Projective. Nikon mirrorless un jour sur le marché des APN hybrides ?

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Paris. Parvis de Notre dame, un lieu aussi mythique que sublime. Qu’on soit photographe ou pas, quand on est sur le parvis de cette cathédrale, on n’a qu’une envie, c’est de faire une petite photo. C’est comme ça que je me suis retrouvé au milieu de la place à déballer mon matos, à sortir l’énorme D3s, juste pour faire une petite photo. Et là je me suis rappelé, aussi loin qu’il m’en souvienne, que j’ai toujours plus ou moins fantasmé sur un appareil photo qui serait à la fois compact et discret, capable d’accueillir des objectifs interchangeables et de générer une excellente image. Bon, vous me direz, cet appareil existe, chez Leica. Je me souviens d’avoir croisé, il y a quelques années à Brest un photographe de renom qui faisait des photos avec un compact. Alors que je m’étonnais de le voir utiliser un compact, il avait eu cette phrase radicale : « la qualité n’est pas top mais ça me suffit. Et en plus, il a une grande qualité, il tient dans ma poche. » D’ailleurs, à l’époque j’avais moi-même opté pour un Powershot que j’utilise encore de temps à autre aujourd’hui. Seul travers de ce type de boîtier, un capteur rikiki, une optique moyenne et surtout fixe. L’idéal serait un boîtier compact, petit mais costaud, puissant, capable d’utiliser des objectifs interchangeables, une sorte de boîtier hybride, à mi-chemin entre le compact et le reflex. C’est ça. Petit comme un compact. Puissant et évolutif comme un reflex. Ce concept existe, il va se développer, mais quand ? On le désigne de l’acronyme MILC, pour Mirrorless interchangeable lens camera.

Mirrorless ? Kezako ?
Un appareil photo numérique « mirrorless » est un boîtier hybride qui se situe entre l’APN compact et le reflex. Il est doté d’objectifs interchangeables, d’un capteur de grande taille (à la différence du compact), ne dispose pas de miroir (d’où le nom) et surtout il est capable de produire une image d’excellente qualité dans une taille réduite. Panasonic a initié le mouvement avec son Lumix GF1 qui a connu un véritable engouement de la part de ses utilisateurs, puis ont suivi Olympus, la série NX de Samsung et bien sûr Sony qui a pris des parts de marché importantes avec son modèle NEX, notamment sur l’Asie. L’engouement des photographes, tant amateurs que professionnels, pour ce type de boîtier s’explique non seulement par la qualité d’image que ces petits APN sont susceptibles de produire mais aussi de leur capacité à changer d’objectifs. Sur la série G de Lumix, par exemple, il est non seulement possible d’utiliser l’excellente gamme proposée (comme le 14mm f2,5 surnommé « Pancake ») mais aussi, via un adaptateur, de monter des optiques tierces, comme celles de la mythique gamme FD de Canon. On est alors à la fois sur le terrain de l’exploration, si chère au cœur de nombreux photographes et on peut toucher au sublime quand on sait l’importance de l’utilisation d’une optique en photographie. Car, comme disait l’autre, c’est par l’optique que la lumière passe. Ceci explique d’ailleurs le regain d’intérêt pour ces optiques anciennes signées Canon dont la côte ne cesse de grimper depuis qu’il est possible de les utiliser sur ce type de boîtier, au grand dam des vieux collectionneurs (suivez mon regard).

Canon : no MILC today
Mais le rêve a ses limites, en tout cas aujourd’hui. D’abord, sur ce genre de boîtier, il n’y a pas de viseur optique et rien que ça, pour toute une génération de photographes habitués à la visée reflex, c’est carrément rédhibitoire. Car sans visée reflex ou télémétrique, il n’y a guère d’alternative. On est condamné à l’utilisation du liveview avec toutes les difficultés induites en matière de contrôle du focus, d’autant que l’autofocus se réalise par détection de contraste, plus lent et moins réactif que sur un reflex, surtout sur un capteur de grande taille. D’ailleurs Masaya Maeda, directeur des produits chez Canon Image (qui prévoit semble-t-il un modèle mirrorless en 2012) confirmait ce point dans une interview de septembre 2010 : « La rapidité de l’autofocus est au centre des préoccupations de Canon pour ce type d’appareil », et selon Canon « les performances sur ce point pour les mirrorless actuels sont sensiblement en retrait par rapport aux reflex actuels. » Par ailleurs, dans cet entretien ce haut responsable Canon évoquait aussi « le manque de succès relatif des bridges » mettant en avant le viseur électronique par rapport au viseur optique. Sans compter que le marché du mirrorless pourrait être un frein éventuel sur le marché du reflex, bien que je ne sois pas convaincu de l’absolue pertinence de cet argument.

Nikon s’engouffrera-t-il dans le segment MILC ?
Le net s’agite de rumeurs en tout sens. Dans une interview donnée à Bloomberg en 2010, le président de Nikon, Makoto Kimura annonçait que Nikon allait sortir un appareil photo hybride (faut-il entendre par là sans miroir ?) à objectifs interchangeables et doté de fonction vidéos avancées, la volonté de Nikon étant de « créer un nouveau marché ». C’est d’ailleurs ce qui différencie, à mon sens, Nikon de ses concurrents (comme Sony, par exemple, cantonné au marché asiatique), la marque jaune ayant une réelle capacité planétaire pour donner une véritable impulsion à ce segment de marché. Le mirrorless, projet stratégique ? Bigre ! Alors que je voyais passer avec une certaine désinvolture (voire un désintérêt quasi total) ce projet, je réalise tout à coup tout l’intérêt d’un tel produit dans une stratégie de développement. J’ai donc voulu en savoir plus. Du côté de chez Nikon, est-il bien utile de préciser que le black out est complet ? Je dois à la vérité de dire que je n’ai jamais, de toute ma vie, entendu le mot « mirrorless » dans la bouche d’un membre du staff Nikon. En matière de projective, il me fallait donc chercher ailleurs, en particulier sur internet.

Il semble que Nikon travaille à un nouveau concept d’APN depuis plusieurs années, des propos confirmés par Monsieur Kimura lui-même dans une interview figurant sur le site même de Nikon Corp., je cite, in extenso : « Nous avons presque terminé le développement d’un appareil photo numérique de nouvelle génération sur lequel nous avons commencé à travailler il y a plusieurs années, ce qui offrira aux clients de nouvelles façons de profiter des images. Nous suivons actuellement les tendances du marché mondial, nous considérons le moment approprié pour le lancement de ces nouveaux produits. » Ces jours derniers les choses se sont nettement précipitées, faisant pressentir que « le moment approprié » souligné par Monsieur Kimura pourrait approcher à grands pas. Un communiqué de Reuters affirme sans ambages : «Les actions de Nikon Corp. ont augmenté pour la troisième journée consécutive vendredi, après la spéculation du marché sur le lancement de l’entreprise de son premier appareil photo mirrorless était stimulé par un rapport dans le journal Nikkei affirmant que le nouveau produit serait sur le marché d’ici la fin de l’année. »

Le Mirrorless vu par Nikon Corp : comme les autres mais en nettement mieux.
Connaissant un peu la marque jaune, on n’imagine pas de les voir débouler sur un segment de marché comme le mirrorless sans biscuit. Alors, rêvons un peu ! Il pourrait y avoir quoi dans cette merveille ? Un boîtier compact, visée liveview,un capteur de 10 à 12mp sensiblement plus petit qu’un format 4/3, livré avec un objectif 10-30 (et un coeff de 2,8 ?). Si un adaptateur F-mount était disponible, ça serait une véritable cerise sur le gâteau ! Ainsi, les propriétaires de gros reflex lourds et encombrants pourraient partir en week end et voyager léger, si vous voyez ce que je veux dire. Et là, comme Georges piaffant d’impatience en attendant sa commande de Voluto, j’ai envie de dire : « What else ? » Le reste tient en un mot : vidéo. Ce petit APN pourrait embarquer un processeur maousse costaud (comme Expeed 3 ?) et avec ce moteur puissant on peut imaginer que le petit engin pourrait être capable de générer de la vidéo au format 4K (soit une déf quatre fois supérieure au full HD). Et là, à l’instar de Doc Emmett Brown hurlant « 2,21 gigowatts ?! » je vous entends hurler « Quatre fois supérieur au full HD ?! » Bienvenue dans le futur.

4K c’est la ultra haute définition, on l’utilise déjà dans le cinéma numérique. C’est une définition de 4096 par 2160 pixels, un poil plus large que le 16/9ème. Pour info, Youtube a annoncé récemment que leur site supporte désormais le standard 4K. Ce futur standard 4k va reléguer le Full HD au rang d’une aimable plaisanterie vintage très rapidement. Aujourd’hui pour filmer en 4K il faut utiliser une caméra numérique du calibre Red (à titre indicatif une Red one coûte 25.000$). Et là vous me dites : « Si je comprends bien, en clair, ça veut dire qu’on pourrait shooter en 24 images par seconde, en mode 4k et que chaque image sera exploitable ? » Comme vous y allez, mais oui, pourquoi pas ? Le tout avec un autofocus silencieux et actif en temps réel. Reste la difficulté liée à la visée liveview… Mais on peut rêver, non ?

3615 Qui n’en veut ?
Un boîtier compact, capable de générer une image d’excellente qualité (fixe et vidéo), discret, évolutif, je pense pouvoir dire qu’on en a tous un peu rêvé, non ? Quand j’étais minot, le Leica M3 de Larry Burrows puis le M5 de Cartier-Bresson, leur 35mm ou leur 50mm me faisaient rêver ! Alors bien sûr si un jour Nikon me proposait un petit boîtier musclé, sur lequel je puisse monter mes cailloux Nikkor via une bague d’adaptation, ce serait le bonheur, même si entre nous j’imagine mal mon 70-200 sur un boîtier compact ! Si en plus ça fait de la vidéo de qualité, pourquoi pas ? Plus sérieusement, ce qui m’attire dans ce projet, c’est le capteur musclé et la configuration boîtier et optique pancake (genre 10 ou 12mm). Pour retrouver le plaisir de se balader sans s’encombrer sur le parvis de Notre Dame et avoir un appareil de qualité, évolutif et qui tient dans ma poche. Si en plus le prix d’introduction est raisonnable, je résisterai à la tentation, façon Oscar Wilde…

Je médite encore les propos de Monsieur Kimura, évoquant « un appareil photo numérique de nouvelle génération » qui permettrait d’appréhender le monde de l’image d’une nouvelle façon. Depuis que la photographie existe, la façon de l’appréhender n’a finalement jamais cessé d’évoluer, rendant sa pratique toujours plus attractive, permettant à notre curiosité et à nos regards d’aller toujours un peu plus loin, pour aller chercher des images curieuses et inédites. Curieux. Le mot est lâché. Être photographe, c’est sans doute ça, c’est être avide de curiosité, d’avoir envie ce capturer un instant décisif si cher au cœur de mon cher Henri, adepte du boîtier compact et discret. Le mirrorless pourrait être une nouveauté technologique qui nous permettrait de réinventer un mode d’accession à l’image. Je ne sais pas, vous, mais moi ça me tente, plutôt deux fois qu’une ! En vérité je vous le dis. La photographie n’a pas fini de me faire rêver…