Canon annonce EOS 1D Mark IV. Octobre rouge.

eos-1d-mark-iv-shotsMerveille. Capturer l’extraordinaire. Le moins qu’on puisse dire, c’est que Canon n’y va pas par quatre chemins. Alors ça y est ? Cette fois on y est, Canon a décroisé les bras et dévoilé son nouveau haut de gamme EOS 1D Mark IV. “Plus qu’un simple chiffre” annonce Canon, comme pour conjurer un mauvais sort lié au chiffre 4, particulièrement mal vu au Japon. Et c’est vrai qu’à y regarder de près, je n’ai pas franchement envie de marcher au plafond, à la lecture des spécificités de ce boîtier annoncé, excusez du peu, à un prix d’introduction de 5000$. Et pour autant, je dois à la vérité de dire que je ne suis ni déçu, encore moins frustré, tout juste un peu désapointé d’avoir vu juste, sur ce coup-là et sur tous les tableaux. En annonçant un APS-H 16mp, Canon confirme les prévisions. On espérait une base processeur Digic V, on se contentera d’un double Digic IV. Canon ne crée pas la surprise avec sa plage de sensibilités étendue à 102,4 Kiso et bizarrement, la plage de samples (qui ouvre sur un film lunaire) propose cinq images, dont quatre de sports entre 100 et 500 iso et un papillon en macro et en plein jour à 3200 iso. Je suis assis sur le bord de la rivière et je regarde passer la barque de Canon, avec un soupçon de blues…

APS-H. Canon s’enferme dans ses choix.
Canon peut-il encore raisonnablement, alors que nous atteignons la fin de cette première décennie, justifier le choix d’un capteur APS-H sur un boîtier professionnel ? Ce qui se justifiait à l’époque où il était complexe de concevoir un capteur plein format peut-il encore perdurer en 2010 ? Bien sûr, vous trouverez toujours des photographes pour affirmer que APS-H en photo de sport c’est le bonheur. Que ce capteur, avec son coefficient 1,3 permet d’allonger les longueurs focales et que, mine de rien, c’est drôlement pratique d’avoir un 130mm en lieu et place d’un 100. Ce à quoi je réponds que pour ma part, je préfèrerais à tout prendre un capteur full frame, qui saurait cropper en temps réel sur plusieurs facteurs possibles. Ainsi, mon boîtier se comporte comme un 24*36 quand je monte un caillou et je peux cropper quand j’en ai besoin. Cette fonctionnalité existe. Chez Nikon. Fermez le ban !

Autofocus 45 points. À voir.
La première chose que j’ai cherchée ce matin, c’est des samples. Et comme d’habitude Canon est peu loquace à ce sujet, contrairement à la marque jaune qui nous a offert une profusion d’images de toutes natures, avec des samples allant jusqu’à 25600 iso. L’autofocus est annoncé de “haute précision“, dôté de 45 collimateurs dont 39 de type croisés. Plus intéressant, Canon promet une mise au point précise avec les objectifs à grande ouverture et là, sur ce point précis, je prends date. Qu’on ne vienne pas me dire, dans six mois, que tout compte fait avec un caillou qui ouvre à 2,8 il est quand même préférable de shooter à 5,6, un argument assez ubuesque entendu dans des milieux autorisés. Oui, clairement, on va attendre Canon au tournant sur le sujet de l’autofocus, sur la netteté, la précision et la propreté de l’image, dans les sensibilités élevées. Et je souhaite sincèrement à Canon de ne pas se planter sur ce coup-là !

Capteur 16mp, mode rafale 10 fps, vidéo full HD.
Le reste des spécifications était connu avant même que Canon ne dévoile son nouveau boîtier. Un capteur 16mp, qui n’augure rien d’autre qu’un capteur maousse à venir sur le prochain modèle 1DS, un capteur qui produit des images “incroyablement exemptes de bruit, même en très faible lumière“. Canon ne précise pas si l’image sera nette (je plaisante !). Comme dirait mon pote Grémillot “je le note !” plutôt deux fois qu’une. On verra bien, après les premiers tests, si ce capteur est à la hauteur de nos espérances. Ou pas. Le mode vidéo est omniprésent, bien sûr, dans la fiche technique, un peu trop à mon goût. Canon met en avant les exceptionnelles performances à la prise de vue en full HD sur 1080p, cadence d’images paramétrables, exposition en mode manuel et sortie HDMI. Les afficionados de la vidéo apprécieront.

Un boîtier intermédiaire
Je ne suis pas loin de rejoindre l’analyse de Rob Galbraith, comparant certaines specs de EOS 7D qui ne sont pas présentes dans EOS 1D Mark IV, comme le bouton permettant d’accéder aux principaux réglages du boîtier, le niveau électronique, … Galbraith évoque avec un poil d’ironie “un boîtier intermédiaire” en comparant 1D Mark IV au 1D Mark IIn, tout en précisant que si l’autofocus et la qualité d’images sont au rendez-vous, on oubliera vite l’absence de certaines fonctionnalités secondaires. On notera quand même la présence prudente du conditionnel employé par Rob à propos de l’autofocus et la qualité d’images. Ce n’est pas à un vieux singe qu’on apprend à faire des grimaces et côté galères sur du matos Canon, Galbraith a déjà bien donné. D’ailleurs on ne souhaite qu’une chose à Canon, c’est de faire oublier autant que faire se peut l’épisode calamiteux de 1D Mark III. Il n’y a à ce sujet aucun doute car le moindre incident relancerait la polémique de plus belle.

French were right !
the-french-were-right-shotsQuand j’ai annoncé sur Shots EOS 1D Mark IV fin septembre j’étais bien seul (mais j’ai l’habitude). Ailleurs et en particulier outre-atalantique on jurait à tout crin que la meilleure des informations ne donnait pas le nouvel EOS avant fin janvier 2010. Sur ce coup-là, j’avais raison et mes sources d’informations aussi. D’ailleurs, Canon pouvait-il raisonnablement attendre ? Sûrement pas. Devant la déferlante jaune et la vague de switchs, Canon était dans l’obligation de donner un signe objectif à sa clientèle pro. On avait dit octobre, ce fut octobre. Est-ce pour autant que la satisfaction est totale ? Non. D’ailleurs, on peut raisonnablement se demander pourquoi Canon a choisi d’annoncer un nouveau boîtier pro le lendemain du Salon de la Photo à Paris. Parce que Canon n’était pas prêt ? Parce que Canon ne souhaitait pas affronter Nikon sur le terrain D3s ? Parce que Canon ne voulait pas d’un comparatif en direct live que n’auraient pas manqué de souligner certains photographes pros, toujours prompts à mettre leur museaux de blaireaux dans des coups fumants ?

Octobre Rouge. Novembre noir.
Canon ne me déçoit pas car j’étais intimement persuadé, sans avoir d’infos ou de fuites particulières à ce sujet, que la firme allait nous pondre un boîtier dans la continuité de la ligne, à savoir un capteur APS-H sur le boîtier 1D pour réserver le plein format au modèle 1DS. Sur ce point précis, je pense que Canon commet une erreur maousse et que cette erreur va se payer cash. Car beaucoup de photographes pros attendent aujourd’hui un capteur full frame sur leur boîtier, ce qui sonne comme une évidence. Pour le reste, seuls des tests de terrain pourront nous dire si EOS 1D Mark IV est à la hauteur de ce que nous annonce Canon aujourd’hui. Last, but not least, Canon annonce un prix d’introduction de 4999$ ce qui ne manquera pas de faire bondir plus d’un pro qui espérait sans doute un prix plus proche de la fourchette des 4000-4500$. Là encore, à prix égal, EOS 1D Mark IV ne tient pas la comparaison avec Nikon 1D3s et sa liste de specs à donner le tournis. Octobre rouge. Pas tout à fait, l’épisode jaune est passé par là. En breton (qui est une langue pleine de bons sens), novembre se dit “du”, c’est à dire noir. J’espère seulement que novembre ne sera pas noir pour la marque rouge et qu’il annoncera l’éclaircie tant attendue par les équipiers de Canon.

voir les photos samples officielles de Canon EOS 1D Mark IV

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