Cinq bonnes raisons de ne pas quitter Canon (pour le moment).

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Finalement, je vais faire encore un bout de chemin équipé en Canon. Une voie tracée il y a bien des années, un peu par hasard d’ailleurs, et puis un choix qui s’est maintenu au fil du temps. Mais dans une vie, rien n’est définitif. Je n’opte pas pour EOS 1D Mark IV qui est un boîtier performant mais dont les défauts en basse lumière sont rédhibitoires, pour un photographe qui travaille la nuit et quand on a comme moi tenu un Nikon D3s en main, un reflex pro aussi ultime que polyvalent. Je réalise qu’une bonne partie des arguments qui me font rester fidèle à Canon tiennent de l’irrationnel. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Comme le disait Molière, il y va aussi de la sagesse d’attendre

1- Les couleurs
Avec malice un photographe de mes amis (qui se reconnaîtra) me disait récemment que si autant de photographes équipés en Nikon travaillent en noir et blanc, c’est parce que la gestion des couleurs chez Nikon est calamiteuse. Il plaisantait bien sûr. Je pense que ce qu’il voulait mettre en avant, surtout, c’est la qualité de la gestion des couleurs made in Canon, ce que Jean-Philippe Grémillot désigne par “le velouté Canon“. C’est ce truc un peu magique qui fait que lorsque vous regardez un cliché signé avec un reflex Canon, vous avez ce ressenti si particulier lié aux couleurs. Tous les photographes équipés en Canon et tentés par un éventuel switch vers Nikon se sont, à un moment ou à un autre, posés cette question. Nikon, d’accord, mais quid de la gestion des couleurs ?

2- Le plaisir
Dans le comparatif Nikon vs Canon, j’ai essayé de décrire le plaisir que j’ai eu à shooter avec EOS 1D Mark IV. Il n’y a rien de mieux pour un photographe que de se sentir en phase avec son matériel, c’est même carrément essentiel. D’ailleurs entre nous, ça n’est pas spécifique aux photographes. J’ai le sentiment que la photo de concerts (et du spectacle vivant en général) a même tendance à décupler ce bonheur de photographier. C’est ce que ce cher Henri résumait en une phrase : “mettre sur la même ligne de mire la tête, l’œil et le cœur.” Je ne pense pas qu’on puisse faire un bon cliché en faisant la gueule.

3- Les optiques
J’ai utilisé pendant des années une optique d’exception, sur un boîtier d’exception. C’était un 55mm asphérique f/1,2, monture FD, sur un Canon F1 (puis un F1n). Les connaisseurs apprécieront. Ensuite j’ai eu un EOS 3 avec un 70-200 2,8L (puis le modèle IS). On lit souvent que les boîtiers passent et que les optiques restent. Et la question de savoir s’il est préférable de privilégier d’excellentes optiques à un excellent boîtier ne se pose pas. Côté optiques, Canon reste devant Nikon, même si le “loin devant” est désormais un simple “devant”. Devant en complétude, souvent en qualité et aussi en prix. Chez Nikon ne cherchez pas l’équivalent en optiques Canon, ça n’existe pas, pas pour le moment. Même si, au risque de me répéter, Nikon a fait des avancées considérables en la matière.
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4- L’affectif
Récemment, je lisais une pensée du Dalaï Lama sur son twitter. En substance, cet homme sage parmi les sages dit que la vie n’est pas possible sans compassion et sans affection. Je le crois volontiers. Je pense aussi qu’une photo faite sans cœur ne donnera jamais une grande photo, de celle dont on se souviendra. Je vois passer des tonnes d’images sur internet et je me dis que finalement bien peu resteront dans ma mémoire. D’ailleurs, quand j’y repense, à ces clichés qui m’ont marqué, je vois passer une photo de Cartier-Bresson (“derrière la Gare Saint Lazare”), Cali et Miossec à Ouessant par Gassian, un portrait de Daho par Antoine Le Grand, un portrait de Marylin par Richard Avedon. Je peux photographier des gens que je n’aime pas, mais à tout prendre je préfère shooter des gens que j’aime, parce qu’en général, ils me le rendent bien. L’affectif est indissociable de ma vie et des images que je capture.

5- La culture
C’est sans doute l’élément le plus subjectif, le plus irrationnel, le paramétre le plus improbable qui fait que je ne souhaite pas quitter Canon, en tout cas pas pour le moment. Simplement parce que Canon est étroitement associé à ma culture photographique, depuis toujours.

Se donner du temps
Je veux bien prendre date, dès aujourd’hui. Je suis convaincu que dans l’année qui vient – qui va donc nous mener, disons jusqu’à juin 2011 – nous allons vivre des moments absolument passionnants, riches en annonces et en rebondissement, tant chez Canon que chez Nikon.

D’abord Canon. Comme me le disait un responsable de la filiale française au salon de la photo 2009 : “Canon n’a pas l’intention de rester les bras ballants !” J’en suis convaincu. Il ne faudrait surtout pas s’empresser de reléguer Canon à une vulgaire place d’outsider. D’abord il y a eu EOS 1D Mark IV où Canon a su montrer sa capacité d’évolution, je pense à l’autofocus et à cette capacité de produire une image d’une qualité optimum. Dans l’année qui vient, Canon est attendu sur EOS 1Ds Mark IV et sur le successeur de 5D Mark II. Un EOS 5D Mark III en 2011 est dans le domaine du probable, avec des specs qui risquent de décoiffer, notamment dans le domaine de la vidéo (format Raw ?) mais aussi sûrement avec un autofocus largement optimisé par rapport au modèle précédent.

d4-nikon-shotsEnsuite Nikon. Comment douter une demie-seconde de ce qui va déferler en matière de reflex et d’optiques professionnels signés Nikon ? D’abord, un successeur plus que probable à l’excellent D700. Il avait hérité de fonctionnalités de son grand frère D3, on peut imaginer sans peine des specs héritées du génial D3s, en particulier au niveau de le gestion des sensibilités. En vérité je vous le dis. Le successeur du D700 va faire très, très mal, car Nikon est prêt à nous proposer le reflex ultime tout en voyageant léger. Et puis évidemment, on lorgne du côté du D4 et là encore on peut s’attendre à l’accord parfait, avec une liste de specs longue comme le bras. Du côté des optiques, aussi, il y aura sans aucun doute du lourd. Nikon va chercher à combler son retard en la matière. Les sorties récentes du 70-200 2,8 VRII, du 24 f1,4, du 16-35 f4, du 300 f2,8 VRII, du 200-400 f4 II, … étaient déjà un signal fort. Le message est clair : en matière d’optiques il faut aussi désormais compter sur Nikon. Message reçu.

et maintenant ?
J’ai envie de dire que la vie continue ! J’ai (mal) vécu l’épisode 5D Mark II, puis le test EOS 1D Mark IV, je vais tester dans les semaines qui viennent EOS 7D, histoire de me faire ma propre opinion sur un boîtier controversé qui a provoqué des réactions houleuses à sa sortie, je pense aux tests de Darwin Wiggett (et à son article ravageur “7D le boîtier que nous voulions aimer“) ou à Ole Jorgen Liodden (de feu Canonfieldreview rebaptisé Nikonfieldreview depuis que Ole eut décidé de switcher) qui avait largement contribué à tartiner sur le sujet. Entre nous, je n’étais pas moi-même blanc brun à l’époque, pour ce 7D que j’avais qualifié de Canada dry de 1D Mark IV. D’ailleurs, c’est à l’issue de l’épisode 7D que j’avais décidé que, désormais, je ne m’exprimerais plus sur un boîtier sans l’avoir moi-même testé. Rendez-vous, donc, dans les jours à venir, pour un test grandeur nature, sur le terrain, avec EOS 7D.

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