Mansfield Tya. Dans les bras de Nyx, déesse de la nuit.

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Je suis sorti secoué, lessivé, éreinté, essoré, subjugué du set de Mansfield Tya. Depuis, j’essaie (vainement) de reprendre mes esprits, en écoutant notamment NYX, le nouvel opus des deux damoiselles du duo nantais. Un signe qui ne trompe point. Bon, déjà il y a quelques mois, j’avais eu l’occasion d’approcher l’univers musical de ce groupe totalement atypique, d’effleurer la beauté, la douceur vénéneuse et la violence de leurs compositions. J’avais écrit un billet pour le site du Vauban sur la venue du groupe en octobre à l’invitation des filles de CoNNe AcTioN et là j’avais pris, coup sur coup, deux titres en pleine gueule. Animal, d’abord, une composition étrange, un univers étrangement fascinant, mélange de voix baroques et de pizzicatos violonesques assumés avec une assurance parfaitement maîtrisée et là je m’étais dit, en me parlant à moi-même, mais putain, what the fuck, on ne m’avait donc rien dit ? Et puis par dessus, il y avait eu un autre titre qui a tourné en boucle, à la fois sur le site du Vauban et dans ma tête pendant des mois et il ne fut pas rare que l’envie me prenne de fredonner “il n’y a pas d’étoiles sur le plafond…” régulièrement dans la journée, ce qui agaçait considérablement mon entourage. Bref. J’étais accro. Mansfield Tya était entré dans ma tête, par la grande porte, sans effraction, avec douceur et volupté, instillé dans mes veines comme un divin poison. Comme j’aime, en somme.

Et puis il y a eu le set du Vauban. Sur scène, deux synthés, une batterie et deux filles, Julia et Carla. L’une vocalise pendant que l’autre s’applique, désinvolte mais consciencieuse sur son violon et là, dès la première note, Ô mes petits frères et sœurs ! Un frisson qui m’envahit le cortex, me secoue la carlingue de haut en bas, quelque chose d’indéfinissable, de doux et en même temps de violent, comme une passion, un feu, une petite mort, un ange exterminateur. Mansfield Tya c’est une tornade, un truc qui te prend, te soulève et qui ne te lâche plus. Ça passe ou ça casse. Soit on aime, radicalement, soit on déteste définitivement, mais avec elles, pas de juste milieu, pas de peut-être, de oui pourquoi pas ? Ça n’évoque rien, c’est à la fois de la pop, mâtinée de son baroque qu’on croirait tout droit venu de temps lointains, à voir ces deux filles faire tout avec brio on pense au son rock minimaliste des White stripes et puis non, ça repart un peu plus loin, je ferme les yeux et la complainte des voix me rappelle la douceur des filles du trio Au revoir Simone, mais pas pour très longtemps parce que Julia est déjà à la batterie et cogne sur ses fûts comme une furie, mais toujours avec élégance. Totalement désinvolte, cette Julia, c’est marrant elle me rappelle vaguement quelqu’un, croisé aux Vieilles Charrues, dans un univers parallèle, sans doute. Mansfield Tya me tient et ne me lâchera plus. Une petite heure à peine et l’oiseau s’est (déjà) envolé. C’est d’ailleurs le seul (petit) reproche qu’on pourra faire au duo, on ressort un peu frustré tellement c’était bien, tellement c’était bon, tellement qu’on a envie d’en reprendre encore un peu, comme quand on a envie de lécher le fond de la casserole avec ses doigts, avec gourmandise, mais non, enough is too much, c’est fini et putain ! C’était vraiment bon…

Finalement on ne pouvait imaginer meilleure ouverture que Mansfield Tya pour cette première édition d’Astropolis collection Hiver. J’ai rencontré Julia, après le set, elle et son regard bleu azur. Je lui ai dit que j’avais cru croiser son chemin par le passé et elle m’a regardé en souriant avant d’ajouter : “Ah ! Je vois que vous avez rencontré ma sœur…” Je n’ai pas insisté et puis j’ai balancé un hasardeux “j’aime beaucoup ce que vous faites” avant d’essayer de ma rattraper maladroitement sur un truc aussi convenu (en deux mots). Julia, aussi lumineuse à la ville qu’à la scène, pas la peine d’en rajouter. Putain de concert. Mansfield Tya est entré dans mon Panthéon musical, en douceur, avec l’élégance définitive qui est la marque de fabrique de ce duo intemporel. Entre Miossec et Bashung, entre Gainsbourg et Daho, Florent Marchet et François Audrain, Romain Humeau et Eiffel, entre Mozart et Au revoir Simone, il y a désormais Mansfield Tya, regard bleuté, mélange sublime de voix et délicieuses bidouilles sonores qui m’emportent ailleurs, loin d’ici, dans les bras de Nyx, déesse de la nuit…

voir le site internet de Mansfield Tya

voir l’article et des vidéos sur le site du Cabaret Vauban

Au revoir Simone. Et à bientôt, sûrement…


Un bon concert c’est d’abord le plaisir de mes oreilles, un son de qualité, une ou des voix en harmonie, c’est aussi une qualité de traitement du son digne de ce nom, en live. Un très bon concert, c’est quand ce qui se passe sur scène est en phase avec tout ce qui précède, c’est un décor ou simplement une ambiance ou bien des gens, particulièrement agréables à regarder, oui, j’en conviens, l’exercice est plutôt réussi quand il s’agit de filles, bon d’accord excusez mon côté old fucking pervert. Enfin, un putain de concert, c’est quand tous les éléments sont réunis. Et c’est exactement ce qui s’est passé pour le concert de Au revoir Simone, hier soir à la Carène pendant Astropolis. Ce sentiment qu’après ça, tout allait me sembler bien fadasse, Waterloo morne plaine, même les élucubrations déjantées de Ebony bones qui a pris le relais. Mais revenons un moment sur cet instant de pure grâce. Le trio de jeunes filles, tout droit venu de leur Brooklyn natal, chacune à son clavier (voire à sa guitare), distille une pop du meilleur acabit, vous savez de ce son résolument éternel qui fait qu’à la première mesure vous avez simplement envie de baisser les bras, de rendre les armes, de vous soumettre à ce diktat vocal absolument divin. Divines, le mot est lâché. Les trois filles du combo nous embarquent dans un set délicat et harmonieux, direction PopLand dont ces filles-là sont probablement natives. Je me suis laissé embarquer, emballer et le sourire béat n’a pas quitté mon visage un seul instant pendant la courte – la trop courte ! – durée du concert… [Lire plus...]

Cocorosie ouvre Astropolis. Nuit magique à la Carène.

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Astropolis a ouvert en beauté(s) hier soir, à la Carène. Ambiance cool avec l’équipe des kids de Sonic, auto-proclamés stakhanovistes de la fête. Et quelque part, c’est vrai qu’il régne toujours une ambiance à la fois un peu cool et sensiblement déjantée aux concerts Sonic Floor, donc c’est encore un peu plus vrai ce soir avec Astro, le festival électro dont la réputation dépasse désormais largement les frontières du pont de l’iroise. Donc, pour ouvrir cette édition cosmique, Astro a programmé un groupe frenchie, composé d’un duo (jumeaux dans la vie) qui se nomme Underwires. Un tandem prog et claviers, basé entre Paris et Berlin, qui offre une musique aux influences classiques baroques nettement marquées et pour tout dire j’en aurais bien repris une part, histoire de prolonger un peu le climat agréablement romantique, voix douce, tempo léger. Une musique soft à écouter sans retenue, au fond il ne manquait que les sofas. Bref, Underwires a largement préparé le terrain pour les frangines de Cocorosie. Ah ! Cocorosie ! Rien que de dire leur nom, il me revient en tête le set du festival Art rock, il y a deux ans, dont j’étais sorti assez émerveillé. Ce soir, je tempère sensiblement mon feeling, ça doit être l’âge ou le temps qui passe (ce qui revient à peu près au même). Les voix des deux soeurs oscillent entre diva napolitaine et chorale de CM2, et même si l’ensemble est parfaitement cohérent, voire agréable, rythmé au tempo d’un beat box qui tient la route, le traitement des voix réalisé par l’ingé son me semble parfois un brin poussé au paroxysme, à la limite de l’irritant voire du désagréable. Les voix de Bianca et Sierra ont des consonances nasillardes et au bout d’une heure de set, ça devient un poil agaçant. Au milieu du set une jolie brune vient apaiser l’ambiance Martine à la ferme (avec des vrais gloussements de poules dedans) et offre un chant dont la pureté frôle l’extase. On est transporté radicalement ailleurs, du côté des côtes méditerranéennes et au delà, et là c’est franchement beau. En revanche, côté visuel, rien à dire. Comme d’hab’ les soeurs Casady sont lookées à faire le bonheur d’un photographe même si les lights sont un peu molles du genou. Une fois les sacro-saints TPTSF (trois premiers titres sans flash) passés, je me suis balladé dans la Grande Carène, au coeur d’un public heureux, pour aller taper quelques clichés, que vous verrez bientôt en ligne sur Cinquième nuit. Ce soir, la fête continue sur le port avec des concerts gratuits, de Puppetmastaz et Naive new beaters, excusez du peu. Et demain vendredi, Bunker Palace à la Carène strikes back avec rien que du lourd. Les filles de Au revoir Simone, puis Laurent Garnier au Club et Gui Boratto au Vauban. La nuit magique sera longue.

voir les photos de Cocorosie sur Cinquième nuit

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