Coeur de pirate, à l’abordage avec Canon EOS 1D Mark IV !

coeur-de-pirate-la-carene-EOS-1D-mark-IV-shots
D’abord deux mots sur Coeur de Pirate, que je n’avais pas prévu de shooter à la Carène et puis l’arrivée mardi matin du 1D Mark IV et la frénétique envie d’aller au charbon m’ont convaincu de demander une accrèd pour le soir même. Au passage big up au service comm de la Carène, idem pour Astérios, Arsenal Prod. et Gloria qui m’ont permis de shooter la miss et de vous montrer le résultat. Coeur de pirate donc. Perso, j’étais resté coincé sur “et tu m’aimes en-encore” la chanson toute auréolée de sa victoire de la musique, option choix du public. Le public, il est là et la Carène est carrément blindée, sold out jusqu’aux yeux. Première partie (ne jamais oublier les premières parties) avec un groupe de là-bas, t’sais d’laut’ côté de la grande bleue. Chinatown est un groupe plutôt sympathique, avec un chanteur, comment vous dire ? Au look entre Patrick Watson et le gars de la Chanson du Dimanche. Le trio livre un set court et acoustique, avec des petites chansons pop rigolottes et légères, faisant rimer Pénélope avec pop pop. Une pop joyeuse et déconnante, comme ils savent en faire là-bas, dans la belle province. Et puis vient la demoiselle, souriante, avec ce juste ce qu’il faut de grâce, avec ce truc un peu troublant de femme-enfant, tatouée comme un membre de gang de L.A., sauf qu’à y regarder de près, les tatouages sont plus à son image qu’à celle d’une bikeuse méchamment estampillée Hell’s. Elle traîne avec elle une angine carabinée et pourtant elle va assurer son set, comme une vraie pro qu’elle semble déjà être. Le répertoire est assez varié, entre comptines pop envoyées avec beaucoup de pudeur et d’élégance au piano et ballade country, avec entre deux une chouette reprise de Phoenix, un groupe français comme la demoiselle s’amuse à le préciser. Les zicos sont efficaces mais cela n’étonnera personne si je vous dis que, sur scène, je n’ai vu qu’elle. On ne se refait pas. Béatrice Martin va rejoindre mon panthéon des Girls rock, où elle aura une place de choix, entre Ruyter Suys et Constance Verluca.

Côté matos, j’embarquais avec moi EOS 1D Mark IV, avec mon 70-200 2,8L IS (j’ai reçu le série II le lendemain) et un 24/105 f4. J’ai d’abord tapé quelques shoots en mode AV, histoire de voir et puis rapido en mode M, qui est le seul mode qui me convienne vraiment. Du côté des réglages, rien d’exotique : collimateur central, mode de mesure évaluative standard, balance des blancs standard, format RAW. Du côté des sensibilités, là non plus pas de plages hors-normes, j’ai shooté de 200 à 1600 iso. Il faut avoir l’honnêteté de se dire que du point de vue de la gestion des hautes sensibilités, les efforts déployés par Canon sont sans commune mesure avec les moyens engagés par Nikon. Celà dit, à 1600iso l’image me semble clean, il faudra que je teste ce week-end les sensibilités plus élevées. Du côté de l’autofocus, en revanche, Canon a fait de gros efforts et son nouveau haut de gamme obtient de réelles performances. J’ai shooté au moteur, impressionnant de taper de la rafale à 10 images par seconde mais à éviter pendant un silence ou un concert de jazz : ambiance garantie ! J’avais été refroidi (doux euphémisme) par la review de Rob Galbraith à propos de l’AF. De mon côté j’ai shooté des séries de dix clichés en one shot, la première était bonne, les neuf suivantes aussi. À tester en mode AI servo sur un énervé du micro (comme Iggy Pop). Le boîtier produit des RAW de 22 Mo que j’ai dérushé dans Lightroom. Un zoom à 100% confirme une certaine molesse de l’image qui disparaît dès qu’on accentue un peu l’image qui semble alors se révéler, j’allais dire dans toute sa splendeur. On retrouve ce qui fait le charme des images générées avec un capteur Canon, dans le ton, les nuances de couleur. En revanche, à 1600 iso, j’ai retrouvé ce qui m’avait tant agacé sur 5D Mark II. Même en point d’équilibre, à grande ouverture et à une vitesse inférieure à 1/200ème, les résultats peuvent être erratiques (cramages en séries). Je testerai ce point avec plus d’acuité dans les jours qui viennent.

Finalement, quand je regarde la série Coeur de pirate réalisée avec EOS 1D Mark IV, je suis plutôt soulagé. J’ai lu et entendu tellement de trucs sur le boîtier que j’avais hâte d’en avoir le coeur net. Canon a fait un véritable effort sur l’aspect AF qui réagit de manière instantanée, même dans certaines zones d’ombre et ça c’est plutôt la bonne nouvelle du jour. Reste à voir comment le boîtier se comporte sur un set plus secoué, avec d’autres conditions de lights. Vendredi et samedi je couvre l’excellent festival Yakayalé qui fête sa dixième édition avec une affiche qui me ravit. Eiffel (mon putain de groupe d’ahuris), Iggy et les Stooges, Archive, le brestois Mickaël Guerrand en ouverture (et plein d’autres), ça va le faire. L’occasion aussi d’en faire voir de toutes les couleurs au 1D IV sur lequel je vais monter (avec la complicité de Canon France) pour l’occasion, le nouveau 70-200 2,8L IS serie II. Et ce tandem là, à mon avis, ça va dépotter…

• merci spécial à la Carène (Brest) et à la prod (Astérios, Arsenal Prod.) et au management de Coeur de Pirate (Gloria) d’avoir rendu cette session possible. Et bien sûr merci à Canon France pour son soutien.

Premiers pas avec Canon EOS 1D Mark IV. En attendant Iggy.

momo-bete-feroce
J’ai ouvert le colis, j’ai sorti EOS 1D Mark IV de sa boîte. Je ne vais pas vous dire sans émotion, les gens qui me connaissent sauraient que je mens. Il y a nécessairement une émotion quand vous êtes au contact d’un boîtier de ce calibre pour la première fois. C’était déjà vrai avec Nikon D3s, ça l’est aussi avec 1D Mark IV et même un peu plus. Un peu plus ? Oui, c’est normal, c’est Canon et il y a un plus affectif qui ne date pas d’hier. Bon, je monte le 24-105 livré avec, je vous rassure je reçois le 70-200 2,8L IS II demain matin, et machinalement je loge une carte Extreme III 16Go dans la trappe, je note la trappe supplémentaire (merde, c’est pas une CF, dommage), deux ou trois réglages, priorité ouverture, format RAW, 400 iso, one shot, collimateur central, … Le boîtier tient bien en main, les commandes aussi, ergonomiques, la grosse molette (que j’adore), le joystick. Si vous avez déjà tenu un boîtier reflex Canon alors vous n’avez aucune appréhension à tenir un Mark IV. Le boîtier ne me semble pas très lourd, un coup d’oeil au viseur, je n’ai pas le boîtier en main depuis cinq minutes que j’ai déjà l’index qui me démange.

Je loge Momo dans mon viseur, autofocus nickel, je déclenche. Mon chat (Momo) n’a pas le temps de réaliser, 10 images par seconde c’est dans la boîte. Rapide preview on dirait que ça le fait. La mère de Momo me regarde d’un air réprobateur. Le temps de désactiver le mode H, je tape quelques clichés de la reine mère et de son sublime regard bleu de mer. Je descends au pas de course, direction le Mac et Lightroom dont j’extrais quelques jpeg brut de capteur sans traitement. Pas dégueu, mine de rien. Sur la série Momo les clichés sont cleans (en clair pas de flou). Sur les photos de sa mère à f4 j’aime beaucoup le bokeh, très soft et le chouette piqué naturel de l’image.

Un coup d’oeil sur le planning. Ce soir c’est Coeur de Pirate à la Carène, ça tombe bien… Une fille photogénique comme elle dans l’une des plus belles salles de concert de France, avec un plan de feux sublime, que demander de mieux pour un premier test grandeur nature ?! Bon, certes, je n’ai pas encore reçu le 70-200 2,8L IS série II, donc je me contenterai du mien et du 24-105. Un excellent prélude en attendant Eiffel, Archive, Iggy & The Stooges et tous les autres, vendredi et samedi prochain au festival Yakayalé à Quimper.

Shit happens. De la vulgarité du rock.

janis-joplin-shots
Il y a des fois, comme ça, où on a envie de se la prendre et de se la mordre. Des fois où l’on se dit qu’on prendrait bien un billet d’avion business class juste pour le plaisir d’aller claquer la gueule d’un connard, à l’autre bout du monde. Des fois où on déprime, où on se sent étrangement seul. Shit happens. Ouais ça arrive, comme la merde. Je déteste le consensus, qu’il soit mou ou pas, mais je n’ai pas besoin de manger de la merde pour savoir que ça en est. Tenez, au hasard. Izia. Ouais, la fille d’Higelin, vous savez ? Le pur talent, l’héritière de Janis Joplin, en mieux et surtout en plus jolie (sic). Aux Charrues, elle n’avait pas chanté depuis trente secondes, massacré deux riffs en mi mineur sur sa jolie Gibson SG toute neuve (que cette guitare, elle avait dû sûrement suer sang et eau, à travailler comme caissière chez Lidl pendant un bail pour pouvoir se l’offrir) que je savais déjà comment cette fille avait calibré sa carrière, du manager qui va bien au plan média propre comme une culotte neuve signée Petit bateau. Allons ! De vous à moi, Izia je m’en tamponne ! Après tout, si elle trouve du chaland pour alimenter sa petite entreprise, pourquoi pas ? Non, il y a deux trucs qui m’escagassent sévère. D’abord, quand on fouille un peu la scène rock, je veux dire la vraie, la dure, la tatouée, quand on traîne régulièrement ses godasses dans les petits clubs qui sentent la bière et l’animal, des meufs qui chantent du rock avec un vrai gros talent, on en trouve. Plein. Elles n’ahannent pas trois accords sur des grattes payées cash par leur dad, elles chantent juste et elles sont en place. Première chose. Ensuite, et c’est pas le moins important, quand on n’a pas l’once de début d’une culture rock, on ferme sa gueule et on vient pas la ramener à comparer la première venue à Janis Joplin, juste parce qu’on connaît “Cry baby” pour l’avoir vaguement entendu sur une compile “le meilleur de le rock volume 1“. Ou alors on parle des bigorneaux sur la côte, ou du temps qui passe. Mais on ne vient pas s’extasier, crier au génie et s’exercer à des comparaisons pour le moins casse-gueule. Parce que, comme le disait mon Desproges à moi, la culture (rock) c’est comme les parachutes, quand on n’en n’a pas on s’écrase.

C’est encore plus emmerdant quand le consensus semble général. Je me suis retrouvé comme ça, entouré de gens extatiques, étrangement seul, à me demander si j’étais le seul à avoir des oreilles. Ou un feedback musical, voire les deux. Et puis je suis tombé sur une chronique de Johanna Seban publié sur le site des Inrocks, que je ne lis plus par ailleurs depuis un bail. La chronique relate les Victoires de la Musique (que je ne regarde plus par ailleurs depuis la pathétique prestation de Cali). À la lecture de ce billet, j’ai eu l’impression de ne pas être seul au monde. Je cite.

…Pire que de la panique en revanche, c’est une gigantesque crise d’angoisse, une envie de changer de métier, qu’on aura ressenti devant la prestation d’Izia (victorieuse dans les catégories album rock, et révélation scène). Parce que si son père est tombé du ciel, nous, on est tombés des nues et on s’est fait très mal devant autant de vulgarité rock, de lourdeur et de grosses ficelles- c’est pas parce qu’elle a 19 ans qu’on va trouver ça bien, c’est pas parce qu’elle cartonne qu’on va s’y intéresser…

Johanna Seban, merci. Vous ne saurez sans doute jamais à quel point votre édito m’a fait du bien, comme une petite voix qui me dit à l’oreille “Alors ? Tu vois, tu n’es pas seul.” Ah ! Johanna ! Je prendrais volontiers un billet de TGV première classe pour aller boire une tasse en votre compagnie à Montparnasse. Car si les mots usent (les notes aussi, surtout quand elles sonnent faux) ils peuvent aussi faire du bien. Je m’en vais de ce pas me réabonner aux Inrocks. Vous pouvez demander un bonus à votre rédac’ chef. Grâce à vous, les Inrockuptibles vont regagner un lecteur.

Crosby, Stills and Nash aux Vieilles Charrues en 2010. A Kerampuilh 40 ans après Woodstock ?


J’ai reçu au début de cette semaine la carte de voeux des Vieilles Charrues (oui, je sais, mais bon, vieux motard que jamais). Chaque année le festival est en lice pour le Best Happy Newyear card award. L’an passé déjà, les Charrues s’étaient fendus d’une carte sous forme de flipbook qui, lorsqu’il était judcieusement actionné avec les doigts montrait un petit bonhomme souhaitant une belle année 2009 d’un coup de chapeau. Cette année, l’interactivité est encore présente, mais sous une autre forme. Il s’agit d’une carte à gratter, accompagnée d’un médiator siglé les Vieilles Charrues pour effectuer l’opération. Carrément classieux. Je n’ai pas le courage d’effectuer le geste, préférant garder ce bel objet intact dans mon musée personnel. Je suppose que les personnages du far west, l’affiche Wanted, tous ces éléments préfigurent l’habillage de cette édition 2010. À moins que ça ne soit un indice sur la programmation ? Et là, on se prend à rêver de plaines désertiques, de décors de western, de cow boys solitaires et de cow girl in the sand.

Cow girl in the sand, ça ne vous rappelle rien ? Ici, je ne vous parle de rien d’autre que celui qui a incarné la musique populaire américaine de la fin des années soixante, un monument qu’on annonce pour les Vieilles Charrues chaque année, depuis des lustres. Ce cher vieux Neil Young, élévé au rang de star planétaire, de monument de la chanson US, en l’espace d’un ou deux albums (dont le légendaire “Harvest” pour ne citer que le plus connu). Ah ! Vieille canaille, visionnaire aussi rock que pop qui lança la désormais célèbre prophétie : “Hey hey ! My my ! Rock’n roll will never die…” Ce cher Neil qui mettait le feu aux scènes US en compagnie de trois autres légendes, pour former le combo pop folk le plus célèbre de tous les temps. Crosby, Stills, Nash and Young. Du lourd, de l’authentique folk US dans ce qu’il a de meilleur, quatre personnalités bien trempées, qui, lorsqu’ils décidèrent de se réunir pour former ce qui allait devenir le quatuor le plus célèbre de tous les temps, avaient déjà chacun dans leur coin un passé riche d’émotions et un feedback de qualité roulé sous les aisselles d’un vieux gardien vacher. David Crosby, d’abord. Il avait roulé sa bosse avec The Byrds, un groupe qui a à son actif quelques perles comme “Mr Tambourine man“, “Lay Lady lay” ou la ballade d’Easy rider, immortalisée au cinéma par le combo Harley Davidsonien Fonda-Nicholson. Graham Nash, ensuite, tout droit exilé de ses terres d’Albion, avait tourné avec les Hollies, signant au passage quelques titres pas dégueu, comme le “Teach your children“, l’hymne de toute une génération. Quant à Stephen Stills, il n’était rien d’autre que le lead singer d’un cultissime groupe US de la fin des sixties, le Buffalo Springfield, dont le “For what it’s worth” avaient empli les oreilles et la conscience de tous les kids opposés à cette saleté de guerre du Viet “fucking” Nam. Crosby, Stills and Nash qu’on devait retrouver au festival de Woodstock, en août 1969, puis le lendemain dans un show télé demeuré célèbre, où David Crosby avait dit qu’il avait encore de la boue de Woodstock sur ses bottes et où le présentateur demanda à ces kids (ils avaient moins de trente ans à l’époque) si leurs parents savaient où ils étaient…

Crosby, Stills and Nash. Une discographie longue comme le bras, des mélodies imparables, un engagement politique nettement marqué. Et avec Neil Young, le double album live désormais culte pour ne pas dire légendaire, le fameux “4 way street“. David Crosby, Stephen Stills, Graham Nash. Les trois cow boys, donc, tenez-vous bien ! (tenez vous mieux) seront en France pour deux concerts exclusifs, à l’Olympia les 12 et 13 juillet. Inutile de vous dire que lorsque j’ai eu vent de cette info, j’ai tilté. Le lundi 12 et le mardi 13 juillet, soit l’avant veille du jeudi 15 juillet, les trois plus célèbres cow boys du far west seront chez nous, en France dans la plus célèbre salle de concert parisienne, l’Olympia. De là à imaginer, à espérer, à rêver que le célèbre trio fasse un crochet par le plus célèbre festival du far ouest qu’on a chez nous à Carhaix, il n’y a qu’un pas que je franchirais volontiers. Oui, parce que Crosby, Stills and Nash, à Kerampuihl, ça aurait au moins autant de gueule que le boss ahanant son “born in the USA” l’an passé ! Une interminable “Suite : Judy blues eyes” sur la scène Glenmor devant 60.000 festivaliers extatiques. Trois cow boys, trois guitar heroes. Juste pour entrer dans la légende, un soir d’été sous le ciel breton ? Putain d’idée… Et si jamais Neil Young veut passer par Carhaix, qu’il sache qu’il est le bienvenu. Quand y’en a pour trois…

Mon Gainsbourg, héros de ma jeunesse.

serge-gainsbourg-shotsJ’ai vraiment découvert Serge Gainsbourg à la fin des années soixante-dix, avec la relecture de “L’homme à tête de chou” qui est, sans nul doute, son chef d’oeuvre le plus abouti. A l’époque, j’étais loin de la France, j’écoutais avec conscience les mots qui claquaient dans le haut parleur du petit magnétophone et leur esthétisme m’avait foudroyé. Et c’est là, à jamais sur le bloc-notes de ma mémoire, black sur white, et quoiqu’je fasse, ça m’reviendra en flash back bordel ! Jusqu’à c’que j’en claque… Oh my fucking God ! Quelle gifle ! Il était trop tard pour les influences, mais j’ai pris Gainsbourg en pleine gueule avec une violence inouïe, payant l’effet retard. Partant de là, rétrospectivement, dès mon retour en France, j’ai tout assimilé, je me suis imprégné de tout Gainsbourg, en commençant par Melody Nelson (ah ! Melody…) et puis l’intégrale en vinyls avec le chouette coffret noir et les amours de jeunesse, du poinçonneur à l’eau à la bouche. Il y a eu les années 80, le set mythique avec Bijou, les Papillons noirs et Gainsbourg en larmes devant les kids et derrière ses Ray Ban Wayfarer, la reprise de Frandol, les excès, la nuit, Gainsbarre, l’enfant perdu.

Aujourd’hui Joan Sfar sort un Gainsbourg vie héroïque dans lequel il a mis sans doute beaucoup de passion et une bonne dose de fantasmes, un film que je n’ai pas envie de voir, pour éviter de prendre le risque d’appliquer à mon Gainsbourg, celui que je me suis façonné au fil du temps, une impression fosse, comme disait Vian. Gainsbourg avait une part d’ombre dont on parle peu ou pas, qu’on occulte. De son passé, de Paul et Natacha, dont on évite soigneusement d’évoquer l’existence même. C’est comme ça. L’histoire a tendance à occulter les moments moins glorieux. Gainsbourg était aussi un brin opportuniste, naviguant au fil des modes sans jamais aller jusqu’à les créer. Gainsbourg plagiant “The Trail’s end” écrit par Bonnie Parker, alors en cavale avec Clyde Barrow : “You’ve read the story of Jesse James of how he lived and died. If you’re still in need, of something to read, here’s the story of Bonnie and Clyde“. Sans parler de la Lolita de Nabokov dont ce cher Lucien s’est largement inspiré pour puiser l’inspiration du personnage de Melody Nelson. Enfin ! Nous, les affreux, je suis sûr que Dieu nous accorde un peu de sa miséricorde… J’ai aimé Gainsbourg probablement autant que j’ai détesté Gainsbarre et ses mises en scène pathétiques, entre le billet de 500 balles, l’insoumission face aux paras à Strasbourg ou le clip Lemon incest… Qu’importe ! Injures un jour se dissiperont, comme volutes gitanes. De ces années, je ne garde que l’image du petit Lucien qui arborait fièrement son étoile jaune de shériff dans les rues de Paris. Gainsbourg, héros de ma jeunesse. Il ne se passe pas un jour sans que Serge ne me manque, pas un jour sans que ses mots ne m’accompagnent. Et quand le blues est là, trop présent, j’incline mes antennes, porteuses d’SOS

Miossec à la Carène. Brest, comme à la maison.

miossec-la-carene-herve-le-gall-2009
La Carène, salle des musiques actuelles. Mardi 20 octobre, 19:50 heure de Brest même. J’arrive dans la place, ils sont tous là. Une queue interminable, digne d’une boulangerie polonaise à l’époque du Général Jaruzelski, des gens d’ici pour voir la vedette du coin, de chez nous quoi. Dans la queue, il me semble apercevoir quelques têtes connues, venues spécialement de Ouessant et même de Molène. Les portes s’ouvrent, la longue queue s’étire en direction de la grande Carène qui va se remplir aussi sûrement qu’un ballon de rouge au comptoir du Vauban. A l’accueil de la Carène, en me remettant mon pass, la gentille demoiselle me glisse un “trois premiers titres sans flash” de circonstance. Trois premiers titres, je crois bien que c’est la première fois qu’on m’impose une restriction sur un concert de Miossec. Pas grave, on fera avec, de toutes façons ce soir, je suis naze, alors trois titres, un suppo et au lit. Première partie. Alan Corbel, de jolies chansons en anglais un peu bluesy, un brin de désespérance, une guitare en main et une voix de tête, façon Jeff Buckley. Bon feeling, on voit que le garçon en a sous le pied et qu’il se retient. On sent le talent qui suinte et on se prend à imaginer ce que ça pourrait donner, avec des zicos king size tout autour de lui. Alan Corbel, notez ce nom, on pourrait bien en reparler un de ces jours… Une petite demie-heure de set et le public est invité à faire une pause, en attendant le concert. Noir salle. Ovation, petite musique étrange façon suspense hitchcockien. Et ça dure, ça dure. Au premier rang, une dame s’impatiente. Je lui glisse “ne vous inquiétez pas, ce sont les deux ou trois premières heures qui sont longues…” Elle se marre. Et puis les zicos se pointent et je reconnais, entre autres, ce cher Robert Johnson, le guitariste dandy aussi élégant que sautillant tout droit venu de son Albion natale. [Lire plus...]

Mais nom de Dieu, que la pluie cesse. Miossec à Brest, comme un fil invisible.

christophe-miossec-par-herve-le-gall-2009
Vague lueur, bouche pâteuse, je m’étire sous la couette sans aucune envie de la quitter. Dehors, extérieur nuit, il pleut et ça ne rigole pas. En même temps on est à Brest, il faut bien consolider la légende, Barbara. Voilà. Le premier truc qui me vient à l’esprit ce matin au réveil, c’est Barbara et la litanie de la pluie sur Brest ce jour-là et immédiatement après, comme un inventaire de circonstance signé Prévert, je me dis que ce soir j’ai rendez-vous avec Miossec à la Carène. Oui, à la Carène, pas au Vauban, mais pour une Carène remplie il faut deux Vauban et justement ça tombe bien parce que ce soir la Carène affiche complet. Que les amoureux du Vauban se rassurent, on verra sûrement l’équipe du Mio en after du côté du Boulevard Clemenceau. Bon, un concert de Miossec, c’est toujours un petit plaisir, un truc indéfinissable, comme un rendez-vous, une petite pierre sur le chemin, je ne sais pas trop mais en tout cas une chose est sûre. Pour moi, un concert de Miossec est à nul autre pareil et je se sais pas comment l’expliquer. Voilà un artiste que j’ai shooté sous toutes les coutures depuis plus de cinq ans et à la question “Putain ! T’en as pas marre de photographier Miossec ?” la réponse est non ! J’ai l’impression d’accompagner le parcours d’un artiste pour lequel j’ai un attachement sincère, de le suivre à la trace, de capturer des instants de sa vie (et accessoirement de la mienne), de les figer, pour qu’un jour on s’en souvienne. Et le plus savoureux, au fond, c’est que tout cela est fait avec son consentement, comme un accord tacite, comme un fil invisible. Il n’y a pas d’affectif, tout au plus une complicité discrète, un vague acquiescement, une entente cordiale et ça me convient. Et puis, il y a l’artiste, le vrai putain d’artiste qu’il est, la voix, les textes, les notes et sur scène ce feeling à fleur de peau qui me bouleverse. Ce soir Miossec is back in town et la Carène est sold out. Ce soir, j’ai rendez-vous avec Miossec. Le ciel peut bien attendre.

voir les photos de Miossec à la Carène

Miossec à Brest, comme un parfum de bière et d’animal.

miossec-tiersen-le-quartz-janvier-2009
Alors, on y va ? Ces derniers temps, je me suis tellement focalisé (…) sur le matos que j’en ai presque perdu le goût d’aller au charbon. Je ne suis pas un cas isolé, j’en connais quelques-uns qui ont perdu la niaque, l’envie d’aller chercher l’image, j’ai déjà été touché, par le passé, par ce syndrôme-là. D’habitude, ça revient, ça reprend, ça se rallume. Et cette fois le temps passe et rien, niante. Le désert, droit devant. Je regarde le programme, et entre les déjà vus, les déjà shootés (ou les pas envie) un nom se détache et avec lui une promesse, comme une assurance, un antidote au bordel ambiant, des souvenirs, des mots, toute une histoire. Miossec. Je hume l’air comme un nouveau-né, un taulard en cavale, les parfums de bière et d’animal, le vent iodé, celui qui vient d’Ouessant, les souvenirs qui affluent, Brest, le Vauban, le Run ar Puñs, la Carène… Miossec, c’est une histoire qui ne finira donc jamais ? Ben non, jamais. Et puis, shooter Miossec à Brest, ça sonne comme une évidence, une fidélité. Comme une révolte, un coup de pied au cul, le genre de truc qui te réveille l’envie. Rendez-vous à la Carène, à Brest. 20 octobre à 20 heures. J’y serai.

• Miossec en concert à la Carène Brest, mardi 20 octobre 2009 à 20:00, plus d’infos sur le site de Régie scène.

• cliché : Christophe Miossec et Yann Tiersen en concert au Quartz (janvier 2009)

Au revoir Simone. Et à bientôt, sûrement…


Un bon concert c’est d’abord le plaisir de mes oreilles, un son de qualité, une ou des voix en harmonie, c’est aussi une qualité de traitement du son digne de ce nom, en live. Un très bon concert, c’est quand ce qui se passe sur scène est en phase avec tout ce qui précède, c’est un décor ou simplement une ambiance ou bien des gens, particulièrement agréables à regarder, oui, j’en conviens, l’exercice est plutôt réussi quand il s’agit de filles, bon d’accord excusez mon côté old fucking pervert. Enfin, un putain de concert, c’est quand tous les éléments sont réunis. Et c’est exactement ce qui s’est passé pour le concert de Au revoir Simone, hier soir à la Carène pendant Astropolis. Ce sentiment qu’après ça, tout allait me sembler bien fadasse, Waterloo morne plaine, même les élucubrations déjantées de Ebony bones qui a pris le relais. Mais revenons un moment sur cet instant de pure grâce. Le trio de jeunes filles, tout droit venu de leur Brooklyn natal, chacune à son clavier (voire à sa guitare), distille une pop du meilleur acabit, vous savez de ce son résolument éternel qui fait qu’à la première mesure vous avez simplement envie de baisser les bras, de rendre les armes, de vous soumettre à ce diktat vocal absolument divin. Divines, le mot est lâché. Les trois filles du combo nous embarquent dans un set délicat et harmonieux, direction PopLand dont ces filles-là sont probablement natives. Je me suis laissé embarquer, emballer et le sourire béat n’a pas quitté mon visage un seul instant pendant la courte – la trop courte ! – durée du concert… [Lire plus...]

Festival les Vieilles Charrues 2009, comme un but de Zidane.

matthew-bellamy-muse-vieilles-charrues-2004
Je me suis réveillé tard ce matin, comme si mon corps était conscient de l’épreuve qui l’attend. Demain, les frères Morvan vont guider la Charrue et creuser un énième sillon dans la plaine de Kerampuihl et on va remettre le couvert pour une édition qui cette année s’annonce d’anthologie. Jean-Philippe Quignon (the President à nous qu’on a) le disait à la conférence de presse qui annonçait l’événement, la venue de Bruce Springsteen à Carhaix : “c’est un peu comme au foot, si on passait de la ligue 1 à la coupe du monde“. Je pense que c’est ça qui caractérise les Vieilles Charrues, cette humilité, cette sagesse. Je pense que les gars des Charrues ont adopté le proverbe sénégalais : “si tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens“. D’ailleurs, ce n’est pas par harsard que Jean-Jacques Toux (programmateur des Vieilles Charrues) disait de Springsteen “qu’il est comme nous, c’est un p’tit gars de la campagne“. Ce matin au réveil (tard, donc), j’écoutais “Working on the highway” et je me demandais comment Springsteen pouvait appréhender un concert comme celui des Charrues. Je suis convaincu que jouer dans un festival qui s’est monté à la force des bras, à grands coups de solidarité, de bénévolat, de tout un pays, une région, ne peut pas laisser le boss indifférent. Springsteen en concert aux Charrues, c’est demain et c’est déjà un concert d’anthologie, un souvenir qu’on gardera tous en tête, un exploit, un coup de tête, comme un but de Zidane, à la vingt septième minute, en finale de coupe du monde, en 1998. Allez ! Il me tarde d’y être, à CharruesLand. Plonger dans une aventure humaine sans aucun équivalent, quatre jours de moments rares, avec des gens que j’aime. Et puis, mine de rien, je ne perds pas de vue (si j’ose dire) la raison de ma présence aux Vieilles Charrues, dans le staff des photographes officiels. Mon EOS 5 et mes cartes flash vont chauffer pendant quatre jours et engranger la mémoire de dizaines de concerts et croyez-le ou pas, j’aurais pour ma part autant d’émotion à voir Lazhar dimanche que le E-stret band du boss demain soir. Ce sera l’occasion pour moi de passer, à Kerampuihl, la barre des mille concerts, une barre de comptage activée en 2004, il y a tout juste cinq ans. A l’époque, je signais ma première participation aux Vieilles Charrues, je découvrais des visages et des figures qui allaient marquer ma mémoire pour toujours.

• cliché (inédit) : Matthew Bellamy de Muse dans ses oeuvres sur la scène Glenmor aux Vieilles Charrues en juillet 2004 (spéciale dédicace à Yann Colin)

Get Adobe Flash player