Canon EOS 1D Mark IV. Penser à demain.

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Embargo“. “C’est silence radio. C’est dingue, je n’ai jamais vu ça !” Voilà en gros ce qui ressort de mes conversations avec mes sources d’informations Canon. Je regarde, je cherche. Outre atlantique, Craig de Canonrumors souligne : “Ce boîtier est le plus verrouillé de toute l’histoire de Canon.” Et de préciser : “qui peut vraiment savoir ce qui va se passer ?” J’en arrive même à me demander si le staff commercial de Canon France a des informations viables. Je suis pour ma part de plus en plus septique quant à l’annonce d’un nouveau haut de gamme par Canon. Alors que je lui demande une date éventuelle d’annonce, un de mes interlocuteurs avance prudemment “Novembre ? Décembre ? À dire vrai j’en sais rien !” Hier j’obtiens une info, source réseau commercial Canon. “Il pourrait y avoir une annonce sur 1D IV fin octobre début novembre.” L’incertitude assaisonnée de conditionnel à tout va. On en arrive à s’interroger, au fond, sur la capacité même de Canon d’avancer une date quelconque, simplement parce que la marque rouge ne veut pas se rater sur ce lancement ou plus prosaïquement parce que 1D Mark IV n’est pas prêt ? Ceci expliquerait peut-être celà. Une chose est sûre. Si le service marketing de Canon peut se permettre le luxe d’attendre, il n’en va pas de même pour les photographes, sur le terrain. De nombreux pros se sont fixés octobre comme dead line et si rien n’est fait, si aucune information fiable ne filtre d’ici là, il y a fort à parier que la vague de switch vers Nikon pourrait reprendre.

Canon vs Nikon. Avantage Nikon.
Puisqu’il s’agit bien de cela, pour Canon. D’un côté le blackout quasi total de la marque rouge. De l’autre, Nikon qui sur-communique à tout va. Nikon est partout ! Twitter, Facebook, Flickr et même un canal vidéo sur Youtube. D’un côté Canon, la grande muette. De l’autre Nikon, plus flamboyant que jamais, ne se contente pas de communiquer tous azimuts, Nikon avance ses pions sur l’échiquier avec une efficacité et une régularité qui forcent le respect. La semaine prochaine, à Paris au Salon de la Photo, la marque jaune abat un nouvel atout dans son jeu de reflex professionnels, en orientant son développement vers la vidéo, un secteur initialement investi par Canon. Il n’aura pas fallu longtemps pour que Nikon réagisse et intègre le concept de la convergence photos/vidéo dans sa gamme pro.

La gamme pro Canon aujourd’hui.
Gamme pro dites-vous ? Mais, franchement, elle est où la gamme pro de Canon aujourd’hui ? Le seul boîtier un tant soit peu up to date est sorti il y a un an et encore. Hier, un pro de la sphère Canon me confiait à demi-mots : “Il faut arrêter d’assimiler 5D Mark II à un boîtier pro, ce n’est pas le cas“. Avant d’ajouter, avec pertinence : “Canon n’a jamais revendiqué un autofocus de course sur 5DII, tout au plus une capacité à gérer une parfaite absence de grain dans les hautes sensibilités.” Dont acte. Reste l’actuelle gamme 1D/1DS Mark III… Mais quel pro, aujourd’hui, a envie d’acheter un 1D Mark III neuf ? Sans même revenir sur les incidents de parcours du boîtier, comment peut-on objectivement comparer la gamme destinée aux photographes professionnels chez Canon face à Nikon, à ses trois boîtiers full frame, à un probable nouveau D3s, à une gestion foutrement efficace de l’autofocus, une qualité, une netteté, un rendu de l’image, même en conditions de basse lumière ? Bigre ! La réponse est simple. On ne peut pas.

Switcher pour Nikon ?
Est-ce pour autant que je vais switcher ? Pas facile de quitter une marque à laquelle je suis pour ma part attaché depuis tant d’années. Et pas que. Car acheter un boîtier, c’est aussi adopter toute la gamme et là, trois constats. Un, le prix. C’est connu, les cailloux Nikon coûtent nettement plus cher que chez Canon. Deux, la qualité. Les optiques Canon sont les meilleures du marché. Trois, le choix. Comparez objectivement la gamme L Canon à la gamme chez Nikon. Ne cherchez pas un 85mm f/1,2 ou un 100mm f/2,8 macro stabilisé, pour ne citer que ces deux-là. Enfin (et j’ai envie de dire, surtout !), acheter un boîtier c’est aussi envisager que ça n’aille pas…

Et le support technique dans tout ça ?
Ton boîtier Nikon tombe en panne, tu fais quoi ?” Il se trouve que parmi les photographes pros que je connais, il en est un qui a switché récemment vers Nikon, comme quelques autres. Il y a quelques jours, son D700 est tombé en rideau, retour SAV, direction Paris. Là-bas, on lui annonce le délai : trois semaines, délai incompressible. Seule alternative, l’achat d’un boîtier backup. Le délai ne me surprend pas. Plus de ventes, plus de pannes potentielles (les mauvaises langues disent plus de pannes tout court) et le délai s’allonge. Trois semaines de délai sans solution de secours, pour un photographe pro, c’est seppuku* ! Alors évidemment, quand je regarde du côté de chez Canon, avec ses centres techniques agréés répartis sur toute la France, sa structure CPS (Canon Pro Service) dont l’efficacité n’est plus à prouver et une qualité de support technique quasi-légendaire, en clair, voilà ce qui fait que je ne suis pas mûr pour franchir le pas et switcher vers Nikon. D’abord pour mes optiques, ensuite pour le support technique. Ça ne m’empêche pas d’aller sur le terrain et de faire des photos. Tout en pensant à demain. Et c’est justement parce que je pense à demain que j’ai vraiment très envie de rester chez Canon.

(*seppuku : suicide rituel au Japon)

• illustration : le mythique Canon F1n.

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