
« Besoin de quelque chose pour les Vieilles Charrues ? » Habituellement, quand Nikon France posait ce genre de question à son photographe officiel des Vieilles Charrues préféré à eux qu’ils ont, mes mirettes avaient tendance à s’allumer et à fantasmer tout ce que cette épicerie peut recéler de fantastiques trésors, tant en optiques qu’en boîtiers. Quand on m’avait proposé ce genre de deal, l’an passé, je l’avais joué Rapetout, embarquant dans ma musette un D700, un D3s, un 24-120, un 70-200, … Et franchement je n’avais pas été déçu du voyage. Mais ça, c’était avant. Comprendre avant Nikon D3s. Alors là, j’ai simplement répondu « non, rien, en fait. Je n’ai besoin de rien. » Quand on a dans son sac un boîtier aussi parfait qu’un D3s, deux optiques aussi radicalement polyvalentes que le Nikkor 70-200 f2,8 VRII, qui est à mon humble avis LE zoom trans-standard de référence et pas seulement pour Nikon mais aussi pour le reste du monde, si vous voyez ce que je veux dire et, je ne le répèterai jamais assez, mon cher Nikkor 24-120 qui affiche f4 mais qui dans le viseur est aussi lumineux qu’un f2,8 (suivez mon regard), capable de passer d’un coup de zoom d’un seul du grand angle au petit zoom, un caillou définitivement polyvalent, à l’aise sur tous les terrains, par tous les temps, remarquablement réactif et produisant des images nettes et au piqué parfait, bref, quand vous avez le privilège de trimballer ces deux putains de cailloux dans votre sac, pourquoi diable voulez-vous vous ruiner la vie à vous surcharger les épaules, déjà suffisamment chargées du vénérable poids du D3s, le bougre. Comme dirait Georges, grand amateur d’expresso et de reflex solide : « Nikon D3s. What else ? » Non, cette année, c’était cool, tranquille, peinard, à la fraiche, détendu du gland. Je n’avais rien à demander parce que j’avais déjà l’essentiel. Je suis allé jeter un œil sur le site Digit Photo, quand même, pour voir, par acquis de conscience. Tout à la fin du chapitre Objectifs, zooms, doubleurs (justement) je suis tombé en arrêt sur l’extender Nikon TC20-EIII, dont j’avais vu passer l’annonce il y a quelques mois. Et là je me suis dit, j’en veux un, pour voir. Et vous savez quoi ? J’ai vu.
• Extender, pour voir un peu plus loin
L’extender, appelé aussi doubleur de focale, est un accessoire optique qui s’intercale entre le reflex et l’optique. Un ensemble de lentilles permet de multiplier la longueur de la focale. Le modèle TC20-EIII, proposé par Nikon double la focale. En clair, sur un boîtier full frame comme le Nikon D3s, le 70-200 se comporte donc, en matière de longueur focale, comme un 140-400mm. D’ailleurs, dans les fichiers EXIFS, c’est la focale utilisée qui est mémorisée. Il est donc assez aisé de savoir quand l’extender a été utilisé, lorsque la focale indiquée en EXIF dépasse les 200 mm standards. Attention cependant ! L’extender ne fonctionne qu’avec une série d’optiques Nikkor compatibles. Outre le 70-200, on compte dans cette liste, des optiques comme le 200-400 f4, le 300 f2,8, le 300 f4, le 500 f4, etc… L’autre contrainte, c’est que le montage du doubleur de focale fait perdre deux diaphragmes. En clair, un 70-200 f2,8 se comporte comme un 140-400 f5,6, la focale étant multipliée par un coefficient de 1,5 sur un boîtier DX comme le D7000, par exemple, soit 200-600. Pour voir loin, ça voit loin !
• Le traitement des lentilles asphériques à la sauce Nikon
On le sait, Nikon a une capacité à produire des optiques particulièrement lumineuses, même à f4. Permettez-moi de revenir deux secondes à mon Nikkor 24-120, f4 justement. Lors de mes premiers tests, j’avais été sidéré par l’image lumineuse, limpide, claire dans le viseur de mon D3s et j’avais posé la question aux techniciens de Nikon France. Par quel sortilège pouvait-on obtenir une image comme celle-là avec une optique ouvrant à f4 ? Réponse des spécialistes de la marque jaune : tout est dans le traitement des lentilles. Chaque lentille est traitée individuellement de manière à ce que l’accumulation de lentilles dans l’optique ne produise pas un effet d’assombrissement de l’image finale. Pour l’extender, la problématique est la même. Et le résultat est à la hauteur des espérances. En fait avec son extender TC20-EIII Nikon ne propose pas un complément optique, mais bel et bien une optique à part entière.
• Sur le terrain, c’est le bonheur !
Pour l’anecdote, quand j’ai reçu l’extender, j’ai cru qu’il avait été abîmé pendant le transport. En le faisant pivoter de haut en bas (un peu comme avec la boîte à meuh de mon enfance), j’entendais le mouvement d’une pièce métallique. Si j’ajoute à cela que je n’arrivais pas à ôter le bouchon de façade, l’angoisse était à son top niveau. J’ai appelé Nikon France complètement paniqué. Là mon interlocuteur m’a calmement expliqué que l’extender contient une pièce mobile, le cliquetis est donc normal. Ce cliquetis disparaît lorsque l’optique est montée sur l’extender. Concernant la difficulté à ôter le bouchon, les premières séries d’extender TC20-EIII étaient équipées d’un bouchon pouvant le cas échéant être monté de deux manières dont une manière incorrecte. Ce léger défaut de conception a d’ailleurs été corrigé sur les séries suivantes. À force de chercher à enlever le bouchon (délicatement, ne jamais forcer !), celui-ci a finalement accepté de se déloger. J’ai donc soigneusement repéré la bonne façon de le mettre en place. Deux problèmes de réglés d’un coup !
Pouvoir passer de 200 à 400mm par la grâce de cet ensemble optique qui tient dans la poche relève du petit miracle. Dans le viseur, on pourrait raisonnablement s’attendre à une perte de confort, compte tenu des deux diaphs perdus. Que nenni ! Finalement, avec ou sans l’extender c’est un peu kif-kif. Partant de là, le montage du doubleur dépend du besoin, sur le moment, mais il n’y a pas de dégradation drastique de la qualité d’image. La capacité de passer de 200 à 400, en concert, c’est évidemment un privilège. C’est, par exemple, la possibilité de shooter un stage portrait, tout en étant loin de sa cible. Le meilleur exemple est le portrait que j’ai réalisé de Jarvis Cocker (du groupe Pulp) à 400mm. Mieux encore, avec le mode DX offert par Nikon D3s, la focale grignote encore un coeff de 1,2 voire de 1,5. On accède alors à un 600mm de bon aloi, à f5,6 et un capteur de 8mp. Certes, mais on a l’image. Puisqu’on en est au chapitre de l’image, avec un boîtier d’exception comme D3s, perdre deux diaphs est finalement assez anecdotique, quand on connaît sa capacité à monter en iso sans trop de galères, non en fait sans galères du tout jusqu’à au moins 12.800iso.
• Et ça donne quoi en matière d’image ?
Bon. Tout ça, c’est bien joli, le viseur lumineux même à f5,6 et la capacité de passer le surmultiplié en matière de focale, mais là vous me dites et l’image, hein ? Ça donne quoi comme image, finalement ? En matière de piqué, de netteté, de pureté d’image, le résultat est simplement remarquable. D’ailleurs, tout à l’heure je vous parlais des EXIFS, c’est finalement drôlement pratique d’avoir la distance focale dans les EXIFS sur Lightroom parce que si vous vous imaginez que vous allez pouvoir repérer une image tapée à l’extender à son côté un peu plus fadasse qu’une image tapée sans, vous vous gourez ! La qualité d’image est identique, avec ou sans extender. Nikkor 70-200 f2,8 VRII est une optique fabuleuse utilisée seule, elle demeure aussi fabuleuse en compagnie de l’extender TC20-EIII. Elle conserve toutes ses capacités (comme la distance minimale de mise au point), elle perd juste deux diaphs, mais encore une fois, rien de bien dramatique. Au risque de me répéter, l’extender Nikon TC20-EIII n’est pas un accessoire. C’est bel et bien une merveille d’optique, intégrant une lentille asphérique (qui limite la distorsion tout en garantissant une image contrastée), remarquablement pensée et superbement construite. C’est un outil indispensable qui trouvera sa place dans le sac de tout photographe équipé en Nikon pour un prix à peine plus élevé que celui d’un flash SB900. Une solution super économique, un chaînon manquant qui peut vous sauver la mise en vous permettant de voir un peu plus loin et qui sait ? De réaliser le cliché d’une vie.
• Liste des optiques Nikon compatibles
AF-S VR Nikkor 300mm f/2.8G IF-ED
AF-S NIKKOR 300mm f/2.8G ED VR II
AF-S NIKKOR 400mm f/2.8G ED VR
AF-S NIKKOR 500mm f/4G ED VR
AF-S NIKKOR 600mm f/4G ED VR
AF-S Nikkor 300mm f/2.8D ED-lF
AF-S Nikkor 300mm f/2.8D II ED-lF
AF-S Nikkor 300mm f/4D ED-lF
AF-S Nikkor 400mm f/2.8D ED-lF
AF-S Nikkor 400mm f/2.8D II ED-lF
AF-S Nikkor 500mm f/4D IF-ED
AF-S Nikkor 500mm f/4D II IF-ED
AF-S Nikkor 600mm f/4D IF-ED
AF-S Nikkor 600mm f/4D II IF-ED
AF-I Nikkor 300mm f/2.8D IF-ED
AF-I Nikkor 400mm f/2.8D IF-ED
AF-I Nikkor 500mm f/4D IF-ED
AF-I Nikkor 600mm f/4D IF-ED
AF-S VR Zoom-Nikkor 70-200mm f/2.8G IF-ED
AF-S NIKKOR 70-200mm F2.8G ED VR II
AF-S VR Zoom-Nikkor 200-400mm f/4G IF-ED
AF-S NIKKOR 200-400mm f/4G ED VR II
AF-S Zoom-Nikkor 80-200mm f/2.8D IF-ED
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