Hier, fin d’après midi. Le téléphone sonne au bureau, je décroche machinalement. Une voix aimable dans le combiné se présente : “Bonjour, je suis du SAV Canon France et je vous appelle à propos de vos soucis sur 5D Mark II“. Incroyable (mais vrai). Canon France se soucie donc des déboires de ses photographes pros et je précise qu’il n’y a point d’ironie dans mon propos. Bon, bien sûr, au détour de la conversation mon interlocuteur me glisse que l’audience de Shots sur internet n’est sans doute pas étrangère à la conversation. Il est vrai (mais je n’en tire aucune gloire) que si vous tapez dans Google les mots “problèmes EOS 5D Mark II” vous trouvez Shots dans le top et, accessoirement, c’est un des rares sites où l’on évoque crument la réalité d’un problème. Réalité du problème. C’est sans doute ce qui sépare mon point de vue de celui de Canon France. En gros, mon interlocuteur ne nie pas cette réalité : “on n’est pas à l’abri, ni chez nous ni chez ceux d’en face !” En revanche, il ne croit pas à une série de problèmes qui pourrait toucher un ensemble de boîtiers, comme ce qui s’était passé avec EOS 1D Mark III, un épisode dont l’évocation, au demeurant, reste douloureuse chez Canon. “Pendant cette période, je me réveillais la nuit en y pensant. C’était une période très difficile pour l’équipe du SAV.” On a parlé anciens combattants (F1new, EOS 3), d’un attachement commun à la marque, et de techniques spécifiquement liées au numérique : taille des capteurs, conditions de prise de vue, qualité des cailloux (avec une fascination commune pour le 70-200 2,8L IS), re-calibrage du boîtier et micro-ajustement objectif par objectif, difficulté d’accrocher un point de netteté à pleine ouverture. “Quand vous êtes à 2,8 il suffit souvent d’un diaph supplémentaire pour faire toute la différence.” Je suis d’accord, évidemment, d’ailleurs qui ne le serait pas ? Sauf qu’en conditions de lumière limite, quand ça ne veut pas, ça ne veut pas. Au risque de me répéter et de me faire plein d’amis chez les inconditionnels de la marque rouge, quand je dis limite, je pense conditions drastiques. Je pense plus Vauban que la Carène, plus Run ar Puñs que le Théâtre du Châtelet. Donc, en clair pour moi, c’est souvent tellement limite qu’avec un EOS 30D je tape à 1600 iso un petit 40ème à 2,8. Quand la lumière n’est pas là, pas de miracle à espérer, alors un diaph de plus on oublie. Le tech Canon a beaucoup parlé de pleine ouverture, revenant sur le sujet. En clair si je schématise, pleine ouverture, beaucoup de lumière, gros capteur, haut ISO, petite vitesse, c’est le cocktail explosif et surtout la quasi assurance de taper dans le flou une fois sur deux. Il m’a parlé des très nombreux photographes pros heureux de leur EOS 5D Mark II, j’ai évoqué les très nombreux témoignages de photographes rencontrés sur les concerts et malheureux comme la pierre. J’ai évoqué des prises de vue de tests, en extérieur, où le 5D Mark II, à 100 iso, 1/125ème 5,6 cramait l’image de façon infernale malgré un point d’équilibre, ce qui n’a pas manqué de laisser mon interlocuteur plus que dubitatif.
• Sujet sensible : le switch.
En revanche, le sujet extrêmement sensible pour Canon est le switch, en clair la migration vers Nikon. On sent que la marque voit rouge dès que le sujet est abordé et on les comprend. Un photographe pro quittant Canon pour Nikon, c’est une perte aussi brutale que bien souvent définitive : il ne s’agit pas seulement d’un boîtier mais aussi de tout ce qui l’accompagne, objectifs, périphériques, … Et là vous me dites, alors ? Finalement, il en ressort quoi de cette petite conversation entre amis ? Pour moi, l’info essentielle c’est que la filiale Canon France se sent concernée, directement impliquée dès lors que le débat touche des difficultés visant sa clientèle pro mais cette implication ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. Pour un photographe au début du monde, quelque part du côté de Brest, qui crache sa colère sur son blog, combien de photographes anonymes qui se taisent et switchent en silence vers la boutique d’en face ? Les réactions de photographes, ici-même sur Shots sont un excellent indicateur mais pas que. Il suffit de faire le tour des sites de ventes aux enchères. On y trouve des 5D Mark II à des prix sacrifiés ou on y lit parfois des annonces pour le moins stupéfiantes : “…un jour la découverte du D700 Nikon, le lendemain le coup de foudre pour ce boîtier, aujourd’hui je vend tout mon matériel Canon pour m’acheter un téléobjectif pour mon nouveau joujou…”
• Objectif : le moyen format ?
Je crains que cette fuite ne soit à terme préjudiciable à Canon, sur le segment clients professionnels 24 x 36. D’ailleurs, il n’est pas anecdotique de constater que Canon soigne particulièrement sa clientèle amateurs avertis, en proposant un EOS 7D tout en reculant aux calandes grecques la disponibilité d’un EOS 1D Mark IV, dont la rumeur repousserait la sortie en 2010 (pour la coupe du monde de football, disent les mauvaises langues). En revanche, les supputations vont bon train sur l’annonce du 29 septembre 2009, une annonce produit dont on dit qu’elle pourrait être l’une des annonces majeures depuis que la marque existe. Bigre ! Rien que ça ? Alors, il y a quoi derrière le rideau rouge ? Peut-être un moyen format qui permettrait à Canon – à l’instar de Leica, de Pentax, … – d’aller chasser sur des terres qui lui sont actuellement inaccessibles et de se positionner sur une clientèle à forte valeur ajoutée ? Car le veillissant EOS 1DS Mark III qui ambitionnait d’investir lors de son lancement les studios, du haut de ses 21mp, paraît aujourd’hui bien timide face à un Leica S2, son capteur MF 30 x 45 sur 37,5mp. Moyen format, nouveau modèle 1D ? Une chose est sûre. La clientèle pro attend un signal fort de la part de Canon. Rendez-vous le 29 septembre 2009.
• illustration : la gamme d’objectifs qui demeure la force de Canon.
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