Octobre rouge. Canon annonce EOS 1DX et retrouve la capacité à donner envie.

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Coucou.” C’est avec ce seul mot, dont je mesure, soyez-en assuré, toute la sympathie mâtinée d’une douce et aimable ironie, que Canon France m’a réveillé ce matin et sorti de ma léthargie et de mon sommeil. Suivait un lien Twitter que je me suis empressé de cliquer, évidemment. Il ne s’agissait pas d’un coucou comment que ça va la p”tite santé ce matin ? Non, plutôt d’un coucou nous revoilou. Comme un signe, un Marty Mac Fly annonçant à Doc qu’il est de retour du futur. Canon frappe fort (c’est rien de le dire) en annonçant rien de moins que son nouveau haut de gamme, nommé EOS 1DX. Oubliées les numérotations, il y a dans ce X une part de mystère et de puissance, une quête vers l’absolu, le souci de perfection. Alors bien sûr, tout ceux qui ont croisé le chemin de Canon, qui se sont réjoui, qui ont parfois souffert, se demandent aujourd’hui si ce X signe une voie vers la rédemption, la renaissance. À parcourir la fiche technique, il ne faut pas être grand clerc pour réaliser que Canon a tenu compte des erreurs passées et appuie aujourd’hui avec une certaine délectation excatement là où ça faisait mal hier.

Les specs de la Génération X.
Exit la dualité de modèle, un reflex plutôt dédié sport d’un côté (série 1D, capteur APS-H), un autre plutôt studio de l’autre (série 1DS, capteur fullframe). Désormais un seul boîtier haut de gamme donc et j’ai envie de dire avec le meilleur des deux. Exit le capteur APS-H et ça, franchement, qui s’en plaindra ? Fullframe 24*36 pour tout le monde. Un double Digic V Plus, excusez du peu. Du côté de la définition Canon fait un mix entre 16 et 24mp, en proposant un capteur fullframe de 18mp. On respire, on se dit que Canon a tiré beaucoup de leçons du passé, retrouve une certaine voie de la raison. Au delà du constat, à y regarder de près, et même de très près, il est simple de réaliser que Canon a beaucoup travaillé ses points faibles et il nous tarde de voir ce que ça donne sur le terrain. Décryptage.

D’abord, l’autofocus. LE point noir chez Canon, j’ai envie de dire que l’autofocus était à Canon ce que Alésia était aux irréductibles gaulois. “Alésia ? Connaît pas Alésia !” Je me souviens d’avoir évoqué l’autofocus à un membre du staff Canon qui m’avait répondu, singulièrement agacé : “Dans l’temps ça existait pas l’autofocus et on vivait bien quand même !” Eh ouais. Autofocus, c’était l’Alésia de Canon sur 1D Mark III, sur 5D Mark II, ça pêchait grave. Donc l’annonce de ce matin et du système autofocus à 61 collimateurs n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd, je cite in extenso : “Doté de 41 capteurs haute sensibilité de type croisé, le système AF haute précision à 61 collimateurs assure une mise au point rapide et précise des sujets en mouvement, et ce, quelles que soient les conditions d’éclairage. Les 5 collimateurs AF centraux sont de type double croisé pour une précision accrue.” Rapide, précise, précision, mouvement, mise au point. Pour qui connaît bien la dialectique Canon (oui, modestement, c’est mon cas), on lit bien entre les lignes. Mais il y a mieux encore. Tenez-vous bien (tenez-vous mieux). Canon annonce avoir intégré un troisième processeur (Digic IV) entièrement dédié à la mesure de la luminosité et de la couleur (système de mesure AE RVB 100.000 pixels), afin (je cite) “de garantir une exposition très précise, pour des résultats naturels, même dans des conditions d’éclairage complexes.” Rien de moins, fermez le ban !

Le reste, ai-je envie de dire, à l’instar d’un Benjamin Castaldi d’opérette, c’est que du bonheur… Un mode rafale capable de monter à 14 images par seconde, pourquoi pas ? Si l’autofocus suit, la rafale risque de faire des heureux dans le petit monde de la photo de sport, de la photoanimalière, … La plage de sensibilités étendue à 204800iso, ça me fait un peu sourire, comme les 102400iso de mon D3s, d’ailleurs ! Honnêtement, si Canon est capable de produire une image propre et quand je dis propre c’est Monsieur Propre, hein ? Zéro grain, nickel chrome à 6400iso je paye le premier Breizh Cola. Bon en même temps, étant propriétaire d’un D3s, j’admets que la barre est haute. Le double processeur Digic V+ qui trône au cœur de la bête est capable de traiter l’image sur 14 bits, il est aussi annoncé comme réduisant le bruit à haut iso et ça, évidemment, ça cogne et on demande à voir. Du côté de la vidéo, fer de lance de Canon, on imagine l’aisance procurée par un processeur musclé, capable d’absorber un flux vidéo en full HD. En revanche on n’évoque toujours pas la capture vidéo en format RAW et pas non plus le mode AF vidéo.

L’instant X
Allez ! On ne va pas se voiler la face, c’est pas le genre de la maison. Canon n’avait rien proposé de plus enthousiasmant à mes yeux depuis très longtemps. Avec EOS 1DX, Canon remet les pendules à l’heure et c’est une excellente nouvelle pour tous les photographes, y compris ceux qui ont quitté la marque rouge, suivez mon regard. Parce que finalement, le message que nous passe Canon est clair. Autofocus très élaboré, gestion des très hautes sensibilités, double processeur musclé, omniprésence sur le segment vidéo, capteur fullframe, taille de capteur raisonnable, boîtier salement polyvalent, capable de shooter aussi bien en studio que sur le terrain avec un mode rafale tip top, … Soyons clair. Canon 1DX est une excellente nouvelle pour la photographie. C’est aussi un signe fort de la part de marque rouge, qui fait preuve de son extraordinaire capacité à rebondir, de sa faculté à renaître, à inventer.

J’ai en mémoire les propos tenus par un ami du staff Canon France, des mots qui reviennent en écho et qui prennent aujourd’hui toute leur signification. “Canon ne restera pas les bras ballants.” Il y a un peu plus d’un mois j’écrivais ceci : “Voyons les choses avec pragmatisme et sans cynisme aucun, sur le segment pro, Canon n’existe quasiment plus, virtuellement.” Décidément, les temps changent et il faut savoir suivre, évoluer, prendre acte ! Aujourd’hui, à l’annonce de Canon EOS 1DX et à la lecture des specs, on n’a tous qu’une envie. Avoir envie. Envie d’essayer ce boîtier, bien sûr. Envie de lever les bras et de faire une ola planétaire pour Canon. Parce que là, c’est clair. Canon is back. Et il va falloir compter sur l’instant X.

Canon EOS 1DX. Prix d’introduction 6800$, date de dispo mars 2012

La demoiselle et le dinosaure. Photographe est-il encore un métier d’avenir ?

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Elle s’appelle Juliane. Elle a quoi ? Une (toute) petite vingtaine. Je croise de temps à autre sa petite silhouette gracile au Run ar Puñs, une salle de concerts que je ne vous présente plus, à vous lecteurs assidus de Shots (en clair, les nouveaux, démerdez-vous hein !). Bref, hier soir, prenant son courage à deux mains mon cousin, la petite blondinette est venue vers moi d’un pas nonchalant mais néanmoins décidé à aborder le massif central. Il faut vous dire qu’avant un concert, je ne suis pas du genre très causant. Avant un concert, je rentre dans ma bulle, je me transforme, je deviens autiste, je suis ailleurs, dans un autre monde. Je n’entends plus, je ne capte plus l’entourage et c’est comme ça depuis toujours. Alors évidemment, m’approcher dans ces conditions n’est pas toujours aisé et si on ajoute à cela que je supporte très difficilement la présence de photographes dans mon premier cercle, le tableau est complet. À ce propos, je n’ai vraiment pas de bol. Quelque soit l’endroit où je pose mon sac, dans une salle, comme dans un pit, je peux être sûr que dans les cinq minutes qui suivent j’ai un ou deux photographes à mes basques. Il paraît que c’est ça la rançon de la gloire. Bref, la petite Juliane est venue taper la causette et je m’en vais vous en dresser le portrait.

Je ne connais pas la demoiselle, je ne connaissais pas son travail avant cette rencontre, je sais seulement qu’elle a choisi ce métier, comme d’autres choisissent d’être coiffeur, chirurgien, avocat, instituteur, puéricultrice, boulanger, camionneur, informaticien, infirmière, agriculteur, … Non. Elle, Juliane donc, elle a choisi d’être photographe. Un choix éminemment casse-gueule de nos jours, mais comme dirait Evelyne, c’est son choix. Et franchement, comment ne pas être touché, quand on est un vieux dinosaure en fin de cycle comme moi, quand on voit un jeune s’élancer dans la carrière quand ses aînés n’y seront bientôt plus ? D’autant qu’ici on a affaire à de l’authentique, à un vrai choix, un sacerdoce. Juliane, qui me semble avoir un caractère bien trempé, a fait les choses proprement, elle sera auteure-photographe, indépendante, comme Diego, libre dans sa tête et ça sera comme ça et rien d’autre. Pas évident comme choix et finalement assez couillu, comme quoi hein ? J’ai évoqué avec elle les difficultés de ce métier, l’indispensable nécessité de diversification. Aujourd’hui, être photographe de concerts ne nourrit pas son homme et encore moins sa femme et je sais de quoi je parle. Mais au fond, Juliane en est consciente et puis quand on sait shooter un mec qui bouge en tout sens dans un endroit où les lumières sont rares, on est finalement à bonne école. Si je vous parle de cette jeune fille qui a choisi ce métier magnifique, c’est parce qu’elle est confrontée aujourd’hui à une difficulté liée au nombre de prétendants à l’obtention du précieux sésame, de cette accréditation de plus en plus difficile à obtenir et pour cause… Et le nombre de prétendants est d’autant plus élevé qu’aujourd’hui tout le monde est plus ou moins photographe. Un petit reflex numérique (voire un gros) et en avant Guingamp !

Alors bien sûr, vous allez me dire, chacun est libre de vivre sa passion comme il l’entend. Après tout, pourquoi un boulanger, un camionneur, une institutrice, une puéricultrice, un avocat, une infirmière, … n’auraient pas le droit de faire des photos, simplement parce que ça lui plaît ? On est d’accord. Le problème c’est que tous ces braves gens pervertissent le système, occupent la place, squattent les spots, dilapident les accréditations et que les jeunes photographes professionnels, eux, ont de plus en plus de mal à obtenir une place pour simplement faire leur job, pour simplement croûter. Eh ouais ! Ajoutez à cela le paramètre financier qui permet à des gens ayant déjà des revenus réguliers de s’offrir le must des matériels et la boucle est bouclée. On est alors dans le paradoxe définitif. D’un côté des pros qui ne peuvent pas bosser et donc dans l’incapacité d’investir dans des matériels de plus en plus coûteux, de l’autre des amateurs jeunes cadres dynamiques qui s’offrent le gratin des matériels. Oui, parce que, accessoirement, quoiqu’on en dise, le matériel compte dans tous les sens du terme. Vous ne ferez pas une meilleure photo parce que vous avez l’élite du matériel entre vos mains, en revanche vous accèderez à certains types d’images avec les matériels qui vont bien. Essayez donc un Nikkor 14-24mm f2,8, un Canon EF 135mm f2 voire le nouveau Canon EF 8-15mm f4, montez ces cailloux sur des matos d’envergure comme un D3s ou un EOS 1D Mark IV et on va se comprendre… Alors comprenez aussi le désarroi des jeunes photographes professionnels. Non seulement ils en bavent des ronds de chapeaux pour investir dans du matos professionnel qui coûte cher (c’est rien de le dire) et en plus ils sont concurrencés par des gens dont ce n’est pas le métier et qui squattent les spots dans les salles de concerts et ailleurs et ce n’est pas le serrurier suisse, celui qui arrondit ses fins de mois et casse les prix du marché en tapant des photos de mariage à des prix ridiculement faibles, qui osera me dire le contraire. Il y a un gros malaise et il est palpable. Et je ne parle même pas de ce que deviennent les clichés. Pour reprendre une jolie expression lue ici, il suffit parfois d’une “petite gratouille à l’ego” pour que les photos faites par des amateurs d’images soient diffusées, relayées par des médias peu regardant sur l’origine des matériels, surtout lorsque ces médias peuvent toucher des clichés à titre gratuit. On ne me la fera pas. Autant je suis tout à fait disposé à donner un coup de main à un jeune qui démarre, autant il est définitivement hors de question pour moi de soutenir un jeune photographe dont ce n’est pas le métier. Que les choses soient claires. Je n’ai rien contre les boulangers, les avocats, les chirurgiens, les camionneurs, les institutrices, les puéricultrices et consorts qui pratiquent au jour le jour la photographie, mais je vous le dis clairement. Ce n’est pas votre job, ce n’est pas ce qui vous fait manger, quand vous squattez un spot ou obtenez une accréditation, vous occupez le terrain d’un professionnel et ça, c’est mal. Et encore s’agit-il là de court terme. Parce que si cette situation perdure et que l’on n’y prend pas garde, cette profession qui souffre est appelée à disparaître progressivement. Comme les dinosaures.

crédit photo : The Dø – Juliane Lancou

voir le site internet de Juliane Lancou

Un Nikon D800 au pied du sapin et un Nikon D4 en 2012. Et un nouveau processeur Expeed 3 ? Le point sur les rumeurs et l’avenir du marché du reflex.

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Vous sentez ? Non, vous ne sentez rien du tout parce que le blackout est total et que c’est la valse des clauses de confidentialité. Je ne sais pas, vous, mais moi je trouve que ça fait quand même un bail qu’on attend, non ? Et là je ne parle même pas uniquement de Nikon mais aussi de la boutique d’en face, chez Canon. C’est vrai, entre temps il y a eu cette terrible tragédie de Fukushima et la production nippone a pris un singulier coup dans l’aile. On a l’impression que les deux grands constructeurs mondiaux que sont Nikon et Canon (et inversement selon votre préférence) se regardent en chien de faïence, comme un duel au soleil sur Main street, attendant de savoir qui va dégainer sa nouveauté en premier. De vous à moi, je suis pour ma part infiniment moins intéressé par d’éventuelles annonces que je ne l’étais il y a encore un an. Depuis, de l’eau a passé sous les ponts et je vogue depuis lors en compagnie de Nikon D3s qui est définitivement le putain de reflex numérique que j’espérais. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, j’ai le privilège (oui, oui, c’en est un) de pouvoir tester des optiques d’exception quand j’en ai envie, ou le besoin (voire les deux) avec la complicité de mes camarades tout de jaune vêtus. Mais que voulez-vous ? On ne se refait pas et puis entre nous, aussi bon que soit ce D3s, il a quand même un travers de poids, si je puis me permettre. J’ai bien un Nikon D7000 en backup mais je ne peux pas vous dire la couleur qu’il a, car en bon boîtier backup qu’il est, il demeure dans sa boîte en attendant une hypothétique défaillance du grand frère, ce qui entre nous n’est pas prêt d’arriver. En plus, franchement, quand on passe ses nuits dans un palace au format FX (le fullframe made in Nikon) du calibre de D3s, on n’a pas vraiment envie de coucher dans un trois étoiles même très confortable mais au format DX, c’est humain. Certes. Mais… si Nikon avait l’intention de nous proposer un nouveau reflex, successeur de l’excellent D700, je tendrais volontiers l’oreille ! Un reflex pro fullframe qui pourrait s’appeler Nikon D800, qui embarquerait des fonctionnalités directement héritées de Nikon D3s voire plus si affinités ? Un boîtier plus fort, qui irait haut, plus loin, plus vite ? Et là, à l’instar de Pierre de Coubertin toujours prêt à participer aux jeux, je dis qu’on demande à voir.

Canon, Nikon. L’état des lieux.
Alors, il en est où, au jour d’aujourd’hui, le marché du reflex professionnel ? D’un côté il y a Nikon qui affiche une santé flamboyante, certains diront insolente, sur tous les segments de la photographie, plus de 25% de parts de marché en juillet 2011, excusez du peu. On a l’impression que Nikon n’a finalement que peu subi la crise, malgré la crise économique, malgré la crise boursière, malgré les cataclysmes naturels comme le tsunami. J’ai l’impression qu’à l’image des irréductibles gaulois qui ne craignaient qu’une chose, c’est que le ciel ne leur tombe sur la tête, les membres du staff Nikon ne redoutent qu’une chose, aujourd’hui, c’est de ne pas pouvoir fournir leurs clients dans les délais, tant la demande est forte. Nikon cartonne. C’est un fait avéré, non seulement sur le segment de la photographie professionnelle mais aussi, il faut le savoir, sur les segments grand public. Et en face ? J’ai envie de dire, avec une once de réalisme mâtinée de mélancolie, qu’en face, sur le marché de la photographie et du reflex pro, il ne me semble y avoir plus personne ou quasiment. Voyons les choses avec pragmatisme et sans cynisme aucun, sur le segment pro, Canon n’existe quasiment plus, virtuellement. Considérons son offre actuelle : un EOS 1D Mark IV (qui rappelons-le est doté d’un capteur non fullframe), un EOS 5D Mark II, seul reflex numérique fullframe de la gamme, un modèle vieillissant qui n’est toujours pas remplacé alors qu’il a été introduit voilà maintenant plus de trois ans. Sur le segment haut de gamme, Canon peine à annoncer un EOS 1DS Mark IV et souffre encore de l’épisode peu glorieux du 1D Mark III… Dieu merci, comme un petit miracle, l’intuition de Canon d’occuper le terrain de la vidéo avec un reflex numérique a été salutaire. D’ailleurs aujourd’hui, force est de constater que Canon ne communique plus que sur ce seul sujet, la vidéo. À ce propos, deux constats. D’abord, Canon a vu sa clientèle “historique” de clients photographes professionnels s’éloigner, au profit de Nikon (“et c’est rien de le dire” me disait un revendeur professionnel). Ensuite, la stratégie de repli sur le segment vidéo, ce que techniquement on désigne par “hybridation des médias” pourrait bien s’avérer particulièrement périlleuse à long terme pour la marque rouge. Vendre des reflex à 2000 euro pour combler les attentes des vidéastes de tout poil c’est bien, mais c’est aussi se tirer une balle dans le pied quand on sait que Canon est également un fabriquant de matériels vidéos de pointe. D’autant qu’on peut compter sur Nikon pour ne pas rester les deux pieds dans le même sabot et les bras ballants sur le segment de la vidéo et, à mon avis, de ce côté là aussi on peut s’attendre à quelques innovations musclées dans les mois à venir. Une réponse du berger à la bergère qui pourrait bien intervenir justement sur un D800 qui, pour le coup aurait tout d’un grand. Parce qu’en face de Canon et sa gamme pro réduite à la portion congrue, Nikon affiche une offre carrément musclée : D3x, D3s, D3, D700 et vient agacer Canon sur le segment expert de EOS 7D avec un D7000 qui collectionne tant les compliments des utilisateurs que les Awards, tout en étant d’un prix nettement plus abordable. Alors ? Vous sentez maintenant hein ? Comme moi vous sentez débouler Nikon qui a, face à lui, un véritable boulevard. Dans les mois à venir, je veux bien parier un Breizh Cola au bar du Vauban (à Brest) que les annonces vont vous donner le tournis… Nikon va nous en faire voir de toutes les couleurs.

Un Nikon D800 au pied du sapin, d’abord.
Mon petit doigt (qui en sait des choses) me dit que tout ceux qui attendent une annonce de la part de Nikon depuis des mois ne vont pas être déçus. Tout le petit monde des amateurs de jaune s’était un peu excité la calebasse avec des annonces fin août et il se murmure que peut-être la fin du mois de septembre (certains évoquent la date du 21) pourrait nous apporter de bonnes nouvelles. Puisqu’on en est au petit jeu des prédictions, pour ma part, je verrais bien une annonce Nikon (Allez ! Soyons fous…) vers le milieu du mois d’octobre, ce qui veut dire une disponibilité produit, en magasin, pour la fin de l’année. De temps en temps, il faut s’engager. Après tout, j’avais eu bon sur l’annonce de 1D Mark IV en octobre 2009 quand le reste du monde tablait sur mars 2010, non ? Franchement, j’y crois volontiers, je dis et je redis donc “annonce d’un successeur du D700 par Nikon à la mi octobre 2011 et dispo en magasin pour Noël” et c’est mon dernier mot, Jean-Pierre.

OK. C’est noté. Un Nikon D800 (ou Nikon D900, on ne va pas chipoter sur la dénomination) au pied de mon sapin, ça c’est fait. Reste à savoir les specs du boîtier en question et là encore on fonctionne à l’intuition et au recoupement d’informations. Nikon D800 sera un fullframe, évidemment. On l’imagine un poil plus musclé en pixels que son grand frère D3s et ses modestes 12mp, mais on connait aussi la prudence de Nikon sur ce sujet, alors je serais tenté de voir un reflex à 14 voire 16mp. Une gestion des hauts iso directement héritée du D3s et tout ce qui a déjà fait le succès des reflex Nikon, dont cet excellentissime autofocus. Mais finalement, c’est surtout à l’intérieur, au cœur de la bête, que l’innovation risque d’être la plus palpable, avec l’éventualité d’un nouveau processeur Expeed 3.

Expeed 3. Citius, Altius, Fortius.
expeed-3-un-nouveau-processeur-nikon-en-2011Plus vite. Plus haut. Plus fort. La devise olympique colle parfaitement à ce que Nikon pourrait bien nous concocter et par là-même nous annoncer. Rien de moins qu’un successeur à Expeed 2, l’événement pourrait s’avérer considérable car, on a tendance à l’oublier un peu vite, nos reflex numériques sont d’abord de véritables ordinateurs embarqués de traitement d’image et à l’instar de l’ordinateur qui trône sur mon bureau, ce qui fait la puissance et les capacités d’un appareil photo numérique tient dans son cœur, dans sa capacité à traiter l’image, plus vite, plus haut, plus fort. On ne sait rien ou quasiment du projet Expeed 3 mais on veut bien imaginer ce que Nikon gamberge dans le plus grand secret pour ce nouveau processeur, capable d’engloutir et de traiter de l’information avec infiniment plus de puissance et de performance. Et dans quel domaine a-t-on besoin de puissance, je vous le demande ? Dans le traitement du signal vidéo, pardi. Et là je sens bien que votre imagination se met à cavaler à la vitesse d’un cheval au galop, hein ? Un Expeed 3 capable d’ingurgiter de l’image c’est aussi la capacité d’enregistrer un flux vidéo en full HD avec un niveau de qualité jamais égalé. Fermez le ban. Et là vous me dites ? Un reflex numérique Nikon qui embarquerait des fonctionnalités liées à un nouveau processeur dont la capacité de traitement permettrait l’enregistrement d’un flux vidéo au format RAW, par exemple ? Vous y êtes.

Quarante jours de patience.
Vous sentez ? Bien sûr, maintenant, je suis persuadé que comme moi, vous sentez le coup venir. Il se prépare quelque chose de gros, de monstrueux du côté de chez Nikon. Un nouveau reflex pro fullframe d’ici Noël, peut-être équipé d’un nouveau processeur Expeed 3, sur ce coup-là je veux bien miser mon D3s et mes optiques Nikkor et une annonce d’ici mi-octobre. Des fonctionnalités en terme de vidéo et à ce chapitre je sens bien la volonté de Nikon de taper un grand coup, histoire de faire vaciller le quasi monopole de Canon sur son socle. Mais l’histoire ne va pas s’arrêter là, évidemment. On espère que la marque rouge saura réagir en présentant un hypothétique EOS 5D Mark III et un EOS 1DS Mark IV. De toutes façons Canon n’a pas le choix, ils doivent réagir car les coups de butoir de Nikon sont sévères. Contrairement à l’adage cher au cœur de l’estimé Pierre de Coubertin, dans ce monde industriel l’important n’est pas de participer, mais de gagner… D’autant que 2012 apportera aussi son lot de nouveautés, avec l’annonce plus que probable d’un Nikon D4 qui doit être prêt et dispo dans les sacs des reporters photos pour les Jeux Olympiques de 2012 à Londres, en été. Les mois qui viennent s’annoncent excitants pour tout ceux que la photographie numérique passionne. Alors, plus que jamais… Stay tuned !

Festival les Vieilles Charrues 2011. Kerampuilh, c’était demain.

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On attend ce moment toute l’année et arrivé comme aujourd’hui à la veille du festival, il y a comme une douce quiétude qui a fait place à l’angoisse des semaines précédentes. Voilà. On y est. Demain je signe pour le Festival des Vieilles Charrues 2011, vingtième édition, la huitième pour moi en temps que photographe officiel. Ça, des photographes, dans les jours qui viennent, c’est pas ça qui va manquer, on va en voir partout, surtout dans le pit de la grande scène à Glenmor. Si vous voulez voir du matos, du gros, du lourd, du tatoué, c’est là qu’il faut être. Aucun doute possible, pour voir du matos photo, la fosse de Glenmor à Carhaix en juillet, c’est vachement mieux que le Salon de la Photo Porte de Versailles à Paris en octobre. À l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai pas encore ma feuille de route. Comme chaque année j’ai listé mes concerts probables et comme chaque année il me faudra réduire la toile et les ambitions qui vont avec. Les timings seront serrés, comme toujours. Par exemple, le vendredi où l’un de mes groupes chouchous, The Octopus (vainqueurs du tremplin des Jeunes Charrues l’an passé) ouvriront à Kerouac alors que mes potes brestois de Siam seront à Gwernig (ex-Cabaret breton) exactement au même moment. Pour shooter les deux, il va y avoir du sport.

Hier soir j’ai fait un check du sac, comme tous les ans. Cette année, je vais voyager beaucoup plus léger que l’an passé où j’embarquais deux boîtiers Canon, dont l’un (un excellent EOS 1D Mark IV) était en test en partenariat avec la marque rouge. Après avoir finalement décidé de switcher pour Nikon au début de cette année, c’est avec mon reflex Nikon D3s que je vais arpenter la plaine, amenant avec moi mes deux cailloux de prédilection. D’abord le fabuleux Nikkor 70-200 2,8 VRII, mon optique de référence, ensuite l’étonnant Nikkor 24-120 f4 qui ne cesse de m’époustoufler. Pouvoir couvrir les focales de 24 à 200 avec deux optiques, c’est le bonheur, non ? Et puis cette année, quand même, il fallait bien que je profite de l’événement que sont les Vieilles Charrues et du fait que Nikon France est partenaire du festival (oui, j’y suis un peu pour quelque chose et je n’en suis pas peu fier, de ce rapprochement entre mon festival et la marque jaune) pour solliciter un test grandeur nature. Pour Nikon je vais donc tester le discret doubleur de focale TC20-EIII. Un accessoire discret, léger, petit mais costaud. Grâce à lui, le 70-200 double sa focale (mais perd deux diaphs), je vais donc couvrir les focales de 24 à 400 avec deux optiques et demi.

Quoi d’autre d’essentiel dans mon sac Lowepro Topload cette année ? Pas grand chose à vrai dire. Nikon D3s embarque deux cartes Sandisk Extreme 32G et une carte 16G en secours, au cas où. Mais avec une capacité de plus de trois milles clichés (au format RAW) par jour, je ne risque pas la saturation, d’autant que cette année le mot d’ordre est “zen”. Ma bretelle Fnac pour mon pass, quelques pansements pour les pieds en cas d’ampoules, mes bouchons d’oreilles, ma sangle Optech, des lingettes Vu pour nettoyer mes optiques. Mon flash Nikon (SB900) que je n’utiliserai sans doute pas, quelques cartes de visite, une mini lampe torche Nitecore waterproof qui éclaire mieux qu’une énorme Maglite et qui tient dans ma poche. Last, but not least, mon médiator fétiche, qui m’accompagne à tous les concerts et qui m’avait été offert par Sammy, mon guitar hero de feu Matmatah, après un concert épique.

Zen et léger, c’est le mot d’ordre pour cette édition 2011. Je vais sans doute m’intéresser un peu plus aux festivaliers cette année, si mon planning m’en laisse le temps, profiter pour aller rencontrer des gens, parce qu’au fond, ce festival des Vieilles Charrues n’existerait pas sans son public et sans ses bénévoles non plus. J’irai voir le mythique tirer de charrue mené de main de maître par les frères Morvan, j’irai boire un verre de lait avec les jeunes agriculteurs et comme chaque année je n’aurai pas le temps de manger des patates au lard. Je sais déjà que les quatre jours qui viennent vont filer comme l’ombre et que lundi on aura tous le blues. On comptera alors les jours qui nous sépareront de la vingt et unième édition des Vieilles Charrues… Mais ça, gast ! On n’y est pas encore ! Demain c’est le début de la fête. Si vous me croisez, sur la plaine, faites-moi plaisir ! Venez me voir. Je ne vous garantis pas qu’on aura le temps de boire une Coreff ou un Breizh Cola, mais on aura sûrement le temps de faire une petite photo souvenir…

Nikon D3s. Le premier jour du reste de ma vie.

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Bien sûr, à tout prendre, je préfèrerais éviter de tomber dans le lyrisme. Mais, pour un photographe, toucher un boîtier comme le Nikon D3s, on dira ce qu’on veut, ça n’a rien d’anecdotique. C’est un signe, fort. D’abord parce que ce reflex n’est carrément pas un boîtier comme les autres. Ensuite, parce que finalement changer de marque, après trente cinq années passées à shooter en Canon, fut finalement beaucoup moins douloureux que je ne l’avais imaginé. Il faut dire que l’ambiance, l’escapade à Paris (sous la pluie), les sourires de part et d’autre, ont largement contribué à faire de ce changement un passage en douceur. Retour sur un voyage à Paris, comme un road trip, ponctué de visages, de sons et d’ambiances.

Espace Pro Nikon. 100% Nikon. 100% professionnel.
Jeudi matin. J’arrive à l’Espace Pro Nikon, Boulevard Beaumarchais. J’ai repéré le logo jaune, de loin. J’entre dans la boutique, le gars me demande si j’ai une carte NPS, je lui répondrais bien que pour ça, il faudrait d’abord que j’ai du matos Nikon, mais non. La pluie incessante qui tombe sur Paris a refroidi mes ardeurs de comique troupier. En plus, on me fait remarquer que l’Espace Pro, c’est juste à côté. Une porte sans poignée, qui donne sur un petit couloir. Un client, déjà à l’intérieur active l’ouverture, c’est pas Nikon, c’est une agence de la Banque de France ! Une fois à l’intérieur, c’est un peu exigu. On devine l’atelier derrière et un technicien qui s’active à nettoyer les capteurs où à dépanner un boîtier, à calibrer une optique. On ne peut qu’applaudir à deux mains l’initiative de Nikon qui, avec cet espace 100% dédié aux professionnels, affiche et confirme ses ambitions de leader sur le segment pro. Rien de plus rassurant, finalement, de savoir qu’un espace est à votre disposition pour une intervention rapide, un prêt de matos. Il en est de la photo comme du spectacle : the show must go on. Dans l’espace pro, deux photographes papotent sur les vertus du D3s et un ange passe. Gestion des hautes sensibilités, il paraît que… J’ai juste envie de leur dire que non, il ne paraît pas, que c’est une réalité et finalement non. J’attends sagement mon tour. Je rencontre le responsable du lieu, qui n’est autre que Guillaume Cuvillier (ex “Le Photographe”) . Je viens restituer le D3s et le 70-200 prêtés par Nikon France pour la réalisation de clichés tests sur le concert de -M- aux bénévoles des Vieilles Charrues. “Alors ?” me glisse Guillaume, l’œil visiblement aussi enthousiaste que moi sur ce boîtier hors norme. Alors, il n’y a rien de plus à dire, je me dis seulement que dans moins d’une heure j’en aurai un bien à moi, alors à quoi bon répéter que D3s est selon moi le meilleur reflex pro numérique du marché ? Acheter un boîtier en ayant l’assurance absolue qu’il est LE boîtier qu’il vous faut est un luxe que je souhaite à tous les photographes professionnels. Je quitte donc l’Espace Pro Nikon le sac vide et le cœur léger. Dehors, extérieur pluie, une pluie drue et sale, rien à voir avec la pluie brestoise, délicate et légèrement iodée.

La boutique Nikon vaut vraiment le détour.
C’est une petite boutique rue de Courcelles. Ici, chaque mètre carré est optimisé. Un comptoir, une vitrine et du matos Nikon, partout. C’est Jean, le patron de l’endroit qui m’accueille. On sent le gars avenant, souriant, enthousiaste et surtout, surtout, compétent. Très compétent. Il sait que je viens chercher ma commande, on papote un peu, j’évoque les optiques et je sens bien que le gars n’a pas fait que lire les fiches techniques, il connaît Nikon sur le bout des doigts. Sur le D3s on ne dira rien, aussi convaincus l’un que l’autre que la quasi perfection ne se commente pas. Jean s’éclipse un instant pour aller chercher mon matos. Derrière moi, il y a la vitrine du matériel d’occasion, je vois un Canon EF 400mm f2,8 à moins de 3000€, des boîtiers argentiques, numériques Pentax, Nikon, Canon, pour tous les goûts et à tous les prix. Si vous cherchez du materiel photo d’occasion, un conseil judicieux ou un vrai pro sur Paris, la Boutique Nikon c’est une adresse que je vous recommande ! Jean déballe le D3s, je découvre le boîtier qui va m’accompagner dans les quelques années qui viennent. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, la batterie est en place et Jean checke le paramétrage de la version française, met en place le 70-200 et me tend la bête, histoire de valider l’autofocus. Premier contact avec mon nouveau compagnon de route et premier constat : les D3s sont tous aussi lourds ! Le poids c’est le prix à payer pour embarquer cette machine, c’est aussi un argument rédhibitoire qui en interdit l’accès aux fillettes : trois kilos à bout de bras minimum. Pour moi, pas de souci. D3s ou 1D Mark IV, c’est du pareil au même, du moins en terme de poids. Je quitte la Boutique Nikon, il ne pleut plus. Lumière fade, ça ne donne pas envie de faire des photos. De toutes façons, la batterie est à son minimum et la première charge durera plusieurs heures…

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Acheter une Chestvest de Newswear. Ou pas.
Vendredi matin. Direction Bastille et l’objectif du même nom. Je connaissais Objectif Bastille de (bonne) réputation mais je n’avais jamais mis les pieds dans la boutique. Un long couloir, des photos exposées sur les murs et on accède à un grand show room. Ambiance studieuse. Un vendeur s’approche, sympa, très cordial. Je lui dis que viens voir et essayer si possible une chestvest de la marque Newswear. Voilà quelques années que j’entends parler de ce harnais made in USA équipé de poches ventrales qui permet de transporter et d’accéder aisément à son boîtiers et optiques. Je tombe ma veste Carhartt et j’enfile non sans peine le harnais qui est réglable en largeur et en hauteur, permettant à chacun de positionner son matos à la hauteur qui lui convient. L’accès aux poches ne me semble pas ultra-pratique, je me sens un peu engoncé dans le système et finalement assez peu libre de mes mouvements, paradoxalement ! Mais le pire est à venir. En fait le D3s n’entre pas, carrément pas dans la pochette prévue à cet effet. En forçant un peu, on peut finir par réussir à le glisser mais je me dis que sur le terrain, si je dois mettre deux plombes avant de dégainer mon boîtier, c’est mort ! Parce que, évidemment, les pochettes permettent de loger le matériel démonté, il faut donc sortir le boîtier, puis sortir un caillou, puis procéder au montage. Pas bon feeling, d’ailleurs le vendeur acquiesce, ça ne colle pas. Il me montre un étui holster de chez Think Tank qui se porte à la ceinture, au ceinturon plutôt d’ailleurs ou en utilisant une ceinture adaptée, qui me semble assez pratique mais finalement assez proche de mon étui Toploader de chez Lowepro. Bon, ce n’est pas aujourd’hui que je vais trouver le produit idéal. Je suis déçu par la chestvest, d’autant qu’elle n’apporte aucune protection pour le matériel. En clair, si le photographe fait une chute, c’est le matos qui est en première ligne et qui déguste, sans compter les dommages collatéraux sur le photographe lui-même. Je continuerai donc à porter mon matos sur le dos dans des sacs Lowepro matelassés et protecteurs, ou des pochettes de ceinturons sécurisées pour mes cailloux. Deux leçons à retenir. 1- Ne jamais acheter un système de ce genre sans l’avoir essayé. 2- Toujours faire confiance à des vendeurs qualifiés comme deux d’Objectif Bastille.

2011. L’année du plaisir.
En quittant le service presse de Nikon, on évoquait l’année 2011 et je leur disais que pour ma part j’ai placé cette année sous le signe du plaisir. Essayez, vous verrez, ça donne vraiment le sourire. J’ai mis du temps avant de trouver un boîtier numérique avec lequel je sois en phase. Voilà deux mois que je travaille avec du matériel Nikon, un mois passé avec un D3s, un 70-200 2,8 VRII et un excellent 24-120 f4. On me pose souvent cette question qui revient comme un leitmotiv. Est-ce que la matériel c’est important ? Non ! Ce qui est important, dans la mesure où votre boîtier est censé être le prolongement de votre œil et de vos envies, ce qui est vraiment important c’est vous. Si je peux vous donner un bon conseil, c’est de toujours essayer votre matériel avant de l’acheter, soit en vous faisant prêter du matériel par votre revendeur, soit en le louant. Il y a tant de paramètres, il y a autant de boîtiers potentiels que de besoins. Si vous faites de la photo animalière vous n’avez pas les mêmes besoins que si vous faites de la photo architecturale. Si vous voulez faire du portrait en studio, vous n’avez pas le même cahier des charges qu’un photographe de concert. En photographie numérique, il n’y a rien de définitif. Et c’est même ce qui en fait son charme. Faites de bonnes photos, prenez du plaisir.

Et bonne année 2011 !

voir le site de la Boutique Nikon
voir le site Objectif Bastille

Un bout de chemin avec Nikon.

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Voilà. Tout est dans le titre. Après mûre réflexion (doux euphémisme), une réflexion entamée sur un échec, le premier en plus de trente années passées à shooter avec du matériel Canon, j’ai décidé d’aller voir, pour reprendre une expression courante, si l’herbe est plus verte dans le pré d’en face. Ceux qui me connaissent bien savent que cette décision a été extrêmement difficile à prendre tant le lien, les habitudes culturelles, le feeling entretenu avec Canon sont profondément ancrés en moi. Mais il arrive un moment où il faut regarder la vérité en face, mettre de côté l’affectif qui nous trouble la vue et fausse nos jugements. Il arrive un moment où on ne se sent plus à l’aise dans son travail au quotidien, un moment où le matériel ne vous suit plus. Et au fond, que demande un photographe à son matériel ? Que demande-t-on à son boîtier ? C’est simple. Qu’il fasse ce qu’on lui demande de faire. Qu’il me suive, jusqu’au bout de mes envies, même si mes envies sont incohérentes. Quand j’ai un reflex en main, je suis comme un patron pêcheur du Guilvinec, comme le gars du Conquet qui part le matin pêcher du bar du côté des déferlantes de la pointe du Raz. C’est moi le patron à bord, le seul maître après Dieu. Si je décide d’être sous-ex, d’aller chercher de l’image là où il y a zéro lumière, c’est comme taper une vague de face. J’en prendrai peut-être plein la gueule mais c’est parce que je l’aurai choisi. Ce que je demande à mon outil, c’est qu’il me suive. C’est pour ça que je ne bosse qu’en mode manuel et que, lorsque les lumières sont quasi nulles je déverrouille l’autofocus. Mais nom de Dieu, je veux que mon matos me suive. Est-ce que je suis une exception ? Pensez-vous ! Depuis que Shots existe, si j’ai reçu quelques messages d’insultes (oui, c’est fou comme la passion de certains amateurs peut aller jusqu’à la déraison), j’ai aussi croisé des photographes professionnels qui étaient en phase avec ma façon de voir, pour une raison toute simple. Parce que notre préoccupation est la même. Quand je couvre un concert, quand un reporter couvre un drame humain, quand un photographe de mariage réalise des photos d’un couple, quand un photographe sportif shoote une rencontre de foot, quand un photographe underwater croise une murène, quand un photographe couvre le défilé du 14 juillet sous la pluie, … Le paramètre de l’erreur technique n’est pas admis et plus que jamais le boîtier reflex porte bien son nom. Muse en concert, le match de foot, le mariage, les crocs de la murène, le défilé du 14 juillet sous la pluie, ces instants-là sont uniques. De deux choses l’une. C’est dans la boîte. Ou pas.

Pourquoi j’ai choisi Nikon D3s ?
À question simple, réponse simple. Parce que Nikon D3s est le meilleur boîtier reflex professionnel numérique du marché. Pour être un peu radical, faire taire ceux qui seraient tenter de contester cet état de fait, j’ai envie de leur dire que si vous ne pensez pas que D3s est ce qu’il est, en clair le meilleur reflex actuellement disponible, c’est que vous ne l’avez jamais eu en main, tout simplement. J’ai testé Nikon D3s à deux reprises. D’abord fin 2009, à sa sortie. Au salon de la photo, j’avais approché le boîtier et déjà j’avais été impressionné par son design, son ergonomie, à tel point que j’avais lancé en blaguant que ce boîtier avait été conçu par Nikon pour un mec comme moi et que tiens, à Noël, je testerai bien l’engin, sur mon terrain. Et le staff Nikon avait répondu “Chiche !” C’est comme ça que j’en suis arrivé à tester D3s, sa capacité à monter haut, très haut, en iso. D’ailleurs, souvenez-vous du comparatif sur la gestion des hautes sensibilités de D3s et du 1D Mark IV, publié ici-même sur Shots… Avec le recul, je me dis que finalement je n’aurais jamais dû mettre en avant la supériorité de D3s sur ce point précis. Simplement parce que la gestion des hauts iso était un argument décisif souhaité par la direction de Nikon alors que ça n’était pas du tout une priorité pour Canon. Un an a passé. Un an durant lequel j’ai pu tester l’excellent 1D Mark IV, dont j’ai écrit ici qu’il est capable de flamboyance, surtout avec de la lumière. J’avais été agacé par les propos tenus par Rob Galbraith, quand il disait que Canon n’en n’avait pas fini de ses vieux démons, faisant référence aux problèmes d’autofocus. Je n’avais pas réussi à reproduire ou à stigmatiser ces problèmes, pour une raison toute simple. Mes tests étaient réalisés en plein jour ou avec des plans de feux monstrueux (comme aux Vieilles Charrues). Dès que la lumière décline, les problèmes se révèlent. Avec D3s, c’est l’inverse. Plus la lumière décline, plus le boîtier Nikon se transforme en oiseau de nuit, plus sa capacité à transformer le moindre indice de lumière se transcende. D’ailleurs je garderai pour toujours en mémoire la photo de l’ours shooté en pleine nuit, avec pour seule source de lumière le clair de lune, un exploit signé Vincent Munier avec un D3s. Le genre de photo qui vous scotche autant qu’elle vous donne l’envie. L’envie d’y aller.

À la rentrée, j’ai repris contact avec Nikon. Pas pour remettre le couvert avec D3s, non juste pour tester une nouvelle optique qui m’intriguait beaucoup. Un 24-120 f4, une optique dont le lancement était entouré d’un concert de louanges. Je pensais ma demande restée lettre morte mais finalement j’ai reçu en novembre un D700 et un 24-120 f4. L’occasion de persister et de signer, non seulement sur la qualité du traitement nano-cristal appliqué à ce 24-120, le rendant aussi lumineux qu’une optique standard à f2,8 mais aussi de pouvoir tester, enfin ! Ce boîtier D700 que j’avais été à deux doigts d’acheter à l’époque du 5D Mark II. Petit aparté sur Nikon D700 qui est vraiment un excellent boîtier, compact, léger, performant. Quand Nikon va annoncer son successeur (le probable D800), il y aura d’excellentes affaires à réaliser en achetant un D700 neuf, car les prix ne manqueront pas de dégringoler. Mais revenons à D3s. En décembre dernier, j’ai reçu (pour mon anniversaire, mais c’était un hasard de calendrier) un D3s et un 70-200 2,8 VRII, histoire d’être équipé comme il faut pour aller shooter l’ami -M- (et les kids de The Octopus, vainqueur du tremplin des Jeunes Charrues), sur le concert privé donné aux bénévoles des Vieilles Charrues. Je crois que c’est ce soir-là que s’est produit le déclic.

Dans la fosse, j’ai shooté Matthieu Chédid. Zéro stress. En cinq minutes à peine, j’étais dedans. J’ai fait assez peu de clichés et j’ai très peu checké mon écran de contrôle, parce que je savais que c’était dans la boîte. Ce soir-là, j’ai fait des clichés vraiment borderline, en matière de lumière, mais je sentais intuitivement que c’était bon. J’ai été éberlué par la capacité de l’autofocus de D3s à aller chercher le point, à l’accrocher, même dans des conditions vraiment limites. Je voyais la pastille s’allumer dans mon viseur et je me disais “mais comment il fait, bordel ?” J’étais tout à mes cadrages, je ne me prenais plus le chou de savoir si l’image serait nette, je savais que mes images seraient nettes, propres, piquées. Le reste c’est du bla-bla. J’ai dérushé mes images sur place, pour une validation immédiate par la prod. J’étais emmerdé parce que j’avais vraiment beaucoup de matos, il a fallu faire un gros tri. Finalement, j’ai gardé un gros paquet de clichés classés cinq étoiles dans Lightroom. Plus tard j’ai envoyé trois ou quatre images à Nikon France pour illustrer l’article que j’avais écrit pour le Nikon Hub. Un membre du staff Nikon, avec qui j’évoquais mon concert couvert avec le D3s me dit : “J’ai le sentiment, en voyant tes photos de -M- que le photographe n’a pas trop souffert !” Avant d’ajouter cette précision définitive : “Un sentiment d’unité entre l’homme et la machine.” Fuck me twice on sunday ! Tout était dit. Et si, au fond, la photographie se résumait à cela, hein ? Une unité entre le photographe et son reflex. Après le concert de -M- je savais déjà que j’allais choisir Nikon D3s.

Choisir ses optiques.
Quitter Canon, c’est une chose. C’est aussi quitter une gamme d’optiques remarquable, même si Nikon a fait un travail important dans ce domaine et finalement, à y regarder de près, je retrouve mes focales de prédilection chez Nikon, à commencer par le 70-200 2,8 VR II qui, lorsqu’il est monté sur un D3s est capable de produire des images d’un raffinement absolu. Je vais aussi embarquer le 24-120 f4, une optique lumineuse qui produit de belles images nettes et piquées dès f4 avec une longueur de focale qui pour moi frise la perfection, en particulier dans des salles de tailles réduites. Pouvoir tabler sur un vrai grand angle jusqu’au petit télé-objectif, le tout sans changer de caillou, c’est cool non ? Ah oui, bien sûr, certains puristes vous diront qu’on est à f4. Et alors ? Shooter à f4 quand vous disposez d’un boîtier capable de générer une image à 12800iso sans grain, what else ? D’ailleurs, dans un second temps, j’aimerais assez disposer d’une plage de focale encore plus large. Nikon propose un excellent 16-35mm f4 qui partage deux atouts avec le 24-120mm : son ouverture à f4 (et le traitement nano-cristal qui réduit aberration et distorsion) et… son prix, relativement attractif. En parlant de prix, avec un coût de 600€ supplémentaire, j’opterai peut-être pour le Nikkor 14-24mm f2,8. Tous les photographes qui possèdent cette optique en parlent avec un soupçon de lyrisme dans la voix en la qualifiant d’optique d’exception. Je pense que ce qualificatif est largement mérité.

Quitter Canon, ses optiques et son velouté du même nom.
On n’arrête pas une histoire qui a duré trente cinq ans sans état d’âme. Je connais bien Canon. Je connais bien les matériels, leurs qualités et aussi leurs défauts. Avec l’épisode 1D Mark III, Canon a trébuché, entraînant dans sa chute beaucoup de photographes professionnels. Une erreur est toujours pardonnable. Ce qui le fut moins, c’est la façon dont Canon a géré la crise, en commettant des erreurs de communication, impliquant une stratégie de l’autruche singulièrement casse-gueule. En clair, Canon a répondu à ces photographes que si l’autofocus de leur EOS 1D Mark III ne fonctionnait pas correctement, c’est qu’ils ne savaient pas s’en servir correctement. Le genre d’argument qui passe mal auprès de photographes pointure king size comme Galbraith. L’air est connu. Les mauvais photographes blâment toujours leurs matériels. Et puis il y a eu 5D Mark II et le coup de génie marketing de Canon, consistant à détourner un boîtier reflex photo de sa fonction première, pour en faire un succédané de caméra vidéo. L’enthousiasme latent a couvert les coups de gueule des photographes pestant contre un autofocus erratique ou une capacité à cramer de l’image en sur-exposant de manière systématique, suivez mon regard. Je crois vraiment, aujourd’hui, que Canon est largué par Nikon, sur le segment photo numérique professionnelle. D’ailleurs, si je n’en n’étais pas convaincu, je n’aurais pas signé mon bon de commande chez Nikon. Il reste à Canon un glorieux passé, une gamme d’optiques sublimes, une gestion des couleurs qui lui est propre et de l’espoir pour croire en l’avenir. Ceux qui pensent que Canon est mort sont des crétins ! Canon a su montrer par le passé sa capacité à rebondir. Je veux bien parier que Canon ne restera pas les bras ballants devant Nikon. Rendez-vous dans les mois qui viennent pour l’annonce du successeur du 5D Mark II.

Le seul dénominateur commun tient en un mot : du plaisir.
Voilà, c’est fait. Le bon de commande est signé, dans quelques jours j’aurai mon D3s et mes optiques dans les mains. Je suis content parce que j’ai le sentiment d’avoir fait le bon choix, mais le paramètre décisif tient en mot. Le plaisir. Je ne sais pas vous, mais moi, je ne peux pas faire de photo si je ne suis pas heureux. Bien sûr, je peux photographier des gens que je n’apprécie pas le moins du monde. Mais dès que je sens qu’il se passe un truc, même avec des gens que je ne connais pas, alors là, ça devient magique. C’est pour ça que sur scène certains artistes me bouleversent, c’est là que la photographie prend vraiment tout son sens, sa pertinence, qu’elle devient le témoin d’un petit moment d’éternité. J’ai retrouvé avec Nikon le plaisir perdu avec Canon. Oui, je sais. C’est aussi radical que définitif, et pourtant si vous me demandez pourquoi je suis désormais équipé en jaune plutôt qu’en rouge, la seule vraie putain de raison, elle est là. Du plaisir. Ce reflex qui devient le prolongement de mon œil, de mes sensibilités, un sentiment d’harmonie, d’unité, une symbiose homme-machine. J’entame un bout de chemin avec Nikon mais je continue ma route. Ma façon de travailler ne va pas changer. Tout au plus je me sens mieux, plus confiant. Et la confiance, dans mon job, c’est important. La confiance c’est une forme de plaisir, un chemin vers la sérénité. Serein et zen, à l’image de ce chat, curieux, qui était venu m’observer pendant une session de travail. Il m’observait, assis sur son mur et se laissant photographier, il semblait me murmurer : “vas-y, fais toi plaisir.”

Canon EOS 5D Mark III, une annonce au CES en 2011.

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Ce matin, tout est calme. Le soleil perce un léger voile de brume, il fait beau sur Brest. Pas un bruit, pas un chat dans les rues, calme plat. Retour de réveillon. Silence radio. Dieu merci, il y a Twitter et Facebook où tu trouves toujours quelqu’un pour s’exprimer ou dire une connerie. Ah ! Merveille des réseaux sociaux où, selon l’adage qui n’aurait pas contrarié Michel Audiard, c’est pas parce qu’on n’a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule ! Ici une petite de dix sept ans qui est amoureuse de son nouveau boy friend (ça ne durera pas, mais à quoi bon la prévenir ?), là un ami qui s’émerveille sur sa nouvelle paire de pompes, plus loin les aventures de mon pote qui a célébré Noël en fumant un pétard par moins cinq à oilpé sur sa terrasse. Mais comment faisait-on sans Facebook et Twitter, je vous l’demande ma bonne dame ?

Et puis, au détour de deux banalités et d’une grosse blague, il y a, quand même, une info qui tombe sur Canon et qui annonce les specs d’un EOS 5D Mark III et ça, évidemment, c’est tout bon pour moi. D’instinct, en lisant la prose de mon cher et inénarrable Craig de Canon rumors (oui, parce qu’entre nous qui d’autre pourrait s’avancer sur une info aussi hasardeuse un lendemain de Noël, je vous le demande ?), je relance mon iTunes. Hasard de l’écoute, c’est le vénérable Frandol qui s’y colle avec une petite chanson aux textes ciselés comme lui seul en a le secret, une bluette dont le titre lui-même tombe à point nommé, la rumeur. En gros, ça raconte à peu près ça. Elle encore toute fraîche la petite nouvelle, elle excite les oreilles tendues. Faut voir comme elle se dépêche, la petite nouvelle, tu ne la perds pas de vue… J’aime beaucoup Frandol. J’avais découvert par hasard et pas rasé l’ex-leader du cultissime Roadrunner en écoutant une démo cinq titres qui incluait une reprise des papillons noirs (de Gainsbourg, précision inutile, mais bon… sait-on jamais), de Rose (sur un excellent texte de Miossec) et de cette fameuse rumeur. Finalement, hein ? C’est assez simple de lancer une rumeur, surtout sur internet. D’abord un bon titre, bien péremptoire, salement accrocheur, comme le titre du présent billet par exemple. On affirme bien haut, tout en prenant garde de préciser, finalement, qu’on n’est sûr de rien et même que, si vous me demandez mon avis, à moi… Bref, je dois à la vérité de dire que le procédé m’agace un brin. Parce que dire que Canon va annoncer un successeur à 5D Mark II en 2011, c’est un peu enfoncer une porte ouverte.

Reste à définir une liste de specs et là, évidemment, l’exercice devient un peu plus tordu. Est-ce que Canon va continuer sa fuite en avant en terme de taille de capteur ? Sur 5D Mark II on était à 21mp avec les galères que l’on sait, la grande question est de savoir si Canon va pousser le bouchon et proposer un 28mp ? Je crains que oui. J’ignore si la taille sera exactement de 28mp, mais je vois bien la marque rouge persister et signer dans la surenchère. Je pense que la scission entre Canon et son concurrent historique va être avérée en 2011, dans le sens où Canon va appuyer son discours sur l’argumentation vidéo. J’avais évoqué cette possibilité au salon de la photo avec le staff Canon, en prenant comme exemple le format RAW en vidéo. Réponse de Canon : “Pour enregistrer un flux vidéo au format RAW, il faut être capable de capter un débit constant à un certain niveau. On n’en n’est effectivement pas loin.” Comprendre on sait faire. De là à traduire on va faire il n’y a qu’un pas, que je me garderai bien de franchir.

Finalement, la grande question de l’année qui s’annonce, pour Canon, n’est pas tant de savoir si la marque rouge va annoncer un EOS 5D Mark III ou un nouveau haut de gamme 1DS Mark IV. Non. LA question est de savoir si Canon va continuer à produire du matériel photo pour les photographes professionnels ou si, progressivement, comme je le pressens depuis deux ans, elle va s’orienter vers le segment de marché vidéo initié avec l’avènement du 5D Mark II ? Car il faut bien se l’avouer, même si la vérité est difficile à entendre. Canon a perdu la bataille du marché pro du reflex numérique, face un concurrent qui a sans doute fait de meilleurs choix stratégiques en proposant une gamme de produits parfaitement adaptée à la demande du marché. Reste pour Canon une gamme d’optiques remarquable, une gestion de l’image qui n’appartient qu’à elle (oui, le fameux velouté Canon pour reprendre l’expression de Grémillot) et un récent sursaut avec le 1D Mark IV, qui sait produire de merveilleuses images (mais qui est gourmand en lumière) et surtout EOS 7D dont je ne cesse de répéter qu’il est ce que Canon a produit de meilleur depuis des lustres, sur des points qui lui faisaient cruellement défaut, en particulier un gain notable de performances sur l’autofocus.

Attention ! Scoop ! En 2011, Canon va sortir un successeur à EOS 5D Mark II. Est-ce que Canon va conjurer le sort et utiliser une dénomination Mark III qui ne lui a guère porté chance par le passé ? Franchement, de vous à moi, rien n’est moins sûr. Le japonnais est, paraît-il, très superstitieux ! Le truc c’est que l’épicerie d’en face ne va pas rester les deux pieds dans le même sabot. D’ailleurs, je me suis laissé dire que ses troupes sont déjà en ordre de marche avec des argumentaires salement bien affûtés. Comme je l’écrivais ici même, au cours d’une discussion avec un lecteur de Shots, j’ai la certitude que l’année qui s’annonce sera teintée de jaune, mais… Car il y a un mais. Canon a une capacité de rebondir qui ne cesse de m’étonner, il suffit de regarder ce qui s’est passé avec 5D Mark II où Canon a fait un carton sur le segment vidéo avec un boîtier reflex dont les specs photo se sont avérées finalement, avec le temps, assez pauvres (doux euphémisme). Canon a peut-être perdu une bataille, mais Canon n’a pas perdu la guerre, m’affirmait récemment un membre du staff Canon France, en paraphrasant Charles de Gaulle. Je ne demande qu’à y croire, lui ai-je répondu. Mais le doute m’habite, en paraphrasant Pierre Desproges.

Canon Expo 2010. Je ne suis pas de retour du futur.

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La nouvelle est tombée, sèche comme un coup de trique, sous la forme d’un email. “Votre TGV ne circule pas“. Solidarité forcée avec des cheminots, me voilà coincé à Brest, au début du monde, privé de Canon expo 2010. Dire que je suis un peu chonchon tiendrait de l’euphémisme. Comme toujours, c’est Shots qui va prendre, l’écriture sous forme d’exutoire ça sert à ça. Je m’étais fait une vraie joie de cette ballade parisienne, le temps de retrouver le staff de Canon France avec qui c’est toujours un plaisir de partager une certaine vision du futur. Las ! Un email de la SNCF plus tard c’était adieu veau, vache, cochon, couvée et réalité augmentée. Mais c’était sans compter sur le joyeux animateur et responsable new média de la marque rouge (hello Anthony !) qui nous a alimenté chaque jour, nous pauvres exclus de l’expo, de joyeuses images toutes plus fascinantes les unes que les autres, via Twitter. Ici un prototype de reflex numérique, là un capteur 80mp et encore ici des lunettes tout droit sorties de Retour vers le futur lorsque notre cher Doc Emmett Brown en revient, justement, du futur !

Le truc, c’est que le futur c’est fascinant, certes, mais franchement ce que Canon sortira dans trente piges, on s’en bat un peu les steacks. Parce que dans trente ans, au pire on aura plié les cannes et on bouffera les pissenlits au quotidien et par la racine, au mieux on sera tout vieux, tout sec et ça fera un bail qu’on trouvera EOS 1D bien trop lourd pour nos vieux os. Certains, par la grâce de Saint Alzheimer, ne se souviendront même pas qu’ils sont photographes et pour ceux qui auront encore une tête et des yeux, ils pourront tout au plus faire quelques photos avec leur Powershot 30 ou, pour les plus fortunés avec leur Leica M16. Non sans blague, comme disait Doc, le futur, on s’en balance. Ou alors, le futur simple. Celui qui arrive, là, à très court terme. Celui-là, oui, je vous le garantis sur facture, il va être absolument passionnant. Si vous observez bien le marché pro de la photographie numérique, vous devez pressentir qu’une bagarre se profile à court terme. Début 2011, on va être à la croisée des chemins, avec d’un côté Canon qui doit logiquement renouveler son modèle EOS 5D Mark II et en face, dans le même espace temps, Nikon qui doit en faire autant avec son D700. Passionnant, je vous dis. Nikon, loin devant sur le segment pro, qui a cumulé les réussites depuis trois ans, avec en point d’orgue D3s, le meilleur reflex pro du marché, ne peut pas nous décevoir. Je n’ose même pas imaginer ce que la marque jaune nous prépare, mais je peux fantasmer un peu. Un reflex fullframe léger comme l’actuel D700, embarquant un capteur un poil plus musclé mais pas trop (14 ou 16mp), un autofocus 51 points encore optimisé, des fonctionnalités directement héritées du D3s comme la gestion des hauts iso (on accédera sans aucun doute à 12800iso sans un pet de bruit) ou de la vidéo embarquée en full HD 1080/24 avec AF comme on l’a vu sur D7000 et j’en passe. Nikon surfant sur la réussite flamboyante, il va falloir s’y habituer. Canon en challenger, l’histoire ne nous avait pas habitué à ça, mais il en va ainsi dans tous les cycles industriels. Mais attention à ne pas vouloir jeter la marque rouge avec l’eau du bain. Le succès insolent de la boutique d’en face ne saurait masquer le retour en force de Canon, d’abord avec la sortie de EOS 1D Mark IV (putain de boîtier) sur le segment du reflex pro, une véritable machine de guerre numérique capable d’engranger de l’image à vitesse supersonique et puis EOS 7D, bien sûr. Certes Canon n’en n’a pas fini de ses vieux démons mais je suis convaincu que la marque est sur la voie de le rédemption. Et cette rédemption pourrait bien passer par le successeur de 5D Mark II, en 2011. Autant on peut raisonnablement entrevoir ce que Nikon pourrait proposer pour succéder à son D700, autant du côté de Canon c’est le blackout total. On espère de nettes améliorations sur les sujets qui fâchent (l’autofocus, entre autres, la gestion des hauts iso) mais on peut aussi s’attendre à des morceaux de choix du côté de la vidéo, un segment sur lequel l’actuel 5D Mark II a connu un succès inespéré. J’avais questionné Canon sur l’hypothétique implémentation du format RAW en mode vidéo et j’avais obtenu une réponse aussi claire qu’ambigüe “On n’en n’est pas très loin, finalement !” Et en même temps j’espère que Canon ne se bornera pas au seul segment de marché vidéo sur ce futur EOS 5D. J’ai confiance en Canon, en sa capacité à rebondir, à nous étonner…

• Rendez-vous au Salon de la Photo !
Dans trois semaines, du 4 au 8 novembre prochain, c’est le Salon de la Photo à Paris. J’espère pouvoir y aller, si les camarades cheminots veulent bien m’y transporter. Je ne suis pas sûr qu’on y glane des informations sur le futur simple de Nikon et Canon, mais le salon est une bonne occasion de prendre la température et de prendre un café avec les amis photographes. Non, plus sérieusement je reste convaincu que 2011 verra des annonces de part et d’autre, de la part des deux géants. En attendant, que cela ne vous empêche pas de sortir et de faire des photos. Demain, c’est votre futur. Et pour reprendre une pensée philosophique de Doc Brown “Le futur n’est que ce que vous en ferez !

Canon EOS 1D Mark IV. Mon été au bras d’une diva…

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J’ai passé mon été au bras d’une diva et ça, c’est pas donné à tout le monde. Quand je dis au bras d’une diva, c’est plus exactement au bout de mon bras droit, car vous l’avez compris, je vais vous parler d’EOS 1D Mark IV. Cet été, j’avais rendez-vous comme chaque année sur la plaine de Kerampuilh, faisant partie du staff des cinq photographes officiels du festival des Vieilles Charrues à Carhaix. Ah ! Les Vieilles Charrues ! La plaine de Kerampuilh, les scènes Glenmor, Kerouac, Xavier Graal. Les festivaliers, la Coreff, le Breizh Cola, les jolies déco de l’ami El Globos, le soleil, la pluie, le soleil, les bénévoles… Un jour il faudra que je vous raconte tout ça, l’attachement sincère, la relation unique, plus qu’affective, parfois déraisonnable que je porte à ce rendez-vous. D’ailleurs, au moment où j’écris ces lignes, je compte déjà les jours qui me séparent de la prochaine édition, la vingtième, qui va être, comment dire ? Monumentale ? Mais revenons à nos moutons. Pour cette édition 2010, Canon France m’a proposé d’embarquer avec moi un EOS 1D Mark IV afin de lui faire prendre l’air tonique du centre Bretagne, avec quelques optiques de bon aloi, doux euphémisme quand on connaît le calibre des optiques de la gamme L signée Canon. Le but c’était de confronter la bête sur le terrain et de lui en faire voir de toutes les couleurs, ce qui tombe plutôt bien. D’abord parce que la gestion des couleurs, c’est l’un des fondamentaux de la marque rouge, ensuite parce qu’avec Canon, on se disait que côté conditions de terrain, quatre jours de Vieilles Charrues, c’était plutôt un bon test. Ce qu’on ignorait alors, c’est que j’allais être largement servi, avec toutes les conditions qu’un boîtier reflex pro peut déguster en reportage (à part la neige). En revanche, de la pluie et pas pour rigoler, de la vraie pluie bretonne pur jus, de celle qui vous tombe sur la gueule par seaux entiers et vous détrempe jusqu’à l’os, le lendemain un grand soleil avec de la poussière, des projections de liquides en tout genre (Breizh Cola, Coreff), la totale. Ou la Bretagne, en résumé.

1D Mark IV, pour (enfin) oublier l’épisode précédent
Le challenge de Canon, en sortant EOS 1D Mark IV, était à la fois simple et complexe. Faire oublier, autant que faire se peut, l’épisode 1D Mark III. Est-il bien utile d’y revenir ? Tant cet épisode a apporté son lot de douleurs, non seulement pour les photographes professionnels équipés de ce boîtier mais aussi pour les membres de Canon. Car au delà des problèmes erratiques du boîtier (autofocus défaillant en mode AI servo, entre autres), le syndrome Mark III a endommagé en profondeur et sans doute de manière durable, mais pas irréversible, l’image de marque du constructeur japonais. De plus, il faut admettre que Canon n’a sans doute pas pris l’ampleur de la catastrophe et de ses conséquences à moyen terme, qui se sont traduites par un switch massif de photographes pros de la marque rouge vers Nikon. C’est dans cet état des lieux que Canon a lancé son nouveau haut de gamme reportage, 1D Mark IV, fin 2009, confronté à Nikon qui, à peu près dans le même temps, présentait son D3s. D’un côté une marque en crise sur le segment pro haut de gamme, de l’autre une marque proposant la quintessance du boîtier pro : Nikon D3s, merveilleusement polyvalent, dôté d’un autofocus redoutablement efficace, d’une gestion des hautes sensibilités particulièrement élaborée, la lutte s’annonçait difficile. Mais comme toujours en photographie, ce qui fait la différence, c’est l’oeil du photographe et l’expérience sur le terrain. Alors que l’ami Rob Galbraith claironnait à tout va sur son blog (avec, soit dit en passant, sans être mauvaise langue, de bien jolies bannières publicitaires Nikon) que 1D Mark IV ne réglait rien des problèmes de son prédécesseur, je me suis dit que la meilleure façon de marcher, comme disait feu ma grand-mère, c’était d’abord de mettre un pied devant l’autre. En clair, pour savoir ce que EOS 1D Mark IV valait ou pas, j’ai convenu avec Canon de l’utiliser, in situ, sur le terrain, pour l’appréhender dans sa globalité.

Prise en main du boîtier APS-H
Il m’est revenu le souvenir d’une discussion avec un photographe, pendant les Vieilles Charrues. En clair, le discours consistait à dire que le boîtier n’a quasiment pas d’importance, que l’élément essentiel c’est l’optique, parce que c’est par là que passe la lumière. Ah ! Si les choses étaient aussi simples… Quand on a en main un Mark IV, qu’on jette un oeil aux éléments de paramétrages ou plus prosaïquement qu’on travaille avec ce boîtier, on réalise à quel point on a entre les mains un véritable ordinateur embarqué, un générateur d’images numériques. Est-ce que le boîtier est important ? Tu m’étonnes, John ! En fait, l’ensemble est important, car une fois l’optique montée sur le boîtier, vous tenez entre vos mains un tout, et pour tout dire une machine ultime, surtout dans la configuration utilisée cet été : un EOS 1D Mark IV et un zoom 70-200 2,8L IS série II, sans aucun doute possible l’outil le plus abouti actuellement disponible chez Canon pour le photographe professionnel. J’ai travaillé en RAW avec des cartes Sandisk Extreme III 32Go et j’ai engrangé chaque jour un millier de clichés, entre la dizaine de concerts au quotidien et les photos de public et d’ambiance. À aucun moment je n’ai eu le sentiment d’être limité par le matériel. Petit détail à divulguer à propos de la batterie, dont le niveau de charge restait élevé, malgré une utilisation intensive, incluant les preview de clichés. Autre point, le format du capteur APS-H. J’ai toujours dit que j’aurai préféré un capteur fullframe mais finalement j’ai rapidement oublié que j’avais un coeff 1,3. Avant de partir sur les Vieilles Charrues, j’ai pratiqué 1D Mark IV pendant une dizaine de jours. En particulier je me suis posé une journée et je me suis mangé la doc (en entier) avec le boîtier sous la main, indispensable prélude. Et puis je ne voulais pas revivre l’épisode 2009 avec 5D Mark II, où ma méconnaissance du boîtier avait accentué le sentiment de malaise. À mon arrivée sur le site, j’avais le boîtier bien en mains, défini mes styles d’images, le paramétrage de l’autofocus, le copyright des images, etc… La prise en mains de Mark IV n’est pas aisée, elle nécessite vraiment une phase d’adaptation. J’avais été épouvanté par la médiocrité des premières images vues sur internet émanant des premiers tests du boîtier. EOS 1D Mark IV, comme les autres boîtiers, n’est que ce que le photographe en fait. C’est un outil. Si vous l’utilisez n’importe comment, vous allez droit à la chienlit. Quand je regarde les images des Charrues (Mika, NTM, Jamiroquai, Matthieu Chédid, Muse, Dutronc, entre autres) ou plus récemment ceux de la Fête du Bruit (Placebo, Status Quo, Morcheeba, Steel Pulse…) je me dis que tout compte fait, je n’ai pas trop loupé le coche.

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Piloter une V-max ou monter un pur-sang à cru
Avoir en mains un EOS 1D Mark IV c’est un peu comme piloter une Yamaha 1700 V-max, comme de monter un pur sang, à cru. De deux choses l’une. Vous savez faire et vous avez le sentiment de pouvoir aller au bout du monde, tout en vous sentant libre et en toute sécurité. Ou bien vous ne savez pas faire et au premier virage, à la moindre incartade vous vous cassez la gueule. En clair, ce boîtier est capable du meilleur, de l’absolu en matière photographique, produisant des images d’une pureté, d’une pertinence sans aucun équivalent sur le marché. Je voudrais que les choses soient claires. J’ai choisi de relater mon expérience sur le terrain avec ce boîtier en toute transparence. Je n’ai pas changé mes habitudes de prises de vue, j’ai bossé en mode M, one shot, collimateur central. J’ai utilisé certaines fonctions spécifiques du boîtier, comme la permutation automatique de collimateur. En clair, si EOS ne réussit pas à faire le focus avec le collimateur sélectionné, il utilise automatiquement l’un des collimateurs gauche ou droite (ou haut, bas selon le mode) par rapport au collimateur sélectionné. Du côté des sensibilités, j’ai fait avec la lumière. En plein jour, j’étais rarement au delà de 200 iso et compte tenu de la puissance des plans de feux des scènes des Charrues, je ne suis quasiment jamais monté au delà de 800 iso. Par exemple, sur Mika, les lights étaient tellement puissantes qu’on avait l’impression d’être en plein jour. La plupart du temps j’ai shooté en vue par vue, sur certains sets j’ai travaillé en rafale. Oui, parce que quand vous avez entre les mains une bête capable de cracher du 10fps, il faudrait être idiot pour ne pas vouloir tester, histoire de voir si ça étale. Je confirme, ça étale sans broncher ! Le côté pervers du mode rafale sur 1D Mark IV en one shot, c’est que si la première est bonne, il y a de grandes chances de se retrouver avec un paquet de bonnes images. Clairement, dans les conditions que je viens de décrire, quand j’ai chié une photo avec 1D Mark IV (oui, oui, ça m’est arrivé) c’était ma faute. Je ne peux pas honnêtement imputer une quelconque responsabilité au matériel, d’une régularité quasi métronomique. Le souvenir le plus marquant restera la validation de la tropicalisation sous un déluge de flotte pendant le set de Muse. La bonne vingtaine de minutes passée à photographier Bellamy and Co dans des conditions météo dantesques est un épisode mémorable. J’aurais amené 1D Mark IV sous ma douche que ça n’aurait pas été pire. J’avais un nuage d’eau entre l’oeil et le viseur, sur la fin du set j’avais le regard brouillé par les gouttes d’eau qui perlaient de mes sourcils. L’étanchéité et la tropicalisation de 1D Mark IV se sont avérées parfaites et tout le monde ne peut pas en dire autant. Après le concert, dans la salle de presse, de nombreux photographes y sont allés de leur sèche-cheveux. Techniquement, ce boîtier pro a tenu toutes ses promesses, pour moi, pour ma façon de travailler, produisant des images d’un dynamisme, d’une netteté sans pareil et surtout d’un rendu de couleurs éblouissant. Les rouges sont rouges et même dans des conditions d’éclairage habituellement complexes (des lights rouges justement), la précision de l’image demeure exceptionnelle. On ne répètera jamais assez : le rendu des couleurs Canon est somptueux.

Et pourtant…
Oui et pourtant, j’ai le sentiment que Canon n’en n’a pas fini avec ses vieux démons. Abordons les deux sujets qui fâchent. D’abord la gestion des hautes sensibilités. Ah ! Si seulement Canon était le seul constructeur sur le marché, si seulement Nikon n’avait pas créé D3s, on serait bien moins emmerdés. Mais Nikon existe et j’ai testé son D3s. Alors évidemment, dès lors qu’il s’agit d’évoquer les hauts iso, je ne peux que me remémorer mes tests avec D3s, en décembre 2009. En clair, j’ai écrit ici que je n’ai guère dépassé avec 1D Mark IV les 800 iso en festival, simplement parce que c’était inutile. Les tests réalisés en concert courant août avec des sensibilités plus élevées (jusque 3200iso) laissent clairement apparaître du grain, perceptible dès 3200 iso. Sur ce terrain, précisément, Canon est loin derrière Nikon, capable avec son D3s de produire des images propres jusqu’à 12800iso et acceptables à 25600iso. Pas plus d’ambiguïté sur le sujet de l’autofocus. En mode one shot, en bonnes conditions de lumière rien à dire. En revanche, le problème se complique de manière accentuée en mode AI servo, l’autofocus du Mark IV peut présenter un comportement erratique selon le déplacement du sujet et en conditions de lumières dégradées. Les lecteurs de Shots qui me connaissent auront noter la prise de pincettes dans mon propos. Pour avoir évoqué le sujet précis avec des sources autorisées, il en ressort que 1D Mark IV nécessite un paramétrage particulièrement pointu au chapitre autofocus AI servo. D’ailleurs ce n’est pas pour rien que Canon USA a édité, à destination des pros utilisateurs de 1D Mark IV (en particulier des photographes sportifs), une leaflet qui résume les réglages appropriés de l’autofocus en mode AI servo, selon le domaine d’utilisation. Cela consiste en particulier à paramétrer de manière adéquate les temps de réaction et de recalcul de l’autofocus selon l’environnement. En clair, un paramétrage si tu shootes du foot US, un autre pour de la natation, des sports mécaniques, du ski alpin, … Bon, OK, va pour la leaflet. Chez Nikon, pas de leaflet. Sur D3s, juste un AF 51 points qui étale en mode suivi dans toutes les conditions. Comme me le disait un bon ami photographe pro (équipé en Canon, il se reconnaîtra) : “tu prends un pékin lambda qui n’a jamais fait de photo de sa vie, tu lui colles un D3s en mode P entre les mains et tu l’envoies faire des photos. Bon, d’accord, le gars ne te fera pas du Cartier-Bresson, ça sera cadré avec les pieds, mais bordel ! Il te ramènera 100% d’images nettes !” En matière de photo, il y a aujourd’hui deux mondes. Il y a quelques mois j’écrivais que Nikon avait produit avec D3s le meilleur reflex pro du marché, je persiste et signe. D3s tient le haut du pavé pour le moment, mais…

En conclusion
Car il y a un mais. En photo, les choses ne sont jamais aussi simples qu’il y parait. Les deux boîtiers sont sur des axes de marché identiques, reflex pro, mais l’un est fullframe (D3s) l’autre est APS-H (1D Mark IV). D3s c’est 12mp quand 1D Mark IV affiche 16mp, alors, anecdotique la taille du capteur ? Sans doute, jusqu’au jour où vous avez besoin de cropper, de recadrer. Dans ce cas, comme l’aurait dit Monsieur de La Palisse, 16 c’est mieux que 12, quoiqu’on en dise. Côté optiques Canon, j’avais dans mon sac deux 70-200 2,8L IS (série 1 et série 2), un 24-105 f4 (nettement meilleur que ce qu’on m’en avait dit), un 135 f2 (Gérald Géronimi avait raison, quel caillou !) et un 16-35 2,8L. J’ai surtout utilisé le 70-200 2,8L IS serie II qui est comme le serie 1, un caillou exceptionnel, mais en mieux. Je ne savais pas que c’était possible. Chez Nikon, j’aurais pu avoir quasiment les mêmes optiques (le 70-200 2,8 VRII est également excellent) mais en payant un surcoût de l’ordre de 20 à 30%. Et là vous me dites ? Alors, tu fais quoi ? Je ne vais pas vous redire que je m’asseois le long du fleuve… Photographier, c’est prendre du plaisir, c’est restituer les couleurs, c’est témoigner de la vie. J’ai choisi de rester chez Canon pour trois raisons : le plaisir, la gestion des couleurs, les optiques. Et puis je connais bien la marque rouge, je connais sa capacité à rebondir, à ne pas rester les bras ballants. Est-ce que je vais acheter un EOS 1D Mark IV ? Quand je regarde le travail réalisé cet été, je me dis que oui, c’est sans aucun doute un boîtier pour moi.

Les mois qui viennent s’annoncent passionnants, tant chez Canon que chez Nikon. Regardez ce qui se passe chez Canon en ce moment. Des annonces d’optiques, un hallucinant zoom fisheye (8-15mm f4), un nouveau 300mm f2,8, un nouveau 400mm f2,8 et tout ça dans la gamme L, autant de signes qui ne trompent pas. Avec Nikon, qui comble son retard sur les optiques à vitesse grand V, le duel va être des plus rudes ! Nikon, encore, qui se positionne aussi sur le marché de la vidéo full HD, il suffit de voir son reflex D3100 d’entrée de gamme capable de taper du 1080/24, avec l’autofocus en mode vidéo à un prix absolument riquiqui (moins de 600€ TTC avec un 18-55), sans oublier le D95 qui devrait être annoncé dans une ou deux sermaines. En ligne de mire aussi, chez Nikon, un successeur au D700 et chez Canon un EOS 5D Mark III, je veux bien parier que ces deux-là, l’un comme l’autre, vont être é-blou-i-ssants ! Et puis, bien sûr, tous les pros attendent les annonces des deux gros morceaux, Nikon D4 et Canon EOS 1Ds Mark IV. Passionnants je vous dis. Stay tuned !

cliché inédit : Mika au festival les Vieilles Charrues, juillet 2010 (Canon EOS 1D Mark IV, EF 70-200 2,8L IS Serie II)

Canon annonce EOS 60D : 18mp, un écran orientable, vidéo full HD. What else ?

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Canon est rarement où on l’attend et a toujours eu une capacité à rebondir et à créer la surprise. Car franchement, de vous à moi, j’émettais de singuliers doutes, jusqu’à il y a peu encore, sur la possibilité d’un EOS 60D et je me demandais s’il restait un créneau de positionnement pour un boîtier reflex APS-C dans la gamme Canon, après l’introduction de l’excellent EOS 7D. Il faut croire que pour Canon la réponse est oui. Un héritier, arrière petit-fils de l’estimable EOS 20D, d’accord mais, comme disait Manu pour quoi faire ? En voyant les premières images du nouveau-né, la réponse saute aux yeux comme une évidence. De la vidéo. Avec son écran amovible, orientable, EOS 60D a sans aucun doute été conçu d’abord pour faire de la vidéo en full HD avant de faire des photos. En annexe au 5D Mark II ou pour permettre au plus grand nombre d’accéder au monde merveilleux de la vidéo en haute définition…

La vidéo, une divine surprise qui n’en n’est plus une
Car il faut savoir que la firme Canon elle-même, en intégrant des fonctionnalités vidéo full HD dans son reflex d’entrée de gamme pro EOS 5D Mark II, n’imaginait pas les répercussions que cette introduction allait avoir sur le marché même de la vidéo. Pensez donc ! Avec un investissement riquiqui, qui fait doucement marrer les vidéastes professionnels habitués à cracher des sommes nettement plus gonflées, on peut aujourd’hui bénéficier d’un matériel vidéo digne d’un prince du pétrole. Faites le calcul. Un EOS 5D Mark II et quelques cailloux d’exception (au hasard un 24mm, un petit 50 f1,4 et un magique 85 f1,2) capables de produire des images somptueuses, une carte de 32 Go, éventuellement quelques accessoires optionnels pour la prise de vue et la prise de son et vous voilà paré, équipé comme un chef op’ pour réaliser votre premier clip vidéo ou votre premier long métrage, pour un prix qui lui-même vous fera sourire. D’ailleurs, tout ce que le monde de la vidéo compte de meilleur s’est engouffré sur le segment de marché et sur ce coup-là, il faut bien avouer que même Canon a été pris à son propre jeu. Les aléas de son boîtier 5D Mark II sur le segment photo ont été totalement occulté par le succès rencontré sur le segment vidéo. De là à imaginer que c’est la vidéo qui sauve la mise de Canon, il n’y a qu’un pas que de nombreux experts sautent allègrement et ils n’ont probablement pas tort. Du côté de la maison d’en face, chez Nikon, on se contente de regarder le boulet passer, à défaut de le prendre en pleine gueule. Car il convient d’admettre que le succès insolent de la marque jaune sur le segment de la photo professionnelle, avec une prise de part de marché nettement accrue dûe au transfert de parcs pros de Canon vers Nikon (qu’on désigne couramment sous le terme générique anglo saxon de “switch“), ces succès à répétition ces derniers mois font que la brillante absence de Nikon sur le segment de marché vidéo HD a largement contribué à la prise de pouvoir de Canon. Mais attention ! Nikon n’est pas du genre à se laisser bouffer la laine sur le dos. À ce sujet, la prochaine Photokina promet d’être riche en rebondissements, avec notamment l’annonce d’un successeur au D90, qui pourrait venir grignoter sur le segment 60D et 7D.

Panorama de EOS 60D
Canon propose donc un reflex APS-C 18mp, comme le grand frère 7D, emmené lui par un seul processeur Digic 4, un mode rafale 5,3fps. Du côté des sujets qui fâchent, une gestion des ISO de 100 à 6400 avec un mode étendu à 12800 iso, mais à ce niveau il ne faudra sans doute pas s’attendre à battre des records olympiques. On sait que la gestion des hauts iso n’est pas la panacée de la marque rouge, sur aucun de ses boîtiers et on a pris l’habitude de faire avec. En revanche, la déception est de taille au chapitre autofocus (l’autre sujet qui fâche), puisque 60D embarque un AF 9 points, probablement hérité de 5D Mark II. En même temps, on n’imagine pas Canon proposant le système AF de EOS 7D, pour des raisons évidentes de stratégie marketing. Pour la petite histoire, exit le format CF compact flash, désormais EOS 60D embarque des cartes SD. Ce sont les possesseurs de boîtiers de la famille (20D à 50D) qui vont être contents ! Bon, rassurez-vous. Du 7D ce nouvel EOS a hérité du bouton Q, définitivement indispensable pour accéder à l’ensemble des paramètres du reflex de manière interactive et bien sûr du sacro-saint bouton vidéo, pour enclencher ce mode de manière radicalement immédiate.

Pour Canon, trois segments essentiels : la vidéo, la vidéo, la vidéo.
A l’instar de Jean Gabin pour qui les trois valeurs essentielles d’un comédien sont le talent, le talent, le talent, j’ai la nette sensation aujourd’hui que Canon s’engouffre corps et âme sur le segment de la convergence vidéo. Mais franchement, peut-on vraiment encore parler aujourd’hui de convergence ? Quand je regarde EOS 60D, avec son écran pivotant, est-ce que je vois encore un reflex photo ? J’ai le sentiment au contraire que Canon fait, sur ce segment de marché précis, de pressants appels du pied pour attirer à elle le monde des vidéastes et s’approprier une part non négligeable de marché. J’ai en mémoire une discussion avec un photographe pro équipé en Nikon depuis toujours, comprendre donc très peu préoccupé par les états d’âme de la marque Canon. À ma grande surprise, lors de notre récente rencontre, ce photographe évoquait 5D Mark II, cet étrange appareil photo dont tout le monde parle capable de faire de la vidéo en mode full HD. Si l’information est arrivée jusqu’aux oreilles opaques des plus fondamentaux afficionados de la marque jaune et que de leur aveu même tout le monde en parle, c’est que cette info est pertinente et que Canon, mine de rien a visé juste.

EOS 60D d’accord, mais pour qui ?
D’abord, clairement, ce boîtier positionné vidéo va intéresser les pros comme les amateurs sur le segment de la réalisation vidéo en full HD. Côté budget, on devrait pouvoir trouver rapidement le boîtier nu aux alentours de 800€ HT, un investissement plus que raisonnable pour réaliser un bon taff en mode HD. Côté dispo, on devrait pouvoir trouver EOS 60D dans toutes les bonnes crèmeries courant septembre. Côté photo, en revanche, je suis nettement plus circonspect. J’espérais que 60D profite de quelques avancées brillantes de EOS 7D, en particulier sur l’autofocus. Que nenni, il faudra se contenter du mode 9 points hérité de 5D Mark II qui l’avait lui-même hérité de 5D. J’espère au moins que Canon, sur ce coup-là, aura rentabilisé son budget R&D au chapitre autofocus. L’aspect positif, dans cette annonce, c’est qu’on entrevoit désormais nettement le positionnement marketing de la marque rouge. Sans vidéo, point de salut.

Du côté des boîtiers reflex pro, je vous reparlerai bientôt de EOS 1D Mark IV avec qui j’ai passé l’été et vous verrez qu’au chapitre photo Canon a encore de beaux restes, doux euphémisme… Et puis bien sûr tout le monde attend l’annonce du nouveau haut de gamme Canon, EOS 1DS Mark IV et les rumeurs les plus folles courent à son sujet. Tout le monde fantasme plus ou moins grave sur une grosse bête embarquant un maousse capteur de 30mp autour d’un double processeur Digic V et tutti quanti. Enfin ! Au chapitre haut de gamme Canon, tout le monde s’accorde au moins sur deux points. Ce sera un fullframe et il coûtera un bras.

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