire au duo, on ressort un peu frustré tellement c’était bien, tellement c’était bon, tellement qu’on a envie d’en reprendre encore un peu, comme quand on a envie de lécher le fond de la casserole avec ses doigts, avec gourmandise, mais non, enough is too much, c’est fini et putain ! C’était vraiment bon…

Finalement on ne pouvait imaginer meilleure ouverture que Mansfield Tya pour cette première édition d’Astropolis collection Hiver. J’ai rencontré Julia, après le set, elle et son regard bleu azur. Je lui ai dit que j’avais cru croiser son chemin par le passé et elle m’a regardé en souriant avant d’ajouter : “Ah ! Je vois que vous avez rencontré ma sœur…” Je n’ai pas insisté et puis j’ai balancé un hasardeux “j’aime beaucoup ce que vous faites” avant d’essayer de ma rattraper maladroitement sur un truc aussi convenu (en deux mots). Julia, aussi lumineuse à la ville qu’à la scène, pas la peine d’en rajouter. Putain de concert. Mansfield Tya est entré dans mon Panthéon musical, en douceur, avec l’élégance définitive qui est la marque de fabrique de ce duo intemporel. Entre Miossec et Bashung, entre Gainsbourg et Daho, Florent Marchet et François Audrain, Romain Humeau et Eiffel, entre Mozart et Au revoir Simone, il y a désormais Mansfield Tya, regard bleuté, mélange sublime de voix et délicieuses bidouilles sonores qui m’emportent ailleurs, loin d’ici, dans les bras de Nyx, déesse de la nuit…

voir le site internet de Mansfield Tya

voir l’article et des vidéos sur le site du Cabaret Vauban

Bonne année 2012 !

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(cliquez sur le visuel pour voir la carte de voeux 2012 en entier)

Les jeunes reporters Nikon au 20ème festival des Vieilles Charrues.

jeunes-reporters-nikon-aux-vieilles-charrues-2011Il est des cadeaux qui font plaisir, d’autres qui vous touchent. Le livre que j’ai reçu hier matin, c’est un peu les deux, en fait. C’est un joli petit bouquin d’une vingtaine de pages édité par Nikon France, à l’occasion de l’opération jeunes reporters qui a eu lieu dans le cadre du vingtième festival des Vieilles Charrues à Carhaix en juillet 2011. Et si ça me touche autant, c’est parce que, d’une certaine manière, je suis l’initiateur de cette idée. J’avais mis à profit mon statut de photographe officiel du festival des Vieilles Charrues et de mon lien privilégié avec Nikon France pour proposer au festival d’ouvrir ses portes à de jeunes reporters en herbe, amateurs de photographie et de demander à Nikon France de soutenir ce projet. On connaît la suite. L’idée a été relayée avec enthousiasme par les deux partenaires, un concours étant organisé par Nikon France, ouvrant les portes du festival à un groupe de cinq jeunes reporters, les soutenant activement en leur fournissant du matériel de pointe. Le résultat c’est ce petit livre qui regroupe une sélection de leurs clichés, de leurs souvenirs, de leurs émotions. Et du plaisir qu’ils ont eu à participer à cette aventure de rêve.

Rendez-vous en 2012, avec Nikon France et les Vieilles Charrues pour de nouvelles aventures. Soyez prêts.

voir le site de Nikon France

voir le site du festival des Vieilles Charrues

Test Nikkor 200-400mm f4 VR. Un peu plus près des étoiles.

piers-faccini-au-cabaret-vauban-test-nikkor-200-400-shots-2011Petite retour sur la publication de mon article sur Nikkor 200-400 f4. À la suite de cette publication j’ai reçu comme toujours quelques commentaires intéressants ainsi que la volée de bois vert habituelle comme à chaque fois où j’écris un truc élogieux sur un matos Nikon. Pour mémoire, je rappelle ici que je suis d’abord photographe avant d’être blogueur et que je ne suis aucunement journaliste. Je n’ai donc aucune obligation de tempérer mon enthousiasme, surtout quand j’ai le privilège de tester un matos de haute volée comme des optiques Nikkor. Franchement, connaissant Nikon, pensez-vous sérieusement qu’on peut sortir autrement que totalement extatique d’un test terrain avec des optiques d’exception comme celles que j’ai eu le bonheur de tester cette année, hein ? Comment ne pas être subjugué par un calibre comme Nikkor 14-24mm f2,8 ? Comment ne pas être enthousiasmé par un Nikkor 24-120mm f4 ? Ou par un Nikkor 70-200mm f2,8 VRII ? Voire par un téléconvertisseur comme TC20-EIII ? Non, je n’ai pas l’obligation journalistique d’induire une petite dose de “j’aime pas” dans mes tests-terrain. J’aime sans limite et sans concession et c’est pas pour autant que j’accepterai le poste de sales manager chez Nikon (sauf si c’est très, très bien payé à la rigueur). Cela dit, cette petite remarque ironique me fut également attribuée lorsque, par le passé, j’encensais EOS 1D Mark IV ou EOS 7D le magnifique. Les pisse-vinaigres trouveront toujours quelque chose à redire, mais ça, c’est leur problème. Moi, mon kiff, mon bonheur, mon satori, c’est le privilège (oui, oui, c’en est un) de pouvoir toucher du matos calibré, du matos d’exception et de ramener de l’image. Tiens à ce propos, reparlons-en, de l’image…

J’avais donc fait mon test-terrain et j’étais prêt à rendre le matériel à Nikon quand j’ai reçu un email d’un camarade expert en matière de matériels Nikon. Celui-ci, avec la franchise qui caractérise les relations entre amis me tenait à peu près ce langage, et là je cite in extenso : “Je pense que tu es passé à côté des deux points les plus importants. Le poids, bien moindre qu’un AFS 400/2.8 ou 500/4, il permet de travailler à main levée… Et c’est dans ces conditions que la stabilisation prend tout son intérêt et ouvre les portes à l’illustration du mouvement. La mise au point mini. Si tu t’étais mis au premier rang, tu aurais osé un grand nombre de détails à 50cm du sujet.” Si je fais abstraction du fait qu’on me dise franchement (mais les amis c’est fait pour ça) que j’étais un peu passé à côté de l’essentiel, je dois à la vérité de dire que ce message m’a singulièrement interpellé. Et comme il se trouvait que trois jours plus tard, j’avais un concert au Cabaret Vauban, j’ai décidé de substituer à mon habituel 70-200 cette vénérable optique au poids plume, m’imaginant ahanant, épuisé à l’idée de trimballer cinq kilos de matos à bout de bras. Ministère de l’homme, vous en avez ? Nous aussi. D’ailleurs ce soir-là, j’ai croisé une jeune pigiste d’un quotidien, qui, soupesant le bestiau pour le fun a compris, ce soir-là, que la photographie c’est une histoire de mecs, nom de dieu ! Je blague évidemment. Je me suis approché de la scène avec Monstro sous le bras, sous le regard incrédule des gens du public, et encore j’avais omis de positionner le pare-soleil. J’étais prêt.

D3s et Nikkor 200-400 à main levée. Jouable, mais sportif.
ched-helias-au-cabaret-vauban-test-nikkor-200-400-shots-2011On ne va pas se la raconter, si je vous dis que c’est facile de porter Nikon D3s et Nikkor 200-400 à bout de bras, de régler la vitesse, le diaph, de sélectionner son collimateur, de choisir sa focale, de cadrer et tout cela dans le même espace temps, vous ne me croirez pas et vous aurez raison. C’est pas facile. Non, là c’est plutôt le truc maousse qui remplit les mains d’un honnête homme, sans blague, mais c’est jouable. Disons qu’on reste dans les limites du raisonnable avec un poids global de cinq kilogrammes, alors que sur des focales comme le 400 ou le 500 on est carrément hors limite, à moins de se prénommer Arnold, comme le gouverneur de Californie. En revanche, dans le viseur ! Ô mes aïeux ! Dans le viseur du D3s l’image est d’une pureté cristalline et la capacité de ce caillou à faire le point à très faible distance est avérée. Avec une mise au point à 50 centimètres du sujet, on accède effectivement à des cadrages inhabituels. En revanche, impossible de demeurer trop longtemps dans la position de visée, car le poids se fait alors sentir. Encore une fois, j’imagine le profit de cette optique, en photographie sportive ou animalière.

D3s + 200-400. Le duo parfait ?
J’ai travaillé à 3200iso, capitalisant sur la capacité de D3s à générer une image propre à ce niveau, tout en me disant que ça allait me permettre d’être confortable, de pouvoir bosser à grande ouverture (f4) et avec une vitesse raisonnable (1/125e). Et puis comme toujours en concert, les conditions de lumière ont fait que j’ai dû réduire la toile, bossant à des vitesses moindres. Au un soixantième avec un morceau pareil, j’imaginais qu’au bout ça ne serait pas Byzance. Je me suis trompé. Par la grâce de la stabilisation, de ce fameux VR, on peut shooter à 1/60ème sans états d’âme. Et quand on accroche au collimateur, D3s se fait une joie d’engranger de l’image, et quelle image ! Un piqué, une netteté comme je les aime, une foule de détails, de nuances, de contrastes, de couleurs. Là, en bossant à main levée, proche du sujet, on frôle le parfait. En revanche, cadrer au cordeau est un exercice plus complexe qu’avec une optique lambda mais travailler avec ce 200-400 dans ces conditions un peu musclées restera une expérience inoubliable.

Nikkor 200-400 f4. Hautement recommandée.
Au risque de me répéter, voilà bien une optique d’exception, beaucoup plus polyvalente qu’on ne le pense de prime abord. Il a eu raison mon ami Nikoniste de me faire remarquer que j’étais passé à côté d’une expérience essentielle en zappant le shooting à main levée. Comme toujours en photographie, c’est l’image qui parle, c’est à elle qu’appartient le dernier mot. Et je dois avouer que je suis plutôt subjugué par les images produites par le tandem. Oui, mais… Si j’étais journaliste, que faudrait-il que je vous dise pour tempérer cet enthousiasme parfaitement suspect ? On s’en fout ! Je ne suis pas journaliste, je suis photographe. Je sais seulement une chose. Lorsqu’on a le privilège de toucher d’aussi prêt les étoiles, on n’a qu’une envie. C’est d’y retourner.

• photo : Piers Faccini au Cabaret Vauban (3200iso, mode M, 1/60, f4, focale 400mm, à main levée, cadrage d’origine)

• photo : stage portrait de Ched Hélias au Cabaret Vauban (3200iso, mode M, 1/100, f4, focale 400mm, à main levée, cadrage d’origine)

Un an avec Nikon D3s. Deux ou trois choses que je sais de lui.

florent-marchet-au-vauban-23-novembre-2011Un an. C’est court dans la vie d’un photographe mais c’est largement suffisant pour savoir. D’ailleurs, avec lui, j’ai su tout de suite, dès que je l’ai tenu en mains, j’ai su. C’était il y a un an, pile poil. Malgré son poids d’éléphant (on y reviendra), j’ai senti que j’avais entre les mains LE reflex numérique que je cherchais depuis tant d’années. Un genre d’alliance ultime entre l’aboutissement d’années de recherches de Nikon corp. visant à créer un DSLR capable d’aller capter une image nette dans des conditions de lumières limites d’un côté. Et de l’autre un photographe tor penn*, éternel insatisfait, infatigable explorateur du plus grand mystère de sa vie, la lumière. Au salon de la photo, alors que je sortais d’une séparation houleuse, voire chaotique d’avec Canon, nos chemins s’étaient croisés chez Nikon France. Ah ! Nikon. C’était franchement pas ma tasse thé, Nikon. De toutes façons, j’étais tellement accro aux optiques Canon, au fameux “velouté”, à cette façon irrésistible de transcrire les couleurs, que je ne me voyais pas un instant quitter la maison rouge. Et puis voilà, il y eut l’ours de Vincent (Munier), la présentation en catimini, la litanie des experts marketing cravatés et puis, enfin, la rencontre, la découverte, la première prise en main de ce boîtier dont je pensais à l’époque (et j’en reste convaincu) qu’il marquerait un tournant dans l’histoire de la photographie numérique. Le premier boîtier à avoir franchi la barre symbolique des 100.000 iso, un truc de fou, un concept renversant. Finalement, avec le recul, j’ai réalisé que cet argument choc, cette astuce marketing était surtout là pour marquer les esprits, de manière durable. Et entre nous, ça a plutôt bien fonctionné… Mais la puissance de de ce reflex numérique comme sa pertinence sont ailleurs. Dans la continuité de ce qui a fait le succès de la marque jaune sur le marché du reflex numérique depuis l’avènement du D1 en 1999. Dans cette volonté de pointer vers un seul objectif. Apporter aux photographes l’outil parfait. Une réponse de Nikon qui tient en deux lettres et un chiffre. D3s.
(*casse-tête en breton)

Un bon reflex fait ce qu’on lui dit de faire.
Mais revenons à moi, parce que, entre nous, même si c’est d’une banalité navrante, il faut bien le redire : aussi vrai que l’argent ne fait pas le bonheur, ce n’est pas le reflex qui fait le photographe, certes non. L’argent ne fait pas le bonheur, mais comme disait feu mon grand-père mieux vaut être riche et bien portant que pauvre et malade. En photo, c’est pareil. Sauf que vous aurez beau avoir le boîtier super énième mode, si vous avez un regard de merde votre boîtier ne vous sera d’aucun secours. Banalité navrante, je vous dis. Bref. Mon truc à moi, c’est la photo de scène, j’ai même envie de dire de petite scène, l’un des genres photographiques techniquement les plus emmerdants qui soient, les plus contraignants aussi. Je fais aussi du packshot et je peux photographier à peu près tout et n’importe quoi du moment que ça paye les factures. Mais à chaque fois, les contraintes sont les mêmes. D’abord, je veux que mon reflex me suive. Conditions de lumières difficiles, il doit me suivre là où je vais. C’est en particulier vrai pour l’autofocus qui doit réagir au quart de poil, accrocher un point de netteté avec un zeste de lumière. Je bosse toujours en mode manuel, c’est comme ça, je ne sais pas faire autrement. J’ai besoin d’avoir le contrôle, de sentir que c’est moi qui décide. Idem pour l’autofocus. Je n’utilise jamais le mode suivi, je sélectionne manuellement mon collimateur, c’est contraignant mais c’est comme ça. À grande ouverture, quand la chaussure gauche est nette, la chaussure droite est dans le bokeh. Ça, c’est pour la prise de vue en concert. En packshot, c’est différent, moins de contrainte de lumière mais le placement des produits, la mise en scène sont autant de paramètres délicats. Mais quelque soient les conditions de prise de vue, il y a un chapitre où je ne veux pas, plus exactement où je ne peux pas me permettre de passer des heures de taff, c’est le post-traitement. Finalement, c’est pas à la prise de vue qu’on sait si on a en mains un bon reflex. C’est après. Et c’est là où Nikon D3s révèle toute sa pertinence, où il déploie toute sa puissance.

Nikon D3s. L’image est bonne. Tout de suite.
Parce qu’avec D3s, l’image est bonne et elle est bonne tout de suite. C’est quoi le bonheur avec D3s ? C’est de pouvoir cliquer dans le bouton exporter de Lightroom et rien d’autre. Pour moi, ça c’est du bon boulot. Et là vous me dites ? Dans ce cas là, pourquoi ne pas travailler directement au format jpeg plutôt qu’en RAW ? En fait le format RAW c’est une drogue dure, quand on y a touché, quand on sait à quel point ce format peut éventuellement vous sauver la mise, on n’envisage plus de shooter autrement. Mais vous avez raison ! D’ailleurs de nombreux photographes de presse qui utilisent Nikon D3s (comme les photographes de l’AFP par exemple) travaillent pour beaucoup directement en jpeg. C’est d’ailleurs ce qui me plait avec D3s, ce sentiment de confiance, d’adéquation, d’harmonie entre un boîtier, un bras, un œil et un cœur, comme disait ce cher Henri. Le bras, parlons-en. Car c’est le seul sujet qui fâche, avec D3s : son poids de mammouth ! Ah ! Mazette ! Qu’il est lourd à porter, le bougre. J’ai adapté une sangle Optech en lieu et place de la courroie d’origine, une sangle qui présente l’avantage d’être au besoin déclipsable, pratique quand je fais du produit. D’autant que côté optiques, à part le petit Nikkor 50mm f1,4 (que j’utilise rarement), j’embarque Nikkor 24-120mm f4, magnifiquement polyvalent, lumineux et réactif comme un f2,8, une optique qui sait tout faire avec une plage focale de rêve et bien sûr le définitif zoom trans-standard Nikkor 70-200mm f2,8 VRII qui a réussi l’exploit hallucinant de me faire oublier mon cher EF 70-200 2,8L IS et c’est pas peu dire. Nikon D3s et 70-200 accusent à la pesée 3134 grammes (avec deux cartes CF et une sangle Optech) et je vous garantis qu’à l’issue d’une séance mes bras en conservent le souvenir pendant un petit moment. C’est le prix à payer pour avoir le privilège de travailler avec un tandem d’exception.

D3s. Rien à déclarer, à part du plaisir.
Car finalement, le résultat est là. Si je mets de côté son poids, inhérent aux matériaux et aux technologies engagés dans la conception de ce boîtier, il n’y a rien, je dis bien RIEN que je puisse reprocher à Nikon D3s. Il est puissant et surtout il est polyvalent, capable de travailler dans toutes les conditions, il assure, il est capable de générer des images d’une pureté et d’un piqué irréprochables. Il y a un an, j’embarquais avec moi un D3s autant que j’embarquais à bord de la machine Nikon. On a fait un bout de route ensemble et il a toujours été là chaque fois que j’ai eu besoin de lui et il ne m’a jamais trahi. Je n’ai jamais réussi à le mettre en défaut et pourtant c’est pas faute d’avoir essayé ! Je l’ai trimballé partout dans toutes les conditions de terrain, devant des plans de feux monstrueux comme dans des conditions d’éclairage modestes, sous le soleil, dans la poussière et sous la pluie. J’ai parfois shooté en rafale à 10fps, pour voir et j’ai vu. Dans des ambiances jazzy j’ai tapé en mode Q et personne ne m’a entendu. Nikon D3s, un an après. Chaque fois que je shoote avec ce boîtier, l’émotion est intacte et le plaisir toujours renouvelé. Voilà, on y revient encore, finalement, à la notion de plaisir. Le truc vraiment important, c’est de se sentir bien, d’être en phase avec son matériel, ça n’est pas seulement vrai pour le photographe mais pour tous les corps de métiers, un musicien avec son violon, un menuisier avec ses outils, … “Il ne doit pas y avoir de confrontation entre l’homme et la machine.” Ce postulat n’est pas de moi mais je vous garantis que le gars qui m’a dit ça sait de quoi il cause. D’ailleurs, comme c’est un aussi un lecteur de Shots et l’un de ceux par la grâce de qui cette rencontre avec Nikon D3s est arrivée, j’ai une pensée pour lui, il se reconnaîtra. C’est l’occasion aussi de saluer l’équipe de Nikon Pro, toujours là quand il faut. On dit que c’est dans l’adversité qu’on reconnaît ses amis. Je confirme.

D3s. La bonne main.
Avec D3s j’ai enfin réussi à satisfaire et à caler mon éternelle quête d’exigence. Grâce à lui, le doute ne m’habite plus. Au moins, avec un D3s, quand je chie une photo, je sais que je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. Et puis, au delà de tout, j’ai trouvé un compagnon de route en qui j’ai confiance. J’ai le sentiment que la route sera longue et pleine de belles rencontres. Alors bien sûr, il y aura d’autres boîtiers, bientôt, avec des specs qui vont faire vibrer les photographes. Mais j’ai l’impression d’être comme un joueur de poker, d’être servi et d’avoir vraiment une bonne main. Je regarderai passer les annonces, bien sûr, avec beaucoup d’intérêt, peut-être et même sans doute aurai-je envie de les tester ? Mais mon boîtier de référence demeure Nikon D3s, pour quelques années au moins. Parce que, finalement, quand on a le privilège d’avoir en mains un boîtier de ce calibre, il faut savoir savourer…

Post-scriptum
Un an. Pour ce premier anniversaire, j’ai choisi de vous montrer quelques clichés réalisés avec Nikon D3s. Ici un stage portrait de Charles Gayle marquant la pose à son piano au Cabaret Vauban, là la fougue de Ari Hoenig, batteur magnifique et instinctif dans le même lieu ou Napoleon Maddox, concentré sur sa machine à sons. PJ Harvey, Yelle, The Chemical brothers au festival des Vieilles Charrues. Une même constance, la complicité avec ce putain de boîtier. Toujours prêt, toujours au rendez-vous. Franchement, entre nous, avec lui, je me suis bien marré et comme dit le Francis, c’est que le début d’accord d’accord. Voilà. On y revient toujours. Du plaisir.

Test Nikkor 200-400mm f4 VR. Pour enfin atteindre l’inaccessible étoile.

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Sur le bon de livraison en provenance de Nikon France il y a écrit “Nikkor 200-400 f4 VR“. Petit frémissement. Je regarde le prix pour l’assurance. Ah ouais, quand même… Il s’agira donc de ne pas le perdre ou de le laisser tomber. De toutes façons, un engin pareil monté sur mon D3s ça accuse plus de cinq kilos à la pesée, alors pour le shooting à main levée, on oublie. Non. Là, c’est direction Digit Photo au rayon Manfrotto. J’ai investi dans un monopode pas trop cher (autour de 45€) qui supporte un poids de dix kilos. Un investissement indispensable, de toutes façons et puis comme j’ai déjà eu la bonne idée d’investir dans un trépied de la même marque, l’excellente rotule du trépied s’adapte à merveille sur le monopode, c’est ce qui s’appelle péréniser ses investissements. Me voilà paré. Pour le test sur le terrain j’ai choisi deux grandes salles. D’abord le Quartz, scène nationale et son grand auditorium avec Miossec pour la soirée Georges Perros. Ensuite la Carène, la grande salle qui accueille le concert sold out de Selah Sue. Deux salles, deux configurations idéales pour un shooting live et un test grandeur nature d’une optique d’exception, un zoom capable d’étaler de 200 à 400mm à f4 constant, équipé d’un VR, et plus si affinités avec un téléconverstisseur TCF14 capable de faire monter l’engin à une focale de 560mm à f5,6 constant. N’en jetez plus !

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Évidemment, le premier paramètre de ce monstrueux zoom Nikkor 200-400 mm, c’est justement son aspect énorme. Et puis quand le prend en main, comme disait Izma, tu sens la puissance Kronk ? (Oh oui ! On la sent bien). Habituellement, on attache une optique à son boîtier, ici c’est l’inverse. Il est conseillé de fixer solidement l’attache de la rotule sur le zoom, puis de fixer le zoom sur le monopode et d’amener le DSLR à la rencontre de l’optique. Pas d’ambiguïté, dans cette configuration c’est l’optique qui supporte le D3s qui semble bien rikiki quand il est fixé au 200-400. Un peu flippant au début, je m’assure que tout est solidaire et c’est parti. Premier constat. Je suis tout au fond du Quartz et à 200 je n’ai déjà pas assez de recul pour shooter tout le groupe. En revanche à 400mm c’est la fête. L’image dans le viseur est d’une luminosité sans nom, d’une clarté impeccable. Le zoom est très réactif, capable d’aller chercher un point de netteté dans des conditions borderline, tout ce que j’aime. On s’habitue très vite, finalement, à cette focale qui semble vraiment naturelle. Précision, il s’agit d’une émission qui passe en direct sur France Culture, donc on n’a pas affaire à un plan de feux phénoménal, d’une part et le tintamarre du déclencheur est totalement proscrit. Avec mon D3s je vais donc bosser en mode Q (le mode silencieux) et à 6400iso. Dans ces conditions, l’image présente un poil de grain mais c’est toujours moins pire que pas d’image du tout. Mais revenons à Nikkor 200-400. Si l’on excepte son poids, sensiblement plus élevé que la moyenne (doux euphémisme), au niveau du comportement, c’est un zoom de la famille Nikkor (j’allais dire comme un autre) avec toutes les qualités qu’on leur connaît, une grande souplesse d’utilisation, une fluidité parfaite de la bague de zoom, sauf que dans le cas présent on peut la tourner avec le plat entier de la main et pas du bout des doigts ! Dans le viseur, on s’habitue très vite à l’image, à sa clarté, à sa netteté, le plus troublant bien sûr demeure le ratio d’agrandissement à 400mm. En fait, en étant au fond de la salle, j’avais l’impression d’être au premier rang. C’est d’ailleurs ce qui m’a le plus gêné dans ce test, ce genre de matos lourd et encombrant, monté sur monopode ou trépied ne permet évidemment a priori pas la même souplesse qu’avec un 70-200, par exemple. Les contraintes sont plus sévères mais le champ d’action est immense. J’imagine aisément tout le profit qu’un photographe de sports ou un photographe animalier peuvent tirer d’une optique pareille, avec des fonctionnalités d’AF en continu, entre autres.

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Quelques jours plus tard, j’ai rendez-vous à la Carène, pour un concert cette fois et un plan de feux qui a fait la réputation de cette salle. C’est Selah Sue qui sera mon sujet d’expérimentation, il y a pire. Comme au Quartz je suis en fond de salle, sur le balcon, une perspective très inhabituelle pour moi qui suis plutôt habitué aux fosses. Bizarrement, ce soir, je me sens beaucoup plus à l’aise avec le 200-400, la rotule Manfrotto permet une grande latitude et le monopode se règle en un clin d’œil, se déployant ou se rétractant très facilement. D’ailleurs, avec un peu d’habitude on peut se permettre quelques fantaisies de positionnement avec le monopode qui n’est pas condamné à reposer à terre, il peut aussi être en soutien ailleurs, sur le bout de ma chaussure par exemple, avec la rotule l’exercice est un peu sportif mais convaincant. Cette grande stabilité du monopode permet de shooter à des vitesses basses et le moteur VR fait des petits miracles. Tranquille à 1/60e, la capacité de Nikon D3s à monter tranquillement en iso permet de shooter à 1/125e f4,5 et au delà. Comme toujours, D3s fait preuve de son insolente domination dans sa capacité à accrocher le focus même dans des conditions de lumière délicates, pour peu qu’il trouve un point de contraste.

Le verdict. Que voulez-vous que je vous dise ?
Caillou d’exception, ça vous va ? Focale de rêve, f4 constant, optique ultra-lumineuse, dotée d’un VR des plus efficaces. Monté sur un calibre comme Nikon D3s on joue sur du velours, l’AF est extrêmement réactif. Le tandem produit des images d’un piqué remarquable. Comme d’habitude, j’ai poussé le bouchon en plaçant un téléconvertisseur Nikkor TC14 entre le boîtier et le zoom, en perdant certes un diaph (f5,6) mais en montant la focale à 560mm, excusez du peu, sans réelle perte de lisibilité, tout en préservant une image bien nette. Voilà le verdict. Nikkor 200-400 est à classer dans les must-have, les optiques de rêve qui permettent d’aller loin, plus loin pour enfin atteindre, comme le disait si joliment le grand Jacques, l’inaccessible étoile. Et puis quelle focale, mazette ! Quelle latitude, de 200 à 400, une focale qui ravira les photographes animaliers, sportifs, événementiels et people, cette optique monumentale, capable d’aller voir ce que les autres ne voient pas tout en se payant le luxe de produire une image nette et piquée, le tout à f4 constant, encore une fois excusez du peu. On lui adjoindra évidemment un boîtier fullframe d’exception, comme Nikon D3s (what else ?) voire un excellent D700. Et, surtout, avant d’investir dans cette optique, on prendra une profonde inspiration par le nez avant de signer, en apnée, d’une traite et avec le sourire un chèque de l’ordre de 7500€ TTC. Mais c’est bien connu. Quand on aime, on ne compte pas. C’est le prix du ticket pour un voyage vers les étoiles.

La demoiselle et le dinosaure. Photographe est-il encore un métier d’avenir ?

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Elle s’appelle Juliane. Elle a quoi ? Une (toute) petite vingtaine. Je croise de temps à autre sa petite silhouette gracile au Run ar Puñs, une salle de concerts que je ne vous présente plus, à vous lecteurs assidus de Shots (en clair, les nouveaux, démerdez-vous hein !). Bref, hier soir, prenant son courage à deux mains mon cousin, la petite blondinette est venue vers moi d’un pas nonchalant mais néanmoins décidé à aborder le massif central. Il faut vous dire qu’avant un concert, je ne suis pas du genre très causant. Avant un concert, je rentre dans ma bulle, je me transforme, je deviens autiste, je suis ailleurs, dans un autre monde. Je n’entends plus, je ne capte plus l’entourage et c’est comme ça depuis toujours. Alors évidemment, m’approcher dans ces conditions n’est pas toujours aisé et si on ajoute à cela que je supporte très difficilement la présence de photographes dans mon premier cercle, le tableau est complet. À ce propos, je n’ai vraiment pas de bol. Quelque soit l’endroit où je pose mon sac, dans une salle, comme dans un pit, je peux être sûr que dans les cinq minutes qui suivent j’ai un ou deux photographes à mes basques. Il paraît que c’est ça la rançon de la gloire. Bref, la petite Juliane est venue taper la causette et je m’en vais vous en dresser le portrait.

Je ne connais pas la demoiselle, je ne connaissais pas son travail avant cette rencontre, je sais seulement qu’elle a choisi ce métier, comme d’autres choisissent d’être coiffeur, chirurgien, avocat, instituteur, puéricultrice, boulanger, camionneur, informaticien, infirmière, agriculteur, … Non. Elle, Juliane donc, elle a choisi d’être photographe. Un choix éminemment casse-gueule de nos jours, mais comme dirait Evelyne, c’est son choix. Et franchement, comment ne pas être touché, quand on est un vieux dinosaure en fin de cycle comme moi, quand on voit un jeune s’élancer dans la carrière quand ses aînés n’y seront bientôt plus ? D’autant qu’ici on a affaire à de l’authentique, à un vrai choix, un sacerdoce. Juliane, qui me semble avoir un caractère bien trempé, a fait les choses proprement, elle sera auteure-photographe, indépendante, comme Diego, libre dans sa tête et ça sera comme ça et rien d’autre. Pas évident comme choix et finalement assez couillu, comme quoi hein ? J’ai évoqué avec elle les difficultés de ce métier, l’indispensable nécessité de diversification. Aujourd’hui, être photographe de concerts ne nourrit pas son homme et encore moins sa femme et je sais de quoi je parle. Mais au fond, Juliane en est consciente et puis quand on sait shooter un mec qui bouge en tout sens dans un endroit où les lumières sont rares, on est finalement à bonne école. Si je vous parle de cette jeune fille qui a choisi ce métier magnifique, c’est parce qu’elle est confrontée aujourd’hui à une difficulté liée au nombre de prétendants à l’obtention du précieux sésame, de cette accréditation de plus en plus difficile à obtenir et pour cause… Et le nombre de prétendants est d’autant plus élevé qu’aujourd’hui tout le monde est plus ou moins photographe. Un petit reflex numérique (voire un gros) et en avant Guingamp !

Alors bien sûr, vous allez me dire, chacun est libre de vivre sa passion comme il l’entend. Après tout, pourquoi un boulanger, un camionneur, une institutrice, une puéricultrice, un avocat, une infirmière, … n’auraient pas le droit de faire des photos, simplement parce que ça lui plaît ? On est d’accord. Le problème c’est que tous ces braves gens pervertissent le système, occupent la place, squattent les spots, dilapident les accréditations et que les jeunes photographes professionnels, eux, ont de plus en plus de mal à obtenir une place pour simplement faire leur job, pour simplement croûter. Eh ouais ! Ajoutez à cela le paramètre financier qui permet à des gens ayant déjà des revenus réguliers de s’offrir le must des matériels et la boucle est bouclée. On est alors dans le paradoxe définitif. D’un côté des pros qui ne peuvent pas bosser et donc dans l’incapacité d’investir dans des matériels de plus en plus coûteux, de l’autre des amateurs jeunes cadres dynamiques qui s’offrent le gratin des matériels. Oui, parce que, accessoirement, quoiqu’on en dise, le matériel compte dans tous les sens du terme. Vous ne ferez pas une meilleure photo parce que vous avez l’élite du matériel entre vos mains, en revanche vous accèderez à certains types d’images avec les matériels qui vont bien. Essayez donc un Nikkor 14-24mm f2,8, un Canon EF 135mm f2 voire le nouveau Canon EF 8-15mm f4, montez ces cailloux sur des matos d’envergure comme un D3s ou un EOS 1D Mark IV et on va se comprendre… Alors comprenez aussi le désarroi des jeunes photographes professionnels. Non seulement ils en bavent des ronds de chapeaux pour investir dans du matos professionnel qui coûte cher (c’est rien de le dire) et en plus ils sont concurrencés par des gens dont ce n’est pas le métier et qui squattent les spots dans les salles de concerts et ailleurs et ce n’est pas le serrurier suisse, celui qui arrondit ses fins de mois et casse les prix du marché en tapant des photos de mariage à des prix ridiculement faibles, qui osera me dire le contraire. Il y a un gros malaise et il est palpable. Et je ne parle même pas de ce que deviennent les clichés. Pour reprendre une jolie expression lue ici, il suffit parfois d’une “petite gratouille à l’ego” pour que les photos faites par des amateurs d’images soient diffusées, relayées par des médias peu regardant sur l’origine des matériels, surtout lorsque ces médias peuvent toucher des clichés à titre gratuit. On ne me la fera pas. Autant je suis tout à fait disposé à donner un coup de main à un jeune qui démarre, autant il est définitivement hors de question pour moi de soutenir un jeune photographe dont ce n’est pas le métier. Que les choses soient claires. Je n’ai rien contre les boulangers, les avocats, les chirurgiens, les camionneurs, les institutrices, les puéricultrices et consorts qui pratiquent au jour le jour la photographie, mais je vous le dis clairement. Ce n’est pas votre job, ce n’est pas ce qui vous fait manger, quand vous squattez un spot ou obtenez une accréditation, vous occupez le terrain d’un professionnel et ça, c’est mal. Et encore s’agit-il là de court terme. Parce que si cette situation perdure et que l’on n’y prend pas garde, cette profession qui souffre est appelée à disparaître progressivement. Comme les dinosaures.

crédit photo : The Dø – Juliane Lancou

voir le site internet de Juliane Lancou

Vieilles Charrues 2011. Quand on aime, on a toujours vingt ans.

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Entre ce festival et moi, comme dirait Miossec, notre histoire ne date pas d’hier. C’est toujours pareil, chaque année. Un mois avant, je commence à traîner des pieds, une semaine avant je me dis que je suis trop fatigué, trop vieux, que le matériel est désormais trop lourd. L’avant veille je suis prêt à rendre les armes, à laisser ma place. La veille, je ne veux plus qu’on me parle des Vieilles Charrues. Je veux plaquer, partir reporter de guerre en première ligne en Afghanistan ou n’importe où sur la planète mais en tout cas loin de Carhaix. Et puis le jeudi matin j’entends la voix douce et sexy de Kerampuilh qui me susurre à l’oreille : “bon alors ? On se voit cet après-midi hein ?” Et me voilà à CharruesLand, pour la énième fois, mon pass Accès scène autour du cou, fier comme un p’tit banc, comme un écolier qui rentre au CP. Je foule la prairie, je me charge d’émotions, je regarde les gens, putain ! C’est ce lieu qui est magique ou bien les festivaliers, les bénévoles, l’organisation ? C’est un mix de tout ça, c’est ça les Vieilles Charrues. Je regarde le ciel. Il fait beau, mais c’est presque accessoire, finalement. J’entame ma longue marche, backstage, qui va me mener pendant quatre jours de scène en scène. De Glenmor à Kerouac, jusqu’à Graal et le Cabaret breton désormais appelé Gwernig. Je commence avec Mademoiselle Ruiz et ses crêpes aux champignons. Olivia ne change pas, la tigresse ibérique n’a rien perdu de son mordant et de son regard infiniment sexy. Trois titres. Je redescends le chemin quatre à quatre pour aller dérusher et donner des images pour la webcover. C’est la première année où j’accepte de bosser comme ça, à contre-cœur d’ailleurs. cette façon de travailler dans l’urgence ne me convient pas, elle ne correspond pas à ma façon d’être, encore moins à ma culture. Je reste un photographe old style, école argentique où l’on a besoin de laisser du temps au temps. D’ailleurs, dès le surlendemain le Macbook Pro restera à la maison.

Les Charrues, c’est d’abord des rencontres, et moi, photographe, je suis là pour prendre des instants, pour qu’on jour on puisse se souvenir des belles choses. Et des belles choses, gast ! J’en ai vécues. Plein. D’abord sur scène, avec quelques concerts d’artistes vibrillonants, au premier rang desquels, cette année, Asaf Avidan and the Mojos, LE concert de cette édition 2011. Après les trois premiers titres, je fonce backstage, instinctivement, parce que j’en veux encore, j’en veux plus, je ne veux pas me contenter de l’image lambda, non, non. Il y a autre chose à faire avec un mec comme ça. Je me retrouve donc backstage, médusé. Une voix me dit à l’oreille : “Je suis sûr que ça te plait, hein ?” Je me retourne. Jean-Jacques Toux, le programmateur des Charrues me sourit. On évoque cette pépite, véritable OVNI de la prog 2011. Et puis j’attends. Asaf Avidan tend son micro au public, une main sur l’oreille. Pas d’hésitation, j’engrange l’image dans mon Nikon D3s. Voilà c’est fait, j’ai mon image. Les anges volent au dessus de ma tête et l’un d’entre eux me conseille de rester, parce que l’histoire n’est pas encore complètement écrite. Fin du set. Asaf tombe genoux à terre et rend les armes et tout le reste devant le public magnifique de Kerampuilh, extatique. Un ange me dit “C’est maintenant“. C’est dans le collimateur, l’index droit que Cartier-Bresson qualifiait de masturbateur titille l’obturateur jusqu’à l’orgasme visuel. Allez, ça c’est fait. Un rapide coup d’œil, dans ce plaisir solitaire, j’étais vraiment seul, tout seul. Cet image n’existera donc que par la grâce de l’ange qui m’a guidé jusqu’au backstage de Glenmor. Idem pour Siam. Je suis arrivé à Gwernig essoufflé, le temps d’embrasser mon pote Charles du Cabaret Vauban. Sur la scène, le set de Siam a déjà commencé, mais on ne peut pas être à la fois sur Kerouac à taper de l’image des excellents The Octopus (vainqueur du tremplin Jeunes Charrues 2010) qui exécutent une reprise du MC5 en compagnie de ce cher Dominic Sonic et ailleurs. Sur scène Fanny Labiau et Bruno Leroux (accompagnés de Benoît “Scholl” Fournier ex-Matmatah à la batterie et de Christophe Le Bris ex-Miossec à la basse) sont déjà à l’œuvre. Lumières ravissantes, rideau rouge, je retrouve ce qui fait la grâce du duo brestois qui joue coup sur coup “la nuit je tais nos cris” et “mercure” mes deux titres préférés de l’album. Siam, c’est un de mes coups de cœur de ces Charrues 2011 avec Ibrahim Maalouf, dans un tout autre genre. Je suis arrivé sur son set pour le titre “Beyrouth”. Pure et définitive émotion, grâce infinie. Mon Dieu et tous tes anges, de grâce ! Préserve ces pépites et fait qu’ils ne deviennent jamais des vieux cons aigris par la vie, le pognon, la coke et les putains, comme dirait Miossec, encore lui. Et je ne dis pas ça pour Lou Reed, en tout cas pas que pour lui. Que reste-t-il des mes amours de velours ? Vingt cinq minutes de shooting interminables, un coït interrompu, un truc pathos où la fille te regarde et te lâche un définitif : “non, mais t’inquiète, c’était bien hein ?” Dieu que j’étais triste. J’ai repensé à Coney island baby, à Berlin. Caroline says that I’m just a toy… Ben ouais, Lou, when the music’s over, comme disait ce cher Jim qui a dû se marrer autant que moi sur l’énorme presta de DJ Zebra accompagné du Bagad Carhaix. C’est aussi à Zebra qu’on doit le mix final joué sur le feu d’artifice. Ah ! Zebra ! Le Chevalier Jedi du mix, petit prince de Kerampuilh, éternel sourire, capable de réveiller un public en deux accords. Total respect. Il paraît que David Guetta a mis le feu, aussi. Je ne peux pas vous dire, au moment de ses exploits, j’étais dans les bras de Morphée. En revanche j’étais là pour shooter le classieux Jarvis Cocker de Pulp. J’ai ramené dans ma besace quelques clichés qui devraient ravir les amateurs de pop savoureuse à la mode british

Difficile de résumer une édition des Vieilles Charrues en quarante lignes. Bien sûr cette édition était spéciale aussi pour moi puisqu’elle scellait le partenariat entre les Vieilles Charrues et Nikon France et que, photographe officiel des Vieilles Charrues équipé par Nikon j’étais bien placé pour favoriser le rapprochement de ces deux entités. C’est une petite fierté, un peu comme lorsque deux de tes amis qui ne se connaissent pas deviennent eux-mêmes des amis. Nikon qui rejoint ma bande de frères et qui ouvre le festival à cinq jeunes photographes, ça ne pouvait que me plaire. Louise, Marjorie, Mathieu, William, Christophe, équipés de leur reflex Nikon D7000 (excusez du peu) et d’une flopée d’optiques, ont arpentés la plaine pendant quatre jours et franchement, pour avoir débriefé leur travail avec eux et Nikon le dernier jour, je peux vous dire que j’étais médusé par la qualité de leur travail. Chaque membre de l’équipe a ramené des clichés de qualité professionnelle, tous dans un style et un regard qui leur sont propres. Je suis vachement fier d’avoir initié cette idée. La candeur de l’œil de Louise, quinze ans, mais déjà une maturité visuelle remarquable. Le côté funky style de William, qui a ramené des images enthousiastes comme son regard. Marjorie, la romantique de l’équipe qui a shooté, le regard empli de tendresse, des clichés de festivaliers heureux. Mathieu qui a cadré au cordeau a ramené des shoots remarquables. Enfin Christophe qui nous a prouvé qu’un fauteuil et une mobilité réduite ne sont pas un obstacle et peuvent au contraire devenir une force, un atout et montrer le festival sous un autre angle, vu de sa fenêtre. Ouaip ! Au risque de me répéter, les gars et les filles de la team Nikon, je suis fier de vous ! Un petit clin d’œil aussi à l’équipe H. qui drive la plateforme handicapés, avec Ronan, Dan, Fred, Gaël et Gaëlle et toute une équipe de bénévoles qui ouvrent le festival aux personnes à mobilité réduite. Chapeau bas, M’sieurs Dames, ainsi qu’aux artistes qui se sont déplacés, au premier rang desquels Pierre Perret. Ah ! Pierrot chantant “Les jolies colonies de vacances” avec les bénévoles, ça valait son pesant de cacahuètes et je me devais d’être là afin d’immortaliser le moment. Respect aussi à Ben l’oncle soul et Snoop Dogg qui sont venus faire des bises et signer des tonnes d’autographe.

C’est pas fini. Les Vieilles Charrues, ça ne sera jamais fini tant que les bénévoles retrousseront leurs manches pour aller servir des frites, faire la vaisselle, ramasser des papiers gras, accueillir les artistes, gérer les états d’âme de certains photographes, suivez mon regard. Jérôme Tréhorel est resté le dandy classieux que j’aime jusqu’au dernier moment et mon cher Tangui Le Cras, finalement, n’a eu aucun problème et ne s’est pas séparé une seconde, ni de son regard malicieux, ni de son ineffable enthousiasme. Idem pour mes potes de la fosse Team, sans qui on serait volontiers restés plus de trois titres sans flash sur certains artistes ou pas, hein Lou ? J’ai salement kiffé “Never miss a beat” de Kaiser Chiefs mais je n’ai pas dansé sur “Still loving you” de Scorpions. Lisa Kekaula et the Bellrays sont toujours aussi sublimes, idem pour PJ Harvey, noir ultra. Côté cœur, M’sieur Eddy, côté balcon Yannick Noah toujours aussi impeccable, surtout sur les passing shots ! Il reste maintenant à dérusher tout ce bordel et à montrer le best of sur Cinquième nuit. Et puis, déjà, on va commencer à compter les jours qui nous séparent des retrouvailles avec ce festival au goût unique. On se souviendra longtemps de l’attachement sincère qu’on avait, cette année-là en 2011, pour la vingtième édition des Vieilles Charrues. On se souviendra longtemps des visages, des figures. Et, surtout, on n’oubliera jamais nos vingt ans… Happy birthday, Vieilles Charrues. Et à l’année prochaine, évidemment.

Vieilles Charrues, à la moitié du sillon.

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Voilà quelques nouvelles de moi. Deux jours déjà aux Vieilles Charrues à traîner des pieds sur ma jolie plaine de Kerampuilh, sautant de Kerouac à Glenmor (les deux scènes principales) avec l’enthousiasme d’une abeille sur un bouquet de pâquerettes. J’ai engrangé une quinzaine de concerts, en essayant d’abord de faire de la bonne image. Certains groupes sont clients, en font parfois des tonnes comme les teutons de Scorpions. Dans le désordre, parmi les claques, j’ai adoré Kaiser Chiefs (sur Never miss a beat j’étais comme un gamin dans la fosse entouré de photographes très sérieux), Lisa Kekaula de The Bellrays irradiant une énergie électrique dantesque comme d’hab. Comme prévu The Octopus a envoyé le bois, le vainqueur des Jeunes Charrues a donné un set très pro, avec Dominic Sonic en guest. Idem pour Siam, scène Gwernig, avec de très chouettes lumières. Quelques gouttes de pluie, mais on a vu pire. Pour le moment dans les coups de cœur (ça va en étonner plus d’un) il y a le concert de Yelle sur la scène Graal. Un show millimétré, tracé au cordeau, pas de fausses notes, une perfection scénique qui m’a bluffé. Croisé François Hollande, souriant, en campagne (bretonne), très souriant avec François Cuillandre, Jean-Yves Le Drian et Christian Troadec. Ah oui ! J’oubliais. Très joli set de Pulp, j’ai fait quelques stage portraits de Jarvis Cocker, vous m’en direz des nouvelles. Tout cela bientôt sur Cinquième nuit. Idem pour Monsieur Eddy (Mitchell) dont c’était paraît-il une des dernières séances. Voilà pour l’essentiel. C’est les Vieilles Charrues, un truc unique, un peu hors du temps et du monde. Aujourd’hui troisième jour, sept ou huit concerts sur ma feuille de route et ce soir la vingtième édition aura déjà presque vécu.

Festival les Vieilles Charrues 2011. Kerampuilh, c’était demain.

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On attend ce moment toute l’année et arrivé comme aujourd’hui à la veille du festival, il y a comme une douce quiétude qui a fait place à l’angoisse des semaines précédentes. Voilà. On y est. Demain je signe pour le Festival des Vieilles Charrues 2011, vingtième édition, la huitième pour moi en temps que photographe officiel. Ça, des photographes, dans les jours qui viennent, c’est pas ça qui va manquer, on va en voir partout, surtout dans le pit de la grande scène à Glenmor. Si vous voulez voir du matos, du gros, du lourd, du tatoué, c’est là qu’il faut être. Aucun doute possible, pour voir du matos photo, la fosse de Glenmor à Carhaix en juillet, c’est vachement mieux que le Salon de la Photo Porte de Versailles à Paris en octobre. À l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai pas encore ma feuille de route. Comme chaque année j’ai listé mes concerts probables et comme chaque année il me faudra réduire la toile et les ambitions qui vont avec. Les timings seront serrés, comme toujours. Par exemple, le vendredi où l’un de mes groupes chouchous, The Octopus (vainqueurs du tremplin des Jeunes Charrues l’an passé) ouvriront à Kerouac alors que mes potes brestois de Siam seront à Gwernig (ex-Cabaret breton) exactement au même moment. Pour shooter les deux, il va y avoir du sport.

Hier soir j’ai fait un check du sac, comme tous les ans. Cette année, je vais voyager beaucoup plus léger que l’an passé où j’embarquais deux boîtiers Canon, dont l’un (un excellent EOS 1D Mark IV) était en test en partenariat avec la marque rouge. Après avoir finalement décidé de switcher pour Nikon au début de cette année, c’est avec mon reflex Nikon D3s que je vais arpenter la plaine, amenant avec moi mes deux cailloux de prédilection. D’abord le fabuleux Nikkor 70-200 2,8 VRII, mon optique de référence, ensuite l’étonnant Nikkor 24-120 f4 qui ne cesse de m’époustoufler. Pouvoir couvrir les focales de 24 à 200 avec deux optiques, c’est le bonheur, non ? Et puis cette année, quand même, il fallait bien que je profite de l’événement que sont les Vieilles Charrues et du fait que Nikon France est partenaire du festival (oui, j’y suis un peu pour quelque chose et je n’en suis pas peu fier, de ce rapprochement entre mon festival et la marque jaune) pour solliciter un test grandeur nature. Pour Nikon je vais donc tester le discret doubleur de focale TC20-EIII. Un accessoire discret, léger, petit mais costaud. Grâce à lui, le 70-200 double sa focale (mais perd deux diaphs), je vais donc couvrir les focales de 24 à 400 avec deux optiques et demi.

Quoi d’autre d’essentiel dans mon sac Lowepro Topload cette année ? Pas grand chose à vrai dire. Nikon D3s embarque deux cartes Sandisk Extreme 32G et une carte 16G en secours, au cas où. Mais avec une capacité de plus de trois milles clichés (au format RAW) par jour, je ne risque pas la saturation, d’autant que cette année le mot d’ordre est “zen”. Ma bretelle Fnac pour mon pass, quelques pansements pour les pieds en cas d’ampoules, mes bouchons d’oreilles, ma sangle Optech, des lingettes Vu pour nettoyer mes optiques. Mon flash Nikon (SB900) que je n’utiliserai sans doute pas, quelques cartes de visite, une mini lampe torche Nitecore waterproof qui éclaire mieux qu’une énorme Maglite et qui tient dans ma poche. Last, but not least, mon médiator fétiche, qui m’accompagne à tous les concerts et qui m’avait été offert par Sammy, mon guitar hero de feu Matmatah, après un concert épique.

Zen et léger, c’est le mot d’ordre pour cette édition 2011. Je vais sans doute m’intéresser un peu plus aux festivaliers cette année, si mon planning m’en laisse le temps, profiter pour aller rencontrer des gens, parce qu’au fond, ce festival des Vieilles Charrues n’existerait pas sans son public et sans ses bénévoles non plus. J’irai voir le mythique tirer de charrue mené de main de maître par les frères Morvan, j’irai boire un verre de lait avec les jeunes agriculteurs et comme chaque année je n’aurai pas le temps de manger des patates au lard. Je sais déjà que les quatre jours qui viennent vont filer comme l’ombre et que lundi on aura tous le blues. On comptera alors les jours qui nous sépareront de la vingt et unième édition des Vieilles Charrues… Mais ça, gast ! On n’y est pas encore ! Demain c’est le début de la fête. Si vous me croisez, sur la plaine, faites-moi plaisir ! Venez me voir. Je ne vous garantis pas qu’on aura le temps de boire une Coreff ou un Breizh Cola, mais on aura sûrement le temps de faire une petite photo souvenir…

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