Rob Galbraith, Chasseur d’images. Qui veut la peau de Canon EOS 1D Mark IV ?

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Si vous êtes lecteur de Shots, je pense qu’il n’est pas utile de vous faire un résumé des épisodes précédents. Vous savez que, par le passé, j’ai pu avoir avoir la dent particulièrement dure, sans concession aucune vis à vis de Canon. Ce que j’ai vécu avec mon 5D Mark II, je ne souhaite à personne d’en vivre autant. Ce qui a changé, sans doute, c’est un détail de syntaxe qui ne vous aura pas échappé. Je parle de mon expérience avec mon 5D Mark II. Je n’affirme pas (plus) aujourd’hui que les défaillances de mon boîtier (car il s’agissait bien à mon sens de défaillances) furent une généralité. Rétrospectivement, je réalise avoir beaucoup appris, ouvert les yeux sur certaines failles voire certaines faiblesses de la marque rouge. Paradoxalement, les incidents rencontrés avec Canon m’ont permis d’échanger avec de très nombreux photographes qui partagèrent avec moi des retours d’expériences douloureux ou au contraire qui ne comprenaient pas ma démarche. Finalement, le point positif de ces mésaventures fut de m’ouvrir aux autres, d’être sans doute plus à l’écoute de la réalité et ma rencontre avec l’autre monde, avec les gens de la boutique d’en face (comprendre Nikon) restera une étape décisive. Si l’on m’avait dit, il y a un an à peine, qu’un jour non seulement je testerais un Nikon D3s mais qu’en plus j’en dirai tout le bonheur du monde, je pense que j’aurais volontiers demandé mon internement. La morale de cette histoire, c’est que l’approche technique du matériel photo demande, aujourd’hui, beaucoup de pragmatisme. Désormais, j’en conviens, je n’écrirais plus rien d’un boîtier que je n’ai pas tenu en main. Je pense au raffut fait autour de EOS 7D, et ce n’est pas Ole Jørgen Liodden qui me contredira. Quand je vois les clichés qu’il a réalisé avec un 7D, j’ai du mal à assimiler les critiques parfois véhémentes (doux euphémisme) qui ont fusé de son blog. C’est la vie ! L’important pour un photographe c’est de se sentir en phase avec son matos et en regardant les photos de Canon Field reviews, je sais que Ole est aujourd’hui serein.

On ne peut pas en dire autant de Rob Galbraith ! J’ai lu avec attention son feedback relatif aux tests réalisés avec EOS 1D Mark IV et le moins qu’on puisse dire c’est que Rob n’y va pas avec le dos de la cuillère. Extrait. “Le système autofocus (de EOS 1D Mark IV) confine à l’effondrement total, un peu comme l’EOS-1D Mark III à ses débuts…” Allez ! Ça c’est fait. En une phrase cinglante, assassine, définitive, Galbraith flingue 1D IV. Sa review, c’est du pain béni, un signal, une confirmation, un “Ah ! Vous voyez, je vous l’avais bien dit !” Trois ans après, on a l’impression que Galbraith porte l’estocade finale à Canon, avec un enthousiasme jubilatoire qui moi, me gêne. D’ailleurs son article commence par une remise de couvert sur l’épisode Ô combien douloureux ! Des défaillances d’EOS 1D Mark III, qui est à Canon ce que Alésia était à Abraracourcix. L’occasion pour ce cher Robbie de rappeler qu’il fût en son temps, l’initiateur de tout ce bordel. Dont acte. Rob a donc choisi la veille d’un des plus grands événements sportifs de l’année, les Jeux Olympiques de Vancouver, pour rendre compte de ses critiques, mais il s’agit là, sûrement, d’un hasard de calendrier !

Rob Galbraith, en substance, souffle le chaud et le froid, affirmant d’abord que l’autofocus de Mark IV montre “des signes de brillance” pour déplorer quelques lignes plus loin une propension au front focus en particulier et à de singulières défaillances de l’autofocus en général. En gros, Rob qualifie l’AF de Mark IV de passable à médiocre sur des clichés de basket, en patinage l’AF patine (si j’ose dire) passant alternativement de frontfocus à backfocus de manière inexplicable alors que sur deux matchs de foot (l’un en lumière naturelle, le second en lumière de stade) 1D Mark IV a parfaitement accroché sa cible. Sur un autre match, mêlant lumière naturelle et lumière artificielle, en fin d’après-midi, Galbraith évoque un nombre inacceptable de clichés, frontfocus comme backfocus. Et en lumière naturelle (matin ensoleillé) selon Rob, “le système AF confine à l’effondrement total“. Ce qui est étrange et par ailleurs noté par l’auteur de la review c’est que les prises de vues ont été réalisées avec le même caillou (un 400mm f/2,8). En gros la conclusion c’est que l’autofocus de EOS 1D Mark IV est capable du meilleur, comme du pire. Tout en précisant que les tests ont été réalisés avec une version du firmware antérieure à la version 1.06 qui corrige des problèmes liés à l’autofocus en AI servo.

nikon-d3s-2009-shotsRob compare 1D Mark IV et D3s et son avis n’est pas aussi tranché qu’il y paraît. Selon les disciplines sportives, 1D IV s’en sort mieux que D3s alors qu’en basket par exemple ou en patinage le boîtier pro de Nikon s’avère le meilleur. En foot, même s’il se comporte bien globalement des problèmes de frontfocus sont signalés. Et c’est bien ce qui est troublant dans les tests du photographe sportif : aucun des deux boîtiers ne semble trouver grâce à ses yeux. Peut-être convient-il donc donner un peu de temps au temps, avant de juger de manière catégorique ?

Chasseur d’images (n°321 du 15 février 2010) se veut plus nuancé, même si le constat, lui aussi, est radical, en matière d’autofocus. Dans son banc d’essai, CI note l’AF d’EOS 1D Mark IV avec une relative sévérité : “le contentieux attaché à l’AF du 1D Mark III ne semble donc pas totalement résolu“. CI note que le nombre de vues nettes diminue de plus de moitié avec le facteur vitesse/distance, notant la présence d’images “molles” dans une série d’images parfaitement nettes. Ce que CI qualifie avec une certaine ironie de “léger manque de stabilité en suivi continu” pourrait bien s’avérer comme le talon d’Achille du 1D Mark IV. Du côté du grain, le constat est rude pour 1D Mark IV, puisque selon CI “on peut travailler sans trop de souci à 3200iso mais 6400iso est la limite pour des images courantes.” 1D IV à la traîne de D3s dans la gestion des hautes sensibilités ? Pour avoir moi-même testé Nikon D3s, je confirme avoir été surpris par la qualité de l’image, quasiment sans grain jusqu’à 12800iso et même acceptable jusqu’à 25600.

Alors ? Qui veut la peau de l’EOS 1D Mark IV ? Je crois qu’il ne faut pas plonger dans la psychose et décréter que Canon n’a pas évolué d’un iota dans sa gestion de l’autofocus. Sur ce point précis, Rob Galbraith et Chasseur d’images rendent tous les deux justice à la marque rouge. Mais, comme le souligne avec beaucoup de justesse CI, la présence de Nikon D3s, concurrent “particulièrement affûté” rend les choses complexes pour Canon qui se trouve face à un boîtier remarquablement conçu, disposant d’un capteur plein format 12mp (contre un APS-H 16mp sur 1D IV). Pour ma part, je sais ce que vaut le boîtier Nikon D3s. Grâce à la collaboration de Nikon France, j’ai eu le privilège de l’avoir en main pendant trois semaines et comme un bonheur n’arrive pas seul ce D3s était équipé du nouveau 70-200 2,8 VRII. J’ai donc pu m’exprimer sur le sujet, en toute connaissance de cause. Pour m’exprimer sur EOS 1D IV, j’attends de le tenir en main et de pouvoir le tester sur mon terrain de jeux, avec mes conditions. C’est promis, ça ne va pas tarder. Stay tuned !

lire l’article de Rob Galbraith (en anglais)

voir le blog de Ole Jørgen Liodden

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