
Le nouvel album de Neil Young sort demain. Ah ! Neil ! Vieille fripouille, éternel marcheur, le long de la route à quatre voies (voix ?), tu es dans ma mémoire aussi loin que je m’en souvienne. Infatigable songwriter, le nez plus souvent dans les étoiles à contempler le ciel, tu as toujours l’air un peu à l’ouest et surtout, surtout ! Tu ne fais jamais rien comme les autres. Par exemple, demain 7 avril, tu sors ton nouvel album Fork in the road qui est en pré-commande sur ton site web et qui est à l’écoute, dans son intégralité sur ton myspace en streaming. Eh ouais, alors que dans notre cher hexagone un ministre bat des pieds, des mains, à grands coups d’annonces médiatiques dans l’oignon saupoudrées d’un zeste d’Hadopi, toi, mon vieil ami, tu balances tout le contenu de ton album à la disposition des internautes. J’imagine à quel point la notion de riposte graduée te ferait marrer, toi que la vie n’a pas épargné et qui a traversé tant de moments difficiles.
Je te rassure, nous aussi, ça nous fait marrer, ici de ce côté de l’atlantique.
Je ne pense pas que notre Ministre de la Culture, Madame Christine Albanel, soit une fervente lectrice de Shots. D’ailleurs, je ne pense pas que Madame Albanel fréquente beaucoup internet, un média qu’elle fustige à longueur de temps et qu’elle rend responsable de toute la misère du monde qui s’est abattue sur tout un pan de l’industrie. Ce matin, donc, dès potron minet, en savourant la tartine parfaitement grillée, je feuilletais les Inrocks quand je suis tombé sur l’interview de Beth Ditto, la (généreuse) chanteuse du groupe Gossip (mémorable concert aux Vieilles Charrues, l’an passé). Interrogée sur la Loi contre le téléchargement, voici reproduit, in extenso, le propos de Beth : “Je télécharge. Je me fous que les gens fassent de même avec notre musique. Je pense que ça contribue à nous faire connaître. Le téléchargement c’est la compile cassette moderne. Ça te sert à te faire ta culture. Et je suis ravie que tout le monde ait accès à la musique de cette façon.” Bon, bien sûr, le propos est un peu entier, mais il mérite d’être clair. Hadopi, riposte graduée, claque dans la gueule des internautes, ne régleront pas positivement le problème d’une industrie moribonde, dont le modèle économique n’est plus en phase avec le monde d’aujourd’hui. C’est définitif. Les mentalités ont changé en profondeur, internet a facilité l’accès aux médias (musique, vidéo, images, …) et le retour en arrière n’est plus possible. Au lieu de plancher sur des méthodes restrictives, punitives, Madame la Ministre, vous devriez plutôt réfléchir à élaborer des solutions d’avenir, à imaginer des formules – je pense à la licence globale – bref à inventer notre futur. Car – et vous n’en n’avez pas le moindre doute – vous passerez, Madame la Ministre et l’on oubliera votre nom, comme celui de ceux qui qui vous ont précédé, à l’exception notable de Jack Lang (qui, paradoxalement, à gauche, vous soutient et il est bien le seul). Cette Loi, dite Hadopi, ne réglera en rien le problème du piratage et du téléchargement illégal. Vous le sauriez, Madame le Ministre, si vous fréquentiez plus assidument les méandres d’internet ques les Palais dorés de la République. Las ! Les notions d’underground, de torrents, de brouillage actif, de chargement de flux, de transferts de fichiers non signés, de masquage d’IP, vous sont aussi étrangers que la réalité du monde binaire. Ce dont l’industrie du disque a besoin aujourd’hui ne tient pas dans un modèle répressif, mais au contraire dans la création, dans l’invention de nouveaux modèles. A l’occasion Christine – vous permettez que je vous appelle Christine ? – téléphonez-moi ou laissez-moi un message sur le répondeur de Shots (au 09 72 11 20 99), je recevrai votre message vocal directement sur mon courrier électronique (quand je vous dis que le monde change). Je vous expliquerai en quelques mots simples pourquoi la Loi dont vous êtes l’initiatrice est un bide annoncé…
Lundi 26 janvier 09. 11 heures pétantes. Espace Glenmor, Carhaix. Le staff des Vieilles Charrues organise une conf de presse expresso et vue la mine réjouie et excitée des garçons, on se dit qu’ils ne nous ont pas fait venir pour nous annoncer un concert de la bande à Basile. Les gars de Carhaix ont la tête des grands jours. Le Président, Jean-Philippe Quignon, nous remercie d’être venu (tu m’étonnes John) et après quelques mots polis, n’en pouvant plus de nous faire languir il se dit que tout compte fait, une petite vidéo vaut mieux que tous les longs discours. Au premier riff, que dis-je, au premier coup de cymbales j’avais reconnu l’intro de Born in the USA et là… Oh mes petits frères ! J’ai senti passer Ogre et tous ses Saints par mon rassoudok flétri. Oh bordel ! C’était donc vrai, la rumeur n’avait donc pas menti, pour une fois. Le boss, Bruce Springsteen himself allait donc nous gratifier d’un de ces putains de concerts dont il a le secret, devant un Kerampuihl en extase. Le jeudi 16 juillet allait donc être marqué d’une pierre blanche parce que là, maintenant on nous annonçait non seulement la venue d’une légende absolue, pas un de ces trucs de pacotille, si vous voyez ce que je veux dire, reformation d’un vieux groupe décati dont il ne subsiste qu’un membre vu que tous les autres sont morts depuis des lustres d’un cancer des roupignolles ou d’une overdose de poudre à récurer (voire les deux), non là on ne rigole pas ! Oh my fucking God ! C’est Bruce Springsteen and the E-Street Band, avec que des morceaux de légende dedans, comme ce vieux gredin de Steven Van Zandt (Little Steven), vous savez celui-là même qui chantait pendant l’apartheid en Afrique du Sud “I ain’t gonna play Sun City“. On comprend que les gars des Charrues soient heureux comme des gosses. Morceaux choisis. Le Président : “…vous savez, pour un festival, recevoir Springsteen c’est comme si une équipe de foot de D2 jouait la finale de coupe du monde !“. Et puis Jean-Jacques Toux renchérit “…au fond, Springsteen, c’est un gars comme nous, un p’tit gars de la campagne.” Avant d’ajouter “il y a dix huit ans, quand on a commencé à Landeleau, si j’avais dit à Jean-Philippe qu’un jour on aurait Springsteen, il ne m’aurait pas cru !” Et Jean-Philippe d’ajouter : “je t’aurais surtout conseillé d’arrêter de picoler !“. Ambiance. La conf de presse était retransmise en direct live sur le site des Charrues, traduction assurée par Hugues Guerrault, notre érudit rock parfaitement bilingue. Bref, Bruce Springsteen va venir, précédé de trois groupes dont les énormes Killers de Vegas qui vont faire le show. Ouverture des portes à 16 heures le 16 juillet, jauge limitée à 43.000 billets au prix dérisoire de 49€. La billeterie ouvre vendredi prochain et je veux bien parier que les billets vont fondre comme neige au soleil. Donc, si vous voulez vivre un concert d’exception, avec un showman et un groupe hors du commun, doublé d’un homme généreux – Bruce Springsteen est très engagé dans de nombreuses causes humanitaires, pour les sans abris, il a milité en faveur d’Amnesty aux côtés de Peter Gabriel, pour l’élection d’Obama, … – je vous donne rendez-vous à Kerampuihl, le jeudi 16 juillet 2009, à partir de 16 heures. Un bon conseil. N’attendez pas et ne ratez pas cette soirée aux Charrues. Croyez -moi sur parole. Ca va être É-NORME ! Yeah !















