J’ai déballé le paquet fébrilement. Quand on achète un caillou d’occasion sur eBay, c’est toujours un peu la loterie, même si dans le cas présent mon vendeur japonnais a une réputation en or massif, mais bon, on ne se se refait pas. Avant d’ouvrir la boîte, j’ai un petit coup de nostalgie, je repense à mon premier reflex Canon offert par ma chère mère qui se disait que finalement, après avoir essayé un tas de trucs pour occuper mes jeudis après midi, elle avait peut-être enfin trouvé le bon plan pour son fils préféré. Elle ne savait pas, à l’époque, que ce cadeau allait changer ma vie de manière radicale. Quelques années plus tard, c’est avec un Canon F1 et quelques optiques de légende (dont le fabuleux FD 55 f1,2 S.S.C. acheté mille balles en 1980 à un pote photographe qui switchait pour le modèle aspherical) que j’ai commencé à taper de l’image. Et puis le temps a passé, j’ai eu un Canon New F1, le boîtier parfait que j’ai revendu et d’ailleurs je m’en suis toujours voulu. Jusqu’à ce que, il y a quelques mois, sur un coup de tête autant qu’un coup de cœur je ne rachète à vil prix un New F1 absolument neuf qui n’avait pas vu plus de trois pellicules de toute sa vie ! Un reflex d’exception c’est bien. Avec une optique d’exception, c’est vachement mieux.
On peut raconter ce qu’on veut sur Canon, mais il y a une chose qu’on ne pourra jamais leur enlever. Canon a produit dans son histoire des optiques qu’on peut classer parmi les meilleures optiques de tous les temps. C’est comme ça, c’est un talent, une marque de fabrique. Canon est indubitablement orfèvre, depuis toujours, en matière d’optiques et quand on sait l’importance primordiale d’un caillou dans un ensemble photographique (comme disait l’autre, c’est par là que passe la lumière) on imagine aisément l’importance, pour un photographe, de pouvoir compter sur ses objectifs. De toutes les optiques de la gamme Canon FD, il en est une qui se démarque des autres, par l’ensemble de ses qualités, c’est le FD 85mm f1,2L. D’ailleurs cet ensemble optique est tellement parfait qu’il a survécu à l’abandon de la gamme FD lorsque Canon créa la gamme EF pour EOS, l’actuel EF 85mm f1,2L étant le digne successeur de son ancêtre. Je ne peux pas vous dire à quel point j’ai fantasmé sur ce caillou, d’ailleurs tous les photographes pros qui ont bossé en argentique avec du Canon ont eu un jour ou l’autre la tentation de craquer pour cet objectif ultra lumineux, au piqué dantesque, avec une qualité de bokeh renversante, le caillou de référence pour taper du portrait. Je dois avouer que moi-même j’ai failli casser la tirelire plus d’une fois, toujours retenu par le prix résolument rédhibitoire de l’engin qui déjà à l’époque coûtait un œil !
Béni soit le cours de l’euro face au dollar US ! Par la grâce des flux monétaires où 1000 $ deviennent au cours du jour 680€, j’ai vu passer au Japon chez un vendeur eBay particulièrement réputé, un Canon FD 85mm f1,2L à un prix attractif, en achat immédiat. Je n’ai pas trop réfléchi, jugeant que les photos et le sérieux de mon vendeur étaient des garanties suffisantes et j’ai signé. Quatre jours plus tard, ce matin donc, j’ai reçu mon paquet livré par Chronopost. C’est à l’emballage qu’on reconnaît la qualité d’un bon vendeur et là, mon ami japonnais n’a pas lésiné sur les moyens, mazette ! Et puis finalement, après un ultime et délicat papier de soie, je le découvre enfin et là, wouah ! Le choc. En fait ce caillou est « mint » comme on dit en anglais pour qualifier un objectif en état neuf. Il n’a pas dû beaucoup servir, voire il n’a pas servi du tout. La bague de diaph clique clairement, le focus est très fluide. Aucune trace de choc, pas une rayure, pas une poussière, mais le meilleur est à venir. J’ai monté quatre à quatre l’escalier pour récupérer mon New F1. Une fois le 85 monté, petite respiration, l’œil gauche dans le viseur et là, bien sûr je lâche « ah ouais ! Quand même ! » Submergé par l’émotion d’une image limpide, d’un viseur clair (doux euphémisme). Voilà, on y est. Bienvenue dans la perfection optique absolue. Mais, finalement, le meilleur des boîtiers, la meilleure des optiques ne valent que par les images qu’on en tire. J’ai un projet assez précis qui me taraude depuis des années et que je vais réaliser avec cet ensemble. Une chose est sûre en tout cas, ce 85mm de légende ne quittera désormais plus jamais son boîtier légendaire. Il était écrit que ces deux-là, l’un au Royaume Uni l’autre au japon, étaient faits pour se rencontrer, un jour ou l’autre. Long is the road…








