Photographes. Indignez-vous !

photographes-indignez-vous-shots-2013Je vois passer un article de Maître Verbrugge (avocate ET photographe) et ma première réaction c’est de me dire mais pourquoi ça ne m’étonne pas ? Le billet est intitulé « une curieuse façon de promouvoir le commerce de proximité » et je m’en vais de ce pas vous en faire un petit résumé du spectacle navrant donné par le service communication de la commune de Grande-Synthe qui, à n’en pas douter, va devenir la vedette de l’internet dans les jours qui viennent. L’affaire est malheureusement d’une banalité confondante. Il s’agit pour cette commune de « recruter » un photographe non-professionnel pour, je cite « immortaliser les cérémonies se déroulant principalement les samedis à la mairie (mariages, baptêmes civils, etc…) » L’annonce précise que le photographe sera rémunéré, tenez-vous bien (tenez-vous mieux) cinq euro la photo. Mais il y a mieux, l’annonce précise, je cite encore, que le photographe postulant « devra obligatoirement posséder son propre matériel photo, matériel constitué a minima d’un reflex numérique et faire preuve d’une grande disponibilité les samedis ». Inutile de vous dire que pour tous les photographes professionnels en général et pour Maître Verbrugge en particulier, cette situation ubuesque (mais pas inédite malheureusement) c’est du velours.

Voilà. On en est donc là. On sollicite un photographe non-pro, disons-le plus clairement un photographe amateur mais équipé comme un pro, pour le sous-payer, voire pour ne pas le payer du tout. Est-ce que ça m’étonne ? Pas le moins du monde. C’est au contraire dans le droit fil de ce qui s’est déjà passé, je pense aux photos scolaires ou aux photos d’identité directement gérées par les mairies. Chaque fois c’est un pan d’activité qui s’effondre, dans l’indifférence quasi générale. Finalement chacun voit midi à sa porte, hein ? Dans le domaine qui est le mien, c’est idem. Les fosses de concerts sont désormais désertées par les photographes professionnels et squattées par des touristes équipés comme des pros. Il est devenu impossible de vendre une photo live et ce n’est pas un hasard si la plupart des photographes que je côtoyais autrefois dans les pits ont désormais déserté les champs de bataille, à commencer par moi-même. Le hobby du jeune cadre dynamique, c’est désormais de parader en fosse, armé du reflex numérique haut de gamme que le jeune pro ne pourra jamais s’acheter, lui, par manque de moyens. Faut-il en vouloir pour autant au passionné de photo qui vient assouvir sa passion en fosse ? Pas du tout. Enfin, pas tant qu’il ne distribue pas ses clichés gratuitement à l’issue du concert. Et on sait tous que c’est ce qui arrive. Et chaque fois qu’un cliché est donné gratuitement c’est toujours ça qui n’est pas pris pour le professionnel.

Alors oui, sûrement, le temps est venu de s’indigner de ces pratiques. On ne peut pas accepter que des productions acceptent de jouer ce jeu minable consistant à demander gratuitement des photos de live, quand il ne s’agit pas carrément de sessions photos destinées à la promotion de groupes dans la presse qui désormais, quant à elle, refuse de payer des clichés. Il ne se passe pas une journée où je ne sois sollicité par la presse pour des clichés gratuits, libres de droits, où l’on m’assure que je serai crédité (alors que la mention de crédit est, rappelons-le, obligatoire). La semaine dernière un grand titre de la presse française m’a contacté pour un cliché en me disant : « on aurait bien utilisé votre cliché trouvé sur internet mais votre copyright était en filigrane et la définition n’était pas suffisante ». On est désormais dans une boucle qui consiste, pour une industrie qui passe son temps à se lamenter (à juste titre) du piratage massif de ses œuvres, à récupérer du matos gratuit contre une flatterie à l’égo, un petit privilège, quelques pièces lancées d’une fenêtre. Le photographe est devenu le parent pauvre, le dindon de la farce. La conséquence, à terme, c’est de voir la qualité tirée vers le bas, des images ternes, tristes et sans âme. Comme un samedi matin d’hiver, froid et sec, à la mairie de Grande-Synthe…

lire le billet de Maître Verbugge sur son blog

• le titre de ce billet est (évidemment) un hommage à la mémoire de Stéphane HESSEL.

Deux ou trois bonnes raisons d’arrêter la photo de concerts en 2013.

mathieu-boogaerts-au-vauban-2003-par-herve-le-gallPutain ! Dix ans. C’est long, dix ans, mine de rien. Dix ans à arpenter les salles de concerts, à croiser des ombres, à user mes fonds de culotte dans les fosses. Dix ans à crapahuter par tous les temps (et souvent les sales temps) dans tous les festivals du coin et d’ailleurs. J’en ai vu des vertes et des pas mûres (et souvent des pas mûres), des groupes inconnus qui le sont restés, certains qui auraient dû le rester, d’autres enfin qui promettaient et qui sont devenus des calibres. Des artistes qui, malgré le succès, sont demeurés des gens simples, humains et abordables, d’autres qui ont pris le melon, le boulard comme on dit et qui sont devenus aussi insupportables dans la vie qu’inécoutables en live. J’ai croisé des producteurs, j’ai cotoyé des tourneurs, des gens que je respecte, ouais, j’ai rencontré des tas de gens biens dans ce milieu très cloisonné, très fermé mais je suis resté au fond ce passager qu’évoquait les Stooges, qui traverse la nuit (la cinquième, évidemment), sans trop s’arrêter, sans trop se faire remarquer, plutôt discret. Dans ce milieu du spectacle, je n’ai pas d’amis, à quelques très rares et très notables exceptions.

C’est plus comme avant, en dix ans le monde en général a changé et le monde de la musique en particulier n’a pas échappé à l’effroyable rouleau compresseur. La crise du disque est passée par là, comme une espèce de conjonction avec comme dénominateur commun le numérique. La musique et les images se sont mises au diapason du binaire et se sont diluées, désagrégées et par voie de conséquence diffusées allègrement et gratuitement sur le média internet. Les chiffres de vente de l’industrie musicale se sont littéralement effondrés, entraînant des réactions en chaîne cataclysmiques. Les groupes et les artistes qui le pouvaient ont fait du live, espérant glaner dans les salles de concerts les subsides qui ne tombaient plus dans la vente de disques. Parce qu’un disque ça se copie mais une sensation en live, c’est inimitable. Alors le prix des concerts a commencé à flamber et pour les festivals, la vie n’avait plus rien d’un long fleuve tranquille. Du côté des photographes, le développement du numérique a engendré toute une génération spontanée et difficilement identifiable de nouveaux photographes, avec comme conséquence un afflux de demandes d’accréditations conséquent. La réaction des prods, devant cette pléthore d’offres, a été de devenir de plus en plus exigeante : limitation du nombre de titres (les sinistres trois premiers titres sans flash), signature de contrats, conditions de prises de vues drastiques et bien sûr limitation du nombre de photographes ou accréditations payantes, ce dernier point suscitant des dégâts collatéraux parmi les professionnels, furieux à l’idée de devoir payer pour bosser. Ah ! On était bien avant, hein Tintin ?! Au début des années 2000, tout seul avec son petit boîtier argentique, quand on venait taper des clichés pépère au Vauban. Mais ça, c’était avant.

Plus de photographes, ça veut aussi dire plus d’offre, plus de clichés sur le marché et une presse dont les ventes dégringolent à un rythme soutenu. Plus de clichés, souvent refilés gratos par des photographes amateurs tout heureux d’avoir obtenu une entrée, qui peuvent même parfois accéder au backstage et, bonheur ultime, côtoyer les vedettes, gratter un autographe, offrir des photos pour la promo du groupe en échange d’une citation au mérite, d’une mention de copyright accordée comme l’ultime récompense (alors que cette mention est légalement obligatoire) et une petite flatterie à l’égo qui ne fait jamais de mal par où que ça passe. Le lendemain, ces photographes d’un soir retourneront paisiblement à leurs occupations professionnelles sans trop se soucier, finalement, d’une profession qui elle se meurt lentement. Le numérique, la crise du disque ont mis à mal un paquet de gens dans cette profession et pas seulement des photographes. L’angoisse de la salle vide, je connais. Je l’ai partagée avec des producteurs, contraints d’annuler un concert faute de résas, la mort dans l’âme. Et je ne parle même pas de concerts qui se sont joués devant une poignée de spectateurs. Il faut, dans ces cas-là, avoir un singulier sens de l’humour, quand on est producteur ou tourneur ou être fataliste et se dire que demain sera un autre jour. Les tourneurs que j’ai croisés ont souvent ces deux qualités. Moi, je me connais, je n’aurais pas pu. Bref, plus de photographes ça te tue le photographe. Sans parler des conditions de prise de vue où on se retrouve tassés les uns sur les autres dans des fosses minuscules, quand on n’est pas cantonnés à un endroit précis pour ne pas gêner sa Sainteté l’artiste qui exige d’être photographié uniquement en noir et blanc et sur son profil droit. Bosser dans ces conditions là ? Non, sans façon, merci. C’est plus comme avant, d’ailleurs rien n’est plus comme avant, je le dis sans amertume aucune. Et puis, à un moment donné, il faut bien parler de gwennegs, de sous, de monnaie. Ça ne rapporte plus un rond d’aller faire des photos jusqu’à pas d’heure et pour le photographe pro qui souhaite s’équiper d’un matos de bon aloi ça coûte de plus en plus cher, ce matériel numérique dont la pérennité ne va guère au delà de deux à trois ans. Amortir un investissement matériel de cinq à dix mille euro, sur un délai de trois à cinq ans, en vendant des clichés à 18€ HT la pièce, je ne vous fais pas un dessin. Ite missa est.

Voilà. Pour moi, la photo de concerts, c’est fini, je tire ma révérence. J’ai fait le tour du sujet, si je puis dire. J’ai ramené quelques clichés, travaillé sur pas mal de scènes, croisé des gens uniques et pas seulement sur scène mais aussi au cœur de tout ce petit monde qui fait du spectacle vivant ce qu’il est. Des producteurs, des tourneurs, des managers, des ingés-son, des lighteux, des roadies, des backliners. Je n’ai jamais fait le pied de grue devant une loge, jamais profité de mon job pour gratter un autographe ou un petit privilège, et j’espère ne jamais avoir emmerdé le public. Ouais, j’ai fait le tour des tronches, des visages, des figures et à l’exception notable de quelques gueules dont je ne me lasserai définitivement jamais, je dois à la vérité de dire que les concerts, ça va, j’ai déjà suffisamment donné. C’est fini, je rends mon tablier. D’abord et surtout parce que ça ne m’amuse plus et chez un épicurien comme moi, le plaisir est un élément prépondérant, un paramètre vital. D’ailleurs je ne pense pas qu’on puisse faire des photos en faisant la gueule, en étant aigri, mal dans ses pompes. Les photos ressemblent à leur auteur, elles sont le reflet d’une âme, alors si c’est aller faire des photos en trainant des godasses autant rester à la maison boire une tisane avec maman. Est-ce pour autant qu’on ne me verra plus jamais dans une salle de concerts ou dans le pit d’un festival, évidemment non. Je vais continuer à fréquenter les endroits où la musique est bonne et me porte avec ce plaisir indicible de l’œil et de l’oreille réunis. Je vais continuer à faire des clichés de jazz à Vauban et de temps en temps je n’oublierai pas d’aller taper la bise à mes potes du Run ar Puñs de Chateaulin où les filles sur le dance floor sont belles et chaudes comme des baraques à frites. Et puis deux ou trois festivals avec mes potes, les Vieilles Charrues en juillet, la Fête du Bruit dans Landerneau en août, Atlantique jazz festival en octobre. Et un concert ici et là, de temps en temps, pour le plaisir. Du plaisir. C’est la seule bonne raison qui me poussera désormais vers une salle de concerts ou vers un festival. Et puis merde, il y a une vie après les concerts et dix ans, c’est long. Des projets, j’en ai plein ma besace. Tant que je vivrai, j’aurai d’autres éternités de l’instant à capturer et d’autres mots à écrire.

• photo : Mathieu Boogaerts au Cabaret Vauban, il y a dix ans, en janvier 2003.

Hadopi ? Une Loi pour rien.

christine-albanel« Le ministère n’a pas fait son travail : le texte n’était ni bordé juridiquement, ni techniquement. De ce fait, il était inapplicable. En somme, c’était une loi pour rien ! Albanel mérite 0 sur 20. » Bon, comme dirait l’autre ça c’est fait ! Mais au fait, qui s’exprime avec autant de virulence et de clairvoyance sur la Loi Hadopi ? C’est Lionel Tardy, député UMP de Haute-Savoie, qu’on ne peut pas suspecter d’être un dangereux gauchiste. Il y a quelques jours, lorsque j’ai appris que le Conseil Constitutionnel avait rejeté le texte, arguant en particulier que seul un juge, dans un état de droit comme la France, peut se prononcer sur la coupure de l’accès internet, je dois avouer que j’ai poussé, non un cri de joie mais plutôt un grand ouf de soulagement. Les sages portent bien leur nom. Ils ont compris ce que les opposants à cette loi et les experts (qui souvent sont les mêmes) répètent à l’envi sur internet depuis des mois. La Loi Hadopi est injuste, elle est techniquement, humainement inapplicable et juridiquement elle pose un véritable problème de droit. Si l’on concède aujourd’hui à une haute autorité la capacité de censurer un citoyen, c’est une dérive grave qui peut ouvrir d’autres perspectives nettement plus inquiétantes. Le passé et l’histoire de notre pays nous ont montré à quel point ce genre d’autorité parallèle peut être dangereux. Il ne reste plus désormais qu’à enterrer ce projet de loi. Et par la même occasion, le bon petit soldat Albanel peut solliciter sa mise à la retraite d’office. On en a tous soupé, Madame, de votre arrogance, de votre incapacité d’écoute, de votre aveuglement, de votre inaltérable enthousiasme gloussant. Les locaux de la rue de Valois pourraient bien redevenir rapidement vacants et Madame Albanel renvoyée à ses chères études qu’elle n’aurait jamais dû quitter.

• source de l’illustration http://goops.wordpress.com/2009/02/21/albanel-ministre-de-laculture/

Léo réveille-toi ! Ils sont devenus fous !

Je suis de ceux qui pensent que le projet de loi Création et internet n’est pas un bon projet, qu’il est inapplicable dans les faits, qu’il n’apportera rien aux artistes. Je ne suis pas un cas isolé mais je remarque que nombre de celles et ceux qui partagent mon point de vue sont des gens qui, chaque jour, sont dans la réalité d’internet. Je pense à Xavier Niel (patron de Free Iliad) qui s’est exprimé à maintes reprises sur Hadopi, en mettant en avant l’inapplicabilité de la Loi mais aussi son coût (il avance des frais techniques de 100€ par coupure d’abonnement ADSL). Et Xavier Niel agite aussi le spectre de la rupture sociale qui va toucher ceux dont l’abonnement serait suspendu, en avançant que Free ne suspendra ni le téléphone, ni la télévision d’un abonné pris en faute par Hadopi. Je pense à Marc Le Fur (député UMP) qui craint que cette Loi ne creuse encore le fossé entre le pays et sa jeunesse. Je pense à Yves Le Mouël (directeur général de la Fédération Française des Télécoms) qui assène un cinglant revers évoquant « une inefficacité probable et des coûts certains« .
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Création et internet : le projet de loi rejetté par le Parlement !

Vous avez bien lu. Le projet de Loi Création et internet, si cher au coeur de Madame Albanel, a été rejetté après le vote de la Commission mixte paritaire, en l’absence de nombreux députés de la majorité. Les députés de gauche, majoritairement eux présents, ont voté contre le texte. La seule alternative pour le gouvernement est soit de retirer ce texte (ce qui, à n’en pas douter serait une excellente et sage décision, tant ce texte de Loi est sujet à critiques, de toutes parts), soit d’organiser une nouvelle lecture au Sénat. Si la version de l’assemblée est adoptée, on reviendrait donc au non-paiement de l’abonnement durant la suspension.

J’ai toujours pensé que ce texte, en soi, serait difficilement applicable et qu’il serait très limité en terme d’efficacité. Il semble que je ne sois pas le seul à le penser. Yves Le Mouël, directeur général de la Fédération Française des Télécoms, exprime également des doutes sur cette Loi : « Le dispositif de la loi Création et Internet sera très long à mettre en place. Son inefficacité est probable, mais ses coûts sont certains. »

Neil Young. Nouvel album Fork in the road (demain).

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Le nouvel album de Neil Young sort demain. Ah ! Neil ! Vieille fripouille, éternel marcheur, le long de la route à quatre voies (voix ?), tu es dans ma mémoire aussi loin que je m’en souvienne. Infatigable songwriter, le nez plus souvent dans les étoiles à contempler le ciel, tu as toujours l’air un peu à l’ouest et surtout, surtout ! Tu ne fais jamais rien comme les autres. Par exemple, demain 7 avril, tu sors ton nouvel album Fork in the road qui est en pré-commande sur ton site web et qui est à l’écoute, dans son intégralité sur ton myspace en streaming. Eh ouais, alors que dans notre cher hexagone un ministre bat des pieds, des mains, à grands coups d’annonces médiatiques dans l’oignon saupoudrées d’un zeste d’Hadopi, toi, mon vieil ami, tu balances tout le contenu de ton album à la disposition des internautes. J’imagine à quel point la notion de riposte graduée te ferait marrer, toi que la vie n’a pas épargné et qui a traversé tant de moments difficiles.

Je te rassure, nous aussi, ça nous fait marrer, ici de ce côté de l’atlantique.

Loi anti piratage. Vous permettez que je vous appelle Christine ?

gossip-beth-ditto-vieilles-charrues-2008Je ne pense pas que notre Ministre de la Culture, Madame Christine Albanel, soit une fervente lectrice de Shots. D’ailleurs, je ne pense pas que Madame Albanel fréquente beaucoup internet, un média qu’elle fustige à longueur de temps et qu’elle rend responsable de toute la misère du monde qui s’est abattue sur tout un pan de l’industrie. Ce matin, donc, dès potron minet, en savourant la tartine parfaitement grillée, je feuilletais les Inrocks quand je suis tombé sur l’interview de Beth Ditto, la (généreuse) chanteuse du groupe Gossip (mémorable concert aux Vieilles Charrues, l’an passé). Interrogée sur la Loi contre le téléchargement, voici reproduit, in extenso, le propos de Beth : « Je télécharge. Je me fous que les gens fassent de même avec notre musique. Je pense que ça contribue à nous faire connaître. Le téléchargement c’est la compile cassette moderne. Ça te sert à te faire ta culture. Et je suis ravie que tout le monde ait accès à la musique de cette façon. » Bon, bien sûr, le propos est un peu entier, mais il mérite d’être clair. Hadopi, riposte graduée, claque dans la gueule des internautes, ne régleront pas positivement le problème d’une industrie moribonde, dont le modèle économique n’est plus en phase avec le monde d’aujourd’hui. C’est définitif. Les mentalités ont changé en profondeur, internet a facilité l’accès aux médias (musique, vidéo, images, …) et le retour en arrière n’est plus possible. Au lieu de plancher sur des méthodes restrictives, punitives, Madame la Ministre, vous devriez plutôt réfléchir à élaborer des solutions d’avenir, à imaginer des formules – je pense à la licence globale – bref à inventer notre futur. Car – et vous n’en n’avez pas le moindre doute – vous passerez, Madame la Ministre et l’on oubliera votre nom, comme celui de ceux qui qui vous ont précédé, à l’exception notable de Jack Lang (qui, paradoxalement, à gauche, vous soutient et il est bien le seul). Cette Loi, dite Hadopi, ne réglera en rien le problème du piratage et du téléchargement illégal. Vous le sauriez, Madame le Ministre, si vous fréquentiez plus assidument les méandres d’internet ques les Palais dorés de la République. Las ! Les notions d’underground, de torrents, de brouillage actif, de chargement de flux, de transferts de fichiers non signés, de masquage d’IP, vous sont aussi étrangers que la réalité du monde binaire. Ce dont l’industrie du disque a besoin aujourd’hui ne tient pas dans un modèle répressif, mais au contraire dans la création, dans l’invention de nouveaux modèles. A l’occasion Christine – vous permettez que je vous appelle Christine ? – téléphonez-moi ou laissez-moi un message sur le répondeur de Shots (au 09 72 11 20 99), je recevrai votre message vocal directement sur mon courrier électronique (quand je vous dis que le monde change). Je vous expliquerai en quelques mots simples pourquoi la Loi dont vous êtes l’initiatrice est un bide annoncé…

• cliché inédit : Gossip – Beth Dito aux Vieilles Charrues en 2008

Crise du disque, épisode 3. La renaissance du Solex crack band.

crise du disque piratage peer to peer
Mai 2007. De son propre aveu télévisuel, il y pensait tous les matins en se rasant, alors après une campagne marketing mâtinée aux petits oignons, les français vont enfin réaliser le rêve du petit Nicolas en l’élisant au sommet de l’état, c’est comme ça. Et là mon petit doigt me dit qu’on va bien se marrer et il faut avouer que pendant les premiers mois, c’était Nico à tous les étages, affirmation du tout et de son contraire, couacs gouvernementaux à qui mieux mieux. Non, franchement on ne s’est pas emmerdé une seconde, une vraie sitcom présidentielle, avec un chapitre vie publique vie privée digne d’un prime time façon Mireille Dumas. Alors on se doutait bien que sur le dossier téléchargement, on allait être gâté et franchement on n’a pas été déçu ! Le projet de Loi dégaîné par Madame Albanel – l’une des Calamity Jane du gouvernement – n’a qu’un mérite. Qu’on s’y attarde et qu’on le dénonce, tant cet ensemble de dispositions joliment baptisées « risposte graduée » est liberticide et surtout largement obsolète. Alors ? Comment ça marche ? Pour orchestrer et réguler cette Loi, on crée une haute autorité chargée de la protection des droits sur internet (Hadopi). Cette autorité peut être saisie par les ayants-droits qui constatent des téléchargements illégaux. Dans ce cas, l’Hadopi demande aux fournisseurs d’accès la communication de l’adresse IP des abonnés pris la main dans le panier. Les contrevenants reçoivent un email d’avertissement, puis une lettre recommandée jusqu’à la suspension de la ligne internet. Un point de détail m’interpelle. Si une Loi permet de couper un accès internet, on peut aussi imaginer couper l’eau, le gaz, l’électricité, les allocations familiales, les allocations chômage, les bourses aux étudiants, le droit de vote, se déplacer librement, écrire librement, jouer de la musique, ou s’exprimer sur son blog comme je le fais en ce moment. Ne souriez pas. Qu’importe. Ca ne marchera pas et je ne suis pas le seul à le penser. Le Parlement Européen a voté un amendement le 10 avril 2008 pour « protester contre l’interruption de l’accès internet », la CNIL, les associations de consommateurs, tout le monde monte au créneau. Même la Justice s’y met. La Cour d’Appel de Rennes vient de rendre deux décisions à l’encontre de procédures de surveillance d’internautes par des agents assermentés de la Sacem et de la SCPP, qui ont utilisé un logiciel espion – Spyster – pour sniffer des adresses IP, et ça, ça fait franchement mauvais genre. C’est bien là que le bât blesse. On est dans le régne du grand portnawak et nos politiques sont largués. Il faut interdire le Peer to Peer. Comme si le téléchargement illégal se résumait au P2P ! Il faut responsabiliser l’internaute. Mais comment prouver que c’est bien l’abonné qui a commis le délit quand on sait qu’il faut dix minutes au premier pékin venu pour casser une clé wep 128 bits ? La riposte graduée est un texte truffé d’effets pervers qui n’empêchera pas le piratage, tout au plus il le déplacera, le rendra plus obscur, plus underground. Dèjà, le problème s’est déplacé. Le P2P est de moins en moins utilisé, au profit de solutions tierces, plus discrètes, plus rapides et surtout plus difficilement détectables. A l’instar du Solex Crack Band du début des années 80, on va voir fleurir sur la toile des solutions d’échange mettant en oeuvre des brouillages de protocole de plus en plus sophistiqués. Alors, enfin, on reparlera de licence globale, la seule solution à peu près viable pour péréniser une industrie chancelante.

Crise du disque, épisode 2. Le bordel ambiant.

2004, LEN. Loi sur l’économie numérique. Etrange climat, d’un côté une industrie se meurt, alors que dans la crèmerie d’en face les fournisseurs d’accès basent leur strategie de développement en argumentant sur le téléchargement à vistesse grand V de la musique en mp3 et de la vidéo en divX. Les quatre par trois fleurissent un peu partout, vantant les mérites d’un haut débit qui permet de télécharger musique et films beaucoup plus rapidement tout en rappelant au consommateur, d’un astérisque opportun renvoyant à un minuscule alinéa de bas de page, que télécharger illégalement c’est mal. Le politique quant à lui, se débat dans un dossier qui le dépasse, comme toujours. Au fil des jours qui passent, la situation s’agrave, et alors que ça licencie à tour de bras dans les majors, chacun y va de sa solution pour tenter de sauver ce qui peut l’être encore. On évoque des solutions d’abonnements, de forfaits, de téléchargements illimités, de licence globale, en oubliant de cocher la case artistes en développement. Parce que la crise ne touche pas vraiment les pontes, les cadors du marché, mais bel et bien tout ceux, inconnus, qui osent encore espérer en un avenir radieux en vivant de leur musique. Cette crise a aussi ses effets pervers, touchant de plein fouet le spectacle vivant. Les disques ne se vendent plus et il n’y a jamais eu autant de monde dans les concerts. Le constat est suffisamment simple pour faire flamber le prix du ticket, d’autant que les productions utilisent à plein la concurrence entre festivals pour faire grimper les tarifs d’une prestation, parfois au delà du raisonnable. Dans ce bordel ambiant, tout est fin prêt pour le troisième acte.

Crise du disque, épisode 1. La diagonale du fou.

crise de l\'industrie du disqueLa crise de l’industrie du disque, à laquelle on peut durablement associer celle, sous-jacente, du film et du DVD, est le fruit de la rencontre de deux technologies, le mp3 et l’ADSL. Manque de bol. D’un côté la possibilité de compresser à outrance, en faisant tenir quatre minutes de musique dans dix fois moins d’espace. De l’autre, celle de faire transiter ce paquet de données à grande vitesse d’un ordinateur à un autre par le réseau téléphonique. Incroyable destin, quand même. Si l’une des deux technologies avait manqué, la face du monde en aurait été changée. Songez qu’au milieu des années 90, le plus musclé des modems affichait crânement 56 kb par seconde. Il manquait un paramètre pour sonner définitivement le glas d’une industrie qui n’a pas senti le vent tourner. A la fin des années 90, un étudiant américain, Shawn Fanning, va inventer un modèle d’échange de fichiers mp3 en utilisant les connexions en haut débit. Napster est né et avec lui le peer to peer, un ensemble logiciel qui permet l’échange de fichiers dun ordinateur à un autre et qui va inspirer de nombreux programmeurs : Kazaa, Morpheus, Emule, … emboîtent le pas avec un enthousiasme équivalent à celui, vertigineux, de la chute des ventes de disques. Au début des années 2000, c’est déjà le chant du cygne pour toute une industrie qui feint d’en ignorer les conséquences. Comme toujours en période de crise, les remèdes sont pires que les maux. En 2003, le copy control tente vainement de verrouiller le support compact disc alors que dans le même temps Apple lance iTunes et que son balladeur iPod devient compatible avec Windows. Le copy control est un revers : il rend illisible les CD sur certains supports et peut être contourné d’un simple trait de marqueur ! Pour les protections de DVD c’est idem. D’ailleurs, tous les informaticiens vous le diront. Si quelqu’un a trouvé le moyen de fermer une porte, il existe toujours quelqu’un pour trouver un moyen de la réouvrir. Qu’importe. Le ver est dans le fruit et cette année-là, en 2003, les ventes de disques ont chuté de 18%. L’industrie du disque fait grise mine et pourtant ! Ils ignorent que ce n’est rien à côté de ce qui les attend… L’année suivante on nous pond la LEN – Loi sur l’économie numérique – qui vise le coupable à défaut d’être responsable : l’utilisateur final. Les pouvoirs publics et toute une industrie ne le savent pas encore mais ils viennent d’entrer dans la diagonale du fou.