Mansfield Tya. Dans les bras de Nyx, déesse de la nuit.

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Je suis sorti secoué, lessivé, éreinté, essoré, subjugué du set de Mansfield Tya. Depuis, j’essaie (vainement) de reprendre mes esprits, en écoutant notamment NYX, le nouvel opus des deux damoiselles du duo nantais. Un signe qui ne trompe point. Bon, déjà il y a quelques mois, j’avais eu l’occasion d’approcher l’univers musical de ce groupe totalement atypique, d’effleurer la beauté, la douceur vénéneuse et la violence de leurs compositions. J’avais écrit un billet pour le site du Vauban sur la venue du groupe en octobre à l’invitation des filles de CoNNe AcTioN et là j’avais pris, coup sur coup, deux titres en pleine gueule. Animal, d’abord, une composition étrange, un univers étrangement fascinant, mélange de voix baroques et de pizzicatos violonesques assumés avec une assurance parfaitement maîtrisée et là je m’étais dit, en me parlant à moi-même, mais putain, what the fuck, on ne m’avait donc rien dit ? Et puis par dessus, il y avait eu un autre titre qui a tourné en boucle, à la fois sur le site du Vauban et dans ma tête pendant des mois et il ne fut pas rare que l’envie me prenne de fredonner “il n’y a pas d’étoiles sur le plafond…” régulièrement dans la journée, ce qui agaçait considérablement mon entourage. Bref. J’étais accro. Mansfield Tya était entré dans ma tête, par la grande porte, sans effraction, avec douceur et volupté, instillé dans mes veines comme un divin poison. Comme j’aime, en somme.

Et puis il y a eu le set du Vauban. Sur scène, deux synthés, une batterie et deux filles, Julia et Carla. L’une vocalise pendant que l’autre s’applique, désinvolte mais consciencieuse sur son violon et là, dès la première note, Ô mes petits frères et sœurs ! Un frisson qui m’envahit le cortex, me secoue la carlingue de haut en bas, quelque chose d’indéfinissable, de doux et en même temps de violent, comme une passion, un feu, une petite mort, un ange exterminateur. Mansfield Tya c’est une tornade, un truc qui te prend, te soulève et qui ne te lâche plus. Ça passe ou ça casse. Soit on aime, radicalement, soit on déteste définitivement, mais avec elles, pas de juste milieu, pas de peut-être, de oui pourquoi pas ? Ça n’évoque rien, c’est à la fois de la pop, mâtinée de son baroque qu’on croirait tout droit venu de temps lointains, à voir ces deux filles faire tout avec brio on pense au son rock minimaliste des White stripes et puis non, ça repart un peu plus loin, je ferme les yeux et la complainte des voix me rappelle la douceur des filles du trio Au revoir Simone, mais pas pour très longtemps parce que Julia est déjà à la batterie et cogne sur ses fûts comme une furie, mais toujours avec élégance. Totalement désinvolte, cette Julia, c’est marrant elle me rappelle vaguement quelqu’un, croisé aux Vieilles Charrues, dans un univers parallèle, sans doute. Mansfield Tya me tient et ne me lâchera plus. Une petite heure à peine et l’oiseau s’est (déjà) envolé. C’est d’ailleurs le seul (petit) reproche qu’on pourra faire au duo, on ressort un peu frustré tellement c’était bien, tellement c’était bon, tellement qu’on a envie d’en reprendre encore un peu, comme quand on a envie de lécher le fond de la casserole avec ses doigts, avec gourmandise, mais non, enough is too much, c’est fini et putain ! C’était vraiment bon…

Finalement on ne pouvait imaginer meilleure ouverture que Mansfield Tya pour cette première édition d’Astropolis collection Hiver. J’ai rencontré Julia, après le set, elle et son regard bleu azur. Je lui ai dit que j’avais cru croiser son chemin par le passé et elle m’a regardé en souriant avant d’ajouter : “Ah ! Je vois que vous avez rencontré ma sœur…” Je n’ai pas insisté et puis j’ai balancé un hasardeux “j’aime beaucoup ce que vous faites” avant d’essayer de ma rattraper maladroitement sur un truc aussi convenu (en deux mots). Julia, aussi lumineuse à la ville qu’à la scène, pas la peine d’en rajouter. Putain de concert. Mansfield Tya est entré dans mon Panthéon musical, en douceur, avec l’élégance définitive qui est la marque de fabrique de ce duo intemporel. Entre Miossec et Bashung, entre Gainsbourg et Daho, Florent Marchet et François Audrain, Romain Humeau et Eiffel, entre Mozart et Au revoir Simone, il y a désormais Mansfield Tya, regard bleuté, mélange sublime de voix et délicieuses bidouilles sonores qui m’emportent ailleurs, loin d’ici, dans les bras de Nyx, déesse de la nuit…

voir le site internet de Mansfield Tya

voir l’article et des vidéos sur le site du Cabaret Vauban

Petit exercice de photographie. Le jeu des 36 poses.

brest-le-port-de-commerce-sep-2011-herve-le-gallAh ! C’était mieux avant, l’argentique, la pelloche, on n’avait pas accès aux images tout de suite, on prenait son temps, bla bla bla… En même temps, c’est pas faux. Seulement voilà. On est en 2011, tous les photographes ou presque sont passés au numérique, à l’exception de quelques irréductibles qui résistent encore et toujours à l’envahisseur. D’ailleurs, entre nous j’en fais partie. De temps en temps je sors une TriX du frigo, je la loge dans mon Canon F1n et je vais la cramer, en concert ou ailleurs. Et puis je reviens à la maison et je développe ma pellicule, souvent avec plusieurs semaines de décalage, comme au bon vieux temps quoi ! Et puis je découvre le négatif, que je scanne. Je me raccroche ainsi au wagon du numérique, en quelque sorte. Et là vous me dites, un brin goguenard : “tout ça c’est bien joli, mais nous on est en numérique !” Et là j’ai envie de vous dire et alors ? Et si on oubliait deux secondes que votre reflex est numérique. Si on imaginait deux secondes que votre carte numérique est une pellicule virtuelle ? Ça vous branche ? Venez, on va jouer au jeu des 36 poses. Non seulement vous allez vous amuser, mais en plus vous allez devenir meilleur.

Le matériel
Alors, on a besoin de quoi pour jouer au jeu des 36 poses ? Pas grand chose au fond. D’abord on a besoin d’un appareil photo numérique, plutôt un reflex à objectif interchangeable. Sur ce reflex, montez un 50mm. Pourquoi un 50mm ? Parce que c’est une focale standard, c’est aussi l’un des cailloux les plus produits, on en trouve à pas cher dans presque toutes les crèmeries. Tenez, au hasard, si vous êtes équipés en Canon, la marque rouge produit un très bon standard 50mm f1,8 pour un prix très abordable (autour de 100€, de mémoire). Idem par ailleurs chez Nikon. Vous aurez aussi besoin d’une carte mémoire, un ou deux giga seront largement suffisants. Alors, je récapitule. Un reflex, un objectif 50mm, une carte mémoire. Vous êtes paré, il ne manque plus que vous et un peu de votre temps.

La règle du jeu
La règle du jeu est toute simple. On peut jouer tout seul, ou à plusieurs. D’abord, logez votre carte mémoire dans votre reflex et partez vous promener. Vous pouvez aller où vous voulez, photographier ce que vous voulez, le sujet n’a aucune importance, le seul truc vraiment important c’est que ça vous inspire, que ça vous plaise, que vous vous sentiez bien. Vous disposez d’une pellicule virtuelle. Vous avez donc le droit à trente six poses, pas une de plus. Bien sûr vous n’êtes pas condamné à faire trente six poses, si vous avez fait dix huit photos ou vingt quatre et que vous êtes content, c’est bien aussi. Il y a deux choses que vous n’avez pas le droit de faire, dans ce jeu. Vous ne pouvez pas visualiser les photos déjà faites. Vous ne pouvez pas non plus effacer une photo déjà faite. Enfin, débrayez tous les automatismes de votre reflex. Passez en mode manuel pour le réglage du diaphragme et de la vitesse et débrayez l’autofocus. Réglez la sensibilité de votre choix, selon le moment de la journée (entre 100 et 400 iso, ça devrait aller) et n’en changez plus. Voilà. À partir de maintenant, vous êtes le patron, c’est vous qui décidez, votre viseur est le prolongement de votre œil. Une fois que vous avez assimilé et admis les règles du jeu, vous êtes prêt. Ou presque.

Quelques conseils avant de vous lancer
Choisissez un thème qui vous inspire. Moi par exemple, j’aime la ville. Ici, chez moi à Brest, les sujets d’inspiration sont nombreux. Dès qu’un sujet accroche mon œil, je construis une image mentalement. Parfois, ça va vite. Un chien noir qui descend un escalier, c’est difficile de lui demander de s’arrêter pour prendre la pose… J’aime bien aussi me balader sur le port de commerce, un lieu qui mélange les grues industrielles bleues et orangées avec les petits bateaux de marins pêcheurs. Prenez votre temps, respirez, laissez vous envahir par l’image, soyez vous-même (et avec soi-même on ne triche pas). Eloignez votre index de l’obturateur, construisez votre image à travers le viseur, réfléchissez à ce que vous avez envie de montrer, à la façon dont vous voulez le montrer. Et encore une fois, au risque de me répéter, prenez votre temps, votre respiration. Adaptez vos réglages à ce que vous avez envie de montrer, jouez avec le diaphragme, les profondeurs de champs, la vitesse, le cadrage et lorsque vous êtes prêt, et surtout que vous en avez envie, déclenchez. C’est dans la boîte.

La régle des 60.
Dans ce jeu, pas de gagnant, pas de perdant. Regardez vos clichés, un par un. Le privilège du photographe, finalement, il est là. Être à la fois son metteur en scène et son premier spectateur. Si ce que vous voyez vous plaît, brut de pomme, alors c’est gagné. Sinon une règle consistant à établir que 60% des clichés réalisés doivent vous donner satisfaction est un bon postulat, ça permet de placer la barre plutôt à bonne hauteur. Sur trente six poses, ça signifie avoir entre 21 et 22 bons ou très bons clichés et j’en conviens c’est pas aisé. Encore une fois, tout cela n’est qu’un jeu. Le fait d’évoluer en mode manuel, de piloter à vue, de penser, de se poser, de réfléchir au cadrage, aux réglages, vous verrez c’est un exercice très enrichissant, un parcours solitaire où l’avis des autres n’a strictement aucune importance. Ce qui a de l’importance, en photographie, c’est vous, votre avis, votre regard. Tout le reste, le bla bla académique, on s’en balance. Voilà. Bonne promenade photographique et surtout amusez-vous bien. Et que la passion de votre œil transpire à travers vos clichés. Ah ! Une dernière chose. Faites imprimer vos meilleurs clichés dans un laboratoire de qualité et offrez-les à des gens que vous aimez. Leur regard qui s’éclaire à la vue de vos photographies sera votre meilleure récompense et vous saurez alors qu’à ce petit jeu, il y a plus d’un gagnant…

Siam. L’amour à trois. Comme une désespérance heureuse.

siam bruno leroux fany labiau en novembre 2010 au cabaret vauban brest
Comment reconnaît-on un bon album, je ne dis pas un pur album, non, ça, c’est pour plus tard, mais comment décèle-t-on qu’un album a franchi la limite, passé la barrière comme disait cette vieille fripouille de Schopenhauer, pour s’installer de manière durable dans le gotha des albums de musique qui vous font du bien ? On y revient sans cesse, mué par une force irrépressible, un truc qui vous attire sans vraiment trop savoir pourquoi, comme un junkie qui demande sa dose, comme un alcoolo en fin de parcours, au petit matin Boulevard Clemenceau mécontent de constater qu’à six heures du mat’ le bar du Vauban n’est même pas encore ouvert. Ouais, c’est ça un bon album. Un truc dont tu as envie et qui te fait du bien. Parfois, c’est insidieux, un peu comme la passion, comme l’amour qui te tombe sur le coin d’la gueule sans que tu t’en aperçoives. Un jour, ça arrive et tu ne l’as pas vu venir. J’aurais pu vous dire tout le bien que je ne pensais pas de “L’amour à trois“, premier opus de Siam, duo brestois, comme certains sans même l’avoir vraiment écouté. Ça aurait facile, finalement, d’écrire une review tout en complaisance pour ces deux lascars que je connais depuis des lustres et qui font partie de mon deuxième cercle, mais non justement. Je ne voulais pas me mentir et encore moins mentir à mes potes. Alors, un soir, au Vauban, j’ai embarqué l’album avec moi, pour voir. Tout en douceur, sans violence, les titres se sont installés sur mon iTunes, calés entre une improbable Shania Twain dont je me demande toujours par quel prodige cette blonde peroxydée made in US a pu s’immiscer dans ma play list et l’estimable Steve Hillage, souvenirs de vieux baba chevelu et de pop made in Albion de bon aloi. Mais, encore une fois je m’égare, revenons à l’album de Siam

Un soir qu’au Vauban je traînais mes baskets pas très loin des water-closets, tiens ! Voilà que je me sers de la rime façon Gainsbourg pas tout à fait par hasard (et pas rasé) et puisque je vous parle de Serge, je m’étais entretenu avec Bruno (Leroux qui forme Siam avec Fanny Labiau. NDLR) au comptoir du bar du Vauban, entre limonade et café-cognac de l’éventuelle filiation entre les textes de Siam et les mots du grand Serge. J’avais reçu une fin de non-recevoir aussi sèche que définitive. Bruno, semble-t-il lassé qu’on lui rebattes sans cesse les oreilles d’une éventuelle inspiration gainsbourienne dans son écriture, m’avait ramené brutalement dans les cordes, m’assénant : “Et merde ! Je n’ai rien en commun avec Gainsbourg. Je n’ai pas été imprégné des ses textes, la seule chose que je connaisse vraiment de ce mec c’est l’image médiatique que le bonhomme renvoyait à la télé.” Dont acte. Je n’avais pas trop insisté sur le sujet qui semblait agacer mon interlocuteur. Pas plus de chance non plus sur une possible filiation avec Miossec. Aïe ! Sujet sensible mais inévitable. Là encore, le réveil fut brutal. Je décidais donc de mettre un terme à un exercice finalement assez casse-gueule et j’invitais Bruno à une séance pose-express sur le canapé du hall de l’hôtel Vauban, invitation qu’il s’empressa de décliner, évidemment.

Je devais donc chercher ailleurs, puiser dans d’autres sources, essayer de trouver une influence. Ou pas. Exit Gainsbourg. Quant à Miossec, le fait que Bruno Leroux ait fait partie du trio (avec Guillaume Jouan et Christophe Miossec) qui avait commis le définitif et somptueux premier album “Boire” n’était pas non plus un indice. Alors ? D’où vient cette pertinence, ce son, cette fluidité, cette beauté des mots ? Un ton, un son très french touch, une dégaine scénique qui n’est pas sans rappeler un Bashung voire un Daho période “Mythomane”, et des mots, des putains de mots que n’auraient sans aucun doute pas renié Lucien Ginzburg. “Comme un homme et sa maîtresse, comme deux amants en détresse, rien d’autre que l’amour, mais la foule nous entraîne et déjà la foule gronde, cours, mon amour, le temps change et je t’emmène, loin des peurs et loin des peines. Je meurs d’envie d’en finir dans ton lit, la nuit je tais nos cris…” Échec, certes, mais pas mat. Il m’en fallait plus. Finalement, le premier titre “Le club des caniches”, signé Miossec, m’apparaissait désormais en complet décalage avec le reste de l’album. Non, il me fallait chercher ailleurs. Peut-être dans le somptueux “Mercure” qui glisse entre les doigts sans qu’on puisse y faire quoique ce soit. C’est donc ça la signature de Siam, cette forme de désespérance heureuse, cette fuite en avant mâtinée de cynisme opportun, ce pied de nez à la vie. Je venais de comprendre et j’avais mis du temps (on ne se refait pas). Dès lors, Siam m’ouvrait les bras et chaque titre claquait à mes oreilles comme une évidence. Un phrasé de bandonéon, des envolées lyriques séchées par quelques riffs méchamment assénés, je n’avais désormais plus qu’une envie. Fermer les yeux et monter le son, encore, et encore. Comme à l’image du final de “Mercure”, entre pop et rock. Splendide. L’album se termine sur “Lionel” quelques mots touchants, graves, posés avec une douce délicatesse, le souvenir d’un ami, d’un frère. Un texte magnifique, soutenu par une ligne mélodique discrète qui exprime le sentiment avec pudeur et élégance. Non. On ne sort pas intact de l’écoute attentive du premier album de Siam.

Avec “L’amour à trois” Siam franchit avec allégresse et désinvolture cette barrière si chère au cœur d’Arthur Schopenhauer. Le duo signe un album qui restera, qui marquera l’histoire de la pop française, comme d’autres avant eux, en d’autres temps. Siam a la noblesse d’une lignée, héritier qu’il est de ce que la french touch a commis de meilleur avec une gouaille, un coup de gueule d’amour qui n’est pas sans rappeler la chanson réaliste à la Fréhel, celle-là même qui offrait des diabolos menthes au petit Lulu. La boucle est bouclée. Siam, c’est une osmose, quelque part au bout de cette rue qui mène à l’océan, c’est un peu tout ça en même temps, les mots, les sons qui mis bout à bout, me touchent, m’émeuvent et font que je reviens aux chansons de ‘L’amour à trois” avec ce petit plaisir sans cesse renouvelé. C’est à ça qu’on reconnaît un bon album. Au fond, Bruno avait raison. Les choses sont toujours beaucoup plus simples qu’elles n’y paraissent…

photo : SIAM au Cabaret Vauban en novembre 2010

voir le clip de SIAM “la nuit je tais nos cris”

SNCF et Leica. La prochaine fois, tu prendras le bus.

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Ce matin, en lisant mon quotidien pendant le petit déjeuner, je suis tombé sur cette pub pour la SNCF. Un slogan qui accroche le regard, pour vendre un trajet à petit prix. Bon, c’est vrai qu’un Brest-Paris en TGV à 22€ c’est pas la ruine. Non, ce qui m’a amusé c’est l’utilisation de l’accroche photographique. Partez avec des a priori, revenez avec des clichés. Bien vu. En revanche, pour illustrer le côté cheap du cliché, l’agence de pub aurait pu trouver mieux. Je ne sais pas moi, un vieil Instamatic des années 70 ou un vieux reflex décati. Non, pour illustrer ce qui va vous permettre de revenir avec des clichés de vos longs voyages en train, la SNCF ne vous propose rien d’autre qu’un Leica et pas n’importe quel Leica, le nouveau M9 numérique, probablement le boîtier le plus coûteux de sa catégorie puisque de mémoire son prix tarif (désolé pour l’approximatif, je ne suis pas client Leica) avoisine les 5000€. Simple ignorance ou petit clin d’œil cynique de l’agence de pub, le choix de Leica M9 pour illustrer une pub pour un produit low cost fera sûrement sourire plus d’un photographe. Pas sûr cependant que cet humour soit du goût de la marque teutonne, de se voir ainsi associée à un produit d’entrée de gamme. Qu’importe la marque et le prix du boîtier. Car finalement, pour faire une bonne photo, ce qui compte d’abord c’est l’œil, pas le prix du ticket.

Pour beaucoup l’objectif est d’arriver à la bonne heure, pour réussir son voyage et avoir accès au bonheur.” (Grand corps malade, les Voyages en train)

Programmation du festival des Vieilles Charrues 2011. United colors of Kerampuilh.


Aux toutes première notes de “Walk on the wild side” impossible pour moi de réprimer un petit “Oh !” qui fait sourire mon pote Hugues qui présente la prog de la vingtième édition des Vieilles Charrues cru 2011. Lou Reed, c’est l’excellente et totale surprise de cette édition. C’est celui que je n’imaginais pas, plus précisément que je n’espérais plus. T’en veux d’la légende bébé ? En v’là et pas du petit calibre. On y reviendra. Mais avant de vous parler plus en détail de mes coups de cœur de cette édition 2011, un petit préambule. Le meilleur moyen de ne pas être déçu par une programmation, c’est de n’en n’attendre rien de particulier. J’avais entendu Francis Cabrel dire qu’aux Vieilles Charrues, le truc important c’est pas les artistes, non, le truc important c’est les Vieilles Charrues. Il avait tout pigé, le Francis. Il avait capté l’esprit de ce festival. Finalement, pour schématiser, il y a deux sortes de festivaliers aux Charrues. D’un côté il y a les festivaliers qui viennent pour la programmation, ceux-là peuplent les forums, supputent à donfe, croient à la fois au Père Noël ET aux poissons d’avril. Ils fantasment grave toute la Sainte journée sur la venue, en vrac, de U2, de AC/DC ou des Who. Ils font la gueule à l’annonce de la prog mais pour une grande majorité d’entre eux ils viendront quand même. Parce que nombre d’entre eux fait partie des festivaliers qui viennent pour le festival, pour les Charrues, pour boire un godet de Coreff (ou un pichet d’un litre si tu t’appelles Jean Floc’h) ou un Breizh Cola au bar numéro 4 et savourer cette inimitable ambiance qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Les Vieilles Charrues existent d’abord grâce aux bénévoles et aux festivaliers et ce n’est pas un hasard si la thématique retenue pour les vingt ans des Charrues c’est justement les gens, tous ces gens qui font vivre et vibrer la plaine de Kerampuilh pendant quatre jours. “On fournit le son, vous apportez les couleurs !” Voilà. Tout est dit. United colors of Kerampuilh, vingtième du nom. Top départ.

Et là vous me dites, et cette année alors ? Voici mes coups de cœur, en vrac. Pas nécessairement des têtes d’affiches, même si je place Lou Reed tout en haut des concerts absolument et définitivement inratables. Lou Reed, découvert il y a un bail par hasard à la sortie de “Coney Island baby“. La claque, la révélation du rock dans toute sa grandiose splendeur. Le Velvet underground, un nom mythique, une définitive légende du rock et de la pop. J’avais pris dans la gueule, coup sur coup “Transformer“, “Rock’n roll animal” et le sublissime “Berlin” qui fait partie de mon top ten personnel des dix meilleurs albums pop rock de tous les temps, on ne plaisante pas. J’ai vu Lou Reed en live en 1975 et ce concert est resté profondément ancré dans ma mémoire. Voir Lou Reed encore une fois, ça va être un magnifique privilège de la vie. Et pouvoir le croiser dans le collimateur de mon reflex, ça va être unique et intense. Dans un autre registre, je vais enfin voir Kaiser Chiefs qui devait passer aux Charrues il y a trois ans ou quatre je ne sais plus, leur son pop rock (comme on dit sur la FM) me parle, ça va pogotter maousse et rendre le public heureux. Pareil pour Pulp, le combo porte-étendard de la pop british avec un Jarvis Cocker qu’on espère remonté à bloc. Je vais en épater plus d’un mais j’attends aussi David Guetta, je veux bien parier une Coreff avec Jean Floc’h que le set va être monstrueux, même si ça ne tape pas vraiment dans mon registre (doux euphémisme), mais après tout un peu d’easy listening ça ne fait pas de mal, comme dirait Maïté. Dans la série deux pour le prix d’un, j’ai vraiment hâte de voir ce que les p’tits gars de The Octopus nous auront préparé en ouverture du festival, scène Kerouac le vendredi. Les gagnants du tremplin des Jeunes Charrues sont aussi de véritables bêtes de scène, il faut le savoir. Un conseil, vendredi 15 juillet, soyez à l’heure, The Octopus, ça va envoyer le pâté, Hénaff ça va sans dire ! Si vous avez faim de rock, de gros son, de sueur, de bière et d’animal, avec The Octopus, vous allez être servi. Vous ne raterez pas non plus The Bellrays et la sublime Lisa Kekaula, à mi-chemin entre Aretha (Franklin) et Tina (Turner), qui avait foutu un feu d’enfer en d’autres temps à mon respectable et mythique Cabaret Vauban, avec les rescapés du MC5. Dans la série beau temps, mer calme, j’ai promis à mon pote Hugues de ne pas zapper Jack Johnson le vendredi, qui va nous ramener du soleil de sa Californie natale, ainsi que Angus & Julia Stone, dans un registre pop folkeux australien de bon aloi. Dans le genre OMNI (objet musical non identifié), j’irai décalaminer mes esgourdes sur DJ Zebra feat. le Bagad de Carhaix, gast ! Du côté du cabaret breton, rebaptisé scène Youenn Gwernig, pendant les quatres jours il y aura quelques pépites succulentes, j’ai noté Titi Robin trio ou Ibrahim Maalouf (tous les deux découverts au festival du Bout du Monde), Olli & Mood, Marchand vs Burger (salut Rodolphe ça gaze ou quoi ?), Duoud (un duo de ouds), pour ne citer qu’eux. Et dans le rôle des potes de Brest, j’irai jeter quelques unes de mes forces, s’il m’en reste, dans le set de Electric Bazar Cie et je poserai mon sac pour Siam, le groupe composé par Fanny Labiau et Bruno Leroux dont je vous recommande au passage d’écouter l’excellent premier opus intitulé “L’amour à trois“, en vente partout. What else ? Plein de bonnes choses. Difficile d’ignorer les sets d’Adam Kesher (vu à Art rock et à la Route du rock), des Hyènes qui reprennent des standards du rock pour le fun mais pas en yaourt (même s’il y a deux vrais morceaux d’ex Noir Désir dedans) ou des allumés de The Inspector Cluzo que j’avais raté au Run ar Puñs récemment. Idem pour Cold war kids ou Stromae (qu’on verra aussi à la Fête du Bruit dans Landerneau en août). En partenariat avec le Sziget festival, il y aura du (beau) monde aux Balkans avec des joyeux déjantés dont Goran Bregovic, Balkan beat box, excusez du peu. Et maintenant, on range les cannes et on passe au calibre supérieur, pour la pêche au gros.

Pas de Vieilles Charrues sans des noms capables de faire venir la foule des grands jours. Yannick Noah fait partie de ceux-là, il vient de bourrer Penfeld en attirant 10.000 spectateurs à lui tout seul. Jeu, set et match. Le samedi, ça va être chaud, d’autant que c’est aussi le jour de Supertramp et de Cypress Hill ! Idem le dimanche, puisqu’en dehors de mon cher Lou Reed, sur la même scène on va savourer PJ Harvey que j’aime beaucoup et pas seulement parce qu’elle m’a emprunté mon prénom anglais et qu’elle est vachement sexy. Non, j’aime bien son côté hardcore déjanté, son style pop rock un peu crème au beurre, limite indigeste, mais c’est tellement bon de se baffrer comme ça sans retenue, non ? Écoutez “This is love” en poussant le potar vers le haut, vous comprendrez ce que je veux dire. Le jeudi, aussi, du lourd. D’abord du rock teuton avec Scorpions, dont on nous assure qu’il s’agira là de leur dernière prestation live (celui qui a dit “bonne nouvelle !” sort immédiatement de ce blog !). Si la femme de ma vie est dans les parages quand le groupe entonnera “Still loving you“, je lui promets un slow de derrière les fagots estampillé seventies. Bon, coup sur coup on aura aussi le même jour Kaiser Chiefs (i say yeah !), Snoop dog qui paraît-il se fait désormais surnommer “Doggy style”, amis du club des poètes bonsoir, le retour de Pulp qui va vous la décoller du bulbe la pulpe, et les frenchies de service qui vont rameuter la foule des grands jours. D’un côté M’sieur Aubert (celui qui en 77 gueulait dans l’hygiaphone) et Mademoiselle Olivia “just sing” Ruiz, qu’on ne présente plus. Et pendant que j’y suis, le lendemain, M’sieur Eddy pour une dernière séance ouakenole. J’ai oublié personne ? Ah ben si ! D’abord Ben l’oncle soul, vu au Cabaret Vauban. Un garçon plein d’énergie positive, vous allez adorer et mouiller la liquette. Et Pierre Perret, aussi connu pour son zizi légendaire (celui qui amidonne la main de sa soeur) que pour des registres plus graves comme le sublime “Lili”. Je l’avais vu, l’ami Pierrot, au festival du Bout du monde, c’était somptueux, j’en connais même un qui avait pleuré.

Allez, ça c’est fait. Je vous donne rendez-vous dans trois mois et un jour sur le site des Vieilles Charrues pour faire la fête. Si vous me croisez sur le festival, vêtu de mon élégant polo brodé Shots (Hervé Le Gall est habillé par Minipop), n’hésitez pas à vous manifester (même si tu t’appelles Jean Floch et que tu es déjà à bloc), on fera une petite photo souvenir. Les annonces de la conférence de presse d’hier, à Carhaix, étaient ponctuées par un lancer de boule de bowling d’un des membres de l’équipe des Vieilles Charrues. La dernière boule fut lancée par Jean-Jacques Toux, programmateur des Vieilles Charrues. Il s’est avancé sur la piste, fébrile, sous le regard un brin goguenard des journalistes présents. D’une main assurée, la boule a glissé sur la piste… Strike ! Jean-Jacques s’est retourné, est tombé à genoux les deux poings levés, large sourire. Belle image, je trouve. Finalement l’esprit de ce festival, on y revient toujours, c’est un peu ça. Les Vieilles Charrues, c’est d’abord l’histoire d’une bande de potes qui sont là pour se marrer. Alors ? Vous êtes prêts ou quoi ? N’oubliez pas. Cet été à Carhaix il y aura du gros son. Je compte sur vous pour nous en faire voir de toutes les couleurs !

Les photographes heureux n’ont pas d’histoire.

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Vous sentez ? Non ? Non, vous ne sentez rien, évidemment. Rien d’autre que ce vieux consensus mou comme on l’aime par ici, hein ? J’ai reçu un email il y a quelques jours, d’un lecteur de Shots qui se lamentait de n’avoir plus rien à se mettre sous la dent. C’est comme ça. Quand je n’ai rien à dire, je ne dis rien. Ah ! Bien sûr, je pourrais vous la jouer “je comble les silences en attendant l’actu.” Faire comme les petits camarades blogueurs, réutiliser du flux et de préférence le flux des autres. Et hop ! Ici une petite vidéo Nikon ! Et tac ! À moi une vidéo filmée façon tilt-shift avec un 5D Mark II (mes préférées). Ça ne coûte pas un rond, ça rapporte du lectorat et des gwennegs*. Sauf qu’ici, à Shots, c’est pas le genre de la maison. Je n’ai pas non plus envie d’attirer le chaland sur des mots-clés juteux. Catastrophe nucléaire, Fukushima, Tchernobyl, nuage radioactif. Je trouve indécent (et là je pèse mes mots) d’oser la ramener sur un sujet aussi périlleux. J’ai juste une pensée pour les gens de la région de Sendaï, ceux qui bossent du matin au soir dans les usines de Nikon pour produire des boîtiers reflex qui relayent des images sur la planète entière. Juste un peu de compassion et une bonne dose d’espoir. Mais ne comptez pas sur moi pour en parler. Devant l’ampleur d’une telle tragédie, on peut juste se taire, prier pour ceux qui y croient, attendre pour les autres.

Il ne se passe rien, côté actu photo. Le temps semble s’être figé comme un bloc de béton au dessus d’une centrale nucléaire fissurée par un tsunami. Alors que le Japon panse ses plaies tant bien que mal et compte ses morts, il serait notoirement indélicat de se demander si Nikon, Canon et consorts envisagent le lancement de telle ou telle nouveauté. J’ai l’impression qu’en ce moment tout le monde s’en fout (et moi le premier). Les consciences sont ailleurs, tournées vers le désespoir. Ceci explique peut-être celà. Je me suis réveillé ce matin avec une migraine d’enfer et un moral chancelant. Et pourtant, vu de ma fenêtre, il fait un temps sublime sur Brest (et je t’emmerde Barbara). Pas un pet de vent sur la plus belle rade du monde, juste un temps à aller se balader au petit Minou pour faire quelques shoots de longboarders et de filles en jupes de printemps. Mais non. L’humeur de chien reprend le dessus. Je me connais, il faudra du temps. Mais pour le moment, plus envie.

On vous a habitué, tous autant que vous êtes, à une certaine logique de pensée. “On” c’est les médias et en particulier la presse spécialisée. Je fais bien sûr référence à mon feedback sur Nikon D3s. Dans les écoles de journalisme, on a appris aux gratteux en herbe qu’un bon papier c’est de ne surtout pas dire que du bien ou l’inverse. Non, non, non. Un bon papier se doit d’être comme un bon petit déjeuner. Équilibré. Quitte à aller chercher le petit détail dont tout le monde se fout, mais un banc d’essai ne saurait encenser un matériel, au risque de te faire passer pour un soutien de la marque. Voilà, tout est dit. Seulement, voilà, moi, je ne suis pas journaliste, je suis photographe. La première fois que j’ai eu un Nikon D3s entre les mains, j’ai su. Quelques semaines plus tard, il était avec moi sur le terrain. Depuis, il ne me quitte plus. D3s et moi, on s’est trouvé. Un peu comme quand, il y a quelques années, j’avais rencontré Canon EOS 3. Ce merveilleux sentiment d’invincibilité, cette sensation de cohésion, d’entente parfaite, d’harmonie entre le cœur, l’œil et une machine. Le relais de l’âme. Et puis, il y a les images, le résultat, le sentiment du devoir accompli, du travail bien fait. Le reste, je le répète, c’est du bla-bla. De la rhétorique de journaliste, voire de blogueur. Il paraît qu’on n’est pas crédible quand on ne dit que du bien d’un produit ? Qu’on peut vous suspecter d’être à la solde de la marque, ce qui ne manque pas de piment, dans mon cas, après les quelques années passées à travailler avec du matériel Canon. Du bla-bla. Encore une fois, l’important c’est de trouver chaussure à son pied et accessoirement de le prendre (son pied). Le reste existe au moins aussi peu que les quelques anonymes qui pissent froid à mon sujet, au détour de forums improbables. Leur seul problème, justement, c’est d’être et de demeurer ce qu’ils sont. Anonymes. De ne pas exister. Car dans ce milieu, il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. Exister ! La belle affaire…

Bon alors ? Vous sentez ou quoi ? Non, rien de rien. Il ne se passe rien. Nikon a d’autres préoccupations, pour l’heure, que d’annoncer un successeur à D700 et comme Canon attend que l’épicerie d’en face se bouge pour annoncer à son tour un successeur à son 5D Mark II, je pense qu’on peut être patient. Malgré tout, il y a quelques veinards et figurez-vous que j’en fait partie et rien que ça, ça efface ma migraine et mon mauvais poil. Oui, il y a des gens qui profitent du soleil pour mettre le nez dehors, pour aller faire quelques petites photos, en embarquant sous leur bras un bon boîtier avec lequel ils sont en phase. Pas quoi révolutionner la Sardaigne mais suffisamment pour être heureux. Moi, j’ai ce privilège incroyable et ce coup de bol insensé d’avoir croisé le chemin du reflex parfait. Enfin, presque parfait, comme dirait un journaliste. On dit souvent que les gens heureux n’ont pas d’histoire. Pour les photographes c’est encore plus vrai.

(*gwennegs : des sous en breton)

• photo : Alain Bashung, festival les Vieilles Charrues 2004 (Canon EOS 3)

Nikon D3s. C’est pas parce qu’on n’a rien à dire…

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Dingue. Dix jours que j’ai pas écrit un mot. Dix jours que, finalement, je n’ai RIEN à dire. Je reçois des emails de protestation de lecteurs de Shots. Ben alors ? Depuis que tu as un D3s t’as plus rien à dire, Harvey ? Eh bien t’es pas tombé loin mon ami… Bon, bien sûr, je pourrais faire comme un paquet de blogueurs, avec la vieille recette du pompage de billets. Savez-vous que d’après machin, Canon s’apprêterait à sortir un boîtier de 42 millions de pixels avec génération automatique de flux vidéos en format RAW natif ? Si, si, c’est ma belle-sœur qui lit régulièrement un site de rumeurs qui me l’a dit. Non franchement, pomper du flux pour soigner mon ego et enrichir mon flux RSS ? Pas pour moi. De toutes façons, mon ego, aussi rikiki soit-il, se porte bien sans relayer toutes les conneries du net. De vous à moi, je lis très peu les blogs, surtout les blogs de photographes. Un photographe c’est là pour faire des photos, pas pour écrire du bla-bla, à quelques très rares exceptions prêts, suivez mon regard. À l’affirmation “j’aime beaucoup ce que vous faites, Monsieur Le Gall !” toujours éviter de répondre “oui j’aime aussi beaucoup ce que je fais” ça ne passe pas. Bon, où en étais-je ? Ah oui c’est ça. Vous avez raison, chers lecteurs et lectrices assidûs de Shots, ça fait une petite dizaine de jours que je n’ai pas écrit le moindre mot, enfin ici je veux dire. Ici, parce que ma vie ne se résume pas à Shots, quand même. J’ai aussi une vie en dehors de ce blog et même une vie sociale. Je ne suis pas un geek enfoui dans sa tanière devant son iMac à traquer la moindre émotion nouvelle et technologique. D’ailleurs entre nous, côté émotions et technologies photographiques, c’est plutôt demi-molle comme on dit du côté du Vauban, à Brest même. Beau temps, mer belle et calme, l’electro-encéphalogramme de l’actualité photographique est proche de zéro. On attendait un petit signe du côté de Canon ou de Nikon au CES et finalement rien, nibbe, niante. Donc on fera comme tous les ans, hein ? On attendra sagement la prochaine manif’ planétaire, je crois que c’est en février. Les sites de rumeurs feront du flux et seront relayés par des blogueurs qui n’ont toujours rien à dire. Et ne vous en faites pas. Si en février il n’y a rien, on vous donnera rendez-vous en juin puis en septembre à la Photokina. Vous voulez mon avis ? Pas vraiment sûr que quiconque annonce quoique ce soit avant l’été. Et je vais vous dire franchement. Personnellement, je m’en tamponne.

Dix jours et pas un mot. Je vous ai dit que j’ai acheté un Nikon D3s ? Oui, bien sûr que je vous l’ai dit. Je l’ai reçu il y a dix jours. Un D3s avec un 70-200 2,8 VRII et ce fameux Nikkor 24-120 f4. Et justement ce matin j’ai reçu mon flash SB 900. Bon, le flash pour un photographe de concert, c’est comme le parapluie au Sahara, pas vraiment le genre d’accessoire très utile et même carrément honni, interdit, dont l’utilisation est prohibée. Mais en dehors de la scène, pour “déboucher les ombres” comme disait je ne sais plus quel photographe qui avait sans doute envie de se la péter, en éclairage d’appoint, un flash c’est quand même drôlement utile. Je vais beaucoup bosser là-dessus, dans les mois qui viennent. La gestion de la lumière, ça me fascine. Les photographes de concerts et d’une manière générale de spectacles, de reportages, utilisent souvent la lumière qu’on leur sert, avec plus ou moins de bonheur. Avec le flash, un ou plusieurs asservis et déportés, il y a des zones d’ombres à explorer, si j’ose dire. Bref, dix jours avec D3s et je n’ai rien à dire. RIEN. Je suis apaisé, en fait. Ce boîtier, je l’ai en main, je le sens bien. Chaque fois que j’ai shooté avec D3s en concert (Eiffel en décembre 2009 puis -M- en concert privé en décembre dernier) je pensais à une scène de l’excellent dessin animé “Kuzco” de Disney, lorsque Isma la vilaine interpelle Kronk le serviteur un peu décoiffé du bulbe en lui disant : “Tu sens la puissance Kronk ?” Voilà ça fait ça, en fait, d’avoir un D3s en main. C’est sentir la puissance au bout de son bras. On oublie vite le seul défaut du D3s, son poids, surtout quand il héberge le fabuleux Nikkor 70-200. Ministère de l’homme. Vous en avez, nous aussi. Que dire de D3s ? J’entends par là, est-ce que je pourrais balancer une saleté sur ce boîtier reflex numérique ? Est-ce qu’à un moment donné je l’ai pris en défaut ? Je pourrais peut-être évoquer que 12mp c’est pas terrible par rapport à 16 (et encore moins par rapport à 21 ou à 24), qu’avec ça je peux pas faire un agrandissement au delà de 30 par 40 ? C’est une blague tout ça. À un moment donné, il faut savoir se taire, accepter les évidences. Ce boîtier est au dessus du lot. Je ne connais pas un photographe professionnel sérieux, je veux dire un photographe de terrain, qui prétendra le contraire.
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Non il n’y a rien à dire sur D3s ou plus précisément, il n’y a rien à redire sur ce boîtier. Comptez sur moi. Si je trouve le moindre truc qui m’agace, je ne serai pas le dernier à en parler, mais pour le moment, la vue est dégagée, comme le soleil qui darde sur Brest ces jours-ci. D’ailleurs, dès que l’occasion se présente, j’embarque mon boîtier avec moi, histoire de lui faire prendre l’air et découvrir la Bretagne (que les japonais adorent, par ailleurs). En concert, sa capacité (que j’ai largement évoquée ici-même) à accrocher le point dans des conditions de lumière désastreuses ne finit pas de m’étonner. C’est net même quand il n’y a pas de lumière. Bizarrement, j’évite de monter au delà de 6400iso, je ne sais pas pourquoi ou plutôt si, je sais. C’est une forme de pudeur en fait, comme si une petite voix me disait qu’à 12800iso l’aventure est trop facile. Bon, soyons honnête. À 6400iso, il y aura toujours plus de grain qu’à 1600, voire 800iso. Et là j’entends des voix interloquées “Quoi ? Il y a du grain à 6400iso sur un D3s ?” Il y a un léger grain, oui, mais vraiment léger, comparé au grain de malade sur certains autres boîtiers, pas la peine de vous faire un dessin. Bon, sinon le reste, tout le reste est du même calibre. Les optiques quant à elles sont solides, rien à dire sur le 70-200 f2,8 qui suit le boîtier dans toutes les conditions, une mention spéciale (je ne me lasse pas de le répéter) au 24-120 f4. Cette optique trans-standard est aussi lumineuse qu’un caillou qui ouvre à f2,8 grâce au traitement nanocristal appliqué à chaque lentille. Une optique légère, pas trop chère, une plage focale idéale grand angle, petit zoom. Seul léger travers constaté (ah ! Quand même !), un léger vignettage à 24mm et à pleine ouverture, même si pour ma part j’aime bien cet effet un peu vintage, old style sur des clichés en noir et blanc. Il faudra quand même que je teste le Nikkor 14-24 f2,8 un de ces jours, mais j’attends d’abord d’avoir vraiment fait le tour complet du propriétaire et rien qu’avec le D3s il y a de quoi explorer.

C’est pas parce qu’on n’a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule, disait ce cher Michel Audiard avec la pointe d’ironie qui caractérisait son style inimitable. Dix jours sans rien écrire sur Shots et pendant ce temps, j’ai fait mentir Audiard. J’ai shooté quelques sets, dont Nolwenn Korbell Trio au Vauban, qui m’a bien scotché. Des concerts magnifiques se profilent dans les semaines qui viennent. Je vais être de retour sur le terrain, des contrées sauvages et splendides comme le Cabaret Vauban ou le Run ar Puñs, où les lumières se captent avec parcimonie et délicatesse ou encore à la Carène et son plan de feux dantesque. Dans tous les cas je sens que mon nouvel ami va se sentir à l’aise et qu’ensemble nous allons aller chercher de l’image, tout au bout de la nuit.

• photos : Nolwenn Korbell, Jean-Christophe Boccou (Nolwenn Korbell Trio). Cabaret Vauban, Brest janvier 2011 (Nikon D3s + Nikkor 70-200 2,8 VRII, 6400iso f3,2 1/250e).

Tests reflex pro Nikon D3s. Effleurer enfin l’inaccessible étoile.

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Je m’en souviens parfaitement, de cette image. Jacques Rosay, pilote de chasse, pilote de ligne et surtout pilote d’essai du projet A3XX qui est devenu, plus tard, Airbus A380. Je me souviens bien de son regard, du pétillant de ses yeux, après le premier essai en vol du prototype A380, nouveau gros porteur d’Airbus industries. Le vieux briscard avait retrouvé son enthousiasme de jeune pilote et sans doute des sensations oubliées. Piloter, maîtriser un engin pareil, au doigt et à l’œil, de vous à moi c’est pas donné à tout le monde. Jacques Rosay fait partie de ces pilotes mythiques, de l’étoffe des héros si chère au cœur de Chuck Yeager, grand baroudeur du ciel devant l’éternel, de ces mecs sévèrement burnés qui sont allés, un jour, chatouiller les étoiles. Mais je m’égare, si je vous parle de Jacques Rosay et de son regard d’enfant retrouvé, c’est parce que j’ai vécu hier soir une expérience similaire, toutes proportions gardées, en embarquant avec moi un Nikon D3s pour un nouveau vol d’essai, pour calibrer l’engin, maîtriser la bête avant le concert privé de -M- samedi soir à Carhaix avec mes potes du festival des Vieilles Charrues. Avec le soutien de Nikon France qui a joint l’utile à l’agréable en livrant un Nikkor 70-200 2,8 VRII sur D3s, je suis allé au Cabaret Vauban et son plan de feux intimiste taper quelques clichés dans l’ambiance cosy des concerts de mes amis de Penn ar jazz. En arrivant sur place, j’ai décidé de ne pas faire dans la dentelle, en montant la molette des sensibilités à 10000iso. Pendant le set, j’ai croisé mon ami Guy Chuiton (mon photographe officiel) qui faisait des clichés argentiques avec son boîtier Contax. Rencontre de deux mondes. J’ai allumé l’écran de contrôle arrière et je lui ai montré la mention “10000″. Il a souri. J’avais l’impression que Jacques Rosay montrait le joystick de pilotage du A380 à Chuck Yeager. Et puis chacun est reparti dans sa bulle…

Nikon D3s. Putain de reflex.
Je vais essayer de me réfréner, de ne pas paraître trop dithyrambique, sinon on va encore me suspecter de publi-reportage pour le compte de Nikon. Tiens, à ce propos, comme le soulignait avec malice un ami photographe, si Shots mangeait dans ce genre de gamelles, je ne serais pas contraint, à l’issue de mes tests, de rendre les boîtiers. Quel dommage ! J’aurais le privilège d’avoir sur mon étagère quelques boîtiers légendaires… Difficile de ne pas sortir extatique d’un shooting avec D3s, tant ce boîtier surclasse de trois têtes, à l’aise, tout ses concurrents. Tous ? Oui, tous sans exception. Nikon D3s est définitivement, à l’heure actuelle, le meilleur reflex professionnel du marché. En combinant une réactivité sans égale, je pense à cet autofocus 51 points redoutablement efficace, la qualité d’optique Nikkor (le piqué du 70-200 2,8 VRII est splendide à f2,8, sublime à f4), un paramétrage personnalisé d’une grande finesse, la capacité de shooter en mode rafale et en suivi autofocus 3D, ce boîtier sait absolument tout faire. Et puis, il y a le coup de génie de Nikon…

Hautes sensibilités. Nikon voyage au bout de la nuit.
Le coup de génie absolu de Nikon c’est d’avoir poussé le bouchon au maximum des possibilités actuelles en matière de gestion des hauts iso. Bien sûr, des gens bien intentionnés vous diront qu’on n’aura jamais besoin de faire des photos à 102400iso. Depuis que la photographie existe, les techniciens n’ont eu de cesse que d’améliorer le confort des photographes, de leur apporter des possibilités sans cesse plus étendues et ce n’est pas Monsieur Leitz et son ingénieur en chef Oskar Barnack, génial concepteur du Leica, qui me contrediraient. Donc, une fois cet argument d’une absurdité sans nom écarté, ce qui m’intéresse c’est que cette fonctionnalité proposée par Nikon sur D3s permet d’aller capturer des images là où on ne pouvait pas techniquement le faire avant D3s. J’ai en mémoire la photo de l’ours réalisée par Vincent Munier, à 12800iso, de nuit, sans un poil de grain, avec pour seule source de lumière les lueurs de la pleine lune. Hier soir, n’ayant ni pleine lune, ni ours sous la main, je me suis contenté de Louis, qui officiait (avec le brio qu’on lui connaît) à la console son du Cabaret Vauban, avec pour seul éclairage celui de la console et les diodes qui la faisaient ressembler à un cockpit d’Airbus A380. J’ai tapé deux clichés, à 16000iso, focale 140mm, 1/50e à f2,8. Un cinquantième, les puristes apprécieront ! Un cinquantième de seconde à 2,8 avec quasiment zéro lumière. Deux ou trois constats sur la netteté, sur le grain et enfin sur la lumière.

La netteté d’abord. Par quel sortilège D3s est-il capable d’accrocher un point de focus dans la quasi obscurité ? Comment l’autofocus de D3s réalise cet exploit, là où la plupart de ses concurrent patinent comme un francilien sur une plaque de verglas en décembre ? On ne le répétera jamais assez. En matière d’AF Nikon est devant, loin devant. Est-ce que l’image présente du grain ? Oui, un peu, mais pas trop. Elle est parfaitement acceptable, comprendre publiable pour un photo reporter, le reste c’est du bla bla… Enfin, D3s est un animal de nuit, capable de sublimer une once de lumière. Une truffe d’ours sous la lune comme les diodes d’une console son au Vauban. Et puis à bien y réfléchir, je me dis que la grande qualité de ce reflex, c’est qu’il apporte au photographe ce sentiment de confort et d’absolue confiance, comme une petite voix qui murmure “vas-y, je te suis et je ne te laisserai jamais tomber“. Voilà, la qualité de Nikon D3s elle est là et tout le reste est singulièrement accessoire. Au moment où j’écris ces lignes, je sais que Nikon ne peut pas fournir de D3s et par avance je m’excuse auprès d’eux d’en avoir ajouté une couche, car j’en connais plus d’un (suivez mon regard embrumé) qui vont craquer à la lecture de ces lignes. Il n’est pas de hasard. Si aujourd’hui on constate une ruée vers D3s c’est que ce boîtier numérique est capable de permettre au photographe pro de réaliser des clichés là où tous les autres sont à la ramasse. Toutes spécialités confondues ! Car D3s est aussi un reflex polyvalent, en clair il sait tout faire, en étant aussi à l’aise en studio que sur le terrain en reportage.
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Points faibles du D3s.
Il y a quelques années, un journaliste qui écrivait un article sur un logiciel que j’avais testé me demandait d’évoquer ses points faibles. Comme je n’en trouvais pas, il m’avait expliqué que dans un banc d’essai il faut toujours trouver un ou deux points faibles, sinon on n’est pas crédible. Alors deux choses. D’abord je ne suis pas journaliste, je suis photographe et je n’ai pas besoin de trouver des points faibles à D3s pour être crédible, sans blague. Ensuite, clairement, je ne trouve pas de faiblesse à ce boîtier. Étonnamment je l’avais trouvé lourd lors de mes premiers galops d’essai il y a un an, hier soir ça ne m’a pas frappé (mais j’ai repris le sport il y a six mois). Clairement, avec un D3s en main, surtout avec son 70-200, comme aurait dit feu ma grand mère il y a de quoi remplir la main d’un honnête homme. Le seul bémol de D3s c’est la taille de son capteur (12mp). Je ne suis pas un adepte du recadrage, pour moi le cadrage est un paramètre essentiel de la photographie, j’ai hérité ça de ma culture argentique, de mes glorieux ancêtres et héros, de Lartigue à Cartier-Bresson en passant par mon cher Larry Burrows. Et puis 12mp c’est largement suffisant pour réaliser des tirages de tailles honorables.

Non, il n’y a rien à dire sur l’évidence et Nikon D3s c’est, à l’évidence, la perfection photographique. Avec ce boîtier pro, Nikon frôle les étoiles, permet d’aller toujours plus haut, plus loin. Avec D3s le photographe pro retrouve ce sentiment de puissance, de performance, de sécurité et surtout, surtout d’absolue confiance. De repousser toujours un peu plus les limites du possible. Un peu comme lorsque Chuck Yeager, au manche de son Bell X1A, tapait le mur du son en octobre 1947 et effleurait, ce jour-là, l’inaccessible étoile…

• illustration photos : Louis, ingénieur du son au Cabaret Vauban (Brest, décembre 2010). La lampe du bar du Vauban (détail) à 16000iso.

Miossec. Brest Recouvrance, les quatre moulins, Marianne et moi.

miossec-brest-recouvrance-2010Samedi 9 octobre 2010. Je passe le pont de Recouvrance, ce qui est assez inhabituel. Quand je vais à Recouvrance, c’est vraiment que j’ai quelque chose à y faire, alors que je peux marcher rue de Siam sans d’autre but que de marcher. Le brestois (d’adoption) rive gauche que je suis ne traverse jamais la Penfeld sans une raison valable, même si j’ai le sentiment que les choses vont changer dans les années à venir, en particulier grâce au tram qui va relier la ville de part en part, lui (re)donner du souffle, lui insuffler une nouvelle énergie, notamment en aménageant le plateau des Capucins. J’aime bien Brest, à dire vrai. Donc me voilà à la mairie annexe des Quatre moulins, sur la hauteur de Recouvrance, où l’on inaugure des fresques murales à la gloire de la ville, du Brest même qu’on aime, de l’arsenal, des valeurs qui ont tenu cette ville vivante au fil du temps, même sous les bombes. Ici c’est Brest, ville debout. Pour l’occasion des enfants viennent réciter des haïkus, petits poèmes courts, odes à la gloire de leur ville, quelques instants de grâce à peine couverts par le bruit des voitures qui passent, parce que fresques ou pas, Brest continue de respirer. Et puis direction la mairie, où nous attend Miossec dans la salle des mariages, ça ne s’invente pas. Christophe Miossec, le parrain des fresques, qui va donner un mini-concert avec Manu Lann Huel, est un peu fébrile, comme d’hab’. Sous l’oeil bienveillant d’une Marianne côté jardin et côté cour du portrait en pied d’un gars dont le nom m’échappe, Miossec va nous offir un mini set, simplement accompagné d’un piano. La foule envahit la salle, discours express et plein d’humour de François Cuillandre, maire de Brest, qui nous assure que oui, les travaux du tramway finiront bien un jour ou l’autre. Dans un silence monacal, Miossec nous livre “Je m’en vais” suivi de deux titres de circonstance, un “Brest” dont les paroles résonnent d’une émotion particulière en ce lieu et puis “Recouvrance” comme une évidence, un titre qui a une saveur particulière, chargée de tant de choses, de souvenirs tenaces quand il est chanté ici-même. Applaudissements nourris, petit impair du maire adjoint de Brest qui propose aux invités de prendre un pot en attendant Manu. Erreur stratégique élémentaire, on ne propose jamais à un brestois de boire un coup alors que le concert n’est pas fini. Manu aura bien du mal à capter l’attention, entre deux flûtes de kir et un petit four. Il se consolera en m’apprenant que son spectacle prévu au Quartz de Brest en avril 2011 (avec Eric Le Lann et des invités) est déjà sold out et qu’une date supplémentaire a été prévue. Tandis que je papote avec Manu, j’observe Christophe qui dédicace à tour de bras, avec une constance épatante, avec le sourire, toujours. Il est content d’être là, ça se voit. D’ailleurs ici il est chez lui, à la maison. Seule ombre au tableau, une dame ne semble pas satisfaite du service. Je lui demande ce qui se passe, elle me répond qu’elle s’appelle Béatrice et que la dédicace mentionne : “à Béatrice Dalle, bien amicalement. Miossec.” Courroucée qu’elle est parce qu’elle ne s’appelle pas Dalle. On est tous morts de rire et la dame s’en va en maugréant. Du Miossec pur jus quoi. J’ai embarqué la set list avec les textes imprimés par Christophe, on n’est jamais trop prudent. Finalement le flux des amateurs d’autographes finit par se tarir. Encore quelques photos et Christophe Miossec peut aller fumer une clope. Je le salue et je repars, direction rive gauche. Ironie du sort, en passant le pont de Recouvrance, la radio passe un air connu. “Elle fait un pas, elle s’avance, elle me dit au revoir…

La passé-pomme, l’autre gloire de Douarnenez après le kouign amann.

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Hier dimanche, après la messe, j’avais rendez-vous avec Yves, quatre vingt six printemps. Cet ex-charpentier de marine, qui a travaillé toute sa vie à l’arsenal de Brest, coule désormais une retraite paisible mais active à Douarnenez. Il y a quelques années, Yves avait offert à mon beau-père un greffon de pommier dont j’ai hérité. Il faut vous dire qu’ici, à Douarnenez, quand on parle de passé-pomme, on voit briller dans les regards une lueur particulière. La passé-pomme est aussi sûrement une vedette pour les penn-sardins (comprendre les douarnenistes, prononcer peine-sardines) que leur sacro saint kouign amann, littéralement gâteau au beurre, une spécialité qui se mange chaude et qui vous fait grimper sûrement votre taux de cholestérol, tant ce délice à base de pâte à pain pliée et repliée suinte de beurre ou que les poèmes de Georges Perros, figure éternelle du quartier Sainte Hélène, mais là je vous parle du temps d’avant, d’Yvonne et des copines, des rires de Tante Soeur et de Tante Marianne (qui assurément est désormais au paradis), de Monsieur Jos sur le chemin des Plomarc’h qu’on appelait comme ça parce que Monsieur Jos c’était aussi le sobriquet de son chien, ça ne s’invente pas. Douarnenez, quoi, la plus belle baie du monde selon Guillaume Marec qui en avait vu d’autres aux quatre coins de la planète, la plus belle baie du monde loin devant celle de Rio, laissez-moi rire. Sauf que tout fout l’camp, de nos jours. La petite passé-pomme (qu’on appelle ailleurs pomme baril) n’évoque plus vraiment grand chose pour les jeunes générations et c’est bien dommage. Cette petite pomme adorable à croquer, précoce, avec peu de pépins, très gustative, cuisant vite, se dévoile chaque année au début du mois d’août. Elle existe encore dans quelques vergers à Douarnenez, mais se fait de plus en plus rare. Seul un irréductible continue de transmettre le patrimoine en offrant ses greffons, en attendant de rejoindre Saint Pierre. Yves s’amuse d’un rien. Dans son minuscule jardin, au cœur d’un bordel savamment organisé, on trouve de tout et de rien, résultat de ses expériences naturalistes improbables mais toujours réussies. Comme quoi Dieu sait reconnaître les siens. Des pommiers bien sûr, un cognassier, ici un figuier et là-bas dans le fond un prunier sur lequel Yves a greffé sept ou huit races de prunes différentes et qui est extraordinairement prolifique. “Ici, tu vois, il y a des prunes blanches, des prunes jaunes, des prunes noires, et tout ce petit monde cohabite en paix” assène Yves, l’oeil guoguenard. Un coup d’oeil aux jardins voisins, voilà des pommiers (passé-pomme, elstar, teint frais), plus loin un prunier couvert de quetsches dont les branches ploient sous le poids des fruits, là-bas un kiwi. Tu greffes aussi les kiwis Yves ? “Ah gast ! Oui. Parfois il faut aider mère Nature a faire son travail, parce qu’elle y arrive pas toute seule“. À ma prochaine visite, Yves veut m’apprendre la greffe des pommiers. “Comme ça tu sauras, quoi !” Je photographie Yves, dans sa cuisine, attablé devant son verre de gwin dru (vin rouge). Il observe mon boîtier, je lui montre la photo sur l’écran, je lui explique en deux mots, la carte, le numérique, tout le saint frusquin, son œil s’éclaire, ça l’épate, ça le dépasse un peu mais il pige tout, vite et bien. Je lui dis qu’à Noël, je lui amènerai une photo de passé-pomme. Un souvenir glorieux du temps passé qu’un petit bonhomme droit dans ses pompes, authentique comme pas deux, contribue à transmettre aux générations futures. Pour ne pas oublier.

• cliché : la passé-pomme (Douarnenez, 2010).

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