
Sept ans. Putain ! Sept ans déjà. En 2004, je couvre ma première édition des Vieilles Charrues, juste après avoir couvert ma première édition du festival Art Rock à Saint Brieuc. Recall, recall… Cette année-là, il y a Muse, qui est déjà un gros morceau. Je suis comme un gamin à qui on a ouvert les portes de l’épicerie et à qui on a dit “prends tout ce que tu veux !” Cette année là, j’ai tapé dans le tas, égrainant les concerts jour après jour, découvrant quelques pépites, gravant quelques souvenirs inoxydables : Mademoiselle Simon, -M-, Lhasa, Bashung, Texas, pour ne citer que ceux-là. Alors quand on m’a dit que je n’étais pas accrédité pour Muse, au fond, j’étais pas vraiment amère, juste un peu déçu de passer à côté du bol de sangria. J’avais pris tout ça avec beaucoup de philosophie… Non, en fait j’étais super chonchon ce soir-là, j’avais simplement dit à Yann (le responsable fosse) que si Matthew Bellamy s’étonnait de mon absence dans la fosse, il fallait lui dire que j’avais préféré aller shooter un groupe inconnu sur la scène Xavier Graal. La suite est connue. Dix minutes avant le début du concert de Muse, Yann m’alpague et me dit en souriant : “Matthew Bellamy exige la présence d’Hervé Le Gall dans la fosse !” Voilà, dans ce souvenir il y a toutes les bonnes raisons de mon attachement sincère et quasi viscéral pour ce festival, pour mon festival.
Alors, cette année, comme tous les ans, vous allez les entendre pigner, chonchonner, geindre sur la prog qui n’est pas comme çi ou qui aurait été mieux comme ça. Que Muse c’est pas une tête d’affiche, que Dutronc… et patati et patata. Bon, si je résume, le jeudi soir, vous allez pouvoir écouter Revolver, Jacques Dutronc, Muse et Mr Oizo, plus un cinquième groupe à annoncer là, sous peu et tout ça pour 49€. Et pour la première fois, les concerts vont se répartir sur deux scènes, Kerouac et Glenmor, ce qui laisse imaginer un set énormissime de Muse (on en reparlera). Pour ma part, Dutronc et Muse, c’est déjà deux excellentes raisons d’être présent le jeudi soir. Pour la suite, je veux bien parier un fût de Coreff (non, allez, deux fûts de Coreff) que Kerampuihl va se consummer sur le set d’Indochine. Je me souviens du feu provoqué par l’Aventurier version Nada Surf (en 2003 il me semble), alors le deuxième service avec la version originale (probalement servie en rappel) made in Indo, ça va tout péter !
Bon et à part ça, on a quoi dans le paquet cadeau ? Un peu d’électro old school, Mr Oizo et surtout Etienne de Crecy qui promet un show visuel, même si l’electro boum-boum c’est pas du tout ma tasse de thé, le joyeux et bondissant Mika devrait faire tourner quelques têtes blondes, comme Phoenix, la sensation de la scène parisienne, en dehors de laquelle, c’est bien connu, on s’emmerde comme des rats morts. L’OVNI de cette annonce c’est Gojira, du lourd, du métal que mes oreilles gracieuses et fragiles avaient prudemment choisi de zapper lors de leur passage au Vauban. Et puis Diam’s, petite perle du hip hop, qui avait servi en 2006 un set éblouissant devant une foule bien trop énorme pour la taille de la scène Xavier Graal. Depuis, la petite fiancée du rap semble s’être égarée quelque part entre mur des lamentations et radicalité politique. On verra bien où elle en est, devant le public du finistère qui lui était si cher, naguère, mon p’tit frère… Last, but not least, il y aura Alain Souchon, avec la pertinence des mots, les lignes mélodiques du gars Voulzy qui vont bien et l’air de faire de la musique sans y toucher. Et ouais ! Je suis client de la petite entreprise du Souchon car en un mot, ce mec me rend heureux et rien que ça, déjà, c’est pas dégueu.
Sept ans. Septième édition, sept ans de réflexion. Et des souvenirs, rien que du bon souvenir, des rencontres, des images et puis des figures, des visages de gens, de bénévoles qui se bougent le cul, à Carhaix, centre du monde pendant quatre jours. Cette année encore on sera plus de 200.000 à fouler la plaine, à l’aise. Bon, bien sûr, vous allez me dire, on n’aura pas Crosby, Stills & Nash, avec ou sans Young. On n’aura pas AC/DC non plus, pas cette année ! N’empêche, on n’est pas passés loin, hein ? Alors qui sait, peut être l’année prochaine pour les vingt ans, on peut rêver, non ? That’s it ! Les Charrues, c’est ça. Un rêve de pote qui se réalise et se renouvelle, chaque année. Et ça fait vingt ans que ça dure !
• cliché : Muse aux Charrues en 2004 (crédit photo : Hervé Le Gall)
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