Nikon D4. Quelques jours avec moi.

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On m’a prévenu au dernier moment. Comme un gamin à qui on veut préserver l’effet de surprise, à qui on donne son jouet juste après le douzième coup de minuit, le soir de Noël. Un gamin, c’est ce que je suis resté finalement et ça me va. D’ailleurs je crois que ça vaut pour tous les gens qui créent et travaillent de la matière et c’est particulièrement vrai en photographie. Il faut garder son regard d’enfant, adopter une nette distanciation avec les choses et surtout, surtout, ne pas se prendre trop au sérieux. C’est comme ça que l’email de Nikon France est tombé, un lundi après-midi. Un Nikon D4 était donc en route pour Brest, j’allais pouvoir tester le successeur de D3s, trois mois après son annonce j’allais avoir en mains le nouveau fleuron de la marque jaune et lui en faire voir de toutes les couleurs. J’étais un peu fébrile, mais sans plus. Après tout, j’ai dans ma besace un Nikon D3s depuis plus d’un an, alors comme disait Desproges, moi les champignons, j’connais ! Pourtant. Je me doutais que Nikon, avec ce D4, avait probablement passé encore un cran, gravi une marche vers le sommet. Sans plus attendre, j’ai monté mon Nikkor 24-120. Il fallait que je sache, que je vois. Il fallait que je laisse passer du temps, que je vive avec D4 au quotidien, jusqu’à en oublier qu’il n’était là, finalement, que pour passer quelques jours avec moi. Et j’ai vu. Verdict.

Nikon D4 est le meilleur reflex numérique du marché
Que dire de ce boîtier, sans tomber dans l’emphase, le superlatif ? Que vous dire d’autre, sans l’ombre même d’une pointe d’exagération, que Nikon a commis avec ce D4 la quasi perfection en matière de reflex numérique ? Ce boîtier a une merveilleuse qualité, finalement. C’est sa définitive polyvalence. Et puis D4 est véloce, surtout quand il travaille en binôme avec une optique Nikkor, je pense à des calibres comme la famille de zooms trans-standards estampillés Nikon, des pointures de référence comme le 14-24 f2,8, le 70-200 f2,8 VRII, voire le dantesque Nikkor 200-400 f4, j’en passe et des meilleurs, comme la famille f1,4 (24, 35, 85). À l’aise sur tous les terrains, Nikon D4 sait tout faire, à la perfection. Que ce soit pour des clichés de la baie de Douarnenez sous un ciel bleu azuréen, à 50 iso en mode pépère, en intérieur et en tandem avec un flash Nikon SB900 ou en studio pour du packshot, le sentiment de maîtrise, de facilité sur le terrain est vraiment incomparable. Mais il restait, surtout, à tester la bête dans mon lieu de prédilection, la salle de concerts.

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Nikon D4, Nikkor et moi. De concert.
J’ai d’abord amené D4 à la Carène et son plan de feux maousse, pour le festival « Les femmes s’en mêlent ». Là, dans la pénombre, j’ai savouré les améliorations ergonomiques de D4, utilisant avec bonheur et félicité les deux mini-joysticks en mode portrait et paysage permettant la sélection manuelle du collimateur. Un peu désorienté au début, car très habitué à la grosse molette de sélection qui par ailleurs est toujours présente et disponible. Nikon a été bien inspiré, sur ce coup-là, de s’inspirer de la concurrence puisque ce genre d’outil est présent sur EOS, comme la rotation automatique du collimateur en mode paysage/portrait qui, pour le coup, me semble nettement moins efficace sur D4 que sur EOS. En revanche, le rétro-éclairage est une fonction inédite qui ravira tout ceux qui, comme moi, ont l’habitude de travailler dans des ambiances sombres. L’activation de l’éclairage des boutons de commande de la face arrière est d’un confort incomparable. Rien que pour ça, le retour à D3s risque d’être un peu douloureux. Je ne parle pas du mode silencieux sur le D4, qui n’a de silencieux que le nom, comme sur D3s. Tiens puisqu’on parle de D3s, dont on connaissait déjà les capacités nyctalopes, son successeur va plus loin. D’abord dans sa capacité à faire le focus dans des conditions de lumières encore plus casse-gueules qu’auparavant, ce qui n’est pas peu dire. Améliorer la perfection c’est pas possible ? Avec D4, Nikon nous prouve le contraire, avec la capacité de son autofocus à accrocher la netteté pour peu qu’il y ait un point de contraste potable. Mais bien sûr là où tout le monde attendait D4 au tournant, c’était dans sa capacité à mieux gérer les hautes sensibilités. Il y a quelques jours, j’ai bouclé le test de montée en iso dont je vais vous parler tout de suite. À l’issue de ce test, je décidais le soir même d’aller vérifier en concert, chez moi, au Cabaret Vauban l’efficacité des résultats affichés. Cette fois, pas de complexe. J’ai déboulé dans la salle avec D4 et mon 24-120, réglant la molette directement sur 12800iso, tant qu’à faire. J’ai réalisé des clichés à ce niveau de sensibilité, à f4 au trentième, pas la peine de vous faire un dessin. Pas d’ambiguïtés, à 12800 iso, il y a du bruit, mais… L’image reste parfaitement exploitable et même un peu plus que ça. Et pour ce qui est des images que je montre ici, qu’on soit bien d’accord, je parle de jpeg brut de boîtier, zéro crop, zéro post prod, tous les réglages du D4 sur off. Aucun doute. Le potentiel de l’autofocus a été amélioré de D3s à D4. En revanche au chapitre, montée en iso, mon avis est nettement plus nuancé.

Test de montée en iso. D3s versus D4.
Pour ce benchmark, j’ai ressorti du placard le vase Henriot que j’avais déjà utilisé pour le test comparatif Canon 1D Mark IV vs Nikon D3s en prenant le parti de régler les deux boîtiers sur le même profil : optique Nikkor 50mm f1,4, mode priorité ouverture, f5,6, autofocus désactivé, déclenchement par télécommande, positionnement identique (pied Manfrotto fixé au sol par du gaffer), toutes fonctions d’amélioration de l’image sur off, deux sources lumineuses identiques (Lastolite RayD8), aucune autre source lumineuse indirecte, balance des blancs identique. Un cliché pris à 1600, 3200, 6400, 12800, 25600, 51200 et 102400iso et un cliché supplémentaire à 204800iso pour le D4.

À 1600iso, les deux boîtiers produisent une image parfaite. À 3200iso, les deux images sont excellentes, même si, paradoxalement, il me semble que l’image produite par D3s semble un peu plus pêchue, plus contrastée voire plus nette, la taille du capteur de D3s (12mp) n’étant sans doute pas étrangère à ce constat. Idem à 6400iso, les deux images sont excellentes, même si, encore une fois, j’ai le sentiment que D3s s’en sort un poil mieux du point de vue de la netteté et du contraste. En revanche, la scission se produit à 12800iso. À ce niveau de sensibilité, on perçoit nettement que l’image produite par D3s commence à moutonner, à bruiter, à perdre en contraste et en netteté. En revanche, la qualité de l’image produite par D4 demeure constante, le bruit est moins sensible même si la perte de netteté me semble palpable. Quoiqu’il en soit, à 12800iso, sur D3s comme sur D4, l’image est parfaitement exploitable. Rappelons, pour mémoire, que les fonctions de réduction de bruit ont été désactivées sur les deux boîtiers et que je travaille sur des jpeg brut de sortie. À l’étage au dessus, 25600 iso, le bruit s’accentue encore d’un cran du D3s alors que D4 me semble mieux gérer la montée en sensibilité, avec une image moins bruitée et plus lumineuse, un sentiment identique à 51200iso, un niveau de sensibilité où Nikon D4 produit non seulement une image moins bruitée mais aussi sensiblement plus lumineuse. À 102400iso, tout en haut de ce que Nikon D3s sait gérer, on retrouve une image très bruitée dans les deux camps, même si la perception du bruit me semble radicalement différente sur Nikon D4 qui produit à ce très haut niveau de sensibilité une image moins brouillonne et plus détaillée.

Nikon D4. J’aime. J’aime pas.
Globalement Nikon D4 est une réussite. Les habitués de la marque apprécieront la prise en main, les améliorations d’ergonomie comme les joysticks de sélection de collimateur en mode paysage ou portrait, la rotation automatique du collimateur, le rétro-éclairage des boutons de la face arrière, l’accessibilité de nombreuses commandes sans quitter l’œil du viseur. Du côté de la prise de vue, on retrouve ce qui fait la marque de fabrique de Nikon : un autofocus redoutablement efficace, une vélocité, un sentiment d’aisance, de facilité, liés à une capacité d’aller chercher le point dans des conditions de lumière difficiles. Du côté de la montée en iso, le test studio a quelque peu refroidi mes ardeurs, on constate que , finalement, D4 surpasse D3s seulement à partir de 12800iso, en dessous D3s fait jeu égal avec son successeur voire mieux. Un détail qui risque de faire grogner dans les chaumières, c’est le lecteur de cartes hybrides CF/XQD, même si je comprends parfaitement la motivation de Nikon d’induire dans ce reflex ce qui sera le standard de demain. Il y a fort à parier que les futurs modèles de la marque jaune (D4s, D5) seront équipés eux, d’un double lecteur XQD. Mais quand on sait le prix actuel des cartes XQD (300€ le modèle 32Go), on imagine que de nombreux possesseurs de D4 vont patienter un peu avant d’investir, se privant, de facto, des capacités de gestion du double slot. Last, but not least, le prix de l’excellence, fixé à 5799€, soit rappelons-le 15% plus cher que le prix d’introduction de Nikon D3s. Un prix qui, à n’en pas douter, risque de refroidir l’enthousiasme de nombreux photographes déjà équipés de D3 et paradoxalement de faire grimper la côte de D3s. Pour les autres, Nikon D4 est assurément un excellent choix, probablement à ce jour le meilleur reflex numérique au format 24*36.

Acheter un D4. Ou pas.
J’achète. C’est un boîtier véloce embarquant le nouvel Expeed 3, dont les capacités AF ont encore été améliorées, capable d’aller chercher le point de netteté dans des conditions de lumières encore plus difficiles, capable de conserver 11 collimateurs en croix à F8, dôté d’améliorations ergonomiques notables et d’un capteur 16mp. Et il est capable de produire de la vidéo en full HD.

J’achète pas. Il coûte un bras, 15% plus cher que le prix d’intro de D3s (et je ne suis pas un hipster fortuné), je vais devoir investir dans des cartes au nouveau format XQD qui coûtent très cher et gérer deux parcs de cartes (sachant qu’à terme mes cartes CF passeront à la trappe), au chapitre montée en iso mon D3s est sensiblement meilleur jusqu’à 6400iso que D4 (et dans les faits je ne travaille quasiment jamais au delà de 6400iso), la taille de mon capteur (12mp) me convient bien (pas de crop). Et la vidéo, hein ? Vous savez ce que j’en pense.

• ce test Shots a été réalisé avec le soutien de Nikon Pro.

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