
« Coucou. » C’est avec ce seul mot, dont je mesure, soyez-en assuré, toute la sympathie mâtinée d’une douce et aimable ironie, que Canon France m’a réveillé ce matin et sorti de ma léthargie et de mon sommeil. Suivait un lien Twitter que je me suis empressé de cliquer, évidemment. Il ne s’agissait pas d’un coucou comment que ça va la p »tite santé ce matin ? Non, plutôt d’un coucou nous revoilou. Comme un signe, un Marty Mac Fly annonçant à Doc qu’il est de retour du futur. Canon frappe fort (c’est rien de le dire) en annonçant rien de moins que son nouveau haut de gamme, nommé EOS 1DX. Oubliées les numérotations, il y a dans ce X une part de mystère et de puissance, une quête vers l’absolu, le souci de perfection. Alors bien sûr, tout ceux qui ont croisé le chemin de Canon, qui se sont réjoui, qui ont parfois souffert, se demandent aujourd’hui si ce X signe une voie vers la rédemption, la renaissance. À parcourir la fiche technique, il ne faut pas être grand clerc pour réaliser que Canon a tenu compte des erreurs passées et appuie aujourd’hui avec une certaine délectation excatement là où ça faisait mal hier.
• Les specs de la Génération X.
Exit la dualité de modèle, un reflex plutôt dédié sport d’un côté (série 1D, capteur APS-H), un autre plutôt studio de l’autre (série 1DS, capteur fullframe). Désormais un seul boîtier haut de gamme donc et j’ai envie de dire avec le meilleur des deux. Exit le capteur APS-H et ça, franchement, qui s’en plaindra ? Fullframe 24*36 pour tout le monde. Un double Digic V Plus, excusez du peu. Du côté de la définition Canon fait un mix entre 16 et 24mp, en proposant un capteur fullframe de 18mp. On respire, on se dit que Canon a tiré beaucoup de leçons du passé, retrouve une certaine voie de la raison. Au delà du constat, à y regarder de près, et même de très près, il est simple de réaliser que Canon a beaucoup travaillé ses points faibles et il nous tarde de voir ce que ça donne sur le terrain. Décryptage.
D’abord, l’autofocus. LE point noir chez Canon, j’ai envie de dire que l’autofocus était à Canon ce que Alésia était aux irréductibles gaulois. « Alésia ? Connaît pas Alésia ! » Je me souviens d’avoir évoqué l’autofocus à un membre du staff Canon qui m’avait répondu, singulièrement agacé : « Dans l’temps ça existait pas l’autofocus et on vivait bien quand même ! » Eh ouais. Autofocus, c’était l’Alésia de Canon sur 1D Mark III, sur 5D Mark II, ça pêchait grave. Donc l’annonce de ce matin et du système autofocus à 61 collimateurs n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd, je cite in extenso : « Doté de 41 capteurs haute sensibilité de type croisé, le système AF haute précision à 61 collimateurs assure une mise au point rapide et précise des sujets en mouvement, et ce, quelles que soient les conditions d’éclairage. Les 5 collimateurs AF centraux sont de type double croisé pour une précision accrue. » Rapide, précise, précision, mouvement, mise au point. Pour qui connaît bien la dialectique Canon (oui, modestement, c’est mon cas), on lit bien entre les lignes. Mais il y a mieux encore. Tenez-vous bien (tenez-vous mieux). Canon annonce avoir intégré un troisième processeur (Digic IV) entièrement dédié à la mesure de la luminosité et de la couleur (système de mesure AE RVB 100.000 pixels), afin (je cite) « de garantir une exposition très précise, pour des résultats naturels, même dans des conditions d’éclairage complexes. » Rien de moins, fermez le ban !
Le reste, ai-je envie de dire, à l’instar d’un Benjamin Castaldi d’opérette, c’est que du bonheur… Un mode rafale capable de monter à 14 images par seconde, pourquoi pas ? Si l’autofocus suit, la rafale risque de faire des heureux dans le petit monde de la photo de sport, de la photoanimalière, … La plage de sensibilités étendue à 204800iso, ça me fait un peu sourire, comme les 102400iso de mon D3s, d’ailleurs ! Honnêtement, si Canon est capable de produire une image propre et quand je dis propre c’est Monsieur Propre, hein ? Zéro grain, nickel chrome à 6400iso je paye le premier Breizh Cola. Bon en même temps, étant propriétaire d’un D3s, j’admets que la barre est haute. Le double processeur Digic V+ qui trône au cœur de la bête est capable de traiter l’image sur 14 bits, il est aussi annoncé comme réduisant le bruit à haut iso et ça, évidemment, ça cogne et on demande à voir. Du côté de la vidéo, fer de lance de Canon, on imagine l’aisance procurée par un processeur musclé, capable d’absorber un flux vidéo en full HD. En revanche on n’évoque toujours pas la capture vidéo en format RAW et pas non plus le mode AF vidéo.
• L’instant X
Allez ! On ne va pas se voiler la face, c’est pas le genre de la maison. Canon n’avait rien proposé de plus enthousiasmant à mes yeux depuis très longtemps. Avec EOS 1DX, Canon remet les pendules à l’heure et c’est une excellente nouvelle pour tous les photographes, y compris ceux qui ont quitté la marque rouge, suivez mon regard. Parce que finalement, le message que nous passe Canon est clair. Autofocus très élaboré, gestion des très hautes sensibilités, double processeur musclé, omniprésence sur le segment vidéo, capteur fullframe, taille de capteur raisonnable, boîtier salement polyvalent, capable de shooter aussi bien en studio que sur le terrain avec un mode rafale tip top, … Soyons clair. Canon 1DX est une excellente nouvelle pour la photographie. C’est aussi un signe fort de la part de marque rouge, qui fait preuve de son extraordinaire capacité à rebondir, de sa faculté à renaître, à inventer.
J’ai en mémoire les propos tenus par un ami du staff Canon France, des mots qui reviennent en écho et qui prennent aujourd’hui toute leur signification. « Canon ne restera pas les bras ballants. » Il y a un peu plus d’un mois j’écrivais ceci : « Voyons les choses avec pragmatisme et sans cynisme aucun, sur le segment pro, Canon n’existe quasiment plus, virtuellement. » Décidément, les temps changent et il faut savoir suivre, évoluer, prendre acte ! Aujourd’hui, à l’annonce de Canon EOS 1DX et à la lecture des specs, on n’a tous qu’une envie. Avoir envie. Envie d’essayer ce boîtier, bien sûr. Envie de lever les bras et de faire une ola planétaire pour Canon. Parce que là, c’est clair. Canon is back. Et il va falloir compter sur l’instant X.
• Canon EOS 1DX. Prix d’introduction 6800$, date de dispo mars 2012


















