Festival les Vieilles Charrues 2011. Kerampuilh, c’était demain.

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On attend ce moment toute l’année et arrivé comme aujourd’hui à la veille du festival, il y a comme une douce quiétude qui a fait place à l’angoisse des semaines précédentes. Voilà. On y est. Demain je signe pour le Festival des Vieilles Charrues 2011, vingtième édition, la huitième pour moi en temps que photographe officiel. Ça, des photographes, dans les jours qui viennent, c’est pas ça qui va manquer, on va en voir partout, surtout dans le pit de la grande scène à Glenmor. Si vous voulez voir du matos, du gros, du lourd, du tatoué, c’est là qu’il faut être. Aucun doute possible, pour voir du matos photo, la fosse de Glenmor à Carhaix en juillet, c’est vachement mieux que le Salon de la Photo Porte de Versailles à Paris en octobre. À l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai pas encore ma feuille de route. Comme chaque année j’ai listé mes concerts probables et comme chaque année il me faudra réduire la toile et les ambitions qui vont avec. Les timings seront serrés, comme toujours. Par exemple, le vendredi où l’un de mes groupes chouchous, The Octopus (vainqueurs du tremplin des Jeunes Charrues l’an passé) ouvriront à Kerouac alors que mes potes brestois de Siam seront à Gwernig (ex-Cabaret breton) exactement au même moment. Pour shooter les deux, il va y avoir du sport.

Hier soir j’ai fait un check du sac, comme tous les ans. Cette année, je vais voyager beaucoup plus léger que l’an passé où j’embarquais deux boîtiers Canon, dont l’un (un excellent EOS 1D Mark IV) était en test en partenariat avec la marque rouge. Après avoir finalement décidé de switcher pour Nikon au début de cette année, c’est avec mon reflex Nikon D3s que je vais arpenter la plaine, amenant avec moi mes deux cailloux de prédilection. D’abord le fabuleux Nikkor 70-200 2,8 VRII, mon optique de référence, ensuite l’étonnant Nikkor 24-120 f4 qui ne cesse de m’époustoufler. Pouvoir couvrir les focales de 24 à 200 avec deux optiques, c’est le bonheur, non ? Et puis cette année, quand même, il fallait bien que je profite de l’événement que sont les Vieilles Charrues et du fait que Nikon France est partenaire du festival (oui, j’y suis un peu pour quelque chose et je n’en suis pas peu fier, de ce rapprochement entre mon festival et la marque jaune) pour solliciter un test grandeur nature. Pour Nikon je vais donc tester le discret doubleur de focale TC20-EIII. Un accessoire discret, léger, petit mais costaud. Grâce à lui, le 70-200 double sa focale (mais perd deux diaphs), je vais donc couvrir les focales de 24 à 400 avec deux optiques et demi.

Quoi d’autre d’essentiel dans mon sac Lowepro Topload cette année ? Pas grand chose à vrai dire. Nikon D3s embarque deux cartes Sandisk Extreme 32G et une carte 16G en secours, au cas où. Mais avec une capacité de plus de trois milles clichés (au format RAW) par jour, je ne risque pas la saturation, d’autant que cette année le mot d’ordre est “zen”. Ma bretelle Fnac pour mon pass, quelques pansements pour les pieds en cas d’ampoules, mes bouchons d’oreilles, ma sangle Optech, des lingettes Vu pour nettoyer mes optiques. Mon flash Nikon (SB900) que je n’utiliserai sans doute pas, quelques cartes de visite, une mini lampe torche Nitecore waterproof qui éclaire mieux qu’une énorme Maglite et qui tient dans ma poche. Last, but not least, mon médiator fétiche, qui m’accompagne à tous les concerts et qui m’avait été offert par Sammy, mon guitar hero de feu Matmatah, après un concert épique.

Zen et léger, c’est le mot d’ordre pour cette édition 2011. Je vais sans doute m’intéresser un peu plus aux festivaliers cette année, si mon planning m’en laisse le temps, profiter pour aller rencontrer des gens, parce qu’au fond, ce festival des Vieilles Charrues n’existerait pas sans son public et sans ses bénévoles non plus. J’irai voir le mythique tirer de charrue mené de main de maître par les frères Morvan, j’irai boire un verre de lait avec les jeunes agriculteurs et comme chaque année je n’aurai pas le temps de manger des patates au lard. Je sais déjà que les quatre jours qui viennent vont filer comme l’ombre et que lundi on aura tous le blues. On comptera alors les jours qui nous sépareront de la vingt et unième édition des Vieilles Charrues… Mais ça, gast ! On n’y est pas encore ! Demain c’est le début de la fête. Si vous me croisez, sur la plaine, faites-moi plaisir ! Venez me voir. Je ne vous garantis pas qu’on aura le temps de boire une Coreff ou un Breizh Cola, mais on aura sûrement le temps de faire une petite photo souvenir…

Voilà l’été. Une sélection de festivals qui vous ressemblent.

les festivals en bretagne
Vous sentez ? Non ? Comment ça… Non ? Ne me dites pas que vous ne sentez rien, diantre ! Ne me dites pas que tout votre corps ne sent pas frétiller ce petit truc incroyablement sexy à l’aube de l’été qui approche à grands pas, aux boules de glaces qui fondent sur les doigts, aux jolies demoiselles court vêtues qui exhibent leurs jolies gambettes (et pas que) à tout va (à ce propos, la mode été 2011 est très courte ou c’est mon regard de old fucking bastard qui veut ça ?), bref vous sentez que c’est l’été et avec l’été s’annonce la période des festivals. Aussi sûrement que vous ne mangerez pas d’huîtres dans les mois sans air, de mai à août, en Bretagne vous allez comme chaque année vous goinfrer de bons sons, déguster des concerts jusqu’à plus soif. Comme chaque année, la Bretagne est en première ligne pour faire la fête et croyez-moi sur parole, cet été vous allez en voir de toutes les couleurs (et moi avec). Et comme toujours, il faudra faire des choix, alors ne reculant devant rien, je vous ai préparé une sélection de fêtes et de festivals inratables pour cet été qui s’annonce fruité et savoureux. Mais comme ici, à Shots, on ne fait jamais rien comme les autres, je vous propose de découvrir des festivals à votre image. Parce que finalement, dans le mot festival il y a le mot fête et dans une fête, l’important c’est d’abord de se sentir bien. Alors autant choisir un festival qui vous ressemble !

Vous aimez la fête, boire des coups avec vos potes et écouter une programmation variée.

vieillescharrues2011Alors là, aucune hésitation possible. Direction le Festival des Vieilles Charrues à Carhaix, une fête ininterrompue de quatre jours, sur la plus jolie plaine du centre-Bretagne, Kerampuilh. Bienvenue à CharruesLand. Vous laissez vos emmerdes à la porte, vous oubliez les tracas de la vie. Vous êtes accueillis par des bénévoles souriants, il y a un camping à proximité et le matin les jeunes agriculteurs vous offrent un verre de lait. Quand le soleil darde (et c’est souvent le cas à la mi-juillet en Breizh Land), les Charrues prennent des airs de kermesse géante, un immense lieu de fête jusqu’au bout de la nuit. On y croise un ou deux Jean Floc’h, à bloc donc dès le milieu de l’après-midi, mais l’ambiance demeure toujours festive et un peu potache. On se ballade, on découvre. Ici un concert des Jeunes Charrues, là sur la scène Gwernig c’est plutôt régional. Une pause au champignon rouge pour retrouver ses potes, déguster une Coreff ou un Breizh Cola dans l’un des nombreux bars. Uniques. Les Vieilles Charrues sont définitivement uniques. Côté zique, la prog est toujours très éclectique, parce que les Charrues c’est ça, c’est comme au resto. On passe de Kaiser Chiefs à Pierre Perret, de Yannick Noah à Goran Bregovic, de David Guetta à Lou Reed. On ne vous oblige pas à tout écouter mais on vous conseille de goûter à tout, sans exclusive. D’ailleurs c’est ça qui me plaît aux Charrues. On n’est obligés de rien, gast ! Pour moi, c’est LE festival de l’été, comme une grande bouffe musicale qu’on fait avec ses amis. Et le dimanche soir, cette année, il y aura un feu d’artifice et pendant un moment on va tous redevenir des gamins émerveillés. Que vive la fête et mes potes. Et longue vie aux Vieilles Charrues !

Vous aimez ce qui vous interpelle, vous êtes curieux et vous appréciez la découverte d’une programmation musicale raffinée.

routedurock2011La Route du rock de Saint Malo est faite pour vous. Vous êtes un esthète de la musique, abonné aux Inrocks vous êtes incollable tant sur la nouvelle scène indie electro pop alternative norvégienne que sur le revival du folk rock made in USA. Ou alors plus simplement vous ne connaissez aucun des noms de la programmation 2011, même pas les têtes d’affiche, mais c’est pas pour autant que vous vous sentez l’âme d’un blaireau. Car il faut au moins reconnaître à la Route du rock ce petit prodige. Réussir chaque année à réunir le temps du festival une programmation raffinée, un genre de best of de tout ce que la fine fleur pop, rock, folk ou electro compte de meilleur. La Route, c’est la haute couture des festivals d’été en Bretagne, d’ailleurs ce n’est pas un hasard si on désigne la version estivale de “collection été”, car il y a aussi une “collection hiver”. Donc, cette année entre le Fort Saint Père, les fauteuils profonds du Palais du Grand large ou la plage, vous allez pouvoir savourer quelques perles au premier rang desquelles le duo The Kills, qui a fait du chemin depuis cette année 2004 où je les avais découverts et vous ne raterez sous aucun prétexte le set des adorables et punchy demoiselles de Electrelane, qui ont décidé finalement de reformer ce groupe où à quatre elles sont tellement meilleurs qu’une par une. Pour l’heure toute la programmation n’est pas encore dévoilée mais il se murmure déjà que les sémillants Blonde redhead seraient de la fête. Qu’importe. Vous pouvez faire confiance aux programmateurs de la Route du rock. La fête sera belle au mois d’août à Saint Malo.

Vous aimez les musiques, toutes les musiques du monde, le métissage, le soleil et la fête.

boutdumonde2011Aucun doute possible, faites vite tamponner votre passeport pour le Festival du Bout du monde. D’ailleurs, ici à Crozon, au début du monde, dans l’un des coins les plus magiques qui soit en Bretagne, l’un des plus beaux aussi, pas besoin de visa. L’équipe du festival vous accueille avec le sourire. ici l’ambiance est vraiment familiale et la qualité de l’organisation est pour beaucoup dans le succès de ce rendez-vous estival dédié à la musique, non dédié à toutes les musiques. Chaque année, le plaisir est renouvelé et l’affiche donne toujours envie. Et cette année, mazette ! Il y a encore quelques pépites dénichées aux quatre coins de la planète. On y croise Marcio Faraco ou Gaëtan Roussel, Catherine Ringer ou Ben l’oncle soul, les allumés de Gogol Bordello ou Lavilliers. Et puis Louis Chédid et Jehro et puis Susheela Raman et puis… des rencontres inouïes (au sens littéral du terme) entre I Muvrini et le Bagad de Plomodiern et ça, ça promet un énorme moment d’émotion. Ah ! Le Bout du monde… La plaine de Landaoudec où on peut se ballader pépère parce que les organisateurs ne poussent pas à la roue et veillent à ce que la jauge public demeure raisonnable, la scène Kermarrec (salut Fanch !), le buffet bio, Jacques qui file comme Buzz l’éclair backstage sur son scooter, des visages, des figures et des sourires, encore et toujours. Le Festival du Bout du monde est sans aucun doute le festival le plus attachant et aussi l’un des plus humains qui soit. Allez-y cette année, vous allez adorer !

Vous aimez les valeurs sûres, un festival à taille humaine et faire la fête.

fetedubruit2011On dit de lui qu’il est le petit festival qui monte. L’an passé j’y suis allé et j’y ai vécu des émotions musicales absolument incroyables avec, pendant deux jours, sur une scène unique, le gratin de la scène internationale, un genre de best of pop, folk, rock, reggae, le tout servi au cœur d’une ville. Cette année la bien nommée Fête du bruit dans Landerneau remet le couvert avec une affiche éclectique où les gros noms comme Simple minds, The Hives, Moby, Arno, les Ogres de Barback… (excusez du peu) côtoient des activistes qui vont foutre un feu de tous les diables, je pense à The Flogging Molly ou aux incroyables Skip the use qu’il faut absolument voir en live. Et puis côté programmation, je note aussi quelques instants de grâce comme Stromae, Asa ou Lilly Wood and the Pricks. Même les amateurs de reggae et de cigarettes qui font rire (non je plaisante les enfants ! La drogue c’est mal, comme le pastis) vont vibrer cette année avec Patrice comme l’an passé avec Steel Pulse. Bref, vous l’avez compris, la Fête du Bruit c’est mon petit chouchou et j’y serai encore cette année avec grand plaisir. Une seule scène, c’est l’assurance de voir une brochette de concerts top qualité dans une ambiance super détendue. Et une organisation aux petits soins et à l’écoute de son public. Oui, il y aura plus de toilettes cette année et oui, Jean Floc’h, on veillera au prix du demi. Des concerts de qualité, des gens heureux et un petit festival qui n’arrête pas de monter. On signe où ?

Vous êtes curieux, vous aimez la découverte, la musique, les arts numériques.

artrock2011Depuis que le Festival Art rock existe, au cœur de la ville de Saint Brieuc, il propose la découverte d’un melting pot artistique, entre arts numériques, découvertes parfois loufoques (j’ai gardé le souvenir mémorable de trous qui fument exposés dans une chapelle) et concerts magnifiques au forum de la Passerelle, au Grand ou au petit Théâtre, sur la Place Poulain Corbion et dans tous les p’tits bars de la ville. Du théâtre aussi, des happenings, les huîtres et le p’tit blanc du dimanche matin, les rencontres avec des artistes qui se baladent dans les rues. J’ai tant de souvenirs heureux à Art rock, non, mieux, je n’ai que de bons souvenirs, en fait. Que du bonheur ! Comme disait un animateur lobotomisé de la télé poubelle, mais ici, avec ce festival-là on est dans le qualitatif, le fin du fin et quand je regarde l’affiche 2011, j’ai envie de faire le mur et d’aller tirer le portrait de Bryan Ferry à Poulain Corbion ou de friser la moustache de Florent Marchet au Grand Théâtre. D’aller me promener dans les rues, découvrir les inénarrables expositions d’art numérique, désormais un grand classique du festival. Art Rock me manque. J’y ai vécu de belles émotions scéniques et c’est ici que j’ai tapé quelques clichés que je ne suis pas prêt d’oublier. Art Rock. Le festival vivant par excellence, un must, une exception culturelle. Et vous qui me lisez, allez vivre au rythme de la programmation délicate de ce festival hors-normes, au cœur d’une ville.

Voilà. Bien sûr, la liste n’est pas exhaustive et il y a plein d’autres festivals à découvrir un peu partout en Bretagne durant l’été, mais ces cinq là me sont particulièrement chers. Les Vieilles Charrues à Carhaix. La Route du rock à Saint Malo. Le Bout du monde à Crozon. La Fête du Bruit dans Landerneau. Art rock à Saint Brieuc. Tous différents et tous pareils finalement, parce qu’ils n’ont qu’un but. Faire la fête et vous rendre heureux. Bons festivals à toutes et à tous !

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Programmation du festival des Vieilles Charrues 2011. United colors of Kerampuilh.


Aux toutes première notes de “Walk on the wild side” impossible pour moi de réprimer un petit “Oh !” qui fait sourire mon pote Hugues qui présente la prog de la vingtième édition des Vieilles Charrues cru 2011. Lou Reed, c’est l’excellente et totale surprise de cette édition. C’est celui que je n’imaginais pas, plus précisément que je n’espérais plus. T’en veux d’la légende bébé ? En v’là et pas du petit calibre. On y reviendra. Mais avant de vous parler plus en détail de mes coups de cœur de cette édition 2011, un petit préambule. Le meilleur moyen de ne pas être déçu par une programmation, c’est de n’en n’attendre rien de particulier. J’avais entendu Francis Cabrel dire qu’aux Vieilles Charrues, le truc important c’est pas les artistes, non, le truc important c’est les Vieilles Charrues. Il avait tout pigé, le Francis. Il avait capté l’esprit de ce festival. Finalement, pour schématiser, il y a deux sortes de festivaliers aux Charrues. D’un côté il y a les festivaliers qui viennent pour la programmation, ceux-là peuplent les forums, supputent à donfe, croient à la fois au Père Noël ET aux poissons d’avril. Ils fantasment grave toute la Sainte journée sur la venue, en vrac, de U2, de AC/DC ou des Who. Ils font la gueule à l’annonce de la prog mais pour une grande majorité d’entre eux ils viendront quand même. Parce que nombre d’entre eux fait partie des festivaliers qui viennent pour le festival, pour les Charrues, pour boire un godet de Coreff (ou un pichet d’un litre si tu t’appelles Jean Floc’h) ou un Breizh Cola au bar numéro 4 et savourer cette inimitable ambiance qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Les Vieilles Charrues existent d’abord grâce aux bénévoles et aux festivaliers et ce n’est pas un hasard si la thématique retenue pour les vingt ans des Charrues c’est justement les gens, tous ces gens qui font vivre et vibrer la plaine de Kerampuilh pendant quatre jours. “On fournit le son, vous apportez les couleurs !” Voilà. Tout est dit. United colors of Kerampuilh, vingtième du nom. Top départ.

Et là vous me dites, et cette année alors ? Voici mes coups de cœur, en vrac. Pas nécessairement des têtes d’affiches, même si je place Lou Reed tout en haut des concerts absolument et définitivement inratables. Lou Reed, découvert il y a un bail par hasard à la sortie de “Coney Island baby“. La claque, la révélation du rock dans toute sa grandiose splendeur. Le Velvet underground, un nom mythique, une définitive légende du rock et de la pop. J’avais pris dans la gueule, coup sur coup “Transformer“, “Rock’n roll animal” et le sublissime “Berlin” qui fait partie de mon top ten personnel des dix meilleurs albums pop rock de tous les temps, on ne plaisante pas. J’ai vu Lou Reed en live en 1975 et ce concert est resté profondément ancré dans ma mémoire. Voir Lou Reed encore une fois, ça va être un magnifique privilège de la vie. Et pouvoir le croiser dans le collimateur de mon reflex, ça va être unique et intense. Dans un autre registre, je vais enfin voir Kaiser Chiefs qui devait passer aux Charrues il y a trois ans ou quatre je ne sais plus, leur son pop rock (comme on dit sur la FM) me parle, ça va pogotter maousse et rendre le public heureux. Pareil pour Pulp, le combo porte-étendard de la pop british avec un Jarvis Cocker qu’on espère remonté à bloc. Je vais en épater plus d’un mais j’attends aussi David Guetta, je veux bien parier une Coreff avec Jean Floc’h que le set va être monstrueux, même si ça ne tape pas vraiment dans mon registre (doux euphémisme), mais après tout un peu d’easy listening ça ne fait pas de mal, comme dirait Maïté. Dans la série deux pour le prix d’un, j’ai vraiment hâte de voir ce que les p’tits gars de The Octopus nous auront préparé en ouverture du festival, scène Kerouac le vendredi. Les gagnants du tremplin des Jeunes Charrues sont aussi de véritables bêtes de scène, il faut le savoir. Un conseil, vendredi 15 juillet, soyez à l’heure, The Octopus, ça va envoyer le pâté, Hénaff ça va sans dire ! Si vous avez faim de rock, de gros son, de sueur, de bière et d’animal, avec The Octopus, vous allez être servi. Vous ne raterez pas non plus The Bellrays et la sublime Lisa Kekaula, à mi-chemin entre Aretha (Franklin) et Tina (Turner), qui avait foutu un feu d’enfer en d’autres temps à mon respectable et mythique Cabaret Vauban, avec les rescapés du MC5. Dans la série beau temps, mer calme, j’ai promis à mon pote Hugues de ne pas zapper Jack Johnson le vendredi, qui va nous ramener du soleil de sa Californie natale, ainsi que Angus & Julia Stone, dans un registre pop folkeux australien de bon aloi. Dans le genre OMNI (objet musical non identifié), j’irai décalaminer mes esgourdes sur DJ Zebra feat. le Bagad de Carhaix, gast ! Du côté du cabaret breton, rebaptisé scène Youenn Gwernig, pendant les quatres jours il y aura quelques pépites succulentes, j’ai noté Titi Robin trio ou Ibrahim Maalouf (tous les deux découverts au festival du Bout du Monde), Olli & Mood, Marchand vs Burger (salut Rodolphe ça gaze ou quoi ?), Duoud (un duo de ouds), pour ne citer qu’eux. Et dans le rôle des potes de Brest, j’irai jeter quelques unes de mes forces, s’il m’en reste, dans le set de Electric Bazar Cie et je poserai mon sac pour Siam, le groupe composé par Fanny Labiau et Bruno Leroux dont je vous recommande au passage d’écouter l’excellent premier opus intitulé “L’amour à trois“, en vente partout. What else ? Plein de bonnes choses. Difficile d’ignorer les sets d’Adam Kesher (vu à Art rock et à la Route du rock), des Hyènes qui reprennent des standards du rock pour le fun mais pas en yaourt (même s’il y a deux vrais morceaux d’ex Noir Désir dedans) ou des allumés de The Inspector Cluzo que j’avais raté au Run ar Puñs récemment. Idem pour Cold war kids ou Stromae (qu’on verra aussi à la Fête du Bruit dans Landerneau en août). En partenariat avec le Sziget festival, il y aura du (beau) monde aux Balkans avec des joyeux déjantés dont Goran Bregovic, Balkan beat box, excusez du peu. Et maintenant, on range les cannes et on passe au calibre supérieur, pour la pêche au gros.

Pas de Vieilles Charrues sans des noms capables de faire venir la foule des grands jours. Yannick Noah fait partie de ceux-là, il vient de bourrer Penfeld en attirant 10.000 spectateurs à lui tout seul. Jeu, set et match. Le samedi, ça va être chaud, d’autant que c’est aussi le jour de Supertramp et de Cypress Hill ! Idem le dimanche, puisqu’en dehors de mon cher Lou Reed, sur la même scène on va savourer PJ Harvey que j’aime beaucoup et pas seulement parce qu’elle m’a emprunté mon prénom anglais et qu’elle est vachement sexy. Non, j’aime bien son côté hardcore déjanté, son style pop rock un peu crème au beurre, limite indigeste, mais c’est tellement bon de se baffrer comme ça sans retenue, non ? Écoutez “This is love” en poussant le potar vers le haut, vous comprendrez ce que je veux dire. Le jeudi, aussi, du lourd. D’abord du rock teuton avec Scorpions, dont on nous assure qu’il s’agira là de leur dernière prestation live (celui qui a dit “bonne nouvelle !” sort immédiatement de ce blog !). Si la femme de ma vie est dans les parages quand le groupe entonnera “Still loving you“, je lui promets un slow de derrière les fagots estampillé seventies. Bon, coup sur coup on aura aussi le même jour Kaiser Chiefs (i say yeah !), Snoop dog qui paraît-il se fait désormais surnommer “Doggy style”, amis du club des poètes bonsoir, le retour de Pulp qui va vous la décoller du bulbe la pulpe, et les frenchies de service qui vont rameuter la foule des grands jours. D’un côté M’sieur Aubert (celui qui en 77 gueulait dans l’hygiaphone) et Mademoiselle Olivia “just sing” Ruiz, qu’on ne présente plus. Et pendant que j’y suis, le lendemain, M’sieur Eddy pour une dernière séance ouakenole. J’ai oublié personne ? Ah ben si ! D’abord Ben l’oncle soul, vu au Cabaret Vauban. Un garçon plein d’énergie positive, vous allez adorer et mouiller la liquette. Et Pierre Perret, aussi connu pour son zizi légendaire (celui qui amidonne la main de sa soeur) que pour des registres plus graves comme le sublime “Lili”. Je l’avais vu, l’ami Pierrot, au festival du Bout du monde, c’était somptueux, j’en connais même un qui avait pleuré.

Allez, ça c’est fait. Je vous donne rendez-vous dans trois mois et un jour sur le site des Vieilles Charrues pour faire la fête. Si vous me croisez sur le festival, vêtu de mon élégant polo brodé Shots (Hervé Le Gall est habillé par Minipop), n’hésitez pas à vous manifester (même si tu t’appelles Jean Floch et que tu es déjà à bloc), on fera une petite photo souvenir. Les annonces de la conférence de presse d’hier, à Carhaix, étaient ponctuées par un lancer de boule de bowling d’un des membres de l’équipe des Vieilles Charrues. La dernière boule fut lancée par Jean-Jacques Toux, programmateur des Vieilles Charrues. Il s’est avancé sur la piste, fébrile, sous le regard un brin goguenard des journalistes présents. D’une main assurée, la boule a glissé sur la piste… Strike ! Jean-Jacques s’est retourné, est tombé à genoux les deux poings levés, large sourire. Belle image, je trouve. Finalement l’esprit de ce festival, on y revient toujours, c’est un peu ça. Les Vieilles Charrues, c’est d’abord l’histoire d’une bande de potes qui sont là pour se marrer. Alors ? Vous êtes prêts ou quoi ? N’oubliez pas. Cet été à Carhaix il y aura du gros son. Je compte sur vous pour nous en faire voir de toutes les couleurs !

Rumeurs Vieilles Charrues 2011. Buffalo Springfield à Kerampuilh, gast !

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Qui ça ? Buffalo Springfield. C’est qui ces mecs d’abord ? Vous avez tous eu, un jour ou l’autre, entre les oreilles, un titre de Buffalo Springfield, à commencer par le cultissime “For What It’s Worth” et son intro inimitable. D’ailleurs, si vous avez vu le film Forrest Gump, vous devez vous en souvenir, le titre symbolise à lui tout seul l’amérique de la fin des sixties, de la guerre du Viet “fucking” Nam, aussi sûrement que California dreamin’ des Mamas and Papas marque l’insouciance de ces années soixante où l’on croyait encore au rêve américain. Côté lyrics, c’est pas dégueu non plus. I think it’s time we stop, children, what’s that sound everybody look what’s going down. Et puis le line up du groupe, excusez du peu, rien que du lourd. Formé en 1966 par quelques mecs qui allaient compter parmi les pointures king size du son pop folk rock made in USA, le combo s’est séparé après deux ans et trois albums culte et avoir inscrits leurs noms au Panthéon de la zique US. Le premier s’appelle Stephen Stills. Il crée le groupe avec un dénommé Richie Furay. On raconte qu’un jour où les deux compères étaient bloqués dans un embouteillage à LA, ils ont aperçu un corbillard immatriculé dans l’Ontario. Le gars au volant avait choisi ce mode de transport pour passer la frontière incognito avec son bassiste, Bruce Palmer et son batteur Dewey Martin. Le gars en question ne se contente pas de conduire, il écrit aussi avec un talent certain. Il se nomme Neil Young. De lui, David Crosby (oui, celui de Crosby, Stills, Nash & Young) a dit “ce mec était capable d’écrire cinq chansons par semaine. De sa part, rien ne m’étonne“. Ce sont à peu près ses mots quand il a su que l’un des combos mythiques des années soixante se reformait. D’ailleurs, je me suis laissé dire que David Crosby aurait volontiers reformé The Byrds, autre groupe US majeur de ces années glorieuses, mais c’était sans compter sur la tête de bourrique de Roger McGuinn qui refuse d’en entendre parler, dommage… Mais revenons à Buffalo Springfield, séparé en 1968, reformé fin 2010, en tournée en 2011, si vous voyez ce que je veux dire.

J’ai donc activé mes réseaux, histoire de démêler le vrai du faux. Non, parce que là, on parle d’un truc largement aussi balaize que le boss venant taper son Born in the USA à Carhaix city. Là, on parle de légendes aussi absolues que définitives. Neil Young. Stephen Stills. Richie Furay. Trois légendes sur la scène de Glenmor, ça aurait une putain de gueule, excusez du peu ! J’ai donc commencé à gratter la terre de la plaine de mes petites mains fébriles et rapidement j’ai trouvé un faisceau d’éléments concordants. D’abord, Buffalo Springfield est vraiment en tournée. On avait dit que le groupe se contenterait d’un one shot, mais non. Ils sont annoncés au Bonnaroo festival, en juin prochain à Manchester. Pas la seconde patrie du King Eric “ouh ah” Cantona, non plutôt un bled dans le trou du cul du Tenessee profond, un grand terrain agricole qui ressemble à s’y méprendre à la plaine de Kerampuilh, gast, mais en moins bien. Donc les p’tits gars Stills, Young et Richie ne seront point dépaysés, même notre bière (la légendaire Coreff) est meilleure qu’une Bud de bon aloi. Donc c’est jouable. Mais il en fallait plus. Je suis allé jeter un œil sur le site web de Neil Young et là, tenez-vous bien (tenez-vous mieux !) deux choses. D’abord le site confirme que Buffalo Springfield est bel et bien en tournée. La date de juin du Bonnaroo festival est bien bookée. Mais il y a mieux… Un concert du Buffalo Springfield est bien prévu le 15 juillet. De là à imaginer que nos amis cow-boys viennent faire un tour chez nous sur la plaine, il n’y a qu’un pas que j’ai décidé de franchir allègrement.

Avouez quand même que ça aurait de la gueule, non ? D’autant que dans l’état d’esprit, Buffalo Springfield et les Vieilles Charrues, c’est un peu la même chose. Des p’tits gars de la campagne, engagés, qui croient dans leur aventure. Alors ? Buffalo Springfield pour la vingtième des Vieilles Charrues, ça vous tente ? Moi j’ai envie d’y croire. For what it’s worth. Pour ce que ça vaut…

• illustration : Crosby, Stills, Nash & Young par Guy Peellaert.
• la programmation des Vieilles Charrues 2011 sera annoncé le 12 avril.
voir le site du Festival des Vieilles Charrues

Ce petit rien admirable qu’on appelle un œil.

rock-audience-richard-bellia-shotsJe viens de regarder à l’instant des clichés de concerts, un exercice que je goûte assez peu. Je ne vais pas citer le nom du photographe, ça ne serait pas correct. Et puis je vais vous dire. Vous ne m’entendrez jamais critiquer le travail d’un autre photographe, sauf le cas échéant pour l’encenser, mais dans le cas présent, ce que je viens de voir m’attriste. Pire encore, ça ne m’émeut pas. Voilà, c’est ça le truc. Une photographie, moi, ça doit me parler, me raconter des choses, me dire une histoire, m’embarquer, me faire vibrer, mais là, ce que je viens de voir me laisse de marbre. Électroencéphalogramme plat, mort clinique, la near death experience visuelle. Rien, zéro, niante, le vide sidérant d’une photo lambda, plutôt propre techniquement parlant mais bordel ! Sans âme, sans rien. Je repense à des clichés de Claude Gassian, d’Antoine Le Grand, de Richard Dumas, de Richard Bellia. Du rock et des couilles, de la bière et de la sueur. Quand je regarde un cliché de concert de Bellia, je peux sentir des odeurs de transpiration, des effluves, je peux palper l’ambiance qui donne chaud. Pour les autres, c’est idem. Un portrait de Miossec par Dumas, c’est définitif. On me demande souvent, très souvent, mon avis sur un travail photographique et systématiquement je botte en touche, c’est mon côté faux-cul. Pas le temps et surtout pas envie. En plus, dans ce monde de plus en plus open qu’est la photographie numérique, tout le monde est photographe. Avec un billet de mille balles, aujourd’hui, tu vas taper de la photo, tu montes un blog, tu colles la mention photographe derrière ton nom et en avant Guingamp ! Sauf que ça ne marche pas comme ça. Il est long le chemin et les pièges nombreux, comme disait ce cher Etienne. Et parmi les pièges tendus, il y a la post prod. La Lightroom génération a mis les deux pieds dedans et franchement, le résultat est risible. Non, pire. Pathétique. Résultat des courses, tous perdants, avec des clichés qui se ressemblent. Aucune humanité, des clichés cadrés au cordeau si beaux qu’ils puent le crop à plein nez et surtout, au delà de tout, on sent l’absence dramatique de l’œil. Et ça, en photographie, ça ne pardonne pas. T’as pas d’œil, t’es mort.

On m’a demandé récemment avec quel logiciel je développais mes fichiers RAW. Sans entrer dans le détail, la question faisait allusion au fait que j’ai écrit (et je persiste et signe, mais bon c’est un détail) que la chromie est sensiblement différente entre Nikon et Canon, bref. J’ai répondu que j’utilise Lightroom 3.3 sur un Mac calibré tout en précisant que mon côté old school fait que j’utilise ce logiciel dans sa portion congrue, limitant finalement ses fonctionnalités au strict minimum. Je dois avouer que ce qui me plait dans un cliché, c’est quand il est bon brut de capteur. Rien à ajouter, rien à enlever, même pas un poil de netteté. De ce côté là, avec D3s et les optiques Nikkor, ça va plutôt pas mal. Si je dois commencer à taquiner la balance des blancs, à ajouter du noir, du contraste, de la netteté, c’est niet. Sans moi. Ce qui m’amène à revenir à mon propos. Je n’ai évidemment rien contre l’utilisation massive de LR en post prod, rien non plus contre l’application de presets tout faits, après tout, chacun fait ce qu’il veut de ses images. Croire qu’une image moyenne, comprendre parce que le photographe a chié ses réglages, parce que les lumières étaient nazes, parce qu’il y avait trop de rouge et pas assez de bleu, croire que votre image molle, mal cadrée, dégueu en somme, va devenir le cliché du siècle en le passant en black and white pour faire chicos, en triturant la balance des couleurs ou pire en utilisant un preset LR, croire qu’une image transformée, martyrisée, blessée, bidouillée à la hussarde va devenir simplement une bonne image, pour paraphraser Queneau, ce que tu te gourres fillette, ce que tu te gourres ! Non, croire à ça c’est aller dans le mur. Mais il y a pire, finalement. Car ce genre de cliché qui sent l’esbroufe et l’épate, si ça peut enthousiasmer l’œil de ta concierge ou du quidam et flatter l’ego souvent démesuré de son auteur, ça ne trompe personne et surtout pas les pros, je veux dire ces gens qui ont mis trente ans avant d’accoler le mot photographe à leur nom de famille, qui ont commencé par tremper leurs paluches dans les bacs de révélateur à une époque où les deux Steve boutonneux bidouillaient encore leur premier computer dans le garage de papa.

Non. Vous ne m’entendrez jamais critiquer le travail d’un autre photographe, surtout s’il est de la nouvelle génération et puise son inspiration dans le manuel Lightroom pour les nuls. Pour tout vous dire, je m’en fous un peu. Non, en fait, je m’en fous tout court. Le chemin, s’il est long, est aussi un parcours de solitaire. Le photographe a une double casquette. Il est à la fois son metteur en scène et son premier spectateur. C’est d’ailleurs à ça qu’on fait le tri entre le bon grain et l’ivraie, dans cette capacité à ne montrer aux yeux des autres que du très bon, à ses yeux. À ses yeux, le mot est lâché. La photographie c’est d’abord une question de regard, d’impertinence, d’ironie. En une photo, une seule, la messe doit être dite. C’est le regard plein de tendresse d’un vieux clebard sur une petite fille, par Fabrice Drevon. C’est une mariée en rouge par Gérald Géronimi. C’est un fada au regard halluciné qui scrute sa machine à laver, par Vincent Montibus. C’est une murène qui calcule la main du plongeur par Jean-Philippe Grémillot. C’est un ours au clair de lune, par Vincent Munier. C’est Harrison Ford dans un couloir du Crillon par Antoine Le Grand. C’est Miossec qui s’endort sur l’épaule de Cali par Claude Gassian. C’est Miossec, encore lui, dans la chambre 304 de l’hôtel Vauban par Richard Dumas. C’est un temple au Cambodge par David Grimbert. C’est simplement le rock, incarné dans le portrait de Joe Strummer, par Richard Bellia en 1989. Des jeunes, des moins jeunes, la photo c’est pas une question de g-g-g-generation, en fait. Un soir, on m’a interpellé à la fin d’un concert, pour que je donne un conseil. J’aurais volontiers conseillé d’arrêter la photo et de reprendre la poterie ou le macramé. J’ai rien dit, j’ai juste bafouillé deux ou trois excuses, pas le temps, beaucoup de taff et je me suis éclipsé. J’ai repris la route, ma route. Long is the road. Jeunes ou pas, la photo n’est ni une question de génération et encore moins d’outil. Lightroom ne vous sauvera pas la vie. Il vous donnera tout au plus l’impression d’avoir du style. Et comme disait Vian, ce sera une impression fosse. Car il vous manquera toujours ce petit rien. Ce petit rien admirable qu’on appelle un œil.

• Cliché : Richard BELLIA, reproduit ici avec l’aimable autorisation de l’auteur.

• Special thanks à Richard Bellia, photographe de rock, qui sort actuellement un livre de clichés sur le thème “Sex & rock’n roll 1984-2010″.

cliquez ici pour voir le site de Richard Bellia.

Les dix commandements du photographe de concerts


1- En mode manuel tu travailleras
La photographie est un art subtil, un équilibre délicat entre une dose de lumière, un cadrage, une vitesse de prise de vue. Pour la photo de concerts, c’est encore plus vrai, encore plus complexe, parce que tout va vite, parce que le sujet bouge, parfois avec violence, dans une ambiance lumineuse souvent drastique. Il n’y a pas d’autre alternative que le mode manuel. Ceux qui te diront le contraire sont à côté de leurs pompes ou alors ils ont choisi la voie de la facilité, voire les deux. Parce que les modes priorités (ouverture ou vitesse) sont des modes automatiques qui ne disent pas leur nom et qu’en plus c’est très casse-gueule. D’ailleurs, quand je shoote en concert, il m’arrive parfois d’observer les photographes, quand il y en a. Si le pouce et l’index ne travaillent pas ensemble, l’un pour régler le diaph, l’autre pour la vitesse, c’est que le gazier est en mode semi-auto. Facile, on régle sur la plus grande ouverture et roulez jeunesse ! Sauf que la photo de concert, ça ne marche pas comme ça. Il faut savoir anticiper, observer les lumières, prévoir leur état à venir. Maintenant, à l’instant T tu es à 1/80ème et tu es sous-ex, dans deux secondes tu seras équilibré, une seconde plus tard tu seras sur-ex. Pas facile hein ? Non, pas facile. Mais quand c’est dans la boîte, tu sais ce que tu as fait ton taff.

2- En format RAW tu shooteras
En numérique, le format RAW permet tellement de choses fantastiques. Le RAW c’est un peu comme une machine à voyager dans le temps, la possibilité de corriger des erreurs ou de changer d’avis, sur la balance des blancs par exemple. Le RAW c’est aussi la possibilité de sauver un cliché. En fait, le format RAW n’est pas une option, c’est pour le coup un vrai commandement. Tu shooteras en RAW, tu ne discuteras pas et pis c’est tout. Si ton boîtier le permet, tu auras deux cartes. Sur mon D3s par exemple, j’ai une Sandisk Extreme 32Go qui stocke mes fichiers RAW et une 16Go qui stocke mes fichiers jpeg, dont je ne me sers d’ailleurs quasiment jamais. C’est une sécurité, comme un backup, au cas où l’enregistrement sur la carte dédiée au RAW merderait, ce qui ne m’est jamais arrivé.

3- En focale variable tu travailleras
Dans les petites salles il existe rarement des fosses réservées aux photographes. Alors tu choisis ton camp, jardin ou cour et tu n’en bouges plus. Les focales fixes offrent d’être généralement plus lumineuses mais les focales variables permettent de faire varier le cadrage sans bouger de l’endroit où on s’est planté. Pour moi c’est la meilleure option et c’est celle que je conseille. Dans une petite salle, un calibre 16-35 convient bien, sur une salle moyenne on opte plutôt pour un trans-standard comme le 24-120 (ou le 24-105) alors qu’en festival ou sur des salles vastes on tape plutôt au 70-200. Côté sac, fourre-tout, pas vraiment de solution idéale. La chestvest de Newswear, la ceinture Light belt de Lowepro équipée d’étuis Sliplock, sont de bonnes alternatives pour avoir son matos sur soi sans trop d’encombrement.

4- Les conditions difficiles tu privilégieras
La vie d’un photographe de concerts n’est pas un fleuve tranquille. J’aime particulièrement les petites salles, celles dont je dis souvent qu’elles sentent la bière et l’animal, pour paraphraser Miossec. Ambiance moite, lights difficiles, évolution compliquée dans le public, ça bouge dans tous les sens, parfois ça pogotte. En fait j’adore quand ça pogotte, j’ai vraiment le sentiment d’être dedans, il y a autant d’images à shooter sur scène que dans le public. J’ai comme ça quelques souvenirs de concerts épiques, porté par la foule. Les Bérus, Mass Hysteria, Aqme, au Vauban, c’était dantesque. Plus c’est difficile, plus la barre est haute, plus le plaisir de ramener de la belle image est intense.

5- En couleurs tu travailleras
Le concert, c’est la vie et la vie c’est la couleur. Il n’y a rien de plus beau qu’une belle image de concert pleine de couleurs. Et là tu me dis : “et le noir et blanc alors ?” Tu feras du noir et blanc quand le noir et blanc t’appelleras. Un jour, tu verras une image et tu sauras qu’elle s’impose en noir et blanc, mais attention ! Si tu crois que passer un cliché de la couleur au black and white va te permettre de rattraper le coup d’un cliché pourri, ce que tu te goures mon jeune ami ! Un cliché pourri en couleurs sera pourri en noir et blanc, mais rassure-toi. L’inverse est vrai. Et puis passer une photo couleurs en noir et blanc juste pour faire style (prononcez staïle), ça ne trompe personne.

6- Ton niveau d’exigence sans cesse tu relèveras
Il est long le chemin et les pièges nombreux, comme disait ce cher Étienne (Daho). C’est peut-être le côté le plus passionnant du parcours photographique, ce sentiment de toujours pouvoir progresser. Sois exigent. Tout le temps. Dans tes réglages, dans le choix de ton matériel, dans tes cadrages. Ne laisse rien passer. Et, surtout, ne compte pas trop sur le post-traitement pour rattraper les coups foireux. Un bon cliché, c’est brut de capteur. Zéro bidouille. De toutes façons une image moulinée à l’excès dans Lightroom et consorts, elle se reconnaît de loin et encore une fois ce genre d’image ne trompe personne, aucun pro de l’image en tout cas. En plus, le côté pervers de ce genre de moulinette, c’est qu’au final toutes tes images, à terme, se ressemblent. Et comme nombre de photographes utilisent les mêmes ficelles, tes images ressemblent aussi à celles du voisin.

7- Le meilleur seulement tu montreras
Tu as un privilège. Tu es à la fois metteur en scène, cadreur, directeur de la photo et en plus tu es ton premier spectateur. Quand tu dérushes, tu dois savoir immédiatement ce qui te fait vibrer, tu dois voir l’image qui fait wouah ! Sur de nombreux sites internet, on peut voir des galeries de photos de concerts avec vingt ou trente photos, c’est un signe qui ne trompe pas. Bien souvent d’ailleurs, plusieurs photos se ressemblent, l’hésitation à choisir entre tel ou tel cliché est palpable, on sent bien que le photographe n’a pas su se décider. Si tu n’as pas d’œil pour choisir le meilleur du meilleur, si tu ne sais pas et que tu optes pour la solution de facilité, c’est à dire de montrer tout et en vrac, tu mets à côté. Un conseil. Relis le sixième commandement.

8- Jamais tes clichés gratuitement tu ne donneras
Premier constat. Si tu fais de la photo de concert en espérant approcher des artistes au plus près et soigner ton égo, tu risques d’être vachement déçu. J’ai couvert beaucoup de concerts et à deux ou trois rares exceptions je ne compte pas d’ami dans ce milieu. Je fais très peu de tirages papier et par voie de conséquence il ne circule que très peu de tirages originaux. Je ne transmets jamais de fichiers haute déf. La photographie c’est mon travail et je ne travaille pas gratuitement. Donner ses photos c’est pervertir le système. Si tu veux être crédible, ne joue pas à ça.

9- Les artistes, le public, la prod tu respecteras
En règle générale, les photographes ont ce privilège d’obtenir une accréditation gratuite, ce qui est somme toute normale. Personne ne paye pour travailler. En revanche, une fois dans la place, je mets un point d’honneur à respecter les gens, simplement. D’abord les artistes, sans qui, naturellement, rien de toute cette magie n’existerait. Il est des artistes qui ne sont pas gênés par la présence de photographes, il en est même qui en jouent, qui s’en amusent. J’ai en mémoire des concerts épiques (avec Bryan Ferry par exemple), où la complicité était vraiment palpable et les photos sont à la hauteur de ce choc émotionnel. D’autres peuvent être gênés, voire angoissés par la présence d’un photographe. Il faut sentir le truc et s’adapter. Dans le pire des cas, il faut s’en aller, quitter la salle. Ensuite le public, qui paye sa place, lui. Si j’occupe une chaise, qu’il ne reste aucune place disponible, je laisse ma place. J’évite de bousculer le public, je ne fais pas le forcing pour accéder au premier rang. Et le respect c’est aussi d’applaudir l’artiste, avec le public. Enfin, la production, toute cette équipe, du producteur en passant par les ingés son, les lighteux, les roadies, bref, toutes celles et tout ceux qui font du spectacle vivant une réalité, qui prennent des risques financiers, humains. Du respect, de la discrétion vis à vis des gens, de tous ces gens grâce à qui nous, photographes, nous avons le privilège de travailler dans de bonnes conditions.

10- Ton chemin seul tu traceras
C’est le dixième commandement, c’est le dernier et c’est aussi le premier. Et il vaut pour vous toutes et tous qui lisez ces lignes. Vous serez seuls. Vous ne pourrez compter que sur vous-même et dans votre enfer personne ne vous entendra crier. Le photographe est un être solitaire par définition. Même très entouré, quand l’œil se rive au viseur, quand la scène se cadre dans l’attente de l’instant, plus rien n’existe, on est comme un autiste, seul et isolé dans son monde. Tout va très vite, la photo de scène c’est difficile, c’est complexe, on essaie de se souvenir des conseils et finalement on s’aperçoit qu’on n’en n’a gardé que quelques trucs basiques. Parce que finalement, on trace sa route tout seul, le boîtier en mains, on croise des gens qui au fil du temps vous reconnaissent. Quand vous arrivez dans un lieu et que le patron de lieux vous dit “Tiens, voilà le photographe“, quand un artiste vous offre un regard, un sourire, l’air de rien, comme s’il vous disait “Allez ! Prends ça et fais toi plaisir !” et quand quelques temps plus tard ce même artiste vous dit, en confidence “Vous me montrez beaucoup plus beau que je ne le suis dans la réalité !”, quand des gens du public vous sourient, quand une gamine vous dit “J’adore vos photos de Brian Molko !” ou qu’un barman vous offre une limonade (ah ! J’allais oublier ! Jamais d’alcool avant un concert… Pendant non plus d’ailleurs !) alors vous savez que vous êtes accepté, intégré, assimilé. Voilà. La route est dégagée et ton aventure peut commencer. Long is the road.

Courchevel. J’ai mille raisons de détester Florent Marchet.

florent-marchet-aux-vieilles-charrues-2005
Au moment où je commence à poser mes mots, avec l’ambition démesurée d’écrire une review sur le nouvel album de Florent Marchet, alors que dehors le soleil darde sur Brest (dans ta gueule Barbara) et que j’en aurais presque honte pour mes amis parisiens qui sont sous la neige (comme ceux de Courchevel où par ailleurs je dois noter que je n’ai aucun ami), même si on se pèle le bout du nez, alors que mon Nabaztag, programmé par mes soins pour débiter des inepties de manière totalement aléatoire me rappelle à l’instant “qu’une tartiflette ça ne se refuse pas“, je réalise que ça fait un bail que je n’ai pas écrit une review bien sentie sur un album de musique. Bon, d’accord. À ma décharge, je dois à la vérité de dire que je n’ai rien vu passer de bien folichon cette année, si je compte bien. Sur mon iPod, le top est toujours squatté par le même gang de frenchies, Miossec, Daho, François Audrain, Eiffel et quelques vieilleries old fucking style, de Creedence aux Who en passant par Muse ou un revival pop autour du Floyd. Et puis il y a le cas Florent Marchet et ses deux premiers albums inusables, j’allais dire inoxydables. J’avais pris “Gargilesse” comme une magistrale claque dans la gueule, déjà, à l’époque. J’avais été subjugué par la qualité des textes et j’avais immédiatement détesté ce garçon, qui, non content d’avoir une qualité d’écriture et de mélodies éblouissante, avait en plus la gueule de l’emploi, comprendre cette gueule d’ange qui fait fondre les filles et énerve les garçons. J’avais écouté “Le terrain de sport”, je m’y étais salement retrouvé, trait pour trait. C’était décidé. Florent Marchet ne serait jamais mon ami. Comme Miossec ou François Audrain ? Oui, si vous voulez, mais ne nous éloignons pas du sujet initial, le nouvel album de Florent Marchet : “Courchevel“.

À vrai dire, j’ai découvert Florent Marchet un peu par hasard, grâce à la femme de ma vie, grande découvreuse de raretés devant l’éternel. J’avais donc écouté “Gargilesse”, j’avais suivi la bouche ouverte de béatitude le parcours du petit Florent, j’avais été éberlué par le cynisme des mots. Des titres comme “Levallois”, “Je n’ai pensé qu’à moi”, “Je m’en tire pas mal” (avec Mio en brestois deluxe) m’avaient singulièrement titillé le tympan, sans parler du “terrain de sport” qui m’avait définitivement convaincu que j’avais découvert, grâce à ma moitié, une grande plume de la chanson française comme on dit dans Telerama. Alors, quand le second opus est arrivé dans les bacs, j’ai vraiment eu peur, pas tellement pour moi, non plutôt pour lui. Peur qu’il se soit vautré, peur d’un second album facile qui ne confirmerait pas tout le bien que je pensais de ce garçon et qui m’aurait permis de le ranger aux oubliettes, que c’en serait fini de Florent Marchet, bon débarras, à qui le tour ? Et vint donc “Rio Baril” qui raconte comme une genèse l’histoire du petit Florent qui tuerait volontiers son père, qui admire sa mère autant qu’elle l’insupporte, qui croise des femmes sans trop les voir. La litanie de la vie quoi, comme cette audacieuse et inoubliable lecture de la posologie d’un médicament dans “Les cachets” mon titre préféré allez savoir pourquoi. J’avais pris “Gargilesse” comme une gifle aller-simple, “Rio Baril” était un retour bien appuyé. Saleté !

Comment Florent Marchet pouvait-il prétendre remettre le couvert, pour un troisième album, après tout ça ? J’ai logé les titres de Courchevel sur mon iPod et j’ai écouté l’album dans les pires conditions qui soient. En travaillant. Dès le début on est pris dans le petit monde de Florent Marchet qui nous raconte ses petites histoires. J’ai posé le stylo, je me suis avachi dans mon fauteuil, captivé, prisonnier du sort, en n’ayant pas le moindre doute. La voix, le tempo, les mélodies, les arrangements avec ces cuivres qui viennent de loin, aucun doute possible c’est du Marchet cent pour cent pur Cru bourgeois et dès les premiers titres, je sens que le gars Florent va me la jouer sur l’air du revenez-y sans qu’à aucun moment ça ne sente le déjà vu. Il y va de ses anecdotes qui ressemblent parfois à du Néry comme dans “L’idole” et rebondit sur des morceaux dont on sait qu’ils vont devenir des standards, comme le joyeux “Benjamin” ou “L’eau de rose” qui reprend des thèmes chers au coeur de Marchet, la trentaine et le temps qui passe, les portes qui se ferment plus qu’elles ne s’ouvrent. Et pour ce qui est du featuring classieux, dans cet album c’est Jane Birkin qui vient poser sa voix bouleversante, pleine de fêlures, de grâce et de fragilité sur “Roissy”, un duo beau, dramatique et lyrique, presque surréaliste. On est à peine à la moitié de l’album et je sais déjà que j’ai de bonnes raisons de détester Florent Marchet encore un peu plus. Le reste, tout le reste est à l’avenant. Ce garçon n’est jamais où on l’attend, capable d’écrire sur la solitude de la vie dans une bluette sautillante (“La charette”) avant d’asséner une mélodie définitive et des mots d’une poésie implacable sur le, comment dire ? Sublime, oui c’est ça, sur le sublime “Narbonne plage” qui me percute la tête comme l’avait fait “Le terrain de sport” en d’autre temps. Une suite de polaroids, une chanson comme un film, des images qui défilent et finalement un dénouement dramatique, une conclusion cynique à souhait. Voilà, c’est presque fini. Florent Marchet conclut par un “Qui je suis” où on espère des réponses et dans une ultime pirouette, à laquelle le gars nous a habitué, on obtient seulement un sibyllin “qui je suis ? Dis moi qui je suis ?” Bitch !

Je suis sorti de mon écoute bouleversé, chamboulé, une fois de plus Florent Marchet réussit l’exploit rare de me livrer un troisième pur album, vous savez ? De ces albums dont on se dit que finalement il n’y a rien à jeter. Il y a quelques années, j’avais croisé Florent et je lui avais dit à quel point j’étais client de sa petite entreprise. Je n’aurais pas dû. Il n’y a rien de bon, au fond, à les encourager. Non, il vaut bien mieux regarder passer Florent Marchet et accessoirement, chaque fois que l’occasion se présente, acheter ses albums. En vérité je vous le dis. Il faut acheter la musique de Florent Marchet. Si vous ne le faites pas pour vous, faites-le pour moi. Parce que j’aime bien ses petites histoires, sa façon de les raconter, la qualité de ses mots, sans même évoquer la mise en musique qui me happe. C’est ça. J’ai mille raisons de détester Florent Marchet et au moins une bonne raison de l’aimer. Ce mec me fait du bien.

cliché (inédit) : Florent Marchet aux Vieilles Charrues en 2005.

Rotor Jambreks University. Mes devoirs de vacances à la Rock Academy.

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L’idée est aussi simple que lumineuse, comme toutes les bonnes idées. La Rotor Jambreks University propose en un après-midi, de revisiter l’histoire du rock’n roll, de sa naissance à nos jours. Ça a l’air de rien, dit comme ça, j’y suis allé en me disant que j’étais incollable sur le sujet et finalement, j’ai appris plein de trucs. Par exemple que le p’tit gars Elvis Aaron Presley avait honteusement pompé certains répertoires du blues afro-américain, à commencer par le cultissime “That’s alright Mama” (excusez du peu), en 1954, alors que cette chanson avait été signée par Arthur Crudup huit ans plus tôt. Crudup n’a jamais réussi à faire reconnaître son bon droit et a fini sa vie dans la gnole. Rotor Jambreks embarque son public, alternant cours magistral et travaux pratiques. De chaque côté de l’écran, à gauche la petite scène façon Rotor, à droite un bureau sur lequel trône une mappemonde, le manuel de la Rock Academy et bien sûr une figurine d’Elvis Presley. L’histoire commence aux racines du rock’n roll et tout y passe, de l’analyse étymologique du terme rock and roll aux composants de cette musique, dont les tenants de le droite américaine la plus jusqu’au boutiste pensaient qu’elle venait directement de l’enfer. De vous à moi, cinquante balais plus tard, le credo des jusqu’aux Boutin n’a guère évolué. Chaque étape du parcours est ponctuée de reprises de standards parfaitement envoyés, balancés avec la maestria et la pêche qu’on connaît au gars Jambreks. Entre stand-up, mini-concert et approche sociologique de l’histoire de la musique contemporaine, Rotor Jambreks réussit son coup. On ne s’emmerde pas une seconde, on se marre beaucoup, on participe, on apprend plein de choses et quand c’est fini on se dit “ah ben merde alors ! C’est déjà fini ?” Le format est parfait, convient à tous les publics et nul doute qu’on va en entendre parler.

Concert et action sociale.
Tous les publics, justement, parlons-en. Ce concert-spectacle, qui s’est déroulé au Family, en préambule de la Fête du bruit dans Landerneau, était 100% gratuit. L’idée, qu’on doit à Régie Scène association, est on ne peut plus simple. Attirer un public qui ne vient pas aux concerts et leur proposer un spectacle de qualité, le temps d’un après-midi. Une idée réalisée en partenariat avec l’épicerie sociale et qui pourrait bien faire son chemin. Carol Consola de Régie Scène Association résume en deux mots le concept : “Notre objectif est d’établir des partenariats avec des entreprises motivées pour financer ce type de projet. Un mécénat permettant d’associer le nom d’une entreprise à une action sociale.” À y regarder de plus près, il est possible aujourd’hui, pour un budget raisonnable, de monter une affiche, sachant que l’asso (qui est en prise directe avec Régie Scène, l’un des acteurs majeurs en matière de production de spectacles en Bretagne) fournit l’ensemble du package, incluant la salle, le son, les lumières. D’ailleurs c’est ce qui m’a épaté dans ce projet. L’accueil du public avec de vrais billets de concerts, le confort de la salle (places assises), la qualité du spectacle offert et, cerise sur le gâteau (si j’ose dire), un goûter offert par l’épicerie sociale à l’issue du concert. Bon, si je résume… Une belle salle, une organisation motivée, un artiste généreux et enthousiaste, un public souriant et multi-générationnel, des lumières et du rock’n roll. Une certaine idée du bonheur, en somme.

écouter la version originelle de “that’s all right mama” par Arthur Crudup

Festival du Bout du monde 2010. 500 forfaits trois jours en vente le mercredi 28 juillet à 10 heures !

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Non content d’être sans aucun doute le festival le plus atypique et le plus singulier de sa génération, le festival du Bout du monde cultive savamment, avec une bonne dose d’ironie et de décontraction, quelques particularités qui lui sont propres. Je ne parle même pas de son affiche qui mélange chaque année avec une aisance déconcertante des têtes d’affiches super connues avec quelques pépites dénichées aux quatre coins du monde. Et le plus fort c’est que ça fonctionne ! Résultat des courses, des critiques chaque année de plus en plus dytyrambiques, louant ici le groupe malien qui monte ou le faiseur de miracles tout droit venu de son Cuba natal. En même temps, le Bout du monde a un secret tout simple, le binôme qui conduit cette joyeuse fête planétaire sait de quoi il cause, quand il s’agit de musiques du monde. Pour trouver des pépites, il faut aller les chercher sur le terrain, sans se contenter de feuilleter des catalogues artistes. C’est la règle au festival du Bout du monde, emmené par Jacques et Antonin, infatigables voyageurs, deux chercheurs qui explorent les continents, avec chaque année le secret espoir de dénicher la perle rare qui fera renverser le public. Je peux en témoigner. À chaque fois que j’ai eu le privilège d’assister à la fête, j’ai découvert, ébahi, de purs talents. Le plus récent en date c’est Ibrahim Maalouf qui revient cette année avec une carte blanche qui promet de décoiffer. J’espère que Ibrahim aura pris quelques cours de bombarde, il s’y était essayé lors de son premier passage, sous le chapiteau. Atypique je vous dis. Prenez les gobelets recyclables, encore un truc goupillé par l’équipe du BDM, que par ailleurs tous les festivals ont désormais adoptés. D’ailleurs l’engagement écolo ne date pas d’hier, à Crozon. En revanche, pas question de se laisser récupérer ou manipuler pour une vague cause politique. Ce festival appartient d’abord à ses bénévoles et surtout, il vous appartient, à vous, les festivaliers. Alors évidemment, quand, il y a quelques années, alors que le festoche était complet (parce que accessoirement les organisateurs limitent volontairement la jauge pour le confort de leurs festivaliers) et que des petits malins avaient flairé le bon plan pour faire un peu de gwenegs sur le dos des bénévoles, en faisant le triple salto sur la revente des billets, le sang de Jacques Guérin n’avait fait qu’un tour ! En deux temps trois mouvements, il avait dégaîné un référé de derrière les fagots à l’encontre du site de ventes aux enchères qui sagement avait retiré les billets de la vente. Et pour enfoncer le clou, le festival du Bout du monde propose désormais, chaque année, pour les retardataires, des forfaits au prix normal. Cette année, c’est le mercredi 28 juillet à 10 heures précises que 500 forfaits 3 jours sont mis en vente au prix de 63€ (+ frais de location), dans les points de vente habituels*. L’occasion d’acheter votre pass 3 jours à un prix normal et de rejoindre Crozon les 6, 7 et 8 août 2010, pour profiter d’une affiche riche, colorée, aux couleurs du monde. Sur la plaine de Landaoudec, à deux pas de l’océan qui, une fois de plus, affirme son ouverture sur le monde.

(*Points de vente : bureau du festival à Crozon, E.Leclerc, Espaces Culturels, Fnac, Virgin, Auchan, Carrefour, Géant, Hyper U)

voir le site officiel du festival du Bout du Monde

• cliché : Mouss et Hakim (Origines contrôlées) au festival du Bout du monde en 2008.

Festival les Vieilles Charrues 2010. Des moments de plaisir.

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Dimanche 18 juillet. Vision de ouf, ce type voguant sur le public dans son bateau pneumatique, façon Marcel et son orchestre. Je me dis que s’il s’approche trop du rivage, il va se fracasser la tronche sur le récif, comprendre sur les maousses de la sécurité qui le matent et l’attendent, l’air narquois, prêt à lui foncer dessus et à l’alpaguer comme un goëland sur une sardine. Le gars lui, ne se doute de rien, il est tout à son plaisir de naviguer sur une mer de mains. Voilà. C’est l’image que je garderai de cette dix neuvième édition des Vieilles Charrues, la septième à mon compteur. Comme chaque année, j’ai souffert, j’ai eu mal (aux pieds), j’ai fait des kilomètres de marche, j’ai shooté sans discontinuer, faisant ronronner EOS 1D Mark IV, en one shot comme en rafales monstrueuses à dix images seconde. J’ai vécu des moments inoubliables, en veste de haute mer sous des déluges de flotte, j’avais l’impression d’être dans la peau de Michel Desjoyaux, au milieu de l’atlantique à la barre d’un trimaran, prenant des paquets de flotte dans la gueule. Pendant le concert de Muse, je me suis fait lessiver comme rarement pendant un concert. Ça tanguait de tous les côtés, et comme disait Renaud, j’ai failli vomir mon quatre heures et mon midi aussi, mais on a tenu le coup, EOS et moi. Sur la fin du set, j’avais tellement de flotte entre le viseur et mon œil gauche que j’avais l’impression d’être photographe underwater, comme Jean-Philippe Grémillot, j’en regrettais presque de ne pas avoir pensé à lui emprunter son caisson Ikelite. Je voyais la flotte ruisseler de partout, sur le boîtier, sur le 70-200 et j’ai prié le ciel et tout ses Saints en pensant au gars qui avait conçu la tropicalisation du 1D Mark IV. Il n’a pas bougé d’un poil et tout le monde ne peut pas en dire autant, suivez mon regard. Putain de boîtier, putain d’optique. J’ai tapé trente huit concerts, sans ostracisme. J’ai pris un pied fou à faire de l’image sur des groupes complètement inconnus, aux Jeunes Charrues et je me suis parfois emmerdé comme un rat mort sur des groupes connus. J’ai sillonné la plaine, avec ma cowgirl, d’est en ouest, du nord au sud, l’occasion de croiser des têtes connues de mes amis, j’ai fait aussi quelques portraits de gens inconnus mais tellement attachants. Côté scène les chocs annoncés n’ont pas déçu. NTM, évidemment. La puissance, l’énergie et aussi une bonne dose de fraternité, de partage et pourtant Dieu seul sait à quel point je suis éloigné du rap, mais face à une référence pareille on ne peut que s’incliner. Airbourne dans un autre registre c’est idem. Une énorme patate sans prise de tête, le groupe envoit le bois sans trop se poser de questions. Et puis le chanteur frontman qui escalade la structure pour aller chanter sur le toit de Xavier Grall, c’était inédit. The Octopus, vainqueur des Jeunes Charrues. En fin de concert le batteur déménage ses fûts pour les loger en bord de scène, pour un final dantesque. Et puis au milieu de tout ce bordel, une pépite. Wovenhand (ex 16th Horsepower), un moment de pur bonheur, une voix grave, un instant de grâce. Gush ou Fanfarlo, tout en nuance, délicatesse du son folk rock, Féfé (ex Saïan supa Crew) en prince du beat qui a ouvert samedi et nous a mis le feu. Organisateurs de concerts qui me lisez, signez Féfé les yeux fermés, ce mec vaut vraiment le détour ! À ce propos, j’ai une pensée pour les programmateurs des Vieilles Charrues qui réussissent chaque année le pari d’une prog éclectique et variée, c’est aussi ça qui fait le charme de ce festival. What else ? Gaëtan Roussel, qui m’a bien scotché, c’est la deuxième fois cette année, la première c’était à Yakayalé. Ce mec groove comme personne et donne envie de sourire. Indochine, ah ! Indochine. On n’a pas échappé aux petites remarques de la presse, aux trucs habituels, aux petites phrases assassines du journaleux de base qui se prend pour un critique musical de NME avant qu’il ne s’en retourne à la rubrique faits divers, dont acte. Indochine ne pouvait pas décevoir et a servi un set puissant, Nicola Sirkis pouvant toujours compter sur ses deux frontmen in black que sont Oli de Sat et le tonique Boris Jardel. J’ai eu un frisson sur “le dernier jour” qui est mon titre préféré du dernier album et une pensée pour Stef. Indo aux Charrues, c’était un chouette cadeau. Pareil pour Pony pony run run ou Julian Casablancas, une pop joyeuse et enlevée, avec un petit rappel façon Strokes , évidemment. Au chapitre bien mais sans plus, il y a Phœnix qui a servi un set honorable sans pour autant m’allumer l’oreille, il y a M’sieur Souchon qui a fait un chouette set avec des chansons bien chantées et belles comme sur le disque. Et puis il y a eu -M- et le Matthieu que j’aime nous a fait le coup du revenez-y, avec ses mimiques décuplées à l’image de sa coiffure postiche et ses petits mots qui vont bien, sauf que cette fois, la mayonnaise n’a pas pris, pas de bol. Trop d’huile, pas assez de moutarde, des oeufs pas bien frais, bref, mon gars Matthieu ça l’a pas fait à mes oreilles gracieuses. Il est temps que tu tues -M- que tu t’en débarasses, que tu jettes le corps au fond d’un puit et que tu redeviennes Matthieu Chedid. Enfin au chapitre non, merci, sans façon et en vrac, Diam’s qui se noie dans les bons sentiments, la justification de ce qu’elle est ou aimerait être. Où est passée la performeuse qui avait enflammé la scène Xavier Grall il y a juste quatre ans ? Jamiroquai qui ne m’a rien fait, pas d’image, pas de son. Etienne de Crecy, de l’électro de mauvais aloi, fils naturel de Jean-Pierre Foucault qui lui a transmis le décor de l’académie des neuf, aussi imbittable pour le son que pour l’image. Tant qu’à m’éclater sur de de l’électro pop, je préfère une DJ Missil ou une Elisa Do Brasil qui ne craignent pas de se montrer, qui sont super jolies et qui bougent divinement. Enfin Sophie “eins, zwei, drei, vier” Hunger qui s’est littéralement noyée sur la scène Glenmor dans un set acoustique réaménagé en électrique, ach ! Mein Gott ! Ce fut un parcours du combattant, j’ai souffert pour elle tellement je l’ai vu ramer. Mais comme toujours dans les belles histoires, ma mémoire effacera les souvenirs moyens pour ne garder que la substantifique moëlle. Dieu m’est témoin que ce garçon n’est pas ma tasse de thé, mais bon sang, que le bonheur de Mika a évoluer sur la scène Glenmor faisait plaisir à voir. Pour un peu, j’en connais plus d’un qui aurait volontiers posé le reflex et la chemise pour rejoindre Mika sur l’allée centrale. Ce p’tit gars en a sous la semelle et Kerampuilh n’est pas prêt d’oublier sa prestation lumineuse. Et là vous me dites ? Comment s’est terminée l’aventure de notre marin sur sa mer de mains ? Après s’être dangereusement approché des grosses paluches de la sécurité, notre Kersauzon en herbe a bénéficié d’un recours en grâce, en étant refoulé par les gars de la sécu qui ne voyaient pas ce qu’ils allaient pouvoir en faire. Le navigateur a donc repris la mer sous le regard attendri et amusé des photographes et on n’a plus eu de nouvelles de lui. On espère le revoir l’année prochaine, en espérant qu’il croise à nouveau du côté de Kerouac. Même heure, même endroit. Et si tout va bien, j’y serai aussi…

• bientôt les concerts en ligne sur Cinquième nuit.

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