On m’a vu dans le Vercors, sauter à l’élastique, voleur d’amphores au fond des criques. Il y a des mots comme ça, qui restent à jamais gravés dans ma mémoire. Finalement je crois que ce qui aura fondamentalement influencé de manière radicale ma vie, c’est la délicatesse des mots et la douceur des images. Délicat et doux, c’est le souvenir que je garde pour toujours d’Alain Bashung, oui je dis bien Alain Bashung, en prenant le soin de poser ce prénom devant son nom désormais inscrit pour toujours et à jamais au panthéon de la chanson française. Ma première rencontre, en 2004. Le choc visuel. Ce qui n’était qu’une vague image télévisuelle prenait subitement une réalité, du relief, au festival Art Rock où j’avais embarqué un peu par la grâce du hasard, voyageur sans bagages, passager clandestin, voleur d’images. Bashung. La gifle, sèche, sans préavis. De celle que tu n’oublies pas. On s’était revus, moins de deux mois plus tard, à Kerouac, une scène au nom prédestiné pour un voyageur, non ? C’était l’époque où on mettait des pellicules dans le reflex et où chaque déclenchement était compté. J’avais signé ce cliché d’un Bashung accompagné d’une lueur étrange qui ressemblait bizarrement à un lézard vert qui avait donné son nom à cette photo. Voilà. Un jour j’ai appris que tu étais malade, de ce genre de voyage dont on ne revient pas. On a dansé une dernière valse au bout du monde, j’ai fait quelques clichés et j’ai quitté le pit parce que j’avais de la flotte plein les yeux. Je suis parti, j’ai marché dans la nuit et j’ai entendu ta voix qui me poursuivait, jusqu’à s’éteindre doucement. Plus tard, alors que j’étais à Carhaix avec mes potes des Charrues, un mec est entré dans la salle de concerts où on faisait les balances. Il avait les yeux mouillés. Il a simplement dit : « Bashung est mort. » Tous les mecs qui étaient là se sont figés, l’ingé son a éteint sa console, le lighteux a débranché ses automatiques et on s’est tous retrouvés comme des cons, sans trop savoir que dire. Alors on a décidé de faire une pause, on a bu un godet et même deux en parlant de toi.
Je ne t’ai pas oublié, d’ailleurs comment pourrais-je ? Mais je n’avais plus jamais parlé de toi depuis ce jour-là. Jusqu’à ce soir de novembre, froid et sec comme un coup de trique, mais sans pluie. Pour l’anniversaire du Vauban, pour se souvenir des belles choses et des jolis moments, du petit bal de la Redoute où le voyage au bout de la nuit se terminait invariablement par « la nuit je mens », le titre préféré du taulier, Tristan Nihouarn avait concocté une reprise de ton titre et avait eu l’idée et la suprême élégance d’inviter Jean Fauque, ton parolier, ton frère d’armes, ton ami, celui qui a suivi la même route que toi, avec qui tu as partagé des joies et sans doute pas mal de galères aussi. Je crois pouvoir te dire sans me tromper que ça t’aurait vachement plu, tellement que c’était beau, tellement que c’était fort et intense. Un très grand moment, une bien jolie surprise pour Charles, tapi dans la pénombre, en larmes. Moi, j’ai pas pleuré, j’avais déjà donné. Après ça, même les silences qui ont suivi, les regards échangés, sourires élégants et polis, témoignaient encore de ta présence. Tu avais envahi cette salle mythique et par la grâce de quelques potes (Tristan, Jean, Scholl, Manu, Julien, Marc, …) tu étais venu écrire ton nom dans le livre d’or de la maison, entre Ferré et Mistinguett, entre Dominique A. et Miossec. Ouais, je veux bien parier que ça t’aurait plu. Quant à moi, après ça, plus rien n’avait vraiment de sens. Je suis reparti avec mes images, j’ai traversé cette putain de ville dans la nuit noire, comme un voleur, un contrebandier. Comme un passager qui roule à travers les bas-fonds, avec dans les oreilles ces quelques mots de Jean, ton ami. Plus rien ne s’oppose à la nuit.
• photo : Tristan Nihouarn et Jean Fauque, cover de « La nuit je mens » de Alain Bashung, 50 ans du Cabaret Vauban (4 novembre 2012), crédit photo Hervé Le Gall www.cinquiemenuit.com
• Tristan Nihouarn sera en concert au Cabaret Vauban le vendredi 23 novembre à 20h30. Plus d’infos sur le site du Cabaret Vauban.










Artrock remet le son et ça commence dès demain et je n’y serai pas mais j’y serai un peu quand même, ne serait-ce que par le cœur et par la vertu, aussi, de l’expo Girls rock ! Des clichés avec rien que des filles parce que, c’est bien connu, à tout prendre, à l’instar de Milo Manara qui préfère dessiner des filles que des garçons, moi je préfère shooter des nanas sur scène. Donc, cette année, c’est au centre commercial Les Champs que vous retrouverez mes amies les filles on the rock. Je vais encore devoir zapper cette édition sur les conseils de mon médecin car pour reprendre un formule de ce cher Coluche « parfois la tête dit oui et le corps dit non« . C’est pas une raison pour faire de même, d’autant que mon petit doigt me dit qu’il va faire un temps sublime sur Saint Brieuc et que le festival Artrock n’est jamais aussi agréable que lorsqu’il fait beau. Pendant cinq jours (du 20 au 24 mai), l’affiche est à déguster sans retenue, comme les huîtres et le petit blanc du dimanche matin sur la place en écoutant de la bonne zique (soupir). La carte blanche donnée à Air va sans aucun doute être un des temps forts du festival, avec un plan monté en collaboration avec deux ex de Supergrass (le chanteur et le batteur). Bon, de toutes façons, Air je suis client depuis un bail, enfin disons depuis le remix que Dunckel et Godin avaient fait de « Me manquer » de ce cher Etienne (Daho). Au niveau têtes d’affiche, Art rock envoit du lourd, de la chanson french touch avec Dutronc, Olivia Ruiz ou le très prisé Gaëtan Roussel, de la pop acidulée des frenchies de Revolver ou de la charmante fille de la Belle Province, Coeur de Pirate, comme du rock déjanté de Ghinzu, une fois. Sans zapper ce cher Pete Doherty qui je l’espère évitera les huîtres (et le petit blanc sec qui va avec) avant de monter sur scène. Dans les plans inratables, il faudra (évidemment) voir Rachid Taha avec Mick Jones mettre le souk et le rock dans la casbah. Des groupes moins connus vont aussi valoir le détour, je pense à The Go ! Team qui devrait mettre le feu en ouverture à Poulain Corbion ou des genres aussi art mais moins rock, comme l’excellentissime trompettiste Roy Hargrove au Grand Théâtre de la Passerelle. Le soir, vous pourrez jeter ce qu’il vous reste de forces pour aller vous éclater avec Vitalic ou Caravan Palace et faire la fête jusqu’à pas d’heure.










