De la genèse à la révélation. Back to Milton Keynes, 2nd october 1982.

concert de genesis en 1982 milton keynes
La nostalgie, c’est pas ma tasse de thé, les souvenirs d’anciens combattants non plus, surtout lorsqu’il s’agit de musique. La musique qui m’interpelle, c’est ce que font aujourd’hui les jeunes groupes que j’irai shooter demain. Je suis toujours sur la réserve lorsqu’il s’agit d’aller au charbon pour retrouver des vieilles gloires, d’autant qu’il s’agit plus souvent de résidus de groupe où ne subsiste plus qu’un ou deux survivors. Les exemples sont légions, de Motörhead récemment aux Charrues à Jefferson Starship il y a trois ans au Vauban. Mais parfois, les reformations même éphémères peuvent tenir du petit miracle. C’est ainsi qu’en 1982, le 2 octobre, il y a précisément vingt six ans jour pour jour, j’embarquais sur le ferry qui allait m’amener en Albion, dans la banlieue de Londres, pour un concert qui est resté à jamais gravé dans ma mémoire et qui, dans la mémoire collective, reste le concert mythique de “Six of the best“. J’étais un de ces frenchies, qui avait répondu présent à l’appel lancé par Peter Gabriel sur les ondes de France Inter, dans l’émission de Bernard Lenoir (oui, ce cher Nanar était déjà là). J’avais donc envoyé des sous en Angleterre, acquittant la dizaine de livres que coûtait à l’époque le sésame. Ce cher Pete Gab était dans la panade, à cause de son festival Womad (World Of Music, Arts and Dance Festival). Pensez-donc, ma bonne dame, faire un festival avec de la musique de nègres ! Au début des années 80, il fallait être un peu à l’ouest ou un peu anglais et ça tombe bien Peter était un peu les deux. Donc, j’avais répondu illico et c’est comme ça que je me suis retrouvé avec quelques milliers d’autres, sous la pluie, trempé comme une souche mais foutrement heureux, à savourer Peter, en perfecto noir, hurlant dans la nuit du Milton Keynes Bowl “I see faces and traces of home !” Que j’en ai encore les poils des bras qui se hérissent… Ils étaient venus, ils étaient tous là, les héros de mon adolescence. Phil Collins, le renard derrière ses fûts. Tony Banks, virevoltant aux claviers. Mike Rutherford, le bassiste aux doigts de fée. Et même Steve Hackett, venu sur la fin, pour le encore. Il y avait aussi les morceaux rajoutés (Daryl Stuermer et Chester Thompson) auxquels le puriste que j’étais prêtait peu d’attention. En bon fan de Gabriel, j’avais décroché de Genesis en 75 après le départ de Peter qui partait, épuisé par le rythme des tournées et qui ne voulait pas devenir une star (sacré Peter !). De cette nuit anglaise de 1982, il ne reste que des souvenirs. Une étoile qui file pendant “Supper’s ready” dans le ciel de Londres, un triple album live pirate inécoutable – Gabacabriel – qui fut bidouillé et remixé par la vertu de quelques passionnés et qui est ressorti sous le nom d’origine de “Six of the best“. Mon seul regret, peut-être, avec le recul, est de ne pas avoir eu la possibilité de faire quelques clichés. Vingt cinq ans après Milton Keynes, ce cher Peter croisait enfin mon viseur, aux Vieilles Charrues à Carhaix. De la genèse à la révélation, mais sans nostalgie aucune.

voir les photos de Peter Gabriel aux Vieilles Charrues
voir le site Genesis museum

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