Nikon et le Festival des Vieilles Charrues ouvrent les portes du possible à la nouvelle génération.

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L’idée est venue de fil en aiguille. Comme naissent les idées, surtout les bonnes. À ma gauche, le leader de la photographie numérique professionnelle, à l’aise sur tous les terrains, à la réussite insolente, aimée de tous les photographes qui en sont équipés et fantasmée par tous les autres, accusant le meilleur autofocus du marché, une gamme d’optiques qui n’a plus rien à envier à la crèmerie d’en face, la marque jaune, plus lumineuse que jamais, voici Nikon ! À ma droite, le plus grand, le plus beau, le plus breton des festivals européens, porté à bout de bras par ses milliers de bénévoles, sa programmation dantesque, son bar numéro 4, ses patates au lard et son ambiance aux p’tits oignons, sa plus belle plaine du monde et son esprit farouchement indépendant, voici le Festival des Vieilles Charrues de Carhaix gast ! Au centre, le plus bougon des photographes de concerts, aussi énergique qu’un tonnerre de Brest, pilier du Cabaret Vauban et du Run ar Puñs réunis, indécrottable breton jusqu’au bout des ongles, caractère trempé dans le gwin dru et rincé au Breizh cola, accusant désormais un léger quintal, voici Hervé Le Gall, photographe officiel des Vieilles Charrues et officiellement équipé en Nikon, expert en sillon bien tracé, grand pote des frères Morvan et adepte du verbe haut devant l’éternel. Et là vous m’dites ? Ces trois-là n’étaient-ils pas fait pour se rencontrer, un jour ou l’autre ? Un peu mon neveu !

Au détour d’une discussion avec le premier, Nikon France, puis avec le second, les Vieilles Charrues, et à force de se dire que décidément ces deux-là étaient fait pour se rencontrer, j’évoquais avec l’un puis avec l’autre la façon de se rapprocher. Je dois à la vérité de dire qu’il n’a pas fallu très longtemps pour que les idées fusent de part et d’autre, avec une volonté clairement affichée de la part de la marque jaune de rejoindre le sillon et de pousser sur la charrue, mais sans en faire des caisses, avec beaucoup d’élégance. En face les Vieilles Charrues, c’est une équipe, d’abord, c’est une éthique aussi, les choses devaient se faire avec naturel. C’est comme ça que l’idée de proposer d’ouvrir le festival à une bande de jeunes photographes est née, relayée par le slogan de Nikon, habillée Vieilles Charrues pour l’occasion : “Je suis un festivalier.” J’ai su immédiatement que ça allait fonctionner. Il restait à trouver la team, à la recruter ce qui fut fait par le biais du concours relayé sur le site Nikon Deezer. Une semaine avant les festivités, on avait notre équipe et ils semblaient tous salement motivés. J’attendais, quant à moi, de les voir à l’œuvre sur le terrain. Et honnêtement, je n’ai pas été déçu du voyage.

Le club des 5 à Kerampuilh
Louise, Marjorie, Mathieu, William, Christophe. Quand je les ai vus, le premier jour aux Vieilles Charrues, ils étaient attablés autour d’un Breizh cola au bar VIP, bienvenue à CharruesLand. Équipés de pied en cape par Nikon, qui avait même fourni les seyants t-shirts jaune canari I am Nikon (thanks God ! Il n’y avait pas de XXL), nos reporters en herbe étaient tous parés pour aller à la quête de l’image, avec sous le bras ou à l’épaule l’excellent reflex Nikon D7000 et une tripotée d’optiques, mazette ! Que n’aurait pas renié le plus exigeant des photographes professionnels. Aucun doute, Nikon France sait recevoir. Il y avait là , entre autres optiques Nikkor, un fisheye, du 14-24 f2,8, du 24-70 f2,8, du 50 f1,4, du 85 f1,4, etc… Le rêve quoi ! Mais le matos ne fait pas le photographe, pour reprendre un bon vieux poncif de derrière les fagots, certes. C’est aussi con que de dire que l’argent ne fait pas le bonheur. Comme disait ma grand-mère, non, mais il y contribue. C’est donc avec du matos d’exception qu’on a lâché la team sur la prairie. J’étais angoissé pour eux, à l’idée surtout qu’ils reviennent bredouilles de leur chasse aux papillons. Au terme des quatre jours de festival, j’étais invité au débriefing et à donner mon avis, un exercice que je goûte assez peu. Mais, compte tenu des circonstances, je décidais de faire contre mauvaise fortune bon cœur et je m’attablais pour regarder les images récoltées par l’équipe. J’ai d’abord eu un bref aperçu, repérant plusieurs clichés. Et puis finalement, j’ai regardé une grosse sélection d’images et là wouah ! Séquence émotion. Tous les membres ont ramenés du bon matériel, voire du très bon ou de l’excellent matériel ! J’étais soulagé. Dès lors l’échange a été intense et l’émotion avec.

louise-nikon-charrues-2011Louise

La benjamine de l’équipe. Elle, elle m’a scotché compte tenu de son très jeune âge. Quinze piges, autant dire une enfant ? Une enfant avec un regard déjà percutant et la volonté d’aller chercher de l’image, d’interpeller, de diriger, un œil étonnant et déjà plein de maturité.

Je la verrai bien un jour photographe de studio, à mettre en place des lumières, à chiader des décors, à peaufiner son truc pendant des heures pour simplement obtenir l’image qu’elle veut.

marjorie-nikon-charrues-2011Marjorie

Une jeune fille discrète mais sur le terrain elle n’a pas hésité à aller au charbon, avec une thématique, un fil rouge : la passion. Beaucoup de réserve et de timidité, mais une fois sur le terrain, l’œil rivé à son D7000, Marjorie s’est éclaté. Elle nous a livré des images live, vivantes, pleines d’enthousiasme et de créativité.

Je suis sûr qu’elle n’oubliera jamais cette expérience.

william-nikon-charrues-2011William

Son cliché du public est radicalement, définitivement tout ce qui me plait.

J’ai choisi son cliché de foule des Charrues pour illustrer mon article. Voilà. C’est ce genre de cliché qui rend les autres photographes verts de jalousie, parce qu’il y a tout dans cette image, le mouvement, la dynamique, le plaisir, l’enthousiasme.

William a la foi, la niaque et surtout, il a un œil.

mathieu-nikon-charrues-2011Mathieu

Lui, c’est un passionné, photographe dans l’âme, il a ça dans la peau le bougre ! Je l’ai un peu secoué parce que je déteste l’utilisation systématique de presets Lightroom qui font que chaque image se ressemble plus ou moins, mais… Au delà de la lecture lightroomesque, il demeure l’image et les images de Mathieu m’interpellent. Mathieu veut y aller, faire du portrait, du reportage, des clichés, il a cette foi magnifique qu’on ne trouve que chez les jeunes photographes, avec une pointe de talent en plus.

christophe-nikon-charrues-2011Christophe

Il y a Christophe d’un côté et son handicap de l’autre. Mon premier conseil (et le seul) a été de dire à Christophe de faire de son handicap et de sa mobilité réduite son atout maître. J’étais fier que Nikon ait suivi mon idée d’ouvrir sa team à une personne handicapée, quand j’ai vu les clichés de Christophe, emplis de sourires et d’une infinie bonté, d’une rare humanité, je me suis dit que sur ce coup-là Nikon et moi n’avions pas loupé le coche. Comme les quatre autres, Christophe a quelque chose dans le regard que les autres n’ont pas…

Finalement c’était une putain de bonne idée qu’on a eu là, hein ? Semblaient se dire, dimanche soir, à la toute fin du festival des Vieilles Charrues, tous les membres de la joyeuse équipe Nikon. En ouvrant les portes du possible à de jeunes reporters photographes en devenir, la marque jaune, qui compte dans ses rangs de nombreux photographes professionnels talentueux, fait à la fois preuve d’intelligence et de bon sens. C’est aussi un pari sur l’avenir, car finalement, Louise, Marjorie, William, Mathieu, Christophe, sont la prochaine génération de photographes et ils sont au moins tous déjà sûrs d’une chose. Ils sont Nikon.

voir les clichés des reporters officiels Nikon aux Vieilles Charrues 2011

Vieilles Charrues 2011. Quand on aime, on a toujours vingt ans.

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Entre ce festival et moi, comme dirait Miossec, notre histoire ne date pas d’hier. C’est toujours pareil, chaque année. Un mois avant, je commence à traîner des pieds, une semaine avant je me dis que je suis trop fatigué, trop vieux, que le matériel est désormais trop lourd. L’avant veille je suis prêt à rendre les armes, à laisser ma place. La veille, je ne veux plus qu’on me parle des Vieilles Charrues. Je veux plaquer, partir reporter de guerre en première ligne en Afghanistan ou n’importe où sur la planète mais en tout cas loin de Carhaix. Et puis le jeudi matin j’entends la voix douce et sexy de Kerampuilh qui me susurre à l’oreille : “bon alors ? On se voit cet après-midi hein ?” Et me voilà à CharruesLand, pour la énième fois, mon pass Accès scène autour du cou, fier comme un p’tit banc, comme un écolier qui rentre au CP. Je foule la prairie, je me charge d’émotions, je regarde les gens, putain ! C’est ce lieu qui est magique ou bien les festivaliers, les bénévoles, l’organisation ? C’est un mix de tout ça, c’est ça les Vieilles Charrues. Je regarde le ciel. Il fait beau, mais c’est presque accessoire, finalement. J’entame ma longue marche, backstage, qui va me mener pendant quatre jours de scène en scène. De Glenmor à Kerouac, jusqu’à Graal et le Cabaret breton désormais appelé Gwernig. Je commence avec Mademoiselle Ruiz et ses crêpes aux champignons. Olivia ne change pas, la tigresse ibérique n’a rien perdu de son mordant et de son regard infiniment sexy. Trois titres. Je redescends le chemin quatre à quatre pour aller dérusher et donner des images pour la webcover. C’est la première année où j’accepte de bosser comme ça, à contre-cœur d’ailleurs. cette façon de travailler dans l’urgence ne me convient pas, elle ne correspond pas à ma façon d’être, encore moins à ma culture. Je reste un photographe old style, école argentique où l’on a besoin de laisser du temps au temps. D’ailleurs, dès le surlendemain le Macbook Pro restera à la maison.

Les Charrues, c’est d’abord des rencontres, et moi, photographe, je suis là pour prendre des instants, pour qu’on jour on puisse se souvenir des belles choses. Et des belles choses, gast ! J’en ai vécues. Plein. D’abord sur scène, avec quelques concerts d’artistes vibrillonants, au premier rang desquels, cette année, Asaf Avidan and the Mojos, LE concert de cette édition 2011. Après les trois premiers titres, je fonce backstage, instinctivement, parce que j’en veux encore, j’en veux plus, je ne veux pas me contenter de l’image lambda, non, non. Il y a autre chose à faire avec un mec comme ça. Je me retrouve donc backstage, médusé. Une voix me dit à l’oreille : “Je suis sûr que ça te plait, hein ?” Je me retourne. Jean-Jacques Toux, le programmateur des Charrues me sourit. On évoque cette pépite, véritable OVNI de la prog 2011. Et puis j’attends. Asaf Avidan tend son micro au public, une main sur l’oreille. Pas d’hésitation, j’engrange l’image dans mon Nikon D3s. Voilà c’est fait, j’ai mon image. Les anges volent au dessus de ma tête et l’un d’entre eux me conseille de rester, parce que l’histoire n’est pas encore complètement écrite. Fin du set. Asaf tombe genoux à terre et rend les armes et tout le reste devant le public magnifique de Kerampuilh, extatique. Un ange me dit “C’est maintenant“. C’est dans le collimateur, l’index droit que Cartier-Bresson qualifiait de masturbateur titille l’obturateur jusqu’à l’orgasme visuel. Allez, ça c’est fait. Un rapide coup d’œil, dans ce plaisir solitaire, j’étais vraiment seul, tout seul. Cet image n’existera donc que par la grâce de l’ange qui m’a guidé jusqu’au backstage de Glenmor. Idem pour Siam. Je suis arrivé à Gwernig essoufflé, le temps d’embrasser mon pote Charles du Cabaret Vauban. Sur la scène, le set de Siam a déjà commencé, mais on ne peut pas être à la fois sur Kerouac à taper de l’image des excellents The Octopus (vainqueur du tremplin Jeunes Charrues 2010) qui exécutent une reprise du MC5 en compagnie de ce cher Dominic Sonic et ailleurs. Sur scène Fanny Labiau et Bruno Leroux (accompagnés de Benoît “Scholl” Fournier ex-Matmatah à la batterie et de Christophe Le Bris ex-Miossec à la basse) sont déjà à l’œuvre. Lumières ravissantes, rideau rouge, je retrouve ce qui fait la grâce du duo brestois qui joue coup sur coup “la nuit je tais nos cris” et “mercure” mes deux titres préférés de l’album. Siam, c’est un de mes coups de cœur de ces Charrues 2011 avec Ibrahim Maalouf, dans un tout autre genre. Je suis arrivé sur son set pour le titre “Beyrouth”. Pure et définitive émotion, grâce infinie. Mon Dieu et tous tes anges, de grâce ! Préserve ces pépites et fait qu’ils ne deviennent jamais des vieux cons aigris par la vie, le pognon, la coke et les putains, comme dirait Miossec, encore lui. Et je ne dis pas ça pour Lou Reed, en tout cas pas que pour lui. Que reste-t-il des mes amours de velours ? Vingt cinq minutes de shooting interminables, un coït interrompu, un truc pathos où la fille te regarde et te lâche un définitif : “non, mais t’inquiète, c’était bien hein ?” Dieu que j’étais triste. J’ai repensé à Coney island baby, à Berlin. Caroline says that I’m just a toy… Ben ouais, Lou, when the music’s over, comme disait ce cher Jim qui a dû se marrer autant que moi sur l’énorme presta de DJ Zebra accompagné du Bagad Carhaix. C’est aussi à Zebra qu’on doit le mix final joué sur le feu d’artifice. Ah ! Zebra ! Le Chevalier Jedi du mix, petit prince de Kerampuilh, éternel sourire, capable de réveiller un public en deux accords. Total respect. Il paraît que David Guetta a mis le feu, aussi. Je ne peux pas vous dire, au moment de ses exploits, j’étais dans les bras de Morphée. En revanche j’étais là pour shooter le classieux Jarvis Cocker de Pulp. J’ai ramené dans ma besace quelques clichés qui devraient ravir les amateurs de pop savoureuse à la mode british

Difficile de résumer une édition des Vieilles Charrues en quarante lignes. Bien sûr cette édition était spéciale aussi pour moi puisqu’elle scellait le partenariat entre les Vieilles Charrues et Nikon France et que, photographe officiel des Vieilles Charrues équipé par Nikon j’étais bien placé pour favoriser le rapprochement de ces deux entités. C’est une petite fierté, un peu comme lorsque deux de tes amis qui ne se connaissent pas deviennent eux-mêmes des amis. Nikon qui rejoint ma bande de frères et qui ouvre le festival à cinq jeunes photographes, ça ne pouvait que me plaire. Louise, Marjorie, Mathieu, William, Christophe, équipés de leur reflex Nikon D7000 (excusez du peu) et d’une flopée d’optiques, ont arpentés la plaine pendant quatre jours et franchement, pour avoir débriefé leur travail avec eux et Nikon le dernier jour, je peux vous dire que j’étais médusé par la qualité de leur travail. Chaque membre de l’équipe a ramené des clichés de qualité professionnelle, tous dans un style et un regard qui leur sont propres. Je suis vachement fier d’avoir initié cette idée. La candeur de l’œil de Louise, quinze ans, mais déjà une maturité visuelle remarquable. Le côté funky style de William, qui a ramené des images enthousiastes comme son regard. Marjorie, la romantique de l’équipe qui a shooté, le regard empli de tendresse, des clichés de festivaliers heureux. Mathieu qui a cadré au cordeau a ramené des shoots remarquables. Enfin Christophe qui nous a prouvé qu’un fauteuil et une mobilité réduite ne sont pas un obstacle et peuvent au contraire devenir une force, un atout et montrer le festival sous un autre angle, vu de sa fenêtre. Ouaip ! Au risque de me répéter, les gars et les filles de la team Nikon, je suis fier de vous ! Un petit clin d’œil aussi à l’équipe H. qui drive la plateforme handicapés, avec Ronan, Dan, Fred, Gaël et Gaëlle et toute une équipe de bénévoles qui ouvrent le festival aux personnes à mobilité réduite. Chapeau bas, M’sieurs Dames, ainsi qu’aux artistes qui se sont déplacés, au premier rang desquels Pierre Perret. Ah ! Pierrot chantant “Les jolies colonies de vacances” avec les bénévoles, ça valait son pesant de cacahuètes et je me devais d’être là afin d’immortaliser le moment. Respect aussi à Ben l’oncle soul et Snoop Dogg qui sont venus faire des bises et signer des tonnes d’autographe.

C’est pas fini. Les Vieilles Charrues, ça ne sera jamais fini tant que les bénévoles retrousseront leurs manches pour aller servir des frites, faire la vaisselle, ramasser des papiers gras, accueillir les artistes, gérer les états d’âme de certains photographes, suivez mon regard. Jérôme Tréhorel est resté le dandy classieux que j’aime jusqu’au dernier moment et mon cher Tangui Le Cras, finalement, n’a eu aucun problème et ne s’est pas séparé une seconde, ni de son regard malicieux, ni de son ineffable enthousiasme. Idem pour mes potes de la fosse Team, sans qui on serait volontiers restés plus de trois titres sans flash sur certains artistes ou pas, hein Lou ? J’ai salement kiffé “Never miss a beat” de Kaiser Chiefs mais je n’ai pas dansé sur “Still loving you” de Scorpions. Lisa Kekaula et the Bellrays sont toujours aussi sublimes, idem pour PJ Harvey, noir ultra. Côté cœur, M’sieur Eddy, côté balcon Yannick Noah toujours aussi impeccable, surtout sur les passing shots ! Il reste maintenant à dérusher tout ce bordel et à montrer le best of sur Cinquième nuit. Et puis, déjà, on va commencer à compter les jours qui nous séparent des retrouvailles avec ce festival au goût unique. On se souviendra longtemps de l’attachement sincère qu’on avait, cette année-là en 2011, pour la vingtième édition des Vieilles Charrues. On se souviendra longtemps des visages, des figures. Et, surtout, on n’oubliera jamais nos vingt ans… Happy birthday, Vieilles Charrues. Et à l’année prochaine, évidemment.

Vieilles Charrues, à la moitié du sillon.

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Voilà quelques nouvelles de moi. Deux jours déjà aux Vieilles Charrues à traîner des pieds sur ma jolie plaine de Kerampuilh, sautant de Kerouac à Glenmor (les deux scènes principales) avec l’enthousiasme d’une abeille sur un bouquet de pâquerettes. J’ai engrangé une quinzaine de concerts, en essayant d’abord de faire de la bonne image. Certains groupes sont clients, en font parfois des tonnes comme les teutons de Scorpions. Dans le désordre, parmi les claques, j’ai adoré Kaiser Chiefs (sur Never miss a beat j’étais comme un gamin dans la fosse entouré de photographes très sérieux), Lisa Kekaula de The Bellrays irradiant une énergie électrique dantesque comme d’hab. Comme prévu The Octopus a envoyé le bois, le vainqueur des Jeunes Charrues a donné un set très pro, avec Dominic Sonic en guest. Idem pour Siam, scène Gwernig, avec de très chouettes lumières. Quelques gouttes de pluie, mais on a vu pire. Pour le moment dans les coups de cœur (ça va en étonner plus d’un) il y a le concert de Yelle sur la scène Graal. Un show millimétré, tracé au cordeau, pas de fausses notes, une perfection scénique qui m’a bluffé. Croisé François Hollande, souriant, en campagne (bretonne), très souriant avec François Cuillandre, Jean-Yves Le Drian et Christian Troadec. Ah oui ! J’oubliais. Très joli set de Pulp, j’ai fait quelques stage portraits de Jarvis Cocker, vous m’en direz des nouvelles. Tout cela bientôt sur Cinquième nuit. Idem pour Monsieur Eddy (Mitchell) dont c’était paraît-il une des dernières séances. Voilà pour l’essentiel. C’est les Vieilles Charrues, un truc unique, un peu hors du temps et du monde. Aujourd’hui troisième jour, sept ou huit concerts sur ma feuille de route et ce soir la vingtième édition aura déjà presque vécu.

Festival les Vieilles Charrues 2011. Kerampuilh, c’était demain.

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On attend ce moment toute l’année et arrivé comme aujourd’hui à la veille du festival, il y a comme une douce quiétude qui a fait place à l’angoisse des semaines précédentes. Voilà. On y est. Demain je signe pour le Festival des Vieilles Charrues 2011, vingtième édition, la huitième pour moi en temps que photographe officiel. Ça, des photographes, dans les jours qui viennent, c’est pas ça qui va manquer, on va en voir partout, surtout dans le pit de la grande scène à Glenmor. Si vous voulez voir du matos, du gros, du lourd, du tatoué, c’est là qu’il faut être. Aucun doute possible, pour voir du matos photo, la fosse de Glenmor à Carhaix en juillet, c’est vachement mieux que le Salon de la Photo Porte de Versailles à Paris en octobre. À l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai pas encore ma feuille de route. Comme chaque année j’ai listé mes concerts probables et comme chaque année il me faudra réduire la toile et les ambitions qui vont avec. Les timings seront serrés, comme toujours. Par exemple, le vendredi où l’un de mes groupes chouchous, The Octopus (vainqueurs du tremplin des Jeunes Charrues l’an passé) ouvriront à Kerouac alors que mes potes brestois de Siam seront à Gwernig (ex-Cabaret breton) exactement au même moment. Pour shooter les deux, il va y avoir du sport.

Hier soir j’ai fait un check du sac, comme tous les ans. Cette année, je vais voyager beaucoup plus léger que l’an passé où j’embarquais deux boîtiers Canon, dont l’un (un excellent EOS 1D Mark IV) était en test en partenariat avec la marque rouge. Après avoir finalement décidé de switcher pour Nikon au début de cette année, c’est avec mon reflex Nikon D3s que je vais arpenter la plaine, amenant avec moi mes deux cailloux de prédilection. D’abord le fabuleux Nikkor 70-200 2,8 VRII, mon optique de référence, ensuite l’étonnant Nikkor 24-120 f4 qui ne cesse de m’époustoufler. Pouvoir couvrir les focales de 24 à 200 avec deux optiques, c’est le bonheur, non ? Et puis cette année, quand même, il fallait bien que je profite de l’événement que sont les Vieilles Charrues et du fait que Nikon France est partenaire du festival (oui, j’y suis un peu pour quelque chose et je n’en suis pas peu fier, de ce rapprochement entre mon festival et la marque jaune) pour solliciter un test grandeur nature. Pour Nikon je vais donc tester le discret doubleur de focale TC20-EIII. Un accessoire discret, léger, petit mais costaud. Grâce à lui, le 70-200 double sa focale (mais perd deux diaphs), je vais donc couvrir les focales de 24 à 400 avec deux optiques et demi.

Quoi d’autre d’essentiel dans mon sac Lowepro Topload cette année ? Pas grand chose à vrai dire. Nikon D3s embarque deux cartes Sandisk Extreme 32G et une carte 16G en secours, au cas où. Mais avec une capacité de plus de trois milles clichés (au format RAW) par jour, je ne risque pas la saturation, d’autant que cette année le mot d’ordre est “zen”. Ma bretelle Fnac pour mon pass, quelques pansements pour les pieds en cas d’ampoules, mes bouchons d’oreilles, ma sangle Optech, des lingettes Vu pour nettoyer mes optiques. Mon flash Nikon (SB900) que je n’utiliserai sans doute pas, quelques cartes de visite, une mini lampe torche Nitecore waterproof qui éclaire mieux qu’une énorme Maglite et qui tient dans ma poche. Last, but not least, mon médiator fétiche, qui m’accompagne à tous les concerts et qui m’avait été offert par Sammy, mon guitar hero de feu Matmatah, après un concert épique.

Zen et léger, c’est le mot d’ordre pour cette édition 2011. Je vais sans doute m’intéresser un peu plus aux festivaliers cette année, si mon planning m’en laisse le temps, profiter pour aller rencontrer des gens, parce qu’au fond, ce festival des Vieilles Charrues n’existerait pas sans son public et sans ses bénévoles non plus. J’irai voir le mythique tirer de charrue mené de main de maître par les frères Morvan, j’irai boire un verre de lait avec les jeunes agriculteurs et comme chaque année je n’aurai pas le temps de manger des patates au lard. Je sais déjà que les quatre jours qui viennent vont filer comme l’ombre et que lundi on aura tous le blues. On comptera alors les jours qui nous sépareront de la vingt et unième édition des Vieilles Charrues… Mais ça, gast ! On n’y est pas encore ! Demain c’est le début de la fête. Si vous me croisez, sur la plaine, faites-moi plaisir ! Venez me voir. Je ne vous garantis pas qu’on aura le temps de boire une Coreff ou un Breizh Cola, mais on aura sûrement le temps de faire une petite photo souvenir…

Histoires de photographe. Entre rires et larmes.

nettoyage-du-capteur-numerique-shots-2011Vendredi, 11:00. Je reçois un paquet par Chronopost. Je respire un grand coup, parce que je sais qu’à l’intérieur il y a le chaînon manquant, celui qui va effacer mon angoisse de ne pas pouvoir aller chercher le spot assez loin. Dans le carton il y a un doubleur de focale, le fameux Extender Nikon TC20EIII qui, monté sur mon Nikon D3s va transformer mon zoom 70-200 f2,8 en zoom 140-400 f5,6. Je suis impatient de voir si tout le bien que j’ai entendu de cet accessoire est fondé, ou pas. Je monte le doubleur sur mon D3s et le 70-200 sur l’extender. Dans le viseur l’image est un poil moins lumineuse sans finalement être sombre. Le traitement des lentilles asphériques du doubleur permet d’obtenir une image quasi identique dans le viseur. Côté focale, mama mia ! 400mm c’est carrément un pont plus loin. Je réprime un éclat de rire la première fois que mon regard croise l’image dans le viseur, en imaginant déjà tout le profit qu’un photographe peut tirer d’un tel accessoire, non seulement en concert (la semaine prochaine aux Vieilles Charrues, yeah !) mais aussi en photo animalière, en photo sportive, quand on est un peu court en focale. Voilà un accessoire aussi discret qu’essentiel qui trouvera sa place dans le sac de tous les photographes. Pour quelques centaines de grammes, la focale est doublée, mais attention uniquement sur les optiques compatibles. Côté investissement, c’est pas franchement une tuerie. Chez Digit Photo on le trouve à moins de 500€.

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Safari dans mon salon
Armé de mon D3s, de mon extender et de mon 70-200, pour tester le doubleur j’ai choisi d’aller en safari traquer la bête pas vraiment sauvage, shootant un Momo par ici (le chat le plus momo de tous les momos) en pleine crise de roupillon et Satori, mon terrier Yorkshire poussé dans ses ultimes retranchements, appâté par un morceau de gâteau breton maison. Et puis j’ai descendu les escaliers quatre à quatre, direction l’atelier pour dérusher. Le résultat me semble parfait. Finalement, un 70-200 équipé d’un doubleur, c’est comme un excellent 400 avec pour seule limitation c’est de perdre deux diaphs. On passe donc de f2,8 à f5,6 mais franchement, comme dirait Emmett Brown, on s’en balance ! Les deux diaphs sont largement compensés par la capacité du boîtier à monter en iso, donc la vie est belle. Sinon l’image est au poil, si j’ose dire. Ça pique, les détails sont là avec un joli bokeh en arrière-plan. Ce chaînon manquant est désormais le chaînon indispensable.

Petit coup de fil à Nikon France pour parler de l’extender et partager avec mon interlocuteur l’impatience que j’ai à aller au taff avec mon reflex D3s sur les Vieilles Charrues. C’est une première à plus d’un titre, pour moi comme pour mon festival. D’abord parce que je shoote en Nikon pour la première fois aux Charrues, avec ce reflex auquel je n’ai toujours trouvé aucun défaut (oui, désolé pour les pisses-vinaigres, mais c’est comme ça, hein ? D3s est le reflex parfait), ensuite parce que cette année le festival des Vieilles Charrues et Nikon sont partenaires et que rien que ça, évidemment, ça me touche énormément. Mais, comme disait Marie-Thérèse… La vie n’est pas un long fleuve tranquille, en tout cas pas pour moi et la suite va me prouver que j’ai raison de me méfier.

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Le cauchemar du capteur
J’ai récemment fait une séance de prise de vues en extérieur et j’avais découvert, horrifié, la présence de taches immondes sur mes images. Ni une, ni deux, j’achète un kit de nettoyage à l’épicerie Phox du coin, bien décidé à éradiquer ces points noirs disgrâcieux. Début d’après midi, je sors avec mon D3s équipé de mon 50mm, direction le ciel bleu à f16. Clic clac, je reviens au bureau, je regarde l’image dans LR et là je frôle l’arrêt cardiaque. J’ai des taches de graisse sur le capteur, des taches massives sur la partie droite de l’image. Pire encore, l’image présente des traînées dégueulasses sur la partie inférieure du cliché, comme un ruissellement de traces graisseuses et là, franchement, je suis abasourdi. Je n’arrive pas à m’expliquer la présence de taches aussi nombreuses et aussi lourdes sur le capteur de ce boîtier qui a à peine six mois de fonctionnement. Et comme je fais partie des maniaques du matos, on ne peut même pas se dire que je ne sais pas changer un caillou avec les précautions d’usage. Je suis dans la merde, à moins d’une semaine du plus gros morceau de l’année, les Vieilles Charrues.

Nettoyage du capteur : attention ! Casse-geule !
Je déballe le kit de nettoyage capteur de chez VisibleDust. Un peu de produit en haut, un peu en bas, mais pas trop. Ouverture du miroir. J’essaie de respirer par le nez, je passe sur la capteur d’un trait, mouais. Je remets mon 50, direction le ciel. Pas de bol, le ciel bleu a disparu, ici c’est Brest. Rebelotte, je reviens sur LR. Les traces ont disparu dans la partie inférieure mais d’autres traces apparaissent ailleurs. Voilà. Bienvenue dans la diagonale du fou. Je vais essayer de nettoyer à plusieurs reprises, en changeant le sticker, rien n’y fait, les traces sont encore là. Fin de la journée, je renonce, je suis furieux, déjà prêt à tout bazarder, le D3s, les optiques, à tout plaquer, à arrêter la photo (vieux refrain) pour aller élever des chèvres dans le fin fond de l’Afghanistan, un chapeau grotesque sur la tête, comme le héros du film de Jeunet. Je suis passé du rire aux larmes, en moins de deux. Finalement la décision est prise. Demain j’amène mon D3s chez Phox qui va se démerder pour me nettoyer ce satané capteur…

Pourquoi des tâches sur le capteur du D3s ?
D’abord, balayons d’un revers de main l’hypothèse selon laquelle D3s mangerait plus de poussières qu’un autre boîtier. Tous les appareils photos numérique sont concernés, tous sans exception. La bonne question n’est pas de se demander pourquoi D3s mange de la poussière et des particules graisseuses mais bien pourquoi mon D3s se comporte de cette manière. D’ailleurs d’autres photographes équipés en D3 ou D3s m’ont confié qu’ils n’ont pour leur part que peu de problèmes. Alors pourquoi le mien ? D’abord, je change d’optiques fréquemment, alternant du 24-120 au 70-200 et désormais un 50. Chaque fois qu’on enlève une optique, le potentiel d’entrée de particules est élevé. Lorsque le miroir s’actionne, c’est la rumba des poussières, à l’intérieur. Un technicien de Nikon France, que j’ai contacté, m’expliquait qu’il peut se produire un phénomène d’aspiration de particules de poussières microscopiques, même à travers une optique en place. La micro-poussière est invisible à grande ouverture, en revanche à partir de f16 et au delà elle se révèle dans toute son infecte splendeur. Autre paramètre, je fréquente des salles de concerts qui sentent la bière et l’animal et dont l’air est saturé de poussières en tout genre, comme le Vauban ou le Run ar Puñs, et ceci explique largement cela.

En conclusion.
D’abord, non, je ne vends pas mon D3s. Inutile donc de me faire parvenir vos propositions vénales. Ensuite, le conseil c’est de vérifier régulièrement l’état de votre capteur numérique. La technique, très simple. Vous photographiez un objet lumineux , un fond blanc, un ciel bleu à la plus petite ouverture possible (par ex. f16 ou une valeur supérieure) en désactivant l’autofocus et en réglant l’objectif sur l’infini. Si des auréoles, des tâches, des trainées apparaissent, votre capteur a des poussières ou des taches de graisse. Pour les poussières, un délicat coup de soufflette sur le capteur ou l’utilisation d’un pinceau anti-statique feront l’affaire. Évitez absolument les bombes de gaz qui pourraient projeter des substances liquides sur votre capteur (parce que là, c’est sayonara !). Pour les taches graisseuses, deux options. Le kit de nettoyage permettant nettoyer son capteur soi-même ou l’envoi du reflex chez un pro qui vous garantira un capteur vierge et propre. Si vous êtes sur Paris, que vous êtes pro et équipé en Nikon, le staff de techniciens du NPS (Nikon Pro Service) saura vous être utile et vous évitera de plonger, comme moi, le temps d’un soir, dans la plus profonde des déprimes…

Sur la route de la vingtième édition des Vieilles Charrues 2011. Je suis un bénévole.

festival-vieilles-charrues-2011-sur-shotsOn y est presque. Vingt ans que ça dure et chaque année, on a beau se dire, on a beau se convaincre, il y a toujours cette petite dose de stress, la bouche qui se dessèche, la gorge qui se noue. Je repense à la première fois où j’ai shooté Muse à Glenmor. Un vieux briscard photographe m’avait pourtant prévenu. Un conseil Hervé, trace dans la fosse, face à la scène et surtout, ne te retourne pas. Alors j’étais entré dans le pit comme disent les anglais et je m’étais retourné, évidemment. Putain de public que celui de Kerampuilh. Inimaginable vu de la fosse et encore mieux vu de la scène. Je me souviens du regard du petit Jamel Debbouze, ébahi devant près de soixante mille personnes. Dans le genre stand up, Gad Elmaleh avait fait tout un sketch autour du slogan “libérez Bob l’éponge“, promettant d’en parler avec Ingrid Bettancourt. Des souvenirs, j’en ai des caisses, plein ! Mais c’est surtout des visages, des figures, des gens quoi. Parce que les Vieilles Charrues voyez-vous, c’est une histoire de gens, d’abord. Si tu n’as pas compris ça, tu as raté une marche, t’as loupé un truc quoi. À la base, les Vieilles Charrues c’est une blague de potaches, de p’tits gars de la campagne, du centre Bretagne qui décident de monter un truc entre eux, un truc pas très sérieux entre kermesse et foire du grand n’importe quoi comme son désormais célèbre lancer de kabigs. Gast ! À Carhaix on ne manque ni d’humour et encore moins d’imagination. Ce plan entre potes aurait pu rester anecdotique, mais au fil des ans, l’histoire a pris de l’ampleur et nous voilà à la vingtième édition, après que tout le gratin de la scène française et internationale soit passée mouiller le maillot entre les scènes Glenmor, Kerouac et Graal, au Cabaret breton rebaptisé cette année scène Gwernig en référence à Youenn, le plus breton des poètes américains et réciproquement, pote de Jack Kerouac, le vagabond solitaire dont le père lui répéta jusqu’à son dernier souffle “Ti Jean, n’oublie jamais que tu es breton“. C’est le genre de promesse que les gars de Carhaix ont dû se faire, il y a vingt ans. Ne jamais oublier qui ils sont, d’où ils viennent, ce qu’ils font et pourquoi ils le font. Et tout ça tient en un mot. Bénévoles.

Car sans bénévoles, ce festival n’existerait pas, tout simplement. Cet engagement, cet acte gratuit, désintéressé, me touche beaucoup. Il en faut, des manches retroussées, pour faire avancer chaque année la charrue et creuser le sillon dans la terre carhaisienne. Il en faut pour faire émerger le plus grand festival européen (et assurément le plus beau, le plus vrai, le plus authentique) de ce bout de terre au milieu de la Bretagne, mais le jeu en vaut la chandelle. Pour vous en convaincre, c’est assez simple finalement. Il suffit de venir aux Vieilles Charrues par la route. Une rocade à quatre voies, des échangeurs, un plan routier qui brise l’isolement de la région centre Bretagne. Voilà. Ça c’est l’effet Vieilles Charrues. Parce le festival ne dort pas, tel un vieil Oncle Picsou sur des matelas de dollars, non. Ce festival est généreux, il redistribue et chacun ici profite largement des retombées de cette manne économique. En cela, les Charrues sont un moteur, créant une dynamique régionale. Cette richesse, les gars de Carhaix et des environs ne l’ont pas volée. Cette richesse les a aussi rendu libres de toute pression économique ou politique. Ils ont tous contribué au développement de la structure associative et la réussite de cette vingtième édition est un peu leur récompense à tous. Tous bénévoles, tous égaux devant la réussite. Sold out, comme on dit en anglais. Quatre jours de fête qui affichent complet, quelle putain de récompense ! Je pense qu’un jour je serai vieux et je sais que ce jour-là le boîtier pèsera trop lourd sur mon épaule. Qu’importe l’usure du temps. Tant que ce festival existera, tant que mes yeux verront ou que mes oreilles entendront, je veux bien parier que je serai chaque été à Kerampuilh. Ne serait-ce que pour croiser les bénévoles, partager leurs sourires et leurs coups de gueule, humer les odeurs de frites et de patates au lard, partager une Coreff ou un Breizh Cola, boire un verre de lait au petit matin avec les jeunes agriculteurs. Tracer le sillon avec les inusables frères Morvan. Voir les photographes entrer dans le pit sans se retourner. Regarder le soleil se coucher sur la plus jolie plaine de Bretagne. Et partager. Encore une fois.

cliquez ici pour voir le site internet des Vieilles Charrues 2011.

Iggy and the Stooges. Un rider entré dans la légende.

iggy pop and the stooges un rider de légendeJ’ai eu un jour entre les mains le rider (la feuille de route) des Stooges et franchement ça vaut le détour. Rédigé par Jos Grain (qui bosse pour le groupe), le document décrivait les desideratas du groupe, en matière de technique et aussi les petites choses à faire et à éviter. Quand on connaît le niveau de professionnalisme d’un calibre comme Iggy Pop sur scène on comprend. Le document ouvrait sur cette phrase : “Nous avons besoin d’un ingénieur du son qui parle bien anglais et qui n’a pas peur de la mort.” Voilà pour l’ambiance. Iggy et les Stooges avaient des demandes bizarres, dont pour ma part j’ai longtemps cru que c’était de la légende avant de réaliser que non, c’était vrai. Comme la présence dans la loge d’une poubelle avec un brocolis ou un chou-fleur dedans. Voilà qui contribue un peu plus à la légende du rock’n roll. Et puis il y avait ce paragraphe entier dédié aux vidéastes et aux photographes et franchement, c’est tellement drôle, si bien écrit et si proche de la réalité que je ne résiste pas au plaisir de vous en servir une tranche, que je vais essayer de vous traduire dans la langue de Molière, du mieux que je peux.

“Ne vous méprenez pas. J’ai beaucoup de respect pour les gens de l’industrie des communications, en fait mes ancêtres ont un fort lien historique avec le service postal (…). Cependant, ces dernières années et je suis sûr que vous serez d’accord avec moi sur ce point, il y a eu une explosion de, disons de personnes bénies du Bon Dieu avec une totale absence de talent, essayant à tout prix de se frayer un chemin à travers le public. Petit à petit on a constaté une augmentation massive de sociétés de production disposées à encourager les egos de ces malheureux et de leur accorder une attention. On est arrivé à un point où il y a des sociétés qui associent toute personne sur une scène à un crétin désespéré qui ne recherche que de l’attention et qui ne recherchent qu’à faire de l’image à tout prix. Les Stooges ne sont pas ces mecs-là ! Porter de l’attention aux médias, D’ACCORD ! Interférer avec le concert PAS D’ACCORD ! (…) Le fait est que, dès que vous mettez une caméra ou un appareil photo dans la tronche d’un artiste, vous changez complètement la nature de sa performance. Les Stooges essayent de donner la meilleure performance au public mais je pense qu’il n’y a rien de plus démoralisant que de voir un groupe sur scène entouré d’un cameraman et de ses assistants, comme une bande de hobbits armés de bazookas. (…) Ah oui ! Iggy adore casser les appareils photos. Est-ce que j’ai parlé de ça ? Alors vraiment, il est préférable de ne s’approcher trop de lui, surtout s’il te regarde d’une drôle de façon. S’il se dirige vers toi comme s’il s’apprêtait à saisir ton appareil photo, c’est probablement parce qu’il va le faire ! C’est comme un signe, un indice. Bien sûr, je suis sur place pour essayer de l’empêcher de détruire ton équipement. Malheureusement, il n’y a qu’une personne qui aime autant casser les caméras que Iggy et c’est moi. Merci de votre aimable attention. De toutes façons quoiqu’il arrive, vous ferez de l’image, croyez-moi.

Par ailleurs, je me demande si dans les médias on sait pourquoi certains cameraman pensent qu’il est innovant ou stimulant de bouger sans arrêt, de courir de gauche à droite, de faire des plans zoom avant zoom arrière dans une pathétique tentative de garder le tempo avec la musique ? Aucun de leurs collègues ne leur ont jamais dit qu’ils faisaient de la merde ? Est-ce que je suis le seul à vouloir les assommer à coups de trépieds ? Bordel de merde ! Quelqu’un doit avoir une explication ! Ça m’emmerdait déjà en 1980 et aujourd’hui c’est pareil. Si vraiment ils ne sont pas foutus de stabiliser leur appareil quelques secondes, il est peut être temps pour eux d’appeler les alcooliques anonymes… C’est juste une idée.”

Voilà. C’est tellement bon qu’on croirait lire un scénario des Monty Pythons. Ce texte me fait marrer mais au fond sa trame est tout ce qu’il y a de sérieux. Des mecs comme ça j’en ai vu des tonnes et malheureusement ça va crescendo, parce qu’aujourd’hui le moindre pékin qui a un reflex et un lightroom piraté sur Piratebay s’autoproclame photographe de concerts. Ça me saoûle, d’ailleurs c’est pas pour rien que j’ai déserté les pits et les salles de concerts, pour me consacrer à d’autres projets d’images. En attendant, le texte de Jos Grain me fait bien marrer. Et puis, il y a un point sur lequel il a raison. Avec des groupes du calibre de Iggy and the Stooges, il y aura toujours de la bonne image. Je confirme.

voir le site de Jos Grain

Voilà l’été. Une sélection de festivals qui vous ressemblent.

les festivals en bretagne
Vous sentez ? Non ? Comment ça… Non ? Ne me dites pas que vous ne sentez rien, diantre ! Ne me dites pas que tout votre corps ne sent pas frétiller ce petit truc incroyablement sexy à l’aube de l’été qui approche à grands pas, aux boules de glaces qui fondent sur les doigts, aux jolies demoiselles court vêtues qui exhibent leurs jolies gambettes (et pas que) à tout va (à ce propos, la mode été 2011 est très courte ou c’est mon regard de old fucking bastard qui veut ça ?), bref vous sentez que c’est l’été et avec l’été s’annonce la période des festivals. Aussi sûrement que vous ne mangerez pas d’huîtres dans les mois sans air, de mai à août, en Bretagne vous allez comme chaque année vous goinfrer de bons sons, déguster des concerts jusqu’à plus soif. Comme chaque année, la Bretagne est en première ligne pour faire la fête et croyez-moi sur parole, cet été vous allez en voir de toutes les couleurs (et moi avec). Et comme toujours, il faudra faire des choix, alors ne reculant devant rien, je vous ai préparé une sélection de fêtes et de festivals inratables pour cet été qui s’annonce fruité et savoureux. Mais comme ici, à Shots, on ne fait jamais rien comme les autres, je vous propose de découvrir des festivals à votre image. Parce que finalement, dans le mot festival il y a le mot fête et dans une fête, l’important c’est d’abord de se sentir bien. Alors autant choisir un festival qui vous ressemble !

Vous aimez la fête, boire des coups avec vos potes et écouter une programmation variée.

vieillescharrues2011Alors là, aucune hésitation possible. Direction le Festival des Vieilles Charrues à Carhaix, une fête ininterrompue de quatre jours, sur la plus jolie plaine du centre-Bretagne, Kerampuilh. Bienvenue à CharruesLand. Vous laissez vos emmerdes à la porte, vous oubliez les tracas de la vie. Vous êtes accueillis par des bénévoles souriants, il y a un camping à proximité et le matin les jeunes agriculteurs vous offrent un verre de lait. Quand le soleil darde (et c’est souvent le cas à la mi-juillet en Breizh Land), les Charrues prennent des airs de kermesse géante, un immense lieu de fête jusqu’au bout de la nuit. On y croise un ou deux Jean Floc’h, à bloc donc dès le milieu de l’après-midi, mais l’ambiance demeure toujours festive et un peu potache. On se ballade, on découvre. Ici un concert des Jeunes Charrues, là sur la scène Gwernig c’est plutôt régional. Une pause au champignon rouge pour retrouver ses potes, déguster une Coreff ou un Breizh Cola dans l’un des nombreux bars. Uniques. Les Vieilles Charrues sont définitivement uniques. Côté zique, la prog est toujours très éclectique, parce que les Charrues c’est ça, c’est comme au resto. On passe de Kaiser Chiefs à Pierre Perret, de Yannick Noah à Goran Bregovic, de David Guetta à Lou Reed. On ne vous oblige pas à tout écouter mais on vous conseille de goûter à tout, sans exclusive. D’ailleurs c’est ça qui me plaît aux Charrues. On n’est obligés de rien, gast ! Pour moi, c’est LE festival de l’été, comme une grande bouffe musicale qu’on fait avec ses amis. Et le dimanche soir, cette année, il y aura un feu d’artifice et pendant un moment on va tous redevenir des gamins émerveillés. Que vive la fête et mes potes. Et longue vie aux Vieilles Charrues !

Vous aimez ce qui vous interpelle, vous êtes curieux et vous appréciez la découverte d’une programmation musicale raffinée.

routedurock2011La Route du rock de Saint Malo est faite pour vous. Vous êtes un esthète de la musique, abonné aux Inrocks vous êtes incollable tant sur la nouvelle scène indie electro pop alternative norvégienne que sur le revival du folk rock made in USA. Ou alors plus simplement vous ne connaissez aucun des noms de la programmation 2011, même pas les têtes d’affiche, mais c’est pas pour autant que vous vous sentez l’âme d’un blaireau. Car il faut au moins reconnaître à la Route du rock ce petit prodige. Réussir chaque année à réunir le temps du festival une programmation raffinée, un genre de best of de tout ce que la fine fleur pop, rock, folk ou electro compte de meilleur. La Route, c’est la haute couture des festivals d’été en Bretagne, d’ailleurs ce n’est pas un hasard si on désigne la version estivale de “collection été”, car il y a aussi une “collection hiver”. Donc, cette année entre le Fort Saint Père, les fauteuils profonds du Palais du Grand large ou la plage, vous allez pouvoir savourer quelques perles au premier rang desquelles le duo The Kills, qui a fait du chemin depuis cette année 2004 où je les avais découverts et vous ne raterez sous aucun prétexte le set des adorables et punchy demoiselles de Electrelane, qui ont décidé finalement de reformer ce groupe où à quatre elles sont tellement meilleurs qu’une par une. Pour l’heure toute la programmation n’est pas encore dévoilée mais il se murmure déjà que les sémillants Blonde redhead seraient de la fête. Qu’importe. Vous pouvez faire confiance aux programmateurs de la Route du rock. La fête sera belle au mois d’août à Saint Malo.

Vous aimez les musiques, toutes les musiques du monde, le métissage, le soleil et la fête.

boutdumonde2011Aucun doute possible, faites vite tamponner votre passeport pour le Festival du Bout du monde. D’ailleurs, ici à Crozon, au début du monde, dans l’un des coins les plus magiques qui soit en Bretagne, l’un des plus beaux aussi, pas besoin de visa. L’équipe du festival vous accueille avec le sourire. ici l’ambiance est vraiment familiale et la qualité de l’organisation est pour beaucoup dans le succès de ce rendez-vous estival dédié à la musique, non dédié à toutes les musiques. Chaque année, le plaisir est renouvelé et l’affiche donne toujours envie. Et cette année, mazette ! Il y a encore quelques pépites dénichées aux quatre coins de la planète. On y croise Marcio Faraco ou Gaëtan Roussel, Catherine Ringer ou Ben l’oncle soul, les allumés de Gogol Bordello ou Lavilliers. Et puis Louis Chédid et Jehro et puis Susheela Raman et puis… des rencontres inouïes (au sens littéral du terme) entre I Muvrini et le Bagad de Plomodiern et ça, ça promet un énorme moment d’émotion. Ah ! Le Bout du monde… La plaine de Landaoudec où on peut se ballader pépère parce que les organisateurs ne poussent pas à la roue et veillent à ce que la jauge public demeure raisonnable, la scène Kermarrec (salut Fanch !), le buffet bio, Jacques qui file comme Buzz l’éclair backstage sur son scooter, des visages, des figures et des sourires, encore et toujours. Le Festival du Bout du monde est sans aucun doute le festival le plus attachant et aussi l’un des plus humains qui soit. Allez-y cette année, vous allez adorer !

Vous aimez les valeurs sûres, un festival à taille humaine et faire la fête.

fetedubruit2011On dit de lui qu’il est le petit festival qui monte. L’an passé j’y suis allé et j’y ai vécu des émotions musicales absolument incroyables avec, pendant deux jours, sur une scène unique, le gratin de la scène internationale, un genre de best of pop, folk, rock, reggae, le tout servi au cœur d’une ville. Cette année la bien nommée Fête du bruit dans Landerneau remet le couvert avec une affiche éclectique où les gros noms comme Simple minds, The Hives, Moby, Arno, les Ogres de Barback… (excusez du peu) côtoient des activistes qui vont foutre un feu de tous les diables, je pense à The Flogging Molly ou aux incroyables Skip the use qu’il faut absolument voir en live. Et puis côté programmation, je note aussi quelques instants de grâce comme Stromae, Asa ou Lilly Wood and the Pricks. Même les amateurs de reggae et de cigarettes qui font rire (non je plaisante les enfants ! La drogue c’est mal, comme le pastis) vont vibrer cette année avec Patrice comme l’an passé avec Steel Pulse. Bref, vous l’avez compris, la Fête du Bruit c’est mon petit chouchou et j’y serai encore cette année avec grand plaisir. Une seule scène, c’est l’assurance de voir une brochette de concerts top qualité dans une ambiance super détendue. Et une organisation aux petits soins et à l’écoute de son public. Oui, il y aura plus de toilettes cette année et oui, Jean Floc’h, on veillera au prix du demi. Des concerts de qualité, des gens heureux et un petit festival qui n’arrête pas de monter. On signe où ?

Vous êtes curieux, vous aimez la découverte, la musique, les arts numériques.

artrock2011Depuis que le Festival Art rock existe, au cœur de la ville de Saint Brieuc, il propose la découverte d’un melting pot artistique, entre arts numériques, découvertes parfois loufoques (j’ai gardé le souvenir mémorable de trous qui fument exposés dans une chapelle) et concerts magnifiques au forum de la Passerelle, au Grand ou au petit Théâtre, sur la Place Poulain Corbion et dans tous les p’tits bars de la ville. Du théâtre aussi, des happenings, les huîtres et le p’tit blanc du dimanche matin, les rencontres avec des artistes qui se baladent dans les rues. J’ai tant de souvenirs heureux à Art rock, non, mieux, je n’ai que de bons souvenirs, en fait. Que du bonheur ! Comme disait un animateur lobotomisé de la télé poubelle, mais ici, avec ce festival-là on est dans le qualitatif, le fin du fin et quand je regarde l’affiche 2011, j’ai envie de faire le mur et d’aller tirer le portrait de Bryan Ferry à Poulain Corbion ou de friser la moustache de Florent Marchet au Grand Théâtre. D’aller me promener dans les rues, découvrir les inénarrables expositions d’art numérique, désormais un grand classique du festival. Art Rock me manque. J’y ai vécu de belles émotions scéniques et c’est ici que j’ai tapé quelques clichés que je ne suis pas prêt d’oublier. Art Rock. Le festival vivant par excellence, un must, une exception culturelle. Et vous qui me lisez, allez vivre au rythme de la programmation délicate de ce festival hors-normes, au cœur d’une ville.

Voilà. Bien sûr, la liste n’est pas exhaustive et il y a plein d’autres festivals à découvrir un peu partout en Bretagne durant l’été, mais ces cinq là me sont particulièrement chers. Les Vieilles Charrues à Carhaix. La Route du rock à Saint Malo. Le Bout du monde à Crozon. La Fête du Bruit dans Landerneau. Art rock à Saint Brieuc. Tous différents et tous pareils finalement, parce qu’ils n’ont qu’un but. Faire la fête et vous rendre heureux. Bons festivals à toutes et à tous !

cliquez ici pour voir le site officiel du Festival des Vieilles Charrues.
cliquez ici pour voir le site officiel du Festival de la Route du rock.
et cliquez ici pour voir le site non-officiel de la Route du Rock.
cliquez ici pour voir le site officiel du Festival du Bout du Monde.
cliquez ici pour voir le site officiel de la Fête du Bruit.
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Programmation du festival des Vieilles Charrues 2011. United colors of Kerampuilh.


Aux toutes première notes de “Walk on the wild side” impossible pour moi de réprimer un petit “Oh !” qui fait sourire mon pote Hugues qui présente la prog de la vingtième édition des Vieilles Charrues cru 2011. Lou Reed, c’est l’excellente et totale surprise de cette édition. C’est celui que je n’imaginais pas, plus précisément que je n’espérais plus. T’en veux d’la légende bébé ? En v’là et pas du petit calibre. On y reviendra. Mais avant de vous parler plus en détail de mes coups de cœur de cette édition 2011, un petit préambule. Le meilleur moyen de ne pas être déçu par une programmation, c’est de n’en n’attendre rien de particulier. J’avais entendu Francis Cabrel dire qu’aux Vieilles Charrues, le truc important c’est pas les artistes, non, le truc important c’est les Vieilles Charrues. Il avait tout pigé, le Francis. Il avait capté l’esprit de ce festival. Finalement, pour schématiser, il y a deux sortes de festivaliers aux Charrues. D’un côté il y a les festivaliers qui viennent pour la programmation, ceux-là peuplent les forums, supputent à donfe, croient à la fois au Père Noël ET aux poissons d’avril. Ils fantasment grave toute la Sainte journée sur la venue, en vrac, de U2, de AC/DC ou des Who. Ils font la gueule à l’annonce de la prog mais pour une grande majorité d’entre eux ils viendront quand même. Parce que nombre d’entre eux fait partie des festivaliers qui viennent pour le festival, pour les Charrues, pour boire un godet de Coreff (ou un pichet d’un litre si tu t’appelles Jean Floc’h) ou un Breizh Cola au bar numéro 4 et savourer cette inimitable ambiance qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Les Vieilles Charrues existent d’abord grâce aux bénévoles et aux festivaliers et ce n’est pas un hasard si la thématique retenue pour les vingt ans des Charrues c’est justement les gens, tous ces gens qui font vivre et vibrer la plaine de Kerampuilh pendant quatre jours. “On fournit le son, vous apportez les couleurs !” Voilà. Tout est dit. United colors of Kerampuilh, vingtième du nom. Top départ.

Et là vous me dites, et cette année alors ? Voici mes coups de cœur, en vrac. Pas nécessairement des têtes d’affiches, même si je place Lou Reed tout en haut des concerts absolument et définitivement inratables. Lou Reed, découvert il y a un bail par hasard à la sortie de “Coney Island baby“. La claque, la révélation du rock dans toute sa grandiose splendeur. Le Velvet underground, un nom mythique, une définitive légende du rock et de la pop. J’avais pris dans la gueule, coup sur coup “Transformer“, “Rock’n roll animal” et le sublissime “Berlin” qui fait partie de mon top ten personnel des dix meilleurs albums pop rock de tous les temps, on ne plaisante pas. J’ai vu Lou Reed en live en 1975 et ce concert est resté profondément ancré dans ma mémoire. Voir Lou Reed encore une fois, ça va être un magnifique privilège de la vie. Et pouvoir le croiser dans le collimateur de mon reflex, ça va être unique et intense. Dans un autre registre, je vais enfin voir Kaiser Chiefs qui devait passer aux Charrues il y a trois ans ou quatre je ne sais plus, leur son pop rock (comme on dit sur la FM) me parle, ça va pogotter maousse et rendre le public heureux. Pareil pour Pulp, le combo porte-étendard de la pop british avec un Jarvis Cocker qu’on espère remonté à bloc. Je vais en épater plus d’un mais j’attends aussi David Guetta, je veux bien parier une Coreff avec Jean Floc’h que le set va être monstrueux, même si ça ne tape pas vraiment dans mon registre (doux euphémisme), mais après tout un peu d’easy listening ça ne fait pas de mal, comme dirait Maïté. Dans la série deux pour le prix d’un, j’ai vraiment hâte de voir ce que les p’tits gars de The Octopus nous auront préparé en ouverture du festival, scène Kerouac le vendredi. Les gagnants du tremplin des Jeunes Charrues sont aussi de véritables bêtes de scène, il faut le savoir. Un conseil, vendredi 15 juillet, soyez à l’heure, The Octopus, ça va envoyer le pâté, Hénaff ça va sans dire ! Si vous avez faim de rock, de gros son, de sueur, de bière et d’animal, avec The Octopus, vous allez être servi. Vous ne raterez pas non plus The Bellrays et la sublime Lisa Kekaula, à mi-chemin entre Aretha (Franklin) et Tina (Turner), qui avait foutu un feu d’enfer en d’autres temps à mon respectable et mythique Cabaret Vauban, avec les rescapés du MC5. Dans la série beau temps, mer calme, j’ai promis à mon pote Hugues de ne pas zapper Jack Johnson le vendredi, qui va nous ramener du soleil de sa Californie natale, ainsi que Angus & Julia Stone, dans un registre pop folkeux australien de bon aloi. Dans le genre OMNI (objet musical non identifié), j’irai décalaminer mes esgourdes sur DJ Zebra feat. le Bagad de Carhaix, gast ! Du côté du cabaret breton, rebaptisé scène Youenn Gwernig, pendant les quatres jours il y aura quelques pépites succulentes, j’ai noté Titi Robin trio ou Ibrahim Maalouf (tous les deux découverts au festival du Bout du Monde), Olli & Mood, Marchand vs Burger (salut Rodolphe ça gaze ou quoi ?), Duoud (un duo de ouds), pour ne citer qu’eux. Et dans le rôle des potes de Brest, j’irai jeter quelques unes de mes forces, s’il m’en reste, dans le set de Electric Bazar Cie et je poserai mon sac pour Siam, le groupe composé par Fanny Labiau et Bruno Leroux dont je vous recommande au passage d’écouter l’excellent premier opus intitulé “L’amour à trois“, en vente partout. What else ? Plein de bonnes choses. Difficile d’ignorer les sets d’Adam Kesher (vu à Art rock et à la Route du rock), des Hyènes qui reprennent des standards du rock pour le fun mais pas en yaourt (même s’il y a deux vrais morceaux d’ex Noir Désir dedans) ou des allumés de The Inspector Cluzo que j’avais raté au Run ar Puñs récemment. Idem pour Cold war kids ou Stromae (qu’on verra aussi à la Fête du Bruit dans Landerneau en août). En partenariat avec le Sziget festival, il y aura du (beau) monde aux Balkans avec des joyeux déjantés dont Goran Bregovic, Balkan beat box, excusez du peu. Et maintenant, on range les cannes et on passe au calibre supérieur, pour la pêche au gros.

Pas de Vieilles Charrues sans des noms capables de faire venir la foule des grands jours. Yannick Noah fait partie de ceux-là, il vient de bourrer Penfeld en attirant 10.000 spectateurs à lui tout seul. Jeu, set et match. Le samedi, ça va être chaud, d’autant que c’est aussi le jour de Supertramp et de Cypress Hill ! Idem le dimanche, puisqu’en dehors de mon cher Lou Reed, sur la même scène on va savourer PJ Harvey que j’aime beaucoup et pas seulement parce qu’elle m’a emprunté mon prénom anglais et qu’elle est vachement sexy. Non, j’aime bien son côté hardcore déjanté, son style pop rock un peu crème au beurre, limite indigeste, mais c’est tellement bon de se baffrer comme ça sans retenue, non ? Écoutez “This is love” en poussant le potar vers le haut, vous comprendrez ce que je veux dire. Le jeudi, aussi, du lourd. D’abord du rock teuton avec Scorpions, dont on nous assure qu’il s’agira là de leur dernière prestation live (celui qui a dit “bonne nouvelle !” sort immédiatement de ce blog !). Si la femme de ma vie est dans les parages quand le groupe entonnera “Still loving you“, je lui promets un slow de derrière les fagots estampillé seventies. Bon, coup sur coup on aura aussi le même jour Kaiser Chiefs (i say yeah !), Snoop dog qui paraît-il se fait désormais surnommer “Doggy style”, amis du club des poètes bonsoir, le retour de Pulp qui va vous la décoller du bulbe la pulpe, et les frenchies de service qui vont rameuter la foule des grands jours. D’un côté M’sieur Aubert (celui qui en 77 gueulait dans l’hygiaphone) et Mademoiselle Olivia “just sing” Ruiz, qu’on ne présente plus. Et pendant que j’y suis, le lendemain, M’sieur Eddy pour une dernière séance ouakenole. J’ai oublié personne ? Ah ben si ! D’abord Ben l’oncle soul, vu au Cabaret Vauban. Un garçon plein d’énergie positive, vous allez adorer et mouiller la liquette. Et Pierre Perret, aussi connu pour son zizi légendaire (celui qui amidonne la main de sa soeur) que pour des registres plus graves comme le sublime “Lili”. Je l’avais vu, l’ami Pierrot, au festival du Bout du monde, c’était somptueux, j’en connais même un qui avait pleuré.

Allez, ça c’est fait. Je vous donne rendez-vous dans trois mois et un jour sur le site des Vieilles Charrues pour faire la fête. Si vous me croisez sur le festival, vêtu de mon élégant polo brodé Shots (Hervé Le Gall est habillé par Minipop), n’hésitez pas à vous manifester (même si tu t’appelles Jean Floch et que tu es déjà à bloc), on fera une petite photo souvenir. Les annonces de la conférence de presse d’hier, à Carhaix, étaient ponctuées par un lancer de boule de bowling d’un des membres de l’équipe des Vieilles Charrues. La dernière boule fut lancée par Jean-Jacques Toux, programmateur des Vieilles Charrues. Il s’est avancé sur la piste, fébrile, sous le regard un brin goguenard des journalistes présents. D’une main assurée, la boule a glissé sur la piste… Strike ! Jean-Jacques s’est retourné, est tombé à genoux les deux poings levés, large sourire. Belle image, je trouve. Finalement l’esprit de ce festival, on y revient toujours, c’est un peu ça. Les Vieilles Charrues, c’est d’abord l’histoire d’une bande de potes qui sont là pour se marrer. Alors ? Vous êtes prêts ou quoi ? N’oubliez pas. Cet été à Carhaix il y aura du gros son. Je compte sur vous pour nous en faire voir de toutes les couleurs !

Rumeurs Vieilles Charrues 2011. Buffalo Springfield à Kerampuilh, gast !

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Qui ça ? Buffalo Springfield. C’est qui ces mecs d’abord ? Vous avez tous eu, un jour ou l’autre, entre les oreilles, un titre de Buffalo Springfield, à commencer par le cultissime “For What It’s Worth” et son intro inimitable. D’ailleurs, si vous avez vu le film Forrest Gump, vous devez vous en souvenir, le titre symbolise à lui tout seul l’amérique de la fin des sixties, de la guerre du Viet “fucking” Nam, aussi sûrement que California dreamin’ des Mamas and Papas marque l’insouciance de ces années soixante où l’on croyait encore au rêve américain. Côté lyrics, c’est pas dégueu non plus. I think it’s time we stop, children, what’s that sound everybody look what’s going down. Et puis le line up du groupe, excusez du peu, rien que du lourd. Formé en 1966 par quelques mecs qui allaient compter parmi les pointures king size du son pop folk rock made in USA, le combo s’est séparé après deux ans et trois albums culte et avoir inscrits leurs noms au Panthéon de la zique US. Le premier s’appelle Stephen Stills. Il crée le groupe avec un dénommé Richie Furay. On raconte qu’un jour où les deux compères étaient bloqués dans un embouteillage à LA, ils ont aperçu un corbillard immatriculé dans l’Ontario. Le gars au volant avait choisi ce mode de transport pour passer la frontière incognito avec son bassiste, Bruce Palmer et son batteur Dewey Martin. Le gars en question ne se contente pas de conduire, il écrit aussi avec un talent certain. Il se nomme Neil Young. De lui, David Crosby (oui, celui de Crosby, Stills, Nash & Young) a dit “ce mec était capable d’écrire cinq chansons par semaine. De sa part, rien ne m’étonne“. Ce sont à peu près ses mots quand il a su que l’un des combos mythiques des années soixante se reformait. D’ailleurs, je me suis laissé dire que David Crosby aurait volontiers reformé The Byrds, autre groupe US majeur de ces années glorieuses, mais c’était sans compter sur la tête de bourrique de Roger McGuinn qui refuse d’en entendre parler, dommage… Mais revenons à Buffalo Springfield, séparé en 1968, reformé fin 2010, en tournée en 2011, si vous voyez ce que je veux dire.

J’ai donc activé mes réseaux, histoire de démêler le vrai du faux. Non, parce que là, on parle d’un truc largement aussi balaize que le boss venant taper son Born in the USA à Carhaix city. Là, on parle de légendes aussi absolues que définitives. Neil Young. Stephen Stills. Richie Furay. Trois légendes sur la scène de Glenmor, ça aurait une putain de gueule, excusez du peu ! J’ai donc commencé à gratter la terre de la plaine de mes petites mains fébriles et rapidement j’ai trouvé un faisceau d’éléments concordants. D’abord, Buffalo Springfield est vraiment en tournée. On avait dit que le groupe se contenterait d’un one shot, mais non. Ils sont annoncés au Bonnaroo festival, en juin prochain à Manchester. Pas la seconde patrie du King Eric “ouh ah” Cantona, non plutôt un bled dans le trou du cul du Tenessee profond, un grand terrain agricole qui ressemble à s’y méprendre à la plaine de Kerampuilh, gast, mais en moins bien. Donc les p’tits gars Stills, Young et Richie ne seront point dépaysés, même notre bière (la légendaire Coreff) est meilleure qu’une Bud de bon aloi. Donc c’est jouable. Mais il en fallait plus. Je suis allé jeter un œil sur le site web de Neil Young et là, tenez-vous bien (tenez-vous mieux !) deux choses. D’abord le site confirme que Buffalo Springfield est bel et bien en tournée. La date de juin du Bonnaroo festival est bien bookée. Mais il y a mieux… Un concert du Buffalo Springfield est bien prévu le 15 juillet. De là à imaginer que nos amis cow-boys viennent faire un tour chez nous sur la plaine, il n’y a qu’un pas que j’ai décidé de franchir allègrement.

Avouez quand même que ça aurait de la gueule, non ? D’autant que dans l’état d’esprit, Buffalo Springfield et les Vieilles Charrues, c’est un peu la même chose. Des p’tits gars de la campagne, engagés, qui croient dans leur aventure. Alors ? Buffalo Springfield pour la vingtième des Vieilles Charrues, ça vous tente ? Moi j’ai envie d’y croire. For what it’s worth. Pour ce que ça vaut…

• illustration : Crosby, Stills, Nash & Young par Guy Peellaert.
• la programmation des Vieilles Charrues 2011 sera annoncé le 12 avril.
voir le site du Festival des Vieilles Charrues

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