Laboratoire argentique. De la théorie à la pratique, un seul mot d’ordre : DIY.

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Je viens de développer coup sur coup deux pellicules Kodak TriX. Difficile de traduire l’émotion et le plaisir que cet acte procure. C’est comme un témoignage, une gratitude au passé. Et disons-le clairement, un passage quasi-obligatoire si l’envie vous prend de tâter un peu des cristaux d’argent. D’abord parce que le développement de la pellicule c’est le prolongement naturel de l’acte photographique. C’est un ressenti, comme une osmose chimique avec ses clichés, c’est prolonger la naissance d’une image, aller au terme, au bout du rêve. L’image que vous avez conçue dans votre viseur, vous allez contribuer à la révéler, que rêver de mieux ? Ensuite parce que techniquement c’est à la portée de tout le monde. Il faut juste un peu de patience et de technique que vous apprendrez à maîtriser. Enfin et surtout ! Parce que faire soi-même, ça a deux avantages majeurs. D’une, vous savez ce que vous faites. Si vous avez bien fait, vous pouvez le reproduire et si ça ne vous plaît pas, vous pouvez toujours améliorer. De deux, quand on fait soi-même ça coûte toujours moins cher que lorsqu’on le fait faire par un autre ! Mieux et moins cher. De vous à moi, je m’étais renseigné sur les tarifs de développement des laboratoires “professionnels”. Pour développer une pellicule TriX 400, l’addition était plutôt salée. Entre le prix du développement lui-même et la réalisation de clichés basses déf livrés sur CD (14,50€), les frais de port aller-retour (12€) j’arrivais à un ticket de 26,50€. Pas donné le prix du rêve, hein ? Alors qu’à y regarder de plus près, il faut à tout casser une demi-heure pour développer une pelloche avec un coût de revient carrément rikiki. Le calcul est vite fait et tient en trois lettres chères au coeur de nos amis anglo-saxons. DIY. Do it yourself ! Non seulement c’est amusant, c’est de surcroît gratifiant et ça coûte vraiment pas grand chose. Juste le temps que vous allez y passer. Et au risque de me répéter, la grande vertu de l’argentique c’est justement ça. Le temps. Alors, vous êtes prêts ? Suivez le guide !

De la méthode !
Comme disait ce cher René (Descartes hein ? Pas le mari de la Céline), le secret réside dans la méthode. Soyez bien organisé et vous verrez, ça va être tout de suite beaucoup plus facile ! En gros pour développer une pellicule argentique, vous avez besoin de quoi ? Une cuve, des produits de traitement (révélateur, bain d’arrêt, fixateur, lavage et rinçage), quelques bidons, un thermomètre et un point d’eau. Pas franchement sorcier, donc. C’est souvent la cuisine qui sert de laboratoire provisoire, le temps du développement. Prenez soin d’éloigner les produits alimentaires, il s’agirait de ne pas confondre Nesquick et Lavaquick. Utilisez du matériel dédié au développement : entonnoir, torchons, éponge, histoire d’éviter que votre yaourt n’ait un goût de révélateur. J’ai une grande mallette en alu dans laquelle je stocke tout mon matériel qui est ainsi à l’abri de l’air, de la lumière et des prédateurs (mes chats). En gros, vous allez avoir besoin de certains produits que vous n’utiliserez qu’une fois, c’est ce qu’on appelle le bain perdu, c’est le cas du révélateur Kodak D76, du produit de lavage Lavaquick (Tetenal) et du produit de rinçage Photo Flo (Kodak). En revanche d’autres produits sont réutilisables plusieurs fois, comme le bain d’arrêt Tetenal Indicet ou le fixateur Kodak Fixer. L’idéal est de positionner vos produits de traitement sur la table de travail, de gauche à droite, prêts à être utilisés :

le révélateur (à gauche, pastille verte), dont vous allez préparer une dose dans un broc gradué. Si votre cuve fait 500ml, il suffit de mélanger 250ml de révélateur D76 à 250ml d’eau, de bien mélanger et de veiller à ce que le tout soit à une température de 20° c. Au besoin vous utiliserez un bain-marie : une grande bassine, de l’eau à bonne température et vos bouteilles ou bidons dans la bassine.

le bain d’arrêt (pastille orange) est prêt dans sa bouteille accordéon. Devant lui une bassine en plastique vide est disponible pour récupérer le liquide après le traitement.

le fixateur (pastille rouge) est aussi en attente. Après utilisation, il sera aussi récupéré dans sa bassine.

le produit de lavage Lavaquick est un produit qui se jette après chaque utilisation. Une bouteille de jus de fruits en PVC de récupération permet de faire la préparation (20ml de Lavaquick pour 430ml d’eau à 20° c).

le produit de rinçage Photo-Flo est également un bain perdu. J’utilise une éprouvette graduée et un compte-gouttes pour le préparer à raison de 10 gouttes pour 500ml d’eau à 20° c. Un conseil évitez de trop remuer, Photo-Flo a tendance à mousser !

Voilà. Vos produits n’attendent que vous. Comme le processus de développement se fait d’une traite, le fait d’avoir tous les éléments sous la main, de savoir où se trouve chaque produit, dans l’ordre logique, va vous faciliter grandement la tâche dans l’application des quatre traitements successifs. Et encore une fois, soyez zen et prenez votre temps. Vous avez logé votre film est dans votre cuve de développement dans le noir complet ou bien comme moi vous utilisez une cuve Jobo Daylight, lorsque le film est à l’abri dans la cuve, vous êtes prêt.

Le développement du film négatif en cinq étapes.

1- Le révélateur
C’est la première phase du développement et autant le dire clairement, c’est là où tout se joue. Vous devez faire tremper votre film négatif pendant la durée indiquée par le fabriquant du révélateur pour le film que vous utilisez. Dans mon cas, j’utilise le révélateur Kodak D76 pour une pellicule Kodak TriX 400 poussée à 1600iso. Le temps de développement conseillé par Kodak est de 13 minutes trente dans un révélateur à 20° c. Le fait d’utiliser un révélateur à bain perdu est une excellente méthode qui permet d’avoir une constance dans les résultats obtenus, pour un prix de revient modique (environ 0,48€ par film).

Ôtez le gros bouchon orange de votre cuve. Versez la dose de révélateur dans la cuve, d’une traite, remettez le bouchon. Déclenchez le chronomètre (celui de iPhone est parfait) et agitez votre cuve en la retournant pendant trente secondes. Attention. Vous ne préparez pas un cocktail, inutile de secouer la cuve comme si vous étiez en train de préparer un punch coco ! Reposez la cuve en la tapant légèrement sur la table (ou sur un tasseau en bois disposé sur votre table), ce qui a pour effet de dégager les bulles d’air s’il y en a. Ensuite, toutes les trente secondes, effectuez six ou sept retournements de la cuve rapidement, pendant cinq secondes. Vous verrez, vous allez rapidement trouver le rythme ! En n’oubliant pas de taper le cul de la cuve après chaque séance de retournements. Le temps passe. Vous pouvez mettre à profit les tranches de repos de la cuve pour préparer votre bouteille de bain d’arrêt.

Treize minutes trente, pas plus. Enlevez le bouchon de la cuve et videz la dans l’évier. La vidange ne dure guère plus de cinq à six secondes, c’est étudié pour ! Il est temps de passer au bain d’arrêt.

2- Le bain d’arrêt
Dans votre cuve vidée de son révélateur, remplissez avec du bain d’arrêt et remettez le bouchon. C’est le bain d’arrêt qui siffle la fin du jeu au révélateur, qui interrompt son processus. À partir de maintenant tout est plus calme. Pendant une vingtaine de secondes, tournez la cuve haut-bas à raison d’un retournement toutes les deux secondes. Quand c’est fait, enlevez le bouchon de la cuve et récupérez le bain d’arrêt dans la bassine prévue à cet effet.

3- Le fixateur
Le fixateur va dissoudre les cristaux d’argent non-développés. Le négatif devient transparent sur les zones non exposées et prend son aspect définitif. Lorsque vous avez rempli la cuve de fixateur et mis le bouchon en place, déclenchez le chronomètre. Kodak indique une durée de fixation de cinq à dix minutes, pour ma part je fixe pendant sept minutes environ. Du côté agitation, c’est le même tempo que pour le révélateur, le stress en moins. On agite pendant les trente première secondes, une petite tape sur le cul pour les bulles d’air, puis six ou sept retournements toutes les trente secondes pendant cinq secondes, avec la petite tape au bout des cinq secondes. Facile. Quand c’est fait, on récupère le produit dans sa bassine et on est content parce que c’est presque fini.

4- Le lavage
Il faut laver le film soigneusement et le rincer abondamment à l’eau claire, toujours à température de 20° c. Posez la cuve (toujours fermée) dans l’évier, faites couler l’eau dans la cuve par le trou central pendant deux minutes. Quand c’est fait, videz la cuve de l’excédent d’eau et remplissez avec la préparation Lavaquick. Ce produit est sensé amélioré la qualité du lavage du film et réduire le temps de traitement. Lorsque votre cuve est remplie, remettez le bouchon et agitez la cuve pendant deux minutes sans interruption. Puis, purgez la préparation Lavaquick et faites à nouveau couler de l’eau claire dans la cuve. Si vous disposez d’une cuve Jobo et du système Cascade, c’est le moment de l’utiliser, le lavage du film (pendant cinq bonnes minutes) n’en sera que meilleur.

5- Le rinçage
Versez votre préparation Photo-Flo dans votre cuve. Fermez avec le bouchon et tournez tranquillement la cuve haut et bas pendant trente secondes. Un conseil, ne secouez pas trop fortement la cuve car Photo-Flo a tendance à mousser. Voilà, pour le développement c’est fini. Vous voyez c’était pas sorcier. D’autant que l’instant magique, le vrai, c’est maintenant.

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Un soupçon de magie.
Fébrilement, vous ouvrez la cuve et là, il se montre enfin à vos yeux. En négatif les images que vous avez créées apparaissent sur le film. Même si le procédé chimique est connu, on ne peut s’empêcher d’être émerveillé. Vite, vous le secouez délicatement, vous attachez deux pinces lestées à chaque extrémité du film et vous le suspendez à l’abri de la poussière, au calme. Vous le laissez ainsi sécher tranquillement pendant quelques heures et puis, finalement, vous le découpez délicatement bandes de six vues que vous rangez soigneusement dans des pochettes de papier cristal. Maintenant, deux chemins s’offrent à vous. Quelques uns d’entre vous vont poursuivre le chemin et continuer l’aventure vers les joies de l’agrandisseur et les papiers barytés. D’autres (c’est mon cas), vont numériser les négatifs en utilisant un scanner à film. Qu’importe. Le moment où vous découvrez l’image, enfin, ce moment là n’appartient qu’à vous. Le négatif vous dévoile alors tous ses secrets. Il est intemporel. Mieux encore, il demeure contemporain et il est incroyablement moderne.

• cliché : Fredrika Stahl au Run ar Puñs en avril 2011. Canon New F1, Canon FD 55mm f1,2 SSC, Kodak TriX 400.

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Nikon D3s. C’est pas parce qu’on n’a rien à dire…

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Dingue. Dix jours que j’ai pas écrit un mot. Dix jours que, finalement, je n’ai RIEN à dire. Je reçois des emails de protestation de lecteurs de Shots. Ben alors ? Depuis que tu as un D3s t’as plus rien à dire, Harvey ? Eh bien t’es pas tombé loin mon ami… Bon, bien sûr, je pourrais faire comme un paquet de blogueurs, avec la vieille recette du pompage de billets. Savez-vous que d’après machin, Canon s’apprêterait à sortir un boîtier de 42 millions de pixels avec génération automatique de flux vidéos en format RAW natif ? Si, si, c’est ma belle-sœur qui lit régulièrement un site de rumeurs qui me l’a dit. Non franchement, pomper du flux pour soigner mon ego et enrichir mon flux RSS ? Pas pour moi. De toutes façons, mon ego, aussi rikiki soit-il, se porte bien sans relayer toutes les conneries du net. De vous à moi, je lis très peu les blogs, surtout les blogs de photographes. Un photographe c’est là pour faire des photos, pas pour écrire du bla-bla, à quelques très rares exceptions prêts, suivez mon regard. À l’affirmation “j’aime beaucoup ce que vous faites, Monsieur Le Gall !” toujours éviter de répondre “oui j’aime aussi beaucoup ce que je fais” ça ne passe pas. Bon, où en étais-je ? Ah oui c’est ça. Vous avez raison, chers lecteurs et lectrices assidûs de Shots, ça fait une petite dizaine de jours que je n’ai pas écrit le moindre mot, enfin ici je veux dire. Ici, parce que ma vie ne se résume pas à Shots, quand même. J’ai aussi une vie en dehors de ce blog et même une vie sociale. Je ne suis pas un geek enfoui dans sa tanière devant son iMac à traquer la moindre émotion nouvelle et technologique. D’ailleurs entre nous, côté émotions et technologies photographiques, c’est plutôt demi-molle comme on dit du côté du Vauban, à Brest même. Beau temps, mer belle et calme, l’electro-encéphalogramme de l’actualité photographique est proche de zéro. On attendait un petit signe du côté de Canon ou de Nikon au CES et finalement rien, nibbe, niante. Donc on fera comme tous les ans, hein ? On attendra sagement la prochaine manif’ planétaire, je crois que c’est en février. Les sites de rumeurs feront du flux et seront relayés par des blogueurs qui n’ont toujours rien à dire. Et ne vous en faites pas. Si en février il n’y a rien, on vous donnera rendez-vous en juin puis en septembre à la Photokina. Vous voulez mon avis ? Pas vraiment sûr que quiconque annonce quoique ce soit avant l’été. Et je vais vous dire franchement. Personnellement, je m’en tamponne.

Dix jours et pas un mot. Je vous ai dit que j’ai acheté un Nikon D3s ? Oui, bien sûr que je vous l’ai dit. Je l’ai reçu il y a dix jours. Un D3s avec un 70-200 2,8 VRII et ce fameux Nikkor 24-120 f4. Et justement ce matin j’ai reçu mon flash SB 900. Bon, le flash pour un photographe de concert, c’est comme le parapluie au Sahara, pas vraiment le genre d’accessoire très utile et même carrément honni, interdit, dont l’utilisation est prohibée. Mais en dehors de la scène, pour “déboucher les ombres” comme disait je ne sais plus quel photographe qui avait sans doute envie de se la péter, en éclairage d’appoint, un flash c’est quand même drôlement utile. Je vais beaucoup bosser là-dessus, dans les mois qui viennent. La gestion de la lumière, ça me fascine. Les photographes de concerts et d’une manière générale de spectacles, de reportages, utilisent souvent la lumière qu’on leur sert, avec plus ou moins de bonheur. Avec le flash, un ou plusieurs asservis et déportés, il y a des zones d’ombres à explorer, si j’ose dire. Bref, dix jours avec D3s et je n’ai rien à dire. RIEN. Je suis apaisé, en fait. Ce boîtier, je l’ai en main, je le sens bien. Chaque fois que j’ai shooté avec D3s en concert (Eiffel en décembre 2009 puis -M- en concert privé en décembre dernier) je pensais à une scène de l’excellent dessin animé “Kuzco” de Disney, lorsque Isma la vilaine interpelle Kronk le serviteur un peu décoiffé du bulbe en lui disant : “Tu sens la puissance Kronk ?” Voilà ça fait ça, en fait, d’avoir un D3s en main. C’est sentir la puissance au bout de son bras. On oublie vite le seul défaut du D3s, son poids, surtout quand il héberge le fabuleux Nikkor 70-200. Ministère de l’homme. Vous en avez, nous aussi. Que dire de D3s ? J’entends par là, est-ce que je pourrais balancer une saleté sur ce boîtier reflex numérique ? Est-ce qu’à un moment donné je l’ai pris en défaut ? Je pourrais peut-être évoquer que 12mp c’est pas terrible par rapport à 16 (et encore moins par rapport à 21 ou à 24), qu’avec ça je peux pas faire un agrandissement au delà de 30 par 40 ? C’est une blague tout ça. À un moment donné, il faut savoir se taire, accepter les évidences. Ce boîtier est au dessus du lot. Je ne connais pas un photographe professionnel sérieux, je veux dire un photographe de terrain, qui prétendra le contraire.
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Non il n’y a rien à dire sur D3s ou plus précisément, il n’y a rien à redire sur ce boîtier. Comptez sur moi. Si je trouve le moindre truc qui m’agace, je ne serai pas le dernier à en parler, mais pour le moment, la vue est dégagée, comme le soleil qui darde sur Brest ces jours-ci. D’ailleurs, dès que l’occasion se présente, j’embarque mon boîtier avec moi, histoire de lui faire prendre l’air et découvrir la Bretagne (que les japonais adorent, par ailleurs). En concert, sa capacité (que j’ai largement évoquée ici-même) à accrocher le point dans des conditions de lumière désastreuses ne finit pas de m’étonner. C’est net même quand il n’y a pas de lumière. Bizarrement, j’évite de monter au delà de 6400iso, je ne sais pas pourquoi ou plutôt si, je sais. C’est une forme de pudeur en fait, comme si une petite voix me disait qu’à 12800iso l’aventure est trop facile. Bon, soyons honnête. À 6400iso, il y aura toujours plus de grain qu’à 1600, voire 800iso. Et là j’entends des voix interloquées “Quoi ? Il y a du grain à 6400iso sur un D3s ?” Il y a un léger grain, oui, mais vraiment léger, comparé au grain de malade sur certains autres boîtiers, pas la peine de vous faire un dessin. Bon, sinon le reste, tout le reste est du même calibre. Les optiques quant à elles sont solides, rien à dire sur le 70-200 f2,8 qui suit le boîtier dans toutes les conditions, une mention spéciale (je ne me lasse pas de le répéter) au 24-120 f4. Cette optique trans-standard est aussi lumineuse qu’un caillou qui ouvre à f2,8 grâce au traitement nanocristal appliqué à chaque lentille. Une optique légère, pas trop chère, une plage focale idéale grand angle, petit zoom. Seul léger travers constaté (ah ! Quand même !), un léger vignettage à 24mm et à pleine ouverture, même si pour ma part j’aime bien cet effet un peu vintage, old style sur des clichés en noir et blanc. Il faudra quand même que je teste le Nikkor 14-24 f2,8 un de ces jours, mais j’attends d’abord d’avoir vraiment fait le tour complet du propriétaire et rien qu’avec le D3s il y a de quoi explorer.

C’est pas parce qu’on n’a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule, disait ce cher Michel Audiard avec la pointe d’ironie qui caractérisait son style inimitable. Dix jours sans rien écrire sur Shots et pendant ce temps, j’ai fait mentir Audiard. J’ai shooté quelques sets, dont Nolwenn Korbell Trio au Vauban, qui m’a bien scotché. Des concerts magnifiques se profilent dans les semaines qui viennent. Je vais être de retour sur le terrain, des contrées sauvages et splendides comme le Cabaret Vauban ou le Run ar Puñs, où les lumières se captent avec parcimonie et délicatesse ou encore à la Carène et son plan de feux dantesque. Dans tous les cas je sens que mon nouvel ami va se sentir à l’aise et qu’ensemble nous allons aller chercher de l’image, tout au bout de la nuit.

• photos : Nolwenn Korbell, Jean-Christophe Boccou (Nolwenn Korbell Trio). Cabaret Vauban, Brest janvier 2011 (Nikon D3s + Nikkor 70-200 2,8 VRII, 6400iso f3,2 1/250e).

Wankin’ noodles + Skip the use. Au Run ar Puns deux putains de concerts pour le prix d’un !

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Putains de concerts ! Ça faisait bien longtemps que ça ne m’était pas arrivé, d’être suffisamment scotché après un concert (voire deux) pour prendre mon clavier et gueuler mon enthousiasme sur tous les toits. Bon, c’est vrai, il faut dire que ça faisait quelques mois que je n’étais pas allé au Run ar Puñs, mais parfois la tête dit oui et le corps dit non. Bref, samedi soir, session de rattrapage, j’ai vu deux groupes qui m’ont carrément subjugué !

D’abord les rennais de Wankin’ noodles. Un chanteur king size, totalement déjanté, un poil insolent mais juste ce qu’il faut pour tendre l’oreille. Une prestation scénique de très (très) haut niveau, une dégaine rock british très seventies au look très étudié, un groupe bien en place et un rythme d’enfer pendant tout le set. Le genre de concert où quand ça s’arrête tu te dis “merde alors ! C’est déjà fini ?” Le public, extatique, chauffé à blanc, a pogotté dans tous les sens et a rappelé le groupe. Énorme ! Et un putain de concert, un !

Ensuite Skip the use. J’avais déjà fait le précédent concert, pied au plancher, sans jamais décrocher de la cinquième (nuit) mais je ne savais pas qu’on pouvait aussi passer la sixième et lâcher la bride à ce point-là. Comment dire ? Sur scène j’ai déjà vécu la furia, j’en ai déjà vu des allumés, des fadas du gros son, des racks de Marshmal calibrés proches de l’implosion, des climats de guerre civile dans la fosse,je pense à des gens comme Aqme, Lack, Those legendary shack shakers, les Béru (au Vauban) ou Mass Hysteria mais franchement ! Mouss et ses potes (d’avance pardon Mouss pour ce que je vais dire…) c’est des enfants de choeur à côté du bois qu’envoit un groupe comme Skip the use. Ici c’est du rock énergique (doux euphémisme), c’est furieux mais ça reste très mélodique, c’est aussi méchant dehors que tendre dedans, le tout étant structuré autour de la prestation scénique monstrueuse du chanteur qui répond au doux patronyme de Mat Bastard. Une reprise de Blur meilleure que l’originale (Song 2), le groupe est rappelé, encore et encore. Seul bémol de la soirée, une petite blondinette (qui aurait dû préférer le Breizh cola au rhum planteur) qui n’a cessé de proférer au chanteur des insanités que la décence m’interdit de retranscrire ici (lol) et qui, mine de rien nous a un peu pourri le groove, mais bon ! Ambiance ouakenole. Et un deuxième putain de concert, un !

Des soirées comme celle-là, je veux bien en signer deux par mois (au delà, je me connais, je tiendrai pas). Le dimanche matin, j’avais un peu la gueule en vrac, la pulpe encore fraîchement secouée par la soirée de la veille. N’empêche. J’étais vraiment heureux de retrouver le Run ar Puñs dont on ne répètera jamais assez que cette salle est parmi ce qui se fait de mieux en matière de musique actuelle. D’ailleurs, quitte à être un peu radical (salut Doudou ça gaze ou quoi ?), je vais vous dire. C’est simple. Si vous n’avez jamais vécu une soirée comme celle-là au Run ar Puñs, il manque un chapitre définitivement essentiel à votre manuel de la Rock academy. Alors ? Vous venez quand au Run ar Puñs ?

cliché : Skip the use au Run ar Puñs

bientôt en ligne sur Cinquième nuit les photos de Wankin’ noodles et Skip the use.

voir le site du Run ar Puñs

Carnets de route. Mes nuits sans Sophie.

Il y a quelques semaines, je donnais une interview à une journaliste d’un quotidien national qui voulait m’interroger sur la thématique “photographie et éthique”. Est-ce qu’un photographe doit se plier aux exigences d’un artiste qui refuse de se laisser photographier pendant un concert ? Pour moi, ça ne fait pas l’ombre d’un doute, la réponse est oui. De toutes façons, insister, c’est risquer au mieux la mauvaise humeur, au pire le clash pendant le concert. Je me souviens du régisseur d’une artiste (dont je tairais le nom, question d’élégance à son égard) qui, un soir au Vauban, m’avait prévenu. “Tu as beau être le photographe de la maison, si tu ne t’arrêtes pas de shooter après trente minutes de concert, tu prends un risque.” Comme je m’amusais du risque que cette frêle jeune fille pouvait faire encourir à mon quintal, il ajouta : “le risque qu’elle s’arrête de chanter et qu’elle te mette minable devant tout le public !” Ah ! D’accord. Je n’ai pas insisté et je n’ai pas shooté, du tout. Je suis allé boire une limonade au bar et je me suis barré. Hier soir, j’étais au Run (ar Puñs) pour shooter Mademoiselle Hunger, dont je ne savais que peu. Première partie, Ched Hélias. Je tape quelques portraits. Puis vient Sophie Hunger, encore toute auréolée de sa réputation, entre passage à Taratata et les clés Télérama. D’ailleurs le public (qui squatte avec gourmandise les quelques places assises du Run) fleure bon Chanel numéro 5 et le Darjeeling du dimanche après midi entre amis. Enfin ! On ne va pas faire d’ostracisme sur le public Télérama qui remplit (parfois) les salles, surtout quand le nombre de clés est est à la clé. Mademoiselle Hunger, dont l’élégance teutonne lui assure de ne jamais figurer dans le top de Girls rock ! ouvre le bal dans la pénombre, avec un long chant gutural, qui semble tout droit sorti d’un traditionnel balkanique. Lights à zéro, silence de cathédrale, je me dis que ce soir, on va se marrer. Entre deux titres, je traverse le no man’s land entre la scène et le pubic, visant mon banc finalement laissé vacant, côté cour. Je hisse ma carcasse, je me retourne, je m’apprête à viser. Sophie Hunger me fusille du regard et me lance “Please, don’t !” Pour le désir ardent, elle, elle repassera. Je soutiens son regard glacial, le temps d’un bref instant et je lui réponds en souriant : “OK.” Je fais le chemin en sens inverse, je range mon boîtier dans mon sac, je prends mon manteau et je quitte la salle. En sortant, je croise mes potes du Run, du côté du bar. “Tu as déjà fini ?” Je leur explique le topo, on se marre et puis route Brest. Sur le chemin du retour, je me dis que finalement, à l’instar de Petit Gibus (celui de la Guerre des boutons), si j’aurais su, j’aurais pas venu. Alors ? Photographie et éthique. Un artiste qui ne veut pas être photographié a le droit d’être respecté. Mais le respect, Mademoiselle Hunger, ça se lit dans les deux sens. Comme le mot “non“. Il ne restera de notre rencontre qu’un ou deux clichés qui finiront dans les archives et qu’on oubliera. Drôle de rencontre, au fond, avec une artiste en développement qui s’offre déjà le luxe d’interdire les photographes pendant ses concerts. Un luxe ? Certes. Comme disait ce cher Sacha “Le luxe est une affaire d’argent. L’élégance est une question d’éducation.” Tout était dit.

Shots. La quête du boîter reflex idéal.

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Je fais le point, je regarde Shots et je m’aperçois que depuis l’épisode 5D Mark II mon blog ne parle plus que de ça. Bien plus de technique photo que de photo elle-même. Paradoxalement, la courbe de fréquentation du blog est inversement proportionnelle, même si l’épisode 5D a donné lieu à des réactions particulièrement virulentes de la part d’un certain nombre d’afficionados de la marque rouge. Peu importe. Ce que j’ai vécu avec EOS 5D Mark II et que j’ai exprimé ici m’aura au moins permis de croiser des photographes, pour certains pros pour d’autres amateurs qui expriment leurs doutes et leurs attentes. Attentes ? Hier soir je shootais deux concerts dans une salle que j’affectionne (le Run ar Puñs à Châteaulin) et comme toujours, je pestais après la lumière, je pestais après le capteur APS-C, je pestais après l’impossibilité de monter au delà de 1600 iso sans grain, tout en capturant des morceaux de live pendant le concert de Revolver. Et ce matin, alors que je n’ai pas encore dérushé, j’en arrive à me poser les vraies questions. De quoi ai-je vraiment besoin ? En clair, il est comment mon boîtier idéal ? Wishlist reflex, c’est parti ! [Lire plus...]

Miossec à Brest, comme un parfum de bière et d’animal.

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Alors, on y va ? Ces derniers temps, je me suis tellement focalisé (…) sur le matos que j’en ai presque perdu le goût d’aller au charbon. Je ne suis pas un cas isolé, j’en connais quelques-uns qui ont perdu la niaque, l’envie d’aller chercher l’image, j’ai déjà été touché, par le passé, par ce syndrôme-là. D’habitude, ça revient, ça reprend, ça se rallume. Et cette fois le temps passe et rien, niante. Le désert, droit devant. Je regarde le programme, et entre les déjà vus, les déjà shootés (ou les pas envie) un nom se détache et avec lui une promesse, comme une assurance, un antidote au bordel ambiant, des souvenirs, des mots, toute une histoire. Miossec. Je hume l’air comme un nouveau-né, un taulard en cavale, les parfums de bière et d’animal, le vent iodé, celui qui vient d’Ouessant, les souvenirs qui affluent, Brest, le Vauban, le Run ar Puñs, la Carène… Miossec, c’est une histoire qui ne finira donc jamais ? Ben non, jamais. Et puis, shooter Miossec à Brest, ça sonne comme une évidence, une fidélité. Comme une révolte, un coup de pied au cul, le genre de truc qui te réveille l’envie. Rendez-vous à la Carène, à Brest. 20 octobre à 20 heures. J’y serai.

• Miossec en concert à la Carène Brest, mardi 20 octobre 2009 à 20:00, plus d’infos sur le site de Régie scène.

• cliché : Christophe Miossec et Yann Tiersen en concert au Quartz (janvier 2009)

Pourquoi Canon EOS 7D ne me convainc pas (pour le moment).

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À l’annonce de EOS 7D, j’ai eu la même réaction que le pékin lambda, j’ai lu la fiche technique de présentation avec attention et je me suis dit que sur ce coup-là, Canon nous avait peut être pondu un boîtier aux qualités optimums, sans être tout à fait le boîtier idéal. Rappelons, quand même, que EOS 7D, malgré une numérotation calibrée pro, n’en n’est pas moins rien d’autre qu’un APS-C, j’ironise à peine. Cette absence de capteur plein format étant posée, j’ai regardé ce que les ingénieurs de Canon nous ont imaginé et c’est vrai qu’à la lecture des spécifs, il y avait de quoi vibrer. Chez Canon on clame à qui veut l’entendre qu’on a amélioré l’autofocus, la netteté, la gestion de la lumière. Excusez du peu. Est-il bien utile de vous dire que ces trois arguments réunis n’ont pas manqués de résonner positivement à mes oreilles, surtout quand on repense à mon chapitre (Ô combien douloureux !) avec EOS 5D Mark II qui est mon Alésia à moi. Donc, sur le papier, EOS 7D en avait sous la pédale. Il restait à attendre des images, de la bonne grosse haute déf à se mettre sous la mirette, à défaut de faire partie des beta-testeurs de l’engin. Il est vrai que Brest, c’est au bout du monde ou au début selon la langue. On se contenta donc des images officielles généreusement fournies par Canon, made in Japan. Pas vraiment de quoi se convaincre, avec des images de jour, à 100 et 200 iso. Et puis ce bon vieux Galbraith est arrivé sur son cheval blanc, nous fournissant les premières images de concert crachées du 7D version beta et là, mes amis, la déception fut à la hauteur de l’attente, autant dire grande et intense. A 3200 iso, Rob et son EOS 7D avaient du grain plein les yeux. Ainsi donc, on commença à déchanter et ça n’était que le début… [Lire plus...]

Sandra Nkaké. Quand une diva tutoie les anges.

sandra-nkake-run-ar-puns-2009Une découverte musicale, c’est toujours un grand moment. Quand la découverte se fait en live, c’est encore plus violent. A dire vrai, je m’y attendais, à la gifle, mais franchement je ne pensais pas qu’elle serait aussi sèche, violente, sans appel. Il faut vous dire qu’on m’avait prévenu. Un de mes bons amis, un érudit estampillé world music qui se reconnaîtra, m’avait gentillement harponné sur le fait que j’avais quasiment passé sous silence le concert de Sandra NKaké en ouverture de Meï Teï Shô en me soufflant, un tantinet narquois que le putain de concert annoncé ne serait peut-être pas celui que je croyais. J’étais prévenu. Quelques jours plus tard, je passais au Run ar Puñs et là, pendant le café, Jakez me reparlait de Sandra Nkaké, y allant de son “ah oui ! Ça va te plaire…” Le soir du concert, je croise un habitué des lieux. Remise de couvert, tu connais Sandra NKaké ? C’est pas possible, c’est quoi ? Une coalition ? Une caméra cachée ? [Lire plus...]

Pour Julien Lourau et Jeff Sharel, tapez 1.

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Un samedi soir au Run ar Puñs. Douceur d’une soirée de mai, j’arrive sur le parking qui jouxte la longère mythique. Comme toujours, il y a quelques kids qui tapent la discute accoudés à leurs voitures en avalant une (ou deux) Kro, en attendant les potes, histoire de prendre un peu d’avance au compteur. Ce soir, je me dis qu’un Julien chasse l’autre, à grand coups de pompes dans l’oignon, tant les deux univers supportent peu la comparaison. Julien Lourau est une anti-star et ses choix musicaux en attestent. Ce type est capable de tout et avec brio. Pour ma part, je l’ai vu jouer dans un partition purement jazzy, au Vauban, et c’était déjà à tomber. Deux jours plus tard, alors qu’il avait décidé de rester un peu à Brest, peut-être simplement parce qu’il s’y sentait bien (en même temps, comment ne pas se sentir bien au Vauban à Brest, je vous le demande ?), il avait fait un featuring au saxo sur le set de Elysian Fields et ce moment s’était transformé en pure magie. Ça, c’est l’effet Lourau. Cette capacité à transformer tout ce qu’il touche en grâce infinie. Quelque soit le style. [Lire plus...]

Too soft au Run ar Puñs. The kids are alright.

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1er mai 2009, enfin on y est. Un sublime ciel bleu, suffisant pour tailler les uniformes de toute une armée de gendarmes, comme disait feu ma grand-mère. Je suis sorti dans mon jardin, j’ai fermé les yeux, le nez pointé vers le ciel. Oh ! Putain ! Qu’est-ce que c’est bon. Et puis je suis retourné fissa dans mon bureau, j’ai logé The Modern Lovers sur mon iPod (Roadrunner ! Roadrunner !), play on et je suis allé dérusher le concert d’hier soir, la runsession du Run ar Puñs. Une “runsession” c’est un mini-concert en public qui sert aussi de support pour une émission d’une radio locale (Radio Evasion et pour l’occasion Fréquence Mutine). Bonne idée, des chansons, une interview, des chansons. Ce soir, donc, c’est Too soft qui s’y colle. Le duo brestois, composé de Pol au chant, à la guitare et yukulélé et de Virginie au chant, xylophone et autres babioles improbables (façon Cocorosie), s’est fait remarquer en gagnant un concours. A la clé l’enregistrement d’un EP chez EMI et peut-être l’amorce d’une carrière. Pour ma part j’avais été touché par le son de Pol et Virginie (ça ne s’invente pas…) découvert sur leur myspace. Un garçon, une fille, un univers un peu idyllique, voire enfantin, avec des titres naïfs (in english in the text) comme “Playmobile” ou “Esquimau“, un son pop folk, tout cela me direz-vous a un air de singulier déjà vu ? [Lire plus...]

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