
Le 11 juillet 2009, j’écrivais ici-même à propos de EOS 5D Mark II : “si j’ai, moi, le moindre problème d’autofocus ça va dégager fissa.” J’avais reçu mon 5D Mark II fin juin et j’avais eu vent, comme tout le monde, d’échos assez défavorables sur ce modèle : problèmes de pixels noirs (réglés à la mise à jour du firmware), problèmes de netteté et d’autofocus et j’en passe. Une semaine plus tard, j’endossais ma tenue de photographe officiel des Vieilles Charrues à Carhaix, le seul, pour la petite histoire à défendre encore les couleurs de la marque rouge, mes quatre camarades de jeux étant tous chez Nikon. Je ne savais pas encore que mon histoire allait tourner au vinaigre avec 5D Mark II et que ce boîtier allait me faire vivre un enfer. Flashback sur mon histoire douloureuse avec EOS 5D Mark II, une histoire difficile qui a abouti à une séparation.
Avant toute chose, mettons bien les choses au point. Cet article a d’abord vertu de témoignage. Il ne s’agit pas d’une charge contre Canon, encore moins d’une séparation annoncée d’avec la marque rouge. J’utilise du matériel Canon depuis des lustres, je ne peux donc pas être soupçonné de faire le jeu de quiconque et sûrement pas de Nikon. J’espère seulement que des responsables de la société Canon prendront le temps de lire mon témoignage et qu’à défaut de compassion à mon égard ce billet leur donnera quelques pistes à explorer. D’autre part, j’insiste sur le fait, comme je l’ai souvent répété ici, qu’il n’y a pas un photographe mais des photographes. Je compte parmi mes amis, quelques photographes (comme quoi, tout arrive). Pour n’en citer que deux, le premier pratique la photo sous-marine, le second la photo de mariage. Ces deux-là sont doués dans leur spécialité et utilisent chacun un voire deux EOS 5D Mark II. Pour eux, pas ou peu de problèmes. Il suffit de regarder ou plutôt d’admirer leurs clichés pour s’en convaincre, je pense aux clichés sous-marins de mon ami Jean-Philippe Grémillot, dont le piqué et la beauté me laissent sans voix. Mais revenons à mon histoire douloureuse, préparez vos kleenex.
• des problèmes de sur-exposition
Tout commence le 16 juillet. Je suis à Carhaix, aux Vieilles Charrues. Ici, pour un photographe de concert, c’est la Mecque et pour un photographe officiel c’est même un peu plus que ça. Les Charrues c’est aussi épuisant que passionnant, beaucoup de concerts à shooter, des scènes distantes, beaucoup de marche à pied pendant quatre jours. Autant dire que le matos photo doit salement assurer. Le hasard a voulu que la prise en main du 5D Mark II se fasse à ce moment là, mais ça ne m’a pas effrayé pour deux ronds. Après tout, je n’en n’étais pas à mon premier boîtier Canon, c’est donc la fleur au fusil que je me suis retrouvé dans la fosse de Glenmor, ce soir de juillet 2009. Premier concert, fin de journée. Je tape mes premiers clichés, mon 70-200 monté sur le 5D Mark II, mode manuel, 200 iso. Dans mon viseur, diaph et vitesse sont en apparente adéquation et ça crame, la plupart de mes premiers clichés sont nettement sur-exposés. Après un court moment de panique, je décide de sous-exposer, une gymnastique visuelle à laquelle je ne suis guère habitué. Je sors de ce premier concert comme étourdi. C’est la première fois que mon matos Canon me fait défaut. A la hâte, je croise deux photographes équipés en 5D Mark II (ils me lisent peut-être et se reconnaîtront). Les deux me confirment que le 5D Mark II a une fâcheuse tendance à cramer les images en sur-exposant systématiquement. Je suis désapointé mais les mauvaises surprises ne font que commencer.
• des problème de netteté et d’autofocus
Après une première journée passée à shooter, le lendemain matin je regarde mes photos. Je suis abasourdi par le nombre de photos floues ou pas nettes. Pour moi qui suis un afficionados du piqué, je suis effondré ! Dans la journée, alors que je descends la plaine de Kerampuihl en compagnie d’un photographe de concerts équipé d’un 5D Mark II, celui-ci me confie : “je n’ai jamais tapé autant de clichés flous ou pas nets que depuis que j’utilise un 5D Mark II !” Voilà qui n’est pas pour me rassurer. La suite lui donnera raison, comme si 5D Mark II ne tenait pas compte de la mise au point faite sur le collimateur central. J’ai affiné les réglages, testant les sensibilités, les mesures d’évaluation, les paramètres de netteté. J’ai eu le sentiment très désagréable de me faire dépasser par la technique, de ne plus être le seul maître après Dieu derrière mon viseur, et ça pour moi c’est insupportable. Problèmes de gestion de la lumière, problèmes d’autofocus, problèmes de netteté, EOS 5D Mark II est un boîtier qui présente d’incontestables travers (j’ose à peine utiliser le mot défaut). Si j’ajoute à cela que pendant le même temps, j’ai vu des clichés tapés par un ami avec un Nikon D700 au 70-200 2,8 quasiment à main levée et à 3200 iso, je dois à la vérité de dire que pendant ces Vieilles Charrues j’ai parfois regretté ma décision de rester chez Canon.
Le quatrième et dernier jour, les choses se sont améliorées. Après avoir testé le boîtier dans tous les sens et tous les modes, priorité vitesse, ouverture et même en mode programme (la honte, mais ne riez pas ! Vous seriez surpris de savoir le nombre de photographes pros qui bossent en mode programme), les différentes températures, sensibilités, les choses se sont un peu améliorées. Au chapitre de la sensibilité, les clichés tapés à 3200 iso sont exempts de grain, à ce niveau au moins EOS 5D Mark II n’usurpe en rien sa réputation d’excellence. Pour le reste, je suis pour le moins circonspect. Après les Charrues j’ai fait un bilan. J’avais en main de bons clichés mais le coeur n’y était déjà plus. J’ai tapé encore quelques concerts tout en continuant de pester après la sur-ex et l’autofocus. Et courant août, j’ai décidé de me séparer de mon EOS 5D Mark II et par la même occasion d’une partie de mon matériel Canon. Et si j’en juge des témoignages reçus d’autres photographes pros, je ne suis pas un cas isolé.
• Et maintenant ?
Et maintenant ? A dire vrai, je n’en sais rien. J’attends de voir ce que Canon nous prépare, notamment sur son haut de gamme, EOS 1D Mark IV. Les spécifs du tout nouveau 7D font envie, même si le boîtier n’est pas full frame, mais les clichés tests tapés par Rob Galbraith me font très peur : autant de grain à 3200 iso, ça ne donne pas envie. Canon de son côté publie une page de clichés-tests tapés en lumière du jour à 100 et 200 iso et rien au-delà. A ce propos, si des membres du staff Canon France sont intéressés par un test sur le terrain de leur EOS 7D, ils peuvent prendre contact avec moi en utilisant le formulaire de contact. D’ailleurs l’offre est également valable pour les membres du staff de Nikon France. Le seul préalable pour moi étant de préserver ma totale liberté de penser. Quoiqu’il en soit, à la manière de Molière qui évoquait souvent de la sagesse d’attendre, je vais patienter et observer. Tout en continuant de faire des photos.
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