The Octopus au Vauban. Kick out the jam motherfucker !

the-octopus-shots-2013-par-herve-le-gallHier soir, j’avais la tête dans le cul. Et pas que. J’avais mal partout, dans les cuisses, dans le dos, à force de génuflexions, debout, accroupi, un genou à terre à chaque coup de sifflet du commissaire de course pendant le tour de Bretagne (c’est du vélo) sur le contre la montre à Huelgoat. Bref, hier 1er mai, c’était rideau. Alors la perspective d’aller taper un concert, concert de rock de surcroît, c’était pas vraiment joyeux. Seulement voilà. C’était pas n’importe quel groupe, c’était pas n’importe où. C’était the Octopus au Cabaret Vauban, deux excellentes raisons de se bouger le cul, aux alentours de huit heures du soir, de renoncer à la petite tisane du soir espoir, d’enfiler son kabig, route pêche destination l’avenue Clemenceau.

Il faut dire que les gars de the Octopus c’est pas une destination inconnue. Les petits gars de Douarnenez, vainqueurs du trophée des Jeunes Charrues en 2010, servent un rock authentique comme on l’aime ici, ce genre de rock bien poisseux qui colle sous les aisselles, celui qui, pour paraphraser une énième fois Saint Miossec (priez pour moi) sent la bière et la bonne chaleur de l’animal, dans la lignée des grands groupes US comme les Fleshtones. D’ailleurs, invariablement on ne peut s’empêcher de penser au combo de Peter Zaremba quand on voit the Octopus en live. Avec ce genre de groupe, on sait que tout peut arriver. On sent comme une tension, un climat de guerre civile bien palpable. C’est ce que j’ai vécu hier soir au Vauban, devant un noyau de public passablement excité, les Octopus déployant les grands moyens n’y sont pas allé de main morte, nous servant en rappel un bon Kick out the jam (motherfucker) des familles, une reprise qui avait de quoi défriser les moustaches des membres de feu MC5 s’ils n’avaient pas tous eu, plus ou moins, la mauvaise idée de casser leur pipe entre temps. C’était bon, bien gras comme un kouign amann de Douarn’, c’était épais, huileux et poisseux comme on aime. C’était du rock, c’était à Brest, hier soir. Vous avez raté un concert d’anthologie parce que vous avez préféré rester à la maison en slip kangourou à boire la tisane et à regarder la télé avec maman ? La prochaine fois, vous saurez. Retenez simplement leur nom. The Octopus. C’est du rock, de la musique de voyous et ça vous décalamine les esgourdes, en profondeur. Ça vous fait oublier une sale journée, le mal aux cuisses comme le mal de dos. C’est bon pour ce que vous avez. Mais surtout cette musique vous réveille, vous fait du bien et vous fait réaliser un truc essentiel. Vous êtes vivant.

photo : fin du concert de The Octopus au milieu du public (crédit photo Hervé LE GALL. Nikon D3s, Nikkor 24-120 f4, 12800iso)

Emel Mathlouthi au Cabaret Vauban. Et l’enfant que vous êtes encore Madame…

emel-mathlouthi-au-vauban-shots-2013En 1982, j’étais à Londres pour soutenir un artiste anglais qui s’était mis en tête, rendez-vous compte, de créer un festival de musiques du monde. Non, mais franchement, quelle inconscience ! En ces années de thatchérisme agravé, comment pouvait-on imaginer intéresser le public avec des musiques venues d’ailleurs, du Maghreb à l’Afrique ? Personne ou presque. La musique était classique ou anglo-saxonne et en dehors de ces frontières, point de salut. Ainsi donc en ce mois d’octobre, j’étais à Milton Keynes bowl avec ma compagne d’alors qui allait devenir ma femme d’aujourd’hui pour nous geler les miches de concert parce qu’évidemment il pleuvait ce jour-là, de cette pluie grasse et glaçante comme seule la perfide Albion peut nous en réserver. Ce soir-là, on avait vu un putain de concert qu’on baptisa six of the best pour d’obscures raisons de droit interdisant l’utilisation du nom du groupe, Genesis. Ce soir, en avril 2013, il y a du monde pour accueillir Emel Mathlouthi. Qui est-elle ? Je n’en sais rien. Ce que je sais d’elle, c’est qu’elle est tunisienne, qu’elle fait partie de cette jeune génération qui a poussé le printemps arabe vers le sommet et que, accessoirement, elle a une voix sublime. Cette voix, découverte par hasard en écoutant un titre, une protest song (Dhalem) qui m’a littéralement sidéré. Sur Twitter, j’avais envoyé ce message sybillin : « Ne cherchez pas. The Voice, c’est elle. » Je ne le savais pas encore, mais le choc, brutal, était imminent.

Cabaret Vauban. Je papote, le cul sur le sub, avec un ami esthète parmi les esthètes, grand amateur de musiques au sens très large du terme. Sa présence, ici ce soir, côté jardin, n’est pas un hasard. Il est venu découvrir, comme souvent, en live, parce que le live, ça ne trompe pas. Les musiciens investissent la petite scène du Vauban, une petite brune que je prends d’abord pour une choriste s’installe au micro. Les premiers sons s’échappent du violon, percussions, un soupçon d’électro, un son très pop finalement et puis une voix, de ces voix sublimes qui tutoient les anges, mon Dieu, que c’est beau. Les premières minutes du concert me subjuguent à tel point que je suis incapable de bouger, de porter mon œil au viseur de mon reflex. Emel Mathlouthi chante comme d’autres parlent, avec une aisance, une grâce, une puissance déconcertantes. Et elle bouge, elle s’engage, rebelle, combative et sincère. Elle prend une baguette, se dirige vers le batteur et assène le rythme, ce que Peter Gabriel appelait the rythm of the heat, sur la caisse. On dirait une Izia du Maghreb qui n’aurait pas oublié, elle, d’être sincère et ça, le public du Vauban l’a ressenti, portant Emel Mathlouthi à bout de bras.

Désormais tout est possible. Mathlouthi assène du Bjork avec autant d’aisance qu’un Hallelujah de Leonard Cohen. Submergée par l’émotion, elle est incapable de commencer à chanter. Le public l’acclame, une spectatrice au premier rang entonne a capella : « I’ve heard there was a secret chord That David played and it pleased the Lord But you don’t really care for music, do you ? » Dans un silence monacal, accrochée à sa guitare, Emel chante, seule au monde et le public reprend « Hallelujah, Hallelujah.. » Les yeux des gens commencent à briller et l’ombre bienveillante de Jeff Buckley est sûrement là, quelque part. Emel Mathlouthi brille comme un diamant brut, excelle dans tous les registres, qu’elle reprenne un titre d’une diva pop islandaise ou un chant traditionnel tunisien. Elle a la sincérité de ces femmes combattantes, qui par les mots portent en elles des révolutions. De ces femmes, comme le dit joliment un vieil ami « dont on tombe sous la mitraille rien qu’en croisant ses yeux. » Le public du Vauban a rappelé Emel Mathlouthi, encore et encore. Elle est revenu seule pour chanter a capella une protest song sur la Palestine, dédiée à un spectateur qui, ce soir-là était seul au monde. Et puis elle a savouré son triomphe mais avec humilité, les mains sur sa bouche, peut-être pour masquer son émotion. Elle a simplement dit : « Plus de mots. » Elle a quitté la scène du Vauban sous une énorme ovation. Moi, j’ai salué et remercié Jacques Guérin. Il avait l’œil pétillant, ce regard qu’il a les soirs de très grands concerts, ici au Vauban ou à son festival du Bout du Monde, à Crozon. J’ai quitté le Vauban avec cet indicible sentiment d’avoir croisé bien plus qu’une grande voix. Une belle âme, un soupçon d’éternité qu’on désigne d’un simple mot. Diva. Dans la nuit glaciale, le poste de radio égraine des mots qui vous vont bien, Emel. Et l’enfant que vous êtes encore, Madame, me met les larmes aux yeux…

La photographie argentique serait-elle le chaînon manquant de la photographie numérique ?

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Il m’est arrivé un truc étrange. Figurez-vous que ce week-end je couvrais un nouveau festival à Brest, un de ces petits festivals comme je les aime, concoctés par des passionnés, la fine équipe des allumés de Penn ar Jazz. Au programme du festival bien nommé Désordre, des concerts ressemblant autant à des happenings mêlant musiques improvisées et chorégraphie, le tout dans un Mac Orlan entièrement repensé, reconstruit, habillé de verre et d’acier, beau comme un sou neuf de l’autre côté du pont de Recouvrance, rive droite, autant dire au bout du monde mais à une encablure de tramway. Ainsi donc je me retrouvais dans cette salle au confort cosy, dotée d’un bien joli plan de feux et d’une acoustique king size. Je l’ignorais mais j’allais vivre pendant deux jours des émotions musicales et visuelles incroyables mâtinées de complications techniques gratinées.

Premier concert qui donne le la, si j’ose dire. Une contrebasse qui joue en sourdine, tandis que dans le fond un musicien s’escrime à tirer des souffles de ses boîtes à rythme. Un danseur évolue, tout en circonvolutions. Voilà pour le tableau. Du côté de l’image, il y aurait mille clichés à réaliser, tant dans la beauté des gestes, la grâce de la chorégraphie et bien sûr les musiciens, la merveilleuse alchimie de l’image servie par des lumières élégantes, seulement voilà. Oui, mais… Faire des clichés dans un silence quasi monacal, c’est pas une sinécure. Au mieux, vous devenez la cible de tous les regards de spectateurs prêts à vous clouer au pilori au moindre soupçon de déclic, au pire vous importunez les artistes et ça, c’est le scénario catastrophe. Je me souviens du régisseur d’une artiste (dont je tairai le nom) qui m’avait prévenu : « si elle entend le bruit de votre déclencheur, si elle repère votre présence et s’en agace, croyez-moi, je préférerai être dans mes pompes que dans les vôtres. » Vous, fidèles lecteurs de Shots, savez ce que je pense du respect du public et des artistes, sinon vous pouvez toujours relire les dix commandements. Bref, c’était l’angoisse. Inutile de préciser que j’avais activé le mode Q de mon Nikon D4, mais même en mode silencieux, c’était encore trop bruyant. Comme me le disait un ami photographe à l’issue du concert, même avec un Leica c’était pas jouable. Les puristes apprécieront…

Est-ce que ça m’a empêché de faire des clichés et d’être heureux ? Bien sûr que non, bien au contraire. J’ai fait très peu de clichés et quand je dis très peu, c’est vraiment rien de le dire. Par exemple, sur le set de Giovanni Cedolin (danseur) et Guillaume Roy (violon), j’ai réalisé sept clichés. Sept. À dire vrai, j’ai eu l’impression d’être revenu quelques années en arrière et d’avoir travaillé en argentique, avec ce tempo, cette respiration retrouvée et je n’hésite pas à dire que ces contraintes, finalement, m’ont bien servi. Je dois même à la vérité de dire que je n’avais pas produit un travail de cette qualité depuis très longtemps. Des cadrages au cordeau, des mesures d’expo parfaites, des compositions ravissantes et un taux de déchet quasi nul. Le parallèle avec la photo argentique sonne presque comme une évidence. Déclencher comme si sa vie en dépendait, attendre que le son s’amplifie, jauger que son niveau sera suffisant pour masquer le bruit du miroir qui remonte et s’immobilise, maintenir le déclencheur de Nikon D4 et attendre le moment opportun pour laisser le miroir s’abaisser, glisser doucement dans ce bruit mat et caractéristique, comme une libération, puis observer que personne ne m’a repéré. D’ailleurs, comme une récompense, un musicien présent dans la salle a confirmé mon action discrète dans un sourire « Ah ? Hervé ? Tu étais là ? Tu as fait des clichés ? Je ne t’ai pas entendu ! » C’était étrange, comme expérience, un peu angoissante mais très enrichissante. Il reste les clichés, des traces de ces moments d’exigence. Je suis convaincu des bienfaits de la photographie argentique et je conseillerais volontiers à tous les photographes de faire une pause argentique, eux aussi, de temps à autre. Le temps d’une promenade, d’un week-end, le temps de construire une image comme de se reconstruire soi-même, de retrouver ce tempo comme de se retrouver, cette respiration intérieure dont j’évoque désormais si souvent l’omniprésence chaque fois que j’embarque avec moi mon F1, mon vieil ami de trente-cinq ans pour aller cramer une pellicule. J’ai souvent écrit que l’argentique me semblait un retour nécessaire aux fondamentaux de la photographie, je pense qu’au delà de l’aspect technique, ce mode photographique, désormais vintage, permet aussi au photographe d’être prêt à assumer plus sereinement des situations complexes. Comme une thérapie, en quelque sorte. Apprendre à rester zen, en se disant que, quoiqu’il arrive, de toutes façons, il reste encore trente six poses à venir. La photographie argentique a encore, indubitablement, de beaux jours devant elle, comme un complément, un chaînon manquant au processus photographique numérique.

• photo : Giovanni CEDOLIN (danse) & Guillaume ROY (violon). Festival Désordre, Mac Orlan Brest, crédit photo : Hervé LE GALL

Dix clichés du Vauban pour Emmaüs. Un petit quelque chose pour une grande idée.

dix-cliches-pour-emmaus-par-herve-le-gall-shots-cabaret-vauban-2012Devant toute humaine souffrance, selon que tu le peux emploie-toi non seulement à la soulager sans retard, mais encore à détruire ses causes. Tout était dit et bien dit par un certain Henri Grouès, un simple abbé qui se faisait appeler Pierre. Il y a six ans, Miossec avait donné deux concerts restés à ce jour dans les mémoires de celles et ceux qui avaient la chance, le privilège d’être présents ce soir là au Cabaret Vauban. Deux concerts donnés au profit d’Emmaüs, deux sets foutraques et débridés, avec un Miossec au sommet de son art. Ouais. Inoubliables. Sur un coup de tête on avait décidé, avec Charles Muzy, le taulier du Vauban, de marcher dans les pas de Miossec et de mettre dix clichés à la vente au profit d’Emmaüs et ça avait plutôt bien fonctionné. En trois jours on avait tout vendu et on avait glané quelques gwennegs sonnants et trébuchants. En retour, les compagnons d’Emmaüs nous avaient offert une assiette. Une assiette, tout un symbole.

Six ans ont passé. L’abbé Pierre a rejoint son eden, sans l’ombre d’un doute, le droit au logement si cher à son cœur n’est encore qu’une vague utopie, en revanche la souffrance humaine est toujours là. Les compagnons d’Emmaüs sont là, eux aussi, à travailler sans relâche. Comme toutes les bonnes idées qui naissent à pas d’heure après les concerts au Vauban, tard dans la nuit, on s’est dit avec Charles qu’on allait remettre le couvert, histoire de ressortir nos assiettes. Dix clichés, une expo (que vous pouvez voir actuellement dans la brasserie du Vauban) et une vente de clichés rares, voire inédits. De Miossec à Dominique A. en passant par Tiersen, de Daniel Darc à Roy Haynes, de Charles Gayle à Archie Shepp, de Ruyter Suys à Olivia Ruiz j’ai sélectionné dix photos de concerts qui m’ont marqué et qui ont fait vibrer le public du Cabaret Vauban. Et puis, comme un clin d’œil au passé, la dixième photo réunit Christophe Miossec et Jane Birkin dans la mythique chambre 206 de l’Hôtel Vauban, à l’occasion du tournage d’un clip vidéo, pour un flirt avec toi.

Voilà. On espère faire aussi bien qu’il y a six ans. Ramener des sous, un petit quelque chose (ou plus, ça va dépendre de vous), avoir le sentiment d’avoir agi, ensemble. Et surtout, se souvenir des belles choses, des bons moments passés dans cet endroit, le Vauban, qui n’existe qu’ici, à Brest, au début du monde. Alors si vous voulez vous faire plaisir, voire si vous voulez faire plaisir à l’un de vos proches, faites vite, Noël approche à grands pas et cette édition est (très) limitée. Pour en savoir plus ou commander vos tirages, rendez-vous sur notre boutique en ligne www.cinquiemejour.com.

Merci de votre soutien.

Tristan Nihouarn, Alain Bashung et Jean Fauque. Petits mensonges entre amis.

nihouarn-fauque-bashung-au-vauban-2012On m’a vu dans le Vercors, sauter à l’élastique, voleur d’amphores au fond des criques. Il y a des mots comme ça, qui restent à jamais gravés dans ma mémoire. Finalement je crois que ce qui aura fondamentalement influencé de manière radicale ma vie, c’est la délicatesse des mots et la douceur des images. Délicat et doux, c’est le souvenir que je garde pour toujours d’Alain Bashung, oui je dis bien Alain Bashung, en prenant le soin de poser ce prénom devant son nom désormais inscrit pour toujours et à jamais au panthéon de la chanson française. Ma première rencontre, en 2004. Le choc visuel. Ce qui n’était qu’une vague image télévisuelle prenait subitement une réalité, du relief, au festival Art Rock où j’avais embarqué un peu par la grâce du hasard, voyageur sans bagages, passager clandestin, voleur d’images. Bashung. La gifle, sèche, sans préavis. De celle que tu n’oublies pas. On s’était revus, moins de deux mois plus tard, à Kerouac, une scène au nom prédestiné pour un voyageur, non ? C’était l’époque où on mettait des pellicules dans le reflex et où chaque déclenchement était compté. J’avais signé ce cliché d’un Bashung accompagné d’une lueur étrange qui ressemblait bizarrement à un lézard vert qui avait donné son nom à cette photo. Voilà. Un jour j’ai appris que tu étais malade, de ce genre de voyage dont on ne revient pas. On a dansé une dernière valse au bout du monde, j’ai fait quelques clichés et j’ai quitté le pit parce que j’avais de la flotte plein les yeux. Je suis parti, j’ai marché dans la nuit et j’ai entendu ta voix qui me poursuivait, jusqu’à s’éteindre doucement. Plus tard, alors que j’étais à Carhaix avec mes potes des Charrues, un mec est entré dans la salle de concerts où on faisait les balances. Il avait les yeux mouillés. Il a simplement dit : « Bashung est mort. » Tous les mecs qui étaient là se sont figés, l’ingé son a éteint sa console, le lighteux a débranché ses automatiques et on s’est tous retrouvés comme des cons, sans trop savoir que dire. Alors on a décidé de faire une pause, on a bu un godet et même deux en parlant de toi.

Je ne t’ai pas oublié, d’ailleurs comment pourrais-je ? Mais je n’avais plus jamais parlé de toi depuis ce jour-là. Jusqu’à ce soir de novembre, froid et sec comme un coup de trique, mais sans pluie. Pour l’anniversaire du Vauban, pour se souvenir des belles choses et des jolis moments, du petit bal de la Redoute où le voyage au bout de la nuit se terminait invariablement par « la nuit je mens », le titre préféré du taulier, Tristan Nihouarn avait concocté une reprise de ton titre et avait eu l’idée et la suprême élégance d’inviter Jean Fauque, ton parolier, ton frère d’armes, ton ami, celui qui a suivi la même route que toi, avec qui tu as partagé des joies et sans doute pas mal de galères aussi. Je crois pouvoir te dire sans me tromper que ça t’aurait vachement plu, tellement que c’était beau, tellement que c’était fort et intense. Un très grand moment, une bien jolie surprise pour Charles, tapi dans la pénombre, en larmes. Moi, j’ai pas pleuré, j’avais déjà donné. Après ça, même les silences qui ont suivi, les regards échangés, sourires élégants et polis, témoignaient encore de ta présence. Tu avais envahi cette salle mythique et par la grâce de quelques potes (Tristan, Jean, Scholl, Manu, Julien, Marc, …) tu étais venu écrire ton nom dans le livre d’or de la maison, entre Ferré et Mistinguett, entre Dominique A. et Miossec. Ouais, je veux bien parier que ça t’aurait plu. Quant à moi, après ça, plus rien n’avait vraiment de sens. Je suis reparti avec mes images, j’ai traversé cette putain de ville dans la nuit noire, comme un voleur, un contrebandier. Comme un passager qui roule à travers les bas-fonds, avec dans les oreilles ces quelques mots de Jean, ton ami. Plus rien ne s’oppose à la nuit.

• photo : Tristan Nihouarn et Jean Fauque, cover de « La nuit je mens » de Alain Bashung, 50 ans du Cabaret Vauban (4 novembre 2012), crédit photo Hervé Le Gall www.cinquiemenuit.com

Tristan Nihouarn sera en concert au Cabaret Vauban le vendredi 23 novembre à 20h30. Plus d’infos sur le site du Cabaret Vauban.

Atlantique jazz festival. Mister Hamid Drake is back in town.

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Il est probablement l’un des plus grands batteurs vivants de la planète. Il a joué avec les zicos les plus légendaires, une liste de pointures king size longue comme le bras. Il a des mains immenses et dès qu’il se saisit du moindre objet, tambourin, tambour, baguettes, c’est son sens inné du rythme qui l’envahit et qui fascine son auditoire. La première fois que je l’ai vu, j’avais d’abord été subjugué par son allure, sa dégaine incroyablement classieuse, cette espèce de force tranquille qui se dégage du personnage. Moi qui suis si souvent au taquet (doux euphémisme), j’adorerais avoir une once de sa sérénité, sans parler de son définitif groove mais ça, faut peut-être pas trop en demander. Lui, c’est un vrai caméléon, capable de s’adapter au style, à l’ambiance. Ce beau grand bonhomme est à mon sens le symbole même de ce qui fait le jazz, sa grandeur, savant mélange de cultures, savoureux métissage de musique africaine, de blues root, de native jazz et de bidouilles géniales. Et puis humainement, c’est le gars dont tu rêves qu’il soit un jour ton ami.

Je l’ai vu hier au Vauban. Je pensais qu’il m’avait oublié, depuis l’année dernière. Je me suis pointé devant lui en lui disant « Mister Hamid Drake is back in town ! » Il m’a regardé, a souri, m’a dit « Hey ! Harvey, dear ! » m’a serré la main et tapé la bise. Voilà quoi. Hamid Drake, excusez du peu. Le mec devant qui on se sent tout petit mais surtout en compagnie de qui on se sent franchement bien. Cette année, durant Atlantique Jazz Festival, Hamid Drake rejoint Napoleon Maddox sur le projet IsWhat ?! un mélange singulier de rap, de hip hop, de jazz qui s’annonce déjà explosif. « We call it IsWhat ?! because it is What it is » précise Maddox qui, à l’image du géant, a déjà enflammé la scène du Vauban. Le Vauban. Lieu mythique s’il en est, il enfile son habit de lumière, cire ses pompes de club de jazz dont la réputation a depuis bien longtemps largement dépassé les frontières du Ponant, pour accueillir l’Atlantique Jazz Festival. Monsieur Hamid Drake est parmi nous et il n’est pas venu seul. Cette semaine, le bonheur se résume en un simple mot de quatre lettres. Jazz.

• photo : Hamid Drake, Atlantique Jazz Festival 2011. Crédit photo : Hervé LE GALL cinquième jour

Nikon D4. Pouvoir enfin écrire une image avec un zeste de lumière.

nikon-D4-test-shots-herve-le-gall-2012Vendredi 11 mai 2012. J’arrive à la Carène de Brest, sur le port de co où je viens photographier le festival Sonore. La responsable communication du festival m’annonce, un brin dépitée, que le concert de Tim Hecker se déroulera dans le noir complet. Sans photo, pas de graphie. Je décide de faire contre mauvaise fortune bon cœur et je me dis qu’on fera avec. Le concert de Hecker est une performance. Sur scène une console vide et pas âme qui vive. Je réalise que les musiciens mixent dans le fond de la salle, à la console son, à l’opposé de la scène. Pour seules et uniques sources lumineuses, celle de l’écran du Mac de Tim Hecker, le rétro éclairage des boutons de la console et une petite loupiote. C’est du service minimum ou je ne m’y connais pas… Dans ces conditions, impossible de faire un cliché, les photographes sont aux fraises ! Je monte la sensibilité du D4 à 102400iso, je désactive l’autofocus. Espérer accrocher un point de contraste dans le noir complet, c’est sayonara. Je fais le focus à l’œil sur le point le plus lumineux du cadre, à f2,8 je réussis à déclencher à 1/40 ou un 1/50ème sans trop y croire. J’ai activé le mode silencieux parce que je suis proche de la console (focale 100mm) et je ne veux pas perturber les musiciens. Je fais une trentaine de clichés sur l’ensemble du set. Et je passe au concert suivant sans vraiment me faire d’illusion.

Il s’avère que le niveau qualitatif des clichés générés à 102Kiso par Nikon D4 est réellement bluffant. Bien sûr il y a du bruit, mais notablement moins que sur D3s. D’ailleurs, finalement, la présence de bruit (qui peut être corrigée en post-traitement) n’est pas vraiment un problème. Non, en réalité, ce qui procure à Nikon D4 un atout indéniable par rapport aux autres reflex de son créneau (mais Nikon D4 a-t-il aujourd’hui vraiment un concurrent sur son segment ?) c’est sa capacité à produire une image exploitable. Comme le faisait remarquer un photographe, Nikon D4 ouvre de nouvelles perspectives, en permettant d’écrire une image avec un zeste de lumière. Si l’on ajoute à cela une réelle polyvalence, une vélocité remarquable, un autofocus redoutablement efficace, une ergonomie bien pensée, il ne fait aucun doute que Nikon D4 tient aujourd’hui la toute première place sur le segment des reflex numériques. Mais bien au delà de ce leadership qui ne demande qu’à être contesté (par le nouvel EOS 1Dx de Canon par exemple ?), il faut être conscient du privilège que représente l’acquisition de ce fantastique outil de travail qu’est Nikon D4 pour les photographes. Nikon D4. One step further in photography. Ce n’est pas qu’une simple formule marketing. C’est une réalité.

Coup de torchon : photo de concert, la liberté a des limites. Et merde à Vauban !

merzhin-au-vauban-2012J’étais hier soir au concert de Merzhin, au Cabaret Vauban, autant dire chez moi, à domicile. On fêtait les quinze ans d’un groupe attachant, originaire de Landerneau, qui prodigue avec une originalité débridée une musique enthousiaste et heureuse. Heureux. J’aurais dû l’être et pourtant j’ai quitté la salle dépité, déçu et pour dire extrêmement remonté. La cause ? Une horde de « photographes » qui ont squatté le premier rang du concert, tous armés (le mot est faible) de reflex dotés de zooms monstrueux, 70-200 de rigueur pour quasiment tout le monde. Bon, déjà, se pointer au Vauban avec un 70-200 monté sur un boîtier DX (ou APS-C puisqu’il y avait aussi du Canon), il faut vraiment totalement méconnaître la topologie de cette salle. Pour ma part, j’étais côté jardin, blotti dans un coin où, généralement, je fais en sorte de n’emmerder personne, avec mon reflex et mon 24-120, difficile d’appréhender le truc autrement. Donc ils étaient là, une bonne grosse demi-douzaine d’afficionados de la mitraille, pas gênés pour un rond, agitant sous le nez des zicos leur trans-standard maousse, totalement désinvoltes et ignorant avec une probable jubilation la présence du public, dont certains semblaient s’agacer, à juste titre, de cette présence envahissante, c’est un euphémisme. Renseignement pris auprès de la prod, il y avait quatre photographes accrédités, en dehors du photographe maison qui hier soir, plus que jamais, comptait pour du beurre.

Je suis rentré à la maison avant l’heure. Impossible de faire un shoot sans avoir un gros zoom noir ou blanc dans la ligne de mire. Hier soir, je crois que j’ai atteint le point limite zéro. Aucun doute possible, ces photographes du dimanche n’ont sans doute jamais lu Shots et les dix commandements du photographe de concert. C’était l’hallali, la foire d’empoigne, le bordel ambiant. Je les ai observés, c’était marrant. Je fais une photo, je regarde mon écran LCD, je tire la gueule, j’efface, je fais une photo, je regarde mon écran LCD,je maugrée, j’efface. Ad libitum. En plus, ici, on est au Vauban, livré avec ses lights « délicates », je ne vous fais pas un dessin. Dieu merci, à côté de moi, il y avait un groupe de djeuns qui jumpait au son de Merzhin, un signe objectif (si j’ose dire) qui m’a rappelé que, finalement, on était bel et bien à un concert et pas à la Shoot shoot académie, au Cabaret Vauban et que c’était la fête des fans et des spectateurs qui ont payé leur billet pour voir un chouette spectacle. À les voir jumper, torses nus, j’ai repris une petite dose de bonheur. Je me disais que le petit groupe aurait volontiers pogoté, ce qui aurait mis un peu plus d’ambiance dans la salle. Mais non, ils ont renoncé. Sans doute ne voulaient-ils pas déranger les photographes…

Voilà. Aujourd’hui on en est là. Dès qu’une prod ou une salle sont un tant soit peu cool (et c’était le cas hier soir, à Vauban), il y a toujours une bande de rigolos pour en profiter, pour shooter pendant tout le concert, vautrés au premier rang, emmerdant le public à grands coups de zooms dans l’oignon. Alors, ne vous étonnez pas si les prods réagissent, devant le développement outrancier des demandes d’accréditations directement lié à celui de la photographie numérique qui ne coûte RIEN. Restrictions de plus en plus drastiques, accréditations payantes. Finalement, ce ne sont pas les « touristes japonais » qui en pâtiront, à terme, mais bien les photographes professionnels. Mais ça, je suis sûr que c’est le cadet des soucis du gamin qui, hier soir, était tout à son bonheur d’agiter son beau zoom sur son reflex tout neuf au pied de la scène du Cabaret Vauban…

En roulant vers la maison, dans ma nuit brestoise qui elle, n’appartient qu’à moi, je repensais à ce cher Léo Ferré qui aimait tant le Vauban et détestait chanter en se sentant calé dans le collimateur d’un photographe, comme un lapin le jour d’ouverture de la chasse. D’ailleurs, quand il était passé au Vauban, dans les années 90, il avait exigé de ne pas voir le début d’un bout d’objectif. Les photographes avaient été invités à se faire très, très discrets et le concert fut magique. Sacré Léo ! Un jour, alors qu’il faisait une grande salle parisienne, un groupe d’anars souhaitant rentrer sans payer avait fait le coup de force à l’entrée de la salle. Ferré aurait eu alors cette phrase historique. « L’anarchie ! L’anarchie ! Elle a des limites l’anarchie ! » Je te rassure, mon cher Léo. Pour la liberté, c’est pareil. Et merde à Vauban !

Valier en concert à la Carène de Brest. Moi le cow-boy, toi l’indien.

valier-la-carene-shots-2012Je connais Valier depuis une paye. Il y a pas loin de dix ans, j’avais déjà croisé sa silhouette et sa gueule d’indien, de guerrier apache réfugié ici, au début du monde. Je me souviens d’un concert où il avait chanté torse nu, petites bésicles rondes sur le nez, une dégaine de dingue et déjà à l’époque j’avais été interpellé par ce personnage étrange et atypique. Et puis Valier a disparu de la circulation, réapparaissant de temps à autre, ici pour une collaboration, là pour un concert hommage à un vieux guerrier tombé sans les honneurs. Et puis, il y a quelques jours de cela, j’ai eu vent de la bonne nouvelle, Valier sortait un album, le second, et pour l’occasion allait donner un concert à la Carène, la Smac de Brest. J’ai pris le premier titre « les femmes et l’alcool » en pleine gueule, une gifle, sèche, violente, de celle qui te réveille, intense. Quatre minutes quinze de vrai bonheur, un long phrasé, cocktail enivrant comme l’abus d’alcool, heureux comme le sourire d’une femme qui n’aime que toi, désespérant quand elle te quitte. Valier ne fait pas du blues, d’ailleurs Valier ça ne ressemble à rien, même si, en tendant l’oreille, on perçoit un univers proche de Bashung dans les mots, Gainsbourg dans l’attitude, Burger pour la voix, avec un zeste de Brel pour cette désinvolture joyeuse. Et puis, et puis Miossec, aussi, évidemment, à tel point que pendant le concert, alors que j’avais dégainé mon colt et que je faisais feu de tout bois, cow-boy solitaire traquant l’indien sur la plaine, je caressais le doux rêve de voir Miossec débouler pour reprendre avec Valier « Cigarettes sur cigarettes » un titre somptueux, sur un tempo de valse, comme un retour à la chanson réaliste, les guinguettes du temps d’avant, de Damia, de Fréhel ou de Berthe Silva (si chère au coeur de Christophe Miossec, justement), et des mots, des mots assénés avec une douceur cynique : cigarette sur cigarette passe la vie passe le temps et jamais je ne m’arrête pas même l’espace d’un instant de fumer ma cigarette de la fumer obstinément. La musique et les mots de Valier viennent d’un autre temps, de pays lointains, de l’époque des clandés, des bars louches, de la mauvaise dope et des alcools frelatés, des maisons closes et des putes derrière le zinc. On l’imagine bien, lui, posé là, entre deux pipes d’opium, croisant Rimbaud sur la route des guerriers, grattant des mots, fredonnant des mélodies. Valier est dans son paradis perdu. Ite missa est. L’âme de Valier, son secret aussi, sont là, cachés au cœur des mots, justement. Découvrir un songwriter d’exception, c’est comme réussir un bon cliché pour un photographe. C’est un instant magique, durable, définitif. Éternel.

En deux titres, ce soir-là, l’affaire était dans le sac, les cannes pliées, il n’y avait plus qu’à laisser aller et à ne pas oublier de faire des clichés, quand même. La surprise fut radicalement divine, de voir Valier en live, des zicos autour de lui, avec notamment aux claviers (puis à la guitare) une vieille connaissance, David Crozon lui-même apportant une touche de candeur et quelques jolies envolées, un soupçon de ce son pop british comme il l’affectionne. Résultat ? Sur scène ça claque et on se laisse finalement emporter par les paradis perdus de Valier, énergique et visiblement heureux d’être là, malgré la joyeuse désespérance des mots : « à vingt ans c’est un jeu mais à trente tout est joué tourné dans un cercle vicieux complètement désespéré… » Valier est-il à l’image des hommes de mauvaise vie qui « fouillent de leur lance les trous les plus divers, ils rentrent en décadence ils mordent des vipères » ? Non. Résolument non. Après un concert trop court, beaucoup trop court (mais c’est la régle de la première partie), je suis allé acheter l’album et alors que je m’apprêtais à repartir vers d’autres aventures, j’ai croisé l’apache. On a échangé deux ou trois mots banals, guère plus. Le lendemain du concert, j’ai publié une photo sur ma page Facebook. Valier, passant par là à simplement dit, avec un zeste d’ironie mâtiné de ce cynisme qui n’appartient qu’à lui : « On en viendrait presque à penser que ce concert était intense ». On s’était compris, la boucle était bouclée. Les vrais découvertes sont tellement rares, les rencontres aussi, qu’il faut les préserver mais aussi les partager avec le plus grand nombre. « Vers les cimes neigeuses lorgent les hommes de mauvaise vie ». Il s’appelle Valier, retenez son nom. Merci l’indien. Putain de concert.

découvrir le nouvel album de valier « le paradis perdu »

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Test terrain photos de concerts avec Nikon D4. Le meilleur est à l’intérieur.

my-brightest-diamond-nikon-D4-herve-le-gall-shots-2012Pour parler de Nikon D4, il y a deux approches. La première, qui consiste à noyer le poisson en abreuvant ses lecteurs de graphiques aux couleurs immondes, en leur expliquant, par a plus b puissance cosinus de mes deux que le facteur anti aliasing est nettement plus performant grâce à la puce de seconde génération embarquée et le traitement… bla bla bla. Si vous cherchez une review comme celle-là, vous allez être très déçu, parce que c’est pas vraiment le genre de la maison. Non, ici, on privilégie plutôt les tests sur le terrain, c’est à dire les endroits qui sentent sous les aisselles, la bière et l’animal. Alors que je venais de recevoir un Nikon D4 tout neuf dans son carton, je bouillais d’impatience de l’amener avec moi, sur mon terrain de jeu de prédilection, les salles obscures avec de bien jolies lumières. Et ça tombait bien puisque hier soir c’était le retour du festival « Les femmes s’en mêlent » à La Carène, un festival a la particularité de proposer une programmation chic et raffinée. Une accréditation plus tard (god bless ya K.) et me voici sur le port de co à Brest même, mon D4 sous le bras. Pour l’occase j’ai embarqué mes deux cailloux de prédilection, Nikkor 70-200 f2,8II et bien entendu mon cher Nikkor 24-120 f4 (en vente partout). La Carène, sa salle club et son plan de feux classieux, j’étais prêt.

Réglages de base et premières impressions
Avant le début du concert, je checke vite fait les réglages du reflex sur un principe assez simple : toutes les fonctions de traitement lié au boîtier qui pourraient améliorer l’image, de type réduction du bruit et consorts sont positionnés sur OFF. Côté sensibilité, je suis là pour voir, donc aucu, aucu, aucune hésitation, je vais naviguer entre 3200 et 6400 iso. Étant propriétaire, je vous le rappelle, d’un D3s qui étale proprement à 3200iso, j’imagine qu’avec ce D4 on doit pouvoir faire au moins aussi bien, voire un poil mieux, inutile de vous faire un dessin. Pouvoir évoluer à 6400iso et sortir une image proprette, ça le fait non ? Autre chose, je règle la qualité d’image sur RAW + fine. Habituellement je ne travaille qu’en RAW, mais pour ce premier test, je ne veux pas avoir à me prendre le chou à dérusher dans CNX et encore moins dans Lightroom. Pour savoir ce que ce Nikon D4 a dans le bide, rien ne vaut une bonne image brute de fonderie, sans traitement ou bidouillage de post prod. Non. Ce test, c’est Nikon D4 et moi, dans le plus simple appareil, si j’ose dire. Premier concert, on prend la mer comme disait Baudelaire. Première impression, Nikon D4 est extrêmement véloce, mais ça, on va y revenir. Parlons d’abord du boîtier et du chapitre ergonomie.

Ergonomie. Nikon D4 soigne les détails.
Finalement on pourrait se dire que rien n’a changé ? Des boutons ont disparu, comme les boutons de sélection de zone autofocus, de mesure d’expo, qu’on active désormais directement dans le viseur ou sur l’écran de contrôle. Une fois passée la période d’acclimatation, une fois que l’info est enregistrée, c’est comme si les choses avaient toujours été comme ça, finalement. Non, les deux fonctionnalités épatantes, les deux petits trucs que j’avais immédiatement repérés à la présentation de D4 chez Nikon en début d’année, c’est le réglage du collimateur et le rétro-éclairage des boutons de commande. Un vrai bonheur. Le rétro éclairage de la face arrière, c’est typiquement le genre d’accessoire qui va ravir tous les photographes de terrain, c’est super discret et pour tout dire indispensable. Parce qu’un peu de lumière dans la nuit, ça rassure et ça change tout. Quant aux joysticks de sélection de collimateur, disponible en paysage comme en mode portrait, ça rappellera sûrement quelques bons souvenirs aux anciens possesseurs de reflex EOS, une fonctionnalité indispensable, même si (vous allez rire) je ne les ai pratiquement pas utilisés, privilégiant à leur place le gros bouton de sélection, mais ça c’est la force de l’habitude. Voilà ce qui change avec D4. Sinon, physiquement, c’est la même dégaine qu’un D3s à peu de choses près et c’est très bien comme ça. Côté poids, on est toujours dans la catégorie lourd léger, lourd au début du concert, léger à la fin, surtout quand le concert est bon comme hier soir. Quant à la batterie, après une soirée de travail, elle n’avait pas bougé d’un iota, les barres étaient calées au max. Voilà pour les apparences, mais vous le savez, les apparences ici, c’est pas notre tasse de thé. Comme disait la pub de ces chers Ben & Jerry’s, Nikon D4 c’est comme Chocolate fudge brownie : le meilleur est à l’intérieur.

Nikon D4 en deux mots : véloce et efficace.
On me la raconte pas. C’est comme ça, je sais immédiatement si c’est bon ou si c’est pas bon. Vieille habitude. Je n’avais pas tapé dix clichés que déjà la messe était dite. C’est marrant parce que dès que j’ai vu les images sur l’écran LCD (qui me semble par ailleurs bien optimisé par rapport à celui qui équipe le D3s), j’ai immédiatement compris que je venais de passer un cran au dessus, one step beyond. Une image cristalline, furieusement piquée, un beau contraste, une image profonde, un beau relief. Si Nikon D4 voulait me draguer, c’était exactement comme ça qu’il fallait qu’il s’y prenne, le bougre. Et je n’avais encore rien vu. Premier set, comme un tour de chauffe. Je me fais la main (si j’ose dire) sur la sémillante chanteuse Beth Jeans Houghton & The Hooves of Destiny et premier constat, ça claque mais pas que. On sent que Nikon D4 a une capacité à aller chercher le focus dans des zones d’ombre, au delà des limites habituellement imposées par D3s. Impressionnant. L’impression de puissance, de vélocité, d’efficacité est nettement palpable. Couplée à la prise de vue en rafale, c’est encore meilleur. Attention cependant à ne pas laisser le doigt sur le déclencheur trop longtemps ! À un rythme infernal de 11fps, on aurait vite fait de bouffer une carte Sandisk extreme de 32Go. Pour info, l’autonomie de Nikon D4 en RAW+fine sur une carte de 32Go est de 608 clichés, puisque rappelons-le, le capteur affiche 16 mégapixels (contre 12 pour le D3s). J’ai shooté Shara du groupe My brightest diamond au 70-200 sous à peu près tous les angles, autant en bord de scène que du fond de la salle, voire dans le public. À chaque prise de vue, la même sensation d’aisance, le même sentiment de se sentiri à l’aise, confortable. Les photographes qui possèdent un boîtier Nikon, je pense aux propriétaires de séries D3, vont se sentir immédiatement bien. Pour la petite histoire, Nikon France n’a pas livré de manuel avec le boîtier (c’est normal, il n’y a jamais de manuel avec les boîtiers de prêt). Et surtout, il n’y a aucun besoin d’un manuel. Si vous avez déjà roulé en Nikon, l’apprentissage du D4 est immédiat.

Et puis il y a l’image…
Quand je suis rentré, il n’était évidemment pas question d’aller sagement se coucher, il fallait que je sache. Dans la quiétude et le silence de la nuit, j’ai visualisé mes clichés sur l’écran de mon Mac avec un simple utilitaire de visionnage, toutes fonctions d’aliasing désactivées, évidemment. Et là, j’en ai pris plein les yeux et plein la gueule. Bizarrement, je n’ai pas pensé à moi, en visionnant les clichés. Non. J’ai pensé à tous les photographes de terrain, les photo-reporters, les photographes animaliers, les photographes sportifs qui vont bientôt avoir l’immense privilège de toucher ce boîtier dans le cadre de leur activité. J’ai pensé aux photographes qui vont couvrir les J.O.de Londres, ceux qui ne peuvent pas se payer le luxe de passer trois plombes à dérusher chaque cliché NEF dans Capture NX ou à triturer l’image dans Lightroom pour en faire quelque chose de potable. Non. j’ai pensé à ces gens qui bossent dans l’urgence de l’image, qui doivent compter sur leur boîtier et pouvoir sélectionner le bon jpeg qui va bien, là, tout de suite, maintenant, pour un envoi immédiat à l’agence de presse. Voilà. Nikon D4 est fait pour ces gens-là. Difficile de ne pas tomber dans le lyrisme débridé quand on parle d’un reflex comme le D4 mais voulez-vous que je vous dise ? Nul besoin d’en faire des tonnes. On regarde l’image tapée à 6400iso, on voit un niveau de bruit relativement faible, optimisé par rapport à D3s, on se dit que c’est très bon, qu’on a bien fait son boulot, que l’image est chouette, propre, intense, bien cadrée. On se dit que si on veut, on peut cropper un poil pour enlever un détail disgracieux, parce qu’avec 16mp on a plus de marge qu’avec 12mp. C’est un détail mais ça compte. Mais au fond, le seul truc vraiment important, c’est l’image qu’on a ramenée.

Nikon D4 se conjuque au plus que parfait.
« Ça serait bien que tu testes le D4. » Celui qui m’a dit ça se reconnaîtra. Ce que j’ai découvert sur le terrain délicat de la photo de concert, toutes les qualités intrinsèques de Nikon D4, lui, il le savait déjà. C’est d’ailleurs sans doute ce qui caractérise le positionnement produit (terme affreux mais il n’en n’existe pas d’autre) de la gamme reflex Nikon aujourd’hui. Petit détail, je n’ai pas testé la vidéo, mais je vais le faire, par curiosité, puisqu’entre autres choses Nikon D4 embarque du full HD. Pour le reste, soyons clair. Là ou Nikon D3s est un reflex parfait, son successeur se conjugue quant à lui au plus que parfait. À le voir comme ça, on dirait un D3 mais à l’intérieur on joue sur un autre registre, un autre tempo. Tout semble avoir été revu, optimisé, pour permettre aux photographes de repousser les limites, encore. Il y a du génie dans la technologie embarquée de Nikon D4. Comment ont-ils fait ? Un spécialiste pourrait sans aucun doute nous pondre un joli graphique avec plein de cosinus et de courbes alpa machin pour nous prouver que D4 est encore meilleur, bla bla bla… On s’en cogne. Ce qui intéresse la clientèle de Nikon D4, c’est de répondre à cette question. Est-ce que Nikon D4 me permet de ramener d’excellentes images dans toutes les conditions de prises de vue, d’être bon, là, tout de suite ? La réponse est oui, plutôt deux fois qu’une. Et le reste, mes chers amis, c’est de la littérature.

• merci à La Carène SMAC de Brest et à Nikon Pro pour leur soutien.

My brightest diamond, la Carène Brest. Nikon D4, Nikkor 70-200 f2,8II (EXIFS : mode priorité ouverture, f4, 1/125, 200mm, 6400iso, fichier jpeg brut de capteur).