Mansfield Tya. Dans les bras de Nyx, déesse de la nuit.

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Je suis sorti secoué, lessivé, éreinté, essoré, subjugué du set de Mansfield Tya. Depuis, j’essaie (vainement) de reprendre mes esprits, en écoutant notamment NYX, le nouvel opus des deux damoiselles du duo nantais. Un signe qui ne trompe point. Bon, déjà il y a quelques mois, j’avais eu l’occasion d’approcher l’univers musical de ce groupe totalement atypique, d’effleurer la beauté, la douceur vénéneuse et la violence de leurs compositions. J’avais écrit un billet pour le site du Vauban sur la venue du groupe en octobre à l’invitation des filles de CoNNe AcTioN et là j’avais pris, coup sur coup, deux titres en pleine gueule. Animal, d’abord, une composition étrange, un univers étrangement fascinant, mélange de voix baroques et de pizzicatos violonesques assumés avec une assurance parfaitement maîtrisée et là je m’étais dit, en me parlant à moi-même, mais putain, what the fuck, on ne m’avait donc rien dit ? Et puis par dessus, il y avait eu un autre titre qui a tourné en boucle, à la fois sur le site du Vauban et dans ma tête pendant des mois et il ne fut pas rare que l’envie me prenne de fredonner “il n’y a pas d’étoiles sur le plafond…” régulièrement dans la journée, ce qui agaçait considérablement mon entourage. Bref. J’étais accro. Mansfield Tya était entré dans ma tête, par la grande porte, sans effraction, avec douceur et volupté, instillé dans mes veines comme un divin poison. Comme j’aime, en somme.

Et puis il y a eu le set du Vauban. Sur scène, deux synthés, une batterie et deux filles, Julia et Carla. L’une vocalise pendant que l’autre s’applique, désinvolte mais consciencieuse sur son violon et là, dès la première note, Ô mes petits frères et sœurs ! Un frisson qui m’envahit le cortex, me secoue la carlingue de haut en bas, quelque chose d’indéfinissable, de doux et en même temps de violent, comme une passion, un feu, une petite mort, un ange exterminateur. Mansfield Tya c’est une tornade, un truc qui te prend, te soulève et qui ne te lâche plus. Ça passe ou ça casse. Soit on aime, radicalement, soit on déteste définitivement, mais avec elles, pas de juste milieu, pas de peut-être, de oui pourquoi pas ? Ça n’évoque rien, c’est à la fois de la pop, mâtinée de son baroque qu’on croirait tout droit venu de temps lointains, à voir ces deux filles faire tout avec brio on pense au son rock minimaliste des White stripes et puis non, ça repart un peu plus loin, je ferme les yeux et la complainte des voix me rappelle la douceur des filles du trio Au revoir Simone, mais pas pour très longtemps parce que Julia est déjà à la batterie et cogne sur ses fûts comme une furie, mais toujours avec élégance. Totalement désinvolte, cette Julia, c’est marrant elle me rappelle vaguement quelqu’un, croisé aux Vieilles Charrues, dans un univers parallèle, sans doute. Mansfield Tya me tient et ne me lâchera plus. Une petite heure à peine et l’oiseau s’est (déjà) envolé. C’est d’ailleurs le seul (petit) reproche qu’on pourra faire au duo, on ressort un peu frustré tellement c’était bien, tellement c’était bon, tellement qu’on a envie d’en reprendre encore un peu, comme quand on a envie de lécher le fond de la casserole avec ses doigts, avec gourmandise, mais non, enough is too much, c’est fini et putain ! C’était vraiment bon…

Finalement on ne pouvait imaginer meilleure ouverture que Mansfield Tya pour cette première édition d’Astropolis collection Hiver. J’ai rencontré Julia, après le set, elle et son regard bleu azur. Je lui ai dit que j’avais cru croiser son chemin par le passé et elle m’a regardé en souriant avant d’ajouter : “Ah ! Je vois que vous avez rencontré ma sœur…” Je n’ai pas insisté et puis j’ai balancé un hasardeux “j’aime beaucoup ce que vous faites” avant d’essayer de ma rattraper maladroitement sur un truc aussi convenu (en deux mots). Julia, aussi lumineuse à la ville qu’à la scène, pas la peine d’en rajouter. Putain de concert. Mansfield Tya est entré dans mon Panthéon musical, en douceur, avec l’élégance définitive qui est la marque de fabrique de ce duo intemporel. Entre Miossec et Bashung, entre Gainsbourg et Daho, Florent Marchet et François Audrain, Romain Humeau et Eiffel, entre Mozart et Au revoir Simone, il y a désormais Mansfield Tya, regard bleuté, mélange sublime de voix et délicieuses bidouilles sonores qui m’emportent ailleurs, loin d’ici, dans les bras de Nyx, déesse de la nuit…

voir le site internet de Mansfield Tya

voir l’article et des vidéos sur le site du Cabaret Vauban

Petit exercice de photographie. Le jeu des 36 poses.

brest-le-port-de-commerce-sep-2011-herve-le-gallAh ! C’était mieux avant, l’argentique, la pelloche, on n’avait pas accès aux images tout de suite, on prenait son temps, bla bla bla… En même temps, c’est pas faux. Seulement voilà. On est en 2011, tous les photographes ou presque sont passés au numérique, à l’exception de quelques irréductibles qui résistent encore et toujours à l’envahisseur. D’ailleurs, entre nous j’en fais partie. De temps en temps je sors une TriX du frigo, je la loge dans mon Canon F1n et je vais la cramer, en concert ou ailleurs. Et puis je reviens à la maison et je développe ma pellicule, souvent avec plusieurs semaines de décalage, comme au bon vieux temps quoi ! Et puis je découvre le négatif, que je scanne. Je me raccroche ainsi au wagon du numérique, en quelque sorte. Et là vous me dites, un brin goguenard : “tout ça c’est bien joli, mais nous on est en numérique !” Et là j’ai envie de vous dire et alors ? Et si on oubliait deux secondes que votre reflex est numérique. Si on imaginait deux secondes que votre carte numérique est une pellicule virtuelle ? Ça vous branche ? Venez, on va jouer au jeu des 36 poses. Non seulement vous allez vous amuser, mais en plus vous allez devenir meilleur.

Le matériel
Alors, on a besoin de quoi pour jouer au jeu des 36 poses ? Pas grand chose au fond. D’abord on a besoin d’un appareil photo numérique, plutôt un reflex à objectif interchangeable. Sur ce reflex, montez un 50mm. Pourquoi un 50mm ? Parce que c’est une focale standard, c’est aussi l’un des cailloux les plus produits, on en trouve à pas cher dans presque toutes les crèmeries. Tenez, au hasard, si vous êtes équipés en Canon, la marque rouge produit un très bon standard 50mm f1,8 pour un prix très abordable (autour de 100€, de mémoire). Idem par ailleurs chez Nikon. Vous aurez aussi besoin d’une carte mémoire, un ou deux giga seront largement suffisants. Alors, je récapitule. Un reflex, un objectif 50mm, une carte mémoire. Vous êtes paré, il ne manque plus que vous et un peu de votre temps.

La règle du jeu
La règle du jeu est toute simple. On peut jouer tout seul, ou à plusieurs. D’abord, logez votre carte mémoire dans votre reflex et partez vous promener. Vous pouvez aller où vous voulez, photographier ce que vous voulez, le sujet n’a aucune importance, le seul truc vraiment important c’est que ça vous inspire, que ça vous plaise, que vous vous sentiez bien. Vous disposez d’une pellicule virtuelle. Vous avez donc le droit à trente six poses, pas une de plus. Bien sûr vous n’êtes pas condamné à faire trente six poses, si vous avez fait dix huit photos ou vingt quatre et que vous êtes content, c’est bien aussi. Il y a deux choses que vous n’avez pas le droit de faire, dans ce jeu. Vous ne pouvez pas visualiser les photos déjà faites. Vous ne pouvez pas non plus effacer une photo déjà faite. Enfin, débrayez tous les automatismes de votre reflex. Passez en mode manuel pour le réglage du diaphragme et de la vitesse et débrayez l’autofocus. Réglez la sensibilité de votre choix, selon le moment de la journée (entre 100 et 400 iso, ça devrait aller) et n’en changez plus. Voilà. À partir de maintenant, vous êtes le patron, c’est vous qui décidez, votre viseur est le prolongement de votre œil. Une fois que vous avez assimilé et admis les règles du jeu, vous êtes prêt. Ou presque.

Quelques conseils avant de vous lancer
Choisissez un thème qui vous inspire. Moi par exemple, j’aime la ville. Ici, chez moi à Brest, les sujets d’inspiration sont nombreux. Dès qu’un sujet accroche mon œil, je construis une image mentalement. Parfois, ça va vite. Un chien noir qui descend un escalier, c’est difficile de lui demander de s’arrêter pour prendre la pose… J’aime bien aussi me balader sur le port de commerce, un lieu qui mélange les grues industrielles bleues et orangées avec les petits bateaux de marins pêcheurs. Prenez votre temps, respirez, laissez vous envahir par l’image, soyez vous-même (et avec soi-même on ne triche pas). Eloignez votre index de l’obturateur, construisez votre image à travers le viseur, réfléchissez à ce que vous avez envie de montrer, à la façon dont vous voulez le montrer. Et encore une fois, au risque de me répéter, prenez votre temps, votre respiration. Adaptez vos réglages à ce que vous avez envie de montrer, jouez avec le diaphragme, les profondeurs de champs, la vitesse, le cadrage et lorsque vous êtes prêt, et surtout que vous en avez envie, déclenchez. C’est dans la boîte.

La régle des 60.
Dans ce jeu, pas de gagnant, pas de perdant. Regardez vos clichés, un par un. Le privilège du photographe, finalement, il est là. Être à la fois son metteur en scène et son premier spectateur. Si ce que vous voyez vous plaît, brut de pomme, alors c’est gagné. Sinon une règle consistant à établir que 60% des clichés réalisés doivent vous donner satisfaction est un bon postulat, ça permet de placer la barre plutôt à bonne hauteur. Sur trente six poses, ça signifie avoir entre 21 et 22 bons ou très bons clichés et j’en conviens c’est pas aisé. Encore une fois, tout cela n’est qu’un jeu. Le fait d’évoluer en mode manuel, de piloter à vue, de penser, de se poser, de réfléchir au cadrage, aux réglages, vous verrez c’est un exercice très enrichissant, un parcours solitaire où l’avis des autres n’a strictement aucune importance. Ce qui a de l’importance, en photographie, c’est vous, votre avis, votre regard. Tout le reste, le bla bla académique, on s’en balance. Voilà. Bonne promenade photographique et surtout amusez-vous bien. Et que la passion de votre œil transpire à travers vos clichés. Ah ! Une dernière chose. Faites imprimer vos meilleurs clichés dans un laboratoire de qualité et offrez-les à des gens que vous aimez. Leur regard qui s’éclaire à la vue de vos photographies sera votre meilleure récompense et vous saurez alors qu’à ce petit jeu, il y a plus d’un gagnant…

Réseaux sociaux. Le nouveau café du commerce.

reseaux-sociaux-expression-libre-shots-2011Comment ? Tu n’as pas une page Facebook, pas de compte Twitter, pas de compte LinkedIn, pas de compte Google+ et autre Viadeo, tu n’es pas présent sur les réseaux sociaux ? Tu n’es pas connecté à internet, tu ne te montres pas sur un blog, un tumblr, un site web ? Tu ne te partages pas au monde des vivants, en clair, tu n’existes pas, quoi ? Ah ! Exister. La belle affaire ! Tu n’as pas de blog, tu n’es donc pas highly influential. Comme me l’avait suggéré un jour un blogueur dont je tairais le nom, par simple élégance élémentaire et qui parle de lui à la troisième personne, « tu reviendras le voir le jour où tu auras un nombre de followers à quatre chiffres et tu prieras le ciel pour qu’il ait la bonté de retweeter un de tes messages. » Amusant, quand on sait que le blogueur en question fait des pieds et des mains (surtout des pieds d’ailleurs) pour se faire une petite réputation de langue de vipère dans le milieu mondain, un monde cloisonné dans lequel, le pauvre, il n’entrera jamais, à son grand dam. Et il en est ainsi de tous les milieux. Dans le cercle très fermé de la mode, par exemple, quelques blogueuses anonymes se sont faites un nom ou un prénom, voire un pseudonyme chic, devenant du jour au lendemain des gossip girls très écoutées, malgré une dialectique souvent pauvre voire pathétique, suivies au corps par des hordes de gamines ou de ménagères de moins de cinquante ans désespérées, rêvant de beaux genoux et de concours très sélects, pour enfin rejoindre le gotha, l’élite, le strass et les paillettes world wide de quelques mannequins filiformes, suicidaires et anorexiques. Las ! Le business carnassier de la presse féminine a tôt fait de les rattraper à grands coups d’échantillons promotionnels et de chèques rédigés en euro. Idem pour la photographie où quelques blogueurs se sont vus rétribuer pour la bienveillante publication d’un banc d’essai sur tel ou tel nouveau produit. Ici, à Shots.fr il ne se passe pas une semaine sans que je ne reçoive une proposition de ce genre, même si les annonceurs mettent un bémol, un gros bémol, compte tenu de la réputation de foutu caractère du taulier et c’est un euphémisme. Les attachés de presse et autres agences PR qui passent leur temps à distribuer des feuilles de papier blanc avec leur sourire ultra brite se méfient comme de la peste de ce photographe blogueur breton, qui, s’il ne manque ni de générosité ni de noblesse, n’est quand même pas né de la dernière pluie, fut-elle brestoise… D’ailleurs, à y regarder de plus près, sur Shots j’écris ce que je pense, ce que je ressens, souvent sans trop d’états d’âme mais toujours avec sincérité, c’est toujours ça de pris, comme disait Virginie. Chacun vient ici chercher des réponses et y trouve ce qu’il veut. Je ne me verrais pas casser un matériel, en encenser un autre, même avec la perspective d’un gros chèque. Je n’ai pas de chapelle. Lorsqu’un matériel photo m’emballe, je le dis. Le truc, c’est que l’inverse est également vrai…

Aujourd’hui, finalement, j’ai l’impression qu’on est à la croisée des chemins numériques. D’un côté la photo se dématérialise, de l’autre les réseaux sociaux permettent de partager son travail. Partager son travail, mouais ! Partager, c’est souvent plutôt montrer, et, j’ai même envie de préciser, de se montrer. C’est plutôt la course du moi. Tiens, un conseil en passant, aux photographes en herbe. Plutôt que de montrer des tonnes de photos moyennes, soyez donc ultra sélectif, montrez uniquement ce qui parle à votre œil et ne comptez pas sur les autres pour faire le tri, partager le bon grain de l’ivraie. Montre-moi les photos que tu montres et je te dirai quel photographe tu es. Ou pas. Ne pas savoir choisir, c’est déjà un aveu de faiblesse. Et puis tant qu’on y est, dites-vous que l’avis des autres, de votre mère, de votre sœur, de votre meilleur ami, de votre boy friend, de votre concierge, on s’en fout ! Adressez-vous plutôt à un pro ou à quelqu’un qui sait lire une image. L’avis du quidam lambda qui s’extasie dès lors qu’une photo est nette et que les couleurs sont jolies, c’est sûrement bon pour votre égo, certes, mais ça ne vous fera pas avancer. Je sais, j’en entends déjà hurler à la lecture de ce billet, ceux-là clament simplement leur douleur de ne pas exister. Dans ce milieu de la photo c’est comme partout ailleurs. Il ne suffit pas de créer pour exister. Et c’est pas facile d’exister, hein ? D’autant qu’aujourd’hui, finalement, il suffit d’appuyer sur un déclencheur et de publier sa photo sur une page Facebook pour avoir le sentiment d’être, subtile illusion. Pour faire partie de la meute, au moins en apparence. Car en vérité, les images diffusées sont souvent, j’allais dire majoritairement, d’une pauvreté, d’une banalité navrante. C’est la raison pour laquelle je refuse systématiquement de donner mon avis, chaque fois qu’il est sollicité. Il m’est arrivé de me fâcher avec des photographes à qui j’avais simplement répondu : « Vous êtes vraiment sûr de vouloir mon avis ? » alors vous imaginez ce qui serait arrivé si j’avais vraiment donné mon avis ?

Et je ne vous parle même pas de ces réseaux, comme Twitter, où l’on peut se retrouver rapidement au centre d’un pogrom virtuel et numérique parce qu’on a cessé de suivre untel au seul prétexte qu’on pense qu’il n’a simplement rien d’intéressant à dire. Parce que voilà, les réseaux sociaux, c’est du partage mais on n’est pas condamné à partager systématiquement toutes les banalités que les autres ont à dire. Partager, c’est aussi le droit de choisir. Finalement, les réseaux sociaux sont un bien curieux miroir aux alouettes, un endroit où les gens ont l’impression d’exister au seul comptage très illusoire de leurs « amis » ou de leurs « abonnés ». Ah ! Où est-il, le café du commerce, où l’on venait refaire le monde, où l’on pouvait copieusement s’avoiner, entre un jambon beurre, un œuf coque, deux chips, trois cacahuètes, un demi et un p’tit crème ? Tout fout l’camp ma bonne dame… Mais rassurez-vous. L’essentiel demeure.

SNCF et Leica. La prochaine fois, tu prendras le bus.

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Ce matin, en lisant mon quotidien pendant le petit déjeuner, je suis tombé sur cette pub pour la SNCF. Un slogan qui accroche le regard, pour vendre un trajet à petit prix. Bon, c’est vrai qu’un Brest-Paris en TGV à 22€ c’est pas la ruine. Non, ce qui m’a amusé c’est l’utilisation de l’accroche photographique. Partez avec des a priori, revenez avec des clichés. Bien vu. En revanche, pour illustrer le côté cheap du cliché, l’agence de pub aurait pu trouver mieux. Je ne sais pas moi, un vieil Instamatic des années 70 ou un vieux reflex décati. Non, pour illustrer ce qui va vous permettre de revenir avec des clichés de vos longs voyages en train, la SNCF ne vous propose rien d’autre qu’un Leica et pas n’importe quel Leica, le nouveau M9 numérique, probablement le boîtier le plus coûteux de sa catégorie puisque de mémoire son prix tarif (désolé pour l’approximatif, je ne suis pas client Leica) avoisine les 5000€. Simple ignorance ou petit clin d’œil cynique de l’agence de pub, le choix de Leica M9 pour illustrer une pub pour un produit low cost fera sûrement sourire plus d’un photographe. Pas sûr cependant que cet humour soit du goût de la marque teutonne, de se voir ainsi associée à un produit d’entrée de gamme. Qu’importe la marque et le prix du boîtier. Car finalement, pour faire une bonne photo, ce qui compte d’abord c’est l’œil, pas le prix du ticket.

Pour beaucoup l’objectif est d’arriver à la bonne heure, pour réussir son voyage et avoir accès au bonheur.” (Grand corps malade, les Voyages en train)

Nikon D3s. C’est pas parce qu’on n’a rien à dire…

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Dingue. Dix jours que j’ai pas écrit un mot. Dix jours que, finalement, je n’ai RIEN à dire. Je reçois des emails de protestation de lecteurs de Shots. Ben alors ? Depuis que tu as un D3s t’as plus rien à dire, Harvey ? Eh bien t’es pas tombé loin mon ami… Bon, bien sûr, je pourrais faire comme un paquet de blogueurs, avec la vieille recette du pompage de billets. Savez-vous que d’après machin, Canon s’apprêterait à sortir un boîtier de 42 millions de pixels avec génération automatique de flux vidéos en format RAW natif ? Si, si, c’est ma belle-sœur qui lit régulièrement un site de rumeurs qui me l’a dit. Non franchement, pomper du flux pour soigner mon ego et enrichir mon flux RSS ? Pas pour moi. De toutes façons, mon ego, aussi rikiki soit-il, se porte bien sans relayer toutes les conneries du net. De vous à moi, je lis très peu les blogs, surtout les blogs de photographes. Un photographe c’est là pour faire des photos, pas pour écrire du bla-bla, à quelques très rares exceptions prêts, suivez mon regard. À l’affirmation “j’aime beaucoup ce que vous faites, Monsieur Le Gall !” toujours éviter de répondre “oui j’aime aussi beaucoup ce que je fais” ça ne passe pas. Bon, où en étais-je ? Ah oui c’est ça. Vous avez raison, chers lecteurs et lectrices assidûs de Shots, ça fait une petite dizaine de jours que je n’ai pas écrit le moindre mot, enfin ici je veux dire. Ici, parce que ma vie ne se résume pas à Shots, quand même. J’ai aussi une vie en dehors de ce blog et même une vie sociale. Je ne suis pas un geek enfoui dans sa tanière devant son iMac à traquer la moindre émotion nouvelle et technologique. D’ailleurs entre nous, côté émotions et technologies photographiques, c’est plutôt demi-molle comme on dit du côté du Vauban, à Brest même. Beau temps, mer belle et calme, l’electro-encéphalogramme de l’actualité photographique est proche de zéro. On attendait un petit signe du côté de Canon ou de Nikon au CES et finalement rien, nibbe, niante. Donc on fera comme tous les ans, hein ? On attendra sagement la prochaine manif’ planétaire, je crois que c’est en février. Les sites de rumeurs feront du flux et seront relayés par des blogueurs qui n’ont toujours rien à dire. Et ne vous en faites pas. Si en février il n’y a rien, on vous donnera rendez-vous en juin puis en septembre à la Photokina. Vous voulez mon avis ? Pas vraiment sûr que quiconque annonce quoique ce soit avant l’été. Et je vais vous dire franchement. Personnellement, je m’en tamponne.

Dix jours et pas un mot. Je vous ai dit que j’ai acheté un Nikon D3s ? Oui, bien sûr que je vous l’ai dit. Je l’ai reçu il y a dix jours. Un D3s avec un 70-200 2,8 VRII et ce fameux Nikkor 24-120 f4. Et justement ce matin j’ai reçu mon flash SB 900. Bon, le flash pour un photographe de concert, c’est comme le parapluie au Sahara, pas vraiment le genre d’accessoire très utile et même carrément honni, interdit, dont l’utilisation est prohibée. Mais en dehors de la scène, pour “déboucher les ombres” comme disait je ne sais plus quel photographe qui avait sans doute envie de se la péter, en éclairage d’appoint, un flash c’est quand même drôlement utile. Je vais beaucoup bosser là-dessus, dans les mois qui viennent. La gestion de la lumière, ça me fascine. Les photographes de concerts et d’une manière générale de spectacles, de reportages, utilisent souvent la lumière qu’on leur sert, avec plus ou moins de bonheur. Avec le flash, un ou plusieurs asservis et déportés, il y a des zones d’ombres à explorer, si j’ose dire. Bref, dix jours avec D3s et je n’ai rien à dire. RIEN. Je suis apaisé, en fait. Ce boîtier, je l’ai en main, je le sens bien. Chaque fois que j’ai shooté avec D3s en concert (Eiffel en décembre 2009 puis -M- en concert privé en décembre dernier) je pensais à une scène de l’excellent dessin animé “Kuzco” de Disney, lorsque Isma la vilaine interpelle Kronk le serviteur un peu décoiffé du bulbe en lui disant : “Tu sens la puissance Kronk ?” Voilà ça fait ça, en fait, d’avoir un D3s en main. C’est sentir la puissance au bout de son bras. On oublie vite le seul défaut du D3s, son poids, surtout quand il héberge le fabuleux Nikkor 70-200. Ministère de l’homme. Vous en avez, nous aussi. Que dire de D3s ? J’entends par là, est-ce que je pourrais balancer une saleté sur ce boîtier reflex numérique ? Est-ce qu’à un moment donné je l’ai pris en défaut ? Je pourrais peut-être évoquer que 12mp c’est pas terrible par rapport à 16 (et encore moins par rapport à 21 ou à 24), qu’avec ça je peux pas faire un agrandissement au delà de 30 par 40 ? C’est une blague tout ça. À un moment donné, il faut savoir se taire, accepter les évidences. Ce boîtier est au dessus du lot. Je ne connais pas un photographe professionnel sérieux, je veux dire un photographe de terrain, qui prétendra le contraire.
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Non il n’y a rien à dire sur D3s ou plus précisément, il n’y a rien à redire sur ce boîtier. Comptez sur moi. Si je trouve le moindre truc qui m’agace, je ne serai pas le dernier à en parler, mais pour le moment, la vue est dégagée, comme le soleil qui darde sur Brest ces jours-ci. D’ailleurs, dès que l’occasion se présente, j’embarque mon boîtier avec moi, histoire de lui faire prendre l’air et découvrir la Bretagne (que les japonais adorent, par ailleurs). En concert, sa capacité (que j’ai largement évoquée ici-même) à accrocher le point dans des conditions de lumière désastreuses ne finit pas de m’étonner. C’est net même quand il n’y a pas de lumière. Bizarrement, j’évite de monter au delà de 6400iso, je ne sais pas pourquoi ou plutôt si, je sais. C’est une forme de pudeur en fait, comme si une petite voix me disait qu’à 12800iso l’aventure est trop facile. Bon, soyons honnête. À 6400iso, il y aura toujours plus de grain qu’à 1600, voire 800iso. Et là j’entends des voix interloquées “Quoi ? Il y a du grain à 6400iso sur un D3s ?” Il y a un léger grain, oui, mais vraiment léger, comparé au grain de malade sur certains autres boîtiers, pas la peine de vous faire un dessin. Bon, sinon le reste, tout le reste est du même calibre. Les optiques quant à elles sont solides, rien à dire sur le 70-200 f2,8 qui suit le boîtier dans toutes les conditions, une mention spéciale (je ne me lasse pas de le répéter) au 24-120 f4. Cette optique trans-standard est aussi lumineuse qu’un caillou qui ouvre à f2,8 grâce au traitement nanocristal appliqué à chaque lentille. Une optique légère, pas trop chère, une plage focale idéale grand angle, petit zoom. Seul léger travers constaté (ah ! Quand même !), un léger vignettage à 24mm et à pleine ouverture, même si pour ma part j’aime bien cet effet un peu vintage, old style sur des clichés en noir et blanc. Il faudra quand même que je teste le Nikkor 14-24 f2,8 un de ces jours, mais j’attends d’abord d’avoir vraiment fait le tour complet du propriétaire et rien qu’avec le D3s il y a de quoi explorer.

C’est pas parce qu’on n’a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule, disait ce cher Michel Audiard avec la pointe d’ironie qui caractérisait son style inimitable. Dix jours sans rien écrire sur Shots et pendant ce temps, j’ai fait mentir Audiard. J’ai shooté quelques sets, dont Nolwenn Korbell Trio au Vauban, qui m’a bien scotché. Des concerts magnifiques se profilent dans les semaines qui viennent. Je vais être de retour sur le terrain, des contrées sauvages et splendides comme le Cabaret Vauban ou le Run ar Puñs, où les lumières se captent avec parcimonie et délicatesse ou encore à la Carène et son plan de feux dantesque. Dans tous les cas je sens que mon nouvel ami va se sentir à l’aise et qu’ensemble nous allons aller chercher de l’image, tout au bout de la nuit.

• photos : Nolwenn Korbell, Jean-Christophe Boccou (Nolwenn Korbell Trio). Cabaret Vauban, Brest janvier 2011 (Nikon D3s + Nikkor 70-200 2,8 VRII, 6400iso f3,2 1/250e).

Miossec. Brest Recouvrance, les quatre moulins, Marianne et moi.

miossec-brest-recouvrance-2010Samedi 9 octobre 2010. Je passe le pont de Recouvrance, ce qui est assez inhabituel. Quand je vais à Recouvrance, c’est vraiment que j’ai quelque chose à y faire, alors que je peux marcher rue de Siam sans d’autre but que de marcher. Le brestois (d’adoption) rive gauche que je suis ne traverse jamais la Penfeld sans une raison valable, même si j’ai le sentiment que les choses vont changer dans les années à venir, en particulier grâce au tram qui va relier la ville de part en part, lui (re)donner du souffle, lui insuffler une nouvelle énergie, notamment en aménageant le plateau des Capucins. J’aime bien Brest, à dire vrai. Donc me voilà à la mairie annexe des Quatre moulins, sur la hauteur de Recouvrance, où l’on inaugure des fresques murales à la gloire de la ville, du Brest même qu’on aime, de l’arsenal, des valeurs qui ont tenu cette ville vivante au fil du temps, même sous les bombes. Ici c’est Brest, ville debout. Pour l’occasion des enfants viennent réciter des haïkus, petits poèmes courts, odes à la gloire de leur ville, quelques instants de grâce à peine couverts par le bruit des voitures qui passent, parce que fresques ou pas, Brest continue de respirer. Et puis direction la mairie, où nous attend Miossec dans la salle des mariages, ça ne s’invente pas. Christophe Miossec, le parrain des fresques, qui va donner un mini-concert avec Manu Lann Huel, est un peu fébrile, comme d’hab’. Sous l’oeil bienveillant d’une Marianne côté jardin et côté cour du portrait en pied d’un gars dont le nom m’échappe, Miossec va nous offir un mini set, simplement accompagné d’un piano. La foule envahit la salle, discours express et plein d’humour de François Cuillandre, maire de Brest, qui nous assure que oui, les travaux du tramway finiront bien un jour ou l’autre. Dans un silence monacal, Miossec nous livre “Je m’en vais” suivi de deux titres de circonstance, un “Brest” dont les paroles résonnent d’une émotion particulière en ce lieu et puis “Recouvrance” comme une évidence, un titre qui a une saveur particulière, chargée de tant de choses, de souvenirs tenaces quand il est chanté ici-même. Applaudissements nourris, petit impair du maire adjoint de Brest qui propose aux invités de prendre un pot en attendant Manu. Erreur stratégique élémentaire, on ne propose jamais à un brestois de boire un coup alors que le concert n’est pas fini. Manu aura bien du mal à capter l’attention, entre deux flûtes de kir et un petit four. Il se consolera en m’apprenant que son spectacle prévu au Quartz de Brest en avril 2011 (avec Eric Le Lann et des invités) est déjà sold out et qu’une date supplémentaire a été prévue. Tandis que je papote avec Manu, j’observe Christophe qui dédicace à tour de bras, avec une constance épatante, avec le sourire, toujours. Il est content d’être là, ça se voit. D’ailleurs ici il est chez lui, à la maison. Seule ombre au tableau, une dame ne semble pas satisfaite du service. Je lui demande ce qui se passe, elle me répond qu’elle s’appelle Béatrice et que la dédicace mentionne : “à Béatrice Dalle, bien amicalement. Miossec.” Courroucée qu’elle est parce qu’elle ne s’appelle pas Dalle. On est tous morts de rire et la dame s’en va en maugréant. Du Miossec pur jus quoi. J’ai embarqué la set list avec les textes imprimés par Christophe, on n’est jamais trop prudent. Finalement le flux des amateurs d’autographes finit par se tarir. Encore quelques photos et Christophe Miossec peut aller fumer une clope. Je le salue et je repars, direction rive gauche. Ironie du sort, en passant le pont de Recouvrance, la radio passe un air connu. “Elle fait un pas, elle s’avance, elle me dit au revoir…

Supplique pour délocaliser le festival des Vieilles Charrues de Carhaix à Brest même.

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Bon, d’abord, qu’on le veuille ou non, Brest c’est quand même un peu plus couillu que Carhaix. Ici, à Brest même, on a vraiment des atouts que le petit bourg du centre Bretagne n’a pas et encore je ne parle même pas de l’étendue de notre belle cité, de son poids, de son indiscutable aura. Ne dit-on pas “tonnerre de Brest” quand on ne dit que “petit crachin à Carhaix“. Certes, en ce moment, avec les travaux dûs à la réalisation du tramway, je vous accorde que la radieuse cité du Ponant ressemble plus à Beyrouth en 75 qu’à une sémillante station balnéaire, mais comme ne cesse de le répéter not’ bon maire, vous allez voir ce que vous allez voir, quand les travaux seront finis en 2015, ça sera bien et tous les trous qu’on vous a fait, transformant Jaurés et Siam en gruyère, tout ces trous-là seront rebouchés, parole de Fanch. Non, franchement, de vous à moi, avec l’expansion que prend le festival des Vieilles Charrues d’année en année (songez que cette dix neuvième édition a compté près de 250.000 festivaliers, soit pratiquement toute la population brestoise) il est grand temps de songer désormais à passer le grand braquet. Et nous ici, à Brest même, le grand braquet on connaît, puisque je vous rappelle pour mémoire que notre cité accueillait il y a deux ans le départ du prestigieux tour de France, c’est quand même un signe. Bon, c’est sûr que côté infrastructures, nous, on n’a pas de champs et de plaines à perte de vue, mais comme dirait François C. “sur ce coup-là on peut toujours s’arranger !” Sur le port de Co on peut loger Xavier Grall au parc à chaînes à l’aise, raser un ou deux bâtiments industriels inutiles sur le port, dynamiter deux ou trois cuves de fioul dans la zone Seveso et voilà, on l’a notre Kerampuihl à nous. Et je ne parle même pas de notre réseau de salles de concerts ! Entre la Carène et sa jolie terrasse, le Vauban et son mythique tas d’charbon, la salle Surcouf, le Mac Orlan (en travaux mais ça devrait être fini d’ici 2015), le Comœdia (qui lui sera encore en travaux d’ici 2015) et Penfeld, Brest a vraiment des atouts indéniables. Ah ! Le Cabaret Breton sur la Place de la Liberté, ça aurait quand même une autre gueule, non ? Et puis nous, on n’aurait pas besoin de balancer trois pelletés de sable pour faire croire qu’on a une beach ! Des plages, ici, on en a tout plein, du Moulin blanc au Petit minou, les beach box chez nous, c’est notre grande spécialité. Bon, d’accord, je sais ce que vous allez me dire. Nous, on n’a pas les frères Morvan pour tracer le sillon. Non mais on a Miossec, Manu Lann Huel et les Goristes, excusez du peu. Et là vous me dites, oui, mais l’âme des Vieilles Charrues, elle sera à jamais associée à Carhaix, aux Carhaisiens et au Centre Bretagne. C’est pas faux. Depuis toutes ces années où je traîne mes Docs ou mes sandales Scholl sur la plaine, maugréant dans la boue quand il pleut, ahanant dans la poussière quand il fait soleil, jamais content mais toujours heureux, je ne peux que vous rejoindre sur ce point précis. Kerampuilh, mon amour, pour toujours et à jamais tu demeures à Carhaix. Ker Ahes, seul endroit au monde où peut battre le cœur d’un festival atypique, né un soir de déconne, de l’enthousiasme d’une bande de potes, il y a presque vingt ans… Ce festival n’existe que dans leurs yeux, que dans leur âme, chez eux, ici à Carhaix au centre du monde et nulle part ailleurs. Chaque année, j’attends le moment où je vais retrouver la plaine mais pas que. Ici, je viens chercher des visages, des figures, des regards et comme cette année, lorsque l’un d’entre eux n’est pas là, tout me semble dépeuplé, comme si ce festival n’existait vraiment que lorsque la bande de frères est au complet. Je redoute le moment où je vais les quitter, après quatre jours éreintants, le moment où je vais rentrer vers Brest, dans le silence assourdissant de la nuit. Je sais alors que je vais devoir attendre trois cent soixante jours avant de pouvoir savourer le privilège de revenir et de me sentir comme chez moi, là-bas. Je repense à la phrase prononcée à Berlin en 1963 par John Fitzgerald Kennedy : “Ich bin ein Berliner“. Il me tarde déjà de revenir à Kerampuilh, dans un peu moins de trois cent soixante jours. Un peu moins d’un an à patienter, à vous attendre, à espérer vos regards. Alors je pourrais enfin me le dire à nouveau, encore une fois. “Je suis un Carhaisien”.

Nouvelle vague au Vauban. Let’s dance on Joy Division (again).

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Back to Vauban. So happy. Après une (trop) longue absence, je suis de retour chez moi. Le sourire de Charles (mon ami, mon frère) qui m’accueille, des têtes familières qui renvoient un clin d’oeil, c’est trop cool de revenir à la maison après un break aussi long. Je retrouve les têtes blondes de Sonics, les kids n’ont pas pris une ride, Gildas et Matt gardent un enthousiasme intact, une même jubilation, une candeur qui font que leurs concerts ont une sonic’s touch que les autres n’ont pas, une ambiance faite de décontraction et de joyeuse déconne débridée. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, c’est la délicieuse Lætitia Shériff qui ouvre le bal, toute seule en scène, comme une grande. C’est bluesy mais jamais triste, c’est une voix tendre avec une pointe de désespoir contenu, ça me touche plus que je ne saurais le dire. Le demoiselle, qui a jeté un pont entre Lille et Rennes, prépare son troisième album que j’attends avec impatience. Chaque fois que je l’ai vue sur scène, seule et parfois même accompagnée (de Piers Faccini), j’ai à chaque fois ressenti le même frisson. “J’ai encore combien de temps ?” glisse Lætitia en fin de concert en se tournant vers le backstage. “Dix minutes ! Un quart d’heure ! Le temps que tu veux !” s’exclame Gildas, hilare. Un ou deux titres et Lætitia tire sa révérence. C’était chouette. Nouvelle vague revient sur la scène écarlate du Vauban, trois ans après une prestation qui m’avait secoué et décollé la pulpe du haut comme rarement. Ce soir-là j’avais mis dans la boîte quelques clichés du combo, dont quelques images affolantes et sexy de Mademoiselle, la grande Mademoiselle, Mélanie Pain et je n’en dirais pas plus car gentleman on est, gentleman on demeure. Je sais que Mélanie n’est plus là, qu’elle a été remplacée, mais ainsi va Nouvelle vague, une formule qui revisite des standards de la new wave façon bossa nova, d’où le nom. Improbable de reprendre “God save the queen, a fascist regim” en minaudant en acoustique. Si ce genre d’exercice vous fait bondir, c’est que vous n’avez pas pigé le concept. Retournez à la case départ des eighties, foutez-vous un casque sur la tête et allez vous morfondre sur les standards de la cold wave en pleurant la mort de Ian Curtis. Pour ma part (je veux dire old fuckin’ bastard des seventies élevé en son temps au pétard et à la Picon Pelforth), la cold wave m’a toujours laissé de marbre, alors je veux bien danser sur Joy Division comme le clament les Wombats. Mais revenons à nos brebis. Pheobe Killdeer est toujours là, fidèle au poste, avec une voix, un regard et un look toujours en décalage total avec la réalité et une petite brune avec une robe de princesse (ou de fée je ne sais pas trop) qui tourne le dos au public pendant le premier titre. Et puis, avant d’enquiller la suite, la miss (lol) se retourne et dévoile son joli petit minois. Mareva Galanter a donc pris la place de Mélanie Pain et rien que pour ça, on l’applaudit. Parce que c’est salement gonflé, de prendre la place de quelqu’un d’aussi talentueux, mais encore une fois, c’est la régle. Les filles passent, Nouvelle Vague demeure. Mareva minaude un peu mais Dieu me tripotte ! Qu’est-ce qu’elle bouge bien… Et pas que, elle chante bien aussi, voix juste, bien place, et je repense à Frandol “elle ira loin la petite nouvelle…Shake and moove. Mareva apporte une touche exotique et sexy, une moiteur des îles, mais sans le yukulélé. Tout le répertoire eighties y passe, avec des reprises aussi insupportables à mes oreilles gracieuses que les Dead Kennedys et bizarrement, traité façon bossa, ça en devient presque charmant. Même Joy division, qui distilla en son temps des textes et des mélodies d’une noirceur à se pendre (…), est repris avec un soupçon de mélancolie joyeuse par un Nouvelle Vague flamboyant et un public extatique. “Love, love will tear us apart, again.” Eh ouais, comme disait ce cher François Truffette, l’amour fait mal. Certes. Mais il disait aussi que les femmes sont magiques. Et ce soir, au Vauban, un soupçon d’ultra féminité mêlée à la candeur rock’n roll m’a envahi, laissant la nouvelle vague me submerger. De plaisir. En quittant le Vauban, dans la nuit brestoise, le titre des Wombats raisonne encore dans ma tête. “Let’s dance on Joy division and celebrate the irony, everything is going wrong, but we’re so happy. Yeah we’re so happy !

So happy.

voir les clichés de Nouvelle vague sur Cinquième nuit
voir les clichés de Nouvelle vague feat. Mareva Galanter sur Cinquième nuit

Coeur de pirate, à l’abordage avec Canon EOS 1D Mark IV !

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D’abord deux mots sur Coeur de Pirate, que je n’avais pas prévu de shooter à la Carène et puis l’arrivée mardi matin du 1D Mark IV et la frénétique envie d’aller au charbon m’ont convaincu de demander une accrèd pour le soir même. Au passage big up au service comm de la Carène, idem pour Astérios, Arsenal Prod. et Gloria qui m’ont permis de shooter la miss et de vous montrer le résultat. Coeur de pirate donc. Perso, j’étais resté coincé sur “et tu m’aimes en-encore” la chanson toute auréolée de sa victoire de la musique, option choix du public. Le public, il est là et la Carène est carrément blindée, sold out jusqu’aux yeux. Première partie (ne jamais oublier les premières parties) avec un groupe de là-bas, t’sais d’laut’ côté de la grande bleue. Chinatown est un groupe plutôt sympathique, avec un chanteur, comment vous dire ? Au look entre Patrick Watson et le gars de la Chanson du Dimanche. Le trio livre un set court et acoustique, avec des petites chansons pop rigolottes et légères, faisant rimer Pénélope avec pop pop. Une pop joyeuse et déconnante, comme ils savent en faire là-bas, dans la belle province. Et puis vient la demoiselle, souriante, avec ce juste ce qu’il faut de grâce, avec ce truc un peu troublant de femme-enfant, tatouée comme un membre de gang de L.A., sauf qu’à y regarder de près, les tatouages sont plus à son image qu’à celle d’une bikeuse méchamment estampillée Hell’s. Elle traîne avec elle une angine carabinée et pourtant elle va assurer son set, comme une vraie pro qu’elle semble déjà être. Le répertoire est assez varié, entre comptines pop envoyées avec beaucoup de pudeur et d’élégance au piano et ballade country, avec entre deux une chouette reprise de Phoenix, un groupe français comme la demoiselle s’amuse à le préciser. Les zicos sont efficaces mais cela n’étonnera personne si je vous dis que, sur scène, je n’ai vu qu’elle. On ne se refait pas. Béatrice Martin va rejoindre mon panthéon des Girls rock, où elle aura une place de choix, entre Ruyter Suys et Constance Verluca.

Côté matos, j’embarquais avec moi EOS 1D Mark IV, avec mon 70-200 2,8L IS (j’ai reçu le série II le lendemain) et un 24/105 f4. J’ai d’abord tapé quelques shoots en mode AV, histoire de voir et puis rapido en mode M, qui est le seul mode qui me convienne vraiment. Du côté des réglages, rien d’exotique : collimateur central, mode de mesure évaluative standard, balance des blancs standard, format RAW. Du côté des sensibilités, là non plus pas de plages hors-normes, j’ai shooté de 200 à 1600 iso. Il faut avoir l’honnêteté de se dire que du point de vue de la gestion des hautes sensibilités, les efforts déployés par Canon sont sans commune mesure avec les moyens engagés par Nikon. Celà dit, à 1600iso l’image me semble clean, il faudra que je teste ce week-end les sensibilités plus élevées. Du côté de l’autofocus, en revanche, Canon a fait de gros efforts et son nouveau haut de gamme obtient de réelles performances. J’ai shooté au moteur, impressionnant de taper de la rafale à 10 images par seconde mais à éviter pendant un silence ou un concert de jazz : ambiance garantie ! J’avais été refroidi (doux euphémisme) par la review de Rob Galbraith à propos de l’AF. De mon côté j’ai shooté des séries de dix clichés en one shot, la première était bonne, les neuf suivantes aussi. À tester en mode AI servo sur un énervé du micro (comme Iggy Pop). Le boîtier produit des RAW de 22 Mo que j’ai dérushé dans Lightroom. Un zoom à 100% confirme une certaine molesse de l’image qui disparaît dès qu’on accentue un peu l’image qui semble alors se révéler, j’allais dire dans toute sa splendeur. On retrouve ce qui fait le charme des images générées avec un capteur Canon, dans le ton, les nuances de couleur. En revanche, à 1600 iso, j’ai retrouvé ce qui m’avait tant agacé sur 5D Mark II. Même en point d’équilibre, à grande ouverture et à une vitesse inférieure à 1/200ème, les résultats peuvent être erratiques (cramages en séries). Je testerai ce point avec plus d’acuité dans les jours qui viennent.

Finalement, quand je regarde la série Coeur de pirate réalisée avec EOS 1D Mark IV, je suis plutôt soulagé. J’ai lu et entendu tellement de trucs sur le boîtier que j’avais hâte d’en avoir le coeur net. Canon a fait un véritable effort sur l’aspect AF qui réagit de manière instantanée, même dans certaines zones d’ombre et ça c’est plutôt la bonne nouvelle du jour. Reste à voir comment le boîtier se comporte sur un set plus secoué, avec d’autres conditions de lights. Vendredi et samedi je couvre l’excellent festival Yakayalé qui fête sa dixième édition avec une affiche qui me ravit. Eiffel (mon putain de groupe d’ahuris), Iggy et les Stooges, Archive, le brestois Mickaël Guerrand en ouverture (et plein d’autres), ça va le faire. L’occasion aussi d’en faire voir de toutes les couleurs au 1D IV sur lequel je vais monter (avec la complicité de Canon France) pour l’occasion, le nouveau 70-200 2,8L IS serie II. Et ce tandem là, à mon avis, ça va dépotter…

• merci spécial à la Carène (Brest) et à la prod (Astérios, Arsenal Prod.) et au management de Coeur de Pirate (Gloria) d’avoir rendu cette session possible. Et bien sûr merci à Canon France pour son soutien.

Atlantique jazz festival 2009. Archie Shepp le magnifique, au Quartz.

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Il n’a pas changé, depuis octobre 2004, quand je l’avais photographié au Vauban. Ce soir, sur la grande scène du Quartz, il a la même allure bonhomme, la démarche chaloupée, le pas prudent. On dirait qu’Archie Shepp s’économise, qu’il savoure la vie, qu’il mesure chaque note qui s’évapore de son sax ou de sa clarinette. Ils sont nombreux autour de lui pour cette Phat Jam, mélange de jazz et de slam, rien que du beau linge, dont Napoléon Maddox à la beat box ou Ronnie Lynn Patterson au Fender Rhodes. Gros son, donc, rythmé derrière les fûts par le classieux Hamid Drake croisé la veille au Vauban pour un set miraculeux. Ouaip ! Ils sont nombreux sur scène, mais moi je ne vois que lui, Archie le magnifique, point d’orgue de l’Atlantique Jazz Festival dont la bannière orne la façade du mythique Hôtel Vauban entièrement rénové, juste en face du Quartz. Un concert unique, suave et velouté, entre longues tirades au sax et chant entre root et blues, que dire d’autre que magique ? Le temps ne semble pas avoir de prise sur Archie Shepp. Et encore moins sur son pur talent.

• cliché inédit : Archie Shepp au Quartz, scène nationale de Brest
voir les clichés du concert sur Cinquième nuit

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