Projective. Nikon mirrorless un jour sur le marché des APN hybrides ?

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Paris. Parvis de Notre dame, un lieu aussi mythique que sublime. Qu’on soit photographe ou pas, quand on est sur le parvis de cette cathédrale, on n’a qu’une envie, c’est de faire une petite photo. C’est comme ça que je me suis retrouvé au milieu de la place à déballer mon matos, à sortir l’énorme D3s, juste pour faire une petite photo. Et là je me suis rappelé, aussi loin qu’il m’en souvienne, que j’ai toujours plus ou moins fantasmé sur un appareil photo qui serait à la fois compact et discret, capable d’accueillir des objectifs interchangeables et de générer une excellente image. Bon, vous me direz, cet appareil existe, chez Leica. Je me souviens d’avoir croisé, il y a quelques années à Brest un photographe de renom qui faisait des photos avec un compact. Alors que je m’étonnais de le voir utiliser un compact, il avait eu cette phrase radicale : “la qualité n’est pas top mais ça me suffit. Et en plus, il a une grande qualité, il tient dans ma poche.” D’ailleurs, à l’époque j’avais moi-même opté pour un Powershot que j’utilise encore de temps à autre aujourd’hui. Seul travers de ce type de boîtier, un capteur rikiki, une optique moyenne et surtout fixe. L’idéal serait un boîtier compact, petit mais costaud, puissant, capable d’utiliser des objectifs interchangeables, une sorte de boîtier hybride, à mi-chemin entre le compact et le reflex. C’est ça. Petit comme un compact. Puissant et évolutif comme un reflex. Ce concept existe, il va se développer, mais quand ? On le désigne de l’acronyme MILC, pour Mirrorless interchangeable lens camera.

Mirrorless ? Kezako ?
Un appareil photo numérique “mirrorless” est un boîtier hybride qui se situe entre l’APN compact et le reflex. Il est doté d’objectifs interchangeables, d’un capteur de grande taille (à la différence du compact), ne dispose pas de miroir (d’où le nom) et surtout il est capable de produire une image d’excellente qualité dans une taille réduite. Panasonic a initié le mouvement avec son Lumix GF1 qui a connu un véritable engouement de la part de ses utilisateurs, puis ont suivi Olympus, la série NX de Samsung et bien sûr Sony qui a pris des parts de marché importantes avec son modèle NEX, notamment sur l’Asie. L’engouement des photographes, tant amateurs que professionnels, pour ce type de boîtier s’explique non seulement par la qualité d’image que ces petits APN sont susceptibles de produire mais aussi de leur capacité à changer d’objectifs. Sur la série G de Lumix, par exemple, il est non seulement possible d’utiliser l’excellente gamme proposée (comme le 14mm f2,5 surnommé « Pancake ») mais aussi, via un adaptateur, de monter des optiques tierces, comme celles de la mythique gamme FD de Canon. On est alors à la fois sur le terrain de l’exploration, si chère au cœur de nombreux photographes et on peut toucher au sublime quand on sait l’importance de l’utilisation d’une optique en photographie. Car, comme disait l’autre, c’est par l’optique que la lumière passe. Ceci explique d’ailleurs le regain d’intérêt pour ces optiques anciennes signées Canon dont la côte ne cesse de grimper depuis qu’il est possible de les utiliser sur ce type de boîtier, au grand dam des vieux collectionneurs (suivez mon regard).

Canon : no MILC today
Mais le rêve a ses limites, en tout cas aujourd’hui. D’abord, sur ce genre de boîtier, il n’y a pas de viseur optique et rien que ça, pour toute une génération de photographes habitués à la visée reflex, c’est carrément rédhibitoire. Car sans visée reflex ou télémétrique, il n’y a guère d’alternative. On est condamné à l’utilisation du liveview avec toutes les difficultés induites en matière de contrôle du focus, d’autant que l’autofocus se réalise par détection de contraste, plus lent et moins réactif que sur un reflex, surtout sur un capteur de grande taille. D’ailleurs Masaya Maeda, directeur des produits chez Canon Image (qui prévoit semble-t-il un modèle mirrorless en 2012) confirmait ce point dans une interview de septembre 2010 : “La rapidité de l’autofocus est au centre des préoccupations de Canon pour ce type d’appareil”, et selon Canon “les performances sur ce point pour les mirrorless actuels sont sensiblement en retrait par rapport aux reflex actuels.” Par ailleurs, dans cet entretien ce haut responsable Canon évoquait aussi “le manque de succès relatif des bridges” mettant en avant le viseur électronique par rapport au viseur optique. Sans compter que le marché du mirrorless pourrait être un frein éventuel sur le marché du reflex, bien que je ne sois pas convaincu de l’absolue pertinence de cet argument.

Nikon s’engouffrera-t-il dans le segment MILC ?
Le net s’agite de rumeurs en tout sens. Dans une interview donnée à Bloomberg en 2010, le président de Nikon, Makoto Kimura annonçait que Nikon allait sortir un appareil photo hybride (faut-il entendre par là sans miroir ?) à objectifs interchangeables et doté de fonction vidéos avancées, la volonté de Nikon étant de “créer un nouveau marché”. C’est d’ailleurs ce qui différencie, à mon sens, Nikon de ses concurrents (comme Sony, par exemple, cantonné au marché asiatique), la marque jaune ayant une réelle capacité planétaire pour donner une véritable impulsion à ce segment de marché. Le mirrorless, projet stratégique ? Bigre ! Alors que je voyais passer avec une certaine désinvolture (voire un désintérêt quasi total) ce projet, je réalise tout à coup tout l’intérêt d’un tel produit dans une stratégie de développement. J’ai donc voulu en savoir plus. Du côté de chez Nikon, est-il bien utile de préciser que le black out est complet ? Je dois à la vérité de dire que je n’ai jamais, de toute ma vie, entendu le mot “mirrorless” dans la bouche d’un membre du staff Nikon. En matière de projective, il me fallait donc chercher ailleurs, en particulier sur internet.

Il semble que Nikon travaille à un nouveau concept d’APN depuis plusieurs années, des propos confirmés par Monsieur Kimura lui-même dans une interview figurant sur le site même de Nikon Corp., je cite, in extenso : “Nous avons presque terminé le développement d’un appareil photo numérique de nouvelle génération sur lequel nous avons commencé à travailler il y a plusieurs années, ce qui offrira aux clients de nouvelles façons de profiter des images. Nous suivons actuellement les tendances du marché mondial, nous considérons le moment approprié pour le lancement de ces nouveaux produits.” Ces jours derniers les choses se sont nettement précipitées, faisant pressentir que “le moment approprié” souligné par Monsieur Kimura pourrait approcher à grands pas. Un communiqué de Reuters affirme sans ambages : «Les actions de Nikon Corp. ont augmenté pour la troisième journée consécutive vendredi, après la spéculation du marché sur le lancement de l’entreprise de son premier appareil photo mirrorless était stimulé par un rapport dans le journal Nikkei affirmant que le nouveau produit serait sur le marché d’ici la fin de l’année.”

Le Mirrorless vu par Nikon Corp : comme les autres mais en nettement mieux.
Connaissant un peu la marque jaune, on n’imagine pas de les voir débouler sur un segment de marché comme le mirrorless sans biscuit. Alors, rêvons un peu ! Il pourrait y avoir quoi dans cette merveille ? Un boîtier compact, visée liveview,un capteur de 10 à 12mp sensiblement plus petit qu’un format 4/3, livré avec un objectif 10-30 (et un coeff de 2,8 ?). Si un adaptateur F-mount était disponible, ça serait une véritable cerise sur le gâteau ! Ainsi, les propriétaires de gros reflex lourds et encombrants pourraient partir en week end et voyager léger, si vous voyez ce que je veux dire. Et là, comme Georges piaffant d’impatience en attendant sa commande de Voluto, j’ai envie de dire : “What else ?” Le reste tient en un mot : vidéo. Ce petit APN pourrait embarquer un processeur maousse costaud (comme Expeed 3 ?) et avec ce moteur puissant on peut imaginer que le petit engin pourrait être capable de générer de la vidéo au format 4K (soit une déf quatre fois supérieure au full HD). Et là, à l’instar de Doc Emmett Brown hurlant “2,21 gigowatts ?!” je vous entends hurler “Quatre fois supérieur au full HD ?!” Bienvenue dans le futur.

4K c’est la ultra haute définition, on l’utilise déjà dans le cinéma numérique. C’est une définition de 4096 par 2160 pixels, un poil plus large que le 16/9ème. Pour info, Youtube a annoncé récemment que leur site supporte désormais le standard 4K. Ce futur standard 4k va reléguer le Full HD au rang d’une aimable plaisanterie vintage très rapidement. Aujourd’hui pour filmer en 4K il faut utiliser une caméra numérique du calibre Red (à titre indicatif une Red one coûte 25.000$). Et là vous me dites : “Si je comprends bien, en clair, ça veut dire qu’on pourrait shooter en 24 images par seconde, en mode 4k et que chaque image sera exploitable ?” Comme vous y allez, mais oui, pourquoi pas ? Le tout avec un autofocus silencieux et actif en temps réel. Reste la difficulté liée à la visée liveview… Mais on peut rêver, non ?

3615 Qui n’en veut ?
Un boîtier compact, capable de générer une image d’excellente qualité (fixe et vidéo), discret, évolutif, je pense pouvoir dire qu’on en a tous un peu rêvé, non ? Quand j’étais minot, le Leica M3 de Larry Burrows puis le M5 de Cartier-Bresson, leur 35mm ou leur 50mm me faisaient rêver ! Alors bien sûr si un jour Nikon me proposait un petit boîtier musclé, sur lequel je puisse monter mes cailloux Nikkor via une bague d’adaptation, ce serait le bonheur, même si entre nous j’imagine mal mon 70-200 sur un boîtier compact ! Si en plus ça fait de la vidéo de qualité, pourquoi pas ? Plus sérieusement, ce qui m’attire dans ce projet, c’est le capteur musclé et la configuration boîtier et optique pancake (genre 10 ou 12mm). Pour retrouver le plaisir de se balader sans s’encombrer sur le parvis de Notre Dame et avoir un appareil de qualité, évolutif et qui tient dans ma poche. Si en plus le prix d’introduction est raisonnable, je résisterai à la tentation, façon Oscar Wilde…

Je médite encore les propos de Monsieur Kimura, évoquant “un appareil photo numérique de nouvelle génération” qui permettrait d’appréhender le monde de l’image d’une nouvelle façon. Depuis que la photographie existe, la façon de l’appréhender n’a finalement jamais cessé d’évoluer, rendant sa pratique toujours plus attractive, permettant à notre curiosité et à nos regards d’aller toujours un peu plus loin, pour aller chercher des images curieuses et inédites. Curieux. Le mot est lâché. Être photographe, c’est sans doute ça, c’est être avide de curiosité, d’avoir envie ce capturer un instant décisif si cher au cœur de mon cher Henri, adepte du boîtier compact et discret. Le mirrorless pourrait être une nouveauté technologique qui nous permettrait de réinventer un mode d’accession à l’image. Je ne sais pas, vous, mais moi ça me tente, plutôt deux fois qu’une ! En vérité je vous le dis. La photographie n’a pas fini de me faire rêver…

Un Nikon D800 au pied du sapin et un Nikon D4 en 2012. Et un nouveau processeur Expeed 3 ? Le point sur les rumeurs et l’avenir du marché du reflex.

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Vous sentez ? Non, vous ne sentez rien du tout parce que le blackout est total et que c’est la valse des clauses de confidentialité. Je ne sais pas, vous, mais moi je trouve que ça fait quand même un bail qu’on attend, non ? Et là je ne parle même pas uniquement de Nikon mais aussi de la boutique d’en face, chez Canon. C’est vrai, entre temps il y a eu cette terrible tragédie de Fukushima et la production nippone a pris un singulier coup dans l’aile. On a l’impression que les deux grands constructeurs mondiaux que sont Nikon et Canon (et inversement selon votre préférence) se regardent en chien de faïence, comme un duel au soleil sur Main street, attendant de savoir qui va dégainer sa nouveauté en premier. De vous à moi, je suis pour ma part infiniment moins intéressé par d’éventuelles annonces que je ne l’étais il y a encore un an. Depuis, de l’eau a passé sous les ponts et je vogue depuis lors en compagnie de Nikon D3s qui est définitivement le putain de reflex numérique que j’espérais. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, j’ai le privilège (oui, oui, c’en est un) de pouvoir tester des optiques d’exception quand j’en ai envie, ou le besoin (voire les deux) avec la complicité de mes camarades tout de jaune vêtus. Mais que voulez-vous ? On ne se refait pas et puis entre nous, aussi bon que soit ce D3s, il a quand même un travers de poids, si je puis me permettre. J’ai bien un Nikon D7000 en backup mais je ne peux pas vous dire la couleur qu’il a, car en bon boîtier backup qu’il est, il demeure dans sa boîte en attendant une hypothétique défaillance du grand frère, ce qui entre nous n’est pas prêt d’arriver. En plus, franchement, quand on passe ses nuits dans un palace au format FX (le fullframe made in Nikon) du calibre de D3s, on n’a pas vraiment envie de coucher dans un trois étoiles même très confortable mais au format DX, c’est humain. Certes. Mais… si Nikon avait l’intention de nous proposer un nouveau reflex, successeur de l’excellent D700, je tendrais volontiers l’oreille ! Un reflex pro fullframe qui pourrait s’appeler Nikon D800, qui embarquerait des fonctionnalités directement héritées de Nikon D3s voire plus si affinités ? Un boîtier plus fort, qui irait haut, plus loin, plus vite ? Et là, à l’instar de Pierre de Coubertin toujours prêt à participer aux jeux, je dis qu’on demande à voir.

Canon, Nikon. L’état des lieux.
Alors, il en est où, au jour d’aujourd’hui, le marché du reflex professionnel ? D’un côté il y a Nikon qui affiche une santé flamboyante, certains diront insolente, sur tous les segments de la photographie, plus de 25% de parts de marché en juillet 2011, excusez du peu. On a l’impression que Nikon n’a finalement que peu subi la crise, malgré la crise économique, malgré la crise boursière, malgré les cataclysmes naturels comme le tsunami. J’ai l’impression qu’à l’image des irréductibles gaulois qui ne craignaient qu’une chose, c’est que le ciel ne leur tombe sur la tête, les membres du staff Nikon ne redoutent qu’une chose, aujourd’hui, c’est de ne pas pouvoir fournir leurs clients dans les délais, tant la demande est forte. Nikon cartonne. C’est un fait avéré, non seulement sur le segment de la photographie professionnelle mais aussi, il faut le savoir, sur les segments grand public. Et en face ? J’ai envie de dire, avec une once de réalisme mâtinée de mélancolie, qu’en face, sur le marché de la photographie et du reflex pro, il ne me semble y avoir plus personne ou quasiment. Voyons les choses avec pragmatisme et sans cynisme aucun, sur le segment pro, Canon n’existe quasiment plus, virtuellement. Considérons son offre actuelle : un EOS 1D Mark IV (qui rappelons-le est doté d’un capteur non fullframe), un EOS 5D Mark II, seul reflex numérique fullframe de la gamme, un modèle vieillissant qui n’est toujours pas remplacé alors qu’il a été introduit voilà maintenant plus de trois ans. Sur le segment haut de gamme, Canon peine à annoncer un EOS 1DS Mark IV et souffre encore de l’épisode peu glorieux du 1D Mark III… Dieu merci, comme un petit miracle, l’intuition de Canon d’occuper le terrain de la vidéo avec un reflex numérique a été salutaire. D’ailleurs aujourd’hui, force est de constater que Canon ne communique plus que sur ce seul sujet, la vidéo. À ce propos, deux constats. D’abord, Canon a vu sa clientèle “historique” de clients photographes professionnels s’éloigner, au profit de Nikon (“et c’est rien de le dire” me disait un revendeur professionnel). Ensuite, la stratégie de repli sur le segment vidéo, ce que techniquement on désigne par “hybridation des médias” pourrait bien s’avérer particulièrement périlleuse à long terme pour la marque rouge. Vendre des reflex à 2000 euro pour combler les attentes des vidéastes de tout poil c’est bien, mais c’est aussi se tirer une balle dans le pied quand on sait que Canon est également un fabriquant de matériels vidéos de pointe. D’autant qu’on peut compter sur Nikon pour ne pas rester les deux pieds dans le même sabot et les bras ballants sur le segment de la vidéo et, à mon avis, de ce côté là aussi on peut s’attendre à quelques innovations musclées dans les mois à venir. Une réponse du berger à la bergère qui pourrait bien intervenir justement sur un D800 qui, pour le coup aurait tout d’un grand. Parce qu’en face de Canon et sa gamme pro réduite à la portion congrue, Nikon affiche une offre carrément musclée : D3x, D3s, D3, D700 et vient agacer Canon sur le segment expert de EOS 7D avec un D7000 qui collectionne tant les compliments des utilisateurs que les Awards, tout en étant d’un prix nettement plus abordable. Alors ? Vous sentez maintenant hein ? Comme moi vous sentez débouler Nikon qui a, face à lui, un véritable boulevard. Dans les mois à venir, je veux bien parier un Breizh Cola au bar du Vauban (à Brest) que les annonces vont vous donner le tournis… Nikon va nous en faire voir de toutes les couleurs.

Un Nikon D800 au pied du sapin, d’abord.
Mon petit doigt (qui en sait des choses) me dit que tout ceux qui attendent une annonce de la part de Nikon depuis des mois ne vont pas être déçus. Tout le petit monde des amateurs de jaune s’était un peu excité la calebasse avec des annonces fin août et il se murmure que peut-être la fin du mois de septembre (certains évoquent la date du 21) pourrait nous apporter de bonnes nouvelles. Puisqu’on en est au petit jeu des prédictions, pour ma part, je verrais bien une annonce Nikon (Allez ! Soyons fous…) vers le milieu du mois d’octobre, ce qui veut dire une disponibilité produit, en magasin, pour la fin de l’année. De temps en temps, il faut s’engager. Après tout, j’avais eu bon sur l’annonce de 1D Mark IV en octobre 2009 quand le reste du monde tablait sur mars 2010, non ? Franchement, j’y crois volontiers, je dis et je redis donc “annonce d’un successeur du D700 par Nikon à la mi octobre 2011 et dispo en magasin pour Noël” et c’est mon dernier mot, Jean-Pierre.

OK. C’est noté. Un Nikon D800 (ou Nikon D900, on ne va pas chipoter sur la dénomination) au pied de mon sapin, ça c’est fait. Reste à savoir les specs du boîtier en question et là encore on fonctionne à l’intuition et au recoupement d’informations. Nikon D800 sera un fullframe, évidemment. On l’imagine un poil plus musclé en pixels que son grand frère D3s et ses modestes 12mp, mais on connait aussi la prudence de Nikon sur ce sujet, alors je serais tenté de voir un reflex à 14 voire 16mp. Une gestion des hauts iso directement héritée du D3s et tout ce qui a déjà fait le succès des reflex Nikon, dont cet excellentissime autofocus. Mais finalement, c’est surtout à l’intérieur, au cœur de la bête, que l’innovation risque d’être la plus palpable, avec l’éventualité d’un nouveau processeur Expeed 3.

Expeed 3. Citius, Altius, Fortius.
expeed-3-un-nouveau-processeur-nikon-en-2011Plus vite. Plus haut. Plus fort. La devise olympique colle parfaitement à ce que Nikon pourrait bien nous concocter et par là-même nous annoncer. Rien de moins qu’un successeur à Expeed 2, l’événement pourrait s’avérer considérable car, on a tendance à l’oublier un peu vite, nos reflex numériques sont d’abord de véritables ordinateurs embarqués de traitement d’image et à l’instar de l’ordinateur qui trône sur mon bureau, ce qui fait la puissance et les capacités d’un appareil photo numérique tient dans son cœur, dans sa capacité à traiter l’image, plus vite, plus haut, plus fort. On ne sait rien ou quasiment du projet Expeed 3 mais on veut bien imaginer ce que Nikon gamberge dans le plus grand secret pour ce nouveau processeur, capable d’engloutir et de traiter de l’information avec infiniment plus de puissance et de performance. Et dans quel domaine a-t-on besoin de puissance, je vous le demande ? Dans le traitement du signal vidéo, pardi. Et là je sens bien que votre imagination se met à cavaler à la vitesse d’un cheval au galop, hein ? Un Expeed 3 capable d’ingurgiter de l’image c’est aussi la capacité d’enregistrer un flux vidéo en full HD avec un niveau de qualité jamais égalé. Fermez le ban. Et là vous me dites ? Un reflex numérique Nikon qui embarquerait des fonctionnalités liées à un nouveau processeur dont la capacité de traitement permettrait l’enregistrement d’un flux vidéo au format RAW, par exemple ? Vous y êtes.

Quarante jours de patience.
Vous sentez ? Bien sûr, maintenant, je suis persuadé que comme moi, vous sentez le coup venir. Il se prépare quelque chose de gros, de monstrueux du côté de chez Nikon. Un nouveau reflex pro fullframe d’ici Noël, peut-être équipé d’un nouveau processeur Expeed 3, sur ce coup-là je veux bien miser mon D3s et mes optiques Nikkor et une annonce d’ici mi-octobre. Des fonctionnalités en terme de vidéo et à ce chapitre je sens bien la volonté de Nikon de taper un grand coup, histoire de faire vaciller le quasi monopole de Canon sur son socle. Mais l’histoire ne va pas s’arrêter là, évidemment. On espère que la marque rouge saura réagir en présentant un hypothétique EOS 5D Mark III et un EOS 1DS Mark IV. De toutes façons Canon n’a pas le choix, ils doivent réagir car les coups de butoir de Nikon sont sévères. Contrairement à l’adage cher au cœur de l’estimé Pierre de Coubertin, dans ce monde industriel l’important n’est pas de participer, mais de gagner… D’autant que 2012 apportera aussi son lot de nouveautés, avec l’annonce plus que probable d’un Nikon D4 qui doit être prêt et dispo dans les sacs des reporters photos pour les Jeux Olympiques de 2012 à Londres, en été. Les mois qui viennent s’annoncent excitants pour tout ceux que la photographie numérique passionne. Alors, plus que jamais… Stay tuned !

Festival les Vieilles Charrues 2011. Kerampuilh, c’était demain.

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On attend ce moment toute l’année et arrivé comme aujourd’hui à la veille du festival, il y a comme une douce quiétude qui a fait place à l’angoisse des semaines précédentes. Voilà. On y est. Demain je signe pour le Festival des Vieilles Charrues 2011, vingtième édition, la huitième pour moi en temps que photographe officiel. Ça, des photographes, dans les jours qui viennent, c’est pas ça qui va manquer, on va en voir partout, surtout dans le pit de la grande scène à Glenmor. Si vous voulez voir du matos, du gros, du lourd, du tatoué, c’est là qu’il faut être. Aucun doute possible, pour voir du matos photo, la fosse de Glenmor à Carhaix en juillet, c’est vachement mieux que le Salon de la Photo Porte de Versailles à Paris en octobre. À l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai pas encore ma feuille de route. Comme chaque année j’ai listé mes concerts probables et comme chaque année il me faudra réduire la toile et les ambitions qui vont avec. Les timings seront serrés, comme toujours. Par exemple, le vendredi où l’un de mes groupes chouchous, The Octopus (vainqueurs du tremplin des Jeunes Charrues l’an passé) ouvriront à Kerouac alors que mes potes brestois de Siam seront à Gwernig (ex-Cabaret breton) exactement au même moment. Pour shooter les deux, il va y avoir du sport.

Hier soir j’ai fait un check du sac, comme tous les ans. Cette année, je vais voyager beaucoup plus léger que l’an passé où j’embarquais deux boîtiers Canon, dont l’un (un excellent EOS 1D Mark IV) était en test en partenariat avec la marque rouge. Après avoir finalement décidé de switcher pour Nikon au début de cette année, c’est avec mon reflex Nikon D3s que je vais arpenter la plaine, amenant avec moi mes deux cailloux de prédilection. D’abord le fabuleux Nikkor 70-200 2,8 VRII, mon optique de référence, ensuite l’étonnant Nikkor 24-120 f4 qui ne cesse de m’époustoufler. Pouvoir couvrir les focales de 24 à 200 avec deux optiques, c’est le bonheur, non ? Et puis cette année, quand même, il fallait bien que je profite de l’événement que sont les Vieilles Charrues et du fait que Nikon France est partenaire du festival (oui, j’y suis un peu pour quelque chose et je n’en suis pas peu fier, de ce rapprochement entre mon festival et la marque jaune) pour solliciter un test grandeur nature. Pour Nikon je vais donc tester le discret doubleur de focale TC20-EIII. Un accessoire discret, léger, petit mais costaud. Grâce à lui, le 70-200 double sa focale (mais perd deux diaphs), je vais donc couvrir les focales de 24 à 400 avec deux optiques et demi.

Quoi d’autre d’essentiel dans mon sac Lowepro Topload cette année ? Pas grand chose à vrai dire. Nikon D3s embarque deux cartes Sandisk Extreme 32G et une carte 16G en secours, au cas où. Mais avec une capacité de plus de trois milles clichés (au format RAW) par jour, je ne risque pas la saturation, d’autant que cette année le mot d’ordre est “zen”. Ma bretelle Fnac pour mon pass, quelques pansements pour les pieds en cas d’ampoules, mes bouchons d’oreilles, ma sangle Optech, des lingettes Vu pour nettoyer mes optiques. Mon flash Nikon (SB900) que je n’utiliserai sans doute pas, quelques cartes de visite, une mini lampe torche Nitecore waterproof qui éclaire mieux qu’une énorme Maglite et qui tient dans ma poche. Last, but not least, mon médiator fétiche, qui m’accompagne à tous les concerts et qui m’avait été offert par Sammy, mon guitar hero de feu Matmatah, après un concert épique.

Zen et léger, c’est le mot d’ordre pour cette édition 2011. Je vais sans doute m’intéresser un peu plus aux festivaliers cette année, si mon planning m’en laisse le temps, profiter pour aller rencontrer des gens, parce qu’au fond, ce festival des Vieilles Charrues n’existerait pas sans son public et sans ses bénévoles non plus. J’irai voir le mythique tirer de charrue mené de main de maître par les frères Morvan, j’irai boire un verre de lait avec les jeunes agriculteurs et comme chaque année je n’aurai pas le temps de manger des patates au lard. Je sais déjà que les quatre jours qui viennent vont filer comme l’ombre et que lundi on aura tous le blues. On comptera alors les jours qui nous sépareront de la vingt et unième édition des Vieilles Charrues… Mais ça, gast ! On n’y est pas encore ! Demain c’est le début de la fête. Si vous me croisez, sur la plaine, faites-moi plaisir ! Venez me voir. Je ne vous garantis pas qu’on aura le temps de boire une Coreff ou un Breizh Cola, mais on aura sûrement le temps de faire une petite photo souvenir…

Canon New F1, FD 85mm f1,2L. Entrez dans la légende.

canon New F1 et objectif 85mm f1,2LJ’ai déballé le paquet fébrilement. Quand on achète un caillou d’occasion sur eBay, c’est toujours un peu la loterie, même si dans le cas présent mon vendeur japonnais a une réputation en or massif, mais bon, on ne se se refait pas. Avant d’ouvrir la boîte, j’ai un petit coup de nostalgie, je repense à mon premier reflex Canon offert par ma chère mère qui se disait que finalement, après avoir essayé un tas de trucs pour occuper mes jeudis après midi, elle avait peut-être enfin trouvé le bon plan pour son fils préféré. Elle ne savait pas, à l’époque, que ce cadeau allait changer ma vie de manière radicale. Quelques années plus tard, c’est avec un Canon F1 et quelques optiques de légende (dont le fabuleux FD 55 f1,2 S.S.C. acheté mille balles en 1980 à un pote photographe qui switchait pour le modèle aspherical) que j’ai commencé à taper de l’image. Et puis le temps a passé, j’ai eu un Canon New F1, le boîtier parfait que j’ai revendu et d’ailleurs je m’en suis toujours voulu. Jusqu’à ce que, il y a quelques mois, sur un coup de tête autant qu’un coup de cœur je ne rachète à vil prix un New F1 absolument neuf qui n’avait pas vu plus de trois pellicules de toute sa vie ! Un reflex d’exception c’est bien. Avec une optique d’exception, c’est vachement mieux.

On peut raconter ce qu’on veut sur Canon, mais il y a une chose qu’on ne pourra jamais leur enlever. Canon a produit dans son histoire des optiques qu’on peut classer parmi les meilleures optiques de tous les temps. C’est comme ça, c’est un talent, une marque de fabrique. Canon est indubitablement orfèvre, depuis toujours, en matière d’optiques et quand on sait l’importance primordiale d’un caillou dans un ensemble photographique (comme disait l’autre, c’est par là que passe la lumière) on imagine aisément l’importance, pour un photographe, de pouvoir compter sur ses objectifs. De toutes les optiques de la gamme Canon FD, il en est une qui se démarque des autres, par l’ensemble de ses qualités, c’est le FD 85mm f1,2L. D’ailleurs cet ensemble optique est tellement parfait qu’il a survécu à l’abandon de la gamme FD lorsque Canon créa la gamme EF pour EOS, l’actuel EF 85mm f1,2L étant le digne successeur de son ancêtre. Je ne peux pas vous dire à quel point j’ai fantasmé sur ce caillou, d’ailleurs tous les photographes pros qui ont bossé en argentique avec du Canon ont eu un jour ou l’autre la tentation de craquer pour cet objectif ultra lumineux, au piqué dantesque, avec une qualité de bokeh renversante, le caillou de référence pour taper du portrait. Je dois avouer que moi-même j’ai failli casser la tirelire plus d’une fois, toujours retenu par le prix résolument rédhibitoire de l’engin qui déjà à l’époque coûtait un œil !

Béni soit le cours de l’euro face au dollar US ! Par la grâce des flux monétaires où 1000 $ deviennent au cours du jour 680€, j’ai vu passer au Japon chez un vendeur eBay particulièrement réputé, un Canon FD 85mm f1,2L à un prix attractif, en achat immédiat. Je n’ai pas trop réfléchi, jugeant que les photos et le sérieux de mon vendeur étaient des garanties suffisantes et j’ai signé. Quatre jours plus tard, ce matin donc, j’ai reçu mon paquet livré par Chronopost. C’est à l’emballage qu’on reconnaît la qualité d’un bon vendeur et là, mon ami japonnais n’a pas lésiné sur les moyens, mazette ! Et puis finalement, après un ultime et délicat papier de soie, je le découvre enfin et là, wouah ! Le choc. En fait ce caillou est “mint” comme on dit en anglais pour qualifier un objectif en état neuf. Il n’a pas dû beaucoup servir, voire il n’a pas servi du tout. La bague de diaph clique clairement, le focus est très fluide. Aucune trace de choc, pas une rayure, pas une poussière, mais le meilleur est à venir. J’ai monté quatre à quatre l’escalier pour récupérer mon New F1. Une fois le 85 monté, petite respiration, l’œil gauche dans le viseur et là, bien sûr je lâche “ah ouais ! Quand même !” Submergé par l’émotion d’une image limpide, d’un viseur clair (doux euphémisme). Voilà, on y est. Bienvenue dans la perfection optique absolue. Mais, finalement, le meilleur des boîtiers, la meilleure des optiques ne valent que par les images qu’on en tire. J’ai un projet assez précis qui me taraude depuis des années et que je vais réaliser avec cet ensemble. Une chose est sûre en tout cas, ce 85mm de légende ne quittera désormais plus jamais son boîtier légendaire. Il était écrit que ces deux-là, l’un au Royaume Uni l’autre au japon, étaient faits pour se rencontrer, un jour ou l’autre. Long is the road…

Laboratoire argentique. De la théorie à la pratique, un seul mot d’ordre : DIY.

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Je viens de développer coup sur coup deux pellicules Kodak TriX. Difficile de traduire l’émotion et le plaisir que cet acte procure. C’est comme un témoignage, une gratitude au passé. Et disons-le clairement, un passage quasi-obligatoire si l’envie vous prend de tâter un peu des cristaux d’argent. D’abord parce que le développement de la pellicule c’est le prolongement naturel de l’acte photographique. C’est un ressenti, comme une osmose chimique avec ses clichés, c’est prolonger la naissance d’une image, aller au terme, au bout du rêve. L’image que vous avez conçue dans votre viseur, vous allez contribuer à la révéler, que rêver de mieux ? Ensuite parce que techniquement c’est à la portée de tout le monde. Il faut juste un peu de patience et de technique que vous apprendrez à maîtriser. Enfin et surtout ! Parce que faire soi-même, ça a deux avantages majeurs. D’une, vous savez ce que vous faites. Si vous avez bien fait, vous pouvez le reproduire et si ça ne vous plaît pas, vous pouvez toujours améliorer. De deux, quand on fait soi-même ça coûte toujours moins cher que lorsqu’on le fait faire par un autre ! Mieux et moins cher. De vous à moi, je m’étais renseigné sur les tarifs de développement des laboratoires “professionnels”. Pour développer une pellicule TriX 400, l’addition était plutôt salée. Entre le prix du développement lui-même et la réalisation de clichés basses déf livrés sur CD (14,50€), les frais de port aller-retour (12€) j’arrivais à un ticket de 26,50€. Pas donné le prix du rêve, hein ? Alors qu’à y regarder de plus près, il faut à tout casser une demi-heure pour développer une pelloche avec un coût de revient carrément rikiki. Le calcul est vite fait et tient en trois lettres chères au coeur de nos amis anglo-saxons. DIY. Do it yourself ! Non seulement c’est amusant, c’est de surcroît gratifiant et ça coûte vraiment pas grand chose. Juste le temps que vous allez y passer. Et au risque de me répéter, la grande vertu de l’argentique c’est justement ça. Le temps. Alors, vous êtes prêts ? Suivez le guide !

De la méthode !
Comme disait ce cher René (Descartes hein ? Pas le mari de la Céline), le secret réside dans la méthode. Soyez bien organisé et vous verrez, ça va être tout de suite beaucoup plus facile ! En gros pour développer une pellicule argentique, vous avez besoin de quoi ? Une cuve, des produits de traitement (révélateur, bain d’arrêt, fixateur, lavage et rinçage), quelques bidons, un thermomètre et un point d’eau. Pas franchement sorcier, donc. C’est souvent la cuisine qui sert de laboratoire provisoire, le temps du développement. Prenez soin d’éloigner les produits alimentaires, il s’agirait de ne pas confondre Nesquick et Lavaquick. Utilisez du matériel dédié au développement : entonnoir, torchons, éponge, histoire d’éviter que votre yaourt n’ait un goût de révélateur. J’ai une grande mallette en alu dans laquelle je stocke tout mon matériel qui est ainsi à l’abri de l’air, de la lumière et des prédateurs (mes chats). En gros, vous allez avoir besoin de certains produits que vous n’utiliserez qu’une fois, c’est ce qu’on appelle le bain perdu, c’est le cas du révélateur Kodak D76, du produit de lavage Lavaquick (Tetenal) et du produit de rinçage Photo Flo (Kodak). En revanche d’autres produits sont réutilisables plusieurs fois, comme le bain d’arrêt Tetenal Indicet ou le fixateur Kodak Fixer. L’idéal est de positionner vos produits de traitement sur la table de travail, de gauche à droite, prêts à être utilisés :

le révélateur (à gauche, pastille verte), dont vous allez préparer une dose dans un broc gradué. Si votre cuve fait 500ml, il suffit de mélanger 250ml de révélateur D76 à 250ml d’eau, de bien mélanger et de veiller à ce que le tout soit à une température de 20° c. Au besoin vous utiliserez un bain-marie : une grande bassine, de l’eau à bonne température et vos bouteilles ou bidons dans la bassine.

le bain d’arrêt (pastille orange) est prêt dans sa bouteille accordéon. Devant lui une bassine en plastique vide est disponible pour récupérer le liquide après le traitement.

le fixateur (pastille rouge) est aussi en attente. Après utilisation, il sera aussi récupéré dans sa bassine.

le produit de lavage Lavaquick est un produit qui se jette après chaque utilisation. Une bouteille de jus de fruits en PVC de récupération permet de faire la préparation (20ml de Lavaquick pour 430ml d’eau à 20° c).

le produit de rinçage Photo-Flo est également un bain perdu. J’utilise une éprouvette graduée et un compte-gouttes pour le préparer à raison de 10 gouttes pour 500ml d’eau à 20° c. Un conseil évitez de trop remuer, Photo-Flo a tendance à mousser !

Voilà. Vos produits n’attendent que vous. Comme le processus de développement se fait d’une traite, le fait d’avoir tous les éléments sous la main, de savoir où se trouve chaque produit, dans l’ordre logique, va vous faciliter grandement la tâche dans l’application des quatre traitements successifs. Et encore une fois, soyez zen et prenez votre temps. Vous avez logé votre film est dans votre cuve de développement dans le noir complet ou bien comme moi vous utilisez une cuve Jobo Daylight, lorsque le film est à l’abri dans la cuve, vous êtes prêt.

Le développement du film négatif en cinq étapes.

1- Le révélateur
C’est la première phase du développement et autant le dire clairement, c’est là où tout se joue. Vous devez faire tremper votre film négatif pendant la durée indiquée par le fabriquant du révélateur pour le film que vous utilisez. Dans mon cas, j’utilise le révélateur Kodak D76 pour une pellicule Kodak TriX 400 poussée à 1600iso. Le temps de développement conseillé par Kodak est de 13 minutes trente dans un révélateur à 20° c. Le fait d’utiliser un révélateur à bain perdu est une excellente méthode qui permet d’avoir une constance dans les résultats obtenus, pour un prix de revient modique (environ 0,48€ par film).

Ôtez le gros bouchon orange de votre cuve. Versez la dose de révélateur dans la cuve, d’une traite, remettez le bouchon. Déclenchez le chronomètre (celui de iPhone est parfait) et agitez votre cuve en la retournant pendant trente secondes. Attention. Vous ne préparez pas un cocktail, inutile de secouer la cuve comme si vous étiez en train de préparer un punch coco ! Reposez la cuve en la tapant légèrement sur la table (ou sur un tasseau en bois disposé sur votre table), ce qui a pour effet de dégager les bulles d’air s’il y en a. Ensuite, toutes les trente secondes, effectuez six ou sept retournements de la cuve rapidement, pendant cinq secondes. Vous verrez, vous allez rapidement trouver le rythme ! En n’oubliant pas de taper le cul de la cuve après chaque séance de retournements. Le temps passe. Vous pouvez mettre à profit les tranches de repos de la cuve pour préparer votre bouteille de bain d’arrêt.

Treize minutes trente, pas plus. Enlevez le bouchon de la cuve et videz la dans l’évier. La vidange ne dure guère plus de cinq à six secondes, c’est étudié pour ! Il est temps de passer au bain d’arrêt.

2- Le bain d’arrêt
Dans votre cuve vidée de son révélateur, remplissez avec du bain d’arrêt et remettez le bouchon. C’est le bain d’arrêt qui siffle la fin du jeu au révélateur, qui interrompt son processus. À partir de maintenant tout est plus calme. Pendant une vingtaine de secondes, tournez la cuve haut-bas à raison d’un retournement toutes les deux secondes. Quand c’est fait, enlevez le bouchon de la cuve et récupérez le bain d’arrêt dans la bassine prévue à cet effet.

3- Le fixateur
Le fixateur va dissoudre les cristaux d’argent non-développés. Le négatif devient transparent sur les zones non exposées et prend son aspect définitif. Lorsque vous avez rempli la cuve de fixateur et mis le bouchon en place, déclenchez le chronomètre. Kodak indique une durée de fixation de cinq à dix minutes, pour ma part je fixe pendant sept minutes environ. Du côté agitation, c’est le même tempo que pour le révélateur, le stress en moins. On agite pendant les trente première secondes, une petite tape sur le cul pour les bulles d’air, puis six ou sept retournements toutes les trente secondes pendant cinq secondes, avec la petite tape au bout des cinq secondes. Facile. Quand c’est fait, on récupère le produit dans sa bassine et on est content parce que c’est presque fini.

4- Le lavage
Il faut laver le film soigneusement et le rincer abondamment à l’eau claire, toujours à température de 20° c. Posez la cuve (toujours fermée) dans l’évier, faites couler l’eau dans la cuve par le trou central pendant deux minutes. Quand c’est fait, videz la cuve de l’excédent d’eau et remplissez avec la préparation Lavaquick. Ce produit est sensé amélioré la qualité du lavage du film et réduire le temps de traitement. Lorsque votre cuve est remplie, remettez le bouchon et agitez la cuve pendant deux minutes sans interruption. Puis, purgez la préparation Lavaquick et faites à nouveau couler de l’eau claire dans la cuve. Si vous disposez d’une cuve Jobo et du système Cascade, c’est le moment de l’utiliser, le lavage du film (pendant cinq bonnes minutes) n’en sera que meilleur.

5- Le rinçage
Versez votre préparation Photo-Flo dans votre cuve. Fermez avec le bouchon et tournez tranquillement la cuve haut et bas pendant trente secondes. Un conseil, ne secouez pas trop fortement la cuve car Photo-Flo a tendance à mousser. Voilà, pour le développement c’est fini. Vous voyez c’était pas sorcier. D’autant que l’instant magique, le vrai, c’est maintenant.

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Un soupçon de magie.
Fébrilement, vous ouvrez la cuve et là, il se montre enfin à vos yeux. En négatif les images que vous avez créées apparaissent sur le film. Même si le procédé chimique est connu, on ne peut s’empêcher d’être émerveillé. Vite, vous le secouez délicatement, vous attachez deux pinces lestées à chaque extrémité du film et vous le suspendez à l’abri de la poussière, au calme. Vous le laissez ainsi sécher tranquillement pendant quelques heures et puis, finalement, vous le découpez délicatement bandes de six vues que vous rangez soigneusement dans des pochettes de papier cristal. Maintenant, deux chemins s’offrent à vous. Quelques uns d’entre vous vont poursuivre le chemin et continuer l’aventure vers les joies de l’agrandisseur et les papiers barytés. D’autres (c’est mon cas), vont numériser les négatifs en utilisant un scanner à film. Qu’importe. Le moment où vous découvrez l’image, enfin, ce moment là n’appartient qu’à vous. Le négatif vous dévoile alors tous ses secrets. Il est intemporel. Mieux encore, il demeure contemporain et il est incroyablement moderne.

• cliché : Fredrika Stahl au Run ar Puñs en avril 2011. Canon New F1, Canon FD 55mm f1,2 SSC, Kodak TriX 400.

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Laboratoire argentique. Tout ce dont vous avez besoin pour bien démarrer.


Cette fois c’est décidé. Vous en avez envie ? Envie de retrouver des sensations fondamentales, de palper de la pellicule, de sentir des odeurs. Vous avez descendu du grenier une malle en bois du grand-père ou bien comme moi, vous avez craqué pour un sublime boîtier argentique que vous avez payé une poignée de moules sur internet. Au moment où j’écris ces lignes, j’attends de recevoir un objectif Canon 17mm f4 SSC acheté sur eBay pour 150€. Canon, Nikon, Leica, Pentax, Contax, … Le choix est vaste et l’offre encore abondante et tellement accessible. Je dis encore parce que je suis convaincu, comme je l’ai écrit ici à maintes reprises, que l’argentique va vivre un véritable revival. Ah ! Bien sûr on ne reviendra plus jamais en arrière. Le numérique est là et c’est définitif. Mais je veux bien parier que de nombreux photographes, notamment des jeunes qui n’auront finalement connu que le numérique, vont souhaiter, à un moment ou à un autre de leur parcours, toucher du bout des doigts “la” photographie. Plus précisément la magie de la photographie, la vraie. Celle que vous créez avec vos mains. Celle qui résulte d’un long processus chimique, celle qui se révèle, qui se laisse désirer. Ça vous tente hein ? Commencez par la prise de vue. Prenez un Leica M, un Canon F1 ou un Ftb, un Nikon F, une bonne optique… Une pellicule noir et blanc (si vous ne savez pas quoi prendre, prenez une Kodak TriX 400) et sortez ! Allez faire des photos, prenez votre temps. Oui, d’ailleurs vous n’aurez pas le choix. Ici, l’autonomie est courte, c’est trente-six poses maxi, autant dire que vous allez donner du temps au temps. D’ailleurs en argentique, le vrai luxe c’est le temps. C’est vous le patron, le boîtier, lui, il vous suit. Pas d’autofocus, pas de mode automatique, ici s’il ne doit y avoir qu’un pilote dans l’avion, c’est vous. Respirez. Vous y êtes. Vous sentez ? Voilà, la photographie argentique c’est ça, cette respiration là, zéro stress. Une fois la photo faite, avant d’en faire une autre il faut réarmer (eh ouais ! Ça ne se fait pas tout seul). Ici pas question de visualiser ce qu’on vient de shooter, ça c’est pour plus tard. Lorsque, de photographe on devient petit chimiste. Je vous rassure tout de suite, pas besoin d’un investissement colossal. Vous aurez tout au plus besoin d’un petit équipement qui est durable (il vous fera des années), qui tient dans le bas d’une armoire, de préférence à l’abri de la lumière et des écarts de température. Petite visite guidée du kit labo argentique, tout ce qu’il vous faut pour bien démarrer.

1- Le révélateur : comme son nom l’indique c’est le produit qui va permettre de révéler, par la grâce d’une opération chimique, l’image qui s’est formée sur le film à la prise de vue. Ici j’utilise du Kodak D76 qui convient bien non seulement pour la pellicule que j’utilise (Kodak TriX 400) mais aussi pour un grand nombre de films. C’est un peu un révélateur passe-partout, il se présente en poudre qui, une fois diluée dans de l’eau, donne un litre de révélateur.

2- Le bain d’arrêt : lorsque le temps de développement est atteint (comme la tarte), il faut interrompre ce processus très rapidement. Tant que le film est en contact du révélateur, le développement continue. Pour arrêter le développement on utilise donc un bain d’arrêt. Certains utilisent simplement de l’eau mais le bain d’arrêt Tetenal Indicet que j’utilise est efficace et peu onéreux.

3- Le fixateur : il a pour effet de dissoudre les cristaux d’argent non-développés et de fixer l’image sur le négatif. Après avoir rincé le film avec du fixateur, celui-ci est presque prêt, il reste à le laver proprement.

4- Le réducteur de lavage : le lavage du film permettant d’assurer au film négatif une bonne conservation dans le temps, il est nécessaire de bien le laver. Comme son nom l’indique le réducteur de lavage (ici Tetenal Lavaquick) permet d’optimiser les temps de lavage du film.

5- L’agent mouillant : c’est un produit qu’on ajoute au dernier bain de lavage afin de permettre à l’eau de s’écouler du film sans laisser de traces de séchage. Certains photographes utilisent une raclette pour enlever l’eau superflue du film. C’est quelque chose que je vous déconseille de faire, c’est radical pour rayer un film. Et une fois le film rayé, c’est sayonara !

6- La bouteille accordéon : elle permet de conserver les produits à l’abri de l’air et de la lumière. La structure en accordéon permet de fermer la bouteille en évitant la présence d’air qui oxyde le produit.

7- Le bidon : permet de stocker des produits de développement, contenance un litre.

8- Le broc : pour transvaser les produits, un broc gradué d’un litre qui ne servira qu’à ça.

9- L’éprouvette graduée : exprimée en cc (centimètres cubes) j’ai choisi le grand modèle de 1000cc, soit un litre. J’aime bien les comptes ronds.

10- L’extracteur de film : pratique pour récupérer l’amorce si vous avez rembobiné votre film en entier. Bon, c’est vrai qu’il faut être un peu mutant pour réussir à l’utiliser du premier coup. Un de ces jours, il faudra que j’écrive un petit topo sur le sujet.

11- La cuve de développement : pemet comme son nom l’indique de développer un film. Le chargement du film doit être réalisé dans le noir total. Le moindre soupçon de lumière voilerait le film qui serait perdu. Si vous n’avez pas de chambre noire, vous pouvez utiliser un manchon qui permet de réaliser les manipulations à l’abri de la lumière. Ou alors opter comme je l’ai fait pour une cuve Plein jour (Jobo Daylight) qui permet de charger un film dans la cuve en plein jour, grâce à un procédé très astucieux.

12- Jobo Cascade : c’est un système qui se branche sur le robinet et s’adapte sur toutes cuves Jobo, considérées à juste titre comme les meilleures cuves de développement. Cascade permet le lavage à grande eau du film et diminue les temps de lavage.

13- Le thermomètre : il est indispensable car les produits de développement doivent être utilisés à température constante (20 ou 24° selon la température choisie).

14- Les pinces en inox : lorsque le film est prêt il doit sécher. On utilise des pinces en inox lestées pour tenir le film bien droit. Une fois sec, le film est découpé en bandes de six vues et stocké dans des feuillets de papier cristal ou acétate transparent.

15- Le film : c’est par lui que l’aventure argentique commence, c’est lui qui fait l’objet de toute notre attention. Il existe de nombreux films sur le marché de la pellicule noir et blanc, le Kodak TriX 400 est un film “universel” dont le prix est très abordable (comptez environ 3,50€ l’unité quand vous l’achetez par 5). Vous pouvez le pousser à 800 ou 1600iso, dans ce cas il conviendra d’adapter votre temps de développement. Plus le film est poussé, plus le temps de développement augmente.

Voilà, vous êtes presque prêt. Il manque à ce petit labo une bonne minuterie, car les temps de développement sont très précis. Une bonne montre chronomètre ou mieux une pendule de labo feront l’affaire. Reste à maîtriser le chargement de la pellicule dans la spire de la cuve de développement. Pour cela, un bon conseil. Trouvez une pellicule usagée ou bien sacrifiez une pellicule de douze poses et entraînez-vous en plein jour. Charger une pelloche dans la spire et dans l’obscurité totale, c’est comme le vélo. C’est casse-geule, on se dit qu’on ne va jamais y arriver, surtout dans le noir absolu et puis ça devient machinal. Vous trouverez un maxium de (très) bons conseils dans un bouquin de référence, le célèbre “Noir et Blanc de la prise de vue au tirage” de Philippe Bachelier (aux Éditions Eyrolles). Les processus de développement y sont décrits avec des mots simples et le livre est une mine d’excellents conseils. Indispensable, donc.

Et puis, tout au bout de ce chemin, il y a la récompense. Le fruit de vos efforts. La révélation de l’image, de vos images. C’est un truc indéfinissable qui n’a absolument rien à voir avec le numérique. D’ailleurs, c’est à ce moment précis que l’argentique rejoint le terrain du numérique. Lorsque vous scannez votre négatif et que l’image apparaît sous vos yeux et que vous faites wouah ! Un bon scanner coûte autour de 200€ et permet de numériser vos négatifs jusqu’à plus de 7000 dpi. Vous n’irez sans doute pas aussi loin. Un bon scan de 2400 à 4800 dpi suffira largement à votre bonheur pour tirer vos œuvres. Vous entrerez alors dans le monde merveilleux des beaux papiers barytés qui mettront en valeur vos images telles que vous ne les aviez jamais vues. À ce moment-là, vous ressentirez peut-être l’envie de continuer votre aventure et de passer vos négatifs à l’agrandisseur. Mais ça, c’est encore une autre histoire…

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Lightroom, Capture NX2. La quadrature du cercle.

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C’est dimanche. Il fait beau, et même très beau. C’est souvent comme ça, à Brest, n’en déplaise à Barbara. Que faire ? D’un côté la raison qui me pousse vers quelques centaines de clichés à dérusher, de l’autre le plaisir qui m’appelle au jardin où m’attendent mes fraisiers. J’opte pour la raison, grossière erreur. Je dérushe mes clichés de jazz, sur mon iMac calibré. Et là, je tombe sur un cliché bizarre. J’ai l’impression que Lightroom traduit mon fichier NEF de manière totalement erratique. Est-ce que ça m’est déjà arrivé avant ? Certes oui, mais jamais dans des proportions aussi dramatiques. Les zones d’ombres sont remplacées par un bleu absolument hideux qui tue le cliché. Je poursuis plus avant, c’est idem. Je ne le sais pas encore, mais cet incident va me pourrir la vie. Car finalement, la conclusion de ce joyeux bordel c’est que Lightroom (version 3.3) traduit mes fichiers NEF un peu comme il peut, avec les moyens du bord. Pourquoi ? Simple. Parce que Adobe ne dispose pas de toutes les informations pour décrypter correctement et complètement le RAW natif de Nikon. Je pense d’ailleurs que c’est la même chose pour les fichiers d’origine Canon. D’ailleurs s’il y a bien une constante entre les deux marques, c’est dans le discours. D’un côté Nikon vous assure qu’il n’y a rien de mieux, pour développer un fichier NEF que Capture NX2. De l’autre c’est un peu le même discours dans l’épicerie d’en face. Chez Canon on vous dira et on vous répétera à l’envi qu’il n’y a rien de mieux pour développer un fichier RAW Canon que DPP, le logiciel maison.

À ma gauche, accusant 149€ prix net vendeur, Capture NX2. À ma droite, livré en standard avec chaque reflex Canon voici DPP. Et au milieu il y a nous, les photographes et un choix qui n’est guère plus cornélien. C’est, pour une grande majorité d’entre nous Adobe Lightroom, un espèce de couteau suisse qui a supplanté Aperture, la tentative logicielle développée par Apple. À un moment donné, il m’a fallu faire un choix. J’ai testé les deux, Aperture et Lightroom et franchement, il n’y avait pas photo, si j’ose dire. J’ai choisi Lightroom, justement pour son aspect couteau suisse. Voilà un logiciel capable d’organiser des catalogues, d’appliquer des mots-clés, d’effectuer des recherches, même si finalement, de vous à moi, mon organisation interne (qui passe par une base de données maison) me permet de retrouver facilement un cliché. Non, j’avais été séduit par Lightroom pour sa capacité fantastique dans la maîtrise du flux de travail, notamment en matière de dérushage. Les mains sur le clavier, Lightroom me permet de dérusher, de classer, de trier, de noter deux cents fichiers RAW dans un délai extrêmement court. Quand c’est fait, je peux supprimer de mon disque, en une seule manipulation, les fichiers indésirables. Grâce à Lightroom, j’ai à ma disposition un outil de production, sans parler des outils d’optimisation de l’image que j’utilise pour ma part avec la plus grande parcimonie et aussi la plus grande méfiance, mais ça c’est une autre histoire…

Alors bien sûr, je comprends que Canon comme Nikon engagent leurs utilisateurs à choisir l’option dérawtiseur maison. Le truc, c’est que lorsqu’on a mis les pieds et les mains aux commandes d’un Cessna, on n’a guère envie de se retrouver le cul vissé à un siège de vieux Tupolev. Parce que je ne sais pas si vous avez regardé Capture NX2 de plus près, mais c’est quand même relativement spartiate, autant en confort d’utilisation qu’en termes d’ergonomie. Sans vouloir être mesquin, ils ont recruté un ancien ingénieur du bloc soviétique période Brejnev, pour avoir pondu une interface aussi imbittable ? Alors vous allez me dire que certes, Capture NX2 c’est pas super ergonomique mais que jusqu’à preuve du contraire “on n’a rien trouvé de mieux pour développer correctement un fichier NEF“. On est d’accord. Sauf que moi et la plupart de mes camarades photographes, on ne va pas se taper double ration de boulot. Dérusher dans Capture NX2 (ou DPP) puis, quand c’est fait remettre le couvert dans Lightroom. Et pourtant, c’est qu’il conviendrait de faire. Mais entre nous, qui le fait ?

J’ai donc décidé de regarder de plus près cette problématique de conversion de colorimétrie dans Lightroom. J’ai pris un fichier NEF test que j’ai développé dans Capture NX2. Comme sur cette série de clichés, j’avais paramétré D3s pour générer un fichier NEF et sur la seconde carte un fichier JPEG, j’ai pu comparer le JPEG exporté par Capture NX2 et le JPEG d’origine. Puis j’ai comparé mon JPEG obtenu à partir de Capture NX2 à ma prévisualisation dans Lightroom. En modifiant dans LR mon profil d’étalonnage de l’appareil photo, dans le module développement, en remplaçant le profil Adobe Standard par le profil Camera D2X Mode 1, j’ai obtenu une prévisualisation nettement plus conforme à ce que je prévisualisais dans Capture NX2. J’ai terminé mon dérushage avec plus de sérénité et une fois fait, j’ai éteint mon Mac et je suis retourné à la quiétude de mon jardin et de mes fraisiers.

Finalement, pour conclure, je suis assez troublé par cette succession d’incidents. Le fait de savoir que Lightroom ne dispose pas de tous les paramètres nécessaires pour tirer pleinement parti de mes fichiers NEF et donc d’en extraire pleinement la quintessence est une problématique qui pour ma part m’interpelle. D’un autre côté, je serais curieux de savoir combien de photographes n’utilisent que Capture NX2 pour développer leur production et encore mieux combien utilisent conjointement Capture NX2 et Lightroom. Et accessoirement combien de photographes shootent directement en format JPEG ? À ce propos, je me souviens d’une discussion avec un membre du staff Nikon qui m’avait dit que beaucoup de photographes sportifs utilisant des boîtiers de type D3 travaillaient directement en format JPEG. D’abord parce que techniquement ils n’avaient pas le temps de dérusher du RAW et que, de toutes façons, ils étaient tellement sûrs de la qualité des clichés produits par la gamme D3 qu’ils n’avaient pas besoin de générer un fichier NEF pleinement éditable. Oui, c’était dit avec le sourire et une petite pointe d’ironie. À l’époque, j’étais équipé en Canon, ceci explique sans doute cela. En tout cas ce problème de colorimétrie dans Lightroom a attiré mon attention sur la nécessité d’une bonne session de formation sur un logiciel aux capacités aussi étendues. Je vais programmer très prochainement sur mon agenda une formation Adobe Lightroom à la Nikon School. Histoire de maîtriser toutes les arcanes de ce logiciel et d’évaluer les possibilités de traitement avec Capture NX2. Car, par la porte ou par la fenêtre, qu’on le veuille ou non, il n’y a effectivement rien de mieux qu’un logiciel propriétaire pour développer un fichier propriétaire.

Photographie argentique. Nous allions vers les beaux jours.

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J’ai cessé de photographier en argentique depuis un bail. En même temps, je ne perds pas de vue le proverbe sénégalais plein de bon sens, comme c’est souvent le cas en Afrique, par ailleurs. “Si tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens.” Et moi, je viens de l’argentique, c’est comme ça. Je ne peux pas oublier la pelloche, le parfum du révélo, les cuves Patterson ou Jobo et tout le Saint Frusquin. À un moment de mon parcours, je n’ai pas pu, non plus, ignorer cette extraordinaire révolution qu’a été l’avènement de la photo numérique. Alors ? Qu’est-ce qui m’a poussé à regarder d’où je viens, comme ça, d’un seul coup ? Eh bien justement, non. Pas d’un seul coup. Le processus a mis du temps à me démanger. Déjà, il y a une paire d’années, j’en avais ressenti l’envie. Envie de revenir à la prise de vue roots, de se faire mal, de se bousculer un peu. J’avais ressorti mon reflex, un Canon F1 de 1977, histoire de voir. Ça mes aïeux, pour voir, j’avais vu ! J’avais eu beau chercher la première pression sur le déclencheur pour activer l’autofocus, il ne s’était rien passé. Rien et pour cause. Sur le F1, merveilleuse machine 100% mécanique, tout se faisait à la mano, la mise au point, le réglage du diaph et de la vitesse, l’armement de la pellicule. Un autre tempo, une autre respiration, un autre rythme aussi. D’ailleurs, le seul truc qui nécessite une pile sur ce boîtier de légende, c’est la cellule, autant dire que le F1 est inusable, inaltérable, indémodable. Et que dire des optiques ? C’est sur la gamme d’optiques FD que Canon a bâti sa légende. Sur mon F1, j’ai un 55mm f1,2 SSC (les puristes apprécieront). Regarder la lumière traverser un caillou pareil, à travers le viseur du F1, c’est déjà un putain de privilège, un instant de grâce infinie. J’avais cramé quelques pelloches et puis mon F1 avait retrouvé le confort douillet de sa housse en cuir. C’en était fini de mon caprice de diva ? Pas sûr. Et puis ma route a croisé celle de photographes singulièrement accros au parfum divin de la poussière d’argent. Mon pote Gremillot et ses ektas magiques de poissons multicolores. David Grimbert et ses clichés du Cambodge. Et puis Richard Bellia, dont le nom est écrit au fronton de la photo rock’n roll. Depuis longtemps je lorgnais vers Leica, mes coups de cœur tanguaient du M3 si cher à Larry Burrows au M6, plus contemporain. Mais Leica, malgré toutes les qualités de ces boîtiers de légende, c’était pas ma culture. Non. Quand j’ai eu mon F1 à nouveau en mains, j’ai su que la voie à suivre, pour aller tâter à nouveau de l’argentique, elle était là, si simple que je l’avais sous les yeux. J’avais eu par le passé un Canon New F1 que j’avais revendu, comme mon EOS 3, lorsque je suis passé en numérique. Un choix que j’ai toujours regretté, tant le New F1 était un boîtier extraordinaire. Et puis un jour, sur un coup de tête…

C’était un dimanche, en fin de journée. Parfois les choses arrivent de manière si étrange qu’on se dit que c’était écrit. Je suis tombé par hasard sur l’annonce eBay d’un boîtier reflex Canon New F1, à vendre à Londres. J’ai hésité deux ou trois secondes et sur un coup de tête, dans les ultimes secondes j’ai passé une enchère, que j’ai gagnée. Le reflex semblait neuf et surtout il était livré avec une visée AE (qui permet certains automatismes comme le mode priorité ouverture), un moteur et quatre verres de visée supplémentaires, pas moins. Quand je l’ai reçu, une semaine plus tard, j’étais assez fébrile même si j’avais payé le lot au prix ridicule de 300 euro, port inclus. J’ai d’abord été sidéré par la qualité et l’aspect du matériel. Il était neuf, aussi neuf qu’il l’aurait été si je l’avais acheté en magasin la veille. La prédiction de mon ami Richard Bellia, qui me disait qu’on pouvait trouver du matériel en excellent état pour des queues de cerises s’avérait donc juste. J’ai monté illico le 55mm sur mon New F1 beau comme un sou neuf, réservant un 35mm f2 SSC pour mon F1n qui finalement ne perdait pas au change. Une pellicule Kodak TriX 400 plus tard, j’étais paré.

Que la gente féminine me pardonne par avance cette comparaison un peu osée voire incongrue, mais je n’ai pas trouvé mieux, ni plus explicite pour essayer de comparer la photographie numérique et la photographie argentique. La photographe numérique, c’est une fille facile. De ces nanas qui couchent avec toi le premier soir, sans trop se poser de questions. Pas de préliminaire, pas de drague, pas de temps perdu. Juste l’envie, l’impulsion. On y va et on verra bien ce que ça donne. Je ne sais pas vous, mais moi j’ai toujours eu du mal avec ces plans-là. Généralement, ça foire quasiment à chaque fois. Mais on se dit après coup (si j’ose dire) que c’est pas grave, que ça ne coûtait rien d’essayer. Rien ? Faut voir. La photographie argentique, c’est carrément une autre histoire, un autre monde. C’est une femme que tu dois séduire, en prenant ton temps et même mieux, en laissant du temps au temps. Tu t’en approches avec délicatesse, avec élégance, tu l’explores, tu la jauges, tu la calcules. C’est un jeu complexe de séduction et tu sais que tu ne peux pas te rater, parce qu’avec elle, la moindre erreur se paye cash. Au mieux si tu t’y prends comme un manche tu te prends un pain dans la gueule, au pire une fin de non-recevoir, un vent. Elle t’ignore, tu peux rentrer à pied, fin de l’histoire. Mais quand ça passe, alors tu te sens invincible et elle t’emmène au sommet du monde.

Respirer. Trente six poses. No more, no less. Cadrage au cordeau, mesure de la lumière précise. Ici, maintenant, pas question de se dire qu’une erreur de un ou deux diaphs se rattraperont plus tard. Pas de prise de tête sur la balance des blancs. Finalement je réalise que le plus complexe c’est la mise au point. Je me dis que j’avais oublié à quel point mon Canon FD 55mm f1,2 SSC est extraordinairement lumineux. Le déclencheur du Canon New F1 est toujours aussi peu discret et le moteur, qui avance la pelloche automatiquement, contribue à rendre la prise de vue très exotique, surtout pendant un concert de jazz. Je vais d’ailleurs rapidement décider d’enlever ce moteur aussi lourd qu’inutile pour moi, pour retrouver le New F1 light et son look très eighties, d’une beauté, d’une pureté définitives. Chaque déclenchement est comme un petit bonheur. Ici, pas question de regarder un quelconque écran LCD pour vérifier que c’est dans la boîte. Pour le savoir, il faut attendre, être patient et déjà penser au cadrage du prochain cliché. Et puis respirer, encore. Vient alors le temps où la pellicule se révèle. Le négatif glisse sous le scanner et rejoint le monde de la modernité. C’est là que se révèlent toute sa puissance, sa capacité extraordinaire à reproduire des couleurs, des noirs, des blancs, des nuances. Avec un négatif en main, un bon scanner (on en trouve à moins de 200€), il est possible de réaliser un document numérique à 2400dpi voire au double ou plus, pouvant être imprimé du simple 20 par 30 au très grand format, dans une qualité irréprochable.

Alors, l’argentique a-t-il encore un avenir ? Non seulement j’en suis persuadé mais je veux bien maintenir le pari fait avec un ami il y a deux ans sur le salon de la photo à Paris, sur un revival, un retour en grâce de la pellicule, tant auprès des photographes amateurs que des professionnels. Pourquoi ? Simplement parce que les bases, les fondements de la photographie reposent entièrement sur l’argentique. De la prise de vue au développement de la pellicule, jusqu’au tirage sur papier, il n’y a que la photographie argentique pour vous révéler tous les secrets, toute la magie de cet art. Si vous n’avez jamais vu une image se révéler dans une cuve après avoir été exposée à la lumière de l’agrandisseur, je vous garantis que vous avez définitivement loupé une marche, simplement raté un chapitre de ce qu’est la photographie. Et je veux bien vous promettre que vous serez sidéré par ce phénomène, autant que je le fus lorsque j’étais enfant. Voire une photo que vous avez créée, apparaître là sous vos yeux, c’est simplement un instant magique. Alors vous n’aurez qu’une envie. Participer vous-même à cette magie. Vous pensez que ça va vous coûter un fric fou ? Détrompez-vous. Pour quelques dizaines d’euro, aujourd’hui, vous pouvez trouver un bon boîtier argentique sur des sites de ventes aux enchères ou des forums de passionnés. Bien sûr, si vous lorgnez sur un Leica M6 et un Summicron 35mm f2, le budget sera un peu plus conséquent, mais pour des budgets raisonnables (moins de 200€), vous trouverez un bon boîtier argentique Canon et une optique de grande qualité. Il n’est pas rare de voir passer un 50mm f1,8 à 15€, par exemple. Les pellicules, achetées en lot de cinq ou de dix sont très abordables et vous ne résisterez pas longtemps au plaisir de les développer vous-même. Les conseils avisés d’un club photo vous seront utiles, voire la lecture d’un bon bouquin sur le sujet (comme l’excellent “Noir et Blanc, de la prise de vue au tirage” de Philippe Bachelier qui fait référence en la matière). Lancez-vous ! Si vous n’avez jamais pratiqué l’argentique et que vous aimez la photographie, la pellicule va décupler votre passion. Et qui sait ? Peut-être allez-vous découvrir le grand amour de votre vie ?

• photo : Canon New F1, FD 55mm f1,2. Kodak TriX 400.
• Le titre “Nous allions vers les beaux jours” est emprunté à un bouquin magnifique de Patrick Cauvin.

Les photographes heureux n’ont pas d’histoire.

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Vous sentez ? Non ? Non, vous ne sentez rien, évidemment. Rien d’autre que ce vieux consensus mou comme on l’aime par ici, hein ? J’ai reçu un email il y a quelques jours, d’un lecteur de Shots qui se lamentait de n’avoir plus rien à se mettre sous la dent. C’est comme ça. Quand je n’ai rien à dire, je ne dis rien. Ah ! Bien sûr, je pourrais vous la jouer “je comble les silences en attendant l’actu.” Faire comme les petits camarades blogueurs, réutiliser du flux et de préférence le flux des autres. Et hop ! Ici une petite vidéo Nikon ! Et tac ! À moi une vidéo filmée façon tilt-shift avec un 5D Mark II (mes préférées). Ça ne coûte pas un rond, ça rapporte du lectorat et des gwennegs*. Sauf qu’ici, à Shots, c’est pas le genre de la maison. Je n’ai pas non plus envie d’attirer le chaland sur des mots-clés juteux. Catastrophe nucléaire, Fukushima, Tchernobyl, nuage radioactif. Je trouve indécent (et là je pèse mes mots) d’oser la ramener sur un sujet aussi périlleux. J’ai juste une pensée pour les gens de la région de Sendaï, ceux qui bossent du matin au soir dans les usines de Nikon pour produire des boîtiers reflex qui relayent des images sur la planète entière. Juste un peu de compassion et une bonne dose d’espoir. Mais ne comptez pas sur moi pour en parler. Devant l’ampleur d’une telle tragédie, on peut juste se taire, prier pour ceux qui y croient, attendre pour les autres.

Il ne se passe rien, côté actu photo. Le temps semble s’être figé comme un bloc de béton au dessus d’une centrale nucléaire fissurée par un tsunami. Alors que le Japon panse ses plaies tant bien que mal et compte ses morts, il serait notoirement indélicat de se demander si Nikon, Canon et consorts envisagent le lancement de telle ou telle nouveauté. J’ai l’impression qu’en ce moment tout le monde s’en fout (et moi le premier). Les consciences sont ailleurs, tournées vers le désespoir. Ceci explique peut-être celà. Je me suis réveillé ce matin avec une migraine d’enfer et un moral chancelant. Et pourtant, vu de ma fenêtre, il fait un temps sublime sur Brest (et je t’emmerde Barbara). Pas un pet de vent sur la plus belle rade du monde, juste un temps à aller se balader au petit Minou pour faire quelques shoots de longboarders et de filles en jupes de printemps. Mais non. L’humeur de chien reprend le dessus. Je me connais, il faudra du temps. Mais pour le moment, plus envie.

On vous a habitué, tous autant que vous êtes, à une certaine logique de pensée. “On” c’est les médias et en particulier la presse spécialisée. Je fais bien sûr référence à mon feedback sur Nikon D3s. Dans les écoles de journalisme, on a appris aux gratteux en herbe qu’un bon papier c’est de ne surtout pas dire que du bien ou l’inverse. Non, non, non. Un bon papier se doit d’être comme un bon petit déjeuner. Équilibré. Quitte à aller chercher le petit détail dont tout le monde se fout, mais un banc d’essai ne saurait encenser un matériel, au risque de te faire passer pour un soutien de la marque. Voilà, tout est dit. Seulement, voilà, moi, je ne suis pas journaliste, je suis photographe. La première fois que j’ai eu un Nikon D3s entre les mains, j’ai su. Quelques semaines plus tard, il était avec moi sur le terrain. Depuis, il ne me quitte plus. D3s et moi, on s’est trouvé. Un peu comme quand, il y a quelques années, j’avais rencontré Canon EOS 3. Ce merveilleux sentiment d’invincibilité, cette sensation de cohésion, d’entente parfaite, d’harmonie entre le cœur, l’œil et une machine. Le relais de l’âme. Et puis, il y a les images, le résultat, le sentiment du devoir accompli, du travail bien fait. Le reste, je le répète, c’est du bla-bla. De la rhétorique de journaliste, voire de blogueur. Il paraît qu’on n’est pas crédible quand on ne dit que du bien d’un produit ? Qu’on peut vous suspecter d’être à la solde de la marque, ce qui ne manque pas de piment, dans mon cas, après les quelques années passées à travailler avec du matériel Canon. Du bla-bla. Encore une fois, l’important c’est de trouver chaussure à son pied et accessoirement de le prendre (son pied). Le reste existe au moins aussi peu que les quelques anonymes qui pissent froid à mon sujet, au détour de forums improbables. Leur seul problème, justement, c’est d’être et de demeurer ce qu’ils sont. Anonymes. De ne pas exister. Car dans ce milieu, il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. Exister ! La belle affaire…

Bon alors ? Vous sentez ou quoi ? Non, rien de rien. Il ne se passe rien. Nikon a d’autres préoccupations, pour l’heure, que d’annoncer un successeur à D700 et comme Canon attend que l’épicerie d’en face se bouge pour annoncer à son tour un successeur à son 5D Mark II, je pense qu’on peut être patient. Malgré tout, il y a quelques veinards et figurez-vous que j’en fait partie et rien que ça, ça efface ma migraine et mon mauvais poil. Oui, il y a des gens qui profitent du soleil pour mettre le nez dehors, pour aller faire quelques petites photos, en embarquant sous leur bras un bon boîtier avec lequel ils sont en phase. Pas quoi révolutionner la Sardaigne mais suffisamment pour être heureux. Moi, j’ai ce privilège incroyable et ce coup de bol insensé d’avoir croisé le chemin du reflex parfait. Enfin, presque parfait, comme dirait un journaliste. On dit souvent que les gens heureux n’ont pas d’histoire. Pour les photographes c’est encore plus vrai.

(*gwennegs : des sous en breton)

• photo : Alain Bashung, festival les Vieilles Charrues 2004 (Canon EOS 3)

Un bout de chemin avec Nikon.

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Voilà. Tout est dans le titre. Après mûre réflexion (doux euphémisme), une réflexion entamée sur un échec, le premier en plus de trente années passées à shooter avec du matériel Canon, j’ai décidé d’aller voir, pour reprendre une expression courante, si l’herbe est plus verte dans le pré d’en face. Ceux qui me connaissent bien savent que cette décision a été extrêmement difficile à prendre tant le lien, les habitudes culturelles, le feeling entretenu avec Canon sont profondément ancrés en moi. Mais il arrive un moment où il faut regarder la vérité en face, mettre de côté l’affectif qui nous trouble la vue et fausse nos jugements. Il arrive un moment où on ne se sent plus à l’aise dans son travail au quotidien, un moment où le matériel ne vous suit plus. Et au fond, que demande un photographe à son matériel ? Que demande-t-on à son boîtier ? C’est simple. Qu’il fasse ce qu’on lui demande de faire. Qu’il me suive, jusqu’au bout de mes envies, même si mes envies sont incohérentes. Quand j’ai un reflex en main, je suis comme un patron pêcheur du Guilvinec, comme le gars du Conquet qui part le matin pêcher du bar du côté des déferlantes de la pointe du Raz. C’est moi le patron à bord, le seul maître après Dieu. Si je décide d’être sous-ex, d’aller chercher de l’image là où il y a zéro lumière, c’est comme taper une vague de face. J’en prendrai peut-être plein la gueule mais c’est parce que je l’aurai choisi. Ce que je demande à mon outil, c’est qu’il me suive. C’est pour ça que je ne bosse qu’en mode manuel et que, lorsque les lumières sont quasi nulles je déverrouille l’autofocus. Mais nom de Dieu, je veux que mon matos me suive. Est-ce que je suis une exception ? Pensez-vous ! Depuis que Shots existe, si j’ai reçu quelques messages d’insultes (oui, c’est fou comme la passion de certains amateurs peut aller jusqu’à la déraison), j’ai aussi croisé des photographes professionnels qui étaient en phase avec ma façon de voir, pour une raison toute simple. Parce que notre préoccupation est la même. Quand je couvre un concert, quand un reporter couvre un drame humain, quand un photographe de mariage réalise des photos d’un couple, quand un photographe sportif shoote une rencontre de foot, quand un photographe underwater croise une murène, quand un photographe couvre le défilé du 14 juillet sous la pluie, … Le paramètre de l’erreur technique n’est pas admis et plus que jamais le boîtier reflex porte bien son nom. Muse en concert, le match de foot, le mariage, les crocs de la murène, le défilé du 14 juillet sous la pluie, ces instants-là sont uniques. De deux choses l’une. C’est dans la boîte. Ou pas.

Pourquoi j’ai choisi Nikon D3s ?
À question simple, réponse simple. Parce que Nikon D3s est le meilleur boîtier reflex professionnel numérique du marché. Pour être un peu radical, faire taire ceux qui seraient tenter de contester cet état de fait, j’ai envie de leur dire que si vous ne pensez pas que D3s est ce qu’il est, en clair le meilleur reflex actuellement disponible, c’est que vous ne l’avez jamais eu en main, tout simplement. J’ai testé Nikon D3s à deux reprises. D’abord fin 2009, à sa sortie. Au salon de la photo, j’avais approché le boîtier et déjà j’avais été impressionné par son design, son ergonomie, à tel point que j’avais lancé en blaguant que ce boîtier avait été conçu par Nikon pour un mec comme moi et que tiens, à Noël, je testerai bien l’engin, sur mon terrain. Et le staff Nikon avait répondu “Chiche !” C’est comme ça que j’en suis arrivé à tester D3s, sa capacité à monter haut, très haut, en iso. D’ailleurs, souvenez-vous du comparatif sur la gestion des hautes sensibilités de D3s et du 1D Mark IV, publié ici-même sur Shots… Avec le recul, je me dis que finalement je n’aurais jamais dû mettre en avant la supériorité de D3s sur ce point précis. Simplement parce que la gestion des hauts iso était un argument décisif souhaité par la direction de Nikon alors que ça n’était pas du tout une priorité pour Canon. Un an a passé. Un an durant lequel j’ai pu tester l’excellent 1D Mark IV, dont j’ai écrit ici qu’il est capable de flamboyance, surtout avec de la lumière. J’avais été agacé par les propos tenus par Rob Galbraith, quand il disait que Canon n’en n’avait pas fini de ses vieux démons, faisant référence aux problèmes d’autofocus. Je n’avais pas réussi à reproduire ou à stigmatiser ces problèmes, pour une raison toute simple. Mes tests étaient réalisés en plein jour ou avec des plans de feux monstrueux (comme aux Vieilles Charrues). Dès que la lumière décline, les problèmes se révèlent. Avec D3s, c’est l’inverse. Plus la lumière décline, plus le boîtier Nikon se transforme en oiseau de nuit, plus sa capacité à transformer le moindre indice de lumière se transcende. D’ailleurs je garderai pour toujours en mémoire la photo de l’ours shooté en pleine nuit, avec pour seule source de lumière le clair de lune, un exploit signé Vincent Munier avec un D3s. Le genre de photo qui vous scotche autant qu’elle vous donne l’envie. L’envie d’y aller.

À la rentrée, j’ai repris contact avec Nikon. Pas pour remettre le couvert avec D3s, non juste pour tester une nouvelle optique qui m’intriguait beaucoup. Un 24-120 f4, une optique dont le lancement était entouré d’un concert de louanges. Je pensais ma demande restée lettre morte mais finalement j’ai reçu en novembre un D700 et un 24-120 f4. L’occasion de persister et de signer, non seulement sur la qualité du traitement nano-cristal appliqué à ce 24-120, le rendant aussi lumineux qu’une optique standard à f2,8 mais aussi de pouvoir tester, enfin ! Ce boîtier D700 que j’avais été à deux doigts d’acheter à l’époque du 5D Mark II. Petit aparté sur Nikon D700 qui est vraiment un excellent boîtier, compact, léger, performant. Quand Nikon va annoncer son successeur (le probable D800), il y aura d’excellentes affaires à réaliser en achetant un D700 neuf, car les prix ne manqueront pas de dégringoler. Mais revenons à D3s. En décembre dernier, j’ai reçu (pour mon anniversaire, mais c’était un hasard de calendrier) un D3s et un 70-200 2,8 VRII, histoire d’être équipé comme il faut pour aller shooter l’ami -M- (et les kids de The Octopus, vainqueur du tremplin des Jeunes Charrues), sur le concert privé donné aux bénévoles des Vieilles Charrues. Je crois que c’est ce soir-là que s’est produit le déclic.

Dans la fosse, j’ai shooté Matthieu Chédid. Zéro stress. En cinq minutes à peine, j’étais dedans. J’ai fait assez peu de clichés et j’ai très peu checké mon écran de contrôle, parce que je savais que c’était dans la boîte. Ce soir-là, j’ai fait des clichés vraiment borderline, en matière de lumière, mais je sentais intuitivement que c’était bon. J’ai été éberlué par la capacité de l’autofocus de D3s à aller chercher le point, à l’accrocher, même dans des conditions vraiment limites. Je voyais la pastille s’allumer dans mon viseur et je me disais “mais comment il fait, bordel ?” J’étais tout à mes cadrages, je ne me prenais plus le chou de savoir si l’image serait nette, je savais que mes images seraient nettes, propres, piquées. Le reste c’est du bla-bla. J’ai dérushé mes images sur place, pour une validation immédiate par la prod. J’étais emmerdé parce que j’avais vraiment beaucoup de matos, il a fallu faire un gros tri. Finalement, j’ai gardé un gros paquet de clichés classés cinq étoiles dans Lightroom. Plus tard j’ai envoyé trois ou quatre images à Nikon France pour illustrer l’article que j’avais écrit pour le Nikon Hub. Un membre du staff Nikon, avec qui j’évoquais mon concert couvert avec le D3s me dit : “J’ai le sentiment, en voyant tes photos de -M- que le photographe n’a pas trop souffert !” Avant d’ajouter cette précision définitive : “Un sentiment d’unité entre l’homme et la machine.” Fuck me twice on sunday ! Tout était dit. Et si, au fond, la photographie se résumait à cela, hein ? Une unité entre le photographe et son reflex. Après le concert de -M- je savais déjà que j’allais choisir Nikon D3s.

Choisir ses optiques.
Quitter Canon, c’est une chose. C’est aussi quitter une gamme d’optiques remarquable, même si Nikon a fait un travail important dans ce domaine et finalement, à y regarder de près, je retrouve mes focales de prédilection chez Nikon, à commencer par le 70-200 2,8 VR II qui, lorsqu’il est monté sur un D3s est capable de produire des images d’un raffinement absolu. Je vais aussi embarquer le 24-120 f4, une optique lumineuse qui produit de belles images nettes et piquées dès f4 avec une longueur de focale qui pour moi frise la perfection, en particulier dans des salles de tailles réduites. Pouvoir tabler sur un vrai grand angle jusqu’au petit télé-objectif, le tout sans changer de caillou, c’est cool non ? Ah oui, bien sûr, certains puristes vous diront qu’on est à f4. Et alors ? Shooter à f4 quand vous disposez d’un boîtier capable de générer une image à 12800iso sans grain, what else ? D’ailleurs, dans un second temps, j’aimerais assez disposer d’une plage de focale encore plus large. Nikon propose un excellent 16-35mm f4 qui partage deux atouts avec le 24-120mm : son ouverture à f4 (et le traitement nano-cristal qui réduit aberration et distorsion) et… son prix, relativement attractif. En parlant de prix, avec un coût de 600€ supplémentaire, j’opterai peut-être pour le Nikkor 14-24mm f2,8. Tous les photographes qui possèdent cette optique en parlent avec un soupçon de lyrisme dans la voix en la qualifiant d’optique d’exception. Je pense que ce qualificatif est largement mérité.

Quitter Canon, ses optiques et son velouté du même nom.
On n’arrête pas une histoire qui a duré trente cinq ans sans état d’âme. Je connais bien Canon. Je connais bien les matériels, leurs qualités et aussi leurs défauts. Avec l’épisode 1D Mark III, Canon a trébuché, entraînant dans sa chute beaucoup de photographes professionnels. Une erreur est toujours pardonnable. Ce qui le fut moins, c’est la façon dont Canon a géré la crise, en commettant des erreurs de communication, impliquant une stratégie de l’autruche singulièrement casse-gueule. En clair, Canon a répondu à ces photographes que si l’autofocus de leur EOS 1D Mark III ne fonctionnait pas correctement, c’est qu’ils ne savaient pas s’en servir correctement. Le genre d’argument qui passe mal auprès de photographes pointure king size comme Galbraith. L’air est connu. Les mauvais photographes blâment toujours leurs matériels. Et puis il y a eu 5D Mark II et le coup de génie marketing de Canon, consistant à détourner un boîtier reflex photo de sa fonction première, pour en faire un succédané de caméra vidéo. L’enthousiasme latent a couvert les coups de gueule des photographes pestant contre un autofocus erratique ou une capacité à cramer de l’image en sur-exposant de manière systématique, suivez mon regard. Je crois vraiment, aujourd’hui, que Canon est largué par Nikon, sur le segment photo numérique professionnelle. D’ailleurs, si je n’en n’étais pas convaincu, je n’aurais pas signé mon bon de commande chez Nikon. Il reste à Canon un glorieux passé, une gamme d’optiques sublimes, une gestion des couleurs qui lui est propre et de l’espoir pour croire en l’avenir. Ceux qui pensent que Canon est mort sont des crétins ! Canon a su montrer par le passé sa capacité à rebondir. Je veux bien parier que Canon ne restera pas les bras ballants devant Nikon. Rendez-vous dans les mois qui viennent pour l’annonce du successeur du 5D Mark II.

Le seul dénominateur commun tient en un mot : du plaisir.
Voilà, c’est fait. Le bon de commande est signé, dans quelques jours j’aurai mon D3s et mes optiques dans les mains. Je suis content parce que j’ai le sentiment d’avoir fait le bon choix, mais le paramètre décisif tient en mot. Le plaisir. Je ne sais pas vous, mais moi, je ne peux pas faire de photo si je ne suis pas heureux. Bien sûr, je peux photographier des gens que je n’apprécie pas le moins du monde. Mais dès que je sens qu’il se passe un truc, même avec des gens que je ne connais pas, alors là, ça devient magique. C’est pour ça que sur scène certains artistes me bouleversent, c’est là que la photographie prend vraiment tout son sens, sa pertinence, qu’elle devient le témoin d’un petit moment d’éternité. J’ai retrouvé avec Nikon le plaisir perdu avec Canon. Oui, je sais. C’est aussi radical que définitif, et pourtant si vous me demandez pourquoi je suis désormais équipé en jaune plutôt qu’en rouge, la seule vraie putain de raison, elle est là. Du plaisir. Ce reflex qui devient le prolongement de mon œil, de mes sensibilités, un sentiment d’harmonie, d’unité, une symbiose homme-machine. J’entame un bout de chemin avec Nikon mais je continue ma route. Ma façon de travailler ne va pas changer. Tout au plus je me sens mieux, plus confiant. Et la confiance, dans mon job, c’est important. La confiance c’est une forme de plaisir, un chemin vers la sérénité. Serein et zen, à l’image de ce chat, curieux, qui était venu m’observer pendant une session de travail. Il m’observait, assis sur son mur et se laissant photographier, il semblait me murmurer : “vas-y, fais toi plaisir.”

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