C comme cinéma. H comme historique. Une bague rouge, un collier red. Une monture EF. Ceux qui pensaient que Canon s’était tiré une balle dans le pied en introduisant de la vidéo sur un reflex numérique doivent se gratter la tête aujourd’hui. Oui, j’en suis. Canon qui s’est affirmé sur le segment convergence photo-vidéo prend aujourd’hui la tangente inverse et a présenté, hier aux studios Paramount d’Hollywood, un lieu prédestiné, une camera numérique d’un genre radicalement nouveau. Avec une habileté sans faille, Canon brouille à nouveau les pistes et invite désormais au chemin inverse, en créant une convergence vidéo-photo, avec cette caméra numérique capable d’embarquer des optiques EF.
À y regarder de plus près, on ne peut être que fasciné par EOS C300, même si pour ma part la vidéo reste un monde totalement étranger, on ne se refait pas. Mais quand même. Comment ne pas être fasciné par cette créature totalement hybride, dotée comme un reflex de deux slots pour cartes Compact flash, capable d’ingurgiter un flux 1080p sans sourciller et d’utiliser des optiques PL ou… des optiques EF, soit l’un soit l’autre, car il existe deux modèles distincts. Cette capacité à embarquer des optiques EF, c’est une invitation clairement lancée aux photographes qui ont tâté de la vidéo sur leur DSLR et à tous les autres. Canon les invite à franchir le pas, tout en préservant leurs investissements, et ça, c’est une optique très séduisante (si j’ose dire). Mais attention, il faudra casser la tirelire. Ici on est dans le budget de huit EOS 5D Mark II, puisque l’engin devrait être introduit au prix de 12000€ HT au début de l’année 2012 (source : Canon France). Un prix finalement proche de celui d’une caméra Red, pour une caméra au format 4K qui n’arrive pas seule…
• Des optiques ? Oui. Plein.
L’annonce de Canon EOS C300 s’accompagne d’optiques avec des focales qui laissent rêveur ! Deux zooms 14,5-60, deux zooms 30-300, sans oublier les stars de la gamme EF, 24, 50 et 85mm. Eh ouais… J’en vois plus d’un qui est assis le long du fleuve et qui se gratte la tête en se disant “ben merde alors…” S’il en est un qui n’a pas d’états d’âme c’est bien Vincent Laforêt, à qui on devait déjà le premier film tourné avec 5D Mark II, “Rêverie” en 2008. Cette fois, Vincent nous offre “Möbius”. Prenez place, regardez, c’est du cinéma. Splendide.
Mobius from Vincent Laforet on Vimeo.
• Plus qu’une annonce, un nouveau pas en avant
L’annonce faite par Canon hier à Hollywood est historique, à mon sens à plus d’un titre. D’abord, parce qu’elle conforte radicalement l’avance de Canon Inc. sur le segment de la convergence photo vidéo, avec un device capable d’utiliser des optiques EF. Quand on sait que la gamme d’optiques Canon en photo demeure l’argument majeur de la marque rouge sur ses concurrents, quand on voit la qualité de vidéos produite par de simples reflex comme EOS 5D Mark II – tenez, au hasard, pour vous en convaincre, allez donc jeter un œil sur la production vidéo de Rod dit Le Hiboo – il est assez simple d’imaginer tout le profit qu’un vidéaste peut tirer d’un engin comme EOS C300 ! Et puis, vous l’avez noté. Cette caméra s’appelle EOS et ça, c’est loin d’être anecdotique et ça n’est évidemment pas le fruit du hasard. C’est à la fois un appel du pied vers le monde la photo et c’est bien plus que ça. C’est une façon pour Canon de dire au monde entier que la marque rouge est encore là, qu’elle est capable de susciter le désir, l’envie de l’aimer.
• EOS C300. Et après ?
Après EOS 1Dx que tous les photographes attendent de tester avec une certaine fébrilité, on peut être sûr que d’autres annonces viendront, que des projets sont dans les cartons. Pour ma part, ce qui à la fois m’enthousiasme et me rassure, c’est ce sentiment d’avoir retrouvé une marque rouge pour laquelle je garde un attachement sincère. On n’efface pas trente cinq ans de sa vie d’un simple revers de main. Non. D’ailleurs notre histoire ne date pas d’hier et Canon a encore de beaux restes dans mon matos argentique… La belle histoire de Canon continue. Quelque part là-bas, sous le soleil de la Californie, un jeune cinéaste de la nouvelle vague s’apprête à mettre en images le film de sa vie, avec un EOS C300 en mains. Moteur. Action.





Ah ! Quelle belle journée je viens de passer, dans la plus belle ville du monde, surtout par cette sublime journée de printemps en novembre. Oui, oui, on a passé la journée en polo et il faisait un temps radieux. Fin de matinée, je retrouve mon best fellow J-P Gremillot (LE french underwater photographer, expert ès velouté Canon), traversée de Paris, on croise quelques uptown girls court vêtues qui allument nos yeux photographiques (et pas que). La journée se présente bien. On engloutit le meilleur tartare de Paris dans un chouette petit resto, le Verre bouteille. Allez-y, demandez un tartare “Fort des Halles” et dites que vous venez de la part de Jean-Philippe Gremillot. Géant. Direction la porte de Versailles. En chemin avec Jean-Philippe, on papotte, on reparle de Larry Burrows, un photographe de guerre dont je vais bientôt vous parler, sur Shots. Un photographe héros de mon adolescence, avec Henri évidemment. Arrivée Porte de Versailles vers quatorze heures et il y a beaucoup, beaucoup de monde, beaucoup plus que l’an passé. Je reconnais dans la foule le sourire inimitable (et la casquette Kangol) de Gérald Géronimi, qu’on ne présente plus (relire le billet “Je hais les photographes, surtout les bons”). On constate qu’il y a un max de monde sur le stand Adobe. À défaut de comprendre la photo, on peut toujours essayer de bidouiller dans Lightroom. Gérald repart vers de nouvelles aventures et mon camarade et moi nous nous engouffrons (joyeusement) dans le salon, nous laissant entraîner par la foule comme disait Edith. On croise du côté de Leica. Derrière une vitre blindée on voit un M9. “Qui peut s’acheter un M9 ?” me demande Grémillot. J’en sais rien, moi je veux un M3. Tiens à ce propos, sur un mur du stand Leica il y a une fresque avec un vrai Leica fixé au mur. Vieux modèle, avec un Summicron 5cm collapsible. Mon pauvre Henri ! Vous devez vous retourner dans votre tombe, hein ? Votre boîtier et votre optique fétiches relégués sur un mur, collés à la superglue, décidément tout fout l’camp ! Le jour où Canon utilise un F1 vissé au mur pour faire de la pub, je rends mon tablier, merde ! Le matos, même vieux, ça se respecte. Surtout vieux d’ailleurs. Enfin, comme dirait JPG, “toutes façons tu t’en fous, t’auras jamais de Leica !” Après tout, c’est pas faux. On passe par Pentax (ils font encore des reflex chez Pentax ?), Sigma (ils font des reflex chez Sigma ?) et Sony (…). Et puis on arrive enfin Place Saint Pierre, dans le Saint des Saints. Ici à ma gauche les adeptes de la marque jaune, par là les afficionados de la marque rouge. On commence par Nikon, chez qui il y a énormément de visiteurs. On cherche des têtes connues et comme on ne trouve personne direction la maison Canon où il y a au moins autant de monde qu’en face. C’est marrant, on croise plein de touristes japonais avec des reflex autour du cou et pourtant c’est bien le dernier endroit sur la planète où je viendrais faire des photos ! En même temps, je ne suis pas japonais, encore moins touriste. Chez Canon on retrouve nos techniciens préférés. Jean-Philippe ne peut pas s’empêcher de lancer son “alors ? C’est pour quand le prochain EOS 5D Mark III ?!” Tout le monde se marre mais évidemment personne ne réagit. On parle un peu technique mais pas trop, à dire vrai ce salon ne nous apprend pas grand chose, rien à vrai dire. C’est juste l’occasion de se retrouver, entre nous, comme un rituel chaque année. En repartant on passe vite fait sur le stand Lumix qui présente son GF2 et sur le stand Epson qui expose des digigraphies carrément chouettes. En sortant je vois qu’il y a toujours autant de monde sur le stand Adobe, avec des démos Photoshop et Lightroom qui font toujours recette. Le salon de la photo 2010 cartonne, avec des passionnés de photo toujours plus nombreux. Parmi eux, les photographes de demain. Ils ont rangé les argentiques au placard, ils ont plus ou moins zappé les notions de films, de révélateur, bain d’arrêt, fixateur. La nouvelle génération est résolument numérique, les yeux rivés sur les écrans de leur Mac, dérushant leur RAW dans Lightroom ou Aperture. Je les observe qui suivent sagement les sessions sur le stand Adobe. Aucun doute possible. La génération numérique est en ordre de marche et finalement, c’est plutôt une bonne nouvelle. La relève est assurée…





Ensuite Nikon. Comment douter une demie-seconde de ce qui va déferler en matière de reflex et d’optiques professionnels signés Nikon ? D’abord, un successeur plus que probable à l’excellent D700. Il avait hérité de fonctionnalités de son grand frère D3, on peut imaginer sans peine des specs héritées du génial D3s, en particulier au niveau de le gestion des sensibilités. En vérité je vous le dis. Le successeur du D700 va faire très, très mal, car Nikon est prêt à nous proposer le reflex ultime tout en voyageant léger. Et puis évidemment, on lorgne du côté du D4 et là encore on peut s’attendre à l’accord parfait, avec une liste de specs longue comme le bras. Du côté des optiques, aussi, il y aura sans aucun doute du lourd. Nikon va chercher à combler son retard en la matière. Les sorties récentes du 70-200 2,8 VRII, du 24 f1,4, du 16-35 f4, du 300 f2,8 VRII, du 200-400 f4 II, … étaient déjà un signal fort. Le message est clair : en matière d’optiques il faut aussi désormais compter sur Nikon. Message reçu.








