Rotor Jambreks University. Mes devoirs de vacances à la Rock Academy.

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L’idée est aussi simple que lumineuse, comme toutes les bonnes idées. La Rotor Jambreks University propose en un après-midi, de revisiter l’histoire du rock’n roll, de sa naissance à nos jours. Ça a l’air de rien, dit comme ça, j’y suis allé en me disant que j’étais incollable sur le sujet et finalement, j’ai appris plein de trucs. Par exemple que le p’tit gars Elvis Aaron Presley avait honteusement pompé certains répertoires du blues afro-américain, à commencer par le cultissime “That’s alright Mama” (excusez du peu), en 1954, alors que cette chanson avait été signée par Arthur Crudup huit ans plus tôt. Crudup n’a jamais réussi à faire reconnaître son bon droit et a fini sa vie dans la gnole. Rotor Jambreks embarque son public, alternant cours magistral et travaux pratiques. De chaque côté de l’écran, à gauche la petite scène façon Rotor, à droite un bureau sur lequel trône une mappemonde, le manuel de la Rock Academy et bien sûr une figurine d’Elvis Presley. L’histoire commence aux racines du rock’n roll et tout y passe, de l’analyse étymologique du terme rock and roll aux composants de cette musique, dont les tenants de le droite américaine la plus jusqu’au boutiste pensaient qu’elle venait directement de l’enfer. De vous à moi, cinquante balais plus tard, le credo des jusqu’aux Boutin n’a guère évolué. Chaque étape du parcours est ponctuée de reprises de standards parfaitement envoyés, balancés avec la maestria et la pêche qu’on connaît au gars Jambreks. Entre stand-up, mini-concert et approche sociologique de l’histoire de la musique contemporaine, Rotor Jambreks réussit son coup. On ne s’emmerde pas une seconde, on se marre beaucoup, on participe, on apprend plein de choses et quand c’est fini on se dit “ah ben merde alors ! C’est déjà fini ?” Le format est parfait, convient à tous les publics et nul doute qu’on va en entendre parler.

Concert et action sociale.
Tous les publics, justement, parlons-en. Ce concert-spectacle, qui s’est déroulé au Family, en préambule de la Fête du bruit dans Landerneau, était 100% gratuit. L’idée, qu’on doit à Régie Scène association, est on ne peut plus simple. Attirer un public qui ne vient pas aux concerts et leur proposer un spectacle de qualité, le temps d’un après-midi. Une idée réalisée en partenariat avec l’épicerie sociale et qui pourrait bien faire son chemin. Carol Consola de Régie Scène Association résume en deux mots le concept : “Notre objectif est d’établir des partenariats avec des entreprises motivées pour financer ce type de projet. Un mécénat permettant d’associer le nom d’une entreprise à une action sociale.” À y regarder de plus près, il est possible aujourd’hui, pour un budget raisonnable, de monter une affiche, sachant que l’asso (qui est en prise directe avec Régie Scène, l’un des acteurs majeurs en matière de production de spectacles en Bretagne) fournit l’ensemble du package, incluant la salle, le son, les lumières. D’ailleurs c’est ce qui m’a épaté dans ce projet. L’accueil du public avec de vrais billets de concerts, le confort de la salle (places assises), la qualité du spectacle offert et, cerise sur le gâteau (si j’ose dire), un goûter offert par l’épicerie sociale à l’issue du concert. Bon, si je résume… Une belle salle, une organisation motivée, un artiste généreux et enthousiaste, un public souriant et multi-générationnel, des lumières et du rock’n roll. Une certaine idée du bonheur, en somme.

écouter la version originelle de “that’s all right mama” par Arthur Crudup

Je ne serai jamais ami avec Arnaud Fleurent-Didier.

arnaud-fleurent-didier-la-carene-brest-2010Je ne serai jamais ami avec Arnaud Fleurent-Didier. C’est comme ça. Comme disait une artiste que j’ai photographiée et avec qui je ne serai jamais ami non plus, il y a des gens, tu les croises dans la rue, tu sais tout de suite que tu pourrais devenir leur ami, juste comme ça au feeling. Et vice versa. Pour Fleurent-Didier, c’est vice versa et c’est comme ça. On ne se sera jamais potes. On ne boira jamais de limonade ensemble au bar du Vauban en refaisant le monde, en se racontant des souvenirs d’anciens combattants, en devisant sur la couleur du ciel ou l’humeur du jour. On ne parlera pas de littérature, on n’évoquera jamais notre passion commune pour le cinéma de François Truffaut, surtout la période les deux anglaises. On ne parlera pas de sexe, encore moins de cul, il ne saura jamais que j’ai fantasmé au moins autant que son père sur Sylvia Kristel. On ne parlera pas de musique, je ne lui dirai jamais que je n’ai jamais osé dire à Miossec à quel point j’aimais l’album à prendre au moins autant que boire. Je ne lui dirai aucun de mes secrets, je ne lui parlerai pas de Vincent Delerm, je ne lui dirai pas pourquoi j’ai tant aimé écouter les cachets de Florent Marchet après son concert à la Carène. Il ne saura pas que je n’avais pas projeté de le photographier, que j’ai décidé in extremis de venir, juste pour suivre un instinct, une envie irrépressible. Je ne saurai jamais ce que signifiait son regard, était-ce une pause ? Était-ce un cadeau ? Un regard offert, façon Christophe Miossec, ou bien une façon élégante de me dire tiens, prends ça et maintenant va-t-en… Certes non, je ne serai jamais ami avec Fleurent-Didier, encore moins avec ses musiciens que je n’ai pas vus et pourtant il y avait deux filles, plutôt jolies mais non, je ne voyais que ce garçon bien sous tout rapport, fils de bonne famille, propre sur lui, racontant sagement sa vie, déroulant le film de sa vie avec autant d’aisance que de désinvolture, une pointe de cynisme salement efficace, des textes coupés au cordeau. Ce regard froid posant des mots avec une candeur glaciale. “La seule fille baisable du feu M’accorde un petit regard Un petit regard c’est bien peu Puis ça veut rien dire Un petit regard ça fait plaisir Ne sois pas trop exigeant.Arnaud Fleurent-Didier est tout ce que je déteste, un écorché vif, un talent à fleur de peau, une désinvolture qu’on n’espère qu’apparente. De temps à autre, il lâche un sourire, histoire de rattraper le coup. On voudrait s’enfuir, quitter l’endroit, prendre ses jambes à son cou, aller se perdre au fond d’un verre de rhum, sur le port, avec des marins et des femmes infidèles. Et puis non, un truc fait que je reste, quasi immobile, devant la petite scène de la Carène, côté jardin. Je shoote Fleurent-Didier, imperturbable, en me disant qu’après tout, j’en ai vu d’autres, des comme lui, qui se la jouaient artiste détaché, hein ? Comme lui ? Non, justement. Arnaud Fleurent-Didier n’est pas les autres. C’est un index unique, une pépite, une rareté. Un mec à part, complexe, étrange, inabordable. Un mec avec qui je ne serai jamais ami parce qu’on n’aurait rien à se dire, à vrai dire. On aurait juste, tout au plus, quelques regards à échanger. Et finalement, ça suffirait à mon bonheur. Car la vie, au fond, m’aura au moins appris une chose. Ne pas être trop exigeant.

voir les photos du set de Arnaud Fleurent-Didier à la Carène (Brest)

Avec Dame Christine, boutons la musique de voyous hors de France !


Il y a cinquante ans, aux États-Unis, on brûlait des disques de rock ‘n roll au cours de joyeux autodafés, comme en d’autres temps l’oncle Adolf faisait passer au feu les œuvres complètes de Brecht ou de Freud, au simple prétexte que cette musique de nègres était issue du blues et des lamentations de descendants d’esclaves, qu’elle n’était donc pas politiquement correcte, en tout cas pas en phase avec le système white only qui revendiquait haut et fort la ségrégation raciale. Mieux encore, cette musique étant tout droit sortie des flammes de l’enfer, elle y plongerait sûrement toute une partie de la belle jeunesse américaine, entendez les blancs, parce que les noirs, eux, étaient déjà tout noirs et prêts, dès leur naissance pour la damnation éternelle. Et même si un blanc-bec, un cul terreux du nom d’Elvis Aaron Presley s’y mettait, on le soupçonnait illico d’être déjà perverti et on prenait soin, lorsqu’il passait à la télévision, de bien filmer au dessus de la ceinture. On pensait ces thèmes crétins définitivement enterrés, passés aux oubliettes de l’histoire. C’était sans compter sur certains de nos politiques hexagonaux qui reprennent vaille que vaille le flambeau, si j’ose dire.

La cible, le bien-nommé Hellfest, joyeux festival métal de Loire-Atlantique, qui subit aujourd’hui les foudres de nos deux pourfendeurs de la bonne morale et du Saint Goupillon réunis, à ma droite Philippe De Villiers et à sa droite Dame Christine Boutin. De grâce ! Faisons fi de De Villiers qui accuse le Conseil régional de “financer un festival sataniste“. Le bougre nous a tellement habitué, au fil du temps, à des déclarations à l’emporte-pièces que son propos nous semble aujourd’hui quelque peu fadasse. On se réjouit pour le festival Hellfest d’avoir une majorité de gauche au Conseil régional d’une part, et que la part financée par cette collectivité territoriale soit relativement minime (1%) d’autre part. En revanche, le cas de Madame Boutin est nettement plus drôlatique. La Dame blanche n’y va pas de main morte, mettant en avant que les affiches figurant un vampire aux crocs sanguinolents est “de nature à choquer les enfants“. Diantre ! Madame Boutin, peu en phase avec son époque, n’a sans doute jamais entendu parler de Twilight et encore moins des aventures de Trueblood. Las ! Dame Christine est restée coincée à une autre époque, un autre temps, coincée qu’elle est dans une faille spatio-temporelle et pas que. Un temps où l’on brûlait les disques de rock. Un temps où l’on imaginait que cette musique véhiculait des propos sataniques par le biais de phrases subliminales habilement enregistrées à l’envers. Un temps où l’on imaginait que Paul Mac Cartney était mort et où Lennon affirmait “I buried Paul” sur “Strawberry fields for ever”. Un temps où il ne se passait pas un jour sans qu’on découvre des allusions pseudo sataniques sur des titres de Led Zeppelin, de Metallica et même des très sages Eagles

Finalement, je ne sais pas si je dois rire ou pleurer des propos de Christine Boutin, qui représente à elle-seule les valeurs d’une droite conservatrice à la limite de la caricature, totalement déphasée, en décalage complet avec son temps. Cette droite qui n’existe que par quelques coups d’éclat, tapant à l’envi sur les dangers des dérives morales, sur la négation du droit à l’avortement, sur la dépravation de la jeunesse. Le temps a passé, Madame et vous semblez feindre de ne pas vous en apercevoir. Dans les bus, noirs et blancs se mélangent désormais, des rives du Mississippi à la banlieue de Johannesbourg. Les neufs de Little rock sont désormais à la retraite et Barack Obama est Président des États Unis. Les mômes continuent d’aimer à se faire peur et les vampires n’ont jamais été aussi tendance. On ne montre plus du doigt les pédés et quand ça arrive, la Loi veille au grain. Quant au rock, je crois dur comme fer à la prophétie de ce bon vieux Neil. Rock ‘n roll will never die. Pour finir en beauté et rester sur le sujet, permettez-moi, Madame Boutin de vous offrir cette perle, cette pépite, ce collector, aux confins de ce qui s’est fait de mieux en matière de rock et de blues. Le cultissime titre des Rolling Stones, “Sympathy for the devil”. Sur la même scène, à Hyde Park, des noirs qui se mélangent avec des blancs, le tout sur fond de paroles et d’attitudes ambigües, mêlée à une sexualité androgyne. C’était en 1969. Vous aviez vingt cinq ans. Mais je doute que vous en souveniez…

voir le site du festival Hellfest

Festival Art Rock 2010, une prog racée et classieuse. Comme d’hab’.

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Art rock 2010 se dévoile. Comme d’hab’ le festival au coeur de la ville de Saint Brieuc propose une affiche éclectique et classieuse, mêlant habilement variété chic et pop assidulée, french touch, rock made in UK, world et electro old school. Petit panorama d’un festival pour lequel j’ai un attachement particulier et auquel je ne participerai pas cette année pour cause de plannings charrettes. En revanche, dans la série ne faites pas ce que je fais, faites plutôt ce que je ne fais pas, je vous invite clairement à vous y rendre, vous ne serez pas déçus.

Premier choc, moment incontournable, le duo électro Air que le monde entier nous envie, les deux garçons qui ont élevé la pop french touch au niveau de l’art majeur, vont proposer un spectacle inédit en collaboration avec Yi Zhou, artiste plasticienne chinoise. La rencontre entre la pop débridée des frenchies et les délires visuels made in China, “The Dream of Yi” s’annonce comme un événement majeur de ce festival. Le truc inratable, en somme, à voir le 20 et 21 mai au Grand Théâtre de la Passerelle.

Du côté de Poulain Corbion, la scène principale se partage le vendredi entre world avec les Congolais de Konono n°1, histoire de bouger vos culs de petits blancs-becs. Quand vous serez chaud, vous pourrez déguster la pop douce de Revolver (prévoir le débardeur les filles) qui vous préparera aux envolées lyriques du rock allumé des belges de Ghinzu, probablement ce qui se fait de mieux en matière de rock sur la scène européenne. Quant à Olivia Ruiz, on peut imaginer que la miss Météores qui carbure à la pure énergie va mettre le feu à la scène, si ce n’est pas déjà fait. Vous pourrez jeter vos dernières forces dans le set de Vitalic, qui finira de consummer la scène en prodiguant un son dont il a le secret. Un vendredi so exciting, donc.

Le samedi, programme chargé. Ne pas zapper Féfé au forum de la Passerelle et surtout, surtout ! Assurer le coup pour être sûr de voir Elysian Fields au Petit Théâtre. Si vous me faites un tout petit peu confiance, vous allez vous ruer sur la resa pour être sûr d’en être. Un bijou pareil, dans un écrin comme le Petit Théâtre, vous allez savourer le moment. Du côté de Poulain Corbion, mes deux coups de coeur vont d’abord à Pete “fuck forever” Doherty, une vieille fidélité que j’ai aux Libertines et à Babyshambles. Si le gars Peter arrive sur scène à jeun, je veux dire s’il ne nous fait pas le coup de l’ami déchiré en se pétant la gueule sur scène comme il l’avait fait aux Charrues il y a deux ans, ça pourrait vraiment être un set remarquable. Et puis Rachid Taha qui vient, lui, bien accompagné de Mick Jones, ex-Clash. Il va y avoir du rock dans la casbah et c’est sans doute l’un des concerts à ne pas rater. Si vous êtes photographe, vous ne zapperez sûrement pas Coeur de pirate, la blondinette québécoise aussi tatouée qu’un vieux Hell’s de Frisco.

Dimanche, quoi de bien ? D’abord Roy Hargrove au Grand Théâtre de la Passerelle. Une note bleue pour un trompettiste de génie. Et puis Bibi Tanga, le funk incarné au forum de la Passerelle. A Poulain Corbion, rien que du bon. D’abord Selah Sue, la nouvelle sensation belge. Ensuite The Go ! Team un combo british déjanté qui devrait vous dégager les oreilles. On ne présente plus Gaëtan Roussel (Louise Attaque, Tarmac) qui va aussi sûrement foutre le feu à la scène qu’il ne le faisait avec ses précédentes formations. Là il vient présenter son projet solo mais la voix reste unique, définitivement rock, blindée d’émotions. Ça va envoyer le bois et il faudra être là. Et puis j’ai gardé le meilleur pour la fin et rien que pour savourer le plaisir de lui dire en conf de presse : “je vous connais, vous, vous êtes le père de Thomas Dutronc” j’aurais adoré être là, bordel ! Ce mec a bercé mon enfance, aussi sûrement que Zorro et Thierry la Fronde. “Je suis tout nu dans mon bain avec une fille qui me nettoie” c’était lui. “Les camionneurs sont pleins d’balais” c’était lui aussi. Le fils du père fouettard, les textes d’orfèvre de Lanzmann, et tutti frutti… Jacques Dutronc fait partie de mon top ten, à côté de Gainsbourg, de Bashung, de Miossec, de Daho, de Marchet, de Audrain, de Frandol, … rien que du lourd, de l’incisif, du magnifique. Il faut vraiment voir Dutronc à Art rock qui cette année encore porte magnifiquement son nom. De l’art, du rock. De la race et d’la classe.

Merde alors ! Et même merde in France. Je réalise que je viens de vous faire l’article pour un festival qui s’annonce comme l’un des plus chics et des plus chouettes qui soit cette année. Comme d’hab’ vous pourrez vous promener dans les rues de Saint Brieuc, aller boire des godets dans les p’tits estaminets charmants de la ville, déambuler, manger des huitres sur la place le dimanche matin, découvrir des expos d’art numérique, des trucs improbables mais toujours très funs. Art rock, le bien nommé. Quatre jours pour découvrir, s’enchanter, au rythme d’une prog musicale élégante. Vous me raconterez ?

Mon Gainsbourg, héros de ma jeunesse.

serge-gainsbourg-shotsJ’ai vraiment découvert Serge Gainsbourg à la fin des années soixante-dix, avec la relecture de “L’homme à tête de chou” qui est, sans nul doute, son chef d’oeuvre le plus abouti. A l’époque, j’étais loin de la France, j’écoutais avec conscience les mots qui claquaient dans le haut parleur du petit magnétophone et leur esthétisme m’avait foudroyé. Et c’est là, à jamais sur le bloc-notes de ma mémoire, black sur white, et quoiqu’je fasse, ça m’reviendra en flash back bordel ! Jusqu’à c’que j’en claque… Oh my fucking God ! Quelle gifle ! Il était trop tard pour les influences, mais j’ai pris Gainsbourg en pleine gueule avec une violence inouïe, payant l’effet retard. Partant de là, rétrospectivement, dès mon retour en France, j’ai tout assimilé, je me suis imprégné de tout Gainsbourg, en commençant par Melody Nelson (ah ! Melody…) et puis l’intégrale en vinyls avec le chouette coffret noir et les amours de jeunesse, du poinçonneur à l’eau à la bouche. Il y a eu les années 80, le set mythique avec Bijou, les Papillons noirs et Gainsbourg en larmes devant les kids et derrière ses Ray Ban Wayfarer, la reprise de Frandol, les excès, la nuit, Gainsbarre, l’enfant perdu.

Aujourd’hui Joan Sfar sort un Gainsbourg vie héroïque dans lequel il a mis sans doute beaucoup de passion et une bonne dose de fantasmes, un film que je n’ai pas envie de voir, pour éviter de prendre le risque d’appliquer à mon Gainsbourg, celui que je me suis façonné au fil du temps, une impression fosse, comme disait Vian. Gainsbourg avait une part d’ombre dont on parle peu ou pas, qu’on occulte. De son passé, de Paul et Natacha, dont on évite soigneusement d’évoquer l’existence même. C’est comme ça. L’histoire a tendance à occulter les moments moins glorieux. Gainsbourg était aussi un brin opportuniste, naviguant au fil des modes sans jamais aller jusqu’à les créer. Gainsbourg plagiant “The Trail’s end” écrit par Bonnie Parker, alors en cavale avec Clyde Barrow : “You’ve read the story of Jesse James of how he lived and died. If you’re still in need, of something to read, here’s the story of Bonnie and Clyde“. Sans parler de la Lolita de Nabokov dont ce cher Lucien s’est largement inspiré pour puiser l’inspiration du personnage de Melody Nelson. Enfin ! Nous, les affreux, je suis sûr que Dieu nous accorde un peu de sa miséricorde… J’ai aimé Gainsbourg probablement autant que j’ai détesté Gainsbarre et ses mises en scène pathétiques, entre le billet de 500 balles, l’insoumission face aux paras à Strasbourg ou le clip Lemon incest… Qu’importe ! Injures un jour se dissiperont, comme volutes gitanes. De ces années, je ne garde que l’image du petit Lucien qui arborait fièrement son étoile jaune de shériff dans les rues de Paris. Gainsbourg, héros de ma jeunesse. Il ne se passe pas un jour sans que Serge ne me manque, pas un jour sans que ses mots ne m’accompagnent. Et quand le blues est là, trop présent, j’incline mes antennes, porteuses d’SOS

Atlantique jazz festival. Bill Carrothers illumine le Vauban.

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Il est penché sur son piano et semble cherche la note ultime qui lui échappe, il cherche la note bleue comme d’autres cherchent le Saint Graal. On se dit qu’il ne la trouvera pas parce qu’elle n’existe pas. Et pourtant… Bill Carrothers extirpe des notes avec une facilité déroutante, déconcertante même, mais jamais désinvolte. Je fais remarquer à Bill, avant le concert, qu’on s’est vu il y a pile poil cinq ans et une semaine. Il s’en souvient mais a l’impression que c’était hier. Ce soir c’est en trio, pour une session magique et débridée. Les doigts de celui que Libération désignait, en toute simplicité, comme le plus grand pianiste de jazz du 21ème siècle, ces doigts-là semblent autant s’amuser sur le clavier qu’on a de fascination à écouter la partition. Et puis, ça part en live et on a l’impression que plus rien ne peut arrêter le pianiste, juste une note finale, comme un souffle, une perfection, un plaisir.

Un sourire, un clin d’oeil, autant de simplicité que de pur talent. Géant.

plus d’infos sur Atlantique jazz festival sur le site de Penn ar Jazz



Miossec à la Carène. Brest, comme à la maison.

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La Carène, salle des musiques actuelles. Mardi 20 octobre, 19:50 heure de Brest même. J’arrive dans la place, ils sont tous là. Une queue interminable, digne d’une boulangerie polonaise à l’époque du Général Jaruzelski, des gens d’ici pour voir la vedette du coin, de chez nous quoi. Dans la queue, il me semble apercevoir quelques têtes connues, venues spécialement de Ouessant et même de Molène. Les portes s’ouvrent, la longue queue s’étire en direction de la grande Carène qui va se remplir aussi sûrement qu’un ballon de rouge au comptoir du Vauban. A l’accueil de la Carène, en me remettant mon pass, la gentille demoiselle me glisse un “trois premiers titres sans flash” de circonstance. Trois premiers titres, je crois bien que c’est la première fois qu’on m’impose une restriction sur un concert de Miossec. Pas grave, on fera avec, de toutes façons ce soir, je suis naze, alors trois titres, un suppo et au lit. Première partie. Alan Corbel, de jolies chansons en anglais un peu bluesy, un brin de désespérance, une guitare en main et une voix de tête, façon Jeff Buckley. Bon feeling, on voit que le garçon en a sous le pied et qu’il se retient. On sent le talent qui suinte et on se prend à imaginer ce que ça pourrait donner, avec des zicos king size tout autour de lui. Alan Corbel, notez ce nom, on pourrait bien en reparler un de ces jours… Une petite demie-heure de set et le public est invité à faire une pause, en attendant le concert. Noir salle. Ovation, petite musique étrange façon suspense hitchcockien. Et ça dure, ça dure. Au premier rang, une dame s’impatiente. Je lui glisse “ne vous inquiétez pas, ce sont les deux ou trois premières heures qui sont longues…” Elle se marre. Et puis les zicos se pointent et je reconnais, entre autres, ce cher Robert Johnson, le guitariste dandy aussi élégant que sautillant tout droit venu de son Albion natale. [Lire plus...]

Mais nom de Dieu, que la pluie cesse. Miossec à Brest, comme un fil invisible.

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Vague lueur, bouche pâteuse, je m’étire sous la couette sans aucune envie de la quitter. Dehors, extérieur nuit, il pleut et ça ne rigole pas. En même temps on est à Brest, il faut bien consolider la légende, Barbara. Voilà. Le premier truc qui me vient à l’esprit ce matin au réveil, c’est Barbara et la litanie de la pluie sur Brest ce jour-là et immédiatement après, comme un inventaire de circonstance signé Prévert, je me dis que ce soir j’ai rendez-vous avec Miossec à la Carène. Oui, à la Carène, pas au Vauban, mais pour une Carène remplie il faut deux Vauban et justement ça tombe bien parce que ce soir la Carène affiche complet. Que les amoureux du Vauban se rassurent, on verra sûrement l’équipe du Mio en after du côté du Boulevard Clemenceau. Bon, un concert de Miossec, c’est toujours un petit plaisir, un truc indéfinissable, comme un rendez-vous, une petite pierre sur le chemin, je ne sais pas trop mais en tout cas une chose est sûre. Pour moi, un concert de Miossec est à nul autre pareil et je se sais pas comment l’expliquer. Voilà un artiste que j’ai shooté sous toutes les coutures depuis plus de cinq ans et à la question “Putain ! T’en as pas marre de photographier Miossec ?” la réponse est non ! J’ai l’impression d’accompagner le parcours d’un artiste pour lequel j’ai un attachement sincère, de le suivre à la trace, de capturer des instants de sa vie (et accessoirement de la mienne), de les figer, pour qu’un jour on s’en souvienne. Et le plus savoureux, au fond, c’est que tout cela est fait avec son consentement, comme un accord tacite, comme un fil invisible. Il n’y a pas d’affectif, tout au plus une complicité discrète, un vague acquiescement, une entente cordiale et ça me convient. Et puis, il y a l’artiste, le vrai putain d’artiste qu’il est, la voix, les textes, les notes et sur scène ce feeling à fleur de peau qui me bouleverse. Ce soir Miossec is back in town et la Carène est sold out. Ce soir, j’ai rendez-vous avec Miossec. Le ciel peut bien attendre.

voir les photos de Miossec à la Carène

Miossec à Brest, comme un parfum de bière et d’animal.

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Alors, on y va ? Ces derniers temps, je me suis tellement focalisé (…) sur le matos que j’en ai presque perdu le goût d’aller au charbon. Je ne suis pas un cas isolé, j’en connais quelques-uns qui ont perdu la niaque, l’envie d’aller chercher l’image, j’ai déjà été touché, par le passé, par ce syndrôme-là. D’habitude, ça revient, ça reprend, ça se rallume. Et cette fois le temps passe et rien, niante. Le désert, droit devant. Je regarde le programme, et entre les déjà vus, les déjà shootés (ou les pas envie) un nom se détache et avec lui une promesse, comme une assurance, un antidote au bordel ambiant, des souvenirs, des mots, toute une histoire. Miossec. Je hume l’air comme un nouveau-né, un taulard en cavale, les parfums de bière et d’animal, le vent iodé, celui qui vient d’Ouessant, les souvenirs qui affluent, Brest, le Vauban, le Run ar Puñs, la Carène… Miossec, c’est une histoire qui ne finira donc jamais ? Ben non, jamais. Et puis, shooter Miossec à Brest, ça sonne comme une évidence, une fidélité. Comme une révolte, un coup de pied au cul, le genre de truc qui te réveille l’envie. Rendez-vous à la Carène, à Brest. 20 octobre à 20 heures. J’y serai.

• Miossec en concert à la Carène Brest, mardi 20 octobre 2009 à 20:00, plus d’infos sur le site de Régie scène.

• cliché : Christophe Miossec et Yann Tiersen en concert au Quartz (janvier 2009)

Vieilles Charrues 2009, un coup dans le rétro.

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Je viens de mettre mon 990ème concert en ligne sur Cinquième nuit, Moby, le dernier concert shooté pendant cette édition 2009 des Vieilles Charrues. J’ai presque envie de dire que je termine par le meilleur, mais ça serait faire offense aux trente deux artistes, groupes photographiés avant lui. Mais bon, puisque j’en suis à parler de Moby, je dois à la vérité de dire qu’il s’agit, visuellement, d’un des plus beaux concerts auxquels j’ai assisté. Des lights absolument parfaites, à tel point qu’en regardant un de mes clichés un ami photographe était persuadé que j’avais retravaillé l’aplat dans Photoshop ! Eh non, c’est juste une ambiance scénique qui a frôlé la perfection. Puisqu’on en est aux gros calibres, difficile de passer à côté de Springsteen. Deux bémols, cependant. D’abord des conditions de prise de vue difficiles (doux euphémisme) pour la poignée de photographes accrédités (dans la tour technique à 100 mètres de la scène), ensuite un show un peu trop formatté. J’ai tapé quelques clichés dans le public avant de me faire jeter, manu militari, par une sécu omni présente (et légèrement au taquet pendant cette édition). Qu’importe, je me suis rattrapé le lendemain en shootant Lenny Kravitz et là j’ai tapé quelques clichés qui resteront dans le haut de mon book (on en reparlera). Idem pour le set de The Jim Jones revue ou les filles de Nashville Pussy. [Lire plus...]

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