Vieilles Charrues 2011. Quand on aime, on a toujours vingt ans.

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Entre ce festival et moi, comme dirait Miossec, notre histoire ne date pas d’hier. C’est toujours pareil, chaque année. Un mois avant, je commence à traîner des pieds, une semaine avant je me dis que je suis trop fatigué, trop vieux, que le matériel est désormais trop lourd. L’avant veille je suis prêt à rendre les armes, à laisser ma place. La veille, je ne veux plus qu’on me parle des Vieilles Charrues. Je veux plaquer, partir reporter de guerre en première ligne en Afghanistan ou n’importe où sur la planète mais en tout cas loin de Carhaix. Et puis le jeudi matin j’entends la voix douce et sexy de Kerampuilh qui me susurre à l’oreille : “bon alors ? On se voit cet après-midi hein ?” Et me voilà à CharruesLand, pour la énième fois, mon pass Accès scène autour du cou, fier comme un p’tit banc, comme un écolier qui rentre au CP. Je foule la prairie, je me charge d’émotions, je regarde les gens, putain ! C’est ce lieu qui est magique ou bien les festivaliers, les bénévoles, l’organisation ? C’est un mix de tout ça, c’est ça les Vieilles Charrues. Je regarde le ciel. Il fait beau, mais c’est presque accessoire, finalement. J’entame ma longue marche, backstage, qui va me mener pendant quatre jours de scène en scène. De Glenmor à Kerouac, jusqu’à Graal et le Cabaret breton désormais appelé Gwernig. Je commence avec Mademoiselle Ruiz et ses crêpes aux champignons. Olivia ne change pas, la tigresse ibérique n’a rien perdu de son mordant et de son regard infiniment sexy. Trois titres. Je redescends le chemin quatre à quatre pour aller dérusher et donner des images pour la webcover. C’est la première année où j’accepte de bosser comme ça, à contre-cœur d’ailleurs. cette façon de travailler dans l’urgence ne me convient pas, elle ne correspond pas à ma façon d’être, encore moins à ma culture. Je reste un photographe old style, école argentique où l’on a besoin de laisser du temps au temps. D’ailleurs, dès le surlendemain le Macbook Pro restera à la maison.

Les Charrues, c’est d’abord des rencontres, et moi, photographe, je suis là pour prendre des instants, pour qu’on jour on puisse se souvenir des belles choses. Et des belles choses, gast ! J’en ai vécues. Plein. D’abord sur scène, avec quelques concerts d’artistes vibrillonants, au premier rang desquels, cette année, Asaf Avidan and the Mojos, LE concert de cette édition 2011. Après les trois premiers titres, je fonce backstage, instinctivement, parce que j’en veux encore, j’en veux plus, je ne veux pas me contenter de l’image lambda, non, non. Il y a autre chose à faire avec un mec comme ça. Je me retrouve donc backstage, médusé. Une voix me dit à l’oreille : “Je suis sûr que ça te plait, hein ?” Je me retourne. Jean-Jacques Toux, le programmateur des Charrues me sourit. On évoque cette pépite, véritable OVNI de la prog 2011. Et puis j’attends. Asaf Avidan tend son micro au public, une main sur l’oreille. Pas d’hésitation, j’engrange l’image dans mon Nikon D3s. Voilà c’est fait, j’ai mon image. Les anges volent au dessus de ma tête et l’un d’entre eux me conseille de rester, parce que l’histoire n’est pas encore complètement écrite. Fin du set. Asaf tombe genoux à terre et rend les armes et tout le reste devant le public magnifique de Kerampuilh, extatique. Un ange me dit “C’est maintenant“. C’est dans le collimateur, l’index droit que Cartier-Bresson qualifiait de masturbateur titille l’obturateur jusqu’à l’orgasme visuel. Allez, ça c’est fait. Un rapide coup d’œil, dans ce plaisir solitaire, j’étais vraiment seul, tout seul. Cet image n’existera donc que par la grâce de l’ange qui m’a guidé jusqu’au backstage de Glenmor. Idem pour Siam. Je suis arrivé à Gwernig essoufflé, le temps d’embrasser mon pote Charles du Cabaret Vauban. Sur la scène, le set de Siam a déjà commencé, mais on ne peut pas être à la fois sur Kerouac à taper de l’image des excellents The Octopus (vainqueur du tremplin Jeunes Charrues 2010) qui exécutent une reprise du MC5 en compagnie de ce cher Dominic Sonic et ailleurs. Sur scène Fanny Labiau et Bruno Leroux (accompagnés de Benoît “Scholl” Fournier ex-Matmatah à la batterie et de Christophe Le Bris ex-Miossec à la basse) sont déjà à l’œuvre. Lumières ravissantes, rideau rouge, je retrouve ce qui fait la grâce du duo brestois qui joue coup sur coup “la nuit je tais nos cris” et “mercure” mes deux titres préférés de l’album. Siam, c’est un de mes coups de cœur de ces Charrues 2011 avec Ibrahim Maalouf, dans un tout autre genre. Je suis arrivé sur son set pour le titre “Beyrouth”. Pure et définitive émotion, grâce infinie. Mon Dieu et tous tes anges, de grâce ! Préserve ces pépites et fait qu’ils ne deviennent jamais des vieux cons aigris par la vie, le pognon, la coke et les putains, comme dirait Miossec, encore lui. Et je ne dis pas ça pour Lou Reed, en tout cas pas que pour lui. Que reste-t-il des mes amours de velours ? Vingt cinq minutes de shooting interminables, un coït interrompu, un truc pathos où la fille te regarde et te lâche un définitif : “non, mais t’inquiète, c’était bien hein ?” Dieu que j’étais triste. J’ai repensé à Coney island baby, à Berlin. Caroline says that I’m just a toy… Ben ouais, Lou, when the music’s over, comme disait ce cher Jim qui a dû se marrer autant que moi sur l’énorme presta de DJ Zebra accompagné du Bagad Carhaix. C’est aussi à Zebra qu’on doit le mix final joué sur le feu d’artifice. Ah ! Zebra ! Le Chevalier Jedi du mix, petit prince de Kerampuilh, éternel sourire, capable de réveiller un public en deux accords. Total respect. Il paraît que David Guetta a mis le feu, aussi. Je ne peux pas vous dire, au moment de ses exploits, j’étais dans les bras de Morphée. En revanche j’étais là pour shooter le classieux Jarvis Cocker de Pulp. J’ai ramené dans ma besace quelques clichés qui devraient ravir les amateurs de pop savoureuse à la mode british

Difficile de résumer une édition des Vieilles Charrues en quarante lignes. Bien sûr cette édition était spéciale aussi pour moi puisqu’elle scellait le partenariat entre les Vieilles Charrues et Nikon France et que, photographe officiel des Vieilles Charrues équipé par Nikon j’étais bien placé pour favoriser le rapprochement de ces deux entités. C’est une petite fierté, un peu comme lorsque deux de tes amis qui ne se connaissent pas deviennent eux-mêmes des amis. Nikon qui rejoint ma bande de frères et qui ouvre le festival à cinq jeunes photographes, ça ne pouvait que me plaire. Louise, Marjorie, Mathieu, William, Christophe, équipés de leur reflex Nikon D7000 (excusez du peu) et d’une flopée d’optiques, ont arpentés la plaine pendant quatre jours et franchement, pour avoir débriefé leur travail avec eux et Nikon le dernier jour, je peux vous dire que j’étais médusé par la qualité de leur travail. Chaque membre de l’équipe a ramené des clichés de qualité professionnelle, tous dans un style et un regard qui leur sont propres. Je suis vachement fier d’avoir initié cette idée. La candeur de l’œil de Louise, quinze ans, mais déjà une maturité visuelle remarquable. Le côté funky style de William, qui a ramené des images enthousiastes comme son regard. Marjorie, la romantique de l’équipe qui a shooté, le regard empli de tendresse, des clichés de festivaliers heureux. Mathieu qui a cadré au cordeau a ramené des shoots remarquables. Enfin Christophe qui nous a prouvé qu’un fauteuil et une mobilité réduite ne sont pas un obstacle et peuvent au contraire devenir une force, un atout et montrer le festival sous un autre angle, vu de sa fenêtre. Ouaip ! Au risque de me répéter, les gars et les filles de la team Nikon, je suis fier de vous ! Un petit clin d’œil aussi à l’équipe H. qui drive la plateforme handicapés, avec Ronan, Dan, Fred, Gaël et Gaëlle et toute une équipe de bénévoles qui ouvrent le festival aux personnes à mobilité réduite. Chapeau bas, M’sieurs Dames, ainsi qu’aux artistes qui se sont déplacés, au premier rang desquels Pierre Perret. Ah ! Pierrot chantant “Les jolies colonies de vacances” avec les bénévoles, ça valait son pesant de cacahuètes et je me devais d’être là afin d’immortaliser le moment. Respect aussi à Ben l’oncle soul et Snoop Dogg qui sont venus faire des bises et signer des tonnes d’autographe.

C’est pas fini. Les Vieilles Charrues, ça ne sera jamais fini tant que les bénévoles retrousseront leurs manches pour aller servir des frites, faire la vaisselle, ramasser des papiers gras, accueillir les artistes, gérer les états d’âme de certains photographes, suivez mon regard. Jérôme Tréhorel est resté le dandy classieux que j’aime jusqu’au dernier moment et mon cher Tangui Le Cras, finalement, n’a eu aucun problème et ne s’est pas séparé une seconde, ni de son regard malicieux, ni de son ineffable enthousiasme. Idem pour mes potes de la fosse Team, sans qui on serait volontiers restés plus de trois titres sans flash sur certains artistes ou pas, hein Lou ? J’ai salement kiffé “Never miss a beat” de Kaiser Chiefs mais je n’ai pas dansé sur “Still loving you” de Scorpions. Lisa Kekaula et the Bellrays sont toujours aussi sublimes, idem pour PJ Harvey, noir ultra. Côté cœur, M’sieur Eddy, côté balcon Yannick Noah toujours aussi impeccable, surtout sur les passing shots ! Il reste maintenant à dérusher tout ce bordel et à montrer le best of sur Cinquième nuit. Et puis, déjà, on va commencer à compter les jours qui nous séparent des retrouvailles avec ce festival au goût unique. On se souviendra longtemps de l’attachement sincère qu’on avait, cette année-là en 2011, pour la vingtième édition des Vieilles Charrues. On se souviendra longtemps des visages, des figures. Et, surtout, on n’oubliera jamais nos vingt ans… Happy birthday, Vieilles Charrues. Et à l’année prochaine, évidemment.

Vieilles Charrues, à la moitié du sillon.

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Voilà quelques nouvelles de moi. Deux jours déjà aux Vieilles Charrues à traîner des pieds sur ma jolie plaine de Kerampuilh, sautant de Kerouac à Glenmor (les deux scènes principales) avec l’enthousiasme d’une abeille sur un bouquet de pâquerettes. J’ai engrangé une quinzaine de concerts, en essayant d’abord de faire de la bonne image. Certains groupes sont clients, en font parfois des tonnes comme les teutons de Scorpions. Dans le désordre, parmi les claques, j’ai adoré Kaiser Chiefs (sur Never miss a beat j’étais comme un gamin dans la fosse entouré de photographes très sérieux), Lisa Kekaula de The Bellrays irradiant une énergie électrique dantesque comme d’hab. Comme prévu The Octopus a envoyé le bois, le vainqueur des Jeunes Charrues a donné un set très pro, avec Dominic Sonic en guest. Idem pour Siam, scène Gwernig, avec de très chouettes lumières. Quelques gouttes de pluie, mais on a vu pire. Pour le moment dans les coups de cœur (ça va en étonner plus d’un) il y a le concert de Yelle sur la scène Graal. Un show millimétré, tracé au cordeau, pas de fausses notes, une perfection scénique qui m’a bluffé. Croisé François Hollande, souriant, en campagne (bretonne), très souriant avec François Cuillandre, Jean-Yves Le Drian et Christian Troadec. Ah oui ! J’oubliais. Très joli set de Pulp, j’ai fait quelques stage portraits de Jarvis Cocker, vous m’en direz des nouvelles. Tout cela bientôt sur Cinquième nuit. Idem pour Monsieur Eddy (Mitchell) dont c’était paraît-il une des dernières séances. Voilà pour l’essentiel. C’est les Vieilles Charrues, un truc unique, un peu hors du temps et du monde. Aujourd’hui troisième jour, sept ou huit concerts sur ma feuille de route et ce soir la vingtième édition aura déjà presque vécu.

Festival les Vieilles Charrues 2011. Kerampuilh, c’était demain.

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On attend ce moment toute l’année et arrivé comme aujourd’hui à la veille du festival, il y a comme une douce quiétude qui a fait place à l’angoisse des semaines précédentes. Voilà. On y est. Demain je signe pour le Festival des Vieilles Charrues 2011, vingtième édition, la huitième pour moi en temps que photographe officiel. Ça, des photographes, dans les jours qui viennent, c’est pas ça qui va manquer, on va en voir partout, surtout dans le pit de la grande scène à Glenmor. Si vous voulez voir du matos, du gros, du lourd, du tatoué, c’est là qu’il faut être. Aucun doute possible, pour voir du matos photo, la fosse de Glenmor à Carhaix en juillet, c’est vachement mieux que le Salon de la Photo Porte de Versailles à Paris en octobre. À l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai pas encore ma feuille de route. Comme chaque année j’ai listé mes concerts probables et comme chaque année il me faudra réduire la toile et les ambitions qui vont avec. Les timings seront serrés, comme toujours. Par exemple, le vendredi où l’un de mes groupes chouchous, The Octopus (vainqueurs du tremplin des Jeunes Charrues l’an passé) ouvriront à Kerouac alors que mes potes brestois de Siam seront à Gwernig (ex-Cabaret breton) exactement au même moment. Pour shooter les deux, il va y avoir du sport.

Hier soir j’ai fait un check du sac, comme tous les ans. Cette année, je vais voyager beaucoup plus léger que l’an passé où j’embarquais deux boîtiers Canon, dont l’un (un excellent EOS 1D Mark IV) était en test en partenariat avec la marque rouge. Après avoir finalement décidé de switcher pour Nikon au début de cette année, c’est avec mon reflex Nikon D3s que je vais arpenter la plaine, amenant avec moi mes deux cailloux de prédilection. D’abord le fabuleux Nikkor 70-200 2,8 VRII, mon optique de référence, ensuite l’étonnant Nikkor 24-120 f4 qui ne cesse de m’époustoufler. Pouvoir couvrir les focales de 24 à 200 avec deux optiques, c’est le bonheur, non ? Et puis cette année, quand même, il fallait bien que je profite de l’événement que sont les Vieilles Charrues et du fait que Nikon France est partenaire du festival (oui, j’y suis un peu pour quelque chose et je n’en suis pas peu fier, de ce rapprochement entre mon festival et la marque jaune) pour solliciter un test grandeur nature. Pour Nikon je vais donc tester le discret doubleur de focale TC20-EIII. Un accessoire discret, léger, petit mais costaud. Grâce à lui, le 70-200 double sa focale (mais perd deux diaphs), je vais donc couvrir les focales de 24 à 400 avec deux optiques et demi.

Quoi d’autre d’essentiel dans mon sac Lowepro Topload cette année ? Pas grand chose à vrai dire. Nikon D3s embarque deux cartes Sandisk Extreme 32G et une carte 16G en secours, au cas où. Mais avec une capacité de plus de trois milles clichés (au format RAW) par jour, je ne risque pas la saturation, d’autant que cette année le mot d’ordre est “zen”. Ma bretelle Fnac pour mon pass, quelques pansements pour les pieds en cas d’ampoules, mes bouchons d’oreilles, ma sangle Optech, des lingettes Vu pour nettoyer mes optiques. Mon flash Nikon (SB900) que je n’utiliserai sans doute pas, quelques cartes de visite, une mini lampe torche Nitecore waterproof qui éclaire mieux qu’une énorme Maglite et qui tient dans ma poche. Last, but not least, mon médiator fétiche, qui m’accompagne à tous les concerts et qui m’avait été offert par Sammy, mon guitar hero de feu Matmatah, après un concert épique.

Zen et léger, c’est le mot d’ordre pour cette édition 2011. Je vais sans doute m’intéresser un peu plus aux festivaliers cette année, si mon planning m’en laisse le temps, profiter pour aller rencontrer des gens, parce qu’au fond, ce festival des Vieilles Charrues n’existerait pas sans son public et sans ses bénévoles non plus. J’irai voir le mythique tirer de charrue mené de main de maître par les frères Morvan, j’irai boire un verre de lait avec les jeunes agriculteurs et comme chaque année je n’aurai pas le temps de manger des patates au lard. Je sais déjà que les quatre jours qui viennent vont filer comme l’ombre et que lundi on aura tous le blues. On comptera alors les jours qui nous sépareront de la vingt et unième édition des Vieilles Charrues… Mais ça, gast ! On n’y est pas encore ! Demain c’est le début de la fête. Si vous me croisez, sur la plaine, faites-moi plaisir ! Venez me voir. Je ne vous garantis pas qu’on aura le temps de boire une Coreff ou un Breizh Cola, mais on aura sûrement le temps de faire une petite photo souvenir…

Sur la route de la vingtième édition des Vieilles Charrues 2011. Je suis un bénévole.

festival-vieilles-charrues-2011-sur-shotsOn y est presque. Vingt ans que ça dure et chaque année, on a beau se dire, on a beau se convaincre, il y a toujours cette petite dose de stress, la bouche qui se dessèche, la gorge qui se noue. Je repense à la première fois où j’ai shooté Muse à Glenmor. Un vieux briscard photographe m’avait pourtant prévenu. Un conseil Hervé, trace dans la fosse, face à la scène et surtout, ne te retourne pas. Alors j’étais entré dans le pit comme disent les anglais et je m’étais retourné, évidemment. Putain de public que celui de Kerampuilh. Inimaginable vu de la fosse et encore mieux vu de la scène. Je me souviens du regard du petit Jamel Debbouze, ébahi devant près de soixante mille personnes. Dans le genre stand up, Gad Elmaleh avait fait tout un sketch autour du slogan “libérez Bob l’éponge“, promettant d’en parler avec Ingrid Bettancourt. Des souvenirs, j’en ai des caisses, plein ! Mais c’est surtout des visages, des figures, des gens quoi. Parce que les Vieilles Charrues voyez-vous, c’est une histoire de gens, d’abord. Si tu n’as pas compris ça, tu as raté une marche, t’as loupé un truc quoi. À la base, les Vieilles Charrues c’est une blague de potaches, de p’tits gars de la campagne, du centre Bretagne qui décident de monter un truc entre eux, un truc pas très sérieux entre kermesse et foire du grand n’importe quoi comme son désormais célèbre lancer de kabigs. Gast ! À Carhaix on ne manque ni d’humour et encore moins d’imagination. Ce plan entre potes aurait pu rester anecdotique, mais au fil des ans, l’histoire a pris de l’ampleur et nous voilà à la vingtième édition, après que tout le gratin de la scène française et internationale soit passée mouiller le maillot entre les scènes Glenmor, Kerouac et Graal, au Cabaret breton rebaptisé cette année scène Gwernig en référence à Youenn, le plus breton des poètes américains et réciproquement, pote de Jack Kerouac, le vagabond solitaire dont le père lui répéta jusqu’à son dernier souffle “Ti Jean, n’oublie jamais que tu es breton“. C’est le genre de promesse que les gars de Carhaix ont dû se faire, il y a vingt ans. Ne jamais oublier qui ils sont, d’où ils viennent, ce qu’ils font et pourquoi ils le font. Et tout ça tient en un mot. Bénévoles.

Car sans bénévoles, ce festival n’existerait pas, tout simplement. Cet engagement, cet acte gratuit, désintéressé, me touche beaucoup. Il en faut, des manches retroussées, pour faire avancer chaque année la charrue et creuser le sillon dans la terre carhaisienne. Il en faut pour faire émerger le plus grand festival européen (et assurément le plus beau, le plus vrai, le plus authentique) de ce bout de terre au milieu de la Bretagne, mais le jeu en vaut la chandelle. Pour vous en convaincre, c’est assez simple finalement. Il suffit de venir aux Vieilles Charrues par la route. Une rocade à quatre voies, des échangeurs, un plan routier qui brise l’isolement de la région centre Bretagne. Voilà. Ça c’est l’effet Vieilles Charrues. Parce le festival ne dort pas, tel un vieil Oncle Picsou sur des matelas de dollars, non. Ce festival est généreux, il redistribue et chacun ici profite largement des retombées de cette manne économique. En cela, les Charrues sont un moteur, créant une dynamique régionale. Cette richesse, les gars de Carhaix et des environs ne l’ont pas volée. Cette richesse les a aussi rendu libres de toute pression économique ou politique. Ils ont tous contribué au développement de la structure associative et la réussite de cette vingtième édition est un peu leur récompense à tous. Tous bénévoles, tous égaux devant la réussite. Sold out, comme on dit en anglais. Quatre jours de fête qui affichent complet, quelle putain de récompense ! Je pense qu’un jour je serai vieux et je sais que ce jour-là le boîtier pèsera trop lourd sur mon épaule. Qu’importe l’usure du temps. Tant que ce festival existera, tant que mes yeux verront ou que mes oreilles entendront, je veux bien parier que je serai chaque été à Kerampuilh. Ne serait-ce que pour croiser les bénévoles, partager leurs sourires et leurs coups de gueule, humer les odeurs de frites et de patates au lard, partager une Coreff ou un Breizh Cola, boire un verre de lait au petit matin avec les jeunes agriculteurs. Tracer le sillon avec les inusables frères Morvan. Voir les photographes entrer dans le pit sans se retourner. Regarder le soleil se coucher sur la plus jolie plaine de Bretagne. Et partager. Encore une fois.

cliquez ici pour voir le site internet des Vieilles Charrues 2011.

Siam. L’amour à trois. Comme une désespérance heureuse.

siam bruno leroux fany labiau en novembre 2010 au cabaret vauban brest
Comment reconnaît-on un bon album, je ne dis pas un pur album, non, ça, c’est pour plus tard, mais comment décèle-t-on qu’un album a franchi la limite, passé la barrière comme disait cette vieille fripouille de Schopenhauer, pour s’installer de manière durable dans le gotha des albums de musique qui vous font du bien ? On y revient sans cesse, mué par une force irrépressible, un truc qui vous attire sans vraiment trop savoir pourquoi, comme un junkie qui demande sa dose, comme un alcoolo en fin de parcours, au petit matin Boulevard Clemenceau mécontent de constater qu’à six heures du mat’ le bar du Vauban n’est même pas encore ouvert. Ouais, c’est ça un bon album. Un truc dont tu as envie et qui te fait du bien. Parfois, c’est insidieux, un peu comme la passion, comme l’amour qui te tombe sur le coin d’la gueule sans que tu t’en aperçoives. Un jour, ça arrive et tu ne l’as pas vu venir. J’aurais pu vous dire tout le bien que je ne pensais pas de “L’amour à trois“, premier opus de Siam, duo brestois, comme certains sans même l’avoir vraiment écouté. Ça aurait facile, finalement, d’écrire une review tout en complaisance pour ces deux lascars que je connais depuis des lustres et qui font partie de mon deuxième cercle, mais non justement. Je ne voulais pas me mentir et encore moins mentir à mes potes. Alors, un soir, au Vauban, j’ai embarqué l’album avec moi, pour voir. Tout en douceur, sans violence, les titres se sont installés sur mon iTunes, calés entre une improbable Shania Twain dont je me demande toujours par quel prodige cette blonde peroxydée made in US a pu s’immiscer dans ma play list et l’estimable Steve Hillage, souvenirs de vieux baba chevelu et de pop made in Albion de bon aloi. Mais, encore une fois je m’égare, revenons à l’album de Siam

Un soir qu’au Vauban je traînais mes baskets pas très loin des water-closets, tiens ! Voilà que je me sers de la rime façon Gainsbourg pas tout à fait par hasard (et pas rasé) et puisque je vous parle de Serge, je m’étais entretenu avec Bruno (Leroux qui forme Siam avec Fanny Labiau. NDLR) au comptoir du bar du Vauban, entre limonade et café-cognac de l’éventuelle filiation entre les textes de Siam et les mots du grand Serge. J’avais reçu une fin de non-recevoir aussi sèche que définitive. Bruno, semble-t-il lassé qu’on lui rebattes sans cesse les oreilles d’une éventuelle inspiration gainsbourienne dans son écriture, m’avait ramené brutalement dans les cordes, m’assénant : “Et merde ! Je n’ai rien en commun avec Gainsbourg. Je n’ai pas été imprégné des ses textes, la seule chose que je connaisse vraiment de ce mec c’est l’image médiatique que le bonhomme renvoyait à la télé.” Dont acte. Je n’avais pas trop insisté sur le sujet qui semblait agacer mon interlocuteur. Pas plus de chance non plus sur une possible filiation avec Miossec. Aïe ! Sujet sensible mais inévitable. Là encore, le réveil fut brutal. Je décidais donc de mettre un terme à un exercice finalement assez casse-gueule et j’invitais Bruno à une séance pose-express sur le canapé du hall de l’hôtel Vauban, invitation qu’il s’empressa de décliner, évidemment.

Je devais donc chercher ailleurs, puiser dans d’autres sources, essayer de trouver une influence. Ou pas. Exit Gainsbourg. Quant à Miossec, le fait que Bruno Leroux ait fait partie du trio (avec Guillaume Jouan et Christophe Miossec) qui avait commis le définitif et somptueux premier album “Boire” n’était pas non plus un indice. Alors ? D’où vient cette pertinence, ce son, cette fluidité, cette beauté des mots ? Un ton, un son très french touch, une dégaine scénique qui n’est pas sans rappeler un Bashung voire un Daho période “Mythomane”, et des mots, des putains de mots que n’auraient sans aucun doute pas renié Lucien Ginzburg. “Comme un homme et sa maîtresse, comme deux amants en détresse, rien d’autre que l’amour, mais la foule nous entraîne et déjà la foule gronde, cours, mon amour, le temps change et je t’emmène, loin des peurs et loin des peines. Je meurs d’envie d’en finir dans ton lit, la nuit je tais nos cris…” Échec, certes, mais pas mat. Il m’en fallait plus. Finalement, le premier titre “Le club des caniches”, signé Miossec, m’apparaissait désormais en complet décalage avec le reste de l’album. Non, il me fallait chercher ailleurs. Peut-être dans le somptueux “Mercure” qui glisse entre les doigts sans qu’on puisse y faire quoique ce soit. C’est donc ça la signature de Siam, cette forme de désespérance heureuse, cette fuite en avant mâtinée de cynisme opportun, ce pied de nez à la vie. Je venais de comprendre et j’avais mis du temps (on ne se refait pas). Dès lors, Siam m’ouvrait les bras et chaque titre claquait à mes oreilles comme une évidence. Un phrasé de bandonéon, des envolées lyriques séchées par quelques riffs méchamment assénés, je n’avais désormais plus qu’une envie. Fermer les yeux et monter le son, encore, et encore. Comme à l’image du final de “Mercure”, entre pop et rock. Splendide. L’album se termine sur “Lionel” quelques mots touchants, graves, posés avec une douce délicatesse, le souvenir d’un ami, d’un frère. Un texte magnifique, soutenu par une ligne mélodique discrète qui exprime le sentiment avec pudeur et élégance. Non. On ne sort pas intact de l’écoute attentive du premier album de Siam.

Avec “L’amour à trois” Siam franchit avec allégresse et désinvolture cette barrière si chère au cœur d’Arthur Schopenhauer. Le duo signe un album qui restera, qui marquera l’histoire de la pop française, comme d’autres avant eux, en d’autres temps. Siam a la noblesse d’une lignée, héritier qu’il est de ce que la french touch a commis de meilleur avec une gouaille, un coup de gueule d’amour qui n’est pas sans rappeler la chanson réaliste à la Fréhel, celle-là même qui offrait des diabolos menthes au petit Lulu. La boucle est bouclée. Siam, c’est une osmose, quelque part au bout de cette rue qui mène à l’océan, c’est un peu tout ça en même temps, les mots, les sons qui mis bout à bout, me touchent, m’émeuvent et font que je reviens aux chansons de ‘L’amour à trois” avec ce petit plaisir sans cesse renouvelé. C’est à ça qu’on reconnaît un bon album. Au fond, Bruno avait raison. Les choses sont toujours beaucoup plus simples qu’elles n’y paraissent…

photo : SIAM au Cabaret Vauban en novembre 2010

voir le clip de SIAM “la nuit je tais nos cris”

Iggy and the Stooges. Un rider entré dans la légende.

iggy pop and the stooges un rider de légendeJ’ai eu un jour entre les mains le rider (la feuille de route) des Stooges et franchement ça vaut le détour. Rédigé par Jos Grain (qui bosse pour le groupe), le document décrivait les desideratas du groupe, en matière de technique et aussi les petites choses à faire et à éviter. Quand on connaît le niveau de professionnalisme d’un calibre comme Iggy Pop sur scène on comprend. Le document ouvrait sur cette phrase : “Nous avons besoin d’un ingénieur du son qui parle bien anglais et qui n’a pas peur de la mort.” Voilà pour l’ambiance. Iggy et les Stooges avaient des demandes bizarres, dont pour ma part j’ai longtemps cru que c’était de la légende avant de réaliser que non, c’était vrai. Comme la présence dans la loge d’une poubelle avec un brocolis ou un chou-fleur dedans. Voilà qui contribue un peu plus à la légende du rock’n roll. Et puis il y avait ce paragraphe entier dédié aux vidéastes et aux photographes et franchement, c’est tellement drôle, si bien écrit et si proche de la réalité que je ne résiste pas au plaisir de vous en servir une tranche, que je vais essayer de vous traduire dans la langue de Molière, du mieux que je peux.

“Ne vous méprenez pas. J’ai beaucoup de respect pour les gens de l’industrie des communications, en fait mes ancêtres ont un fort lien historique avec le service postal (…). Cependant, ces dernières années et je suis sûr que vous serez d’accord avec moi sur ce point, il y a eu une explosion de, disons de personnes bénies du Bon Dieu avec une totale absence de talent, essayant à tout prix de se frayer un chemin à travers le public. Petit à petit on a constaté une augmentation massive de sociétés de production disposées à encourager les egos de ces malheureux et de leur accorder une attention. On est arrivé à un point où il y a des sociétés qui associent toute personne sur une scène à un crétin désespéré qui ne recherche que de l’attention et qui ne recherchent qu’à faire de l’image à tout prix. Les Stooges ne sont pas ces mecs-là ! Porter de l’attention aux médias, D’ACCORD ! Interférer avec le concert PAS D’ACCORD ! (…) Le fait est que, dès que vous mettez une caméra ou un appareil photo dans la tronche d’un artiste, vous changez complètement la nature de sa performance. Les Stooges essayent de donner la meilleure performance au public mais je pense qu’il n’y a rien de plus démoralisant que de voir un groupe sur scène entouré d’un cameraman et de ses assistants, comme une bande de hobbits armés de bazookas. (…) Ah oui ! Iggy adore casser les appareils photos. Est-ce que j’ai parlé de ça ? Alors vraiment, il est préférable de ne s’approcher trop de lui, surtout s’il te regarde d’une drôle de façon. S’il se dirige vers toi comme s’il s’apprêtait à saisir ton appareil photo, c’est probablement parce qu’il va le faire ! C’est comme un signe, un indice. Bien sûr, je suis sur place pour essayer de l’empêcher de détruire ton équipement. Malheureusement, il n’y a qu’une personne qui aime autant casser les caméras que Iggy et c’est moi. Merci de votre aimable attention. De toutes façons quoiqu’il arrive, vous ferez de l’image, croyez-moi.

Par ailleurs, je me demande si dans les médias on sait pourquoi certains cameraman pensent qu’il est innovant ou stimulant de bouger sans arrêt, de courir de gauche à droite, de faire des plans zoom avant zoom arrière dans une pathétique tentative de garder le tempo avec la musique ? Aucun de leurs collègues ne leur ont jamais dit qu’ils faisaient de la merde ? Est-ce que je suis le seul à vouloir les assommer à coups de trépieds ? Bordel de merde ! Quelqu’un doit avoir une explication ! Ça m’emmerdait déjà en 1980 et aujourd’hui c’est pareil. Si vraiment ils ne sont pas foutus de stabiliser leur appareil quelques secondes, il est peut être temps pour eux d’appeler les alcooliques anonymes… C’est juste une idée.”

Voilà. C’est tellement bon qu’on croirait lire un scénario des Monty Pythons. Ce texte me fait marrer mais au fond sa trame est tout ce qu’il y a de sérieux. Des mecs comme ça j’en ai vu des tonnes et malheureusement ça va crescendo, parce qu’aujourd’hui le moindre pékin qui a un reflex et un lightroom piraté sur Piratebay s’autoproclame photographe de concerts. Ça me saoûle, d’ailleurs c’est pas pour rien que j’ai déserté les pits et les salles de concerts, pour me consacrer à d’autres projets d’images. En attendant, le texte de Jos Grain me fait bien marrer. Et puis, il y a un point sur lequel il a raison. Avec des groupes du calibre de Iggy and the Stooges, il y aura toujours de la bonne image. Je confirme.

voir le site de Jos Grain

Laboratoire argentique. De la théorie à la pratique, un seul mot d’ordre : DIY.

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Je viens de développer coup sur coup deux pellicules Kodak TriX. Difficile de traduire l’émotion et le plaisir que cet acte procure. C’est comme un témoignage, une gratitude au passé. Et disons-le clairement, un passage quasi-obligatoire si l’envie vous prend de tâter un peu des cristaux d’argent. D’abord parce que le développement de la pellicule c’est le prolongement naturel de l’acte photographique. C’est un ressenti, comme une osmose chimique avec ses clichés, c’est prolonger la naissance d’une image, aller au terme, au bout du rêve. L’image que vous avez conçue dans votre viseur, vous allez contribuer à la révéler, que rêver de mieux ? Ensuite parce que techniquement c’est à la portée de tout le monde. Il faut juste un peu de patience et de technique que vous apprendrez à maîtriser. Enfin et surtout ! Parce que faire soi-même, ça a deux avantages majeurs. D’une, vous savez ce que vous faites. Si vous avez bien fait, vous pouvez le reproduire et si ça ne vous plaît pas, vous pouvez toujours améliorer. De deux, quand on fait soi-même ça coûte toujours moins cher que lorsqu’on le fait faire par un autre ! Mieux et moins cher. De vous à moi, je m’étais renseigné sur les tarifs de développement des laboratoires “professionnels”. Pour développer une pellicule TriX 400, l’addition était plutôt salée. Entre le prix du développement lui-même et la réalisation de clichés basses déf livrés sur CD (14,50€), les frais de port aller-retour (12€) j’arrivais à un ticket de 26,50€. Pas donné le prix du rêve, hein ? Alors qu’à y regarder de plus près, il faut à tout casser une demi-heure pour développer une pelloche avec un coût de revient carrément rikiki. Le calcul est vite fait et tient en trois lettres chères au coeur de nos amis anglo-saxons. DIY. Do it yourself ! Non seulement c’est amusant, c’est de surcroît gratifiant et ça coûte vraiment pas grand chose. Juste le temps que vous allez y passer. Et au risque de me répéter, la grande vertu de l’argentique c’est justement ça. Le temps. Alors, vous êtes prêts ? Suivez le guide !

De la méthode !
Comme disait ce cher René (Descartes hein ? Pas le mari de la Céline), le secret réside dans la méthode. Soyez bien organisé et vous verrez, ça va être tout de suite beaucoup plus facile ! En gros pour développer une pellicule argentique, vous avez besoin de quoi ? Une cuve, des produits de traitement (révélateur, bain d’arrêt, fixateur, lavage et rinçage), quelques bidons, un thermomètre et un point d’eau. Pas franchement sorcier, donc. C’est souvent la cuisine qui sert de laboratoire provisoire, le temps du développement. Prenez soin d’éloigner les produits alimentaires, il s’agirait de ne pas confondre Nesquick et Lavaquick. Utilisez du matériel dédié au développement : entonnoir, torchons, éponge, histoire d’éviter que votre yaourt n’ait un goût de révélateur. J’ai une grande mallette en alu dans laquelle je stocke tout mon matériel qui est ainsi à l’abri de l’air, de la lumière et des prédateurs (mes chats). En gros, vous allez avoir besoin de certains produits que vous n’utiliserez qu’une fois, c’est ce qu’on appelle le bain perdu, c’est le cas du révélateur Kodak D76, du produit de lavage Lavaquick (Tetenal) et du produit de rinçage Photo Flo (Kodak). En revanche d’autres produits sont réutilisables plusieurs fois, comme le bain d’arrêt Tetenal Indicet ou le fixateur Kodak Fixer. L’idéal est de positionner vos produits de traitement sur la table de travail, de gauche à droite, prêts à être utilisés :

le révélateur (à gauche, pastille verte), dont vous allez préparer une dose dans un broc gradué. Si votre cuve fait 500ml, il suffit de mélanger 250ml de révélateur D76 à 250ml d’eau, de bien mélanger et de veiller à ce que le tout soit à une température de 20° c. Au besoin vous utiliserez un bain-marie : une grande bassine, de l’eau à bonne température et vos bouteilles ou bidons dans la bassine.

le bain d’arrêt (pastille orange) est prêt dans sa bouteille accordéon. Devant lui une bassine en plastique vide est disponible pour récupérer le liquide après le traitement.

le fixateur (pastille rouge) est aussi en attente. Après utilisation, il sera aussi récupéré dans sa bassine.

le produit de lavage Lavaquick est un produit qui se jette après chaque utilisation. Une bouteille de jus de fruits en PVC de récupération permet de faire la préparation (20ml de Lavaquick pour 430ml d’eau à 20° c).

le produit de rinçage Photo-Flo est également un bain perdu. J’utilise une éprouvette graduée et un compte-gouttes pour le préparer à raison de 10 gouttes pour 500ml d’eau à 20° c. Un conseil évitez de trop remuer, Photo-Flo a tendance à mousser !

Voilà. Vos produits n’attendent que vous. Comme le processus de développement se fait d’une traite, le fait d’avoir tous les éléments sous la main, de savoir où se trouve chaque produit, dans l’ordre logique, va vous faciliter grandement la tâche dans l’application des quatre traitements successifs. Et encore une fois, soyez zen et prenez votre temps. Vous avez logé votre film est dans votre cuve de développement dans le noir complet ou bien comme moi vous utilisez une cuve Jobo Daylight, lorsque le film est à l’abri dans la cuve, vous êtes prêt.

Le développement du film négatif en cinq étapes.

1- Le révélateur
C’est la première phase du développement et autant le dire clairement, c’est là où tout se joue. Vous devez faire tremper votre film négatif pendant la durée indiquée par le fabriquant du révélateur pour le film que vous utilisez. Dans mon cas, j’utilise le révélateur Kodak D76 pour une pellicule Kodak TriX 400 poussée à 1600iso. Le temps de développement conseillé par Kodak est de 13 minutes trente dans un révélateur à 20° c. Le fait d’utiliser un révélateur à bain perdu est une excellente méthode qui permet d’avoir une constance dans les résultats obtenus, pour un prix de revient modique (environ 0,48€ par film).

Ôtez le gros bouchon orange de votre cuve. Versez la dose de révélateur dans la cuve, d’une traite, remettez le bouchon. Déclenchez le chronomètre (celui de iPhone est parfait) et agitez votre cuve en la retournant pendant trente secondes. Attention. Vous ne préparez pas un cocktail, inutile de secouer la cuve comme si vous étiez en train de préparer un punch coco ! Reposez la cuve en la tapant légèrement sur la table (ou sur un tasseau en bois disposé sur votre table), ce qui a pour effet de dégager les bulles d’air s’il y en a. Ensuite, toutes les trente secondes, effectuez six ou sept retournements de la cuve rapidement, pendant cinq secondes. Vous verrez, vous allez rapidement trouver le rythme ! En n’oubliant pas de taper le cul de la cuve après chaque séance de retournements. Le temps passe. Vous pouvez mettre à profit les tranches de repos de la cuve pour préparer votre bouteille de bain d’arrêt.

Treize minutes trente, pas plus. Enlevez le bouchon de la cuve et videz la dans l’évier. La vidange ne dure guère plus de cinq à six secondes, c’est étudié pour ! Il est temps de passer au bain d’arrêt.

2- Le bain d’arrêt
Dans votre cuve vidée de son révélateur, remplissez avec du bain d’arrêt et remettez le bouchon. C’est le bain d’arrêt qui siffle la fin du jeu au révélateur, qui interrompt son processus. À partir de maintenant tout est plus calme. Pendant une vingtaine de secondes, tournez la cuve haut-bas à raison d’un retournement toutes les deux secondes. Quand c’est fait, enlevez le bouchon de la cuve et récupérez le bain d’arrêt dans la bassine prévue à cet effet.

3- Le fixateur
Le fixateur va dissoudre les cristaux d’argent non-développés. Le négatif devient transparent sur les zones non exposées et prend son aspect définitif. Lorsque vous avez rempli la cuve de fixateur et mis le bouchon en place, déclenchez le chronomètre. Kodak indique une durée de fixation de cinq à dix minutes, pour ma part je fixe pendant sept minutes environ. Du côté agitation, c’est le même tempo que pour le révélateur, le stress en moins. On agite pendant les trente première secondes, une petite tape sur le cul pour les bulles d’air, puis six ou sept retournements toutes les trente secondes pendant cinq secondes, avec la petite tape au bout des cinq secondes. Facile. Quand c’est fait, on récupère le produit dans sa bassine et on est content parce que c’est presque fini.

4- Le lavage
Il faut laver le film soigneusement et le rincer abondamment à l’eau claire, toujours à température de 20° c. Posez la cuve (toujours fermée) dans l’évier, faites couler l’eau dans la cuve par le trou central pendant deux minutes. Quand c’est fait, videz la cuve de l’excédent d’eau et remplissez avec la préparation Lavaquick. Ce produit est sensé amélioré la qualité du lavage du film et réduire le temps de traitement. Lorsque votre cuve est remplie, remettez le bouchon et agitez la cuve pendant deux minutes sans interruption. Puis, purgez la préparation Lavaquick et faites à nouveau couler de l’eau claire dans la cuve. Si vous disposez d’une cuve Jobo et du système Cascade, c’est le moment de l’utiliser, le lavage du film (pendant cinq bonnes minutes) n’en sera que meilleur.

5- Le rinçage
Versez votre préparation Photo-Flo dans votre cuve. Fermez avec le bouchon et tournez tranquillement la cuve haut et bas pendant trente secondes. Un conseil, ne secouez pas trop fortement la cuve car Photo-Flo a tendance à mousser. Voilà, pour le développement c’est fini. Vous voyez c’était pas sorcier. D’autant que l’instant magique, le vrai, c’est maintenant.

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Un soupçon de magie.
Fébrilement, vous ouvrez la cuve et là, il se montre enfin à vos yeux. En négatif les images que vous avez créées apparaissent sur le film. Même si le procédé chimique est connu, on ne peut s’empêcher d’être émerveillé. Vite, vous le secouez délicatement, vous attachez deux pinces lestées à chaque extrémité du film et vous le suspendez à l’abri de la poussière, au calme. Vous le laissez ainsi sécher tranquillement pendant quelques heures et puis, finalement, vous le découpez délicatement bandes de six vues que vous rangez soigneusement dans des pochettes de papier cristal. Maintenant, deux chemins s’offrent à vous. Quelques uns d’entre vous vont poursuivre le chemin et continuer l’aventure vers les joies de l’agrandisseur et les papiers barytés. D’autres (c’est mon cas), vont numériser les négatifs en utilisant un scanner à film. Qu’importe. Le moment où vous découvrez l’image, enfin, ce moment là n’appartient qu’à vous. Le négatif vous dévoile alors tous ses secrets. Il est intemporel. Mieux encore, il demeure contemporain et il est incroyablement moderne.

• cliché : Fredrika Stahl au Run ar Puñs en avril 2011. Canon New F1, Canon FD 55mm f1,2 SSC, Kodak TriX 400.

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Programmation du festival des Vieilles Charrues 2011. United colors of Kerampuilh.


Aux toutes première notes de “Walk on the wild side” impossible pour moi de réprimer un petit “Oh !” qui fait sourire mon pote Hugues qui présente la prog de la vingtième édition des Vieilles Charrues cru 2011. Lou Reed, c’est l’excellente et totale surprise de cette édition. C’est celui que je n’imaginais pas, plus précisément que je n’espérais plus. T’en veux d’la légende bébé ? En v’là et pas du petit calibre. On y reviendra. Mais avant de vous parler plus en détail de mes coups de cœur de cette édition 2011, un petit préambule. Le meilleur moyen de ne pas être déçu par une programmation, c’est de n’en n’attendre rien de particulier. J’avais entendu Francis Cabrel dire qu’aux Vieilles Charrues, le truc important c’est pas les artistes, non, le truc important c’est les Vieilles Charrues. Il avait tout pigé, le Francis. Il avait capté l’esprit de ce festival. Finalement, pour schématiser, il y a deux sortes de festivaliers aux Charrues. D’un côté il y a les festivaliers qui viennent pour la programmation, ceux-là peuplent les forums, supputent à donfe, croient à la fois au Père Noël ET aux poissons d’avril. Ils fantasment grave toute la Sainte journée sur la venue, en vrac, de U2, de AC/DC ou des Who. Ils font la gueule à l’annonce de la prog mais pour une grande majorité d’entre eux ils viendront quand même. Parce que nombre d’entre eux fait partie des festivaliers qui viennent pour le festival, pour les Charrues, pour boire un godet de Coreff (ou un pichet d’un litre si tu t’appelles Jean Floc’h) ou un Breizh Cola au bar numéro 4 et savourer cette inimitable ambiance qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Les Vieilles Charrues existent d’abord grâce aux bénévoles et aux festivaliers et ce n’est pas un hasard si la thématique retenue pour les vingt ans des Charrues c’est justement les gens, tous ces gens qui font vivre et vibrer la plaine de Kerampuilh pendant quatre jours. “On fournit le son, vous apportez les couleurs !” Voilà. Tout est dit. United colors of Kerampuilh, vingtième du nom. Top départ.

Et là vous me dites, et cette année alors ? Voici mes coups de cœur, en vrac. Pas nécessairement des têtes d’affiches, même si je place Lou Reed tout en haut des concerts absolument et définitivement inratables. Lou Reed, découvert il y a un bail par hasard à la sortie de “Coney Island baby“. La claque, la révélation du rock dans toute sa grandiose splendeur. Le Velvet underground, un nom mythique, une définitive légende du rock et de la pop. J’avais pris dans la gueule, coup sur coup “Transformer“, “Rock’n roll animal” et le sublissime “Berlin” qui fait partie de mon top ten personnel des dix meilleurs albums pop rock de tous les temps, on ne plaisante pas. J’ai vu Lou Reed en live en 1975 et ce concert est resté profondément ancré dans ma mémoire. Voir Lou Reed encore une fois, ça va être un magnifique privilège de la vie. Et pouvoir le croiser dans le collimateur de mon reflex, ça va être unique et intense. Dans un autre registre, je vais enfin voir Kaiser Chiefs qui devait passer aux Charrues il y a trois ans ou quatre je ne sais plus, leur son pop rock (comme on dit sur la FM) me parle, ça va pogotter maousse et rendre le public heureux. Pareil pour Pulp, le combo porte-étendard de la pop british avec un Jarvis Cocker qu’on espère remonté à bloc. Je vais en épater plus d’un mais j’attends aussi David Guetta, je veux bien parier une Coreff avec Jean Floc’h que le set va être monstrueux, même si ça ne tape pas vraiment dans mon registre (doux euphémisme), mais après tout un peu d’easy listening ça ne fait pas de mal, comme dirait Maïté. Dans la série deux pour le prix d’un, j’ai vraiment hâte de voir ce que les p’tits gars de The Octopus nous auront préparé en ouverture du festival, scène Kerouac le vendredi. Les gagnants du tremplin des Jeunes Charrues sont aussi de véritables bêtes de scène, il faut le savoir. Un conseil, vendredi 15 juillet, soyez à l’heure, The Octopus, ça va envoyer le pâté, Hénaff ça va sans dire ! Si vous avez faim de rock, de gros son, de sueur, de bière et d’animal, avec The Octopus, vous allez être servi. Vous ne raterez pas non plus The Bellrays et la sublime Lisa Kekaula, à mi-chemin entre Aretha (Franklin) et Tina (Turner), qui avait foutu un feu d’enfer en d’autres temps à mon respectable et mythique Cabaret Vauban, avec les rescapés du MC5. Dans la série beau temps, mer calme, j’ai promis à mon pote Hugues de ne pas zapper Jack Johnson le vendredi, qui va nous ramener du soleil de sa Californie natale, ainsi que Angus & Julia Stone, dans un registre pop folkeux australien de bon aloi. Dans le genre OMNI (objet musical non identifié), j’irai décalaminer mes esgourdes sur DJ Zebra feat. le Bagad de Carhaix, gast ! Du côté du cabaret breton, rebaptisé scène Youenn Gwernig, pendant les quatres jours il y aura quelques pépites succulentes, j’ai noté Titi Robin trio ou Ibrahim Maalouf (tous les deux découverts au festival du Bout du Monde), Olli & Mood, Marchand vs Burger (salut Rodolphe ça gaze ou quoi ?), Duoud (un duo de ouds), pour ne citer qu’eux. Et dans le rôle des potes de Brest, j’irai jeter quelques unes de mes forces, s’il m’en reste, dans le set de Electric Bazar Cie et je poserai mon sac pour Siam, le groupe composé par Fanny Labiau et Bruno Leroux dont je vous recommande au passage d’écouter l’excellent premier opus intitulé “L’amour à trois“, en vente partout. What else ? Plein de bonnes choses. Difficile d’ignorer les sets d’Adam Kesher (vu à Art rock et à la Route du rock), des Hyènes qui reprennent des standards du rock pour le fun mais pas en yaourt (même s’il y a deux vrais morceaux d’ex Noir Désir dedans) ou des allumés de The Inspector Cluzo que j’avais raté au Run ar Puñs récemment. Idem pour Cold war kids ou Stromae (qu’on verra aussi à la Fête du Bruit dans Landerneau en août). En partenariat avec le Sziget festival, il y aura du (beau) monde aux Balkans avec des joyeux déjantés dont Goran Bregovic, Balkan beat box, excusez du peu. Et maintenant, on range les cannes et on passe au calibre supérieur, pour la pêche au gros.

Pas de Vieilles Charrues sans des noms capables de faire venir la foule des grands jours. Yannick Noah fait partie de ceux-là, il vient de bourrer Penfeld en attirant 10.000 spectateurs à lui tout seul. Jeu, set et match. Le samedi, ça va être chaud, d’autant que c’est aussi le jour de Supertramp et de Cypress Hill ! Idem le dimanche, puisqu’en dehors de mon cher Lou Reed, sur la même scène on va savourer PJ Harvey que j’aime beaucoup et pas seulement parce qu’elle m’a emprunté mon prénom anglais et qu’elle est vachement sexy. Non, j’aime bien son côté hardcore déjanté, son style pop rock un peu crème au beurre, limite indigeste, mais c’est tellement bon de se baffrer comme ça sans retenue, non ? Écoutez “This is love” en poussant le potar vers le haut, vous comprendrez ce que je veux dire. Le jeudi, aussi, du lourd. D’abord du rock teuton avec Scorpions, dont on nous assure qu’il s’agira là de leur dernière prestation live (celui qui a dit “bonne nouvelle !” sort immédiatement de ce blog !). Si la femme de ma vie est dans les parages quand le groupe entonnera “Still loving you“, je lui promets un slow de derrière les fagots estampillé seventies. Bon, coup sur coup on aura aussi le même jour Kaiser Chiefs (i say yeah !), Snoop dog qui paraît-il se fait désormais surnommer “Doggy style”, amis du club des poètes bonsoir, le retour de Pulp qui va vous la décoller du bulbe la pulpe, et les frenchies de service qui vont rameuter la foule des grands jours. D’un côté M’sieur Aubert (celui qui en 77 gueulait dans l’hygiaphone) et Mademoiselle Olivia “just sing” Ruiz, qu’on ne présente plus. Et pendant que j’y suis, le lendemain, M’sieur Eddy pour une dernière séance ouakenole. J’ai oublié personne ? Ah ben si ! D’abord Ben l’oncle soul, vu au Cabaret Vauban. Un garçon plein d’énergie positive, vous allez adorer et mouiller la liquette. Et Pierre Perret, aussi connu pour son zizi légendaire (celui qui amidonne la main de sa soeur) que pour des registres plus graves comme le sublime “Lili”. Je l’avais vu, l’ami Pierrot, au festival du Bout du monde, c’était somptueux, j’en connais même un qui avait pleuré.

Allez, ça c’est fait. Je vous donne rendez-vous dans trois mois et un jour sur le site des Vieilles Charrues pour faire la fête. Si vous me croisez sur le festival, vêtu de mon élégant polo brodé Shots (Hervé Le Gall est habillé par Minipop), n’hésitez pas à vous manifester (même si tu t’appelles Jean Floch et que tu es déjà à bloc), on fera une petite photo souvenir. Les annonces de la conférence de presse d’hier, à Carhaix, étaient ponctuées par un lancer de boule de bowling d’un des membres de l’équipe des Vieilles Charrues. La dernière boule fut lancée par Jean-Jacques Toux, programmateur des Vieilles Charrues. Il s’est avancé sur la piste, fébrile, sous le regard un brin goguenard des journalistes présents. D’une main assurée, la boule a glissé sur la piste… Strike ! Jean-Jacques s’est retourné, est tombé à genoux les deux poings levés, large sourire. Belle image, je trouve. Finalement l’esprit de ce festival, on y revient toujours, c’est un peu ça. Les Vieilles Charrues, c’est d’abord l’histoire d’une bande de potes qui sont là pour se marrer. Alors ? Vous êtes prêts ou quoi ? N’oubliez pas. Cet été à Carhaix il y aura du gros son. Je compte sur vous pour nous en faire voir de toutes les couleurs !

Ce petit rien admirable qu’on appelle un œil.

rock-audience-richard-bellia-shotsJe viens de regarder à l’instant des clichés de concerts, un exercice que je goûte assez peu. Je ne vais pas citer le nom du photographe, ça ne serait pas correct. Et puis je vais vous dire. Vous ne m’entendrez jamais critiquer le travail d’un autre photographe, sauf le cas échéant pour l’encenser, mais dans le cas présent, ce que je viens de voir m’attriste. Pire encore, ça ne m’émeut pas. Voilà, c’est ça le truc. Une photographie, moi, ça doit me parler, me raconter des choses, me dire une histoire, m’embarquer, me faire vibrer, mais là, ce que je viens de voir me laisse de marbre. Électroencéphalogramme plat, mort clinique, la near death experience visuelle. Rien, zéro, niante, le vide sidérant d’une photo lambda, plutôt propre techniquement parlant mais bordel ! Sans âme, sans rien. Je repense à des clichés de Claude Gassian, d’Antoine Le Grand, de Richard Dumas, de Richard Bellia. Du rock et des couilles, de la bière et de la sueur. Quand je regarde un cliché de concert de Bellia, je peux sentir des odeurs de transpiration, des effluves, je peux palper l’ambiance qui donne chaud. Pour les autres, c’est idem. Un portrait de Miossec par Dumas, c’est définitif. On me demande souvent, très souvent, mon avis sur un travail photographique et systématiquement je botte en touche, c’est mon côté faux-cul. Pas le temps et surtout pas envie. En plus, dans ce monde de plus en plus open qu’est la photographie numérique, tout le monde est photographe. Avec un billet de mille balles, aujourd’hui, tu vas taper de la photo, tu montes un blog, tu colles la mention photographe derrière ton nom et en avant Guingamp ! Sauf que ça ne marche pas comme ça. Il est long le chemin et les pièges nombreux, comme disait ce cher Etienne. Et parmi les pièges tendus, il y a la post prod. La Lightroom génération a mis les deux pieds dedans et franchement, le résultat est risible. Non, pire. Pathétique. Résultat des courses, tous perdants, avec des clichés qui se ressemblent. Aucune humanité, des clichés cadrés au cordeau si beaux qu’ils puent le crop à plein nez et surtout, au delà de tout, on sent l’absence dramatique de l’œil. Et ça, en photographie, ça ne pardonne pas. T’as pas d’œil, t’es mort.

On m’a demandé récemment avec quel logiciel je développais mes fichiers RAW. Sans entrer dans le détail, la question faisait allusion au fait que j’ai écrit (et je persiste et signe, mais bon c’est un détail) que la chromie est sensiblement différente entre Nikon et Canon, bref. J’ai répondu que j’utilise Lightroom 3.3 sur un Mac calibré tout en précisant que mon côté old school fait que j’utilise ce logiciel dans sa portion congrue, limitant finalement ses fonctionnalités au strict minimum. Je dois avouer que ce qui me plait dans un cliché, c’est quand il est bon brut de capteur. Rien à ajouter, rien à enlever, même pas un poil de netteté. De ce côté là, avec D3s et les optiques Nikkor, ça va plutôt pas mal. Si je dois commencer à taquiner la balance des blancs, à ajouter du noir, du contraste, de la netteté, c’est niet. Sans moi. Ce qui m’amène à revenir à mon propos. Je n’ai évidemment rien contre l’utilisation massive de LR en post prod, rien non plus contre l’application de presets tout faits, après tout, chacun fait ce qu’il veut de ses images. Croire qu’une image moyenne, comprendre parce que le photographe a chié ses réglages, parce que les lumières étaient nazes, parce qu’il y avait trop de rouge et pas assez de bleu, croire que votre image molle, mal cadrée, dégueu en somme, va devenir le cliché du siècle en le passant en black and white pour faire chicos, en triturant la balance des couleurs ou pire en utilisant un preset LR, croire qu’une image transformée, martyrisée, blessée, bidouillée à la hussarde va devenir simplement une bonne image, pour paraphraser Queneau, ce que tu te gourres fillette, ce que tu te gourres ! Non, croire à ça c’est aller dans le mur. Mais il y a pire, finalement. Car ce genre de cliché qui sent l’esbroufe et l’épate, si ça peut enthousiasmer l’œil de ta concierge ou du quidam et flatter l’ego souvent démesuré de son auteur, ça ne trompe personne et surtout pas les pros, je veux dire ces gens qui ont mis trente ans avant d’accoler le mot photographe à leur nom de famille, qui ont commencé par tremper leurs paluches dans les bacs de révélateur à une époque où les deux Steve boutonneux bidouillaient encore leur premier computer dans le garage de papa.

Non. Vous ne m’entendrez jamais critiquer le travail d’un autre photographe, surtout s’il est de la nouvelle génération et puise son inspiration dans le manuel Lightroom pour les nuls. Pour tout vous dire, je m’en fous un peu. Non, en fait, je m’en fous tout court. Le chemin, s’il est long, est aussi un parcours de solitaire. Le photographe a une double casquette. Il est à la fois son metteur en scène et son premier spectateur. C’est d’ailleurs à ça qu’on fait le tri entre le bon grain et l’ivraie, dans cette capacité à ne montrer aux yeux des autres que du très bon, à ses yeux. À ses yeux, le mot est lâché. La photographie c’est d’abord une question de regard, d’impertinence, d’ironie. En une photo, une seule, la messe doit être dite. C’est le regard plein de tendresse d’un vieux clebard sur une petite fille, par Fabrice Drevon. C’est une mariée en rouge par Gérald Géronimi. C’est un fada au regard halluciné qui scrute sa machine à laver, par Vincent Montibus. C’est une murène qui calcule la main du plongeur par Jean-Philippe Grémillot. C’est un ours au clair de lune, par Vincent Munier. C’est Harrison Ford dans un couloir du Crillon par Antoine Le Grand. C’est Miossec qui s’endort sur l’épaule de Cali par Claude Gassian. C’est Miossec, encore lui, dans la chambre 304 de l’hôtel Vauban par Richard Dumas. C’est un temple au Cambodge par David Grimbert. C’est simplement le rock, incarné dans le portrait de Joe Strummer, par Richard Bellia en 1989. Des jeunes, des moins jeunes, la photo c’est pas une question de g-g-g-generation, en fait. Un soir, on m’a interpellé à la fin d’un concert, pour que je donne un conseil. J’aurais volontiers conseillé d’arrêter la photo et de reprendre la poterie ou le macramé. J’ai rien dit, j’ai juste bafouillé deux ou trois excuses, pas le temps, beaucoup de taff et je me suis éclipsé. J’ai repris la route, ma route. Long is the road. Jeunes ou pas, la photo n’est ni une question de génération et encore moins d’outil. Lightroom ne vous sauvera pas la vie. Il vous donnera tout au plus l’impression d’avoir du style. Et comme disait Vian, ce sera une impression fosse. Car il vous manquera toujours ce petit rien. Ce petit rien admirable qu’on appelle un œil.

• Cliché : Richard BELLIA, reproduit ici avec l’aimable autorisation de l’auteur.

• Special thanks à Richard Bellia, photographe de rock, qui sort actuellement un livre de clichés sur le thème “Sex & rock’n roll 1984-2010″.

cliquez ici pour voir le site de Richard Bellia.

Les dix commandements du photographe de concerts


1- En mode manuel tu travailleras
La photographie est un art subtil, un équilibre délicat entre une dose de lumière, un cadrage, une vitesse de prise de vue. Pour la photo de concerts, c’est encore plus vrai, encore plus complexe, parce que tout va vite, parce que le sujet bouge, parfois avec violence, dans une ambiance lumineuse souvent drastique. Il n’y a pas d’autre alternative que le mode manuel. Ceux qui te diront le contraire sont à côté de leurs pompes ou alors ils ont choisi la voie de la facilité, voire les deux. Parce que les modes priorités (ouverture ou vitesse) sont des modes automatiques qui ne disent pas leur nom et qu’en plus c’est très casse-gueule. D’ailleurs, quand je shoote en concert, il m’arrive parfois d’observer les photographes, quand il y en a. Si le pouce et l’index ne travaillent pas ensemble, l’un pour régler le diaph, l’autre pour la vitesse, c’est que le gazier est en mode semi-auto. Facile, on régle sur la plus grande ouverture et roulez jeunesse ! Sauf que la photo de concert, ça ne marche pas comme ça. Il faut savoir anticiper, observer les lumières, prévoir leur état à venir. Maintenant, à l’instant T tu es à 1/80ème et tu es sous-ex, dans deux secondes tu seras équilibré, une seconde plus tard tu seras sur-ex. Pas facile hein ? Non, pas facile. Mais quand c’est dans la boîte, tu sais ce que tu as fait ton taff.

2- En format RAW tu shooteras
En numérique, le format RAW permet tellement de choses fantastiques. Le RAW c’est un peu comme une machine à voyager dans le temps, la possibilité de corriger des erreurs ou de changer d’avis, sur la balance des blancs par exemple. Le RAW c’est aussi la possibilité de sauver un cliché. En fait, le format RAW n’est pas une option, c’est pour le coup un vrai commandement. Tu shooteras en RAW, tu ne discuteras pas et pis c’est tout. Si ton boîtier le permet, tu auras deux cartes. Sur mon D3s par exemple, j’ai une Sandisk Extreme 32Go qui stocke mes fichiers RAW et une 16Go qui stocke mes fichiers jpeg, dont je ne me sers d’ailleurs quasiment jamais. C’est une sécurité, comme un backup, au cas où l’enregistrement sur la carte dédiée au RAW merderait, ce qui ne m’est jamais arrivé.

3- En focale variable tu travailleras
Dans les petites salles il existe rarement des fosses réservées aux photographes. Alors tu choisis ton camp, jardin ou cour et tu n’en bouges plus. Les focales fixes offrent d’être généralement plus lumineuses mais les focales variables permettent de faire varier le cadrage sans bouger de l’endroit où on s’est planté. Pour moi c’est la meilleure option et c’est celle que je conseille. Dans une petite salle, un calibre 16-35 convient bien, sur une salle moyenne on opte plutôt pour un trans-standard comme le 24-120 (ou le 24-105) alors qu’en festival ou sur des salles vastes on tape plutôt au 70-200. Côté sac, fourre-tout, pas vraiment de solution idéale. La chestvest de Newswear, la ceinture Light belt de Lowepro équipée d’étuis Sliplock, sont de bonnes alternatives pour avoir son matos sur soi sans trop d’encombrement.

4- Les conditions difficiles tu privilégieras
La vie d’un photographe de concerts n’est pas un fleuve tranquille. J’aime particulièrement les petites salles, celles dont je dis souvent qu’elles sentent la bière et l’animal, pour paraphraser Miossec. Ambiance moite, lights difficiles, évolution compliquée dans le public, ça bouge dans tous les sens, parfois ça pogotte. En fait j’adore quand ça pogotte, j’ai vraiment le sentiment d’être dedans, il y a autant d’images à shooter sur scène que dans le public. J’ai comme ça quelques souvenirs de concerts épiques, porté par la foule. Les Bérus, Mass Hysteria, Aqme, au Vauban, c’était dantesque. Plus c’est difficile, plus la barre est haute, plus le plaisir de ramener de la belle image est intense.

5- En couleurs tu travailleras
Le concert, c’est la vie et la vie c’est la couleur. Il n’y a rien de plus beau qu’une belle image de concert pleine de couleurs. Et là tu me dis : “et le noir et blanc alors ?” Tu feras du noir et blanc quand le noir et blanc t’appelleras. Un jour, tu verras une image et tu sauras qu’elle s’impose en noir et blanc, mais attention ! Si tu crois que passer un cliché de la couleur au black and white va te permettre de rattraper le coup d’un cliché pourri, ce que tu te goures mon jeune ami ! Un cliché pourri en couleurs sera pourri en noir et blanc, mais rassure-toi. L’inverse est vrai. Et puis passer une photo couleurs en noir et blanc juste pour faire style (prononcez staïle), ça ne trompe personne.

6- Ton niveau d’exigence sans cesse tu relèveras
Il est long le chemin et les pièges nombreux, comme disait ce cher Étienne (Daho). C’est peut-être le côté le plus passionnant du parcours photographique, ce sentiment de toujours pouvoir progresser. Sois exigent. Tout le temps. Dans tes réglages, dans le choix de ton matériel, dans tes cadrages. Ne laisse rien passer. Et, surtout, ne compte pas trop sur le post-traitement pour rattraper les coups foireux. Un bon cliché, c’est brut de capteur. Zéro bidouille. De toutes façons une image moulinée à l’excès dans Lightroom et consorts, elle se reconnaît de loin et encore une fois ce genre d’image ne trompe personne, aucun pro de l’image en tout cas. En plus, le côté pervers de ce genre de moulinette, c’est qu’au final toutes tes images, à terme, se ressemblent. Et comme nombre de photographes utilisent les mêmes ficelles, tes images ressemblent aussi à celles du voisin.

7- Le meilleur seulement tu montreras
Tu as un privilège. Tu es à la fois metteur en scène, cadreur, directeur de la photo et en plus tu es ton premier spectateur. Quand tu dérushes, tu dois savoir immédiatement ce qui te fait vibrer, tu dois voir l’image qui fait wouah ! Sur de nombreux sites internet, on peut voir des galeries de photos de concerts avec vingt ou trente photos, c’est un signe qui ne trompe pas. Bien souvent d’ailleurs, plusieurs photos se ressemblent, l’hésitation à choisir entre tel ou tel cliché est palpable, on sent bien que le photographe n’a pas su se décider. Si tu n’as pas d’œil pour choisir le meilleur du meilleur, si tu ne sais pas et que tu optes pour la solution de facilité, c’est à dire de montrer tout et en vrac, tu mets à côté. Un conseil. Relis le sixième commandement.

8- Jamais tes clichés gratuitement tu ne donneras
Premier constat. Si tu fais de la photo de concert en espérant approcher des artistes au plus près et soigner ton égo, tu risques d’être vachement déçu. J’ai couvert beaucoup de concerts et à deux ou trois rares exceptions je ne compte pas d’ami dans ce milieu. Je fais très peu de tirages papier et par voie de conséquence il ne circule que très peu de tirages originaux. Je ne transmets jamais de fichiers haute déf. La photographie c’est mon travail et je ne travaille pas gratuitement. Donner ses photos c’est pervertir le système. Si tu veux être crédible, ne joue pas à ça.

9- Les artistes, le public, la prod tu respecteras
En règle générale, les photographes ont ce privilège d’obtenir une accréditation gratuite, ce qui est somme toute normale. Personne ne paye pour travailler. En revanche, une fois dans la place, je mets un point d’honneur à respecter les gens, simplement. D’abord les artistes, sans qui, naturellement, rien de toute cette magie n’existerait. Il est des artistes qui ne sont pas gênés par la présence de photographes, il en est même qui en jouent, qui s’en amusent. J’ai en mémoire des concerts épiques (avec Bryan Ferry par exemple), où la complicité était vraiment palpable et les photos sont à la hauteur de ce choc émotionnel. D’autres peuvent être gênés, voire angoissés par la présence d’un photographe. Il faut sentir le truc et s’adapter. Dans le pire des cas, il faut s’en aller, quitter la salle. Ensuite le public, qui paye sa place, lui. Si j’occupe une chaise, qu’il ne reste aucune place disponible, je laisse ma place. J’évite de bousculer le public, je ne fais pas le forcing pour accéder au premier rang. Et le respect c’est aussi d’applaudir l’artiste, avec le public. Enfin, la production, toute cette équipe, du producteur en passant par les ingés son, les lighteux, les roadies, bref, toutes celles et tout ceux qui font du spectacle vivant une réalité, qui prennent des risques financiers, humains. Du respect, de la discrétion vis à vis des gens, de tous ces gens grâce à qui nous, photographes, nous avons le privilège de travailler dans de bonnes conditions.

10- Ton chemin seul tu traceras
C’est le dixième commandement, c’est le dernier et c’est aussi le premier. Et il vaut pour vous toutes et tous qui lisez ces lignes. Vous serez seuls. Vous ne pourrez compter que sur vous-même et dans votre enfer personne ne vous entendra crier. Le photographe est un être solitaire par définition. Même très entouré, quand l’œil se rive au viseur, quand la scène se cadre dans l’attente de l’instant, plus rien n’existe, on est comme un autiste, seul et isolé dans son monde. Tout va très vite, la photo de scène c’est difficile, c’est complexe, on essaie de se souvenir des conseils et finalement on s’aperçoit qu’on n’en n’a gardé que quelques trucs basiques. Parce que finalement, on trace sa route tout seul, le boîtier en mains, on croise des gens qui au fil du temps vous reconnaissent. Quand vous arrivez dans un lieu et que le patron de lieux vous dit “Tiens, voilà le photographe“, quand un artiste vous offre un regard, un sourire, l’air de rien, comme s’il vous disait “Allez ! Prends ça et fais toi plaisir !” et quand quelques temps plus tard ce même artiste vous dit, en confidence “Vous me montrez beaucoup plus beau que je ne le suis dans la réalité !”, quand des gens du public vous sourient, quand une gamine vous dit “J’adore vos photos de Brian Molko !” ou qu’un barman vous offre une limonade (ah ! J’allais oublier ! Jamais d’alcool avant un concert… Pendant non plus d’ailleurs !) alors vous savez que vous êtes accepté, intégré, assimilé. Voilà. La route est dégagée et ton aventure peut commencer. Long is the road.

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