Annonces Nikon. Quand une simple intuition devient une information planétaire.

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Petit résumé si vous avez raté l’épisode précédent. Lundi 5 décembre 2011. Demain, c’est mon anniversaire. Alors ? On fait quoi ? J’imagine un truc pour Shots, sans penser une seconde à quel point la mayonnaise va prendre. J’essaie de penser à l’avenir, je cogite, je me fie à mes intuitions façon Skywalker. Après tout, ça ne m’a pas trop mal réussi par le passé. Vous voulez que je vous rafraîchisse la mémoire ? Tenez quand j’avais prédit, le 27 septembre 2009, la date de lancement de EOS 1D Mark IV en pariant sur le mois d’octobre quand le reste du monde affirmait mars 2010. Bref, je ponds un billet dans la joie et la bonne humeur, où je me risque à un pronostic assez casse-gueule mais finalement plutôt réaliste sur les annonces Nikon. Et je vais même jusqu’à imaginer une date de lancement du produit. Et puis je vais me coucher.

Mardi 6 décembre. Happy birthday Harvey. Je jubile à l’idée de cette bonne blague et je publie mon billet, fier comme un p’tit banc. Le billet est publié depuis un quart d’heure, mes potes sur Twitter sont au taquet, j’ai réussi mon coup. Tout le monde se marre et je comprends bien que mes potes, eux, ont bien pigé qu’il s’agissait bien évidemment d’une intuition, d’une histoire de mon petit doigt qui m’a dit et de rien d’autre. Premier dérapage, ma chère et tendre (qui est aussi accessoirement mon boss) tombe sur le billet et apprécie modérément. Elle, ce billet ne la fait pas rire, du tout et en pareil cas c’est toujours le boss qui décide. D’un commun accord (mais elle était plus d’accord que moi) on décide de supprimer le billet et je passe à autre chose. Sauf que voilà, sur internet, les choses vont vite. Ce qui ne devait être qu’une petite info devient subitement un scoop planétaire, relayée par des médias qui sont à l’affût de toute info et qui font feu de tout bois, ce qui tend bien à prouver qu’ils ne savent généralement rien. Mieux encore, je récolte sur Shots des commentaires haineux, où quelques esprits réduits alimentent la théorie du complot. Je deviens l’arroseur arrosé par la grâce de quelques crétins persuadés que l’article a été enlevé sous la pression d’une très haute autorité. Et là on ne rigole plus.

Qu’est-ce que toute cette histoire m’inspire ? D’abord qu’elle pourrait prêter à sourire, si elle n’avait pris les proportions que l’on sait. D’ailleurs, être contraint d’écrire un billet sur le sujet pour réaffirmer que tout n’était, à la base, qu’une intuition, c’est déjà devoir prêter le flanc aux critiques les plus sournoises, voire les plus imbéciles, mais que voulez-vous ? On ne refera pas le monde, on n’éteindra pas les jalousies de tous ceux dont le seul tort, la seule faiblesse est bien de ne pas exister. Comme dans la fable de La Fontaine, je suis gros jean, comme devant. Aux gens honnêtes, à mes amis, je dis désolé pour le bruit, je suis le clown qui s’excuse de vous avoir fait rire. Je n’en tire aucune leçon, car de cette anecdote ridicule, il n’y a que ceux qui se sont enflammés qui méritent de méditer leur connerie et je pèse mes mots. Quant à moi, je garderai désormais mes intuitions pour moi et refuserai de relayer les rumeurs. Je laisse cette tâche à des sites dont c’est le fond de commerce et qui ne savent finalement rien. Voilà. Si cette histoire a une morale, c’est bien celle-là.

Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

Festival les Vieilles Charrues 2011. Kerampuilh, c’était demain.

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On attend ce moment toute l’année et arrivé comme aujourd’hui à la veille du festival, il y a comme une douce quiétude qui a fait place à l’angoisse des semaines précédentes. Voilà. On y est. Demain je signe pour le Festival des Vieilles Charrues 2011, vingtième édition, la huitième pour moi en temps que photographe officiel. Ça, des photographes, dans les jours qui viennent, c’est pas ça qui va manquer, on va en voir partout, surtout dans le pit de la grande scène à Glenmor. Si vous voulez voir du matos, du gros, du lourd, du tatoué, c’est là qu’il faut être. Aucun doute possible, pour voir du matos photo, la fosse de Glenmor à Carhaix en juillet, c’est vachement mieux que le Salon de la Photo Porte de Versailles à Paris en octobre. À l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai pas encore ma feuille de route. Comme chaque année j’ai listé mes concerts probables et comme chaque année il me faudra réduire la toile et les ambitions qui vont avec. Les timings seront serrés, comme toujours. Par exemple, le vendredi où l’un de mes groupes chouchous, The Octopus (vainqueurs du tremplin des Jeunes Charrues l’an passé) ouvriront à Kerouac alors que mes potes brestois de Siam seront à Gwernig (ex-Cabaret breton) exactement au même moment. Pour shooter les deux, il va y avoir du sport.

Hier soir j’ai fait un check du sac, comme tous les ans. Cette année, je vais voyager beaucoup plus léger que l’an passé où j’embarquais deux boîtiers Canon, dont l’un (un excellent EOS 1D Mark IV) était en test en partenariat avec la marque rouge. Après avoir finalement décidé de switcher pour Nikon au début de cette année, c’est avec mon reflex Nikon D3s que je vais arpenter la plaine, amenant avec moi mes deux cailloux de prédilection. D’abord le fabuleux Nikkor 70-200 2,8 VRII, mon optique de référence, ensuite l’étonnant Nikkor 24-120 f4 qui ne cesse de m’époustoufler. Pouvoir couvrir les focales de 24 à 200 avec deux optiques, c’est le bonheur, non ? Et puis cette année, quand même, il fallait bien que je profite de l’événement que sont les Vieilles Charrues et du fait que Nikon France est partenaire du festival (oui, j’y suis un peu pour quelque chose et je n’en suis pas peu fier, de ce rapprochement entre mon festival et la marque jaune) pour solliciter un test grandeur nature. Pour Nikon je vais donc tester le discret doubleur de focale TC20-EIII. Un accessoire discret, léger, petit mais costaud. Grâce à lui, le 70-200 double sa focale (mais perd deux diaphs), je vais donc couvrir les focales de 24 à 400 avec deux optiques et demi.

Quoi d’autre d’essentiel dans mon sac Lowepro Topload cette année ? Pas grand chose à vrai dire. Nikon D3s embarque deux cartes Sandisk Extreme 32G et une carte 16G en secours, au cas où. Mais avec une capacité de plus de trois milles clichés (au format RAW) par jour, je ne risque pas la saturation, d’autant que cette année le mot d’ordre est “zen”. Ma bretelle Fnac pour mon pass, quelques pansements pour les pieds en cas d’ampoules, mes bouchons d’oreilles, ma sangle Optech, des lingettes Vu pour nettoyer mes optiques. Mon flash Nikon (SB900) que je n’utiliserai sans doute pas, quelques cartes de visite, une mini lampe torche Nitecore waterproof qui éclaire mieux qu’une énorme Maglite et qui tient dans ma poche. Last, but not least, mon médiator fétiche, qui m’accompagne à tous les concerts et qui m’avait été offert par Sammy, mon guitar hero de feu Matmatah, après un concert épique.

Zen et léger, c’est le mot d’ordre pour cette édition 2011. Je vais sans doute m’intéresser un peu plus aux festivaliers cette année, si mon planning m’en laisse le temps, profiter pour aller rencontrer des gens, parce qu’au fond, ce festival des Vieilles Charrues n’existerait pas sans son public et sans ses bénévoles non plus. J’irai voir le mythique tirer de charrue mené de main de maître par les frères Morvan, j’irai boire un verre de lait avec les jeunes agriculteurs et comme chaque année je n’aurai pas le temps de manger des patates au lard. Je sais déjà que les quatre jours qui viennent vont filer comme l’ombre et que lundi on aura tous le blues. On comptera alors les jours qui nous sépareront de la vingt et unième édition des Vieilles Charrues… Mais ça, gast ! On n’y est pas encore ! Demain c’est le début de la fête. Si vous me croisez, sur la plaine, faites-moi plaisir ! Venez me voir. Je ne vous garantis pas qu’on aura le temps de boire une Coreff ou un Breizh Cola, mais on aura sûrement le temps de faire une petite photo souvenir…

Rumeurs Vieilles Charrues 2011. Buffalo Springfield à Kerampuilh, gast !

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Qui ça ? Buffalo Springfield. C’est qui ces mecs d’abord ? Vous avez tous eu, un jour ou l’autre, entre les oreilles, un titre de Buffalo Springfield, à commencer par le cultissime “For What It’s Worth” et son intro inimitable. D’ailleurs, si vous avez vu le film Forrest Gump, vous devez vous en souvenir, le titre symbolise à lui tout seul l’amérique de la fin des sixties, de la guerre du Viet “fucking” Nam, aussi sûrement que California dreamin’ des Mamas and Papas marque l’insouciance de ces années soixante où l’on croyait encore au rêve américain. Côté lyrics, c’est pas dégueu non plus. I think it’s time we stop, children, what’s that sound everybody look what’s going down. Et puis le line up du groupe, excusez du peu, rien que du lourd. Formé en 1966 par quelques mecs qui allaient compter parmi les pointures king size du son pop folk rock made in USA, le combo s’est séparé après deux ans et trois albums culte et avoir inscrits leurs noms au Panthéon de la zique US. Le premier s’appelle Stephen Stills. Il crée le groupe avec un dénommé Richie Furay. On raconte qu’un jour où les deux compères étaient bloqués dans un embouteillage à LA, ils ont aperçu un corbillard immatriculé dans l’Ontario. Le gars au volant avait choisi ce mode de transport pour passer la frontière incognito avec son bassiste, Bruce Palmer et son batteur Dewey Martin. Le gars en question ne se contente pas de conduire, il écrit aussi avec un talent certain. Il se nomme Neil Young. De lui, David Crosby (oui, celui de Crosby, Stills, Nash & Young) a dit “ce mec était capable d’écrire cinq chansons par semaine. De sa part, rien ne m’étonne“. Ce sont à peu près ses mots quand il a su que l’un des combos mythiques des années soixante se reformait. D’ailleurs, je me suis laissé dire que David Crosby aurait volontiers reformé The Byrds, autre groupe US majeur de ces années glorieuses, mais c’était sans compter sur la tête de bourrique de Roger McGuinn qui refuse d’en entendre parler, dommage… Mais revenons à Buffalo Springfield, séparé en 1968, reformé fin 2010, en tournée en 2011, si vous voyez ce que je veux dire.

J’ai donc activé mes réseaux, histoire de démêler le vrai du faux. Non, parce que là, on parle d’un truc largement aussi balaize que le boss venant taper son Born in the USA à Carhaix city. Là, on parle de légendes aussi absolues que définitives. Neil Young. Stephen Stills. Richie Furay. Trois légendes sur la scène de Glenmor, ça aurait une putain de gueule, excusez du peu ! J’ai donc commencé à gratter la terre de la plaine de mes petites mains fébriles et rapidement j’ai trouvé un faisceau d’éléments concordants. D’abord, Buffalo Springfield est vraiment en tournée. On avait dit que le groupe se contenterait d’un one shot, mais non. Ils sont annoncés au Bonnaroo festival, en juin prochain à Manchester. Pas la seconde patrie du King Eric “ouh ah” Cantona, non plutôt un bled dans le trou du cul du Tenessee profond, un grand terrain agricole qui ressemble à s’y méprendre à la plaine de Kerampuilh, gast, mais en moins bien. Donc les p’tits gars Stills, Young et Richie ne seront point dépaysés, même notre bière (la légendaire Coreff) est meilleure qu’une Bud de bon aloi. Donc c’est jouable. Mais il en fallait plus. Je suis allé jeter un œil sur le site web de Neil Young et là, tenez-vous bien (tenez-vous mieux !) deux choses. D’abord le site confirme que Buffalo Springfield est bel et bien en tournée. La date de juin du Bonnaroo festival est bien bookée. Mais il y a mieux… Un concert du Buffalo Springfield est bien prévu le 15 juillet. De là à imaginer que nos amis cow-boys viennent faire un tour chez nous sur la plaine, il n’y a qu’un pas que j’ai décidé de franchir allègrement.

Avouez quand même que ça aurait de la gueule, non ? D’autant que dans l’état d’esprit, Buffalo Springfield et les Vieilles Charrues, c’est un peu la même chose. Des p’tits gars de la campagne, engagés, qui croient dans leur aventure. Alors ? Buffalo Springfield pour la vingtième des Vieilles Charrues, ça vous tente ? Moi j’ai envie d’y croire. For what it’s worth. Pour ce que ça vaut…

• illustration : Crosby, Stills, Nash & Young par Guy Peellaert.
• la programmation des Vieilles Charrues 2011 sera annoncé le 12 avril.
voir le site du Festival des Vieilles Charrues

Photographes. Internet n’est pas une zone de non-droit.


Affaire anecdotique. J’ai même envie de dire “business as usual“. Une de mes photos (publiée ici-même sur Shots) est utilisée en image de profil sur une page Facebook. Ça pourrait s’arrêter là. Si ce n’est que les commentaires qui accompagnent la photo sont particulièrement injurieux à l’encontre des personnes figurant sur cette photo. Petit détail qui ne trompe pas, la photo a été croppée pour supprimer la mention de copyright. On est à la fois dans le vol caractérisé et l’injure. Pas besoin d’appeler mon avocat, pour le coup Facebook a tout prévu. Oui, parce que Facebook sait pertinemment que juridiquement leur groupe peut être assigné en cas de violation du copyright, de l’œuvre et du droit d’auteur, donc Facebook a prévu le coup et propose un bouton extrêmement pratique : “signaler cette page“. Ce que j’ai immédiatement fait, en revendiquant mon statut d’auteur du cliché reproduit sur une page Facebook sans mon accord. Ça n’a pas traîné. J’ai alerté Facebook hier en fin d’après-midi qui a prestement supprimé mon cliché ainsi que les commentaires des lobotomisés de service (dont un trolleur à qui accessoirement je garde un chien de ma chienne). Supprimés illico, sans autre forme de procès.

Oui, parce que c’est bien de ça dont on parle, de procès. Pas besoin d’être Maître Eolas (que je salue au passage) pour savoir que la Loi relative au droit d’auteur (vous savez, cette vieille Loi de mars 1957) protège la création. Donc, en clair, on ne peut pas reproduire le cliché d’un photographe sans son accord expresse, même au format timbre poste. Il existe des règles strictes qui entourent la reproduction d’une œuvre et le média Internet n’échappe pas à ces règles. Il s’agit donc d’être très prudent lorsque l’on reproduit une image sur son site internet ou sur sa page Facebook. Sur Shots, par exemple, toutes les photos publiées sont créditées et la très grande majorité des photos que je publie le sont avec l’accord du photographe. Il s’agit simplement de respect pour un travail. Ce qui est vrai pour un professionnel est aussi vrai pour un amateur. Le fait de ne pas être photographe professionnel ne minimise pas vos droits d’auteur. Certaines affaires peuvent prendre des tournures radicalement inquiétantes, je pense à ce jeune photographe new-yorkais, Noam Galai, dont la photo “The scream” a été reproduit sans vergogne à l’échelle planétaire. Il raconte qu’un grand hebdomadaire l’a contacté pour (je cite) “le remercier de l’utilisation de son cliché” ce qui franchement ne manque pas de piment. On se souvient aussi des clichés pris par Daniel Morel, photographe de presse lors du tremblement de terre à Haïti, clichés largement pompés dans toute l’Europe par des agences de presse peu regardantes. Là aussi la justice est passée et les sentences étaient loin d’être anecdotiques.

Pour ma part, je ne compte plus les vols de mes clichés sur Internet, mais comme me le disait un ami photographe, “c’est la rançon du succès, on ne pirate pas les mauvais !” On va dire comme ça. N’empêche. Avec le numérique, la photographie se dématérialise, j’ai même le sentiment qu’elle se dénature, et malheureusement qu’elle s’appauvrit, ceci expliquant peut-être cela. Mais la Loi, elle, demeure. Solide, intouchable, inviolable. Vous connaissez le proverbe. Nul n’est censé ignorer la Loi. Reproduire un cliché photographique sans l’autorisation de son auteur est un délit. Et comme tout délit, il est punissable.

Le problème c’est que le phénomène est planétaire car c’est la nature même d’internet. Il existe désormais des outils qui permettent de traquer les pirates world wide. Je pense en particulier à l’excellent Tineye, un site internet qui permet de traquer la piraterie de vos images. Vous indiquez l’url où se trouve votre image originale et Tineye traque sa présence sur internet. Si c’est le cas, vous avez les coordonnées des sites fautifs ou indélicats. S’il s’agit d’une page Facebook, le report de violation du copyright est très efficace. D’ailleurs, pour conclure, je reçois ce matin un email de Facebook qui dit en substance ceci. “Merci d’avoir porté ces faits à notre connaissance. Nous avons supprimé ou désactivé l’accès du tiers qui utilise votre matériel désigné en violation de nos conditions d’utilisation.” Faire partie d’un réseau social implique a minima une règle simple. Qui s’appelle le respect.

• pour illustrer ce billet j’ai choisi une photo qui inspire le calme et la sérénité, un très beau cliché signé Céline Montibus. Ce cliché est reproduit ici dans son intégralité, sans recadrage, en respectant la mention de copyright, avec l’aimable autorisation de Céline Montibus que je remercie. Vous voyez. Finalement, c’est pas trop compliqué.

voir le site de Céline et Vincent Montibus

voir le site Tineye

voir le site the stolen scream

Les photographes heureux n’ont pas d’histoire.

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Vous sentez ? Non ? Non, vous ne sentez rien, évidemment. Rien d’autre que ce vieux consensus mou comme on l’aime par ici, hein ? J’ai reçu un email il y a quelques jours, d’un lecteur de Shots qui se lamentait de n’avoir plus rien à se mettre sous la dent. C’est comme ça. Quand je n’ai rien à dire, je ne dis rien. Ah ! Bien sûr, je pourrais vous la jouer “je comble les silences en attendant l’actu.” Faire comme les petits camarades blogueurs, réutiliser du flux et de préférence le flux des autres. Et hop ! Ici une petite vidéo Nikon ! Et tac ! À moi une vidéo filmée façon tilt-shift avec un 5D Mark II (mes préférées). Ça ne coûte pas un rond, ça rapporte du lectorat et des gwennegs*. Sauf qu’ici, à Shots, c’est pas le genre de la maison. Je n’ai pas non plus envie d’attirer le chaland sur des mots-clés juteux. Catastrophe nucléaire, Fukushima, Tchernobyl, nuage radioactif. Je trouve indécent (et là je pèse mes mots) d’oser la ramener sur un sujet aussi périlleux. J’ai juste une pensée pour les gens de la région de Sendaï, ceux qui bossent du matin au soir dans les usines de Nikon pour produire des boîtiers reflex qui relayent des images sur la planète entière. Juste un peu de compassion et une bonne dose d’espoir. Mais ne comptez pas sur moi pour en parler. Devant l’ampleur d’une telle tragédie, on peut juste se taire, prier pour ceux qui y croient, attendre pour les autres.

Il ne se passe rien, côté actu photo. Le temps semble s’être figé comme un bloc de béton au dessus d’une centrale nucléaire fissurée par un tsunami. Alors que le Japon panse ses plaies tant bien que mal et compte ses morts, il serait notoirement indélicat de se demander si Nikon, Canon et consorts envisagent le lancement de telle ou telle nouveauté. J’ai l’impression qu’en ce moment tout le monde s’en fout (et moi le premier). Les consciences sont ailleurs, tournées vers le désespoir. Ceci explique peut-être celà. Je me suis réveillé ce matin avec une migraine d’enfer et un moral chancelant. Et pourtant, vu de ma fenêtre, il fait un temps sublime sur Brest (et je t’emmerde Barbara). Pas un pet de vent sur la plus belle rade du monde, juste un temps à aller se balader au petit Minou pour faire quelques shoots de longboarders et de filles en jupes de printemps. Mais non. L’humeur de chien reprend le dessus. Je me connais, il faudra du temps. Mais pour le moment, plus envie.

On vous a habitué, tous autant que vous êtes, à une certaine logique de pensée. “On” c’est les médias et en particulier la presse spécialisée. Je fais bien sûr référence à mon feedback sur Nikon D3s. Dans les écoles de journalisme, on a appris aux gratteux en herbe qu’un bon papier c’est de ne surtout pas dire que du bien ou l’inverse. Non, non, non. Un bon papier se doit d’être comme un bon petit déjeuner. Équilibré. Quitte à aller chercher le petit détail dont tout le monde se fout, mais un banc d’essai ne saurait encenser un matériel, au risque de te faire passer pour un soutien de la marque. Voilà, tout est dit. Seulement, voilà, moi, je ne suis pas journaliste, je suis photographe. La première fois que j’ai eu un Nikon D3s entre les mains, j’ai su. Quelques semaines plus tard, il était avec moi sur le terrain. Depuis, il ne me quitte plus. D3s et moi, on s’est trouvé. Un peu comme quand, il y a quelques années, j’avais rencontré Canon EOS 3. Ce merveilleux sentiment d’invincibilité, cette sensation de cohésion, d’entente parfaite, d’harmonie entre le cœur, l’œil et une machine. Le relais de l’âme. Et puis, il y a les images, le résultat, le sentiment du devoir accompli, du travail bien fait. Le reste, je le répète, c’est du bla-bla. De la rhétorique de journaliste, voire de blogueur. Il paraît qu’on n’est pas crédible quand on ne dit que du bien d’un produit ? Qu’on peut vous suspecter d’être à la solde de la marque, ce qui ne manque pas de piment, dans mon cas, après les quelques années passées à travailler avec du matériel Canon. Du bla-bla. Encore une fois, l’important c’est de trouver chaussure à son pied et accessoirement de le prendre (son pied). Le reste existe au moins aussi peu que les quelques anonymes qui pissent froid à mon sujet, au détour de forums improbables. Leur seul problème, justement, c’est d’être et de demeurer ce qu’ils sont. Anonymes. De ne pas exister. Car dans ce milieu, il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. Exister ! La belle affaire…

Bon alors ? Vous sentez ou quoi ? Non, rien de rien. Il ne se passe rien. Nikon a d’autres préoccupations, pour l’heure, que d’annoncer un successeur à D700 et comme Canon attend que l’épicerie d’en face se bouge pour annoncer à son tour un successeur à son 5D Mark II, je pense qu’on peut être patient. Malgré tout, il y a quelques veinards et figurez-vous que j’en fait partie et rien que ça, ça efface ma migraine et mon mauvais poil. Oui, il y a des gens qui profitent du soleil pour mettre le nez dehors, pour aller faire quelques petites photos, en embarquant sous leur bras un bon boîtier avec lequel ils sont en phase. Pas quoi révolutionner la Sardaigne mais suffisamment pour être heureux. Moi, j’ai ce privilège incroyable et ce coup de bol insensé d’avoir croisé le chemin du reflex parfait. Enfin, presque parfait, comme dirait un journaliste. On dit souvent que les gens heureux n’ont pas d’histoire. Pour les photographes c’est encore plus vrai.

(*gwennegs : des sous en breton)

• photo : Alain Bashung, festival les Vieilles Charrues 2004 (Canon EOS 3)

Ce petit rien admirable qu’on appelle un œil.

rock-audience-richard-bellia-shotsJe viens de regarder à l’instant des clichés de concerts, un exercice que je goûte assez peu. Je ne vais pas citer le nom du photographe, ça ne serait pas correct. Et puis je vais vous dire. Vous ne m’entendrez jamais critiquer le travail d’un autre photographe, sauf le cas échéant pour l’encenser, mais dans le cas présent, ce que je viens de voir m’attriste. Pire encore, ça ne m’émeut pas. Voilà, c’est ça le truc. Une photographie, moi, ça doit me parler, me raconter des choses, me dire une histoire, m’embarquer, me faire vibrer, mais là, ce que je viens de voir me laisse de marbre. Électroencéphalogramme plat, mort clinique, la near death experience visuelle. Rien, zéro, niante, le vide sidérant d’une photo lambda, plutôt propre techniquement parlant mais bordel ! Sans âme, sans rien. Je repense à des clichés de Claude Gassian, d’Antoine Le Grand, de Richard Dumas, de Richard Bellia. Du rock et des couilles, de la bière et de la sueur. Quand je regarde un cliché de concert de Bellia, je peux sentir des odeurs de transpiration, des effluves, je peux palper l’ambiance qui donne chaud. Pour les autres, c’est idem. Un portrait de Miossec par Dumas, c’est définitif. On me demande souvent, très souvent, mon avis sur un travail photographique et systématiquement je botte en touche, c’est mon côté faux-cul. Pas le temps et surtout pas envie. En plus, dans ce monde de plus en plus open qu’est la photographie numérique, tout le monde est photographe. Avec un billet de mille balles, aujourd’hui, tu vas taper de la photo, tu montes un blog, tu colles la mention photographe derrière ton nom et en avant Guingamp ! Sauf que ça ne marche pas comme ça. Il est long le chemin et les pièges nombreux, comme disait ce cher Etienne. Et parmi les pièges tendus, il y a la post prod. La Lightroom génération a mis les deux pieds dedans et franchement, le résultat est risible. Non, pire. Pathétique. Résultat des courses, tous perdants, avec des clichés qui se ressemblent. Aucune humanité, des clichés cadrés au cordeau si beaux qu’ils puent le crop à plein nez et surtout, au delà de tout, on sent l’absence dramatique de l’œil. Et ça, en photographie, ça ne pardonne pas. T’as pas d’œil, t’es mort.

On m’a demandé récemment avec quel logiciel je développais mes fichiers RAW. Sans entrer dans le détail, la question faisait allusion au fait que j’ai écrit (et je persiste et signe, mais bon c’est un détail) que la chromie est sensiblement différente entre Nikon et Canon, bref. J’ai répondu que j’utilise Lightroom 3.3 sur un Mac calibré tout en précisant que mon côté old school fait que j’utilise ce logiciel dans sa portion congrue, limitant finalement ses fonctionnalités au strict minimum. Je dois avouer que ce qui me plait dans un cliché, c’est quand il est bon brut de capteur. Rien à ajouter, rien à enlever, même pas un poil de netteté. De ce côté là, avec D3s et les optiques Nikkor, ça va plutôt pas mal. Si je dois commencer à taquiner la balance des blancs, à ajouter du noir, du contraste, de la netteté, c’est niet. Sans moi. Ce qui m’amène à revenir à mon propos. Je n’ai évidemment rien contre l’utilisation massive de LR en post prod, rien non plus contre l’application de presets tout faits, après tout, chacun fait ce qu’il veut de ses images. Croire qu’une image moyenne, comprendre parce que le photographe a chié ses réglages, parce que les lumières étaient nazes, parce qu’il y avait trop de rouge et pas assez de bleu, croire que votre image molle, mal cadrée, dégueu en somme, va devenir le cliché du siècle en le passant en black and white pour faire chicos, en triturant la balance des couleurs ou pire en utilisant un preset LR, croire qu’une image transformée, martyrisée, blessée, bidouillée à la hussarde va devenir simplement une bonne image, pour paraphraser Queneau, ce que tu te gourres fillette, ce que tu te gourres ! Non, croire à ça c’est aller dans le mur. Mais il y a pire, finalement. Car ce genre de cliché qui sent l’esbroufe et l’épate, si ça peut enthousiasmer l’œil de ta concierge ou du quidam et flatter l’ego souvent démesuré de son auteur, ça ne trompe personne et surtout pas les pros, je veux dire ces gens qui ont mis trente ans avant d’accoler le mot photographe à leur nom de famille, qui ont commencé par tremper leurs paluches dans les bacs de révélateur à une époque où les deux Steve boutonneux bidouillaient encore leur premier computer dans le garage de papa.

Non. Vous ne m’entendrez jamais critiquer le travail d’un autre photographe, surtout s’il est de la nouvelle génération et puise son inspiration dans le manuel Lightroom pour les nuls. Pour tout vous dire, je m’en fous un peu. Non, en fait, je m’en fous tout court. Le chemin, s’il est long, est aussi un parcours de solitaire. Le photographe a une double casquette. Il est à la fois son metteur en scène et son premier spectateur. C’est d’ailleurs à ça qu’on fait le tri entre le bon grain et l’ivraie, dans cette capacité à ne montrer aux yeux des autres que du très bon, à ses yeux. À ses yeux, le mot est lâché. La photographie c’est d’abord une question de regard, d’impertinence, d’ironie. En une photo, une seule, la messe doit être dite. C’est le regard plein de tendresse d’un vieux clebard sur une petite fille, par Fabrice Drevon. C’est une mariée en rouge par Gérald Géronimi. C’est un fada au regard halluciné qui scrute sa machine à laver, par Vincent Montibus. C’est une murène qui calcule la main du plongeur par Jean-Philippe Grémillot. C’est un ours au clair de lune, par Vincent Munier. C’est Harrison Ford dans un couloir du Crillon par Antoine Le Grand. C’est Miossec qui s’endort sur l’épaule de Cali par Claude Gassian. C’est Miossec, encore lui, dans la chambre 304 de l’hôtel Vauban par Richard Dumas. C’est un temple au Cambodge par David Grimbert. C’est simplement le rock, incarné dans le portrait de Joe Strummer, par Richard Bellia en 1989. Des jeunes, des moins jeunes, la photo c’est pas une question de g-g-g-generation, en fait. Un soir, on m’a interpellé à la fin d’un concert, pour que je donne un conseil. J’aurais volontiers conseillé d’arrêter la photo et de reprendre la poterie ou le macramé. J’ai rien dit, j’ai juste bafouillé deux ou trois excuses, pas le temps, beaucoup de taff et je me suis éclipsé. J’ai repris la route, ma route. Long is the road. Jeunes ou pas, la photo n’est ni une question de génération et encore moins d’outil. Lightroom ne vous sauvera pas la vie. Il vous donnera tout au plus l’impression d’avoir du style. Et comme disait Vian, ce sera une impression fosse. Car il vous manquera toujours ce petit rien. Ce petit rien admirable qu’on appelle un œil.

• Cliché : Richard BELLIA, reproduit ici avec l’aimable autorisation de l’auteur.

• Special thanks à Richard Bellia, photographe de rock, qui sort actuellement un livre de clichés sur le thème “Sex & rock’n roll 1984-2010″.

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Hommage à Larry Burrows, photographe de guerre et homme de paix (1926-1971).

larry-burrows-photographe-vietnam-life-shots-2011Il y a quarante ans, jour pour jour, le 10 février 1971, disparaissait brutalement Larry Burrows, reporter photographe pour le magazine Life. L’hélicoptère qui le transportait, ainsi que trois autres photographes de guerre, dont le français Henri Huet (Associated Press), Kent Potter (United Press International) et Keisaburo Shimamoto (Newsweek), avait été abattu pendant l’offensive des forces sud-vietnamiennes vers le Laos. À l’époque, j’étais minot, mes héros s’appelaient Yuri Gagarine, Neil Armstrong. J’étais un doux rêveur, sans doute un peu romantique. La nuit je levais les yeux au ciel, je contemplais la lune, fasciné à l’idée qu’un homme ait pu s’y rendre, y faire quelques petits pas en prononçant quelques mots gravés dans la mémoire de l’humanité. Et puis il y avait les images de guerre, de cette sale guerre menée à un peuple qui ne demandait que la liberté, une guerre qui fut d’Indochine avant de devenir celle du Vietnam. Mais cette fois, la sale guerre, on la prenait en pleine gueule et les images en couleurs étaient salement crues. J’étais fasciné, moi, le photographe en herbe. J’ignorais tout ou presque de l’identité de celui qui ramenait ces photos, d’ailleurs je me demandais comment un gars pouvait être assez courageux ou inconscient pour oser se ballader dans des zones de guerre, uniquement porté par sa motivation de ramener des images, flanqué de ses boîtiers. Ici, dans le contexte de l’époque, les photographes embarquaient du matériel court, 35 ou 50mm la plupart du temps. Autant dire qu’il fallait être singulièrement gonflé, si tu voulais de l’image, il fallait aller au contact. Moi, j’étais môme, encore à l’âge où on joue à la petite guerre. Les photos du Vietnam, je les ai prises comme une gifle. Je crois que ce sont les photos de Larry Burrows qui m’ont fait entrer dans le monde des adultes, dans sa réalité crue, sa violence définitive. Une forme de désespérance, aussi. Une façon de décrire la noirceur de l’âme humaine, dans son ignominie la plus aboutie. Voilà, c’est ça. Un cliché a changé ma vie. En une photographie, une seule, je suis passé du petit garçon insouciant que j’étais, à l’adulte que je suis devenu, emportant avec moi cette envie de montrer des images aussi, un jour, peut-être.

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Il y a eu un avant Burrows et un après. Il y a eu le jour où j’ai pris ce cliché en pleine face, figurant la violence et toute la douleur d’un peuple. La douleur de l’humanité toute entière dans le cliché de cette femme vietnamienne ivre de chagrin, pleurant devant les restes de son défunt mari, emballé, empaqueté, ficelé dans une bâche de plastique. J’ai pour toujours et à jamais le visage de cette femme, gravé dans ma mémoire, l’expression incarnée du deuil, cette femme qui semble vouloir protéger du soleil ce qui reste de son époux, tombé à Hué, en 1968 pendant l’offensive du Têt. Et puis ce détail qui symbolise la souffrance, qui la rend encore plus palpable. Un filet de bave coule de sa bouche ouverte, les yeux de cette femme sont fermés sur une réalité qu’elle ne veut plus affronter. En un seul cliché, la réalité d’une guerre. J’ai su plus tard, en lisant Paris Match qui relayait Life en France, le nom de ce photographe. J’ai su qu’il s’appelait Larry Burrows et qu’il était anglais, né à Londres en 1926. Au fil du temps, j’ai découvert son travail, avec une fascination sans cesse renouvelée. Car Larry Burrows n’était pas seulement un photographe de guerre, non, il était beaucoup plus que cela. C’était l’un des meilleurs photographes du vingtième siècle et, je n’hésite pas à le dire, selon moi l’un des meilleurs photographes de l’histoire de la photographie. La carrière de Larry Burrows n’a pas commencé dans le bourbier vietnamien, même si la publication dans le Life du 16 avril 1965 de son reportage “With a brave crew in a deadly fight“, une succession de clichés hallucinés durant lesquels Burrows assista à la mort, sous ses yeux, du tireur de l’hélicoptère Yankee Papa 13, fut un réel tournant dans sa carrière. Un journaliste lui demanda un jour si on pouvait tout montrer, tout photographier, y compris la mort en direct. Pour Burrows, ce qui primait, c’était le devoir d’informer. Aller chercher des images, même au péril de sa vie, les montrer à ceux qui ne pouvaient les voir. Mais Burrows, c’était beaucoup plus qu’une simple volonté de capturer des instants. C’était un œil. Larry Burrows avait un œil définitif. Une capacité à construire une image, à cadrer de manière totalement instinctive. Les clichés ramenés du Vietnam ne sont qu’une partie de l’œuvre de Burrows, même si, j’en conviens volontiers, les scènes de guerre sont simplement éblouissantes. Certains clichés vont bien au delà du témoignage du rapporteur de guerre. Il se dégage un esthétisme, une beauté dans la souffrance qui aujourd’hui encore sont bouleversants. Je pense au GI qui se précipite vers son camarade tué au combat et plus encore ce cliché de ce soldat gravement touché, la tête penchée, les yeux grands ouverts. C’est un dormeur du val de Rimbaud, c’est la négation même de toute humanité. C’est le courage du photographe, le cran, l’émotion contenue. Larry Burrows ne cherchait pas à faire de l’image sensationnelle, il cherchait seulement à témoigner. Mais parce qu’il était un génie de l’image, il construisait un cadre, instinctivement. Alors l’image se transfigure, les clichés de Burrows deviennent éternels et s’inscrivent dans le patrimoine de l’humanité.

gi-guerre-du-vietnam-larry-burrows-life-shots-2011Car finalement, c’est ce que Larry Burrows était. Un grand témoin de son temps, doublé d’un humaniste. Au fil des ans, j’ai découvert son travail, en particulier ses jeunes années, toute la période de reporter qui a précédé son engagement comme reporter de guerre durant neuf années sur le conflit vietnamien. Dans l’ouvrage magnifique “Larry Burrows compassionate photographer“, publié aux États-Unis en 1972 à l’initiative du magazine Life, j’ai pu – enfin ! – appréhender tout ce que je pressentais, comprendre les motivations d’un gamin, engagé à l’âge de seize ans en 1942 par le labo photo de Life à Londres. Il était chargé d’apporter du thé aux gars de l’équipe, des gars qui s’appelaient Robert Capa, George Rodgers, Ralph Morse, Franck Scherschel, excusez du peu… Larry goûtait peu aux joies de la chambre noire (il était paraît-t-il un peu claustrophobe !), en revanche il était fasciné par les récits rapportés par ses aînés. C’est dans le Londres de l’après guerre que Larry Burrows fit ses premières armes en tant que reporter, toujours pour Life, puis un peu partout dans le monde d’où il ramena des clichés drôles, ironiques, inventifs, des cadrages hors normes (comme ce cliché de Churchill sur le tarmac de la RAF en 1954, de dos) ou emplis de tendresse, à l’image de la série qu’il réalisa sur le Docteur Gordon Seagrave, un chirurgien birman que Burrows suivit dans son travail jusqu’à la fin de sa vie, avec toujours ce soin infini dans la délicatesse des cadrages, qui apportent une humanité sincère et profonde à chaque image signée Larry Burrows. Et puis ce fut le Vietnam. L’homme, dans sa dimension la plus pathétique, suivi par le photographe, toujours flanqué de quatre boîtiers, deux Leica M3 et deux Nikon F. Celui qui allait devenir mon héros éternel était méticuleux et inventif, prenant soin de son matériel qui lui appartenait en propre, allant jusqu’à concocter ses propres accessoires. Pour faire l’image qu’il avait en tête, Burrows était pugnace. Ainsi, on se souvient qu’il avait bataillé ferme auprès de l’armée de l’air US pour que soit enlevée la moitié de la porte arrière d’un C-47. Les clichés des tirs à balle traçante lors des vols de nuit, au dessus des positions vietcongs, sont simplement ahurissants. Larry Burrows a réalisé ce qu’aucun photographe avant lui n’avait su ou pu montrer.

larry-burrows-photo-by-roger-mattingly-1971Le 7 février 1971, Roger Mattingly photographiait Larry Burrows. C’est le dernier cliché, l’image de fin. Larry Burrows semble pensif, l’esprit ailleurs. Peut-être pense-t-il à sa femme Vicky, à sa fille Deborah, à son fils Russell. Flanqué de ses boîtiers, mon héros a vraiment l’air fatigué, un peu hagard, pas rasé, il esquisse quand même un léger sourire, histoire de donner le change. En mai prochain, il aura quarante cinq ans et peut-être se dit-il qu’il est temps de raccrocher ? Non, je ne crois pas. Quand le rédacteur en chef de Life a su que l’hélico de Burrows avait été abattu au dessus du Laos, il s’est dit “Il va s’en sortir, ça fait neuf ans qu’il s’en sort.” Mais ce 10 février 1971, quelque part au dessus de la forêt dense du Laos, Larry Burrows a disparu, corps et âme, avec ses trois amis reporters. Fin de l’histoire. Fin ? Pas vraiment. Ce jour-là, Larry Burrows, photographe, est devenu un photographe de légende. Un immortel. Vingt-cinq ans plus tard, en 1996, le lieu du crash fut localisé. Deux ans plus tard, on retrouva des débris, notamment un morceau de Leica M3 dont le numéro de série confirma qu’il avait bien appartenu à Larry Burrows. En 2008, une boîte en acier contenant ce qui avait été récupéré sur le lieu de crash a été scellée au pied d’une dalle de verre portant les noms des 1843 journalistes morts en faisant leur travail de journaliste. Quelque part, dans liste, les noms de Burrows, Huet, Shimamoto et Potter. La bande de frères repose désormais ensemble au Newseum de Washington. Larry Burrows continue de vivre à travers les clichés qu’il nous a offerts et pas seulement des clichés de guerre. Ici un visage, là un sourire. Larry est à mes côtés, souvent. Presque tout le temps en fait. Comme une référence. Un père spirituel. Parfois j’hésite et je me surprends encore aujourd’hui à me demander : “Il aurait fait quoi, Larry, à ma place ?” Il n’aurait pas hésité, il y serait allé, s’il en avait eu l’envie. En 2002, paraissait l’ouvrage “Vietnam“. Larry Burrows aurait eu soixante seize ans. Il a reçu a titre posthume de très nombreux prix, dont le prestigieux Robert Capa Gold medal en 1971, le prix Nadar en 2002 (pour l’ouvrage “Vietnam”).

Un jour Larry Burrows, qui était citoyen britannique rappelons-le, avait déclaré aux dirigeants du magazine Life, à propos de la guerre du Vietnam, avec cette pointe d’humour typiquement british : “Dieu merci, ce n’est pas ma guerre !” En fait, grâce à Burrows et à la publication de ses clichés, cette guerre est devenue planétaire. Est-ce que les clichés de Larry Burrows montrant le bombardement de villages de paysans vietnamiens par les F4 Phantom américains, l’arrosage au naplam ou le largage de bombes au phosphore sur la jungle du Vietnam ont contribué en 1973 à l’arrêt du conflit ? Je pense que oui. Il y a quarante ans, jour pour jour, disparaissait Larry Burrows. Pour moi, pour l’enfant que j’étais, Larry Burrows, mon héros, éternel baroudeur, est toujours vivant. En ce jour anniversaire, j’ai une pensée pour sa famille.

Larry Burrows. 1926-1971. Repose en paix. Cette paix, Dieu merci, c’est un peu la tienne. Et tu l’as bien méritée.

• bibliographie : “Larry Burrows compassionate photographer” (1972 Time Inc.) – “Vietnam” (2002 Knopf Publishing Group) – Magazine “Life

voir des photos de Larry Burrows sur Images Google

Stéphane Guillon viré de France Inter. Messieurs les censeurs, je vous emmerde.

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J’ai souvent eu à payer mes coups de gueule, mais Dieu m’est témoin que je ne les ai jamais regrettés. Ce matin, en faisant une recherche dans Google, je suis tombé sur un billet écrit pour un blog musical qui m’avait proposé une collaboration, il y a bien des années de cela. À l’époque j’avais dû avoir la plume un peu leste pour un groupe dont le responsable du blog en question était proche. Je n’avais pas été remercié mais on ne m’a plus jamais sollicité. Rien de dramatique, c’est d’ailleurs à cette époque que j’ai décidé de créer Shots, là au moins, dans cet espace de liberté, personne ne viendrait me censurer. Censure, le mot est lâché. En apprenant l’éviction de Stéphane Guillon et de Didier Porte de l’antenne de France Inter, je me dis que, décidément, il ne fait pas bon avoir le verbe haut et la plume de plomb en ces temps de droititude. Alors que les scandales éclaboussent la classe politique (faites-moi grâce de ne pas avoir à tous les citer, il faudrait beaucoup plus qu’un simple billet), que même notre coq sportif chante plus que jamais les pieds dans le purin, on flingue de tous côtés tout ce qui peut gêner le pouvoir. Comprenons-nous bien, je n’ai pas d’amitié particulière pour le sieur Guillon. D’ailleurs, de vous à moi, ses chroniques sur Inter m’arrachent tout au plus un sourire ce qui, en ces temps verts de gris, est déjà une belle performance. En revanche, amateur des mots qui coulent, qui roulent et amassent de la mousse façon Desproges, je suis client. Et force est de reconnaître à Stépane Guillon un véritable talent en la matière. De Beaumarchais à Voltaire, de Jean Yanne à Pierre Desproges, je reste à jamais un éternel gamin qui s’esclaffe et applaudit devant les bons mots. Comme disait Marcel Gotlib (encore un maître dans l’art de la déconne) “un bon rire, ça vaut un bon biffteack“. À toute époque nous avons eu besoin de porte-flingues, capable de rameuter nos consciences, de les garder en éveil. Chaque fois qu’on a voulu les faire taire, c’était en des temps bien sombres, de notre histoire la plus honteuse, où l’humour tarifé au prix fort façon “Je suis partout” faisait des ravages. Dieu merci, à l’époque, des hommes et des femmes se sont levés et ont résisté. Alors aujourd’hui, le constat est amer. Je me demande comment un journaliste de talent comme Jean-Luc Hees, dont il faut quand même rappeler le parcours et les qualités intellectuelles indéniables à l’antenne de France Inter, comment le Jean-Luc Hees (Washington France Inter) de mon adolescence, alors que j’avais les oreilles rivées au poste de radio sur Inter et nulle part ailleurs, comment un type de cette envergure, de ce calibre, peut en arriver à un acte aussi odieux que de virer manu militari (et c’est surtout le mot militari qui me chagrine) un type comme Stéphane Guillon, au seul titre que ce dernier pratique un humour méchant ? Un humour “méchant” ? Dire de Eric Besson qu’il a une tête de fouine, c’est méchant ? Il me revient une scène des Trois frères : “Euh, monsieur, c’est une question, je voudrais savoir : “sac à merde” c’est une insulte ?” Franchement, comme le laissaient entendre Jean Yanne, Desproges, Coluche, dans cet échange de coups, c’est pas les humoristes qui ont frappé les premiers. Le comportement de la classe politique est pathétique et ce n’est pas la récente intervention de Madame Bachelot, des sanglots façon Sarah Bernhardt dans la voix, qui me contredira. C’est pourtant simple. Qu’on baillonne les humoristes, qu’on les enferme, qu’on les fasse taire. Qu’on les interdise d’antenne, qu’on les jette au cachot et finalement qu’on se taise. Qu’on éteigne les lumières, qu’on interdise le spectacle vivant, les rassemblements de plus de trois personnes. Qu’on interdise les photographes, la presse, le rock’n roll, Bach et Mozart.

Eh bien non, justement. Créer, c’est résister. Messieurs les censeurs, je vous emmerde.

Nikon annonce un nouveau reflex et dame le pion à Canon !

nikon-shots-frD’abord une info qui tombe via le site Nikon Rumors et qui pose cette question : “Que va-t-il se passer le 15 octobre si l’on en croit Nikon France ?” en mentionnant au passage le nom du Nikon D3s. Le site fait référence à la présentation d’un nouveau boîtier reflex. Un peu plus tard, l’info est relayée de manière officielle par Nikon Europe qui dans son document de référence indique la présentation d’un nouveau boîtier reflex le jeudi 15 octobre à 11:00. Un peu plus tard, Nikon Rumors enfonce le clou et indique lors du Nikon show en Malaisie sur la même période “l’événement majeur de l’année pour Nikon“, rien que ça. Pas vraiment besoin de tourner autour du pot, Nikon va présenter un nouveau boîtier reflex pro et il va sans doute s’agir du D3s, successeur du D3 incluant des fonctions vidéo. Notez au passage que la feuille de route Nikon dont je vous parlais ici s’avère exacte, sauf qu’il ne s’agit pas d’un successeur au D700 mais au D3. En rendant cette annonce officielle, Nikon prend Canon de vitesse, si tant est que Canon ait quelque chose à nous annoncer ? D’après les infos que j’avais obtenues, Canon faisait une annonce en Octobre et serait suivi par Nikon la semaine suivante. Nikon annonçant son D3s le 15 octobre, on devrait en toute logique avoir des nouvelles de Canon… la semaine prochaine.

Et là vous me dites ? Peut-être que Canon n’annoncera rien la semaine prochaine. [Lire plus...]

Avec Shots et Twitter, les Vieilles Charrues en live !

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Les Vieilles Charrues édition 2009, c’est demain ! J’étais cet après-midi à Kerampuihl. De toutes parts les techniciens finissent le montage des structures, installent les racks de son. Tout sera prêt pour accueillir les miliers de festivaliers, dès demain sur la verte prairie de Kerampuihl. Cet après-midi c’était aussi l’occasion de tester les réseaux, de vérifier que tout fonctionne bien et que le projet CharruesLand live va pouvoir se dérouler dans de bonnes conditions. Le réseau 3G est actif sur Kerampuihl et va permettre à tout ceux qui me suivent via Twitter de recevoir les twitts photos envoyés en direct live à partir de mon iPhone pendant toute la durée du festival. L’idée est toute simple ! Vous avez un compte Twitter, vous suivez www.twitter.com/cinquiemenuit et c’est tout ! Pendant le festival des Vieilles Charrues, j’enverrai régulièrement à mes followers via Twitter des petits messages avec des photos tout au long de mon cheminement sur Kerampuihl (backstage, conférences de presse, …). L’occasion pour les followers de suivre le festival en direct et de découvrir l’envers du décor. Et bien sûr je vous donne rendez-vous chaque jour pour un billet sur l’actu Vieilles Charrues. Pour ceux qui seront présents demain ou ce week-end à Carhaix, je vous souhaite un excellent festival. Pour les autres, je vous donne rendez-vous sur Shots et Twitter !

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